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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Tancrède

    Nanas au combat

    C'est un des problèmes sur le tapis; problème parce que plus des politiciens et hauts gradés semblent adamants à affirmer que les standards ne seront jamais abaissés, plus il me semble que ça veut dire qu'ils le seront :lol:. Les forces US n'ont jamais admis avoir baissé les standards, mais pendant la dernière décennie, face aux besoins (2 guerres, accroissement des troupes, volontariat en baisse), il est de notoriété publique qu'ils l'ont été, tant sur le plan des critères physiques que sur d'autres (ce qui s'est vu notamment avec l'embauche de gangsters, parfois par paquets entiers, plus ou moins en "service commandé" par leurs bandes, pour acquérir de l'expérience). Il est question de critères unisexes, mais même ça, dans la réalité, couvre souvent bien des choses et inégalités de fait, sans même compter les "habitudes" qu'on peut prendre pour bypasser la lettre des règlements. Avec en outre des effets corollaires déjà constatés: unifier les critères correspond souvent au fait de les abaisser (pour les hommes) et amène une certaine proportion de dégoût. En bref, les meilleurs ont tendance à partir quand le niveau d'exigence baisse. C'est déjà vrai, même en dehors des questions de sexe, dans des unités 100% masculine, l'effet pourrait être ici plus drastique encore vu le différentiel moyen de performance entre les populations masculine et féminine, qui imposerait de fait des critères pas folichon. Et ça coûte pas grand chose à des politiciens de continuer à brâmer face caméra que "l'armée US est une armée d'élite faite du meilleur de la population" :P, et à des généraux-bureaucrates-politiciens d'étaler des statistiques homogénéisées/harmonisées mêlant toutes les filières d'accès, toutes les contorsions statistiques possibles pour aller dans ce sens. Les armées modernes, et l'armée US en tête, n'ont pas une proportion si énorme de combattants, donc ont une immense variété de critères d'exigences (ce qui n'est pas mauvais en soi); ça facilite le tripotage de chiffres. Et si on en vient à la proportion de combattants "à pied" (fantassins, FS, sapeurs de combat et une variété de métiers approchants, disséminés un peu partout dans les structures de forces), sur l'ensemble des forces armées US et de leurs 1,4 millions de personnels, y'a matière à confusion. L'approche de la réforme en cours est apparemment de placer un niveau d'exigence donné pour chaque métier/spécialité militaire, ou famille de spécialités (à définir): faut voir ce qu'il en sera. Et au-delà de la question des critères individuels, il y a la question des collectifs que sont les unités, de l'esprit de corps (comment il se crée, comment il se développe et s'entretient, quelles sont ses conditions incontournables et quelles sont celles qui sont en fait plus contournables qu'on le pense), du moule psychologique particulier qu'est une unité de combat (mentalité de pack, tendance à définir un moule unique et extrêmement exclusif -tu ressembles aux autres ou pas-, coexistence dans la durée....), de l'irréductibilité dans la façon dont les hommes voient les femmes et réciproquement (facteurs "culture" -plus ou moins influençables avec du temps et de la volonté- et facteurs "nature" -complètement indépassables).... Et ces facteurs définissent les risques quand à l'efficacité des futures unités. Sans compter aussi l'éternelle difficulté à évaluer aussi objectivement que possible ce qu'est "l'efficacité": on n'a pas vraiment de méthodes d'évaluation et de mesure réellement satisfaisantes à tous égards. Enfin on retombe plus largement encore sur la question d'unités mixtes, mais cette fois d'unités de combat, et de combat au sol, dont il semble qu'il faille les séparer des autres à cet égard, tant la question de la psychologie et des mentalités y est différente que dans d'autres secteurs de l'armée qui bougent peu ou pas. Entre les unités "sédentaires", celles qui projettent une faible part de leurs personnels, celles qui projettent mais dont les personnels restent sur base, celles qui projettent mais dont le rôle principal n'est pas de combattre à proprement parler (mais qui peuvent voir le combat, même sur une base relativement fréquente: exemple type avec les unités logistiques), et celles dont le but est d'aller chercher la castagne (voire encore les FS et "unités de pointe" qui doivent aller la chercher plus loin, plus fréquemment, pour plus longtemps, avec moins d'appui et dans des conditions plus dures), il y a toute une gradation qui renvoie à des réalités très différentes et à des "conditions de travail" et d'existence complètement différentes (et des mentalités de groupes et d'individus très différentes). Le niveau moyen de stress/peur et la mentalité individuelle et collective pour s'y adapter sont différents. Et c'est une composante indissociable du problème ici évoqué: quelles possibilités pour des unités de combat mixtes? Quelles conditions? Est-ce réalisable? Est-ce réalisable à un coût acceptable? Est-ce souhaitable? Quelles difficultés cela peut-il créer? A la lumière de l'actuelle polémique sur les agressions sexuelles massives et "structurelles/culturelles" dans les armées américaines, comment voir ce nouveau développement? On parle là de femmes qui, si elles étaient admises, seraient à l'année dans des unités où le niveau de tension et d'agressivité est poussé à l'extrême en permanence (où la culture et l'ethos guerrier/masculin est la plus développée).... J'ai moins peur de viols pendant les opérations militaires (y'a d'autres priorités) que dans les périodes sur base, ou les moments d'attente en déploiement: une nouvelle source de dissenssions dans les unités? A quel point est-ce réductible par des "efforts culturels" et une plus grande attention portée à la répression, et à quel point est-ce indépassable?
  2. Tancrède

    Nanas au combat

    http://tv.msnbc.com/2013/06/18/days-of-rambo-are-over-women-to-enter-combat-roles/ Ca y est, la discussion est sur le tapis aux USA: à la suite de la levée de l'interdiction d'accès à la plupart des rôles fermés aux femmes depuis les statuts de 1994 (les calendriers pour l'adaptation du système sont encore en cours de définition), la question de l'ouverture de l'accès aux forces spéciales est posée (pour l'instant, c'est pas encore le cas).
  3. Il y a une interface proprement dite pour les questions de planning et d'organisation, de même qu'un effort évident des services de com et organes de presse des armées, de divers services pour la logistique.... Mais le principal de l'organisation est en fait réalisé par une association à but non lucratif. Pas vraiment une assoce comme on a en France, mais c'est le statut le plus proche; ce qu'on appelle en général une "nonprofit" aux USA, en fait une société privée à but non lucratif, avec une "charte" accordée par le Congrès, qui en fait ainsi une organisation à prérogatives officielles (un peu le même principe qu'une lettre de marque si on veut :lol:). C'est L'United Service Organization. L'USO est une organisation assez énorme, financée par des donations privées mais recevant aussi d'importants soutiens du DoD (en fonds, en temps de travail, en facilités, en "nature") et une forte dimension de bénévolat (dont évidemment les célébrités). Plus de 350 millions de dollars de budget annuel (dont un équivalent de 230 millions en fournitures, facilités et services, principalement des armées). A noter que les tournées de stars ne sont pas tout. L'USO fournit loisirs et distractions en général pour les troupes, sous diverses formes: shows, centres de loisirs, clubs, cinés/théâtres, animations, matériels (jusqu'aux consoles de jeux, par exemple), coaching (pour organiser distractions, spectacles, tournois sportifs)....
  4. Pas vraiment de cachet en soi: vu la fréquence de ces visites et tournées, même les armées ricaines n'auraient pas les moyens vu le calibre de pas mal des personnalités qui viennent et ce que coûte déjà en soi la mobilisation de moyens pour les faire venir, les accompagner, organiser les tournées.... C'est un échange de bons procédés étant donné que ça fait de la pub, qui plus est auprès d'une audience captive, ça donne une bonne image et c'est en fait un "pré-requis" qui est d'usage courant depuis longtemps aux USA (et les légendaires tournées de Bob Hope, icône du genre), tellement entré dans les moeurs que ne pas le faire au moins une fois, pour des personnes très en vue, c'est souvent pointé du doigt.... Non que ce soit d'ailleurs toujours très agréable; un exemple amusant fut une tournée de Bill O'Reilly en Irak, présentateur "vedette" de FoxNews (on n'oserait pas dire "journaliste"), enragé ultra-droitiste et fréquent affabulateur (sans jamais admettre les nombreuses fois où il a tort ou dit carrément n'importe quoi); malgré l'a priori conservateur assez dominant dans les troupes américaines (accru par la sur-représentation démographique du vieux sud dans les armées), les commentaires youtube et autres retours sur sa visite étaient assez unanimes pour le qualifier d'enfoiré, de diva égotiste, d'emmerdant.... Alors que Steven Colbert, présentateur ultra célèbre (génialissime) d'une parodie de journal télé ultraconservateur et notoirement de fait très pro-"liberal" avait été adoré par les troupes, passant tout son temps à parler au plus de monde possible et faisant un spectacle autrement plus distrayant que les élucubrations de l'autre (on peut trouver des vidéos sur youtube, Colbert s'étant fait faire un costume trois pièces en multicam pour l'occasion :lol:), poussant même la vanne jusqu'au point d'orgue de se faire raser la tête en live devant les troupes, et par l'un des plus hauts gradés des forces américaines sur le théâtre. Pour une note amusante et avoir des détails sur le déroulement réel et la fréquence de ces choses pour les ricains, j'incite lourdement à aller voir et écouter des vidéos de la comique et présentatrice Kathy Griffin (icône pour les gays, cauchemar des stars, colportrice publique des ragots de célébrités à taire et fana d'un humour assez cash) qui a pour pratique d'étaler absolument tout ce qu'elle voit et entend dans son petit monde principalement hollywwodien (et pas sous la lumière la plus glamour). Elle a notamment fait de longs "exposés" de ses deux expériences en Irak et Afghanistan quand elle a été "faire son quota".... C'est rafraîchissant d'avoir cet angle de vue, loin des publi-reportages des publicistes de stars, et de la com des armées. Quelques trucs marrants: - pour une grande star ou vraie célébrité qu'on voit aller visiter, faire un concert.... Vous trouverez 40 demi sels, acteurs de série Z, catcheurs semi-obscurs, présentateurs télés de plus ou moins grande audience, cheerleaders (et pas vraimentle squed des Dallas Cheerleaders au complet), sportifs des "gros bataillons" (pas vraiment les super quaterbacks et all star players), "icônes" de télé réalité.... Dont pas grand monde ne connaît le nom, que leurs agents essaient de mettre ou remettre au goût du jour. Griffin décrit ainsi que dans son trip en Afghanistan (vers 2006 ou 2007), il y avait un catcheur de "série B", 2 cheerleaders qui essayaient de se reconvertir en chanteuses (et dont les troupes ne voulaient qu'une chose: qu'elles montrent de la chair :lol:) et une des actrices de JAG (non, même pas la principale :lol:) qui n'avait rien fait depuis (d'ailleurs la principale n'a pas fait grand chose non plus). C'est pas vraiment une tournée avec Angelina Jolie, Rihanna et Stallone, quoi :lol:. - les armées essaient de faire tourner ceux qu'elles arrivent à choper sur le maximum de sites (surtout quand elles ont des comiques et des chanteurs, vu qu'il y a pas tant de spécialités que ça qui "tiennent le moral": acteurs, sportifs et autres, c'est bon pour une séance dédicace et le moment kodak mais pas plus), si bien qu'en Afghanistan, par exemple, Griffin évoque aussi bien Camp Bastion que des FOB (!) avec moins de 100 personnes dans l'assistance qui représentaient la quasi totalité de la base. - comme dit plus haut, les superstars sont pas si fréquentes, mais ces tournées doivent se faire sur base régulière, pour assurer du flux, qui plus est sur des théâtres où les troupes ricaines sont présentes à l'année et à coups de dizaines de milliers de personnels, voire évidemment dans les deux derniers récents, largement au dessus de la centaine de milliers: donc ça fait valser de la semi célébrité. Griffin, qui est arrivée à un bon niveau de notoriété en venant "par le bas" (cad, elle a ramé pendant longtemps), a fait son fond de commerce en décrivant la réalité de cette façon "d'organiser" le show biz aux USA, via ses "chroniques" (par la suite devenues une émission) appelées "my life on the D list". Y'a la "A list" (c'est là que son les superstars aux cachets énormes).... Et les gradations qui suivent :lol:: et dans les tournées aux armées, pour un "A lister", les troupes voient un grand nombre de "B", "C" et "D listers" qui n'ont pas forcément grand attrait et n'attisent pas les hourras des soldats. Griffin décrit ainsi comment elle a du aller chercher les audiences sur les bases: passer les journées à les radiner pour le spectacle (bien que connue désormais, c'est pas non plus Oprah Winfrey), et essayer de vite "sentir" l'audience pour l'aggriper: pour ça, faut du métier et mettre son ego au placard (comme elle le dit après consultation avec un sergent "they want dick jokes and they want them now" :lol:) sous peine de les voir décaniller au moindre temps mort.... Ce que beaucoup ne pigent pas ou ce dont ils se foutent parce qu'ils viennent pour dire qu'ils l'ont fait, pour la photo-ops.... - le déroulement des soirées spectacle vu côté coulisse a quand même quelque chose d'impressionnant pour le métier du show biz américain: ce sont de vraies "cérémonies" où, si les bons performers sont là, y'a du spectacle, des vannes, un mélange avec le public (qui est incité à participer), des "échanges" pas scénarisés, des chants patriotiques.... Au final, les ricains ont énormément de métier pour cette chose, et une interface civilo militaire spécialisée dans les RH qui a toujours pratiqué ça avec Hollywood, les agences de célébrités.... Et pourtant, faut pas non plus caricaturer: l'armée française est complètement minable dans ce registre, c'est un fait, mais faut pas délirer sur ce qui arrive pour les ricains: considérant l'importance de leurs déploiements (y'a aussi les bases permanentes: 1/2 million de troupes en permanence basées outre mer, rappelons le) et le "marché" captif que ça représente pour des tournées d'artistes et célébrités, les flux ne sont pas si énormes, en tout cas pour les artistes susceptibles d'intéresser les troupes. Beaucoup de cafouillages, de ratés, pas tant que ça de "A listers" qui se pointent (évidemment, quand ils le font, les photos et films sont matraqués dans les médias, ce qui n'est pas représentatif) et surtout pas longtemps, beaucoup de "on le fait parce qu'il faut le faire" avec des demis sels dont les troupes se foutent pour l'essentiel.... Et une certaine baisse dans cette activité par rapport à d'autres époques où l'armée était de conscription (ce qui portait plus d'attention à la chose, y mettait plus d'importance): 2ème GM, Corée et Vietnam ont vu de plus grandes fréquences de stars faisant de vraies tournées longues, pas des visites éclairs. Comme le disait Guignol (pendant le Têt) dans un certain film: "mon lieutenant, est-ce que ça voudrait dire qu'Ann Margret ne viendrait pas" :lol:?
  5. Hé, pas critiquer certains petits trafics: quand t'es aux USA, "connaître" un employé d'ambassade qui peut convoyer des "objets personnels", c'est encore le seul moyen de se procurer un camembert décent :-X. Y'a des limites sur le volume de ce que tu peux faire venir par ce biais (la "valise" diplomatique, de facto, c'est juste un scellé et un statut sur des objets, d'une simple lettre jusqu'à des malles, voire des petits containers), et surtout, faire venir discrètement: du matériel d'écoute, c'est courant, mais on peut pas abuser du truc à l'infini sans conclure des accords avec le pays hôte (ne pas oublier que l'extraterritorialité n'est pas ce qu'on en dit: le territoire d'une ambassade n'est pas une parcelle de "sol national" du pays d'origine, contrairement à ce qui est souvent et mal présenté). Tu planques pas un bataillon de chars :lol: dans des centaine de containers géants en disant "valise diplomatique". Et des ADM seraient souvent détectées, en tout cas celles ayant une signature radiologique. Pour les autres, même si c'est a priori possible (le polonium arrivé en Angleterre pour épicer une certaine tasse de thé?), faire venir des quantités militairement significatives, les personnels pour manipuler ces trucs (ça, c'est souvent visible), n'est pas si aisé qu'on croit (sinon même impossible), et l'impact qui serait obtenable serait de fait ridicule comparé aux conséquences d'une telle brêche des usages et commodités diplomatiques en place qui sont aussi nécessaires qu'elles ont été délicates et dures à obtenir, et sont encore très délicates à maintenir (tout le monde abuse et joue en "tâtonnant" à savoir jusqu'où ne pas aller trop loin, en sachant qu'il y a une ligne rouge, mal discernable mais très, très réelle). Par ailleurs, le personnel d'ambassade qui jouerait à ça devrait de facto être fait de fanatiques et/ou kamikazes, parce que les mettre dans une telle position, c'est de facto les sacrifier (tous ne seraient pas dans la confidence, mais un certain nombre doit l'être, et une autre partie ne pourrait pas ne pas remarquer des trucs). Et vu le passage à la loupe de ces personnels, certains profils émergeraient vite sur le radar du pays hôte. Introduire des petites quantités de certaines substances (poisons, agents toxiques, drogues....), c'est très possible et c'est sûrement fait régulièrement ici et là: pour un assassinat, un deal, voire, dans une hypothèse "dure", un attentat (pas de dégâts énormes, mais un impact médiatique/psychologique). Mais de quoi "prépositionner" suffisamment pour un usage militaire? Trop d'inconvénients, trop de risques (prépositionner, c'est longtemps à l'avance: beaucoup trop de risques d'être repérés), trop de conséquences, et, franchement, pas vraiment réaliste si tu veux vraiment amener de quoi avoir un impact significatif (sans compter les exagérations sur les capacités militaires des armes chimiques et bactériologiques, qui n'ont d'efficacité marquée qu'employées à grande échelle et dans certaines conditions d'usage précises.... Et encore).
