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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Chopé! L'ex-patron de la NSA et de la CIA Matthew Hayden, donc d'une certaine façon, l'ancien "plus grand espion du monde", s'est fait choper dans le train par un... Tweeter lambda. Vous connaissez tous ce gars, celui qui parle trop fort à côté de vous dans le train ou l'avion, vous irrite, vous montre à quel point vous avez au fond de vous des pensées violentes.... Que se passe t-il quand ce gars est aussi un personnage puissant? C'est ce qui est arrivé à Tom Mattzie, un passager comme les autres, qui s'est retrouvé à devoir supporter le volume sonore élevé d'un homme qui, visiblement, donnait des interviews téléphoniques "anonymes" à plusieurs journalistes pendant un voyage en train. Et il causait fort, beaucoup et sans s'arrêter, parlant en outre de sujets.... Délicats. Qu'a fait Mattzie? Tweeté en direct ce qu'il entendait; tout le monde a sa façon de réagir et de supporter les emmerdeurs dans le train. Résultat, un embarras certain pour Hayden, quelques inquiétudes pour Mattzie, et un tweet de fin de voyage avec photo montrant les deux prenant la pose. On sait depuis toujours qu'au fond, les agents de renseignement sont les plus grandes divas refoulées de la planète (y'a qu'à écouter Gérard de Villiers décrire ses entretiens avec ses "relations" ??? ).... Encore une preuve.
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Le comportement abusif des partis républicains au pouvoir au niveau des Etats, tant en termes de redécoupage électoral que de législations, règlements et comportements visant à limiter les possibilités de vote de pans de populations ciblés, voire de les en exclure, est passé en 1ère page hier.... Et pour cause, dans un gag (une "vraie fausse interview") faisant partie de l'ultra populaire Daily Show de John Stewart (regardez le sur le site de Comedy Central, avec le Colbert Report: on n'a rien d'équivalent en France, c'est grandiose), diffusé avant hier, a eu un impact anormalement important: le renvoi d'un officiel local du parti républicain dans un comté de Caroline du Nord. Interviewé pour être un poil mis en boîte (l'émission a pour habitude de faire de telles interviews, drôles et mettant le nez de certaines personnes dans leur propre caca), l'homme en question a dépassé toutes les espérances de l'interviewer en s'enfonçant lui-même, exposant la persistance du racisme dans les lignes de parti et politiques suivies au niveau étatique et local, et les vraies raisons derrière la surabondance de lois et mesures "modifiant" les conditions de l'enregistrement des voteurs et du vote lui-même: bousiller les démocrates. Le type a été viré de sa position dans le comité électoral de ce comté le lendemain (hier), et de sa position dans les instances du parti républicain. La Caroline du Nord s'est depuis longtemps montrée comme l'un des Etats au parti républicain les plus taré et extrême.... Et ça commence à avoir des résultats: déjà avant les shutdown, la popularité des républicains était en berne, et les démocrates progressaient vers une plus grande éligibilité pour certains postes reflétant plus l'électorat et pouvant moins être affectés par le tripatouillage de la carte électorale (sénateurs et gouverneurs notamment). Depuis les shutdowns, la tendance s'affirme plus. Apparemment, dans ce contexte, cette anecdote du Daily Show semble faire des remous en Caroline du Nord: on constate en effet aux USA l'impact énorme de ce show et de quelques autres, qui ont acquis une place réelle et importante dans le débat politique, pour le regard qu'ils portent dessus (et parfois de vraies infos, ou leur rôle de "fact checkers" et d'observateurs prenant les hypocrites la main dans le pot de confiture), aux dépends des grands networks d'information (moutonniers, conformistes, consensuels et souvent maintenant un équilibre artificiel) et de la tendance en général des infos à trop donner dans l'émotionnel et la mise en opposition stérile et polarisante (qui fait plus d'audience et fidélise). John Stewart rules!!!!
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Bon..... Je dissuade avant même que ça commence. Je me fouette et je me lance. Les fondamentaux de la baston antique restent fondés essentiellement sur un nombre d'armes limité: lances et piques, javelots et javelines, arcs et frondes, , et pour le corps à corps/combat rapproché, épées, masses haches et coutelas. l'épée n'est pas très répandue comme arme du rang, en raison du coût de cette arme en général réservée du coup aux élites ou à des unités "de pointe" (on ne base que rarement, donc un combat d'infanterie, un "modèle militaire" général là-dessus avant l'antiquité tardive) ou à des peuples disposant de ressources en fer abondantes et d'un vrai savoir-faire de ferronnerie spécialisée largement diffusé (certains peuples ibères, certaines tribus celtes, notamment en Norique -l'Autriche). On trouve plus souvent l'équivalent de grands coutelas (ou épées très courtes, comme la "machaïra" qui domine longtemps le paysage méditerranéen) faits pour le combat très rapproché et servant de ce fait plutôt d'arme secondaire, comme chez les Grecs et macédoniens. La qualité des lames, par ailleurs, n'est pas toujours au rendez-vous au regard des protections disponibles et de la rapidité avec laquelle un tranchant peut s'émousser dans une bataille (ce qui rappelle la révolution militaire que fut l'arrivée du fer par rapport au bronze, des premiers aciers carbonés par rapport au fer juste forgé....): ces seuls faits soulignent par exemple pourquoi certaines civilisations par ailleurs riches ont moins insisté sur l'épée que sur d'autres armes de corps à corps, y compris dans les hautes strates de la société (les cavaliers lourds scythes et perses avaient ainsi plus souvent des massues ou haches, plus utiles contre des adversaires cuirassés). Enfin, pour que l'épée puisse être disponible en abondance, il faut des économies monétarisées et urbanisées, où une forte division du travail existe, et où des formes d'organisations militaires poussées incitent à penser un modèle durable. Rome fut en fait la civilisation qui insista le plus sur la systématisation et l'organisation à grande échelle d'un combat en ligne fondé sur l'épée (et qui en eut les moyens), à partir de la période des réformes dites "polybiennes" (Polybe était un historien grec qui a commenté la Rome de cette période; de là seulement vient ce nom qui sert de repère), soit dans le courant du IIIème siècle av JC, qui voit l'armée romaine devenue "manipulaire" au siècle précédent (période d'évolution "initiée" par Camillius) changer assez fortement son mode de combat pour amoindrir le rôle de la lance et opter pour un modèle plus offensif reposant avant tout sur un fantassin de ligne (hastati et principes, anciens types de soldats jadis différents) disposant d'une capacité de tir, d'une capacité limitée de combat à la lance (les deux étant assurées par le javelot lourd qu'est le pilum) et surtout d'une capacité de combat à l'épée, ou plutôt pratiquant une escrime combinant épée et bouclier (gladius et scutum). Le fait est que Rome a pu pousser ce genre d'évolution via sa taille, son développement, des besoins urgents, son histoire particulière (adaptation à des ennemis très différents, capacité de RETEX peut-être spécifique) et l'existence d'une "fédération militaire" italienne qu'elle a fondé, qui permettait une division du travail et une spécalisation tactique à grande échelle. Ce fait a permis à Rome de concentrer de plus en plus ses propres troupes et sa réflexion tactique sur une portion précise du combat d'infanterie, celui du combat au centre de la ligne, pour lequel elle a optimisé ses troupes, et sur la gestion de grandes armées (dont la sienne propre ne formait qu'une partie) interdépendantes. Mais ce combat représente partiellement la "bataille" romaine: le dit fantassin est, en dernier recours, appuyé par un fantassin lourd "traditionnel" équipé d'une lance (le triaire), et par un fantassin léger lançant des javelines (plus petites que le pilum: le verutum) et pratiquant un combat mobile (avec javeline et coutelas/épée courte), le vélite. L'organisation du dispositif de bataille souligne l'interdépendance et la coordination accrues de ces formations (où la division des rôles par niveau de fortune s'efface au profit d'une division par l'expérience), de même que leur intégration dans un dispositif plus vaste avec des unités d'alliés (socii) fournissant des spécialités différentes et tout aussi nécessaires: cavalerie de mêlée (blindage, épée) et choc (lance), cavalerie de reconnaissance, manoeuvre et harcèlement (javelines, arcs), troupes de missiles (frondes et arcs), infanterie légère (équivalent des vélites) et d'accompagnement (lanciers d'arrêt et fantassins "médians" similaires aux hastati et principes, ou aux "peltastes" post guerres du Péloponèse). Une armée "type" (une armée dite "consulaire") a 2 légions de 4500 combattants et des brouettes (2400 hastatis et principes, 1200 vélites, 600 triaires, plus 300 cavaliers servant plus de messagers, de reco et d'appuis ponctuels), et un peu plus d'unités alliées (6000 fantassins de lignes, 1200 fantassins légers, 1800 cavaliers) équipées et organisées de la même façon que les légions (à l'échelon manipulaire, voire de légions proprement dites, ce qui indique au fil des guerres, une similarité de fait à tous les échelons tactiques). Ce "modèle polybien" initial est LE modèle de combat à partir duquel l'armée romaine ne va cesser d'évoluer jusqu'à la fin de l'empire romain: toutes les composantes sont là, formées autour du combat du centre de "la ligne" qui repose sur un combat qu'on dirait interarme, cherchant l'optimisation dans tous les domaines de la combinaison du feu rapproché (javelines/javelots), du combat de contact (lances, javelot lourd, pique) et du corps à corps (épée). Pour schématiser l'évolution: - dans les 2 premières guerres puniques IIIème siècle av JC), les romains ont ainsi perfectionné un dispositif interarme de ce type dont une légion est censée optimiser le fonctionnement en palliant aussi les faiblesses inhérentes au système et à la réalité des armées de conscription (niveau élevé d'inexpérience, difficulté de coordination, qualité des troupes très inégale suivant l'expérience....). - au IVème siècle après JC: le combat "interarme" de la légion polybienne est pratiqué à l'échelle bataillonnaire, dans des armées à haut niveau de professionalisme et d'expérience. Les grandes unités telles que la légion n'y sont plus nécessaire et l'armée romaine pratique un combat beaucoup plus mobile et rapide, fait de lignes plus courtes et profondes, de coordination plus grande. Une cohorte d'infanterie de ligne comprend tous les types de "systèmes d'armes" présents dans la légion polybienne, et travaille avec ses unités d'appui à bien plus petit échelon. Je voulais ainsi présenter le cadre général. Le but ici va être de se concentrer sur les unités essentielles et sur les aspects pratiques du combat de chacune. la coordination à l'échelon de la bataille n'est pas le but, vu que ça renverrait déjà à un autre "angle de vue", plus général, qui conviendrait mieux au sujet sur l'armée romaine. Donc ici, le but est de parler de ce à quoi ressemble la baston vu d'une cohorte au maximum, d'une centurie, d'un manipule (ou d'un simple contubernium) d'infanterie, d'une alae ou d'une turmae (ou d'un cuneus) de cavalerie. Le but aussi est de se concentrer avant tout sur les unités romaines, même si à partir d'Octave, ça veut dire tous les types d'unités vu que, comme les Macédoniens en leur temps, les Romains ont compris que la légion (déjà plus une unité tactique en soi au temps de César, mais juste une sorte de base et de corps mobile fournissant des cohortes d'infanterie) était trop spécialisée et que toutes les armes devaient être poussées au même niveau de professionalisme et de coordination dans la manoeuvre. Donc voilà les angles fondamentaux dont les variations, évolutions et combinaisons courent sur toutes la période: - les unités tactiques de base: cohortes/manipules/centuries (toutes ou certaines suivant la période), alae/turmae - les types de troupes: fantassins de ligne (lourds, médians et légers), fantassins d'appui rapproché (combattants légers, frondeurs et javeliniers), fantassin d'appui (archers lourds et légers, arbalétriers) - les modes opératoires: contact, corps à corps, appui rapproché, appui moyenne et longue distance - les systèmes d'armes: niveaux de blindage, pique/lance/bouclier, épée/bouclier, coutelas/épée courte, javelines/dards/javelots, arc et fronde - les limites humaines: degré d'entraînement individuel et collectif, niveau d'expérience, discipline, plafonds de capacités, encadrement de contact, C3I et "transmissions" de bas échelon (musique, voix, signaux, emblèmes, sons, ordres, sensations/contact, repères visuels et sensoriels, automatismes....), moral - les distances: possibilités, limites minimum et maximum d'efficacité de telle ou telle arme, de tel ou tel mode d'engagement, de tel rythme d'attaque - les procédures et leurs contraintes physiques: intervalles, rotations, formations, rythmes, avance ou retraite en combattant - les contingences: types de terrain, météo, encombrement du champ de bataille (ne serait-ce que les cadavres et blessés à terre), dispositif de l'armée Selon ces angles, on peut être amené à se poser beaucoup de questions concrètes sans nécessairement beaucoup d'expertise (et à y amener plus de réponses qu'on le pense).
