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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Puissance du lobby pro-israélien aux Etats-Unis
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Décidément, y'a t-il une seule culture où les urbains ont pas un terme propre pour traiter le paysan de "pèquenot"? D'ici à ce qu'on me dise que les juifs israéliens descendent des urbains et les Palestiniens des paysans.... Et oui, tant que l'éducation était l'exception (et là où elle l'est encore), ce genre de capacités était un avantage comparatif important, surtout dans un monde où la ville était rare et son importance relative du coup démesurée, surtout si les groupes concentrant ses capacités sont en plus non seulement relativement réunis en un nombre réduit d'endroits, mais en plus interconnectés entre eux.... Evidemment c'était un couteau à 2 tranchants: toutes les minorité éduquées, surtout urbaines, pouvaient avoir tendance à être bouc-émissarisées. Au Moyen Age, si on arrête de ne regarder que les persécutions à l'encontre des juifs, on retrouve les mêmes persécutions contre d'autres groupes présentant des caractéristiques similaires, alors qu'ils peuvent avoir exactement la même religion ou ethnie que la "majorité" (Lombards en France et en Angleterre, Amalfitains, Gênois et Vénitiens à Constantinople....Sans même compter des groupes religieux et organisations comme les templiers ou les Cathares/Bogomiles/Patarins, ou les Cagots). C'est vraiment une histoire de lieu et de moment (et de fric: faut pas trop en avoir quand le puissant en manque ou vous en doit), au Moyen Age, pas d'idéologie particulière. Et soudain, à un moment de l'histoire (différent selon le lieu), la ville devient plus importante que la cambrousse, et ceux qui pèsent lourd dans la ville deviennent du coup une partie plus ou moins importante des "gens qui comptent".... -
Puissance du lobby pro-israélien aux Etats-Unis
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Et oui, pour rentabiliser un enfant, faut mettre plus d'investissement sur lui, donc moins en produire à la base..... Les migrants juifs aux USA avaient historiquement une proportion plus importante d'urbains éduqués, et, comme toute minorité, une tendance plus grande à serrer les coudes (et se serrer les coudes à NY, c'est plus visible, rentable et efficace que le faire dans l'ensemble du Nebraska) ou au moins à se comporter sur certains plans comme une communauté, une "nation dans la nation" (sur certains plans seulement.... Et d'autres le faisaient aussi, de façon plus ou moins importante ou efficace). Les Chinois le font aussi, même si plus sur une base liée à la province d'origine: et pour les revenus par groupe, ce sont les "asiatiques" en général (ce qui inclue aussi bien les Chinois, Coréens et Japonais que les Philipins, Viets et Indiens) qui aujourd'hui ont le plus haut PIB/tête aux USA, via ce comportement de communauté (qui se voit notamment dans des institutions financières communautaires investissant dans les projets personnels -initialement, l'exemple type, ce sont les sociétés Tongs prêtant au migrand chinois créant son resto ou sa blanchisserie), mais plus encore par un accent porté sur l'éducation de façon quasi hystérique (les gamins sont poussés vers les études supérieures et dressés pour réussir et se focaliser dessus à 100%.... Une future génération de névrosés.... Et de grands psychanalystes pour aller avec :lol: ). A part l'AIPAC, qui franchement ne représente pas une proportion énorme des juifs américains? Je dirais..... JOHN STEWART!!!! Il est si influent qu'il a même "contaminé" l'Egypte avec son clone arabisé, Bassem Youssef (chacun a visité l'émission de l'autre: putains de showmen, tous les deux)!!!! Essaie de faire plus influent, tiens. Courtiser les Arméniens en politique française, c'est pas pour être élu en France: c'est pour être élu à Paris et dans certaines circonscriptions des environs. Et pour avoir du fric, et l'accès à un réseau de leaders d'opinion locaux d'une certaine importance. Et aller les chercher, ca a plutôt tendance à être un enjeu entre candidats de la droite, la gauche n'y allant que plus occasionnellement. -
Puissance du lobby pro-israélien aux Etats-Unis
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Pour ce qui est du strict versant de politique extérieure, faut quand même revenir sur terre: on en exagère grandement l'influence par ce que c'est un militantisme visible, très controversé (la question israélo-palestinienne en somme) et qui a un ressort encore culturel négatif (donc générateur de buzz) dans le débat public (le "lobby juif" dans sa version connotée, et le pouvoir qu'on attribue automatiquement à tout lobby qui semble tirer les ficelles de gouvernants asservis). C'est une "aura" injustifiée pour la plus grande part, un phénomène de buzz qui se perpétue à travers les décennies, parce qu'il concentre plusieurs aspects qui le rendent plus visible, plus "chaud" que d'autres. Non, le soft money n'a plus grand chose à voir avec le hard (c'était plus vrai dans les années 80-90): il domine de façon absolue et il n'y a pas de règle de proportionnalité, désormais. Déjà avant, mais surtout depuis Citizens United, c'est un moyen pour beaucoup (les plus importants surtout) de s'affranchir du contrôle serré des appareils de partis sur l'argent et le débat public, et de mettre les candidats plus à la remorque des grands pôles de cette dépense, ou tout au moins de négocier autrement le "message" donné par un camp. Le Tea Party est l'exemple même de candidats (et maintenant d'élus) propulsés avant tout par le ton de débat public national, mais surtout local, imposé par ces "donneurs d'ordres" manipulant du "soft" money (et ils fournissent le hard aussi, ou plutôt aident à le collecter. Ils ont fait main basse sur le processus des primaires du GOP et la "base" électorale (entendez les militants permanents ou quasi permanents, cad les plus excités et extrêmistes, essentiellement les ultra conservateurs et les religieux), au détriment de l'appareil du parti. Il semble y avoir un retour de flamme dans ce domaine vu la chute libre de ces républicains "new look" dans l'opinion: en l'état, ils garderont leurs districts tripatouillés qui sont inviolables, mais auront de moins en moins de chances d'obtenir quoi que ce soit au niveau national. La particularité de l'influence du "lobby juif", qui semble en fait de nos jours être de moins en moins un ensemble univoque, est qu'il s'agit de groupements CSP++ et de gens très introduits. Faut pas réfléchir en proportion de la population générale, dans laquelle l'effectif compte peu, mais par rapport à la population générale des gens ayant un accès privilégié aux médias, aux rencontres importantes, aux carnets d'adresse et recommandations, aux réseaux relationnels (et de collecte de fonds) dans certains Etats, villes et comtés, mais aussi dans les grandes instances privées (chambres de commerce, très grandes entreprises, groupements d'entreprises, fondations, associations).... Bref, tout ce qui permet d'avoir accès à beaucoup de monde, de décideurs, de leaders d'opinion, et beaucoup de fonds. Mais en l'état, l'AIPAC est les grandes organisations juives politisées représentent pas vraiment la population juive américaine, qui n'est pas vraiment plus politisée que la moyenne des populations urbaines. Comme le Crif en France: il est beaucoup plus prosioniste que la moyenne des juifs de France, nettement plus conservateur et communautariste.... Demandez si l'élection du grand rabbin de France produit des personnages représentatifs, ou même appréciés de la communauté juive (Sitruk a jamais été populaire du tout.... En son temps). C'est un assez petit groupe qui participe et prétends représenter la communauté. Mais là aussi, ces instances sont animées par du CSP++: ça fait beaucoup de carnets d'adresses réunis en un seul endroit, donc c'est incontournable. -
Puissance du lobby pro-israélien aux Etats-Unis
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Ouais, avec un moment vraiment chiant qui prend 5 minutes (et 2-3 jours à s'en remettre pour un adulte): ça devrait être interdit.... Un crime contre la masculinité! Rien que de l'imaginer, je serre les jambes. -
Puissance du lobby pro-israélien aux Etats-Unis