  6. Il fallait regarder l'actualité américaine ces derniers temps: les échanges au Congrès étaient rigoureux, avec Kyrsten Gillybrand et Claire McCaskill qui menaient la charge aux côtés de quelques autres. Les déclarations des chefs des différents services comme quoi "le viol c'est terrible" et autres platitudes, ça fait plus de 20 ans (depuis le début des années 90, quand ce problème est sorti via quelques "incidents" hauts en couleur, genre viol collectif avec des généraux dans un hôtel de Las Vegas) que ces galonnés les balancent.... Ce que Kyrsten Gillybrand leur a balancé en pleine gueule en disant clairement que leurs grandes phrases ne valaient pas un clou et qu'ils n'avaient aucune crédibilité :O , entre autres claques dans la face (genre "are you fucking kidding me?", "most generals don't even want to make a difference between a slap on the ass and a rape, just to better dismiss everything").... Ce qui a froissé quelques plumes. Ce qui a été principalement souligné, outre l'importance du nombre de victimes (dont une majorité d'hommes), fut le systématisme de la "double peine" qui frappe les victimes, quasiment toujours snobées par la chaîne de commandement, incitées au silence, aiguillées vers la psychiatrie pour problèmes mentaux (du vrai tribunal islamiste: c'est la faute de la victime, et/ou elle est dingue), et très souvent à la carrière bousillée (quand ce n'est pas un aller simple et de force vers la sortie). Mais la question était devenue politiquement épineuse (malgré un large consensus bipartisan -une rareté aujourd'hui à Washington, où même la couleur du ciel fait débat, sans parler de la forme de la Terre qui fait authentiquement débat- et un John McCain très visible sur le sujet) étant donné que les mesures mises sur le tapis impliquaient entre autre de retirer aux commandants de sites et services militaires tout pouvoir "judiciaire" (vu qu'ils ont encore une justice militaire pure et dure) sur leurs bases et dans leurs services, bref, sur leurs subordonnés et sur le processus d'enquête et de jugement interne, au profit "d'inquisiteurs" spécialement désignés (militaires pas civils). C'est là que le bât a blessé, parce que ce mouvement a été enrayé avant hier (via un vote démocrate d'ailleurs) et qu'il semble qu'une fois de plus.... Pas grand-chose ne sera fait sinon les sempiternels "on va éduquer", on va créer des entraînements spécifiques.... Chose que les divers services font depuis 20 ans, à grand effet apparemment. Beaucoup d'enjeux qu'on a retrouvé ailleurs et à diverses époques: autonomie du commandement, place du militaire dans la société, culture des officiers (proportion démesurée de cas impliquant des officiers), culture du haut commandement, réflexes de caste, réflexes de bureaucrates planquant leurs culs et ceux de leurs copains, nature de la chaîne de commandement, rapports politique militaire, perméabilité des mondes civils et militaires....
  7. Si, justement: j'ai édité mon post ici et là pour mieux le montrer. Moi, j'ai regardé, justement, et longuement, ces sujets, et c'est pourquoi je signale précisément plusieurs faits: - les unités sont recrutées sur base régionales, essentiellement en raison des solidarités locales, de la proximité géographique (voyager, c'est long, dur et cher à l'époque) et de la contrainte linguistique, ce qui fait qu'il ne peut y avoir, ou très peu, d'étrangers dans cette nouvelle infanterie (ni même tant que ça d'étrangers aux provinces de cantonnement). - les non ressortissants du royaume sont enrôlés comme tels: comme unités à part, d'abord et avant tout parce qu'ils se vendent comme tels (un entrepreneur de guerre ramène des gens de son coin, parce qu'il recrute plus facilement en terrain connu), ensuite et toujours en raison de la barrière linguistique et des solidarités et confiances locales, enfin parce que des unités se vendent toujours comme des spécialités militaires (archers, arbalétriers, piquiers....). L'époque a certes peu de conscience nationaliste (quoique là on est APRES la guerre de cent ans qui est le creuset des consciences nationales française et anglaise), mais a une très forte conscience d'appartenance à une "nation" (une région culturelle/linguistique, quoi). - le cas des Suisses a été développé dans mon post précédent: ils ne s'enrôlent jamais dans des unités étrangères, toujours en unités constituées et appelées "Suisses" ou "bandes Suisses" dans les rôles d'engagement français - les soldats ne changent pas de métier à cette époque (et assez difficilement encore aujourd'hui): on ne réentraîne pas des archers en piquiers.... Ce ne sont pas des trucs polyvalents qu'on verse d'un emploi à l'autre au gré des besoins. Les savoirs-faires s'acquièrent difficilement et se gardent et s'affinent au cours d'une carrière, surtout chez des gens peu éduqués et qui plus est contraints par des barrières linguistiques (qui limitent les horizons pour changer d'unité), et c'est encore plus vrai pour les unités permanentes qui doivent garder leur cohésion et leurs dynamiques. - il n'y a pas, en 1479-1480, d'effectifs significatifs de soldats démobilisés, en bandes organisées ou non. - les autres guerres en Europe sont aussi relativement bien connues, et on ne voit pas de hordes d'Anglais ou d'Ecossais aller se vendre partout (la petite aventure de la compagnie blanche de John Hawkwood en Italie est un one shot, où il y a d'ailleurs assez peu d'Anglais). Dans les années 1470-1480, les Suisses ne sont pas encore un produit d'exportation massif (le roi de France est le premier à les employer d'ailleurs): les 6000 Suisses engagés pour la formation de l'infanterie française en 1479 sont en plus de l'effectif de 14 000h qu'ils encadrent (des Français) et n'ont pas vocation à combattre dans les mêmes unités, mais à rester dans les leurs. Les bandes de fantassins français recrutées en 1479 (10 à 14 000 fantassins et 2500 "pionniers" pour le soutien), désolé de le dire encore, sont des Français, essentiellement de Normandie, d'Ile de France et de Picardie (plus un volant indéterminable de cadets nobles contraints de s'engager et venus d'un peu partout, même si principalement des régions citées), qui sont entraînés par des Suisses et encadrés par des aristos professionnels de la guerre. Et personne n'est engagé en unités constituées qui amèneraient des structures et organisations préexistantes. Les sources et analyses existantes indiquent le contraire, et la logique tend à confirmer le fait. Sur ce plan, peut-être: mais ce que le roi recrute pour la formation des compagnies d'ordonnance, ce sont les individus (les plus aptes et les moins séditieux, cad entre autre ceux qui se comportent le moins comme "mercenaires"): il ne recrute pas d'unités constituées puisqu'il forme alors des unités d'un nouveau type. Il se contente de puiser, dans le courant des années 1430-1440, dans le réservoir des gens de guerre disponibles, qui étaient d'ailleurs pour l'essentiel des féodaux et ses propres troupes professionnelles qu'il soldait lui même. Il a commencé par former 15 compagnies, soient 1500 lances de 6 hommes (dont 1 homme d'arme et un coutilier -équivalent non noble, ou pas toujours noble- et 2 hommes de traits), donc environs 9000h (dont 7500 combattants), plus une bande d'artillerie (de 500 à 800h, la plupart n'étant pas des combattants) et environs 2000h pour les compagnies de Mortes Payes (des lances plus petites, avec une bonne proportion de vétérans commençant à vieillir), en même temps que commençait la période de formation des 8000 francs archers (dont la plupart n'étaient pas des professionnels: il aurait d'ailleurs été bien en peine de trouver une masse pareille de gens de guerre dans le royaume s'il avait voulu recruter des pros). Et ce total pas énorme représentait déjà la très grande majorité de la main d'oeuvre militaire en France, en plus de la partie du ban et de l'arrière ban qui prenait ses devoirs au sérieux. Pas un réservoir énorme de bandes armées à cette époque. Juste pour dire que la création de l'infanterie, comme d'ailleurs des compagnies d'ordonnance, n'est pas une transposition d'unités "privées" apportant une organisation. L'infanterie s'est formée ex nihilo sur le modèle des milices cantonnales suisses avec une organisation créée sur place pour l'encadrement (concoctée par le Sire d'Esquedres, officier du roi en charge de l'opération et qui a donc mis en place une adaptation du système suisse à la mentalité des officiers français et à la nature des opérations de guerre françaises -différentes des Suisses), à partir de quoi elle a entamé son évolution propre. Les compagnies d'ordonnance, elles, constituent en tant qu'unités une synthèse des apprentissages des années 1420-1430 et des évolutions de la petite armée royale à cette période (surtout pendant la campagne de la Loire) et de ses capitaines (Dunois, La Hire, Xaintrailles essentiellement). Peu de sous-offs dans les lances d'ordonnance: ce ne sont pas encore des unités organisées de telles façons, et plutôt des "unités d'officiers", quoique de facto, les "archers" montés de ces lances aient du improviser leur propre façon de fonctionner étant donné qu'en opérations, les lances se séparaient avec les hommes d'armes allant se regrouper entre eux pour former des unités de cavalerie lourde, et les archers allant opérer ensemble.
  8. Les Almogavres combattent principalement avec des petites javelines (sagettes: 2 à 3 par tête de pipe au combat) et un gros coutelas au contact, et le font de façon très agressive (tactique essentiellement offensive et mobile) et disciplinée (coordination importante), soit un mode de combat très ancien en Ibérie et ailleurs, porté au pinacle par les légions romaines classiques (le duo pila-gladius, c'est exactement ça) et maintenu surtout au sein des troupes légères et médianes romaines ainsi que dans les unités locales (milice, limitaneis) après les IIème-IIIème siècles, qui disparut largement d'Europe après l'antiquité tardive. Je n'invente rien, je constate: c'est un mode de combat extrêmement exigeant, requérant une discipline et un entraînement terrible pour être aussi efficace que ce qu'on pu démontrer les Almogavres de la compagnie catalane. Et il n'y a aucune raison de penser que le savoir-faire n'ait pas duré après la dispararition de l'empire d'occident, surtout dans les zones montagneuses et reculées, pas en contact fréquent avec d'autres et assez autonomes de fait (voir le cas des Vascons/Basques). Les milices ne disparaissent jamais: la milice des francs-archers, elle, disparaît. Il reste les milices urbaines et les milices provinciales, puis, à partir de François Ier, la milice côtière. Les Francs-archers étaient une institution particulière pour l'armée. Par ailleurs, leur utilité et efficacité sont sujets de débat, puisqu'ils ont donné entière satisfaction dans les années 1440-1450 pour la reconquête de la Normandie et de la Guyenne face aux Anglais, ainsi que plus tard dans les années 1460 dans la guerre de la Ligue dite du Bien Public: Louis XI double leurs effectifs à cette période, jusqu'à 16-18 000h (étant donné le coût politique et financier de l'institution, on ne fait pas ça avec des branleurs), avec un archer pour 50 "feux" -unité fiscale de l'époque, équivalent du foyer fiscal. Il semble d'ailleurs qu'une proportion donnée d'entre eux devinrent à cette période des vougiers, piquiers et guisarmiers (ou hallebardiers), ce qui concourt avec l'emploi qui en est fait puisque les sources évoquent leur rôle dans la mêlée (ce que les archers et arbalêtriers ne font évidemment pas): il est donc probable qu'ils ont du être formés en unités "interarmes" qui tendaient à devenir la norme pour l'infanterie à ce moment en suivant l'exemple suisse. C'est leur comportement à Guinegatte (mais là aussi il y a débat étant donné les circonstances de l'affrontement) qui donna lieu au démantèlement de l'institution, à l'abolition du statut fiscal de "franc archer" et à l'utilisation de la ressource pour former une infanterie permanente dans un effectif semble t-il relativement équivalent (entre 12 et 14 000h). A noter qu'on est là en 1479, soit presque 40 ans après la création de l'institution: les "archers" qui se comportent mal (ou non) ne sont pas les mêmes que ceux de la guerre du Bien Public, et encore moins ceux de la reconquête face aux Anglais. L'institution avait-elle dégénéré en temps de paix, des citadins aisés cherchant le statut de franc archer pour ne pas payer d'impôt (c'est ce que veut dire "franc" archer: affranchi de l'impôt contre un "impôt en nature" que constitue le service, avec un équipement cofinancé par le groupement de 50 feux)? C'est très possible. Ils réaparaissent partiellement aux débuts du règne de Charles VIII, en 1487, période difficile politiquement (la "régence" des Beaujeu et la "guerre folle" parallèlement à la 2ème guerre de Bretagne), sans doute plus comme un compromis politique avec les élites bourgeoises locales (bref, une exemption fiscale pour un certain nombre de personnes, en échange d'autre chose, notamment une façon de mieux pressurer les non exemptés). Sur le reste: désolé, je parle de vraies sources (études, livres, sources originales.... Lire Philippe Contamine, André Corvisier, Jean Favier, Jean Flori, Georges Minois, Julien Bély, Colette Beaune, John Baldwin.... Moi je l'ai fait, ce qui fonde un poil mon opinion que j'estime assez éclairée) pas d'articles internet sortis de pas grand chose qui décrètent tout et son contraire, font des raccourcis simplificateurs et des suppositions peu fondées. Je respecte la passion d'individus qui veulent bien faire et aiment le sujet, et il y a toujours des trucs intéressants à glaner ici et là, mais l'histoire est une science. Et mes sources sont cohérentes entre elles et représentent des études plus complètes et critiques. J'ai donc tendance à m'y fier étant donné que j'en ai accumulé pas mal et que ça fait un bail que je me suis documenté sur ces sujets. Qu'indiquent les sources pour le recrutement de l'infanterie nouvelle à partir de 1479? Et d'ailleurs pour les compositions de troupes françaises et nobiliaires? - un encadrement nobiliaire issu des compagnies d'ordonnance et, plus largement, des gentilhommes ayant combattu dans la guerre de la Ligue du Bien Public, qui ne sont pas démobilisés: donc sans doute des hommes issus du Ban - un certain nombre de gentilshommes sans fortune appartenant à l'effectif du rang, et donc sans grade, dont l'effectif est dur à connaître mais qui a du être important étant donné qu'il semble avoir puisé dans la "réserve" du ban et de l'arrière ban, et constituer une sorte de "programme d'aide" (très keynésien :lol:) aux familles nobles en difficulté (la petite noblesse a beaucoup souffert, au global, de la guerre de cent ans et de ses suites, qui fut aussi, outre une période économique difficile, l'occasion d'un grand transfert de richesses vers les "classes nouvelles"). - 4000 Normands levés directement par le roi (région calme depuis longtemps) sont attestés, apparemment essentiellement des volontaires (une des sources est Thomas Basin, chroniqueur d'alors, et détracteur notoire de Louis XI, qui décrit la chose): le volontariat est apparemment la donne majeure de ce contingent - 2500 "pionniers" (non comptés dans l'effectif des bandes), aussi appelés "gens du camp", qui semblent avoir été l'élément de soutien et d'appui de cette infanterie: musique et signaux? Intendance? Eléments légers (ceux qu'on appelle plus tard "enfants perdus")? Difficile de le savoir mais probablement. Les termes de mineurs, ouvriers et sapeurs existaient déjà et étaient déjà rattachés aux 5 bandes d'artillerie recensées, de même que ceux de charretiers (tringlots, quoi) et de pionniers, donc ces "pionniers" rattachés à l'infanterie sont sans doute des personnels de soutien (mais des professionnels puisque payés à l'année). - 1500 hommes d'armes des compagnies d'ordonnance (non comptés dans le total des bandes) dédiés à l'appui tactique de ces unités de piquiers, et chargés de pouvoir démonter et combattre à pied à leur côté si besoin est: on y voit plutôt le début d'une spécialisation d'une certaine proportion des lances/compagnies d'ordonnance dans des rôles plus légers et/ou polyvalents que la cavalerie lourde de choc (ce qui sera entériné en 1494 avec la conversion d'une partie d'entre elles en compagnies de chevau légers), voire le début de ce qui deviendra les miquelets, puis les dragons. - une proportion importante de recrutement régional, donc de Picardie, du Ponthieu, de Champagne et d'Artois (où peu de bandes mercenaires sont signalées), ainsi que d'Ile de France, ce qui est évidemment logique: dans toute l'histoire de l'ancien régime, les provinces de garnison et/ou les provinces frontières pèsent démesurément dans le recrutement (pas de TGV ou d'autoroute à l'époque, donc l'aire de recrutement d'une unité fixe est limitée). - Philippe de Commynes (conseiller transfuge de Louis XI) recense ainsi 20 000 gens de pieds et 2500 pionniers payés à l'année en 1480, dont 6000 Suisses (les premiers contrats de la monarchie avec les Suisses). Les Suisses ne sont pas comptés dans les bandes françaises (contrairement à ce que tu soulignes) et forment leurs propres unités (et sont toujours comptés comme tels dans les batailles): on retrouve donc encore ce chiffre de 14 000 Français. Ces suisses sont, eux, les "consultants" qui ont aidé à former les premières bandes françaises tout en constituant des unités mercenaires en contrat avec la France (contrats annuels, donc le contingent varie d'année en année, voire disparaît pendant quelques années), ce qui est cohérent avec la suite puisque les Suisses, jusqu'en 1830, n'ont jamais accepté de servir dans des unités étrangères et de toujours fonctionner en unités "nationales" (ou plus exactement cantonnales: même entre eux, ils se mélangeaient peu pour le service armé, tant par impératif de langue, de contrat et de "patron" de référence, que par impératif de solidarités locales aidant à l'esprit de corps). Il y a donc dans l'armée française des bandes françaises, et, au gré des contrats, des bandes suisses, mais aussi "anglaises" et "écossaises", même s'il faut se méfier de ces appellations: la compagnie "anglaise" de gendarmes de la Maison du Roi n'a, sauf à ses tout débuts, quasiment jamais eu d'Anglais, et la compagnie écossaise n'en a plus beaucoup eu après le XVIIème siècle -sauf un bref revival au moment du soulèvement de Bonnie Prince Charlie dans les années 1740. Très peu de bandes "écossaises" sont signalées à