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Il s'agit ici d'un sujet portant sur un temps long, mais sur une échelle purement tactique; le but est ici d'évoquer l'aspect concret du combat des troupes romaines, le modèle militaire dominant de l'Antiquité (en fait le seul modèle général, avec le modèle macédonien qui précède) et le moule du combat médiéval (là où des formes de combat organisé ont réellement été maintenues, cad pas en occident, sauf pour quelques formes tactiques -cavalerie lourde surtout, plus diverses exemples locaux). Même si toutes les époques de l'histoire romaine sont concernées, l'accent porte surtout sur la période qui va essentiellement des guerres puniques (légions dites "polybiennes" et leur évolution) à l'empire tardif (et plus tard l'armée byzantine), soit les modèles au professionalisme sans cesse croissant et à la permanence des troupes toujours plus affirmée. le temps long est utile en ce qu'il permet de voir les permanences, les évolutions dans leur logique (aucune rupture brutale, que de l'évolution incrémentale.... Mais permanente). C'est le modèle qui a fait le plus école, et d'autres sujets traitent de l'armée romaine en général dans ses aspects divers, de la légion romaine, de l'organisation stratégique, logistique, politique, économique et opérative.... Mais on a peu vu le contact lui-même, la façon dont "fonctionne" l'armée romaine comme dispositif de bataille (et de marche dans une certaine mesure), et ses unités comme outils tactiques, face à divers types d'adversaires et de situations. Bref, ce sujet est avant tout centré sur la façon dont les Romains cognent. Qu'est-ce qui est fondamental dans le combat romain? Qu'est-ce qui est particulier à leurs modes de combat? Les intervalles, l'idée de réserve, l'ordonnancement des lignes et son but, le relai des combattants individuels et des unités (rationalisation de la fraîcheur des troupes), le commandement, la division du travail et le mix de forces, l'adaptation au terrain et les retex, l'évolution du rapport au combat en ligne, la "forme" des batailles, la standardisation, le paquetage et l'équipement.... Beaucoup d'aspects purement tactiques pour voir le combat romain dans ses aspects concrets. Je vais attendre un peu avant d'intervenir, histoire de voir ce que ça inspire (marre de faire des pavés sans réponse :-[ ) et ce que certains pensent et/ou connaissent de la chose. Je précise que la plupart des idées qu'on a du combat romain, ou qu'on croit avoir, sont au moins en bonne partie fausses, ou très partielles: l'archéologie, l'archéologie dite "expérimentale" et l'historiographie récente ont remis en question beaucoup de savoirs qu'on croyait certains. Je souligne par ailleurs qu'il ne faut pas se mettre d'idées "faciles" en tête quand on voit les dispositifs de bataille résumés sur des cartes de magazines ou livres d'histoire (le sempiternel ensemble avec ligne au centre et cavaleries aux ailes, tellement stylisé qu'on a toujours l'impression du même dessin): il s'agit de dispositifs ultra complexes et sophistiqués (toujours plus avec le temps) que ces représentations reflètent mal, ce pourquoi il faut "descendre" au niveau des organisations tactiques et unités essentielles pour voir "the face of battle" comme dirait l'autre. Qu'en savez-vous, qu'est-ce que ça vous inspire? Que déduisez-vous de ce qui semble être logique dans de telles formes de combat? On peut voir beaucoup avec du simple bon sens: endurance d'un humain normal, encombrement d'un terrain, météo, nature de l'équipement.... Si l'achéologie expérimentale (nom pompeux des groupes de reconstitution où il est question de plus que s'amuser et boire de la bière en costume) a prouvé quelque chose, c'est que beaucoup de certitudes sont renversées par la mise en situation concrète (un peu comme dans l'historiographie: le bon sens et l'expertise d'Ammien Marcellin contre la théorisation de Végèce l'érudit).
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César fera la première grande augmentation quand il aura le pouvoir seul. Mais ces augmentations ne changent absolument rien, en définitive: il s'agit de diluer la voix des anti-César, rien d'autre. Les nouveaux sont directement ou non des clients de César, et aucun ne représente le genre de pouvoir nécessaire pour réellement faire partie du "grand jeu". Déjà avant les augmentations, les "poids lourds" dans le Sénat, ceux autour de qui tout tourne, sont très peu nombreux. Ils ne représentent même qu'une fraction des patriciens. Et au final, quand le premier Triumvirat s'impose, il reflète la réalité du pouvoir. Les autres grands noms, comme le clan Scipion, Caton, les Domitii/Aehnobarbus (famille dont viendront des gens comme Agrippine et Néron, ou le très grand général Corbulon), les Brutii (dont évidemment Brutus lui-même, dont le nom de famille a encore du poids), Cornelii, Aemilii, Manlia, Cassia, Servilia, Porcia, Fabia, Lépide ou Cicéron, ne pèsent beaucoup qu'ensemble (et ils ne sont pas ensembles). Le clan des Optimates pèse avant tout par Pompée et Crassus (quand il daigne avoir une politique claire). Les populares seraient alors très effacés sans les Julii (depuis la fin de Marius). L'arrivée des socii italiens et de nouvelles nominations sénatoriales issues de provinces (qui ne dureront pas) ne sont aucunement de taille à changer l'équation. Ce sont juste des commodités pour le déroulement des séances du Sénat. Le programme de distribution des terres est LE programme qui toujours sera le phare des mesures des populares, et le truc majeur auquel s'opposeront les optimates. Mais il ne faut pas le confondre avec les donations de terres qui deviennent la règle pour tout général licenciant SES propres troupes (et éventuellement celles de clients à lui, ou celles qui l'avantagent): tout général terminant un mandat et devant licencier tout ou partie des légions sous son commandement, ou libérer des soldats (à lui) en fin de service, est tenu au moins à une donativa pour ceux qui reçoivent leur honesta missio (certificat de bon service; généralement l'essentiel d'entre eux). Elle se fait en numéraire et/ou en terre, et elle devient incontournable avec la prolétarisation de la société romaine, le besoin croissant de clientèle, les besoins coloniaux, le besoin d'avoir une réserve militaire.... Par cette donativa, le général ne fait pas que récompenser le soldat (et donc motiver recrues et entretenir sa crédibilité auprès de ceux d'active): il en fait un client, cad son obligé, son "féal", par un contrat inégal comportant droits et devoirs mutuels. Par ailleurs, il peut en faire un outil de peuplement/romanisation de terres conquises, qui en facilite le contrôle et la mise en valeur (car les provinces aussi ont des clientèles et sont dans l'orbite d'un clan ou d'un autre, pas dans celle de Rome proprement dite). Mais surtout, il se fait une réserve de clients aptes à servir à nouveau pour lui comme soldats expérimentés (evocati), à faire le coup de poing dans les rues de Rome (pour ceux qui restent près de la ville), à voter pour qui il dit de voter, à soutenir qui il dit de soutenir.... Ca, tous le font, dans une certaine mesure. Ce que proposent les Gracques est bien plus vaste et impactant pour la pyramide socio-économique romaine, et donc l'équilibre politique de la cité. C'est pas une distribution massive à tout le monde, mais c'est d'une autre échelle, et c'est aussi dans l'orbite des Gracques, deux raisons pour lesquelles les optimates et les clans qui se rangent sous cette bannière au moins pour l'occasion, se focalisent sur cette famille déjà trop puissante à leur goût. Rappelons quand même qu'il s'agit avant tout de lutte de clans: populares et optimates sont des appellations, des "grilles de lecture" qui impliquent quelques axes de politiques pour rallier préférentiellement tel ou tel pan de population, mais ce qui compte, ce qui s'affronte vraiment, ce sont des clans de pouvoir, des "gens" de la haute aristocratie romaine, très peu nombreux, qui se ressemblent tous, ont un logiciel identique et pas vraiment de divergences idéologiques. Ce sont des puissants qui jouent au "game of thrones", au "grand jeu". ??? Il reste toujours aussi fort, et continuera. L'avènement d'Octave n'augure qu'une ère de pouvoir plus centralisé, mais la noblesse, désormais equites ET senatores (séparés en deux classes au ier siècle après JC), reste puissante, comme le montre bien l'histoire de l'empire, et particulièrement l'histoire du Ier siècle sous la dynastie Julio Claudienne, comme sous la dynastie flavienne (et plus encore aux interrègnes difficiles). Le "beau IIème siècle" ne voit pas leur puissance réellement diminuer; il s'agit toujours d'une noblesse puissante, concentrant l'essentiel des richesses et de l'accès aux grands postes, mais d'une noblesse désormais sous une monarchie. Ca ne fait pas du monarque un chef absolu les ayant à sa botte. Ca fait juste de lui le gars dont ils ne peuvent pas avoir le job. Le fait que dès le Ier siècle, les empereurs favorisent les "homines novi" (pris parmi les affranchis et la IIIème classe), et surtout les equites, montre juste qu'il doit composer avec les sénateurs (comme classe: tous ne sont pas, loin de là, membres du Sénat, désormais) et essayer de limiter leur influence. Les écarts de tarés comme Caligula sont hauts en couleur, mais ne montrent pas que les sénateurs soient juste des gens riches à la disposition de l'empereur (ce pourquoi les