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Il faut beaucoup relativiser ces comptes qui sont très trompeurs: d'abord, ils ne reflètent qu'une partie de l'argent en politique, celui qui est versé aux campagnes électorales proprement dite, ce que les opérateurs politiques américains, pundits et journalistes appellent occasionellement "hard money", par opposition au "soft money" qui est le fric qui irrigue la très vaste nébuleuse des instituts, fondations, associations, "non profits" en général, qui usent et abusent des définitions légales pour être dans le jeu politique sans en avoir le statut proprement dit. La plupart des instituts les plus connus (genre Heritage fondation) n'appartiennent ainsi aucunement à la définition de "lobby", mais représentent des montants colossaux, bien plus importants que ce qui est versé aux campagnes électorales proprement dites, ou aux cabinets dédiés à l'activité strictement définie de lobbying. Désormais, cet univers tout à fait politique et politicien représente bien plus d'argent (et quand je dis bien plus, c'est vraiment INFINIMENT plus) que les organisations de lobbying stricto censu, et ce particulièrement depuis la jurisprudence dite "Citizens United". Mais dans les faits, ça ressort de ce qu'on appelle au sens large le lobbying, et ce sont des sommes d'argent que les politiques vont courtiser et que les groupes en question rassemblent (quand ils n'émanent pas directement de personnes, groupes ou organismes ayant des objectifs politiques) en permanence. Avec pour la note, comme seul artifice légal pratique de différenciation entre hard et soft money, que les organismes gérant ce fric et les campagnes électorales de candidats n'ont pas le droit de se "coordonner".... Ce qui est depuis un certain temps une blague récurrente à Washington (vu qu'évidemment, tout le monde se coordonne). Le lobby dit pro israélien va bien plus loin que le montants stricto censu versés par la ou les organisations qui le représente symboliquement mais ne le résument aucunement. Déjà, l'aide à Israël est de facto une joint venture avec les lobbies de l'armement et l'ensemble des groupes faisant pression pour "une certaine politique" au Moyen Orient: avoir les groupes pro-israélien dans sa fouille est un accès à ces autres groupes qui fonctionnent en synergie avec eux sur ces sujets. Par ailleurs, on ne peut résumer l'argent des lobbies pharma et financier à des masses monolithiques: ce sont des groupes, des individus, des entreprises, qui versent des sommes et apportent leur soutien, mais gèrent ce soutien selon des faisceaux de conditions multiples qui diffèrent d'un donneur à l'autre et selon la situation. Certes, ils sont tous d'accord sur certains plans (réguler en leur faveur ou déréguler, avoir des exemptions fiscales....), mais ce ne sont pas les seules conditions, et cet argent du coup ne se déplace pas comme un seul homme. La finance particulièrement, a une distribution plus éclatée qu'on pense parce que ce n'est pas un monde uni (Soros et Buffet sont des "financiers" et font des donations comme individus et du lobbying à divers titres: comme financiers, comme personnalités engagées....): sans verser dans le cliché, de grandes institutions historiquement juives (et communautaires) et de grands financiers juifs, individus et/ou appartenant à de grandes familles de l'establishment juif (new yorkais surtout), existent.... Il faut les enregistrer dans les donations "financières" ou "pro-israéliennes"? Les dîners où les candidats vont "embrasser l'anneau" sont une chose commune aux USA: c'est l'un des moments de prostitution d'une candidature, et il y en a en fait beaucoup, à tous les échelons (local, d'Etat, national).... Aller voir les pro-israéliens en fait partie, tout comme aller voir les catholiques, et à peu près toutes les communautés (religieuses, ethniques, socio-professionnelles....) organisées: les républicains ont bien besoin d'aller lever le coude à un dîner de la NRA, et l'un des événements les plus incontournables d'une campagne présidentielle est, pour les 2 candidats (simultanément) d'aller sacrifier à la tradition du "Al Smith dinner" à New York, où il est d'usage d'aller, essentiellement dire aux plus éminentes personnalités catholiques (avec tous les cardinaux présents) qu'on fera ce qu'elles veulent et qu'on veut leur pognon. Mais il faut pas exagérer la puissance de ce lobby, surtout aujourd'hui: la croissance de la dépendance au financement de la classe politique américaine a grandement réduit la puissance de tels lobbies qui apportent relativement moins de fonds que d'entregens, d'influence (dans le "ton" général de la presse ou des dîners en villes....), de mise en relation.... Citizens United en particulier a lâché les vannes de montants faramineux qui contraignent encore plus les politiques américains, désormais soumis à d'autres influences. C'est un lobby qui reste puissant, mais faut analyser le phénomène dans sa globalité: quand on regarde un lobby en particulier, on a toujours la fausse impression (surtout avec des journalistes focalisés sur le sujet et pas toujours bons, rigoureux, exacts ou mesurés) de l'organisation de l'ombre qui dicte tout. Il est particulièrement important pour les démocrates cependant: cette posture pro-israélienne qui semble souvent "ultra" en politique extérieure (au point que Shimon Peres a été noté pour les avoir calmé dans un discours, en disant "la bible n'est pas un titre de propriété"), est à mettre en relation avec le fait qu'il s'agit d'une des forces politiques intérieures les plus "liberal" ( = gauchistes) et progressistes des USA. Et c'est par ailleurs une force locale dans certains Etats très importants pour les démocrates et pour certaines élections nationales; ils sont importants pour qui veut New York (la ville et l'Etat), le Connecticut ou le Massachussets, par exemple (ou l'Illinois et la Californie, selon d'autres modalités), autant pour les finances dans ces campagnes de ville/comté, d'Etat ou fédérales, que pour le nombre, la visibilité médiatique, l'entregens.... Le lobby dit "juif" est visible pour des raisons historiques diverses certaines nauséabondes, vu que le terme lui-même est né pour mettre les juifs "apatrides" à l'index), et il fait partie des lobbies "communautaires" importants aux USA, mais si tu regardes un reportage analogue sur le lobby irlandais, le lobby italien, ou pire encore, le lobby catholique, tu auras l'impression que c'est à Rome que les USA sont dirigés. Le lobby juif a un caractère plus particulier par rapport à ces lobbies, et c'est Israël: il est intrinsèquement lié à une question géopolitique "chaude" (mais pas plus que le lobby de l'armement, les "faucons", ou l'ensemble des forces faisant pression pour obtenir des traités de "libre échange" pas forcément fabuleux pour d'autres qu'eux, et amenant d'autres problèmes géopolitiques), et pas ces autres lobbies communautaires. Le lobby irlandais, cependant, avait un tout autre aspect dans les années 80, quand la question d'Irlande du Nord (et les réseaux de financement de l'IRA aux USA) était chaude bouillante, et ça avait un grand impact sur les élections, surtout dans le nord est et les grands lacs. Et arrive LE lobby communautaire qui commence à tout écraser: les latinos. Avec leurs effectifs, leurs médias en langue espagnole ou anglaise (à très grande audience), leur organisation et leur argent, ils sont ZE lobby incontournable qu'aucun parti ne pourra éviter (et les républicains ont pris un mauvais départ). A côté d'eux, le "lobby juif" est un petit peu poids plume. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Pas spécialement: ces nouveaux riches le sont devenus via l'absence de droit pendant une période donnée, les positions acquises au pouvoir ou autour du pouvoir (pour être sûr que le peu de droit qu'il y avait ne s'appliquait pas pour eux) et la simple position dominante d'un "grand" face au reste. Pas grand-chose à voir avec un supposé "capitalisme" (comme si c'était une chose monolithique), juste avec la kleptocratie qui a profité (et prolongé pour elle) le vide succédant à la fin de l'URSS (dont les dernières années/décennies avaient déjà tout d'une kleptocratie et les bases du futur "non système"). Evidemment,ça c'est le général, pas la perception des Ukrainiens: c'est précisément les slogans que semblent le plus scander les manifestants (peu nombreux) communistes et pro gouvernementaux: essentiellement, l'Europe c'est la corruption et le mariage gay. Mais l'anticorruption semble plus être une plate forme crédible au centre droit, soit le groupement des forces dominés par Klitschko et Tymoshenko, même si la dite Tymoshenko n'a pas forcément une image imaculée en la matière.... De ce côté, celui qui a une image de "Mr Propre", c'est Klitschko, qui a fait sa fortune à coups de poings, dans le domaine public (et un domaine ultra populaire, dans la catégorie la plus populaire) et a pour première ligne de programme l'établissement d'un système judiciaire valable depuis ses débuts. -