l'époque, et certainement pas dans des effectifs approchant même une part significative des bandes qui sont levées en 1479: d'ailleurs, une telle migration aurait été difficile pour l'Ecosse (très peu peuplée) et aurait défrayé la chronique! Quand un contingent écossais important arrive dans les années suivant Azincourt (précisément quand la compagnie "d'archers" écossais de la Maison du Roi est créée), c'est un événement géopolitique, malgré la faible influence qu'ils auront sur le cours de la guerre (et leur massacre à Verneuil)! Le site auquel tu fais référence mélange le recrutement en général de toutes les troupes auxquelles le roi peut faire appel, et la composition spécifique de chaque unité et type d'unité de l'armée. Les Ecossais et "Anglais" se trouvent dans quelques compagnies d'ordonnances, les Suisses forment leur contingent à part (et sont comptés comme suisses), et plus tard, lors des guerres d'Italie, les lansquenets souabes en feront autant, tout comme les estradiots albano-grecs, les cavaliers croates, et les unités italiennes. Sur le recrutement régional, il faut aussi comprendre aussi bien la politique intérieure du royaume à l'époque et son fonctionnement fiscal et social: quand Charles VII réorme le ban et l'arrière ban des nobles (la "conscription" féodale) dans 4 ordonnances de 1448 à 1455, il en fait en quelque sorte une réserve militaire (ce que l'arrière ban avait de fait toujours été, sorte de "seconde réserve") et un vivier de recrutement. Louis XI demande plus et rétablit un degré d'obligation militaire, assorti de cadres permanents et "d'inspecteurs" chargés de veiller à la réalité de la disponibilité du vivier. Chaque année, le roi déterminait un besoin, et avec lui, une proportion d'exemptions fiscales et de dispenses, et un recensement exact des fiefs et de leurs revenus. Dans ces réformes du ban et de l'arrière ban, le royaume est divisé en 4 grandes circonscriptions.... Qui excluent étrangement 3 provinces parmi les plus peuplées et importantes: Ile de France, Normandie et Picardie. Aucun devoir de ban et d'arrière ban dans celles là! Par ailleurs Les effectifs de l'arrière ban ne sont plus astreints à devoir présenter un homme d'armes à cheval (trop cher pour une énorme part de la petite noblesse), mais juste un homme d'arme à pieds équipé en piquier (et aidés par une stipende royale). Une répartition d'un tiers de hallebardiers et de deux tiers de piquiers est devenue l'obligation imposée par Louis XI (imposant donc un entraînement en ce sens si les gars veulent éventuellement un emploi). Malgré tous les problèmes du ban et de l'arrière ban comme institution (et le peu d'empressement du roi à sévir, historiquement, contre ceux qui ne se présentaient pas à l'appel), le réservoir représenté était important: la noblesse représentait environs 2-3% du pays qui compte alors 20 millions d'habitants environs, soient autour de 400 à 500 000 individus. Moins de la moitié sont mâles (donc environs 200 000 pour prendre l'hypothèse basse), et environs 50% sont en âge et en état de porter les armes, pour prendre encore l'hypothèse basse, soient 100 000h. Tous n'en ont pas envie, préférant ou devant se concentrer sur les fortunes de leur famille et de leurs domaines (quand ils rapportent quelque chose et qu'ils en ont un), mais compte tenu de l'état économique de la noblesse au XVème siècle, évoquer un réservoir potentiel de 50-60 000h pour cette partie du ban et de l'arrière ban est sans doute une sous-estimation (ceux qui servent dans les compagnies d'ordonnance, comme cadres de bandes d'infanterie ou comme cadres de milices et de Mortes Payes sont généralement ceux qui n'ont pas de problèmes financiers, étant donnés qu'il s'agit de postes soit chers, soit statiques). La grande majorité d'entre eux sont des cadets (ou encore plus loin de l'aînesse) de famille sans autre avenir que dans l'armée. On comprend que recruter du cadet de famille ait représenté un vivier important de gens ayant penchant et éducation faits pour la guerre, et un impératif économique de la faire, soit un vivier bien plus important et préférable que n'importe quelle bande "d'écorcheurs" ou vivier mercenaire qui n'était alors en France plus très abondant dans les années 1470-1480, ou n'importe quel contingent étranger qui, quand il atteint des nombres significatifs, est signalé; on a les rôles d'engagement, les contrats, les budgets.... De ces années là. Et les contrats avec des mercenaires s'engageant par "paquets" ou unités constituées seraient immanquablement présents s'ils avaient existé à cette période: or, on ne voit que les Suisses apparaître sur les registres, en plus de quelques unités particulières dans la gendarmerie des compagnies d'ordonnance (où les "Anglais" sont en fait souvent des Ecossais d'ailleurs), soient de ce côté quelques centaines d'individus à tout casser. Pour les éventuels "écorcheurs" et autre, il suffit de constater, outre toute mention de leur existence dans les rôles d'engagement ou les chroniques au moment du recrutement des bandes d'infanterie initiales, leur absence signalée dans les guerres qui précèdent ou suivent immédiatement la période: la Guerre dite du Bien Public (années 1460), les guerres de Bourgogne (années 1470), la guerre folle et les guerres de Bretagne (années 1480) n'en voient pas dans les troupes ni royales, ni bretonnes, ni bourguignonnes ni de grands féodaux. Où est le fameux réservoir où apparemment on aurait pu puiser à plein? Où sont les groupes de terribles mercenaires constitués en unités si standardisées? Ils n'existent pas, et ceux des années 1430 sont morts ou des vieillards. Tout au plus voit on, côté surtout breton et chez certain féodaux, des troupes d'archers/arbalétriers et de fantassins légers gascons et béarnais, qui sont soldés pour une campagne et levés localement par la petite aristocratie locale qui profite d'une tradition féodale ancienne (analogue à l'obligation anglaise d'un entraînement régulier à l'archerie pour les hommes libres) pour aller faire du pécule. Et comme ailleurs, ces unités sont engagées comme telles et en tant que telles, pas séparées dans d'hypothétiques unités multilingues où on pourrait qui plus est réentraîner à volonté des archers en piquiers ou en hallebardiers (un métier, à cette époque, on l'avait à vie). Les autres mercenaires sont étrangers, il y en a peu côté royal, et là encore, ils sont en unités "nationales" et généralement employés en spécialités (fantassins légers arragonais, archers anglais, lansquenets allemands. Le reste, dans ces guerres, c'est-à-dire l'essentiel, est surtout fait de levées féodales (ban et arrière ban des grands féodaux de France se soulevant contre le roi), de milices (francs archers copiés en Bretagne et en Bourgogne) ou surtout de troupes réglées (pour la Bourgogne, qui a beaucoup copié la France: compagnies d'ordonnance et artillerie). La guerre de la Ligue du bien public, par exemple, est surtout centrée sur les compagnies d'ordonnance royales et bourguignonnes, et les artilleries des deux camps. Autres remarques: - la petite noblesse de l'arrière ban fournit des groupes cohérents via l'existence de solidarités et réseaux d'amitiés et de relations familiales (tout le monde est cousin dans la noblesse d'une zone donnée :lol:) entretenus par ailleurs par le minimum de pratique exigée par le fonctionnement du système (et les "compagnies" théoriques de l'arrière ban constituent en soi un réseau social). - on est dans un monde médiéval: tout le monde parle son patois, et au mieux, la majorité de la petite noblesse baragouine le français "pur". Les unités sont toujours constituées sur base locale en grande partie pour cette raison (et pour celles d'éventuels liens sociaux préexistants, de solidarité locale, d'esprit de clocher). On parle alors de "nations" (chaque région est une "nation" en ce sens médiéval; ce phénomène se retrouve ailleurs, comme à l'université qui est pareillement répartie en "nations", système qui a disparu en France mais qu'on retrouve encore dans beaucoup de pays d'Europe). - l'armée espagnole ne procède pas autrement pour son infanterie professionnelle envoyée en Italie après 1492 et la fin de la reconquista: elle maintient les "capitanias" existantes, en grandes parties constituées sur base locale et incluant surtout la petite noblesse désargentée longtemps mobilisée pour la guerre, l'hidalguia, dont les liens et valeurs particuliers sont à la base de l'esprit de corps des futurs tercios. - comme souvent dans l'histoire de la monarchie, les systèmes de ban/arrière ban deviennent plus des systèmes de recensement et de présélection de candidats pour l'armée (pouvant inclure le recrutement de force), tout comme les milices deviennent des systèmes de mobilisation de groupes constitués pour former une réserve en cas de guerre longue (auquel cas une unité de milice, d'abord mobilisée en tant que telle, s'aguerrira un peu et, si la guerre dure, sera ensuite tirée de sa garnison pour devenir régulière). Le ban et l'arrière ban fournissent eux un système de conscription de la population noble (obligée de maintenir un savoir faire de guerre), dont le roi détermine chaque année l'effectif à fournir (on sélectionne les bons spécimens, ayant "le pouvoir, le vouloir et le savoir de bien servir le roi" selon l'expression des ordonnances, et les mauvais doivent payer compensation). En effet, en tant que système de mobilisation, cette nouvelle version de l'arrière ban eut des résultats déplorables pour mobiliser des contingents de défense (puisque pour la noblesse, c'était un déclassement que d'être forcés dans des unités de seconde zone, et de fantassins). Sa vraie utilité fut rapidement de fournir un encadrement des milices locales de défense, et de fournir un bassin de recrutement de volontaires (recensés et examinés) pour les unités régulières désormais permanentes: mobiliser une forte proportion de la noblesse dans des unités de "conscrits" fantassins s'est vite avéré impossible, mais en tirer quelques milliers d'hommes (de qualité) pour le volontariat, afin d'obtenir de bonnes recrues professionnelles, là, c'était possible. Picardie (incluant, comme circonscription fiscale et militaire, le Ponthieu, le Cambraisis, le Beauvaisis), Ile de France et Normandie sont des provinces exemptes du devoir d'arrière ban alors qu'elles sont parmi les provinces les plus peuplées; si l'arrière ban fournissait un réservoir de volontaires partout ailleurs, il n'a pas pu fournir une proportion déterminante (seulement une petite partie des nobles concernés a du avoir la volonté, la possibilité physique -c'est loin la Picardie quand on est toulousain, provençal....- et surtout le besoin d'aller s'enrôler dans des unités de fantassins). En revanche, dans des provinces peuplées, touchées par les guerres récentes et proches de la frontière nord, 14 000 jobs à salaire fixe (60 livres par an pour le hallebardier, soit l'équivalent d'un coutilier ou d'un archer d'ordonnance) qui s'ouvrent d'un coup, c'est une aubaine pour les cadets de famille qui ont là une occasion ET un voyage pas trop long ou coûteux pour s'y pointer. Quand on ajoute la situation politique intérieure juste après la Ligue du Bien Public (une guerre féodale, donc où les féodaux séditieux font appel à leurs vassaux), on voit là l'occasion qu'a saisie Louis XI pour sortir une partie de la jeunesse noble de ses obligations féodales et se la rallier via un emploi. Beaucoup d'amalgames et de confusion, et surtout une erreur majeur sur la compréhension de l'armée "de transition" qui mène la guerre de cent ans après Azincourt: ce terme "compagnie" est décidément trop interprété et surinterprété, supposant une espèce de moule mercenaire de la guerre alors qu'il n'en est rien. C'est juste que tout groupe armé, quel que soit son type ou son appartenance, était appelé "compagnie", ou parfois "bande". Le seul point commun était qu'une compagnie était commandée par un "capitaine", titre qui valait anoblissement (ou permettait d'essayer d'en négocier un) pour ceux qui n'étaient pas nobles, une place à la table des grands, une position de négo.... Et une compagnie pouvait aussi bien avoir quelques centaines de gars que quelques milliers, une structure (très relative) de sous-unité ou pas, des tas de brigands sans grande valeur militaire comme des professionnels (pas forcément plus honnêtes) aguerris, ou plus généralement un mix de tout ça (beaucoup de capitaines essayant de recruter du nombre au moment de négocier avec le roi ou un féodal, pour faire gonfler la note sans réellement augmenter la valeur militaire de leur troupe). Une des plus importantes bandes d'écorcheurs fut ainsi celle de Caboche, instigateur de la "révolte des cabochiens" dans le Paris des années 1410 (avant et après Azincourt), pendant les affrontements entre Armagnacs et Bourguignons; ces écorcheurs étaient pour l'essentiel la corporation des bouchers de Paris, la "grande boucherie" (une des corporations les plus riches), accompagnés de hordes de garçons bouchers et d'une partie des bas fonds de Paris. D'autres "bandes" et "compagnies" de cette sorte existèrent partout: étudiants (très agressifs et violents au Moyen Age), corporations de métiers en révolte fiscale, malfrats profitant du bordel.... Et représentent une bonne partie des fameux "écorcheurs", sinon même leur immense majorité (le terme étant assez générique), le plus souvent dans des émeutes et soulèvements urbains sanglants (les cabochiens allèrent d'ailleurs faire le siège de plusieurs villes des environs de Paris). Les mercenaires démobilisés (ou des chevalier sortant de l'appel du ban) ne représentent qu'une toute petite partie de ces effectifs (ce que ne peut que confirmer la faiblesse des effectifs des armées au XVème siècle). Et il n'y a aucune bande ou "compagnie" durable formant des unités constituées; essentiellement des petites bandes armées, ne dépassant sans doute jamais la taille d'une petite section: la difficulté de vivre sur le pays à cette époque (qui interdit le maintien de grandes formations: faibles densités d'habitation, villes fortifiées, faiblesse des stocks alimentaires, "petit âge glaciaire", épidémies....) en serait la première explication, la faiblesse des effectifs professionnels démobilisés étant la seconde (enlève les milices locales -qui font "nombre"-, les suites de grands féodaux, une proportion importante de nobles pouvant vivre par leurs propres moyens, et surtout les pertes nobiliaires -prisonniers et morts- qui constituent l'essentiel des effectifs et pertes dans la 2ème partie de la guerre de cent ans, et ça file vite, surtout quand les totaux d'armées sont déjà limités: 17-20 000 français à tout péter à Azincourt, 15 000 environs à Verneuil, 10 000 à Patay). On est loin de l'épisode exceptionnel des "Tards Venus" dans les années 1360-1365. Une compagnie pouvait aussi bien être "au roi" qu'à un féodal, être une compagnie de l'Ost féodal que de la milice, d'un mercenaire pur et dur louant ses services, ou d'un entrepreneur de guerre stipendié et commandité par le roi (moins du mercenariat que de l'outsourcing militaire, le type n'étant pas habilité à aller se vendre ailleurs: à rapprocher du corsaire? C'est en tout cas le modèle plus fréquemment trouvé dans cette "armée de transition" des années 1415 à 1430, et qui évoluera vers le système de la vénalité). Mais quand Charles VII fait sa sélection dans ce vivier de groupes et individus armés (dont beaucoup sont des nobles soit contraints à la guerre par le bordel ambiant, soit qui ne se sont jamais débandés après leur fin de période de mobilisation dans l'host, cherchant dans la guerre un moyen de subsistance, d'avancement, ou simplement d'accomplissement), il ne recrute pas des "unités formées": il établit un standard d'unité opérationnelle (la lance à 6h dont un homme d'arme et un coutilier/écuyer qui en sont le pivot, la compagnie d'ordonnance à 100 lances, les commandements répartis à l'aînesse d'âge, de fortune et de rang, de façon fixe) dans lequel ces hommes sont contraints, et qui plus est ce système est aussi un système d'organisation politique, régional et local, les compagnies étant rarement toutes concentrées en un endroit et plutôt réparties dans divers points clés et forteresses de garnison, et les lances elles-mêmes étant rarement rassemblées en compagnie (sauf en temps de guerre et à des intervalles réguliers dans l'année, pour besoins d'entraînements fixés par ordonnance). Et plus encore, il ne faut pas y voir des unités durables (première condition d'une évolution militaire permettant de capitaliser l'expérience et d'innover), mais des rassemblements temporaires (avec une tendance au fil de la guerre de cent ans à rassembler des individus, eux, expérimentés: les unités, elles, durent rarement), et surtout pas des "armées privées" ou des unités strictement mercenaires: ce sont des chefs employés par le roi et officiers du roi qui sont chargés de trouver du monde (être recruteur fait partie de la charge d'un officier à cette époque). A partir de Du Guesclin, le roi a eu tendance à maintenir et financer un noyau permanent d'armée de manoeuvre (quelques milliers d'hommes au début à tout péter) en plus de sa "suite" militaire personnelle (comme les grands féodaux, ce qui allait devenir la Maison du Roi). Est-ce une armée privée? Oui si on considère le roi comme un personnage privé (c'est ainsi que la culture féodale voudrait le voir: le simple "premier parmi les pairs"), et la seule armée nationale légitime au regard de cette conception, c'est la "réunion des volontés et solidarités" que constitue l'Ost, mobilisation générale des nobles et des milices locales sur un front donné. A ce moment, si on prend cette conception, la seule armée privée qui a effectivement entamé un processus d'innovation et de capitalisation de l'expérience, c'est celle du roi, qui, une fois la prééminence acquise, s'est affirmée comme la seule force légitime du royaume en étant la seule permanente. Mais c'est en son sein que l'innovation s'est faite, que l'expérience s'est accumulée, que les formes d'unités les plus efficaces se sont définies et ont été imposées comme standard à suivre, et, pour recoller au sujet, que la hiérarchie militaire s'est définie. Tout connement parce que c'est la seule qui durait assez longtemps pour pouvoir organiser un tel processus. Mais aussi, pour la hiérarchie, et surtout la répartition officiers/sous-officiers, parce qu'elle était le lieu des rencontres, confrontations et interactions sociales et politiques d'une société de classe.