dits tarés durent généralement peu et finissent mal). Tout au plus voit on, avec la composition de la classe sénatoriale et l'élargissement progressif de la citoyenneté, de nouvelles têtes entrer dans cette élite: les élites provinciales qui entrent dans ce jeu, via leur fortune montante (mais l'Italie reste la zone des plus grandes fortunes). D'autres élites arrivent dans l'équation à partir du IIIème siècle, avec la "grande crise": les militaires issus du rang et amenés dans l'ordre équestres, qui deviennent, de facto ou de jure (la chose n'est pas sûre par manque de sources), une élite séparée via l'interdiction des grands postes militaires aux senatores, élite dont viendront par la suite beaucoup d'empereurs (souvent illyriens/panonniens, tant cette zone fournit une portion importante de l'effectif militaire romain). Si l'on suit ta logique, l'empire n'aurait jamais été aussi "démocratique" qu'après 212 et l'Edit de Caracalla qui fait de tout homme libre de l'empire un citoyen.... Et c'est à partir de cette période (sous les Sévère) qu'il devient graduellement plus autocratique (et qu'on met la "séparation" entre les périodes dites du principiat et du dominat), fait qui s'entérinera avec le règne de Dioclétien (premier empereur à imposer -fait symbolique- la prosternation) et celui de Constantin (qui "instaure" le césaro papisme). Et parallèlement à ce raidissement du pouvoir dans un empire ébranlé (la "crise" du milieu du IIIème siècle), autocratique et militarisé (signes d'un pouvoir plus dur, donc aussi plus faible), on voit aussi sa "provincialisation" au profit d'élites de plus en plus "lourdes" politiquement, via leur contrôle des villes et des grands domaines agricoles et productions de grande échelle, mais aussi des "réseaux" d'échanges et de gestion locaux (équivalents d'assemblées politiques, chambres de commerce, coopératives de négoce.... Tout à la fois), des commandements des milices de villes.... C'est l'alliance de ces élites avec les chefs "barbares" qui, conjuguées aux affrontements incessants de celles d'Italie, cloueront le cercueil de l'empire d'occident.
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A Rome, il n'y a AUCUNE différence, aucune barrière. Militaire, religion, lois et politique, c'est exactement la même chose. Ce sont "les affaires". Il n'y a qu'une limite physique: l'enceinte du pomerium où l'on n'entre pas armé ou équipé en soldat (sauf pour recevoir le triomphe ou y défiler, ou défendre la ville si elle est assiégée). C'est juste du registre du symbolique et quand le pomerium est étendu après la guerre sociale, jusqu'à un certain petit cours d'eau (vu que le pomerium, désormais, c'est l'Italie), on voit la portée réelle du truc, comme on l'avait vu au moment de Sylla: César le franchit sans que ça choque tant que ça. L'évolution sociale et économique romaine est entièrement dictée par l'évolution militaire, donc politique. Très tôt dans l'histoire républicaine, le registre de la décision politique à tonalité militaire prend graduellement le pas sur l'intérêt fondamental "civil" (si on peut dire, en regardant avec une conception moderne des choses) des citoyens (la plèbe pour aller vite). Rome, avec l'épisode de Veies, entre dans une logique expansionniste qui devient de plus en plus la règle de croissance de l'Etat. Au lieu de servir à protéger les biens et l'activité des citoyens, l'armée devient le moyen d'expansion, qui bénéficie avant tout à la classe équestre. La polarisation des richesses, phénomène structurant de l'histoire romaine, ne fait que s'accroître à partir de ce moment, et toujours plus vite au fil des guerres, de l'accroissement de la taille des conquêtes et des chiffres en jeu.... Et, parallèlement, des besoins d'une population graduellement rendue dépendante par ce même double procédé (les grands grandissent plus vite que les petits et prennent la part du lion, donc grandissent aux dépends des petits, et les petits sont de plus en plus mobilisés pour la guerre, au détriment de leur gagne pain). Toute l'histoire de cette fragilisation grandissante des équilibres initiaux de la société romaine peut se résumer aux spécifications de la population mobilisable, qui aurait été en effondrement constante et rapide sur toute la période si les seuils minimaux de propriété n'avaient été constamment abaissés dans le cens (réalisé tous les 5 ans du règne de Servius Tullius jusqu'au Ier siècle av JC), permettant de maintenir artificiellement la division des classes selon la fortune. Cet abaissement reflète directement la vraie courbe de décroissance de la richesse réelle par habitant dans la Rome républicaine. Le sujet est militaire parce que l'expansion est le système socio-économique le plus déterminant sur toute l'histoire de la république romaine, comme fait, conséquence et cause. Sur les luttes de la fin de la période républicaine, le domaine militaire l'est doublement puisque la société instable, prolétarisée, dépendante, polarisée et violente que ce système a créé se trouve mise en présence d'un affrontement à sa tête autour de questions qui tournent avant tout autour du sort des vétérans, à la fois pour ce qui doit leur être attribué (citoyenneté pour les socii, terres pour l'ensemble des vétérans et recréer une classe moyenne, donations....) et pour ce que cela implique (clientèles politiques massives, incitation à les développer ET à devoir les soutenir pour leur retraite, qui induit d'autres conquêtes et une lutte pour favoriser ses propres projets de conquêtes....). Nier qu'il s'agit d'une causalité unique d'ordre politique/militaire (2 mots pour une même chose), c'est penser que César est allé dans les Gaules parce qu'il voulait les conquérir..... En oubliant qu'il ne s'agissait pour lui que d'un moyen pour une fin: conquérir Rome, ou plus exactement, comme le dit Yann Le Bohec, quelques arpents de marbre au coeur de Rome. La "citoyenneté" qui se "démocratise", ce serait un avantage à la plèbe? Le droit de cité est accordé aux Socii car c'était inévitable et que ça ne coûtait pas grand chose, mais c'est pas forcément un cadeau si rose: la citoyenneté romaine au début du Ier siècle av JC, ça ne change ni le niveau de vie et de fortune, ni la réalité du pouvoir politique, dans une Rome qui n'est pas une démocratie et n'a aucune mentalité démocratique, et où la fortune comme le pouvoir restent dans les faits concentrés dans les mêmes mains, de qui tout dépend. Le "prestige" y compte beaucoup, si on sait ce que cela implique: - il attire les meilleurs volontaires pour l'enrôlement, les meilleurs candidats pour les postes d'officiers (tribuns, questeurs, préfets, légats) - il attire les clients, au sens du rapport de sujétion personnelle: le système social de Rome repose essentiellement sur le clientélisme et les pyramides de relations et de réseaux sociaux qu'il forme ainsi, résumant la société à diverses "pyramides" de ce type, au sommet desquelles se trouvent un nombre très réduit de clans patriciens - il joue un rôle religieux: faut pas oublier le poids de la superstition dans ces sociétés. L'aura politique et militaire d'un personnage en joue beaucoup: c'est pas par vanité (seulement) que César insistait sur ses plus illustres ancêtres (Enée, et par lui, Vénus), ou son aventure en Bretagne et celle en Germanie (aucune intention de conquérir, juste de se présenter comme "vainqueur de la mer et des Bretons", et "vainqueur du Rhin et des Germains"). Le seul titre "d'imperator" est un enjeu en lui-même: Crassus investira une part non négligeable de sa fortune et risquera beaucoup (notamment s'éloigner de Rome au mauvais moment) pour l'obtenir afin de faire jeu égal avec ses 2 "amis" (sans quoi il serait resté le banquier du triumvirat; lui qui était pourtant infiniment plus riche que les 2 autres réunis).... Evidemment aussi, il perdra son pari.... Cet élément "religieux" est vital pour la carrière politique; il dit qui a le droit de prétendre aux honneurs suprêmes, qui il faut regarder (au peuple, aux groupes sociaux, aux élites....) - il rend populaire: plus que beaucoup d'autres choses, cet élément seul est un enjeu concret et incontournable. Etre populaire à Rome n'est pas en soi le but, mais c'est l'élément vital pour l'atteindre. Seule la popularité donne des pans de population (après, faut aussi le fric pour les entretenir), donne accès à plus de clients, rend des quartiers de Rome sûrs pour sa faction, permet de faire élire ses candidats aux postes électifs.... Et le fric seul ne permet pas de l'obtenir: tenir cérémonie, tenir des jeux, faire des donations, surtout à grande échelle, ne se fait pas toujours sans conditions légales. Si le fric suffisait, Crassus aurait pris le contrôle de Rome avant même que César parte en Gaule. Si le prestige suffisait, Pompée aurait eu le contrôle durable de Rome avant même que César puisse commencer à vraiment faire parler de lui. Mais dire que "les socii" ont gagné politiquement la guerre, ou que la plèbe a acquis du pouvoir, je crois pas que ça veuille dire grand chose: le contrôle n'a pas changé de mains, le Sénat n'est pas devenu un organisme électif, les grandes familles de patriciens n'ont rien perdu et leur lutte a continué sans ralentir ni sans que de nouveaux "joueurs" arrivent dans la danse avec un poids important..... Et les problèmes que la société romaine avait avant la guerre sociale n'ont pas changé.... Principalement parce que la domination de Rome avait donné les mêmes aux Socii.