[Séries TV]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Vaut mieux le traduire par "actif" (comme un actif financier ou industriel) Mais la vidéo est pas encore sortie: la diffusion sur ABC est prévue pour le 2 janvier. J'aurais déjà fait appel à la petite mule si c'était le cas.... -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca semble de plus en plus récurrent dans le comportement de la Russie, ces dernières années, et ça semble le signe d'un grand degré d'affaiblissement: affaiblissement interne de la position d'un Poutine qui devient du coup de plus en plus autoritaire (rarement le comportement d'un chef en position de force), et affaiblissement extérieur dont témoigne la prise de postures plus rigides et un certain degré de gesticulation tous azimuths. Les dernières évolutions du budget de la défense (réaffirmation du plan de "réforme" en grand de l'armée, financements inchangés alors que toutes les autres dépenses baissent drastiquement) vont aussi dans ce sens: l'impôt ne rentre pas des masses et pas bien, l'évasion fiscale (et la sortie de capitaux en général) est restée au plus haut, l'économie est toujours autant fondée sur les filières d'extraction, la démographie s'améliore pas des masses.... Bref, la dépense de Poutine continue à reposer sur les bénefs de Gazprom, pour faire court (et autres grandes compagnies.... Qui ne peuvent depuis des années réinvestir le minimum nécessaire pour renouveler leur matériel et faire suffisamment d'exploration, compromettant gravement les bénefs futurs), et le resserrement qu'on voit à tous égards semble indiquer que ce montant n'est plus assez pour maintenir le même degré d'autorité (ça coûte cher le pouvoir), surtout dans une Russie où la structure interne du pouvoir reste très féodale (grands ministères et secteurs, mais surtout, les régions) et où le centre est en lutte constante avec les parties. Le résultat sur l'Ukraine est de presser les actifs qu'ils y ont encore, d'autant plus fort qu'il y a urgence: c'est sans doute la dernière occasion que Poutine (qui doit avoir besoin de succès visibles) aura sur un pays dont la majorité refuse désormais plus que clairement la Russie, et surtout la partie qui a moins de 50 ans. La jeunesse ukrainienne pro-russe -ou même les actifs de moins de 50 piges- a de fait beaucoup en commun avec le dahu: on peut la chercher longtemps. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Les événements semblent avoir radicalisé l'opinion ukrainienne, et pas dans le sens voulu par l'actuel gouvernement: une politique fondée sur la recherche d'un accord d'association avec l'UE représentait de loin la première opinion du pays pendant la majeure partie de cette année (autour de 40-45%), loin devant une politique de non alignement (15-20% suivant la période) et une d'entrée dans l'union douanière dominée par la Russie (moins de 15%). Depuis la précipitation des événements, soit depuis un mois environs (dont 2 semaines et quelques de protestations physiques dans la rue), association et intégration à l'UE ont de plus en plus tendance à se confondre (avec un virage orienté vers l'intégration) et représentent désormais une nette majorité des opinions. A noter aussi la sociologie de telles tendances: l'ancienne division des opinions (pro russe et pro occidentale) reste en place dans la géographie ukrainienne (l'est du pays, moins diplômé, vieillissant et plus axé sur les mines et l'industrie, concentre les opinions pro russes, l'ouest plus développé et jeune tend vers l'Europe), mais de façon nettement moins marquée qu'avant, avec un affaiblissement notable du tropisme pro russe de l'orient. L'urbanisation, et plus encore le niveau d'éducation jouent beaucoup (essentiellement, plus on est éduqué, plus on dit merde à Poutine), mais le grand marqueur de différence est plus désormais à trouver dans l'âge: en-dessous de 50 ans, la majorité tend vers l'UE de façon écrasante. Ce mouvement a en outre des leaders tout désignés: il y a fort à parier que Yulia Tymoshenko, encore incarcérée, va être l'un des enjeux principaux dans la suite des actuels événements, et sa libération un enjeu essentiel de négociation, qui lui garantit d'avance une base de pouvoir sans équivalent, la couronne de "martyr" aidant. A ses côtés, il faut noter LA personnalité qui émerge encore plus des manifestations, à savoir le député et ex champion du monde de boxe poids lourds (et frère de l'actuel champion de la même catégorie) Vitali Klitschko, dont le groupe parlementaire est actuellement le 3ème du pays (où aucun parti n'a de majorité à lui seul), et la possible candidature à la prochaine présidentielle semble "peser" autour de 20%. Son parti, UDAR, a adopté fondamentalement la même plate-forme que le groupement "Fatherland" de Tymoshenko, les deux forces cumulées représentant environs 44 % de l'opinion aux dernières élections (et sensiblement plus maintenant), contre 30% au parti de l'actuel président (qui visiblement ne pourrait aujourd'hui retrouver un tel score). Extrêmement populaire, Klitschko est actuellement ZE figure du mouvement dans la rue (aidé avant hier par la visite de son frangin - 2 champions du monde, ça le fait- avec sa copine du moment, une actrice américaine connue). On notera aussi la tentative de contre manifestation qui a eu lieu ce WE à Kiev: environs 15 000 personnes se sont rassemblées à l'initiative du parti présidentiel, pour s'opposer au mouvement: il apparaît en fait que cette manifestation n'a rien de spontané, étant donné que les journalistes en sont soigneusement tenus à l'écart (qu'on m'explique la tactique: ils veulent juste des images pour les caméras ou alors je vois pas) par la police, qui s'efforce aussi d'éviter que les deux manifs arrivent en vue l'une de l'autre. L'événément est d'autant plus louche que beaucoup de témoins auraient rapporté que des gens s'enfuyaient par paquets de cette manif, et il s'est avéré que ses effectifs étaient en fait un mélange de gens embauchés pour l'occasion et d'autres plus ou moins "convaincus" d'y participer, amenés par cars depuis d'autres régions. Des images ont circulé montrant que ceux qui parvenaient à quitter ce cortège étaient poursuivis par des policiers ou militaires masqués brandissant leurs kalasch et pas des matraques.... Food for thoughts. Dans les parties plus nettement pro russes (Crimée, zones minières de l'est), divers mouvements ont eu lieu, s'attaquant aux groupes pro occidentaux ou à ce qui "y ressemble" (étudiants surtout), avec l'aide des autorités; globalement, ça ne rassemble pas des masses de monde, vu que le soutien pour le gouvernement n'est pas au beau fixe, et que manifester est un sport de jeunes (et ça, le président en a pas beaucoup avec lui). Seul le PC semble appuyer publiquement et physiquement le parti présidentiel, parmi les forces politiques organisées. A part quelques invectives creuses (UE = fascisme et corruption..... la "corruption" fait particulièrement marrer comme argument, quand on regarde l'état de l'Ukraine et de son système judiciaire), le seul slogan dominant côté anti UE, c'est "non au mariage gay"..... -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Le savoir faire et les infrastructures sont suffisamment disponibles sur le continent pour que ce ne soit pas un grand problème de transition, sans même compter les structures déjà en place et certains avantages particuliers à d'autres places de marché (par exemple, l'arbitrage à Paris), plus la capacité de lobbying. Le vrai truc est simplement qu'aucune institution financière ne peut avoir son activité de marché hors d'Europe, ce que visiblement beaucoup ont du mal à piger. Si une frontière se remet à exister dans la Manche, une énorme part de l'attractivité de Londres en tant que place financière disparaîtra: il restera des activités financières à Londres, mais c'est un pan majeur, sinon même LE pan majeur de la place qui devra déménager. La seule réserve possible est la négociation d'un deal de libre-échange, et plus exactement de ses spécifications dans les domaines concernés, et dans ce cas de figure, on ne voit strictement aucune raison pour laquelle Paris et Berlin (plus sans doute la Hollande et l'Italie) feraient la moindre fleur en la matière aux Anglais, surtout une fleur de cette taille avec autant à récupérer dans l'histoire.... Seule vraie inconnue dans ce domaine: l'effort de lobbying en la matière que les poids lourds de la finance sont prêts à faire pour éviter le déménagement (pas une opération si lourde qu'on croit) en aménageant l'éventuel traité qui régira alors les rapports économiques entre une Gibi nouvellement "indépendante" et l'UE. Ca reste possible, mais ce genre d'effort de lobbying coûtera cher (du fric, du temps, de l'incertitude et beaucoup de "bargaining chips") sans qu'il soit dit qu'il en vaille la peine (comparé aux conditions que Berlin, Paris et d'autres seraient sans doute prêts à offrir pour récupérer autant d'activité que possible). Autre inconnue éventuelle: le rôle que les USA pourraient jouer pour garder leur "cheval de Troie" tel quel (mais il y a du remplacement possible, l'Angleterre est pour eux de moindre valeur qu'avant, le résultat ne vaudra peut-être pas la peine). Les quelques échos du landerneau financier de Londres m'ont laissé entendre que ça bavarde et s'agite beaucoup, et que la sortie du patron de Goldman Sachs n'est pas juste une menace creuse, justement, même s'il y a évidemment une dose de ça dans cette annonce, comme toujours. Mais il ne serait pas sorti là-dessus s'il s'agissait uniquement de ça: depuis l'annonce du référendum, les financiers et milieux d'affaires en général se fendent de sorties sur l'intérêt de l'UE et tout le bastringue des risques d'en sortir, et de ce qu'eux-mêmes feraient ou devraient faire si ça arrivait. Ici, faire une annonce aussi directe, mettant en valeur cette simple alternative, relève de bien plus. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Sauf que le patron de Goldman Sachs, qui se fait lui l'écho de la communauté financière, a annoncé publiquement la semaine dernière que si l'Angleterre votait par référendum la sortie de l'Europe, il déménagerait à Paris ou Francfort (ce qui veut dire que tous les autres aussi); et sans la place financière de Londres, l'Angleterre n'a pour ainsi dire pas d'économie, et ce d'autant plus qu'en plus du départ de l'industrie financière, disparaît aussi l'ensemble des activités économiques liées à la position du pays comme "porte d'entrée" pour l'Europe (entre autre l'implantation, comme en Irlande, de nombreux sièges, plates formes commerciales et logistiques). Annonce faite dans un contexte où l'opinion en faveur du maintien dans l'UE tourne entre 20 et 30%, contre une sortie recueillant entre 50 et 60% (à prendre avec des pincettes cependant car les proportions sur ce dernier point ne semblent pas dans les mêmes eaux que les opinions défavorables à l'égard de l'UE, qui sont un peu plus basses, même si nettement supérieures aux opinions défavorables). Il est amusant de constater, cependant, la tendance des britanniques à favoriser une "vision" plus en phase avec une image "mondialisée" du pays et les rapports avec "l'anglosphère", quand un tel mouvement par rapport à l'UE leur ferait perdre une bonne part de leur attractivité, de leur capacité de négo et de leur intérêt avec cette même "anglosphère". On se demande par exemple quelle attitude auraient les USA à l'égard d'une Gibi n'ayant plus le ticket d'entrée dans les instances dirigeantes du continent, surtout à une heure où, comme d'autres, ils perdent en plus de leur capacité en tant qu'allié militaire. Mais l'attitude persiste, surtout à droite, tant chez les extrêmes tarés/idéologiques sans arguments fondés comme Farage que chez un Cameron maintenant qu'il aura un deal permettant d'avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière. -
Chine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Quelqu'un a lu la méthodologie de ces comparaisons? C'est hallucinant de stupidité: comparer des cités-Etats, des micro Etats (tendance paradis fiscal, cad concentration d'argent et son impact sur la sociologie) ou des cités où se concentre l'élite d'un pays à des pays entiers, c'est plus qu'un tantinet tendancieux. Dans le cas de Shangaï (moins d'1,7% de la population chinoise démographiquement, mais concentrant par tête de pipe infiniment plus de moyens qu'ailleurs dans le pays), c'est très amusant: concentration d'une portion non représentative d'une "moyenne" chinoise (tendance plutôt élitaire) avec un élément particulier: les enfants des travailleurs migrants sont forcés de retourner dans leur province pour ne pas fausser les statistiques.... Et dans les provinces rurales, il vaut mieux ne pas parler de l'éducation, dont les statistiques ne sont pas publiées. Pour la Chine continentale (on va excepter Hong Kong et Macao qui fonctionnent selon leurs propre systèmes), le gouvernement n'autorise que la publication des résultats de Shangaï.... La propagande dans ce qu'elle a de plus glorieux. Pour les chiffres comparables des USA, par exemple, les résultats présentés ici sont nationaux: en faisant par exemple l'analyse des résultats de 3 Etats (Floride, Massachussets et Connecticut, soit une population quand même considérable et socialement plus variée que l'échantillon de Shangaï ou les cas de micro Etats financiers comme Singapour ou le Luxembourg) où la moyenne des revenus et moyens consacrés à chaque étudiant est supérieure, la moyenne US devient largement supérieure à la moyenne de l'OCDE.... Pour la France, c'est comme si on ne prenait que Paris et l'ouest parisien (ou carrément juste un échantillon de zones éducatives ultra privilégiées: on base les statistiques françaises sur les résultats d'H4 et Louis Le Grand?), plus Lyon, par exemple (et les autres "paradis éducatifs" comparés à la moyenne nationale). Aux USA, c'est devenu un sujet sensible (et d'ailleurs, ce test comparatif international est généralement de peu d'audience) qui a fait l'effet d'une petite bombe hier. Il s'insère dans la bataille des statistiques de l'éducation, devenue un sujet national assez récemment, depuis que le camp progressiste a repris le flambeau de l'éducation publique et recommencé à contester le terrain aux conservateurs qui ont accumulé les mauvais résultats et politiques dévastatrices sous couvert de faux chiffres, ce que le Texas illustre plus que tout autre Etat depuis la politique de l'ancien gouverneur Georges W Bush, "no child left behind", qui a laissé beaucoup de "children left behind" tout en présentant des statistiques mirobolantes, simplement en sortant des pans entiers de la jeunesse des statistiques de l'Etat, ou en en déscolarisant des centaines de milliers par an, tout connement. Ces méthodes pour la compétition internationale dans l'éducation n'ont rien de particulièrement liées à un pays dans le principe et les idées, quoique certains le fassent plus que d'autres, mais on constate là l'effet du besoin d'une "narration", phénomène de pure communication voulant créer des mythes, comme présentement une supposée jeunesse chinoise faite de prodiges et de glorieuses méthodes.... La réalité est loin et nettement plus prosaïque. -
La direction nationale et les directions régionales/d'Etat de la NRA sont entièrement "corporate" et dans la poche de la douzaine d'industriels concernés, qui représentent quasiment l'intégralité du problème du débat sur les armes aux USA: ils sont le problème parce que, malgré tout l'activisme des ultras de base, le fric vient des industriels, pas des glandus persuadés que leur liberté dépend du fait d'avoir un fusil de sniping en calibre 50 ou un lance grenade (en fait plutôt l'un et l'autre que l'un ou l'autre). Ceux là servent de caisse de résonnance, de troupes sur le terrain (mais il faut organiser les campagnes et payer leur transport vers les endroits "utiles".... Et ça, ça vient de quelque part) et d'idiots utiles sur les chaînes conservatrices et dans les talk shows radio de tarés (l'un des plus puissants ensembles média pour la "bulle" conservatrice), mais la puissance vient réellement de ces industriels dont la NRA et son petit univers représentent le premier investissement marketing, et ce d'autant plus que le marché des armes individuelles aux USA n'a fait que s'effondrer en termes démographiques depuis 50 ans, tout en augmentant en valeur (ce qui veut dire qu'ils comptent sur de moins en moins de gens achetant de plus en plus d'armes par tête de pipe.... Ce qui m'étonne parce qu'un flingue est plutôt un truc assez durable.... OU alors ces gars achètent vraiment BEAUCOUP de guns chacun). Les "idéalistes" de la NRA n'ont pas d'existence médiatique/nationale dans le débat, pas de figure connue, sauf à l'occasion dans un événement ponctuel où l'un d'eux sert d'idiot utile.... Mais globalement, cette tendance a disparu depuis que la position de la NRA est devenue si caricaturale et indéfendable aux yeux de la majorité de l'opinion américaine, et de la majorité des effectifs de la NRA, qui sont pour un niveau nettement plus élevé de "gun control" (à divers degrés selon les Etats). Sinon, dans la gamme du problème particulier qu'est devenu dans l'opinion américaine le fonctionnement du Congrès, et en particulier de la Chambre, l'état de l'opinion est à 9% d'approbation ("job approval") pour le Congrès.... Et un sondage devenu commun, et consistant à comparer le Congrès à des choses ou personnes détestables pour savoir de quoi les Américains ont une meilleure opinion, donne ceci pour le début de semaine: De quoi avez vous la meilleure opinion? - Congrès: 40% - crotte de chien: 47% - pas sûr: 13%
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Qu'est-ce que les derniers posts ont à voir avec le sujet? Aller créer votre uchronie "Eve était-elle une cochonne" (et trouver un rapport avec la défense/l'armée ??? ). Toi, collectionneur, tu es le plus HS de tous: qu'est-ce que cette théorie (parfaitement légitime, je ne conteste pas) vient faire sur le sujet USA au lieu d'être, comme il se doit, sur un sujet lié à la Gibi? Hein? QU'est-ce que c'est que ce travail, enfin? Sinon, pour revenir au dernier vote en date, celui sur le renouvellement de l'interdiction des armes "indétectables" en plastique: on notera que ce vote a été un vote dit "à la voix", cad un vote ayant la particularité d'offrir aux représentants l'opportunité de ne pas être vu/enregistrés comme ayant voté dans un sens ou un autre..... Ca dit quand même beaucoup sur la crainte d'avoir une mauvaise note de la NRA et de l'opinion "ultra" pro-gun. Mais beaucoup de commentateurs s'extasient quand même que le vote ait eu lieu dans ce Congrès qui a officiellement été sacré ce WE le moins productif et le moins actif de l'histoire des USA, avec le moins de jours de travail enregistrés.... Comme quoi, les soi disant anti "big government" ont ceci de particulier qu'ils font tout pour que le gouvernement soit improductif, inefficace et corresponde à leur idée que, comme le disait Reagan (et avec lui la mythologie conservatrice depuis) "government is the problem".....