  9. D'où tu tiens ça? Y'a pas une source que j'ai lue (et j'en ai pas mal) qui mentionnerait quelque chose d'approchant. Le recrutement au Pont de l'Arche a été essentiellement un recrutement de groupes existants, selon la tradition de l'époque, et levés par des entrepreneurs de guerres individuels ou plus prosaïquement des gens chargés de recruter un effectif donné correspondant plus ou moins à un "cahier des charges" minimal. L'Etat médiéval sous-traite. Il y a aussi des traces indiquant un recrutement direct dans la région (par des troupes existantes), comme c'est souvent l'usage dans les provinces frontières, plus "militarisées" et consciente de la menace de la guerre. Le tout dans des proportions impossibles à connaître. Tout comme le fait de savoir si beaucoup d'entre eux étaient déjà à la base des "gens de guerre" (ayant vu le combat), s'ils étaient tous bleus.... Vu la nouveauté du concept et la taille de l'effectif initial (environs 12 000h) au regard des moyens réduits de l'Etat à l'époque, surtout sous Louis XI et son effort militaire (et en plus le coût d'un soldat expérimenté), une forte proportion de bleus a des chances d'avoir été la norme; réentraîner des pros ayant toute leur vie exercé une spécialité différente dans un cadre d'emploi différent n'est pas si simple, et le bleu bien encadré est à cet égard une recrue plus pertinente. Tu veux absolument caser des "compagnies de mercenaires" ayant un format donné et précis, une organisation en place et déterminées (et qui plus est homogène entre elles).... C'est complètement aberrant. Et ce d'autant plus qu'il ne peut y avoir de "conservation des structures de commandement", puisque précisément la formation des bandes -ou enseignes- à partir de 1479 consiste en l'organisation d'un nouveau modèle standardisé et aligné sur le modèle suisse, méthode nouvelle qui requière des unités d'une taille précise (on ne forme pas un carré de piquiers n'importe comment: nombre de rangs....), une organisation différente et bien spécifique, une proportion donnée de cadres et sous-cadres, une répartition des rôles et métiers (piquiers, hallebardiers, arbalêtriers, musiciens, cadres "à temps plein"....) précise.... Il n'y a alors tout simplement rien de comparable en France (ou ailleurs) en terme de fantassins: les francs archers (une milice) ont été précisément écartés au profit de cette infanterie, et d'autres fantassins spécialisés servent au sein des lances d'ordonnance et compagnies de mortes payes, et il ne semble pas que beaucoup d'entre eux aient été "prélevés" sur ces unités pour être envoyés au Pont de l'Arche. En fait apparemment juste un archer sur les trois que comprend alors une lance d'ordonnance (on les appelle "archer" en général, mais seule une partie semble avoir réellement été faite de gens de traits). Mais enlever un archer sur 3 dans chaque lance, momentanément, ça représente alors environs 4000h disponible (4000 lances à la fin du règne de Louis XI dans les compagnies d'ordonnance). Les seuls autres combattants aptes au combat d'infanterie, ce sont les hommes d'armes (devenus gendarmes) à cheval et leurs coutilier/écuyer, vu qu'ils s'agit de chevaliers, en majorité nobles, à l'entraînement très poussé, et qui sont suffisamment polyvalents pour démonter et combattre en formation à pied s'il le faut (au moins ponctuellement); les chevaliers italiens et autrichiens l'ont d'ailleurs démontré à cette même époque contre les milices suisses. A part ça, il n'y a alors pas ou peu de compagnies de mercenaires en France au moment de la création des bandes: le royaume est ordonné et les rois valois ont montré qu'ils n'aimaient pas qu'on lève des troupes chez eux sans leur accord. Et plus généralement, faut pas imaginer des réservoirs entiers de mercenaires disponibles à tout moment et n'importe où: le mercenaire est là pour le profit. Quand la guerre cesse, soit il va au loin en chercher une autre, soit son groupe se débande et disparaît (des contacts peuvent être maintenus un temps, mais c'est vite périssable). L'option de rester ravager le territoire où il est ne marche plus en France depuis Du Guesclin. Il n'y a tout simplement pas grand chose sur le territoire que Louis XI aurait pu embaucher s'il avait voulu des groupes mercenaires organisés; et le mercenaire français ne s'est pas signalé par l'exportation massive à cette époque (y'a pas de mystérieux effectifs immenses au loin qui réapparaîtraient comme par miracle pour fournir des effectifs au roi, et pas de "fameuses" bandes de mercenaires français à cette période). Le recrutement gascon s'est calmé depuis avant la fin de la guerre de cent ans (soit plus de 25 ans avant la formation au Pont de l'Arche): même si il reste une tradition de fantassins légers (en fait essentiellement des arbalêtriers et archers) gascons (qu'on retrouvera, très efficaces, à Marignan), et que des contingents (frais, jeunes) ont du être levés pour participer à la formation des bandes, il n'y a alors pas de troupes mercenaires en Gascogne, tout connement parce qu'il n'y a pas de guerre dans le coin et que ça fait un bail que l'usage en a disparu, précisément parce que les rois de France ont créé une armée permanente! Ce ne sont pas des compagnies de mercenaires que le roi emploie: le fait de déléguer le recrutement (comme la plupart de ses activités jusqu'à un certain échelon) est alors dans la nature de l'Etat royal. C'est un affermage du recrutement, pour fournir des effectifs, et c'est en fait souvent lié à une marque de l'armée royale moderne: la vénalité des charges: un chef d'unité a la charge de recruter son propre effectif (déterminé lui par décret royal en quantité et en qualité) et de le maintenir (des inspections ayant lieu régulièrement, les "montres" et les revues -c'est l'origine du passage en revue des troupes), tout comme il a la charge de la maintenir au niveau d'équipement, d'entraînement et de "battle readiness" prévu par le roi (et aux standards spécifiés).... Et de la commander. C'est comme ça que fonctionne l'armée jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, même si la proportion d'unités vénales diminue graduellement. Un individu (noble essentiellement, et surtout riche) achète une charge d'officier et par là le droit de lever un régiment (auparavant une compagnie d'ordonnance, une bande....) pour un prix donné, et, dans le cadre expressément fixé par ordonnance, il constitue et maintient l'unité, recevant une somme donnée du roi pour ce faire (généralement insuffisante, surtout s'il veut que l'unité se distingue, donc il y remet de sa poche aussi) et annexement le droit de procéder à son tour à une revente des charges d'officiers subalternes du régiment (des capitaines) à des gens qui vont se charger en fait du boulot à leur échelon (lever, entretenir et mener une compagnie), et accessoirement, assez vite, se compenser en revendant eux-mêmes une charge de lieutenant (ou se faire payer pour prendre un "fils de" comme lieutenant). Ce n'est pas du mercenariat (ou alors tout soldat est par essence un mercenaire, puisqu'il est payé): c'est ainsi que l'armée permanente s'est constituée et a fonctionné de 1444 à 1789. Gné? "milice", ça veut dire des gens normaux exécutant leur devoir de milice en temps de guerre (comme la réserve citoyenne ou la garde nationale quoi), et théoriquement un temps d'entraînement régulier chaque année: des "temps partiel". Ce qui est formé au Pont de l'Arche, ce sont des unités professionnelles permanentes. Non, les bandes ne se sont pas faites comme ça. Les Lansquenets sont une création des Habsbourgs à la base: des unités régulières chargées de se former "à la suisse", précisément pour contrer les Suisses qui avaient fait bobo aux Autrichiens. Bref, c'est le St Empereur qui a créé une unité régulière en allant recruter des braves paysans souabes et bavarois, et en embauchant des instructeurs suisses (avec des adaptations locales mineures).... Comme Louis XI. Sauf qu'à un moment, en fin de conflit, il a pas pu tout garder, et que les unités licenciées ont profité de ce savoir acquis pour aller se vendre ailleurs et commencer un business. Tu veux absolument essayer d'inventer une "matrice mercenaire" qui aurait vu des groupements privés inventer grades, mécanismes, tactiques et organisation, mais c'est faux. Il y a peu de continuité dans les unités mercenaires "élémentaire" (durées d'existence très courtes, même en Italie), aucune armée mercenaire permanente qui puisse devenir une telle matrice. C'est ce que j'ai décrit plus haut: et en quoi serait-ce un "modèle privé" de guerre? Les mercenaires suisses ne font que former et reformer sans cesse (puisque les groupes qui s'exportent ne durent jamais longtemps: une ou deux saisons de guerre au plus) des unités entièrement calquées sur le modèle milicien, d'ailleurs en l'abâtardisant et en l'appauvrissant tactiquement. Et ce que je montre, c'est précisément l'inverse: il n'y a pour ainsi dire aucune nouveauté qui vienne d'unités mercenaires, aucune invention, aucune structure, aucune innovation, aucune organisation. Tout connement parce que les unités mercenaires sont pour l'essentiel des unités miliciennes ou "régulières" (sur le moule féodal ou des "suites" de grands personnages) mobilisées plus ou moins longtemps pendant une guerre et qui, en fin de saison de guerre ou surtout à la fin d'un conflit, décident pour une raison X ou Y de ne pas se débander ou rentrer dans leurs pénates (bien souvent parce qu'il n'y a pas de pénates où retourner, mais aussi, souvent, parce que passé un temps, retrouver une "vie civile" est impossible pour des gens trop marqués par la guerre). Ils ne changent rien à ce qu'ils savent faire et vont juste se vendre tels quels ailleurs. Innovation et changements ont bien plus de chances de venir d'armées régulières, qui, même atrophiées comme les armées féodales, sont les seuls organismes durables permettant d'avoir une mémoire institutionnelle qui apprend de ses expériences, de ses réussites et de ses échecs, et peut capitaliser l'expérience; à un moindre degré, des organisations miliciennes le peuvent aussi. Moindre parce qu'elles sont généralement plus petites, ont moins de temps à consacrer à l'art militaire, et plus encore ont tendance à être spécialisées dans une façon très particulière de faire la guerre, tournée autour d'un type unique de soldat (ou pas beaucoup plus): les milices suisses sont à cet égard exceptionnelles puisque les guerres prolongées contre les Habsbourgs les ont amené à développer un modèle "interarme" et surtout une conception de la tactique, de la manoeuvre, du combat et des opérations (donc une capacité à mener la guerre en général, au sens large: un art de la guerre) à partir de leur modèle milicien primitif (à la base assez commun: des groupes de hallebardiers et des archers arbalétriers, chargés de la défense statique de villages et petites villes). Les Hussites ont pu développer un modèle de guerre original et redoutablement efficace de leur côté, dans des circonstances de conflit prolongé assez analogues. A part ça, peu d'organisations non étatiques ont pu parvenir à ce stade: franchement, au Moyen âge, à part eux, je ne vois que, à un degré un peu moindre, les Almogavres, et plus précisément la compagnie catalane qui, sortie du cadre de la reconquista et des armées des royaumes chrétiens d'Espagne, a commencé à s'autonomiser et à se concevoir comme une entité propre, donc à développer son propre "modèle" pour poursuivre son activité, d'abord en Sicile (à la suite des "Vêpres siciliennes" et de l'éviction des Angevins), puis dans l'empire byzantin. Mais cette compagnie n'a pas fait école, d'ailleurs pas plus que les Almogavres en général (qui étaient une sorte d'infanterie de choc très légèrement équipée qui perpétuait un mode de combat directement hérité des fantassins ibériques.... Et des légionnaires romains). Donc non, il n'y a rien qui indique le moindre héritage venant de "créations" au sein d'unités de mercenaires. Au mieux, on peut dire que des unités devenues mercenaires ont pu être le vecteur de transmission de certaines structures, de certaines organisations.... D'une région à l'autre. La courroie de transmission, quoi. Mais ça vaut essentiellement pour les Suisses, et dans une moindre mesure les estradiots. Les grades, particulièrement ceux longtemps moins formalisés de sous officiers (les officiers étant pendant longtemps liés à la structure socio-politique de la féodalité), sont plus des transmissions et évolutions au sein des armées permanentes, et on constate d'ailleurs souvent la longévité de beaucoup de noms (même si ce qu'ils représentent change).