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Ooouuuais! Euh.... 3 remarques: - ça n'engage que Huntington et son besoin de se justifier face à la critique - entre des dirigeants persuadés culturellement qu'ils doivent s'agglutiner entre "proches culturellement" et réalités géopolitiques (essentiellement intérêts, possibilités/faisabilité, opportunités, réalité des "groupes" en place au moment M de faire le choix, moyens dispo, et évidemment, réalité de la situation au dit moment), y'a plus qu'un (très GRAND) pas. Guillaume II et Hitler n'étaient-ils pas persuadés du "cousinage" naturel de l'Angleterre et de l'Allemagne, dont le tropisme "naturel (une love story logique pour les "ethnodifférentialistes" et autres fanas de déterminismes fantasmés) empêcherait tout affrontement long au-delà d'accrochages initiaux? Entre autres (multiples) exemples. - il y a "nos chefs" et "capables" dans la même phrase
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Non, il n'a pas eu et n'aura vraisemblablement pas lieu/ Huntington a voulu faire une espèce d'affrontement des "cultures" en présupposant des ensembles qui n'ont de fait pas de logiques réelles et solides..... Y'aura juste une concurrence des puissances (comme il y a toujours eu); quand à savoir s'il y aura un vrai "choc", ça c'est autre chose. La Russie est juste une puissance régionale qui n'a pas les moyens de faire une vraie politique de puissance autrement qu'à la marge: elle n'a pas et ne s'équipe pas (parce qu'elle n'en a pas les moyens) du hardware pour être une puissance mondiale: espace contraignant par sa seule taille, démographie faible (densités de peuplement/occupation de l'espace) et anémique (décroissance encore pour un bail), divisions intérieures, faiblesse du régime (à qui ça coûte une blinde sans cesse croissante de simplement rester en place), polarisation des richesses, faible développement économique (et enferrement dans une économie fondée sur la rente des ressources naturelles), réforme lente d'une armée qui, malgré des chiffres qui font baver les fanamilis européens, ne sera calibrée que pour assurer la défense du territoire.... Le chantage au robinet à gaz ne fait pas d'un pays la terreur du quartier. Et la façon dont la Russie vampirise sa rente pétro-gazière (au détriment de l'investissement nécessaire à assurer sa pérennité) garantit la baisse de ses marges de manoeuvre, qu'une économie sous-développée (et pas appelée à grandement s'améliorer dans l'ensemble) ne pourra relayer. Qu'on le veuille ou non, hors de la Chine (pas encore, mais ça viendra assez vite), seuls les USA sont appelés à avoir du "juju" à mettre dans la balance sur la scène mondiale pour l'avenir visible. C'est l'équilibre entre ces deux là qui dira de quoi demain sera fait. Les grands, c'est ceux qui ont quelque chose à mettre sur la table hors de leurs frontières: moyens militaires, pressions, obligés, aides, menaces, soutiens.... Faut avoir de quoi faire peser la balance dans un sens ou un autre en plusieurs endroits à la fois (les endroits "qui comptent").
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Tu ne trouveras pas d'événement ou d'année précise qui en serait l'origine.... Ou tu en trouveras beaucoup. Le "point de départ" de la dernière période républicaine est à trouver dans l'évolution socio-économique romaine, et par là dans son impact sur la polarisation croissante et violente de la scène politique. Quelques "grands traits": - focalisation sur un "modèle économique de la guerre" qui fait dépendre Rome de plus en plus d'une expansion permanente.... Cette focalisation est plus nécessaire aux élites qu'au reste de la population au début, puis devient graduellement vitale - l'impact de longue haleine de cette expansion permanente bouleverse les équilibres socio-économiques romains, et le système économique de la république, donc sa société: la paysannerie (la classe moyenne romaine) est graduellement appauvrie, exclue, la société se prolétarise, une partie des secteurs "artisanaux" subit le même sort, et plus encore les secteurs "manufacturiers" (reposant sur une main d'oeuvre abondante et peu qualifiée formant un prolétariat citoyen). Des mobilisations trop fréquentes, des périodes de service trop longues (et s'allongeant), de trop faibles compensations, et plus encore l'afflux massif et incessant d'esclaves sont la cause directe, avec pour origine l'avidité de conquête des grandes familles et pans des élites intéressés à l'expansion (la guerre se fait pour le butin, il y a peu de "grande stratégie"; le butin "direct" et l'exploitation extrême des zones conquises). Les masses de populations appauvries, réduites à une activité à peine vivrière, mises en dépendance ou simplement prolétarisées, deviennent gigantesques et sans autre possibilité de refaire une vie. Le résultat est un exode rural important et un repos croissant sur l'évergétisme de la classe équestre (les sénateurs et patrices ne sont pas encore une classe à part: toute l'élite est équestre): "du pain et des jeux". Une population massive de la ville elle-même dépend en grande partie de ce "système" qui se systématise et se massifie de plus en plus, réclamant en corollaire toujours plus de blé, de numéraire, et donc de conquêtes. Un pur cercle vicieux, et ce d'autant plus que la gourmandise et les ambitions des élites croissent avec, et malgré la rapidité et l'ampleur de l'expansion, le phénomène de concentration des richesses dans la société, mais aussi au sein de l'élite, va encore plus vite, ramenant les oppositions et rivalités au sein du Sénat à un affrontement de plus en plus polarisé entre un nombre réduit de clans de pouvoirs, qui se "rassemblent" dans 2 "factions", les populares et les optimates. - l'affrontement populares/optimates est de fait un phénomène montant et structurant au IIème siècle, avant de devenir le clivage fondamental au Ier. Les Gracques, avec leur programme de redistribution des terres pour les vétérans (soldats démobilisés après avoir fini leur temps de service et nombre de campagnes) le scellent ainsi dans la vie politique, tout au long de leur "épopée" enracinant le conflit (jusqu'ici nettement plus modéré comme thème) autour d'une mesure phare et exemplaire, âprement soutenue ou combattue. Les populares sont pour, les optimates (élites conservatrices) sont contre. L'évolution militaire et territoriale romaine est de ce fait indissociable de l'histoire sociale et économique, car c'est avant tout par le traitement réservé aux démobilisés, et le devenir des combattants en général (ce qui représente des masses humaines toujours croissantes, donc de grands besoins d'espace et de moyens), qui est concerné par ces mesures en débat (rappelons aussi que les vétérans entrent de facto dans la clientèle de leur général: il doit leur fournir des trucs, ils lui doivent un service, comme réserve militaire et citoyenne -voter pour ses candidats, manifester dans la rue, prendre son parti....). S'occuper des vétérans socii va dans le même sens: éthique et conviction politique? Un peu. Vision de l'avenir de la république et des moyens de la stabiliser? Sans doute en bonne partie. Désir d'accroître sa clientèle et son pouvoir? Sûrement. - impact "accélérateur de la 2ème Guerre Punique: le "système économique" de l'expansionnisme a été à la fois une solution à la polarisation des richesses dans la société romaine (les grands bouffent les petits et concentrent les richesses, sauf si une "soupape" permet de limiter cette tendance inévitable dans toute société), et la cause de nouveaux problèmes (implication géopolitique tous azimuths, risques accrus, besoin d'armée permanente....) au chef desquels arrive.... Une accélération de la polarisation des richesses: au phénomène normal d'une économie où les grands mangent les petits plus vite que les petits ne peuvent accroître leur part du gâteau, s'ajoute le fait.... Que la guerre mobilise sans cesse plus de petits pour de plus longues périodes, dégradant leur propre activité et leurs propriétés. La 2ème Guerre Punique fut dans ce registre le pire conflit qu'ait connu Rome, tant par sa durée que par le niveau de mobilisation (politique, économique, militaire) demandé sur cette durée, et par les dégâts occasionnés: la démographie romaine et italienne en prend un grand coup, l'économie aussi (l'impact économique pour les élites fut aussi en partie la cause d'une rivalité accrue, d'une gourmandise accrue....). - accroissement démographique très important (malgré la "période de creux" pendant et après la 2ème guerre punique), beaucoup plus rapide que l'évolution des institutions: la conception des libertés et de la vie dans la cité de Rome correspond à celle d'une cité nettement plus petite. Son modèle de citoyenneté et de rapport institutions-populations ne peut fonctionner quand la cité (ou plutôt "l'espace citoyen" qui dépasse la seule ville: il y a des expats et des colonies de peuplement, surtout en Italie) dépasse les 200/300 000 habitants - accroissement de l'espace romain; il s'agit moins là de "l'empire" territorial (qui devient immense) et plus de la péninsule italienne, à la fois par sa proximité et son importance démographique et économique: le système des "socii" ("alliés" mais à statut inférieur: de ce nom vient le terme de "guerre sociale", qui n'a rien d'une lutte des classes) ne peut plus fonctionner. La puissance romaine dépend absolument des socii italiens (militairement, économiquement), mais ceux-ci pâtissent beaucoup plus qu'ils ne bénéficient de cette puissance. Ils subissent les mêmes problèmes que les Romains, plus quelques-uns spécifiques (taxation, mobilisation obligatoire pour des guerres qui les concernent moins....), sans avoir même les quelques avantages que cela procure Cumul de ces tendances fondamentales, la dernière période de la république romaine voit toutes ses logiques produire leurs effets de façon conjugée.... Et ca fait mal. Quand les Gracques proposent leur programme initialement, ils ne font que répondre à un besoin existant, qui pose déjà un grand danger sur la stabilité de Rome: le sort des vétérans et de leurs familles, le statut des vétérans alliés. A lui seul, ce programme ne suffirait même pas à rétablir cette stabilité: même si les populations concernées sont importantes, elles ne sont désormais qu'une partie du plus large problème. Tant que l'expansion militaire continue à rythme soutenu, une soupape de sécurité minimum existe (nombreuses garnisons permanentes outre mer -ça occupe du monde-, colonies de vétérans -ça éloigne du monde-, pillage, exploitation et évergétisme massifs....), mais elle a trop de limites, et de plus en plus à mesure que la population et les ressentiments (notamment chez les alliés) s'accroissent. Les tensions sont permanentes, la violence dans la ville et la vie politique vont crescendo. Dès que le flux s'interrompt ou se ralentit, il y a crise politique, violences importantes.... Et de toute façon, il est bien vite insuffisant, quand on ajoute la gourmandise des élites et leurs affrontements pour le pouvoir: c'est pas tout de nourrir/soutenir une partie de la population, il faut être celui qui le fait et est vu en train de le faire (base du pouvoir: la taille de la clientèle), et pour faire ça, il faut des sources de revenus croissantes, essentiellement des exploitations gigantesques (celles-là même qui foutent toujours plus de paysans dans la mouise), des intéressements dans les flux de marchandises et.... Des provinces à pressurer, dont on se fait allouer le commandement -avec des légions- qu'elles soient déjà conquises ou non. Et les besoins incitent à faire sa politique de conquête en plus de ça (tous les "grands" ont une "vision" politique, cad une zone de conquête à cibler). La v-là ta révolution romaine..... Quand Crassus meurt, le dernier compromis politique optimates/populares meurt avec lui, laissant Pompée et César face à face, et les autres (aucun autre clan n'étant à ce stade de taille à constituer un pôle politique comparable à l'un de ces deux là) forcés de s'aligner sur l'un ou l'autre. Déjà, avec Marius et Sylla, une quarantaine d'années avant, la "grande" guerre civile était pas passée loin; la situation avait pu être rétablie, notamment par une "réconciliation" (un deal), l'existence à cette époque de plus de clans de puissance relativement comparable, le besoin de paix (épuisement des ressources) et le retrait volontaire de Sylla. Mais il avait en même temps laissé une trace indélébile dans l'histoire politique: ses purges de clans rivaux pendant sa dictature avaient condamné tout apaisement de la vie politique (et beaucoup de clans affiliés aux populares, notamment, voulaient désormais du sang). La prochaine ne pouvait qu'être la bonne, parce que bien avant César, Sylla avait franchi ce Rubicon là, un acte autrement plus irrévocable que le passage d'un ruisseau, fut-il symbolique.