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C'est religieux, qu'est-ce que tu viens essayer de foutre de la logique dedans? C'est les mêmes gars avec des parcs d'attraction "créationnistes" où ton guide est un gars grimé en Jésus, qui te montre des dinosaures grandeur nature avec des hommes des cavernes les chevauchant tout harnachés (les dinosaures, pas les hommes des cavernes), en disant que ça se passait comme ça il y a moins de 6000 ans, parce qu'évidemment, tu sais que le monde a moins de 6000 ans. C'est ces gens là qui revendiquent la compréhension parfaite.... Et seule et unique et si t'es pas d'accord t'es un sale coco homo qui hait l'Amérique, veut détruire Noël, le mariage/la famille, et veut prendre les flingues des bons Américains après les avoir interné dans des camps de concentration de la FEMA dirigés par l'armée noire secrète dirigée par Obama et Oprah Winfrey.... Non, je n'exagère pas.... Et évidemment Obama est un islamiste terroriste kényan, faut pas l'oublier.
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C'est le même processus à l'oeuvre que pour tout extrêmiste, idéologue ou pseudo expert avec une thèse à défendre: une "tunnel vision" prononcée qui nie la globalité d'un texte ou principe référent pour ne garder que ce qui l'arrange. Les talibans ne font rien d'autre. C'est une forme comme une autre de fondamentalisme: l'instrumentalisation du dit référent pour aller dans le sens de thèses pré-établies (généralement une opinion personnelle). L'une des particularités du Tea Party est de le faire de façon notablement stupide. C'est en partie chez eux (et dans le reste de la droite religieuse, surtout les communautés évangéliques) qu'on trouve des hurluberlus persuadés que les USA sont une république religieuse parce que l'exacte expression "séparation de l'Eglise et de l'Etat" n'apparaît pas dans la Constitution US, même si pourtant la séparation du domaine religieux et du domaine étatique est par ailleurs largement détaillée.... C'est aussi chez eux qu'on trouve des perles comme l'idée que les pères fondateurs étaient religieux (alors que les plus notables étaient au mieux agnostiques, sinon complètement athées: Washington, Jefferson, Adams, Hamilton....), qu'ils avaient travaillé de façon acharnée pour éradiquer l'esclavage (qui apparemment, dans la mentalité tea party, n'a pas existé après les années 1780), que Jésus a donné la constitution US, que Paul Revere était un traître.... Bon, je cite là surtout les perles de Michelle Bachmann, qui est une des plus grandes gueules et personnalités favorites du Tea Party.... Elle est irrésistible. Quand elle joint ses forces avec celles de Sarah Palin, on obtient des discours.... Glandioses.... Ce que les comiques américains appellent "comedy gold".
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Ah bon. J'étais resté sur les anciens d'unités spéciales de la police qui avaient déserté et formé leur propre activité de "sous traitant" de la violence pour des cartels, avant de prendre la place de leurs clients. DU détail, vu que de toute façon, l'effet final est le même. Sinon je reprends l'exemple de l'invasion de la Corée par le Japon (en fait 2 périodes d'invasion, commençant en 1592)) à la fin du XVIème siècle: au lendemain de sa prise de pouvoir, Toyotomi Hideyoshi se retrouve à la tête d'un Japon sur lequel il a une emprise certaine, mais un Japon encore féodal (donc reposant sur des alliances de clans puissants), durci par un siècle et demie de guerres civiles quasi continues. Poursuivant l'oeuvre de son maître Oda Nobunaga, il a en fait à gérer plus d'un demi million (estimation) de guerriers de tous types, appartenant à de nombreux clans, mais qui se retrouvent du jour au lendemain virtuellement ou concrètement sans emploi, les armées/gardes personnelles de grands féodaux et leurs propres pyramides féodales (cad distribution de postes et terres dans une hiérarchie donnée contre serment de service, surtout militaire) ne pouvant en absorber qu'une partie. Les soldats et samouraïs/bushi sans emploi ni maître courent les chemins, nombre de daïmyos encouragent localement la piraterie côtière, et, évidemment, les alliances et le pouvoir en place ne satisfont pas tout le monde, loin de là, l'équilibre entre puissances intérieures restant précaire même si la continuité Nobunaga-Hideyoshi a réussi à rassembler des forces propres et un réseau d'alliances nettement plus dominant et puissant que tout ce qui a pu exister au Japon depuis des siècles. Ca fait une masse de guerriers démobilisés qui cherche un emploi, cherche à survivre, et/ou qui attend que les patrons remettent ça, sur fond d'un Japon ravagé, encore divisé par les haines et rivalités qui ne disparaissent pas, aux populations durcies par les conflits, et, encore plus évidemment, aux pros et semi-pros de la guerre portant tous les stigmates possibles de leur métier et de la dite guerre. Hideyoshi organise d'une part une vaste "chasse aux épées", une série d'édits contre le port d'armes pour désarmer le plus grand nombre de paysans/non nobles et confréries de moines guerriers (souvent hostiles à l'ordre féodal) possible, une pratique relativement courante au Japon après un conflit; le mouvement est évidemment mal vécu, tant dans le contexte d'insécurité qui demeure qu'en raison de l'atteinte aux principes de base (culturels, légaux) de la société japonaise (c'est un pur mouvement "d'aristocratisme"), mais il a pour effet double de diminuer drastiquement les armes de qualité (de bonne à correcte) en circulation (c'est pas reproductible à l'envi), et d'accroître les haines et tensions contre le nouvel ordre. Des édits sont par ailleurs pris et appliqués contre la piraterie sponsorisée par les Daimyos côtiers. Cependant, cette politique a des limites, vu les nombres dont on parle, le maintien de la structure féodale, l'application inégale et les moyens effectifs de l'Etat japonais d'alors. Il reste donc encore des centaines de milliers de guerriers armés, avec ou sans emploi, et de gens (guerriers de formation, paysans passés dans des armées....) capables et agressifs, et/ou en mal de reconversion. L'invasion de la Corée, même si elle concourt partiellement d'autres logiques (rééquilibrer le commerce), vient avant tout de motivations intérieures, à commencer par le besoin de stabilisation du régime: donner des terres à des guerriers sans terre ou emploi, en sortir un grand nombre de leur dépendance à des patrons féodaux en en faisant des féodaux de plein droit (en Corée, en les établissant sur des terres conquises), causer des pertes importantes dans cet effectif démesuré, si possible dans les armées et effectifs féodaux des seigneurs les moins solidement liés à Hideyoshi.... Bref, exporter ses problèmes. La guerre extérieure est le plus souvent un symptôme des maladies intérieures. Les expressions génériques comme "unifier le pays dans une épreuve commune", ou "face à un adversaire commun" sont assez creuses et génériques si on ne voit pas la réalité des mécanismes qui sous tendent ces formules toutes faites. Dans un Japon féodal sans grand patriotisme (étranger aux mentalités de l'époque) et peu unifié comme réalité dans les esprits (entre mille autres choses par l'absence de communications types de l'ère moderne, ou d'une "arène publique" fonctionnant en temps réel, ou en tout cas en boucle courte, ou même d'une information générique et partagée -rapidement en plus- par la majorité du pays), c'est d'autant plus vrai que ce genre de choses ("unifier le pays") n'a pas grand sens dans la façon dont NOUS le comprenons aujourd'hui. Résultat des courses: deux invasions au global manquées, qui ont causé d'énormes pertes mais surtout affaibli le régime d'Hideyoshi (qui est mort pendant, en plus, affaiblissant d'autant sa faction). Pourquoi? - mauvaise estimation de la résistance coréenne (surtout sur mer) et de l'implication chinoise - la guerre a pris sa logique propre, comme souvent: on continue un effort en perdant de vue les raisons initiales.... On continue à miser comme au casino - l'effort de guerre dans cette population générale de "gens de guerre" a été inégalement réparti; plus la guerre a continué, plus les ressources ont été puisées dans les factions occidentales, plus liées au régime d'Hideyoshi, qui ont été disproportionnellement affaiblies par rapport aux factions orientales (dominées par un certain Tokugawa Ieyasu).... Et ce alors même qu'en plus se faisaient sentir les effets de la "chasse aux épées" sur des masses de guerriers sans emploi ni maître et de paysans, groupes de paysans et confréries de moines guerriers qui, s'ils perdaient tout ou partie de leurs armes, ne perdaient pas leurs savoirs-faires, leurs rancunes, leurs problèmes (individuels et collectifs: PTSD, problèmes de reconversion, insécurité du pays, hostilité aux nobles....). Bref, le régime a plus perdu en ressources que ses rivaux, perdu en moyens de contrôle et de direction effective du pays, perdu en confiance (perte de "prestige" via la défaite) en son avenir et sa capacité à réaliser des choses et offrir/redistribuer des choses (des terres, des postes, la paix intérieure et extérieure, la sécurité du commerce....), ramenant la balance des forces intérieures à un équilibre très instable.... Qui ne durera pas.