  10. Eh? Les "bandes de Picards", ce sont les bandes de Picardie: c'est l'infanterie de ligne régulière de la France, formée depuis Louis XI (salement réduite par Charles VIII par économie de courte vue, avant de remonter en puissance) et inspirée du modèle milicien (donc pas mercenaire) suisse. Le terme "bandes de Picardie" traduit le fait que les unités de base sont des "bandes", groupement interarme (piquiers, hallebardiers et arbalêtriers) centré autour d'une majorité de piquiers formés en carré: la maison mère est en Picardie, où se trouve le centre de formation royal qui "fournit" ces bandes. Les seuls mercenaires à Marignan côté français, ce sont les lansquenets (qui forment la majorité de l'infanterie), le reste est l'armée régulière. Le déclenchement des guerres d'Italie et leur inscription dans le temps long déboule sur la création des "bandes d'au delà des monts" (qui deviendront "bandes de Piémont") qui rassemblent un nombre conséquent de bandes affectées en permanence à cet usage expéditionnaire (le centre de Picardie demeurant un lieu de formation et de garnison vu sa place stratégique sur la frontière des Pays Bas bourguignons devenus Habsbourgs par héritage entretemps). Une démultiplication analogue survient peu après (toujours contre les Habsbourgs) et débouche sur la création de "bandes de Champagnes". Viennent ensuite les "bandes de Normandie" et quelques autres qui durent moins étant donné que peu de garnisons durent très longtemps, l'usage allant plus vers la guerre mobile. Cet usage est la raison essentielle qui mène au rassemblement de nombres donnés de bandes dans les nouvelles formations qui apparaissent au milieu du XVIème siècle, les régiments (formation reflétant le rassemblement d'une "task force" expéditionnaire à laquelle on confie un nombre donné de bandes): d'abord des régiments aux noms temporaires, puis un certain nombre qui prennent des appellations plus permanentes. D'autres bandes sont formées en cours de route lors d'une campagne, ou ici et là via des cadres, quand le roi décrète un besoin, mais il s'agit de formations temporaires, ou qu'on adjoint à des bandes plus anciennes et permanentes dans des formations de campagne. C'est pourquoi rapidement, les soldats pros demandent une distinction dans leurs drapeaux (et leurs statuts et paie) pour obtenir le qualificatif de "vieilles bandes" par opposition aux unités temporaires levées pour une guerre spécifique. Ces "vieilles bandes" sont celles qu'on garde pour l'essentiel en temps de paix et qui seront enrégimentées, transmettant leur appellation aux plus anciens régiments de l'armée, qui auront une position et un statut particulier dans l'armée d'ancien régime: ce sont les "quatre vieux" (Picardie, Piémont, Navarre, Champagne) plus le régiment des Gardes Françaises (qui, aussi considéré comme un "vieux", avait en plus un statut particulier par son appartenance à la Maison Militaire du Roi). Une "bande" issue du moule de Picardie, est aussi appelée une "enseigne" (puisque c'est l'unité de base qui a un drapeau propre, une existence tactique et légale/règlementaire), c'est l'unité tactique essentielle (le niveau "interarme" de base de l'infanterie: pique, hallebarde -qui s'efface lentement-, et arbalètes -puis armes à feu, avec en plus les éléments de musique et de signaux organiques), commandée par un capitaine, mais ayant une taille qu'on attribuerait aujourd'hui plus à un bataillon (autour de 400-600h, soit dans les mêmes eaux, via l'influence suisse, que les carrés des lansquenets, ou les "capitanias" espagnoles avant la formation des coronellas -"colonnes"- puis des tercios). Encore une fois: y'a de tout, à boire et à manger. Tu ne trouveras de degré de sophistication important dans l'organisation qu'en Italie où ce secteur économique s'est développé au cours du XVème siècle, souvent d'ailleurs comme une chose assez peu militaire étant donné que les premières guerres d'Italie, celles entre Italiens dans la 2ème moitié du XVème siècle, sont rapidement plus un théâtre simili-guerrier que de vraies guerres: les condottiere, entre gens de métiers aux allégeances changeantes, s'abîment peu entre eux, s'épargnent, prévoyant leur avenir, ménageant les rancunes et préservant leur outil (qui leur sert à se monnayer, voire souvent à jouer un rôle politique en constituant une menace, mais surtout un "bargaining chips" dans la table de négociations où tout se joue). Les structures capitalistiques de ces petites armées privées se louant, se relouant et saignant très peu, sont très développées et ont évolué pour correspondre au jeu politique tel qu'il se pratique dans l'Italie divisée du quatrocento puis, surtout, d'un XVème siècle qui voit un début de concentration du pouvoir et des terres autour d'un nombre plus réduit de pôles (une unification qui aurait pu avoir lieu a été définitivement enrayée par l'européanisation du conflit à la toute fin du XVème siècle, qui a ouvert une Italie encore désunie aux appétits franco-espagnols). Mais aucune de ces "armées" n'est permanente: ce sont des rassemblements temporaires (souvent saisonniers) de groupes élémentaires ou composites (eux-mêmes temporaires) qui vont sans arrêt d'une allégeance à l'autre, se composant et se recomposant en permanence. Faut vraiment se départir de l'idée de petites armées privées "expertes" et servant de modèles militaires: certaines ont concouru à des innovations, mais ce sont les armées nationales et quelques matrices miliciennes (pour l'essentiel en Europe centrale et occidentale: France, Espagne et Suisse) qui ont fait l'essentiel des modèles. Il n'y a pas eu de "modèle privé" de la guerre qui ait réellement concouru à la révolution militaire. Une raison parmi d'autres: il n'y a pas d'unités durables. Elles sont liées à un ou plusieurs personnages à un moment donné de leur vie, et sont essentiellement des rassemblements temporaires: les groupes essentiels de soldats à louer (carré de piquier, groupe d'arbalétrier, petit "escadron" de cavalerie) vont et viennent sans arrêt pour s'associer à d'autres, chercher le plus offrant, changer de patron. Personne n'a la surface financière pour avoir en permanence une masse d'unités de divers types qu'il ferait évoluer pour faire progresser l'efficacité tactique de son outil: il faudrait maintenir cet effort pendant des années, en continu, tout en assurant le maintien des effectifs, l'entraînement normal de chaque spécialité, la structure administrative/de soutien pour organiser cela, l'activité "normale".... Seuls des Etats peuvent faire ça, certainement pas des particuliers, même fortunés. Les grands noms parmi les condottiere (Urbino, Sforza, Malateste, Jean de Medicis dit "des Bandes Noires", César Borgia....) ne sont pas des individus ayant une grosse armée permanente mercenaire: ce sont des gens ayant par eux-mêmes une petite troupe (souvent liée à un domaine familial qui leur donne une assise et un statut, ainsi que les moyens d'entretenir au moins ce petit noyau d'armée), mais qui font appel à des condottiere de plus petite volée et des chefs de troupes élémentaires à un moment donné pour une campagne donnée, les attirant par leur renom, leur talent et leur carnet d'adresse. Ils s'adaptent à ce qui se rallie à eux à un moment donné: aucune permanence, aucun moule générique, aucune unité type ne peut émerger de ça. Surtout que ces "armées" étant des coalitions temporaires d'entrepreneurs indépendants, la loyauté et la confiance entre eux est très limitée: chacun essaie de préserver son outil et de récolter le plus de butin possible, et aucun n'a vocation à prendre des coups pour l'amour de l'équipe. C'est du capitalisme "pur" et dur, en aucun cas un lieu propice à faire émerger un modèle militaire où le tout devient plus que la somme des parties. Si à cette époque, il y a beaucoup de mercenaires et d'unités mercenaires (de toutes tailles et de tous types), ça ne veut pas dire qu'il s'agit de bons éléments, et surtout pas d'éléments qui font école. Tout connement parce qu'aucune de ces unités n'est durable: seuls les noms des chefs le sont (cad des gens à qui on fait confiance pour pouvoir rassembler une troupe, attirer des "sous-chefs" de qualité, et des troupes). La plupart des unités mercenaires sont souvent des unités de miliciens ou des unités anciennement régulières ayant traversé une longue période de conflit (donc accumulé de l'expérience) et qui, guerre terminée, cherchent de l'activité ailleurs, proposant ainsi pour une saison ou deux des unités de base "clés en mains" à des Etats/féodaux ou à des entrepreneurs de guerre de plus haute volée, mais des unités fournissant une capacité existant ailleurs et venant d'un "moule national". Ce ne sont pas des unités de "purs" mercenaires développant leur savoir-faire "en interne" et allant ensuite le vendre. Et surtout pas des "armées permanentes" privées, composites. Les Suisses commencent à créer des "entreprises" sponsorisées par les cantons (pour exporter une jeunesse batailleuse, entraînée et désoeuvrée) dans les années 1480, soit pour reconvertir une partie des mobilisations des guerres de Bourgogne (et donc s'éviter des troubles à domicile vu les effectifs en démobilisation.... Et l'absence d'avenir qui les attend dans une Suisse sous-développée): c'est le modèle milicien qui fait école en France, longtemps avant que le mercenariat suisse devienne massif et un débouché professionnel pour la jeunesse, perdant d'ailleurs au passage beaucoup des qualités du modèle milicien (d'une "doctrine" tactique interarme très manoeuvrante avec une importante coordination interarme, le modèle mercenaire suisse devient vite un "machin" de gros carrés massifs fonçant tout droit et se faisant de plus en plus écharper). Les Lansquenets viennent à la base d'une mobilisation levée par les Habsbourgs qui forment une infanterie "à la suisse" en Souabe et dans le sud de la Bavière, et qui, conflit fini, licencient massivement parce qu'ils ne peuvent plus payer (ce qui posent quelques menus problèmes et beaucoup de violence); ces mêmes individus continuent donc ce qu'ils savent faire, et, de retour au pays, transmettent le savoir. Ces bleds sous-développés voient là un secteur d'activité et s'y lancent pendant un siècle, accordant des patentes à des entrepreneurs locaux pour lever des djeunz et les exporter en bandes organisées (comme en Suisse). Quel est l'autre modèle militaire qui fait école en occident, à part la France (organisation et fiscalité, compagnie d'ordonnance et cavalerie lourde, parcs d'artillerie, cavalerie légère), l'Espagne (cavalerie "médiane", organisation d'un échelon de manoeuvre de l'infanterie "pike and shot" à la suisse, amélioration du modèle suisse via des EM d'unités et une part croissante aux armes à feux) et la Suisse (infanterie de ligne interarme et mobile)? Honnêtement, il n'y en a qu'un, dernier élément de ce qui devient la guerre européenne telle qu'elle va exister à partir du XVIème siècle; c'est la cavalerie légère balkanique, celle des "estradiots" grecs et albanais (et hongrois). Inspirées des méthodes traditionnelles locales de la guerre dans les balkans qui se sont mélangées à celles des cavaliers nomades dans la grande plaine hongroise, et donc liées à des milices et troupes locales, ces unités ont été de plus en plus poussées à se grouper et à se louer en occident suite à la conquête ottomane qui termine notamment les guerres albano-turques (chez les estradiots, la majorité des cavaliers sont albanais, mais les officiers sont souvent grecs, soulignant une "joint venture" locale où les grandes familles grecques -noblesse byzantine- ont du jouer les entremetteurs avec leurs correspondants italiens). Là encore, d'anciennes unités régulières ou miliciennes (avec un modèle en place, plus traditionnel que militaire) qui, à un moment historique donné, n'ont pas eu d'autre choix que de se louer ailleurs. Pas un modèle "privé" de la guerre qui aurait eu une évolution propre au sein d'unités durables et sophistiquées: juste des gens de métier perdant soudain leur patron, leur cause, et devant aller trouver un employeur. Mais au final..... ON EST LOIN DU SUJET: les SOUS-officiers. Pas les officiers, pas les unités....
  11. Non; tu essaies de voir les "compagnies" comme un modèle militaire ou une espèce de moule unique. Ces compagnies privées sont aussi diverses en tailles, en composition et en qualité que possible (il y a pour ainsi dire autant de modèles que de compagnies). Il n'y a aucun effectif type, aucune organisation type, aucun armement type. Toute bande armée au Moyen Age tardif (d'ailleurs privée, féodale ou royale) s'appelle "compagnie": c'est un nom générique, et cela peut représenter aussi bien une centaine d'hommes ou moins que plusieurs milliers. "Bandes" et "compagnies" sont les noms les plus fréquents pour des groupes militaires plus ou moins permanents, et ils recouvrent mille et une réalités, pas un supposé "modèle": quand les rois de France louent des arbalétriers gênois, ce sont des "compagnies", quand les archers anglais s'exportent pendant une courte période au XVème siècle, ce sont aussi des "compagnies". Les "bandes" ou "compagnies" de Gascons levées initialement par l'action de Charles le Mauvais deviennent un secteur d'activité pour cette région peu développée et ravagée par la guerre: ils se louent ainsi sous de tels vocables qui recouvrent des réalités très diverses, allant de petits groupes élémentaires d'arbalétriers ou de fantassins de divers types à des groupements "interarmes" (cavalerie, archerie, fantassins de contact) plus ou moins hétéroclites, en passant par des agglomérats plus ou moins organisés de tout ce qui a pu être raclé ici et là. Le tout pour des niveaux qualitatifs variables. Les grandes compagnies ne sont par ailleurs que très rarement "ce qui fonctionne le mieux", hors de quelques cas particuliers (la "compagnie catalane" dite des Almogavres est un exemple exceptionnel). L'armée française telle qu'elle se moule dans les années 1440 est essentiellement ce qui fonctionne le mieux en Europe (avec pour un temps l'armée hongroise du XVème siècle, sous la dynastie Hunyadi; "l'armée noire"), et elle ne s'est pas calquée sur des compagnies privées: elle a eu sa propre évolution pendant la guerre de cent ans (via des chefs et professionnels développant une longue mémoire institutionnelle vu la permanence des conflits et le besoin de réfléchir face aux échecs), et fera école pour l'organisation fiscale et administrative, l'organisation et le fonctionnement de la cavalerie (les lances et compagnies d'ordonnance, notamment copiées en Bourgogne et influant de là l'Espagne et l'Autriche), l'artillerie.... L'autre grand modèle qui a un impact pan européen (hors, à l'est, les Hussites, mouvement régionalo-religieux, qui ont une certaine influence), ce sont les milices communales suisses dont l'impact sur l'infanterie et la guerre vient à partir des guerres de Bourgogne et peut rayonner via l'aire géographique de leurs actions (France, couloir rhénan, Allemagne occidentale, Autriche, Italie du Nord): l'infanterie française permanente s'en inspire directement puisque Louis XI fait venir des "consultants" et cadres suisses au camp de Pont de l'Arche à partir de 1477-1479 pour former les premières "bandes" d'infanterie mixte (à dominante de piquiers).
  12. Les grandes compagnies, unités d'élite ? Le terme recouvre trop de réalités: il est générique pour décrire des groupes de mercenaires plus ou moins organisés et de plus ou moins bonne qualité. Faut pas chercher un descriptif générique: aucune unité, aucun groupe, ne ressemble à un autre, ne s'organise de la même façon (quand ils s'organisent de façon un peu stricte). Il s'agit d'ailleurs bien plus souvent, en France, de troupes levées par le roi ou un grand féodal, qui se trouvent virées en fin de conflit ou de saison de guerre, et décident de rester ensemble pour sévir en bandes et attendre la prochaine guerre. C'est un des multiples maux manifestes de la mauvaise gestion d'une reconversion post carrière militaire: à moins de sérieux mécanismes de reconversion/réadaptation (professionnelle, psychologique....), ce fait a toujours et partout créé des problèmes majeurs (voir la Grèce antique, le Japon, l'histoire des croisades -surtout la 1ère-....). Par ailleurs, dans un système féodal, nombre de ces troupes commencent sous un régime qu'on comparerait à une entreprise privée: un individu (généralement de renom, d'une certaine richesse et/ou disposant d'un important réseau de relations) lève une troupe qu'il loue à un belligérant ou à un "entrepreneur de guerre" de plus haut rang (nombre de bandes armées mercenaires se subdivisent ainsi en "sous bandes" qui sont en elles-mêmes des entreprises "sous traitantes") qui lui traite avec un souverain, un féodal, une cité ou une institution (un évêché, une corporation de métiers....). La longévité du groupe, la qualité du ou des chefs, la pertinence du métier (spécialité militaire particulière).... Déterminent si l'unité est bonne ou pas. Mais dans les "grandes compagnies" et l'histoire du mercenariat au Moyen Age, il y a vraiment de tout, à boire et à manger, du bon et du pas bon: beaucoup de ces bandes étaient juste des agglomérats de brutes pas forcément très efficaces, mais qui constituaient, dans un Moyen Age sans troupes permanentes importantes ni Etats capables de financer longtemps un effort de guerre, à peu près l'essentiel du vivier disponible de gens capables de violence relativement organisée hors de la chevalerie (et de milices essentiellement liées à leur zone de résidence sauf circonstances exceptionnelles). Hors quelques cas particuliers d'unités exceptionnelles, ce qui peut faire qualifier la plupart d'entre elles "d'élite" réside dans le fait que ce sont les seules troupes un peu permanentes qui existent: ça ne veut pas dire qu'elles sont bonnes, qu'elles tiennent le choc.... Ce fait souligne surtout la rareté de la main d'oeuvre militaire qualifiée au Moyen Age: au pays des aveugles, les borgnes sont rois :lol:. Et si les rois les trouvent commodes (hors quelques cas particuliers d'unités de bonne -voire excellente- tenue), c'est surtout parce qu'ils n'ont à les payer qu'au moment des guerres et s'en tamponnent après, ce qui, à l'époque de monarchies sous-financées, semble évidemment un avantage, même si ce n'est qu'un avantage de court terme qui implique des coûts démesurés après (les ravages et emmerdements financiers, politiques et militaires causés par ces bandes). L'Italie du XVème siècle est l'exemple le plus criant de l'inconvénient majeur de telles unités, tout comme le Japon des IXème-Xème siècle d'ailleurs. Dans beaucoup de cas, on trouve plus des agglomérats de crapules, de psychopathes, de criminels en cavale.... Ou tout aussi souvent de gens déracinés par la guerre et n'ayant plus d'autres moyens de subsistance. Dans d'autres, des groupes issus de réseaux familiaux, claniques ou relationnels proches (d'une même région le plus souvent). Dans d'autres encore, un plus "pur" système de recrutement générique (même si quand même souvent lié à une aire géographique donnée à la base) qui se rassemble autour d'un grand nom ou d'un élément particulier (un chef prestigieux, une unité qui a un certain renom, une spécialité militaire particulière....). Souvent, une milice longtemps employée voyait tout ou partie de ses personnels devenir si accoutumés à la guerre qu'ils ne pouvaient pas revenir à la vie civile, n'y voyaient pas d'intérêt (faible possibilité de reconversion, changement psychologique lié à la guerre....), et devenait mercenaire: ce fut le cas par exemple pour les Almogavres, les Suisses, les Gascons et les Souabes (à l'origine des premières unités de Lansquenets), 3 populations qui se sont longtemps spécialisées dans le mercenariat (souvent par absence de ressources dans leur zone, et par sollicitation militaire pendant de longues périodes à un moment donné, qui ravage une économie locale faible et oriente culturellement et professionnellement la jeunesse locale vers la guerre). Autre processus en Italie où la polarisation des richesses, l'accaparement graduel du pouvoir politique par les élites urbaines et la baisse de la pratique milicienne font croître un mercenariat professionnel très organisé qui devient un secteur d'activité économique (puis politique) majeur aux XIVème-XVème siècles.... Et une plaie dramatique qui entérine le destin de l'Italie pour longtemps. C'est l'infanterie espagnole, des troupes soldées de façon permanente après la fin de la reconquista, qui est à l'origine des tercios, soit les 3 subdivisions initiales de l'armée expéditionnaire que les souverains ibériques envoient en Italie et répartissent pour une occupation outre mer permanente. A la fin du XVIème siècle, la messe est dite depuis longtemps pour les unités de mercenaires: les armées nationales ont largement pris le pas depuis les guerres d'Italie, et les seules formes de mercenariat qui subsistent à une échelle significative sont des systèmes nettement plus encadrés: ceux qu'on appelle encore "condottiere" sont des généraux et chefs de haute qualité qui se louent avec leur Etat Major, et les groupes mercenaires sont essentiellement des Suisses et des Souabes fournissant des contingents de recrues en unités constituées aux armées régulières (et qui y sont intégrées dans l'ordre de bataille normal, soumis à des règles proches de celles des troupes normales et non plus des semi-indépendants), plus quelques autres cas spécifiques comme des unités de cavaliers légers des Balkans (estradiots grecs et albanais, hussards hongrois).