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Et en 2050, LE soldat français (pas le soldat type.... Le seul fantassin qui restera dans l'infanterie) sera la plus formidable bête de guerre de l'Histoire!
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Désolé, je parlais en temps gouvernemental et faisait référence (avant tout dans ma tête :-X ) au Budget Control Act de 2011 (voté) qui réduit effectivement le budget par 2 sur 10 ans, non comptant les autres changements entretemps, notamment certaines augmentation de revenus (fin des détaxes du Jobs Act de 2010 par exemple), la réévaluation des projections d'augmentation des dépenses du Medicare/medicaid, et les probables/possibles hausses d'impôts pour les très hauts revenus. Impossibles avec la présente chambre des représentants. Laquelle expire l'an prochain. Impossibles avec le GOP tel qu'il fonctionne maintenant, et là aussi, la tectonique des plaques qui l'animent est en train d'évoluer.... Surtout depuis que les grands donateurs du partis manifestent leur mécontentement en continu face aux 2 caucus d'excités.
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Largement HS: ici, la question est celle des USA, pas du monde occidental, de l'OCDE ou des préférences de gestion politico-économique mondiale des problèmes actuels (quoique les aléas conjoncturels américains aient de facto une influence directe sur les tendances économiques mondiales). Aux USA (et uniquement aux USA; essayons de ne pas glisser vers une empoignades de généralités), les dépenses dites sociales ne peuvent pas vraiment baisser sans "atteindre l'os", cad taper dans un seuil critique en deçà duquel des pans entiers et très importants de populations seraient privées de toute aide significative et de toute semblance de début d'accès à un minimum d'opportunités, ce qui se traduit généralement par une augmentation à terme des dépenses de l'Etat sous d'autres formes. Il est en effet illusoire de penser que la misère ne coûte rien: elle coûte de l'insécurité, cad des frais de justice et de police en croissance, elle coûte de l'instabilité politique et de la violence croissante dans les rues et la société en général (c'est le pendant, à l'opposé du spectre, de la "sanction du marché"), elle coûte une scène politique tendue, ultra polarisée, accusatoire, démagogique (bien plus qu'aujourd'hui) qui a un impact direct et indirect sur l'économie, le coût de l'Etat, l'aptitude d'un pays à la prise de décision (dont les USA viennent de voir que ça coûte du fric), à la réforme, à la négociation politique.... La démocratie peut en souffrir beaucoup. Par ailleurs, et contrairement aux propos des idéologues pointant du doigt les "dépenses sociales" (généralement un ensemble assez flou, mais pratique à pointer du doigt, surtout si on en nie les effets économiques et sociaux, par opposition à ceux ayant lieu en l'absence de ces dépenses), les projections d'évolution de coût de la santé et du Medicare ont, depuis 3 ans, été plus que sérieusement revues à la baisse, au point qu'elles sont estimées supportables par le budget dans les décennies à venir, EN L'ETAT DE LEUR FONCTIONNEMENT ACTUEL et d'une croissance faible. Quelques changements d'appoints suffit à rendre le fardeau supportable, sans remettre en cause les principes. Les discours excités sur les "dérives incontrôlables" et autres propos apocalyptiques en sont complètement invalidés, en tout cas dans leurs justifications mathématiques: ne reste que l'idéologie, qui essaie encore de se cacher sous les apparences du bon sens alors que tout fondement analytique en a été sapé. S'il fallait cependant, dans ces "dépenses sociales", et avant tout la santé, voir à réduire les dépenses(ce qu'il faut faire évidemment), c'est du côté du marché de la santé (assurance, pharma, secteur hospitalier privé) qu'il convient de taper, un marché dont les coûts, tout niveau de prestation comparé à son équivalent dans les autres pays de l'OCDE, sont absolument exorbitants, et les services plutôt mauvais, sauf dans la niche du haut du panier (et encore: il apparaît que les riches américains sont moins bien portants et moins bien soignés que les riches européens). Un article récent du NY Times (intitulé The Bitter Pill et depuis allongé et transcrit en livre) avait incarné à lui seul la lutte (peu reflétée dans les législations de santé mises en débat au Congrès) contre le fonctionnement du secteur santé aux USA, secteur littéralement intouchable via sa puissance de financement politique local et national, sa puissance marketing (qui conditionne l'opinion) et sa capacité de chantage. Résultat, les médicaments coûtent aux Américains 5 fois plus qu'aux Canadiens voisins et sont sur-prescrits (les Américains sont littéralement conditionnés et mis en dépendance aux médocs dès la petite enfance), un séjour à l'hôpital coûte jusqu'à 6 ou 7 fois ce qu'il devrait (non par rapport à un seuil de rentabilité, mais par rapport à un seuil de bénéfice "correct"), et la proportion d'Américains apte à disposer d'une couverture maladie correcte n'a fait que diminuer depuis 40 ans (autour d'un tiers de la population aujourd'hui, dont une bonne partie pour qui ce coût est difficile à assumer sans importants sacrifices), autant en raison de l'augmentation constante des coûts et conditions d'accès et de maintien, que de la stagnation de fait des revenus (rappel que la croissance aux USA n'a profité en revenu réel qu'aux 10% les plus riches depuis les années 80; et au sein de ces 10%, le fameux "1%" a raclé l'essentiel), signe simple parmi d'autres que la demande solvable aux USA n'a fait que baisser sur les dernières décennies, ne maintenant en partie des apparences de développement que via un endettement privé en boom constant, et élargi sans cesse (principalement via le lobbying des industries intéressées à avoir une demande importante: le marché immobilier en a été un exemple). Les marges d'économie sur le Medicare sont absolument titanesque par ce seul mécanisme de retour des prix à une certaine réalité.... Qu'un marché dérégulé, selon ses thuriféraires, devrait garantir.... Retour qui n'a pas eu lieu à mesure pourtant que les acteurs de marché obtenaient toujours un peu plus ce qu'ils voulaient en matière de dérégulation, d'impôts sans cesse abaissés.... Autre poste important: la Social Security. C'est à peu près le mécanisme qui a lui seul fut responsable de la création d'une vaste classe moyenne aux USA, et du plus vaste effondrement de la pauvreté de l'histoire moderne: simplement en maintenant les personnes âgées dans la demande et en en faisant un moteur de croissance. On oublie souvent à quel point les personnes âgées avant les années 40 étaient en grande majorité pauvres, ce que seule une mortalité importante masquait; le monde paysan pouvait amortir le choc via le maintien de familles étendues. Le monde urbain ne peut avoir de tels mécanismes, et encore moins dans des sociétés fondées sur l'individu; la Chine est en ce moment en train d'entrer dans une phase de changement comparable, et les générations actuelles (entre celles qui commencent à partir à la retraite et celles qui commencent à entrer sur le marché du travail) vont porter l'essentiel de cette phase sur leurs épaules, quels que soient ses aléas et ses termes. Toucher trop fort à la Social Security aux USA, c'est aussi bien -sentiments humains mis à part- un coup dur à la consommation américaine (qui n'est déjà pas dans un état radieux) qu'un suicide politique.... Avant tout pour les républicains dont l'électorat en est disproportionnellement (par rapport aux démocrates) dépendant. Reste le dernier des "big three", qui n'est pas du "social": la défense. Les USA vont-ils avoir un débat sur leur appareil militaire et sécuritaire? Vu leur part dans la dépense militaire mondiale, ça semble inévitable. La question est plus de savoir s'il s'agira de voir la "mauvaise dépense" (pourquoi avoir X matériels et unités coûte si cher? Cela ne peut-il pas coûter 10 ou 20% de moins, pour une "prestation" égale/équivalente?), ce qui remet beaucoup de rentes de situation et d'équilibres politiques et économiques en jeu, ou s'il s'agira de remettre en cause la posture internationale via l'échelle de forces que le pays veut avoir (empire ou pas empire?). Deux débats profonds dans leurs principes, et qui touchent donc à l'intimité profonde de beaucoup d'acquis économiques (locaux et nationaux), diplomatiques (positions commerciales/économiques/financières/politiques acquises par une politique impériale et son développement), politiques.... Quel que soit l'angle prioritaire de réforme, la profonde implantation du "lobby militaro industriel" dans le paysage socio-économique et politique des USA (des Etats comme de l'Union) sera directement trituré, avec donc des réactions opposées de tous types qui peuvent surgir. Pour la réduction du rôle des banques: difficile de voir le changement réellement venir, vu le poids extrême de Wall Street dans la politique américaine (seul le secteur santé peut s'y comparer). La question, il me semble, ne peut venir sur le tapis sans, autre sujet difficile à voir venir au vote, que la question de l'argent dans la politique ne devienne prioritaire (faudra t-il attendre qu'un ou deux juges ultra-conservateurs de la cour suprême cassent leur pipe?). On note cependant un mouvement croissant, mais encore réduit, se développer au Congrès, pour le rétablissement d'un équivalent du "Glass Steegel Act" (lentement démantibulé depuis les années 70, finalement annulé par Clinton) pour séparer l'activité de spéculation de celle des banques proprement dites, registre d'action (réguler Wall Street) que le "Dodds Franks Act" d'il y a 4 ans avait timidement entamé sans obtenir énormément de résultats, tant il s'agissait d'un compromis difficile aux ambitions nécessairement modestes, même dans le remous de la crise (et bien malgré ses deux promoteurs, dont Barney Franks, assez enragé sur le sujet et interlocuteur fréquent des médias sur le sujet). Le dernier point, et certainement l'un des plus délicats à Washington (et nettement moins dans la population américaine) est que le plus grand problème budgétaire des USA, à part la gouvernance (ce qu'on vient de voir), est celui des revenus, nettement plus que des dépenses: les grandes entreprises et couches les plus aisées (et, disproportionnellement, les gens riches et "super riches") sont trop peu taxées (de l'aveu même de commentateurs orientés business), et peuvent de plus trop facilement éviter impôts et taxes. La croissance de l'endettement pourrait être essentiellement résorbée par une augmentation minime des taux d'imposition sur les plus riches et une "chasse" à l'évasion et à la fraude fiscales. Détail complémentaire; la perception publique de ces problèmes, largement déformée par une certaine gamme de médias. Loin d'être "hors de contrôle", le déficit, par exemple, a été divisé par 2 depuis 2010. C'est déjà un rythme de diminution titanesque, trop rapide pour ne pas avoir de lourds effets économiques (le budget d'un grand Etat, c'est comme un supertanker: on ne le fait pas virer de façon brusque sans causer des dommages majeurs). Mais on peut difficilement appeler ça une "dérive hors de contrôle".