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Dans ce registre, on va tout simplement aussi rappeler qui était au pouvoir au Mali quand Serval a été lancé, comment il est arrivé au pouvoir, mais aussi en partie d'où venait la force des bandes armées contrôlant le nord à ce moment (touaregs ex-khadaffistes, et surtout leurs stocks d'armes). Pour le cas de Las Zetas, c'est du détail, mais les mecs ont pas carrément déserté pour fonder leur activité, puis leur cartel?
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J'avais vu ça aussi; il faut noter cependant qu'on parle des anciens militaires dans cette étude, donc tous les types de soldats de la période, ou au moins ceux qui sont allés au VN (je suis plus sûr); et le truc avec cette guerre (comme avec la 2ème GM), c'est qu'en proportion, une large majorité des soldats n'a jamais vu le combat, dans une armée US qui a rarement été aussi lourde en logistique/personnels de base dans toute son histoire (où la proportion de traumas est largement moins importante, malgré le caractère contre insurrectionnel de cette guerre et ce qui se passait hors des zones de combat). Quand on regarde la proportion de vétérans d'unités de combat, l'après guerre est en moyenne nettement moins riant (faut que je retrouve mes sources sur le sujet). Mais on remarque aussi des issues très divergentes, avec une proportion donnée et importante de "surperformeurs" (qui réussissent tout sur le papier -le côté privé/domestique/psychologique étant peu visible et analysable/compulsable en données fiables et suffisantes), et une, un peu plus importante, qui cumule les problèmes ultra lourds, avec une moyenne assez artificielle dans une population présentant de tels contrastes. Un autre problème, comme l'exemple des Malouines rappelé par Gibbs le montre, est que les conséquences sont difficilement analysables à beaucoup trop d'égards, entre autres parce qu'elles couvrent une très longue période de temps: les problèmes n'apparaissent pas immédiatement, ou en tout cas ne sont pas visibles (les sujets peuvent les nier, compenser, les cacher, s'enferrer dans des comportements obsessionnels socialement acceptés et/ou pas regardés comme problématiques, ou passés sous silence parce que "privés".... Par exemple devenir un bourreau de travail, ou être un alcoolo modérément violent, être un enfoiré au taf....). C'est d'autant moins regardé que la population concernée est petite (dans l'absolu, mais surtout relativement à la population générale de son pays), et c'est précisément le cas des armées professionnelles contemporaines, qui sont de très petites sociétés dans la société.
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Des gens font bien des "anchor babies" pour un visa.... Parmi les multiples détails auxquels il faut penser pour le passé, imagine que pendant longtemps, les gens, soldats en tête, ne buvaient quasiment jamais d'eau pure: elle était toujours au moins un peu teintée d'alcool (sauf dans les lieux avec sources vérifiées/revérifiées) pour la purifier. Peu de guerres ont été faites en état de sobriété complète: c'est un facteur notoire de désinhibition, mais aussi d'accroissement de trauma (par déformation des perceptions). Enfin bon, c'est du détail. Mais pour la référence aux croisades, et à la période du Moyen Age (et en fait celles d'avant aussi, et d'après, au moins jusqu'au XVIIème siècle), on doit aussi relativiser certaines choses: - ce n'étaient pas les mêmes couches de population qui se battaient - la mentalité était profondément plus individualiste (la religion monothéiste a eu tendance à introduire une nouvelle donne -pas forcément toujours très présente-, particulièrement manifeste dans les croisades, mais aussi les guerres de religion): on combat pour le butin avant tout, et/ou parce qu'on ne peut/sait rien faire d'autre - le cas des élites guerrières est particulier en ce qu'elles sont, malgré toute la théorie de la féodalité, un agglomérat d'individualistes forcenés qui pensent avant tout à leur intérêt, et dont le métier est la guerre, ce qui fait un mauvais mélange puisque le résultat est de créer une couche de gens (ayant du pouvoir) pour qui il est normal de favoriser ses intérêts individuels par la violence. Les croisades représentent essentiellement deux familles de motivation dominantes pour ceux qui y sont allés: la foi, la "guerre juste" d'un côté, et l'exportation d'une noblesse batailleuse de l'autre, à une période où le monde post carolingien, longtemps en crise et atomisé, a atteint un premier stade de recomposition (concentration des grands domaines féodaux en un plus petit nombre) dans lequel se retrouve, au final pendant une courte période de quelques années, une masse de combattants professionnels aguerris qui n'a assez soudainement pas assez d'emploi, et beaucoup d'ambition. On avait déjà vu le phénomène un peu plus tôt en Normandie: ce domaine féodal a pu obtenir une grande stabilité assez tôt via le mode de direction des "immigrants" vikings, et la garder en favorisant une large émigration de guerriers ambitieux qui se dirigèrent essentiellement en Méditerranée (Italie surtout), ce qu'illustre la conflictualité accrue du sud de l'Italie, mais aussi l'épopée et l'avènement de Robert Guiscard. Quand on a sollicité beaucoup de soldats pendant un moment, on se retrouve avec une masse de gens agressifs, aux faibles possibilités de reconversion, qui on pris goût (sentiment de "puissance", idéalisation de la vie "guerrière"....) ou se sont habitués au mode de vie (et en changer est difficile ou impossible -ou leur semble tel), qui ont pu perdre ce qu'ils avaient avant (une activité de temps normal qui a été délaissée survit rarement), sont en colère (conséquence du trauma, jointe à de vrais motifs, des rancoeurs personnelles.... Le tout surmultiplié par le PTSD et le contraste du retour au calme, l'impuissance et l'absence de débouchés), sont ambitieux.... Et dans le cas de l'histoire médiévale, et avant tout chevaleresque, outre la réalité de ce qu'étaient le plus souvent les chevaliers (en tout cas ceux ayant une terre ou en voulant une), à savoir des ambitieux à tendance violente pour gérer leurs biens et carrières, on a une vision plus que déformée par les récits, la geste étant un mode de narration tellement particulier et "éthéré", aux codes de lecture si éloignés des nôtres, qu'elle n'a rien à voir avec une quelconque réalité pour nos yeux. Au combat, le chevalier ne devait pas galoper souvent (poids de l'armure, endurance du cheval), et celui d'Azincourt est arrivé essoufflé au contact: ça fait partie des réalités pas marrantes/exaltantes qu'on découvre tous à un moment. Mais l'autre partie, c'est que faisait le chevalier hors de brèves périodes de conflits (même si fréquentes)? Que faisait-il l'hiver, quand il n'y avait pas de guerre; les journées et les distances sont longues dans la province médiévale, et à part s'entraîner et s'occuper de quelques affaires courantes, y'a pas grand chose à faire. Il avait souvent des douleurs permanentes parce que, autre petit détail qu'on oublie, le monde "du temps jadis" vivait bien plus