  13. Raaaaah putain, j'essaie de me désintoxiquer du forum, et v'là t'y pas que dès que je m'absente, tout part en couille dans cette rubrique ;). Ce que tu évoques rapidement, Rochambeau, c'est plutôt le processus de lente "professionnalisation" des officiers, en soi un sujet. Les sous-offs, c'est une autre histoire. Il y a bien sûr toujours eu de bas cadres de contact dans les armées occidentales post empire romain, à la distinction plus ou moins formalisée, mais le fait est que "l'institution", si l'on peut dire, est autant tombée en désuétude en tant que telle, que les armées permanentes et organisées, et d'ailleurs les Etats organisés: le bordel médiéval a constitué une immense régression à cet égard. Ce n'est que vers la fin du Moyen Age, en occident pendant la guerre de Cent Ans, qu'une organisation du travail et une répartition professionnelle, et un peu moins sociale, des rôles, a pu recommencer à se mettre en place de façon durable, accompagnant la renaissance d'armées permanentes liées à un Etat ré-émergeant. Les armées médiévales ne sont pas des armées permanentes, et elles sont plus des organisations sociales, politiques et hiérarchiques que des institutions militaires, tout autant qu'un reflet de la faiblesse des moyens matériels des institutions pour disposer de troupes. Nées autant d'un effrondrement de l'idée même d'Etat que de la conception culturelle de la liberté (entendez la liberté des personnages importants, pas celle du péquin moyen dont tout le monde -qui compte- se tape :-[), ce sont au final des principes de rationalisation d'une ressource rare (ceux qui savent, peuvent et ont les moyens de faire la guerre) et d'équilibrage politique du pouvoir réel via une interdépendance contrainte (tout le monde a besoin de se mettre ensemble pour qu'un royaume ait un semblant d'armée, chacun s'entraîne et s'équipe dans son coin, mène ses petits conflits dans son coin....). Personne n'a les moyens d'avoir de vastes troupes permanentes et encore moins de financer de longues campagnes, ce à quoi s'ajoute la structure sociale en classes, la défense étant la charge des hommes libres dans une répartition (très très théorique) de l'effort à fournir selon le rang (on est plus donc on fait plus, plus longtemps et plus loin.... Théoriquement). Une pratique qui va très vite salement décader, surtout pour ce qui concerne la mobilisation des bas statuts sociaux (reluctance au devoir de milice, mal compensé, mais aussi accaparement du pouvoir et du prestige par ceux qui ont les moyens). Tout en bas, on trouve les milices, plus ou moins bien organisées selon l'endroit, plus ou moins entraînées.... La féodalité ayant entre autre logique le fait que beaucoup de seigneurs n'aiment pas l'idée de voir la populace avec des armes (et encore moins sachant s'en servir), ce pourquoi la recroissance des villes vers les XIIème-XIIIème siècle voit beaucoup de cités atteignant une taille conséquente s'affranchir de la tutelle seigneuriale, se munir de milices plus sérieuses (portées par un "esprit citadin/citoyen"), et recevoir des statuts particuliers (les "bonnes villes" en France). De même, les Etats n'ont pas plus de fonction publique développée que d'armée: pour beaucoup de tâches, les rois et grands seigneurs délèguent, et surtout donnent (enfin vendent plus souvent) des offices, commissions et charges à des individus pouvant les assumer (et se sucrant au passage). Dans la société médiévale comme dans la société antique, toute charge émanant du pouvoir est de même nature, que le taf soit militaire, "policier"/judiciaire, administratif.... C'est un mandat de "l'imperium" pour reprendre la terminologie romaine dont cette conception vient directement. Le titre d'officier et la conception de l'officier viennent donc de cette mentalité: l'officier est celui qui reçoit un office du roi (ou une commission, terme qui concerne rapidement l'activité surtout militaire), avec un champ d'activité donné à couvrir. A ceci près que la mentalité médiévale, surtout nobiliaire, contrebalance cet héritage romain par la susmentionnée conception "germanique" de la liberté individuelle, réfractaire au principe d'Etat, et par là aux principes fondant une armée organisée. L'officier militaire, donc, reçoit une charge couvrant des devoirs surtout militaire. Mais il ne peut souvent la remplir seul et sélectionne donc des personnels (ou la charge en a à demeure) pour l'assister. Dans les domaines impliquant de la violence physique, ces personnels sont les sergents: les prévôts ont des sergents royaux pour appliquer la justice, les chevaliers ayant en charge des unités ont des sergents d'armes pour les protéger, les assister, les suivre ou encadrer une troupe. Le fait est que s'il faut regarder la chose clairement, les hommes d'armes (monopole graduellement nobiliaire: ce sont ceux qui "portent une arme" -entendez une arme de mêlée) dirigent et combattent, et les sergents sont, dans les siècles qui suivent la désintégration post-carolingienne, les seuls non-nobles ayant un savoir-faire plus ou moins développé dans le registre de la violence professionnelle (à divers endroits, des milices peuvent avoir été maintenues à un niveau sérieux et donc disposer de tels personnels, mais il s'agit là de gens liés à leur lieu de résidence, et rarement dédiés à l'année au métier). Indispensables et peu nombreux dans la société féodale (surtout quand la noblesse devient, à partir du XIème siècle, quasiment hermétique à l'ascension sociale), ils constituent donc une ressource rare dans le contexte d'entités politiques sans armée permanente. Les armées féodales permanentes sont des petits noyaux structurés autour d'un seigneur (ducs, marquis et comtes, parfois barons d'une grande importance) ayant d'une part une petite troupe permanente (nobles directement attachés à sa personne, généralement sans fric, et roturiers professionnels) et d'autre part la pyramide de ses vassaux: pour faire court, on va dire que le seigneur fait appel à ses bannerets, cad les nobles commandant en campagne une bannière (une division de l'host d'un grand seigneur: c'est l'unité tactique fondamentale au Moyen Age), qui en opérations commandent à leur tour plusieurs bacheliers (bas-chevalier), sortes de lieutenants pour comparer avec un grade moderne, chacun commandant un groupe armé de cavaliers (assez uniformément nobles après les Xème-XIème siècles). Il ne faut pas se méprendre sur des termes comme "chevalier", "écuyer" ou "page": il s'agit d'institutions sociales et non militaires, autant que de termes d'appellation génériques ou des désignations de rôles ("chevalier" ne devient un terme militaire qu'en 1355, en fait pour remplacer le grade de "bachelier"). C'est le schéma de l'armée (ou plutôt la mobilisation des hommes libres: l'host, constitué de l'appel au ban et à l'arrière-ban) telle que moulée par l'époque carolingienne, et qui concernait tous les hommes libres (même si évidemment, l'aristocratie, par sa place près du pouvoir, sa possibilité de disposer de temps d'entraînement, et ses moyens financiers, s'y taillait une place disproportionnée), mais qui dérive lentement en devenant un monopole absolu de la noblesse.... Sauf qu'évidemment, les besoins militaires demeurent, et certains sont impératifs même dans des entités politiques aussi atrophiées que les royaumes et grands fiefs féodaux: l'encadrement direct des milices, un minimum de garde au rempart, le soutien direct aux chevaliers, certaines spécialités moins en vue (archerie notamment).... Dès que le besoin militaire augmente, via des guerres et campagnes de grande ampleur et/ou de longue haleine, la noblesse est très insuffisante et trop peu disponible (et chère à compenser, pas toujours fiable, rarement disciplinée, posant trop de conditions quand elle le peut....). 3 phénomènes conjoints le révèlent: la concentration des grands domaines féodaux, la recroissance balbutiante d'un Etat central (affirmation des rois qui ne veulent pas être des "premiers parmi les pairs") et les croisades. Ces 3 facteurs changent la nature et la taille des guerres. Les XIIèmes-XIIIèmes siècles voient ainsi la conflictualité changer d'échelle une première fois (le coup de fouet final, c'est la guerre de cent ans) et nécessiter une organisation militaire que la seule féodalité ne peut fournir, ce d'autant plus que le monopole de la guerre établi par la noblesse s'est concentré dès la période carolingienne sur une seule spécialité militaire, la cavalerie lourde (constituant des "armées" théoriques atrophiées et déséquilibrées par cette conception du combat). C'est particulièrement vrai en Palestine où la défense des Etats latins d'orient, bien que théoriquement féodale, repose autant sur un host traditionnel mobilisable que sur le maitien de troupes permanentes en grande partie non noble, par simple nécessité: tout seigneur, aussi petit soit-il, est contraint d'avoir des hommes d'armes professionnels.... Mais plus encore, les ordres de moines soldats deviennent eux les premières armées occidentales permanentes "complètes" depuis Rome, et même si elles ne durent pas toutes longtemps ou font peu école dans l'ensemble, elles ramènent des idées en occident, qui serviront plus tard. Et quel nom retrouve t-on dans ces armées, pour tous ces roturiers avec des armes? "Sergent": le sergent désigne en fait le soldat non noble professionnel en général. Soit il sert au sein d'unités faites de sergent, donc d'unités pros, soit il encadre une troupe de miliciens: encore une fois, le savoir-faire militaire est une ressource comptée à cette époque, et tout soldat "de base" est un monument d'expérience à côté de troupiers miliciens, tout comme un cadre avec 6-7 ans d'expérience aujourd'hui est un puit de sagesse au milieu d'une troupe de soldats volontaires achevant leur année d'entraînement initial. Le sergent est donc alors le troupier de base, mais dans les unités professionnelles: sorti de ces unités, il est un cadre pour des unités de conscrits/miliciens. C'est une appellation générique, pas un grade officiel ou un statut (sauf dans les ordres de moines soldats, et pour des rôles précis, liés à un titulaire d'office, comme les sergents d'armes, sergents de ville ou sergents royaux). C'est la guerre de cent ans qui amène une évolution rapide et, en France, deux grandes vagues de réformes militaire majeures, les premières depuis Charlemagne (en 770!!!!): d'abord en 1355, puis surtout, nettement plus fondamentale, autour de 1440. La croissance des troupes permanentes et, nécessairement, la présence toujours plus grande de roturiers parmi elles dans une société de classe (il faut noter que la réforme de Charlemagne n'établissait pas de telles distinctions: seul le statut d'homme libre comptait légalement), imposaient du changement. "Homme d'arme" n'est alors plus synonyme de noble dès lors que des troupes permanentes mélangent les origines sociales (mais pas les rôles sur le champ de bataille), et que des roturiers peuvent en plus être cavaliers (y compris cavaliers lourds). La distinction ancienne entre "hommes d'armes" (nobles) et "hommes de traits" (roturiers, pendant longtemps l'essentiel des militaires permanents non nobles, parce que liés à une spécialité militaire nécessaire mais méprisée), a désormais vécu. En 1355, on clarifie donc: Les roturiers servant en permanence deviennent des "maîtres", un terme qui restera dans la cavalerie pour désigner tout cavalier léger de base jusqu'à la fin de l'ancien régime (et après pour certaines unités; les cavaliers lourds garderont aussi longtemps l'appellation "gendarme", et les cavaliers "normaux", celle "d'archers"), et d'ailleurs restera aussi dans la marine (en Angleterre, la navy a aussi gardé ce terme issu de cette époque: les "petty officers", transposition phonétique de "petit officier"). Les nobles entament leur évolution militaire, de moins en moins fondée sur une fonction précise (la cavalerie lourde) et de plus en plus sur un rôle, celui d'officier (même si ça prendra du temps: il faudra attendre les guerres d'Italie et la fin graduelle de la cavalerie lourde pour vraiment les détacher -pour l'essentiel- de la chose) dans un sens plus moderne du terme, celui de cadre de rang médian et haut. En 1355 aussi, le banneret devient capitaine (et la bannière devient "compagnie", terme qui existait concomittament à "bannière", venant du terme latin "comitatus", ou "ceux qui accompagnent") et le bachelier devient "chevalier" (terme qui n'aura en fait qu'une existence militaire brève: moins d'un siècle). La taille et la variété des troupes permanentes augmentant (et le combat se "sophistiquant" nécessairement avec la complexité croissante), cela ne peut que développer l'encadrement et l'organisation en général; et l'encadrement direct, de "contact", en particulier, surtout aux bas échelons, ne peut donc aussi que se développer, tout comme le degré d'expérience moyen des hommes et des unités, le savoir-faire militaire étant de moins en moins un monopole de ceux qui ont les moyens d'y consacrer leur activité quotidienne. Les roturiers professionnels de la guerre ont donc désormais des possibilités de carrières qui s'étendent avec le nombre de niveaux hiérarchiques et de spécialités, chose par ailleurs d'autant plus cruciale que le rôle des troupes à pied (et de l'artillerie) s'accroît parallèlement au développement et aux évolutions de la cavalerie. Dans les années 1430-1440, c'est la naissance définitive de l'armée permanente en France, avec les compagnies d'ordonnance, l'artillerie, les francs archers et les compagnies de mortes payes (les garnisons de forteresses). Puis, sous Louis XI, avec le remplacement des Francs archers par une infanterie permanente. C'est dans ces réformes là que naissent réellement officiers et sous-officiers dans leur acception moderne qui les détache franchement d'une conception sociale de l'armée au profit d'une conception toujours plus professionnelle (même si dans un premier temps, le vivier quasiment unique de recrutement des officiers est encore nobiliaire; le changement ne venant réellement pour cela qu'à partir de Louis XIV et l'explosion de la taille des armées). Et c'est donc à cette époque que naissent nos sous-officiers en tant qu'institution: ce sont alors les "bas officiers". Cela commence dans la cavalerie des compagnies d'ordonnance, avec le maréchal des logis, premier grade officiel de sous-officier en France en 1444, puis le coutilier en 1445 (d'abord un type de fantassin, puis, au sein d'une lance d'ordonnance, il devient celui qui commande le groupe d'archers accompagnant un homme d'arme, remplaçant de fait la fonction d'écuyer). L'appellation de "sergent" comme grade (pour l'infanterie) date de 1485, en fait la décennie qui vit la création de la première infanterie de bataille permanente (les "bandes" de piquiers "à la suisse", initialement dites "de Picardie", qui deviendront ensuite la base des premiers régiments). Le "cap d'escadre" (chef d'escouade, qui deviendra le caporal) est créé en 1534. Il faut noter que souvent, la création légale de ces grades est la consécration d'un usage déjà en place avant, existant de fait par nécessité et/ou comme système informel et variant d'une unité à l'autre. Mais c'est grosso modo à cette époque, avec la croissance des troupes permanentes et leur détachement graduel d'une conception purement socio-politique du métier des armes, que naît le sous-officier comme institution: je passe les détails qui sont nombreux, mais sans en avoir encore l'appellation, de fait, les bas officiers sont un corps en soi, une carrière à partir de cette époque, initialement moulée pour fournir un parcours aux roturiers (par la suite, à partir de Louis XIV, plus spécifiquement, aux roturiers non éduqués et/ou n'ayant pas les moyens d'acheter une commission d'officier dans une armée en grande partie vénale). Se créeent ainsi des gradations, des distinctions, des rôles et des spécialités pour les hommes de troupes faisant carrière (plus tard, des corps d'appartenance divers): il y a de multiples sortes, appellations et échelons de sergents (et maréchaux des logis/brigadiers), un corps de "sous officiers supérieurs" (sergents majors puis adjudants), un parcours spécifique pour les musiciens et sous-officiers administratifs/d'intendance.... Ainsi que des distinctions pour les soldats, ayant valeur de grades de fait: certaines spécialités de métier conféraient un tel statut (par exemple le grenadier initialement, au XVIème siècle), mais surtout un statut de vétéran est reconnu. C'est particulièrement le cas de l'anspessade (de l'italien "lansa spezzata", ou "lance brisée", traduisant le fait d'avoir déjà bien vu l'action), un statut et une distinction (pour les braves) autant qu'un premier grade, créé aussi en 1534, qui assiste le cap d'escadre (puis le caporal): l'escouade, premier groupe de l'infanterie, représente entre 10 et 20-25h selon le moment, et elle se subdivise en "chambrées", soit le groupe de base qui partage une tente et a donc généralement un soldat à sa tête. Il n'y a pas de "sous caporal" ayant un grade particulier pour ce rôle: c'est plus souvent un type juste désigné pour agir comme tel (sans supplément de solde ou de statut), mais c'est aussi, parfois, un anspessade s'il y en a assez (plus souvent, il n'y a qu'un anspessade dans une escouade, et il assiste donc le caporal comme chef en second) ou s'il s'agit d'une unité prestigieuse, donc avec une proportion plus forte de vétérans. S'il faut une comparaison moderne, l'anspessade est l'équivalent d'un "1ère classe", et dans les armées anglo-saxonnes, il a survécu sous le terme de "lance corporal". Dans le contexte des armées d'ancien régime, c'étaient les simples soldats qu'on ne licienciait pas la paix revenue, quand la majorité des troupes était licenciée, y compris des régiments entiers, d'autres voyant la majorité de leurs compagnies dégagées, généralement