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Effectivement, personne ne peut connaître quoi que ce soit valant règle pour une large communauté humaine en se fondant sur ses relations personnelles, aussi diverses soient-elles: on peut en retirer des exemples utiles, des informations parfois pertinentes.... Mais qu'on le veuille ou non, un groupe humain comme une grande ville ou un pays est bien trop vaste et complexe pour être appréhendable via ce qu'on peut constater par soi-même de visu. Plus tôt on s'affranchit de cette certitude profondément ancrée en nous (ne faire confiance qu'à ce qu'on voit et mesure par soi-même, directement sans aucune forme d'intermédiation), plus tôt on est libre d'utiliser des "outils" de plus grande échelle qui n'ont certes rien de parfait, mais constitue ce qu'il y a de mieux pour "mesurer" tendances et réalités. Quand on prétend vouloir décrire une société dans un aspect ou un autre, c'est inévitable. Nos sens et nos relations personnelles ne peuvent "mesurer" et jauger que.... Notre environnement personnel. A chaque échelle ses outils. Si je me fondais sur ça, je ne pourrais même pas tirer de conclusions même un peu fiables sur la population de mon quartier (ailleurs que sur des points anecdotiques), ou même les gens se trouvant dans ma CSP, des environnements similaires au mien, un niveau/environnement culturel comparable au mien.... C'est pourquoi j'essaie de m'empêcher de réfléchir ainsi quand je formule un avis sur autre chose que des cas personnels ou de mon environnement immédiat. En tout cas je ne fais pas de ces cas que je peux du coup bien connaître sans intérmédiaire, des exemples valant pour tout le monde, ou pour des pans de société significatifs. Et pis c'est pas des "technocrates" et fonctionnaires, les dits intermédiaires.... Enfin pas que. C'est plus souvent des scientifiques. C'est la beauté de la méthode scientifique que de partir du point de vue que le monde n'est pas comme on le croit fait a priori, et qu'il est bien plus vaste et complexe: où est ton sens enfantin de l'émerveillement devant cette vaste réalité méconnue, éloignée des certitudes toutes faites =) ? C'est le syndrôme de la terre plate: si on n'avait fait que se fier à ce que nos sens semblent nous dire, on en serait encore là. -
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Faire un constat empirique que l'un dépend de l'autre est tout aussi absurde que mon propos qui lui était ouvertement ironique et caricatural. Acquérir le flamand n'est pas une garantie d'acquérir l'anglais, ou de l'acquérir rapidement: si on suit le raisonnement, autant shunter l'étape d'une langue inutile et passer directement à l'anglais. Dans l'histoire, il y a un facteur dont tu ne tiens pas compte et qui est simplement le temps consacré à la chose: celui là n'est pas une denrée abondante ou reproductible, et implique donc un ordonnancement des priorités, contrairement à ce que suggère ton raisonnement faisant le présupposé d'un temps disponible infini et donc d'un apprentissage indifférent en matière d'usage de cette ressource. Les facteurs entrant dans l'apprentissage effectif des langues sont multiples (âge, qualité de l'infrastructure d'apprentissage, catégorie socioprofessionnelle, environnement culturel, temps passé, "intensité" de l'effort porté sur l'élève, motivation instillée, méthodes et stratégies d'enseignement, implication des parents, posture "culturelle" vis à vis de la langue enseignée....), et le fait d'appartenir ou non à une communauté ayant une langue plus ou moins proche de celle visée est un facteur d'autant plus mineur qu'on est dans un environnement de pays développé. Et tu connais évidemment un échantillon parfaitement représentatif d'une société, qualitativement et quantitativement. -
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Quand il n'y aura plus d'armée belge (s'il y en a encore une aujourd'hui) et, si ça se trouve, plus de Belgique. Ca fait beaucoup d'efforts pour apprendre une langue inutile, à l'heure où il faudrait orienter les gamins vers des langues un tantinet plus adaptées à l'environnement économique. -
Non, c'est exactement ça: ils sont au final comme tous les êtres humains, et arrangent leur "programme" politique en fonction de ce qu'ils préfèrent sur le moment, sautant en plus sur l'occasion quand quelqu'un arrive avec un grand discours qui fout des grands principes et bidouille une grande théorie unifiante qui sonne bien à leurs oreilles, et leur garantit que ce qu'ils veulent s'accorde exactement avec l'orthodoxie théorique que ce quelqu'un bricole souvent en temps réel. Evidemment, ces "grandes théories" sont soi disant fondée dans des principes "immémoriaux"; aux USA ça veut dire les "pères fondateurs" (qui étaient en fait cosmopolites, athées/agnostiques, riches méprisant le populo, esclavagistes pour beaucoup, hostiles au suffrage universel, très divisés entre eux et sans "programme général" unifiant....), les mêmes qui, dans l'iconographie de ces excités du sud, ont reçu la constitution des mains mêmes de Jésus. Mais quand on observe leur comportement au jour le jour, dans les desideratas affichés, les hurlements incohérents d'un jugement sur un autre, les invocations à tel ou tel "principe" ou article de la constitution au mieux sorti de son contexte et manipulé, au pire tronçonné, inventé ou déformé, qu'a t-on si on les confronte à la réalité sociologique et économique, et aux réclamations concrètes qu'ils font? De l'hypocrisie: ils veulent du niveau local, étatique ou fédéral là où ça les arrange, et ça peut vite changer, ils veulent que l'Etat fédéral disparaisse, mais il faut toujours dépenser plus pour l'armée (pourquoi? Ils savent pas), ne surtout pas diminuer Medicare/Medicaid et pas toucher à la Social Security (ce sont les "big three" du budget; le reste est presque anecdotique) dont ils sont les populations les plus dépendantes. Il faut selon eux diminuer le gouvernement et dégager les fonctionnaires (ces êtres anonymes et abstraits dans les discours), mais pas toucher aux projets et implantations fédéraux dans leurs Etats (le sud est le plus abondamment pourvu, en absolu et/ou par tête d'habitant en ce domaine), et surtout pas arrêter les services fédéraux dont ils ne se rendent compte qu'ils ont besoin que quand ça les touche. Rand Paul se fait l'avocat libertarien de ce genre de trucs.... Et se trouve être l'un des plus gros rapporteur de contributions fédérales et défenseur des implantations fédérales (militaires et autres) dans son Etat du Kentucky (qui n'aurait quasiment pas d'économie -à part le whisky- sans les fonctionnaires), avec l'autre sénateur de cet Etat, Mitch McConnell (minority leader au Sénat), un grand spécialiste de la "pork barrel politics" qui vient encore de réussir à glisser un projet aussi pharaonique (plus d'un milliard) que peu utile de barrage géant dans la "continuing resolution" qui vient d'être négociée pour sortir de l'impasse récente. Le Kentucky est l'un des Etats les plus dérégulés, les moins taxés et les plus anti-Etat fédéral (et anti-gouvernement) des USA depuis un bail, et qu'est-ce que ça leur a donné? Un niveau d'éducation minable, une infrastructure plus qu'insuffisante, une économie de pays du tiers monde (le charbon, le whisky et le secteur public fédéral tiennent le peu qu'il y a à tenir), une des plus faibles couverture maladie et un état sanitaire alarmant (qui lui aussi tient au secteur public, donc au fric des impôts: pas d'assurance= les urgences sont surchargées et prennent de facto tout en charge) et une polarisation des richesses largement supérieure à la moyenne déjà lamentable des USA en la matière, donc une stratification sociale durable, une mobilité minable et aucun avenir pour la population. C'est à peu près l'état du vieux sud en général, à part quelques exceptions (plutôt des zones que des Etats) qui, étrangement, correspondent à des facteurs (urbanisation, éducation aidée, subventions, taxation, droits du travail, représentation syndicale, couverture santé favorisée....) qui sont tout sauf ce que recommande le Tea Party et les libertariens qui dominent en revanche politiquement ces régions chéries qu'ils brandissent en exemple. La réalité de cet électorat et des promoteurs de ces "principes" incohérents est très éloignée de leurs discours et affirmations: faut tout couper l'Etat et les lois, mais faut rien leur enlever. Faut dégager tous les fonctionnaires, mais garder le service qu'ils assurent en place. Toutes les enquêtes ont souligné la permanence de ces contradictions, et les questionnaires se multiplient où on voit cet électorat, plus encore que tout autre aux USA, dire qu'il faut réduire impôts et dépenses, couper dans le vif, mais ne diminuer aucun service dans les big three, le "law enforcement" (sauf l'ATF qui est une cible traditionnelle dans le sud, 2ème amendement et tradition du "moonshining" obligent), les monuments et parcs.... Et on touche pas au medicare bordel de merde! Que le gouvernement fédéral enlève ses sales pattes du medicare ??? .