dans la souffrance physique permanente (à commencer par les dents, douleur la plus fréquente), grande ou petite (ça doit pas améliorer l'humeur et la tendance à la gentillesse). Il regardait l'alternance des saisons.... Bref, c'est la partie longue et pas glorieuse qui ne figure pas dans la geste chevaleresque; des gens perclus de douleurs diverses qui trouvent le temps long, ont des ambitions, un grand manque de reconnaissance pour la majorité, des traumas accumulés.... Et au final une tendance notable à l'agressivité. Que ce soient, par exemple, l'après 1815 ou l'après 1918, sinon, on constate que les décennies qui suivent sont des périodes de grande violence au niveau de la vie politique et dans le domaine de la sécurité publique en France (en Allemagne et ailleurs aussi évidemment): les opinions sont plus radicales, les "camps" plus tranchés, la civilité moindre, les tendances à la violence plus grande.... Dans une veine similaire: quel aurait été l'après-45 français, par exemple, qui a été très violent (et a gardé une tendance "dure" sous jacente pendant longtemps), sans le plan marshall? L'après-guerre américain de 45 est à cet égard un exemple quasiment unique dans l'histoire: plein de défauts et problèmes, il fut pourtant le mieux géré qui fut. Plus de 10 millions d'hommes et femmes démobilisés sur une très courte période, dont une partie (minoritaire mais importante) a été au front, à qui il a fallu retrouver une place/faire de la place.... Le tout dans une Amérique qui, certes au fait de sa puissance, doit cependant affronter une crise économique de reconversion qui s'annonçait massive, et des stigmas toujours pas résorbés de la crise des années 30.... Le GI Bill (plans et aide/incitations à la reconversion, plan massif de formation, mécanismes de capitalisation préférentiels....) fut sans doute l'une des politiques les plus judicieuses qui fut jamais à cet égard, surtout quand on le met en perspective avec les politiques qui l'accompagnent: plan Marshall, première grande politique d'infrastructures civile ("grands travaux", quoi), réforme de l'éducation (conjointe notamment avec le GI Bill qui favorise la formation d'enseignants).... Il y a eu, dans un laps de temps extrêmement court (essentiellement autour de l'automne-hiver 45-46, plus le plan marshall un an plus tard), une politique pensée et cohérente dont l'effet a été plus que puissant et a évité une crise immédiate à l'Amérique (sociale, économique, politique).... Avec un à côté un peu oublié dans cette Amérique de la fin 45 qui pense encore pouvoir faire comme elle a toujours fait après les guerres (réduire les forces à la portion congrue): le maintien de la conscription, notamment pour occuper une portion importante de la jeunesse américaine qui devient majeure en 45 et subit l'afflux massif de vétérans recasés prioritairement dans le marché du travail (et bénéficiant d'un flux important de financements), la crise de reconversion de l'économie (l'ajustement ne se fait pas en quelques jours) et les problèmes de chômage qui existent encore dans l'économie issue des années 30 qui a soudain perdu la demande gigantesque de la guerre. Ce sont ces djeunz qui vont se retrouver en Corée, au Japon, en Allemagne.... Remplaçant immédiatement les vétérans, dès mai 45 en Europe, et dès août en Asie. Pour que la reconversion marche, il était impossible à Truman de démobiliser trop massivement immédiatement: il a fallu aider les vétérans, mais aussi leur faire de la place, et pour éviter de se retrouver avec une importante frange de jeunesse désoeuvrée et peu/pas qualifiée, garder une armée importante a été un temps nécessaire (avant le "build down" de 47, vite annulé suite au coup de Prague).
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Merci pour la contribution. Je cherche en effet des phénomènes quantifiables/quantifiés, ce qui ne peut être évidemment le cas que pour les guerres très récente. Mais plus largement, pour ce côté humain et sociétal, on remarque le nombre de champs qui ont longtemps été négligés/peu corrélés avec le fait de la guerre/mobilisation: les lendemains de la guerre de sécession aux USA sont relativement documentés (société industrielle, les USA commencent à "s'étudier" eux-mêmes, au plan sociologique/statistique moderne, plus tôt que les Européens) sur bien des sujets, et on remarque le niveau extrême de violence sociale/économique/domestique/politique de cette période de la reconstruction et du "guilded age"; dans le vieux sud, évidemment, où l'après-guerre planifié par Lincoln et voulu par Grant n'a pas lieu, mais aussi dans le nord où, sur tous les plans, la société est bien plus dure que dans la période précédente. Dans quelle mesure l'impact de la guerre y est-il lié? quelle influence profonde a t-elle eu sur les orientations intérieures et extérieures du pays via le changement des mentalités et réalités et son impact sur les individus? C'est le genre de problématiques qui m'intéressent. Mais c'est surtout en remontant plus loin dans le temps que ça me fascine, parce qu'on suppose que par essence, "les gens étaient plus solides qu'aujourd'hui" ou des conneries dans ce genre, alimentées par la connaissance superficielle du passé et la tendance à considérer les périodes plus largement à mesure qu'elles s'éloignent dans le temps: on considère d'étudier les périodes récentes année par année, mais plus on s'éloigne, plus on étudie par décennies, par groupes de décennies.... En jaugeant à la louche et juxtaposant des faits, événements, tendances et structures souvent éloignées: les Grecs antiques comme les chevaliers vivaient aussi d'une année sur l'autre, les problèmes qu'ils affrontaient apparaissaient aussi au jour le jour.... Le recasage des vétérans, en réintégration dans la société, en réemploi militaire.... Est de toutes les époques, et moins l'Etat est puissant, plus c'est un problème grave, voire existentiel: Rome en est l'incarnation même, mais on peut aussi rappeler à quoi a tenu la France pendant la guerre de cent ans, vu qu'en plus des périodes de défaites, occasionnelles et en fait rarement une menace existentielle pour la monarchie valois (sauf après Azincourt, surtout tant que Henry V était en vie), il y a le problème des mercenaires licenciés à chaque automne, dans un pays qui n'a pas d'armée permanente et une conscription de caste qui fonctionne par essence très mal et n'a aucune mentalité de service du pays sauf en théorie. Juste pour dire que du syndrôme individuel de stress post traumatique (à tous ses degrés, les plus bas étant peu visibles et impactant le sujet dans le long terme: alcoolisme, violence domestique, irritabilité.... Toutes choses longtemps considérées comme "normales"/faisant partie de la vie, et qu'on ne regardait pas parce que c'était "l'affaire de chacun".... En oubliant par exemple que violence et alcoolisme sont transmissibles de génération en génération dans une famille) à un pays agressif envers ses voisins, en passant par de lourds problèmes intérieurs, sociaux ou politiques, il y a un fort lien, et j'essaie de mettre un nom dessus pour en faire une problématique.