à l'exception d'une seule (la compagnie dite "mestre de camp") où on concentrait les sous-offs et les vétérans distingués, base des savoirs-faires de l'unité et pouvant la faire remonter en puissance. Pour ce qui est de la formation, il n'y a aucune institution proprement dite avant le XIXème siècle pour les sous-officiers: les choses s'apprennent sur le tas, à l'entraînement et en campagne, à ceux qui sortent du lot (ou sont sélectionnés par les sous offs en place par divers moyens, pas tous louables) et/ou sont distingués/récompensés par un officier. L'unité est en fait l'école de formation continue, par transmission de savoirs en place et usage (rôle des sous-offs), d'où l'importance des unités permanentes par rapport à celles purement levées pour une guerre (où on devait essayer de faire radiner des sous-offs piqués ailleurs, processus lent), qui avaient ainsi une "mémoire institutionnelle" des savoirs-faires individuels et collectifs, et des logiques et mécaniques en place. Les bataillons dits "de dépôt" au sein de chaque régiment, sont ainsi le "lieu" premier de cette mémoire institutionnelle, au même titre que les bataillons et compagnies combattants. Il faut quand même se mettre à l'esprit qu'à part une proportion variable mais réduites de troupes pleinement permanentes (unités à effectif plein ou quasiment plein à l'année, et pas séparées pour former de nouvelles unités quand la guerre arrive), les armées de l'époque moderne (fin du Moyen Age à la révolution) sont à des degrés divers de "battle readiness", mais généralement pas des degrés élevés quand les guerres commencent, et que le temps de montée en puissance est long. Il faut des guerres vraiment longues pour disposer d'une forte proportion d'unités réellement bonnes; d'autant plus longues que mortalité, indisponibilité et désertion sont très importantes. Cela souligne le rôle crucial de sous-officers et soldats vétérans distingués, et plus encore de structures d'unités à l'existence continue (pas seulement les sous-offs, mais leur dynamique de travail en tant qu'organisation structurant et articulant une unité): des sous-offs expérimentés ET bien en place au sein d'une unité un peu rôdée, c'est une ressource très rare même dans des armées dont les effectifs nous semblent importants, un fait dont il faut se rendre compte quand on veut comparer à nos armées actuelles, qui même loin d'être parfaites, disposent de tels facteurs à un degré infiniment plus élevé en proportion (formation standardisée des sous-offs, taux d'encadrement élevé, permanence généralisée, faible désertion, bonne disponibilité, faible mortalité, carrière organisée, sélectivité possible, niveau de moyen consacré par individu nettement plus élevé qu'à l'époque moderne....). Concrètement, s'il fallait jauger les armées des XVIIème-XVIIIème siècles avec nos critères, en écartant bien sûr le niveau technologique et en se focalisant sur les aspects organisation/fonctionnement/taux d'encadrement/compétence "moyenne"/articulation, on dirait que ce sont de mauvaises armées (type pays du tiers-monde), à part quelques unités, voire quelques grandes unités de manoeuvre. Nombre d'unités d'élites ou de haut statut, par ailleurs, à partir des XVIème-XVIIème siècles, ont eu une tendance à devenir, au moins en partie, des "écoles à sergents" (tout comme la formation des officiers se faisait, après une éducation théorique longtemps dispensée dans le cadre familial, dans des unités spécifiques et/ou à des types de postes rattachés à des officiers: pages, puis cadets, aides de camps, cornettes/guidons/enseignes....): les Gardes Françaises, par exemple (et la Jeune Garde sous Napoléon). Un processus qui existe encore aujourd'hui. Après tout cependant, la formation sur le tas n'a pas produit tant de merde que ça: le centurionnat, après tout, est à cet égard le premier corps d'officiers modernes, à l'efficacité plus qu'avérée, et il s'agissait d'officiers tirés du rang et formés purement sur le tas.
  14. faiteS un effort, s'il vous plaît, mes yeux vous EN conjurent. ;). Désolé, pas pu résister :-X.
  15. Oui, la guerre était à ce moment de facto réglée, la machine organisationnelle nordiste en place, le différentiel de production et de capacité à aligner et soutenir des troupes de ligne beaucoup trop grand, la situation navale définitivement réglée.... Une situation où les choses roulaient quasiment toutes seules pour ce qui est de la conduite de la guerre, encore plus que la situation dont hérite Truman à la mort de Roosevelt. Résultat, le suivant dans l'ordre de succession aurait pris la place de Lincoln, à savoir le Speaker de la Chambre des Représentants, Schuyler Colfax, un personnage politiquement assez fort, farouchement anti-esclavagiste et soutien de l'effort de guerre, qui aurait même pu être un président plus fort que Grant (par sa connaissance du Capitole, ses relations, ses soutiens, ses réseaux....) et conclure une paix, et surtout conduire une reconstruction du sud et une réconciliation infiniment plus souhaitables que ce qui est arrivé sous un Grant incapable de s'opposer aux forces politiques qui ont pris la main à la mort de Lincoln (et saccagé durablement un vieux sud qui ne s'est aujourd'hui toujours pas économiquement et socialement redressé de ce conflit).
  16. Tancrède

    La cavalerie

    Et ce que je précisais, justement, c'est qu'elles ne le sont pas: elles sont une création quasiment ex nihilo de Louis XI en 1479-1480 en réaction aux insuffisances (réelles et exagérément "politisées") des francs-archers, eux-mêmes une création de Charles VII dans les grandes ordonnances des années 1430 et qui se substituent aux derniers faux semblants de l'host/ost féodal qui avait dans les faits cessé d'exister définitivement après Azincourt (dans l'intermède des années 1410 à 1430, il y a une troupe "de transition" faite de volontaires professionnels, en grande partie plus ou moins "mercenaires"). Théoriquement, le roi conserve le droit d'appeler le ban et l'arrière ban (base de l'ost), et le fera encore de façon limitée et surtout symbolique, mais l'ost féodal disparaît pour l'essentiel. L'armée qui émerge de la guerre de Cent Ans (fondée essentiellement sur les compagnies d'ordonnance, les francs archers, les compagnies ou bandes d'artillerie et les mortes payes, puis plus tard les bandes d'infanterie) n'est en rien son "héritière", tant dans sa nature (non féodale) que dans sa composition (on ne "prend" pas des éléments féodaux pour en faire des troupes réglées permanentes, ce qui serait par ailleurs impossible) et ses principes (même la milice des francs archers n'a aucun rapport avec les milices communales préexistantes et contributaires du ban). La base du recrutement initial des bandes (pour le premier "batch") vient du prélèvement des coutiliers et d'archers (des combattants à pieds mais montés et intégrés formellement aux compagnies d'ordonnance) de chaque lance des compagnies d'ordonnance, avec en plus un recrutement volontaire, et des éléments mercenaires. De même, l'apparition de la cavalerie légère régulières (il y en avait aussi une mercenaire, issue des Balkans, les Estradiots) émerge aussi des compagnies d'ordonnance: les archers montés des lances, ainsi que les moins fortunés des cavaliers lourds, sont de plus en plus consacrés à des rôles légers et équipés (et montés) en conséquence, à partir des années 1490 et des débuts des guerres d'Italie. Les premières compagnies de chevau-légers sont ainsi nées et vont s'affirmer au fur et à mesure du changement radical de la cavalerie au XVIème siècle et de son impact sur la tactique et l'organisation militaire de l'arme (et donc sur l'équipement et l'élevage). L'organisation des unités en France vient essentiellement de la matrice initiale de la compagnie d'ordonnance et de sa subdivision en "lances fournies", son évolution ayant été rapide au XVIème siècle. Henri II consacre en fait le changement définitif en réorganisant, après plusieurs évolutions mineures et constats de dysfonctionnements (et de décalage croissant entre organisation formelle et emploi opérationnel), les compagnies: elles passent d'une structure de lances identiques agglomérées en compagnies (aux effectifs allant jusqu'à 600h voire plus) et dont le commandement se fait selon un processus "d'aînesse" sociale et militaire, à un groupement de sous-unités (encore appelées lances pour un temps) articulées autour d'une structure de commandement fixe (on utilise encore alors le terme médiéval "d'hôtel", équivalent d'un Etat Major de compagnie), avec un effectif plus limité (autour de 110-115h) mais réuni en permanence (au lieu d'être éclaté par lances en garnisons). L'organisation en régiments ne commence que sous Louis XIII. Les noms restent en place quasiment jusqu'à la Révolution: le cavalier de base est un "archer" (alors que dès la fin du XVème siècle, les cavaliers n'ont plus d'arcs ou d'arbalètes même s'il reste des archers montés, essentiellement des fantassins montés qui soit s'orienteront vers l'infanterie, soit seront à la base des futurs dragons), le cavalier vétéran (voire sous-officier au niveau des petits groupes de base) un "maître". Autre vocabulaire commun avec l'infanterie: le groupe de base de cavalerie dans une compagnie (en opérations, soit après séparation des fantassins et cavaliers dans une lance) est une "escadre" (dans l'infanterie, l'équivalent d'un sergent actuel est alors le "cap d'escadre", terme qui évoluera vers notre "caporal"), d'où viendra le terme "escadronner" à la base du futur "escadron". Ma critique était succincte, désolé: tes posts ont été trop catégorique, présentant une histoire univoque d'une insuffisance structurelle et chronique impliquant un recours massif et constant à l'importation, ce qui est faux (ou si ce n'est pas ce que tu as voulu dire, c'est en tout cas ce que j'ai lu). L'élevage de chevaux en France a été extrêmement florissant pendant le Haut Moyen Age (et à l'époque gallo romaine d'ailleurs) tant en qualité qu'en quantité, et le système carolingien, fondement de la première féodalité, consacra ceci en un fonctionnement plutôt satisfaisant au regard des besoins: l'armée carolingienne, le premier vrai Ost, était fondée sur une infanterie régionale de type milice/conscription des hommes libres avec un noyau équestre de féodaux directs et leur suite, et une armée "centrale/royale" essentiellement montée -avant tout des fantassins montés et une cavalerie lourde plus réduite- et donc mobile, faite pour soutenir localement en s'augmentant de l'ost local. Par la suite, l'éclatement post carolingien consacre une "délocalisation" du système, reproduit par chaque grand féodal dans ses terres, ce qui eut l'avantage, avec le développement de la chevalerie (en tant qu'institution socio-économico-militaro-culturelle), de créer de nombreux "centres" d'élevage avec une demande disproportionnée en raison de l'explosion de l'institution chevaleresque (bien au-delà d'un réel besoin militaire rationnellement pensé). Le phénomène fut boosté par les croisades et l'apport de nouvelles races (d'Europe, du Moyen Orient, d'Espagne et du nord de l'Afrique via l'Espagne), mais aussi par la polarisation économiques et l'expansion du phénomène nobiliaire qui étendit les besoins en chevaux (pour la monte, la chasse, "l'art de vivre", le standing) en même temps que l'évolution de l'art militaire équestre exigeait une spécialisation accrue des montures de guerres (destriers et palefrois, qui requéraient une "R&D" de plus en plus poussée). Les problèmes de l'offre de chevaux en France se font jour une première fois avec la Guerre de Cent Ans: accroissement rapide des besoins (mortalité accrue des chevaux, levées plus fréquentes de l'ost et d'une plus grande proportion de la chevalerie -l'ost n'étant pas souvent levé en totalité-, grandes défaites, conflictualité locale accrue....) après une période d'accalmie amenée par la centralisation naissante de l'Etat sous les derniers capétiens directs (limitation puis interdiction des guerres privées, affirmation d'un pôle royal plus fort, y compris militairement....). L'importation est un recours de court terme, mais prolongé pendant une bonne partie de la période de la guerre de cent ans (les périodes "chaudes") étant donné la croissance des besoins et les ravages de la guerre en France qui n'épargnent pas les élevages de chevaux (manques de subsistances, commerce réduit, voire interrompu, ravages directs, maladies, pillages/confiscations -par les Anglais, Navarrais, mercenaires licenciés, féodaux opportunistes mais aussi par le roi de France- qui endommagent voire détruisent un élevage). La situation se redresse rapidement dès qu'une accalmie apparaît, et l'anecdote sur Louis XI renvoie moins à une situation structurelle qu'à des problèmes ponctuels, notamment la période de la Ligue dite du Bien Public et les guerres de Bourgogne qui virent le roi avoir des moments de grands troubles (vu qu'il fut même à un moment otage de fait de Charles le Téméraire). En tirer des conclusions générales sur l'élevage en France au Moyen Age est un contresens. Il y a eu globalement un redressement spectaculaire sous Charles VII et Louis XI, notamment via la demande croissante exigée par les compagnies d'ordonnance, corollaire d'une conflictualité plus limitée. Le XVIème siècle est une autre période à problèmes étant donné la rapidité de la "consommation" de chevaux: d'abord dans les guerres d'Italie, puis, sans transition, avec les guerres de religion qui portèrent un coup massif à la situation pendant un demi siècle, et ce à une époque où le besoin était croissant (conjoncturellement -conflictualité- et structurellement -évolution de l'art militaire et de la taille des armées). Henri IV entame l'effort de redressement et de réorganisation qui sera parachevé par Louis XIV, à une époque où la taille des armées permanentes et la létalité des guerres (longueur des campagnes et des guerres, croissance du rôle de l'arme à feu) consacrent un besoin désormais énorme. Ce que Louis XIV apporte, c'est une stratégie globale (pas exempte d'erreurs majeures) organisant un premier effort conjoint (et pensé comme tel) des sites d'élevage. Mais globalement, ce qu'on peut signaler comme des manques correspond en fait plutôt à des périodes de transition trop rapides où l'offre peut avoir ponctuellement des manques à s'adapter à la demande: un conflit peut faire mal à l'élevage de bien des façons (ravages, confiscations, maladies, saignées anormales du cheptel, manques alimentaires, disruption du commerce -ce qui fait qu'il peut y avoir des régions excédentaires qui ne peuvent acheminer leurs surplus vers les zones de besoin, ou que les producteurs sont plus prudents) ou tout simplement exiger plus de chevaux que l'élevage ne peut en fournir à un instant T, moins parce que le dit élevage est insuffisant que parce que la demande est anormalement importante, ou anormalement croissante, plus que ce qu'une économie médiévale/classique peut fournir, ou en tout cas fournir assez rapidement. L'élasticité d'un tel marché est réduite (il faut du temps pour "créer" un cheval de guerre comme produit fini, et pour ce faire avoir une visibilité du besoin à plusieurs années, ce qui n'est pas un fait réllement à la portée des économies anciennes), surtout dans les conditions du Moyen Age et de l'époque moderne (pas vraiment un temps de communications rapides et de statistiques poussées), et évidemment encore moins dans un pays comme la France, beaucoup plus grand que la plupart des pays d'Europe, avec des besoins, notamment militaires, plus imposants (et aucun système "militaro industriel" réellement développé): plus l'échelle du besoin croît, plus la complexité de la tâche augmente, et il n'y a alors pas moyen de faire du toyotisme (zéro stocks, just on time....). L'ajustement de l'offre à la demande avec des délais courts devient donc tout de suite un tantinet problématique, ce qui crée des anecdotes comme celle de Louis XI que tu cites, ou celles qu'on retrouve dans divers règnes ou sous l'Empire, et qui peuvent sembler contradictoires avec les chiffres absolus de "production" de chevaux, qui peuvent sembler grosso modo faire plus que couvrir les besoins. Il faut juste comprendre à quel point des pays sous administrés (selon nos critères) comme ceux du Moyen Age ou de l'époque moderne fonctionnent, et surtout dans quels délais ils fonctionnent: la France du temps du cheval et d'un faible nombre de routes (donc avant le XVIIIème siècle) est 30 à 50 fois plus grande que la France actuelle, et encore plus si on essaie de raisonner en temps économique ou selon un temps de transmission effective d'une information fiable. Et toute l'infrastructure, toute l'économie du pays se fonde sur ce fait. Pour le "marché" du cheval militaire, c'est ça qu'il faut prendre en compte avant tout. Parce qu'en terme de "capacité de production" fondamentale (nombre "d'unités" produites), il n'y a jamais réellement eu de problèmes sinon celui de l'ajustement de très court terme, sauf à quelques moments cruciaux, généralement quand un conflit dure, et/ou quand le besoin militaire s'accroît anormalement dans une période de temps très courte: la réorganisation massive sous Louis XIV s'impose tout connement parce que la France passe d'une armée permanente de moins de 20-30 000h en temps de paix (plus des éléments de garnisons) à une armée permanente qui passe la barre des 60 000 avec un système complexe d'unités à divers degrés de préparation (dont un volant opérationnel à tout moment) qui inclue de quoi faire monter en puissance très vite une bonne partie d'entre elles (donc un volant de réserve de chevaux préparés important), le tout essentiellement sur la décennie 1661-1672 (avec en plus la préparation de la guerre de Hollande pour cette dernière année, qui voit l'organisation d'une armée de campagne du nord concentrant à elle seule 120 000h).