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Avec l'étrange mais absolue certitude d'être celui qui connaît les vraies causes et les vrais effets.... Rien d'étonnant chez un prêcheur assénant des sermons sans avoir à être contredit. C'est pas parce que la formule est bonne (et la plume de Bossuet esthétiquement superbe) que les pensées sont vraies. La remarque ne s'adresse pas nécessairement à m'sieur Bossuet: les tea partiers et libertariens dont il semble être ici question se posent là, comme prêcheurs d'absolus et d'abstractions, loins de toute réalité. Anecdote amusante: issu de la partie religieuse de cette droite radicale, on a depuis cette semaine un prêcheur baptiste notoire qui a intenté un procès assez médiatisé.... Contre l'homosexualité. Apparemment, son "argument" repose en bonne partie sur le fait que les relations sexuelles entre homos ayant un taux de probabilité un peu plus élevé de déboucher sur une transmission du sida, il est persuadé que c'est valable pour faire condamner l'homosexualité pour meurtre ou tentative de meurtre, ou un équivalent local de mise en danger d'autrui pour qui s'adonne à ces pratiques. Evidemment, ce n'est qu'une statistiques centrée sur une population en général, et peut-être pas le meilleur angle pour analyser la chose: les pratiques hétéros un peu "sauvages" ou l'échangisme, par exemple, n'ont pas une proba moindre dans ce domaine, alors que le sexe homo entre partenaires "calmes" (union plan plan, cadre "normal" de sorties....) est à peu près aussi peu dangereux que son pendant hétéro. Mais évidemment, le dit prêcheur et les abrutis de ce genre s'attaquent aussi à tout ce qui ne correspond pas à leur vision des interactions sexuelles (et on connaît leur menu). Au même moment, on a le candidat républicain, tea partier avoué (y'a pas de carte de membre, ça se voit aux financements qu'on prend, aux organismes auxquels on est affilié, aux événements où on participe), à l'élection de gouverneur en Virginie, Ken "the kooch" Cucinelli (jusqu'au trognon dans le scandale de corruption qui touche l'actuel gouverneur républicain), qui fait campagne entre autres choses sur le rétablissement du délit de sodomie, qui a été très récemment enlevé des lois de l'Etat. Dans la même foulée, il est aussi pour le rétablissement de l'interdiction de la fellation, elle aussi récemment dégagée des textes (fascinant ce que les partisans du peu d'Etat veulent un Etat qui voit tout pour sanctionner ces choses) et pour des lois condamnant les actes homosexuels. Et évidemment, l'interdiction complète de l'avortement (y compris en cas de viol et d'inceste, un bémol qui fait trop "modéré" pour ces gens là) et de la contraception, ça va sans dire. Résultat, dans l'Etat jusqu'ici ultra rouge qu'est la Virginie, il est plus de 20% derrière le candidat démocrate dans le vote féminin (et derrière en général aussi). Ce même Cucinelli, contrairement à l'usage, est par ailleurs resté en place comme attorney general de Virginie, profitant de sa position pour dégager des pans entiers d'électorat (et se faisant pour l'instant retoquer systématiquement par des tribunaux et organismes de recensement locaux, mais parfois pas assez vite).
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C'est totalement budgété, et ça l'est depuis 3 ans. Et ce n'est pas un PROJET, c'est une LOI, votée et ratifiée depuis déjà un certain temps. La seule particularité est qu'elle entrait en application ce mois ci. Tu reprends l'exacte propagande Tea Partyesque. Faut lire à d'autres sources. "Le désastre de l'Eta providence est maintenant explicite": faut vraiment revenir sur terre et essayer de réfléchir autrement qu'idéologiquement, et surtout autrement qu'en principes abstraits et en absolus catégoriques. La réalité est un tantinet différente. Et faut surtout arrêter de prétendre connaître les USA et une espèce de "pensée immanente" qui caractériserait des ensembles humains, ou des "valeurs" présupposées caractérisant leurs actions et choix. Les USA sont nés de divisions profondes, sans grande pensée unifiante de politiques communes; entre un Jefferson et un Madison anti-Etat fédéral et anti-dette publique, et des fédéralistes (Un peu Washington, beaucoup Adams et énormément Hamilton) interventionnistes et centralisateurs (et heureusement pour l'économie américaine, ce sont eux qui ont donné le ton, les "programmes" des précédents ayant peu d'application crédible dans le monde réel -tout au moins si développer une nation pareille et la garder unie était un objectif), on voit peu de "valeurs" communes passé le stade de quelques grands principes abstraits sur le droit de pas être d'accord (et la nécessité non formulée par écrit de gouverner quand même parce que la réalité continue au-delà de l'argutie théorique) et le consensus sur le fait que le roi Georges était un connard. Là aussi, limiter la lecture de la NRH est meilleur pour une analyse pertinente de la réalité. Ce sont aussi des WASP qui ont inventé et développé l'Etat providence, et bien en a pris à l'Amérique: sans cet Etat providence, leur économie serait à des années lumières en arrière, et ils n'ont pas "renoncé" à leurs supposées "valeurs" pour autant. Ce discours sur l'Etat dit abusivement providence est de fait une chose récente dans ses axes et surtout son caractère démesuré, et correspond étrangement à cette soudaine nouvelle "lecture" des "valeurs fondamentales" et immémoriales de l'Amérique, dont tout d'un coup les abrutis et propagandistes du Tea Party (et faut vraiment les écouter souvent pour comprendre que ces appellations n'ont rien d'exagéré) se fendent. C'est à peu près le même phénomène que l'islamisme radical: encore un supposé "retour aux sources", interprété comme une sainte croisade (valant donc toutes les tricheries, tous les abus, voire la violence à un point ou un autre), les "sources" étant ce que eux disent (et personne d'autres: ils ont la vérité, les autres pas..... Air bien connu). Quand à ta vision de la "division" entre WASP et autres, elle a un tantinet vécu, si tant est qu'elle ait jamais existé en tant que réalité politique, sociologique, culturelle.... Ce sont de faux ensembles ne correspondant à aucune réalité d'hier, d'avant hier ou d'aujourd'hui (par exemple les électeurs soi disants "libertariens" et teapartiers, essentiellement les blancs du sud, sont les plus gros consommateurs d'allocations et d'aides fédérales). En revanche ça sort tout droit des délires poliment appelés "ethno-différentialistes" (avec leurs débilités de déterminisme racial/"culturel") qui ont ce point commun étrange avec l'école autrichienne d'économie: aucun fondement dans une réalité chiffrée et/ou empiriquement constatable (et même un fort rejet de ce mode d'analyse) et juste une complaisance dans de grandes abstractions tournant sur elles-mêmes, pour justifier un moralisme élitiste à deux balles.... Avec l'inadaptation à la réalité que l'on n'a pu que continuer à constater sur de trèèèès longues durées.