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C'est un sujet, ou plutôt un ensemble de sujet (vous me connaissez maintenant, je vais pas faire des trucs ultra délimités :-X ) qui me titillent depuis un bail et que je ne sais pas vraiment poser sous forme d'une question/problématique unique, mais qui tous pourtant sont intimement liés et concourent d'un des impacts majeurs de la guerre et de l'armée, mais l'un de ceux qui sont les moins étudiés (il l'est quand même, sous de multiples formes, mais avant tout dans des domaines séparés) alors qu'on commence seulement de nos jours à en mesurer l'ampleur réelle..... Si bien que je lance le sujet plus que je ne le pose: je formulerais aussi rapidement que possible une trame résumable en une ou deux phrases. Le point est ici d'examiner l'impact de la période post-guerre sur un pays qui la livre, et dans une série de questions: - qu'advient-il des soldats, et qu'est-ce que l'impact de la guerre, via cet ensemble d'individus, sur une société? - peut-on parler d'un "impact moyen" de la guerre et d'une mobilisation (d'un niveau donné) sur les soldats qui y ont participé? Là, il s'agit des tendances générales sur la population des démobilisés et autres (ceux qui restent sous les drapeaux notamment, ou les vétérans terminant leur temps): quelle proportion de traumas graves, quels changements de comportements, quelles attentes, quelles exigences, quels besoins.... - quels effets constatables a cette population sur la politique intérieure et la société d'un pays, et par extension, sur sa politique extérieure? - quelle attitude a en général une société à l'égard de ces anciens soldats, professionnels, réservistes, miliciens ou conscrits? Je me lance dedans sans être totalement au point suite à la lecture d'un livre récemment paru (et qui bat des recors de ventes aux USA) sur les vétérans américains de la dernière décennie guerrière (le thème de "la plus longue guerre de l'histoire du pays" devient de plus en plus une discussion politique): Thank you for your service, de David Finkel, qui fait suite à son précédent best seller sur ces soldats au combat (il fait en fait suite en grande partie à l'histoire des mêmes individus qu'il a suivi). Le titre est avant tout ironique et reflète le sort difficile et la reconversion terriblement dure des vétérans, la faible considération (hors de gestes de façade et de la phrase de titre, le plus souvent vécue comme creuse et sans valeur) et la désillusion de cette nouvelle génération "post guerre" qui, si elle n'affronte pas la même situation que celle du VN, prend sur elle un lot de nouvelles difficultés dans une Amérique où la population militaire ne pèse démographiquement plus grand chose et n'a qu'un impact minime sur la vie politique, et ce d'autant plus qu'il ne reste quasiment plus de parlementaires, au niveau fédéral comme au niveau étatique, ayant un vécu militaire (il ne reste par exemple plus que 2 parlementaire fédéraux vétérans de la 2ème GM, de la "greatest generation", un républicain et un démocrate). Un autre élément moteur fut la vision commune qu'avaient plusieurs connaissances (1 amiral, 1 ex-sénateur, 1 ex politique "de cabinet" fils d'un sénateur jadis en vue) de la génération de politiques ayant vécu la 2ème GM (de Pasqua à Mitterrand en passant par quelques autres), et notamment leur facilité "naturellement" plus développée à envisager le recours à la violence, voire à l'avoir comme premier réflexe instinctif (avec tous les regrets ultérieurs possibles bien souvent), en politique intérieure comme sur la scène internationale, mais aussi dans la vie civile et familiale.... Assez édifiant. J'ai étudié, dans une approche multi-domaines, quelques cas de figure à travers l'histoire, et évidemment, ceux qui m'intéressent le plus et qui semblent les plus indiqués, sont ceux qui rassemblent le plus d'aspects possibles du sujet en même temps, du trauma individuel à l'impact sur la politique extérieure: - évidemment l'histoire romaine, particulièrement républicaine, des guerres puniques à l'avènement d'Auguste: la reconversion/le retour à la vie civile/le sort des vétérans fut à la base des pires patates chaudes qui font dégénérer le système politique et économique romain, alimentent son instabilité croissante et amènent sa chute - les événements moteurs dans la société ouest européenne, qui amènent aux croisades - le modèle des levées médiévales comme l'un des pires systèmes militaires de l'histoire, illustré notamment par les grandes compagnies et les problèmes qu'elles causaient, qui concouraient largement d'un accroissement de la conflictualité intérieure et extérieure de nombreux pays - les mercenaires en Italie et l'entretien de l'insécurité via ces gens qui alimentent un cycle perpétuel de la violence.... Et empêche l'unification du pays au XVIème siècle - la New Model Army dans et après la guerre civile anglaise du milieu du XVIIème siècle - la dernière phase des guerres féodales japonaises au XVIème siècle (et notamment l'invasion de la Corée comme conséquence) - la période de la fin des guerres de Religion qui laisse la France de la première moitié du XVIIème siècle grandement déstabilisée malgré des dirigeants forts - les lendemains de la guerre de succession d'Espagne, et notamment leurs conséquences sur la piraterie - la période post 1815 en France - l'immédiat d'après 45 aux USA et la transition de l'économie de guerre dans l'effort de reconversion le plus réussi de l'histoire.... Grandement aidé par la guerre de Corée et la génération qui y combat Violence sociale et domestique accrue, problèmes d'insécurité, formation d'une opinion politique spécifique, distance avec la population d'origine, impact sur les mentalités.... Les après-guerres sont rarement réussis, et en tout cas jamais sur tous les plans, et nombre des problèmes amenés par la guerre aux individus qui la font.... Sont souvent cause d'autres guerres, de problèmes sociaux lourds, de conflits/tensions internes.... Qu'en pensez-vous?
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Bataille des Dunes (1658)
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Attention encore aux généralisations: les "brigades" suédoises et hollandaises n'ont existé qu'un très court moment, respectivement pendant l'épopée de Gustave Adolphe en Allemagne et dans la dernière partie de la vie de Maurice de Nassau. Ce sont des "grandes unités" de manoeuvre qui n'ont été en fait que des formations liées à ces éminents chefs qui avaient à la fois les moyens politiques, les ressources financières et militaires (mêmes troupes restées longtemps sous les drapeaux et hyper aguerries, popularité du personnage....), et les compétences pour les former, les maintenir et les mettre en oeuvre. Ces usages complexes disparaissent vite après eux, n'ont pas fait école et n'ont jamais réellement existé hors de leur commandement direct. Pour les unités en ligne en France pendant la guerre de Trente Ans, la proportion de piquiers dans un bataillon tourne plutôt entre 1/3 et 40% avec une tendance à la baisse rapide (1/3 au moment de la guerre franco espagnole), comme dans la plupart des armées (au début de la guerre de 30 ans, la proportion variait plutôt entre 40 et 50% d'armes à feu, avec un mix arquebuse/mousquet, mix qui disparaît aussi au cours du conflit avec généralisation du mousquet et de la platine à silex), cette guerre étant le moment où la généralisation de l'arme à feu s'accélère et prend son virage final, dans un ordre de bataille qui tend vers ce qui deviendra la ligne. Il n'y aura plus qu'à attendre la baïonnette à douille pour déphaser ce qui reste des piquiers qui, entre les années 1650 et la fin du XVIIème siècle, tournent plutôt autour des 20% de l'effectif bataillonnaire, leur maintien ne correspondant plus qu'au besoin défensif face à la cavalerie (et éventuellement, très ponctuellement, à des pointes offensives à l'échelon micro tactique), l'avance pour un "push of pike" étant largement tombé en désuétude. La bataille des Dunes est à cet égard une des denières occurrences de l'usage offensif de la pique en ligne, et c'est déjà presque anachronique dans les usages de l'époque. Je connais la source d'où viennent ces schémas, et il faut vraiment la prendre avec des pincettes: très utile, elle est aussi pleine d'inexactitudes, de généralisations abusives et de reconstitutions infondées. -
Bataille des Dunes (1658)
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Juste pour la note, à propos des chiffres: on ne sait pas du tout. Les sources sont très peu corrélées, et on a des effectifs qui varient vraiment beaucoup. Tout ce qu'on peut dire avec certitude est qu'il y avait un avantage d'infanterie aux franco-anglais, et une très importante proportion de cavalerie (anormalement importante) dans l'effectif de bataille des 2 dispositifs. D'autre part, "en tercios" n'est pas une formation, et les tercios du milieu du XVIIème siècle n'ont plus rien à voir avec l'image qu'on peut en avoir, qui date de la première moitié du XVIème siècle: les proportions de piquiers/armes à feu ont radicalement évolué, suivant essentiellement la tendance européenne (large majorité d'armes à feu) sans aller jusqu'aux extrêmes "à la hollandaise" ou à la suédoise, et la doctrine d'emploi (plutôt une pratique que quoi que ce soit de codifié) aussi. L'ordre théorique en larges carrés avec des groupements de tireurs aux coins pratiquant un tir continu, et des lignes de tirailleurs sur les fronts, a eu tendance à disparaître au profit d'un ordre plus aligné sur les groupements profonds en lignes, correspondant à une taille réduite des unités essentielles, vu que, comme partout ailleurs, celles-ci en Espagne ne sont plus le régiment (ou le tercio) "en grand", mais des groupements plus de l'échelon du bataillon. -
Un vétéran américain de plus de 80 ans a été emprisonné le mois dernier en Corée du Nord, alors qu'il accomplissait un voyage touristique (apparemment, c'est courant pour les vétérans de cette guerre, et il n'y a jamais eu de problèmes avant); il est détenu depuis, et aurait cette semaine fait une "confession" filmée de ses "crimes de guerres" commis contre la Corée du Nord (entendez "avoir combattu contre la Corée du Nord). Malade, il dépend de médicaments dont personne ne sait s'il peut encore les prendre, sa réserve initiale étant épuisée depuis longtemps et ceux envoyés par sa femme via les conduits diplomatiques ayant disparu dans les dits conduits (cad on sait pas s'ils lui sont parvenus). On ne sait pas quel degré de lamentable doit être attribué à cet événement.... Affaire à suivre.