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La southern strategy n'a rien eu de secret: le mouvement était amorcé depuis longtemps et rappelle qu'il n'y a pas de parti démocrate ou de parti républicain en général aux USA: il n'y a que des partis républicains et démocrates dans chaque Etat américain. Et chacun de ces partis est différent, les instances nationales ayant un pouvoir limité et ne reflétant que les rapports de force dominants au sein de chaque "univers" républicain ou démocrate. Quand la southern strategy a porté ses fruits via l'action de Nixon qui avait récupéré les décombres de la lamentable "expérience" de la candidature de Barry Goldwater (ancêtre "spirituel" du Tea Party), le divorce était de fait prononcé depuis longtemps dans les organisations et forces composant l'ancien cocktail qu'on appelait parti démocrate: l'écart entre les progressistes du nord et les libéraux d'un côté, et les racistes soi-disant jeffersoniens du sud de l'autre, était consommé. L'équilibre interne du parti démocrate était un équilibre quasi impossible à trouver depuis les années 30, le New Deal ayant planté un premier coin massif entre ces factions aussi différentes que peuvent l'être des partis politiques opposés, malgré le label commun, hérité d'une longue histoire politique. De fait très à droite, les "démocrates du sud" de ces caucus conservateurs/libertariens/ségrégationnistes (il y avait aussi des caucus progressistes qui sont restés démocrates dans le sud) n'avaient jamais pu se résoudre à aller vers l'aile conservatrice du parti républicain (de plus en plus big business, dur....) pour des motifs avant tout historiques et passionnels: les républicains, pour cet électorat du sud, c'étaient toujours les progressistes fédéralistes qui avaient mené et gagné la guerre de sécession, et plus encore imposé un après guerre (malgré les progressistes et Lincoln lui-même) terriblement dur pour l'élite du vieux sud. Toutes les histoires politiques montrent que le caractère passionnel l'emportait sur toute autre considération des années 1870 aux années 1930, transmis de génération en génération sans regard pour les divergences pratiques au sein des démocrates en matière politique, économique, sociale, sociétale.... Le New Deal a rendu le Parti démocrate instable; vint ensuite l'expansion du gouvernement avec la 2ème guerre mondiale, et plus encore, la reconversion économique de l'après guerre, sous Truman et Eisenhower, vastes plans de dirigisme économique (grands plans d'équipement et d'infrastructure, éducation, orientation économique, régulation, et plus encore, le GI Bill et le plan Marshall, qui à eux seuls ont évité crise commerciale et crise sociale) qui ont évité une crise aux USA et les ont consacré comme économie dominante. Quand arriva le mouvement des droits civiques, embrassé par les démocrates du nord et de l'ouest, le divorce fut absolu et put faire surmonter les antagonismes affectifs. Rien de secret là dedans: ce fut un mouvement lent et très perceptible, correspondant à une division toujours croissante et observable (notamment lors du "do nothing congress" de 1946) qui multipliait les blocages, et à un renforcement sans cesse croissant de la partie progressiste des démocrates qui s'appuyaient de plus en plus sur la population ouvrière et les employés, et sur la classe moyenne éduquée, au nord et à l'ouest. Les noirs sont un électorat conséquent, mais les latinos le sont bien plus (et plus organisés, et pouvant apporter plus de financements de campagne) et sont, qui plus est, l'électorat qui monte, avec, dans une moindre mesure, les "asiatiques" en général (Chinois, Indiens, Philippins, Coréens et Japonais surtout), qui sont résolument démocrates. Mais qu'on ne s'y méprenne pas; le vote ethnique compte pour les démocrates, mais le vote par sexe compte encore plus depuis une vingtaine d'année où le "gender gap" n'a cessé de s'affirmer en leur faveur (on observe des moyennes de décalage tournant autour de 20% entre les 2 partis). De plus, il faut aujourd'hui constater une réalité encore différente: le "jerrymandering" (redécoupages successifs des cartes électorales dans certains Etats, surtout républicains) abusif a créé un grand nombre de circonscriptions peu concurrentielles, et donc des bastions républicains inexpugnables, ultra conservateurs, et ce nulle part autant que dans le vieux sud. Combiné à des politiques systématiques d'entraves au processus de vote pour certaines populations, ou d'exclusion des listes électorales par divers biais, on a, et là encore surtout dans le vieux sud, un énorme décalage entre la réalité des tendances des populations et celle des élections à la Chambre: le Sénat et la présidence, via leurs modes de scrutin, sont des élections plus concurrentielles, et reflètent à cet égard plus les évolutions du pays, et des Etats. De fait, les républicains ont toujours perdu le vote populaire (la majorité démographique des votants) Etat par Etat et nationalement depuis 1988, quelle qu'ait été la majorité élue. Non, ils peuvent s'adapter: les résultats de l'étude que j'ai indiquée plus haut montrent les tendances des 8 "groupes sociologiques" fondamentaux d'électeurs qui semblent être les "blocs" votant aujourd'hui, et 6 d'entre eux, "pesant" 51% de l'opinion américaine, n'ont pas de tendance "naturelle" si partisane que ça (sauf pour des minorités en leur sein qui, pour d'autres raisons -appartenance familiale à un parti, attachement à une cause particulière....- votent plus durablement pour un camp). Mais le fait est que les républicains se sont rendus prisonniers de cette extrême droite qui les a longtemps servi; elle a surtout servi Nixon, pour qui elle n'était qu'un crucial appoint électoral qu'il contrôlait, elle a servi Reagan, qui l'a essentiellement dupée, mais a permis leur restructuration et montée en puissance, et elle a commencé à forcer l'évolution réellement radicale des républicains dans les années 90, devenant incontrôlable et créant le phénomène souvent décrit aux USA de "la queue qui agite le chien". De fait, et ça a été visible dans la crise qui vient de se terminer, les Républicains doivent retourner vers ce vaste centre dans une certaine mesure, qui a suffisamment d'électeurs potentiellement enclins à voter pour eux à divers titres (conservatisme fiscal, anti-immigration, maintien de la peine de mort, régulation réelle mais limitée sur le 2ème amendement....); ils ne le peuvent pas sans perdre l'essentiel de ces 28% d'électeurs ultra conservateurs (les religieux et les populistes, qui se retrouvent essentiellement dans les 2 caucus radicaux, "libertariens" et Tea Party). Leur impasse présente est qu'il leur faut admettre qu'il va peut-être falloir perdre (peut être largement) 1 ou 2 cycles électoraux pour ça (2014 et 2016), à moins qu'un important changement ait lieu au sein des bases de donateurs au parti républicain, notamment les donateurs du Tea party et des libertariens (ou des organisations qui les soutiennent, comme Heritage), dont un certain nombre ont visiblement piqué une gueulante la semaine dernière, coupant les vivres aux républicains, mais aussi à leurs enfants gâtés excités et radicaux (heritage et freedomworks, par exemple, ont soudain eu des petits soucis de gestion quand les papas Koch ont arrêté les virements). De fait, dans un monde post-Citizens United, le changement, bien plus que des seules perspectives de vote, pourrait être forcé par les bailleurs de fonds. Face aux tendances démographiques lourdement en faveur des démocrates, le maintien d'un énorme avantage en argent récolté (surtout en soft money) a été l'un des seuls atouts "avouables" des républicains (avec le jerrymandering et les diverses méthodes d'exclusion et d'entrave au vote, qui ont eu un impact important sur nombre d'élections, mais sont inavouables et incertaines dans leur pérennité: on ne peut compenser ad vitam une base électorale décroissante par la triche).
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Oui, comme le privé est par essence et dans l'absolu merveilleux-juste-et-zefficace parce que c'est comme ça et un point c'est tout, les pompiers privés desserviraient un nombre tendanciellement à la baisse d'habitants, MAIS pour les autres, on aurait droit à une société montée pour filmer les incendies et catastrophes non traités, en live, pour les diffuser afin d'étendre à un Etat entier l'ancienne tradition de regarder un immeuble cramé, à la télé, sur ordi, Ipad ou Iphone, le tout pour une somme modique. Il est pas beau le système?
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Pas de "menaces" au sens concret du terme, ou d'ultimatum: plutôt du registre de l'imprécation, du genre "vous êtes pas des êtres humains si vous envoyez pas tout ce qu'il est possible d'envoyer pour nous aider".... La chose avait ceci d'amusant qu'elle avait été proférée face caméra par le même mec qui, quelques temps auparavant, déniait toute aide à NY et au NJ suite à l'ouragan de l'hiver dernier, qui avait salement tapé cette partie de la côte est (et dans le deal négocié hier, il y avait quelques allocations encore dédiées à cette aide qui étaient attachées au vote de la "budget continuing resolution" qui vient de passer). J'ai fait erreur en parlant d'ouragan: il s'agissait des "flash flooding" qui ont eu lieu dans le Colorado récemment: donc l'excité en question était un tea partier du Colorado. Mais la même chose avait eu lieu (avec moins de publicité) suite à des tornades, en Arkansas je crois, avec pareillement des gens invoquant les "states rights" avant, disant qu'il fallait pas aider car les Etats pouvaient s'aider par eux-mêmes.... Et quand les tornades avaient frappé, on voyait les mêmes personnes en appeler aux aides fédérales, au déploiement en grand des moyens de la FEMA.... La FEMA est une agence pas énorme (elle a autorité en cas de catastrophes sur beaucoup de monde, afin de coordonner le travail), et elle n'a rien de réellement obscur à moins de vouloir l'ignorer très fort: c'est juste la putain de sécurité civile au niveau fédéral, avec des moyens poussés (mais somme toute limités) d'anticipation (dont des études pour des moyens de prévention qui sont rarement écoutées) et d'action d'urgence. Elle n'est devenue obscure et néfaste que dans la bulle non informationelle du petit monde conservateur, où tout d'un coup elle s'est mise à incarner ces terribles agences fédérales qui semblent les envoyés du diable sur terre. Vu que le complotisme aux USA émarge en grande majorité dans cette sphère de la droite (on croirait l'inverse, et pourtant....), on va dire que la FEMA est le nouveau parfum à la mode des années 2000, qui succède aux "men in blacks" (et leurs hélicoptères noirs) des années 80-90. Donc dans ce monde, la FEMA est une espèce d'agence tentaculaire (bureaucratique et inefficace évidemment parce que c'est gouvernemental, mais en même temps elle écrase les Américains et aide les communistes à dominer le pays: comment fait-elle si elle est inefficace?) visant au contrôle du pays, qui établit des camps de concentration où les méchants communistes/nazis/pinko/homo/liberals font de la rééducation mentale du brave peuple américain. C'est via elle aussi que se cacherait l'immense armée secrète des blacks muslims (ou des noirs en général, ça dépend des versions) qui viendra vous égorger, ou vous prendre vos flingues, selon l'envie du moment (mais de toute façon violer vos filles et vos compagnes, puisqu'apparemment, les noirs font ça selon cette frange de la population). C'est une chose d'avoir quelques tarés disant ce genre de trucs dans leur coin, c'en est une toute autre quand ces trucs sont le pain quotidien de shows de grande audience (Beck et Limbaugh en tête, mais aussi le soi disant "sérieux" Sean Hannity sur Fox) à la radio ou à la télé. D'un autre côté, c'est toujours amusant d'entendre ces gens là se prendre au sérieux.
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Ca, ça a déjà beaucoup changé depuis une dizaine d'années. Beaucoup va dépendre du comportement des donateurs du parti républicain, qui se sont bruyamment manifestés à tous les niveaux ces deux dernières semaines, y compris la soutiens principaux du Tea Party. Par ailleurs, on a vu beaucoup de remous contre le GOP dans des districts "rouges", théoriquement pensés comme des bastions absolus, et encore plus dans des districts actuellement "rouges" et pensés comme assez solides (le système électoral de la Chambre favorise lourdement la réélection de ceux en place), qui seraient désormais "concurrentiels".
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???? Comprends pas la phrase.
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Dans la "bulle" républicaine, si tu essaies d'avancer les politiques de Reagan ou Bush père, ou encore d'Eisenhower, tu es un sale "commie" (malgré leur vénération pour ces noms.... Rappel que la plupart de ces droitistes populo ne savent pas grand chose sur la réalité de ce qu'ils croient connaître); si tu soutiens le programme de Nixon, tu es un sale 'pinko liberal".... Et si jamais tu avais les convictions de Georges Washington (aussi vénéré en nom seulement), cad agnostique, gouvernant au centre, pour un niveau d'Etat fédéral certain.... Tu serais honni et voué à l'enfer, comme Charles Darwin. Dis donc collectionneur, tu serais pas un sale gauchiste tueur de bébés, voleur d'argent privé et partisan d'un Etat dictatorial (cad un Etat qui ose par exemple aider une région touchée par un ouragan), des fois? Je vais te dénoncer à Ted Cruz qui va venir orchestrer un shutdown de ton domicile!
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C'est la deuxième fois dans cette mandature, la première ayant eu lieu en 2011. Et oui, je l'ai déjà mentionné plus haut, c'est rééditable tant qu'il y a suffisamment de tarés pouvant influer sur suffisamment de votes. La prochaine échéance est en février, vu que le présent deal est un vote de résolution budgétaire de court terme.... Ce n'est pas réellement un budget, donc, juste le financement des activités du gouvernement, sur un montant de compromis non durable, pour les quelques mois à venir. Les négos pour un budget viennent de recommencer.