  17. Tancrède

    La cavalerie

    Je sais pas où tu as pu voir des difficultés à fournir des effectifs de chevaux suffisants de façon structurelle: il y a toujours eu des manques ponctuels, et sous des souverains comme Louis XI qui ont beaucoup accru les troupes, surtout permanentes, il y a eu aussi des difficultés ponctuelles à suivre la demande, mais la France a toujours eu de quoi fournir la grande majorité de sa cavalerie par elle-même, sauf dans les périodes de guerres prolongées, le cheval étant une commodité militaire hautement périssable en campagne, et lentement remplaçable. L'explosion de l'élevage de chevaux date surtout de Louis XIV qui a du beaucoup de fournir à l'étranger malgré tout, avant tout en raison d'un accroissement militaire absolument sans précédent et de besoins élevés sur de longues périodes, que l'offre nationale ne pouvait pas suivre, et pas assez anticiper. Par ailleurs, les "bandes" ne datent pas du Moyen Age, mais de Louis XI, et le terme ne concerne que l'infanterie. C'est le terme "compagnie" qui est plus ancien et réfère indifféremment à des troupes à pied, à cheval ou mixtes (ou de l'artillerie, ou des sapeurs et mineurs, d'ailleurs). La section est une chose très récente, pour la note. La cavalerie utilise le terme de "compagnie" depuis ses débuts en tant qu'unités permanentes, avec les ordonnances de Charles VII (les compagnies dites d'ordonnance, qui furent les premières troupes permanentes de l'Etat hors de la maison du roi), "professionalisant" en somme un usage de dénomination de toute unité armée, à pied ou à cheval, pendant la guerre de Cent Ans (le vocable militaire, surtout pour les troupes féodales de l'époque de la chevalerie, était différent: on avait des "échelles" de cavalerie, par exemple). Le terme renvoyant à un "compagnonnage" militaire est aussi ancien que l'art militaire en occident (le grade puis titre de "comte" vient du terme latin pour "compagnon"). La compagnie de cavalerie est donc l'unité essentielle du XVème au XVIIème siècle, avec en dessous la lance, qui devient en fait plus rapidement une unité de compte qu'une structure opérationnelle, surtout avec l'usage militaire de la charge telle qu'elle se pratique au XVIème siècle. La compagnie de cavaliers a essentiellement tourné autour de 50h, et l'évolution militaire du XVIème siècle à la guerre de Trente Ans, avec en plus l'abandon de la cavalerie lourdement cuirassée et chargeant à la lance et en haie (formation d'une compagnie sur un rang, plusieurs pouvant s'étager à espacements réguliers) au profit de groupements (en carrés) plus denses et manoeuvrants (cavaliers et chevaux plus légers) cherchant le choc (de front face à d'autres cavaliers, de flanc ou de front contre l'infanterie) et la manoeuvre (feintes, détourner le feu, user l'adversaire....) ainsi que des tactiques particulières pour l'usage d'armes à feu (la "caracole" notamment). Ces nouveaux usages réclament des effectifs importants (surtout avec une mortalité accrue et une puissance de choc amoindrie par l'évolution tactique), la compagnie devient insuffisante alors qu'elle forme encore l'unité structurelle de base, difficilement changeable politiquement dans des armées en grande partie vénales (les capitaines sont propriétaires de leurs compagnies et il s'agit d'un jeu politique important à la cour de les acquérir et les garder). Sur le terrain, les compagnies sont donc envoyées de plus en plus systématiquement "escadronner" en groupes (2, 3 ou plus): l'escadron, comme le bataillon "petite bataille", la "bataille" étant une subdivision d'une armée de campagne du Moyen Age), est donc né comme task force temporaire sur le terrain, qui sanctifiait l'usage d'une cavalerie manoeuvrant en carrés profonds. Par la suite, avec l'explosion des effectifs au XVIIème siècle et les évolutions tactiques, l'escadron devient permanent à l'usage, avec un commandement fixe (avant, il tournait entre les capitaines des compagnies le composant) puis un dédié (un officier chargé uniquement de l'escadron), en même temps que les compagnies cessaient d'être indépendantes pour intégrer des régiments permanents de cavalerie. Aux XVIIème-XVIIIème siècles, le système est ainsi plus ou moins fixé: un régiment de cavalerie a généralement 2 à 4 escadrons, chaque escadron a 2 à 3 compagnies (parfois une seule), en même temps que le volume de chaque sous-unité a une tendance générale à la baisse par rapport aux formations massives qu'étaient les escadrons jusqu'à la guerre de trente ans (cela correspond avec la baisse de l'usage de l'arme à feu par la cavalerie, avec l'accélération des cadences de feu, la spécialisation accrue entraînée par l'évolution doctrinale....). Une autre tendance générale est la croissance de l'encadrement des sous-unités, corollaire de leur diminution en effectifs et de leur permanence accrue, le professionalisme poussant au besoin de toujours accroître le "command and control" et d'avoir plus d'unités opérationnelles manoeuvrantes. Le capitaine d'une compagnie a donc aussi un lieutenant (sorte de "vice capitaine") et un "cornette" (censé porter l'enseigne de l'unité qui, dans la cavalerie, sera appelée cornette jusqu'au début XVIIème, et moins souvent "compagnie"). Par la suite, le "cornette" deviendra "sous lieutenant" étant donné qu'il portait bien rarement l'enseigne (c'est pas un boulot de noble), tâche qui sera confiée à un homme du rang. Au XVIIIème siècle, l'escadron tourne généralement autour de 100 et quelques hommes, avec en moyenne 2 compagnies d'une cinquantaine d'hommes, organisées sur 2 rangs en bataille: l'escadron est l'unité tactique de base (on n'emploie pas vraiment des régiments en tant qu'unités de manoeuvre), et il est déjà bien difficile pour un capitaine de pouvoir contrôler ses 2 éléments de manoeuvre que sont les compagnies. C'est à la 2ème restauration en 1815 qu'escadron et compagnie sont fusionnés en ne gardant que l'appellation du premier.
  18. Il y a des milliers de raisons concomittantes et concurrentes (en même temps) jouant, avec parfois une ou deux qui prennent une importance majeure pour un temps, comme typiquement une période de conflictualité/insécurité (physique) prolongée, de mauvaises anticipations (justifiées ou non, mais sur de longues périodes, elles tendent à l'être), des épidémies, un certain niveau de confort (l'une des particularités de l'humain en tant qu'animal "éveillé" étant de pratiquer plus ou moins consciemment un certain contrôle des naissances pour optimiser son confort immédiat et "l'investissement" dans la génération suivante -ses enfants prioritairement, surtout dans les sociétés précédant l'âge industriel).... L'espace utile disponible est aussi une des raisons principales d'une démographie forte, qui découle des raisons fondamentales (dont celles que j'ai évoquées); espace physique (terre), espace économique et social (opportunités), espace "moral/culturel" (une forte fécondité peut être mal vue dans certaines zones ou certains milieux sociaux/culturels à un moment donné).... L'Egypte que tu mentionnes est un exemple particulièrement puissant, étant donné sa géographie particulière: c'est essentiellement un désert avec un long et étroit corridor d'espace économique utile le long du Nil, qui a un potentiel d'accroissement physique limité (l'irrigation ne peut étendre la terre fertile très loin). Dans les conditions techniques et économiques de l'antiquité, le potentiel d'accroissement atteint assez vite un plafond peu dépassable, surtout quand le fait est corrélé avec d'autres facteurs, comme l'insécurité sur certaines portions du territoire (la Haute Egypte est nettement plus souvent agressée, donc un terrain moins propice à une exploitation maximale du potentiel agricole), de même que les risques d'invasion en général qui sont accrus par la prospérité de l'Egypte relativement aux territoires voisins, et l'investissement concomittant pour la sécurité et le système politique que ça peut impliquer. Ajoute aussi le coût économique (plus encore que financier) de systèmes politiques anciens, pas toujours stables, souvent corrompus ou dysfonctionnels, et fondamentalement prédateurs et moins productifs qu'on le pense (féodalité et régimes autocratiques peu tempérés, correspondant souvent dans l'Egypte antique plus à un règne particulier -un "pic" d'inefficacité- qu'au régime en général). Cependant il faut relativiser ce cas: l'Egypte a atteint une grande croissance et une grande densité humaine (surtout la basse Egypte) relativement à son temps, avec un régime politique plutôt plus constant que les autres, et sa démographie a plutôt été dans la moyenne haute de l'Antiquité et de l'Antiquité tardive. Il suffit de voir le niveau de priorité qu'elle avait pour l'empire romain, et les ordres exprès de modération qu'ont donné les premiers leaders de la conquête musulmane pendant la période charnière de la fin de l'antiquité et le début du Haut Moyen Age quand à cette province particulière. Eu égard aux potentialités du territoire, des techniques agricoles de l'époque, à l'histoire politique et au dangers géopolitiques (y compris attisés précisément par l'attrait provoqué par la prospérité de l'Egypte), l'Egypte a réellement connu une démographie florissante et, comme ailleurs, ce lieu où pouvaient se développer de fortes densités de populations et se dégager de forts surplus agricoles (une rareté dans le monde antique: cela permet de faire du vrai grand commerce, de soudoyer des Etats ou de les rendre structurellement dépendants, et surtout de constituer des stocks et de soutenir de larges armées non seulement pour la défense mais surtout pour lancer des campagnes plus lointaines), a pu connaître un niveau de développement important. Mais évidemment aussi, quand un certain stade de développement est atteint et exploite plus ou moins au mieux un espace économique donné (il garde un potentiel un peu supérieur, mais les décideurs économiques ont un intérêt marginal décroissant à le faire: plus de risques, plus d'investissements, profits marginaux en plus faible croissance, voire stagnants, position de "confort" acquise....), la croissance démographique est moindre parce que le rythme d'expansion est moindre. C'est ainsi qu'on peut se concentrer sur la démographie particulière des "nouveaux espaces" dans l'histoire: zones conquises (et relativement "vides" ou "vidées"), zones colonisées, zones nouvellement défrichées.... Voient des taux de croissance démographique absolument démentiels. L'Amérique des XVIIIème-XIXème siècles, par exemple, même si l'immigration est retranchée, montre un tel fonctionnement démographique: un espace relativement sécurisé, de bonnes perspectives, et surtout de l'espace en abondance (et un Etat qui soutient le développement), en l'occurrence de l'espace fertile, permet un schéma de croissance sans fin (pour l'horizon perceptible par les individus). Un espace virtuellement infini (et la terre, encore pilier de la croissance au XIXème siècle, a la particularité d'être en même temps de l'espace physique et de l'espace économique) permet de toujours aller fonder une colonie de plus, une exploitation de plus, en gardant les prix d'installation et d'activité bas (comme un coût ridiculement bas de l'énergie (charbonnière, puis pétrolière) a permis des périodes de développement énormes, ou comme un afflux massif d'esclaves (effondrement des coûts de main d'oeuvre dans un monde où la première source d'énergie est humaine) a permis une période d'explosion économique et démographique à Rome après la fin des guerres puniques (avec cependant une explosion des inégalités et une immense polarisation des richesses qui a induit la crise politique de la république tardive). Rome à ce moment dépendait de plus en plus pour sa croissance démographique d'une fuite en avant dans la conquête de nouveaux espaces physiques et économiques (marchés/débouchés, sources de numéraires, sources d'esclaves, terres riches dégageant des surplus agricoles....) qui seule permettait le "système social" dont dépendait de façon croissante la population de citoyens romains (et que les élites alimentaient pour éviter les troubles politiques.... Jusqu'à ce qu'ils ne le puissent plus, entre autres parce qu'ils étaient trop avides et que le système était vicié), système reposant sur un évergétisme (donations et charité entre autres, en plus de choses comme les actes religieux et les Jeux: c'est le "panem et circenses) et un clientélisme (entretenir des réseaux sociaux immenses: au bas de l'échelle, ça ressemble à un "patron" donnant chaque semaine un panier garni à un citoyen sans moyen qui lui "vend" son droit de votes et/ou un service) toujours plus massifs. Si ce "système" profondément instable n'avait pas été alimenté, la croissance démographique romaine des IIème-Ier siècles avant JC (qui fait plus que rattraper l'énorme "creux" provoqué par les guerres puniques) n'aurait tout simplement pas eu lieu, ou la guerre civile aurait éclaté beaucoup plus tôt. Outre les circonstances sanitaires, culturelles, techniques et sécuritaires (internes et externes), l'horizon économique des individus tel qu'ils le perçoivent (surtout ceux proportionnellement les moins favorisés) est l'un des piliers de la croissance démographique: plus que la richesse disponible pour eux à un moment donné, c'est la visibilité (justifiée ou non) qu'ils ont sur cet horizon qui a un effet palpable. Il faut des opportunités, et il faut que les individus en soient informés et les voient comme telles. D'autres circonstances jouent, comme la culture/religion, l'ignorance, un changement brutal et mal compris, notamment dans les conditions sanitaires, ce qu'on a vu en Afrique des années 30 à aujourd'hui: l'amélioration de certains facteurs sanitaires via un "apport" étranger -vaccination, conditions basiques d'hygiène....- ont entraîné une baisse drastique de la mortalité infantile -sans changement fondamental de la fécondité- et de l'espérance de vie, entraînant un impact démographique massif sans grand changement économique corollaire (d'où les problèmes récurrents de l'Afrique actuelle): en ce sens, la croissance démographique africaine n'a pas été "de leur fait", c'est un changement qu'ils n'ont pas pu voir venir et n'ont pas pu "s'approprier" à temps, et dont on peut dire qu'il est en partie involontaire.
  19. Pluskatt, l'officier allemand (un acteur récurrent des films de guerre avec une gueule très marquée et un peu désarticulée) qui signale le débarquement dans Le Jour le plus long: une belle tronche paniquée avec des yeux grand équarquillés :lol:.
  20. Tancrède

    The american Empire

    Voir mon dernier post (réédité à l'instant): difficile à exprimer, mais il faut différencier l'économie de chacune des 13 colonies et l'embryonnaire "méta économie" continentale, intégrée au grand commerce britannique et mondial et qui prend son indépendance en 1776-1783 pour devenir un centre de décision économique à part entière, représenté à Philadelphie puis Washington auprès d'un Etat à part entière (qui émane de cette élite financière et économique, avant tout par communauté de personnes) qui agit dans ses intérêts (ce qui se personnifie avant tout dans le camp "proto fédéraliste" incarné par John Adams et surtout Alexander Hamilton, plus que dans un Thomas Jefferson plus "provincial", agraire et conservateur, et qui se poursuivra avec l'apparition d'une faction de "faucons" sous la présidence de James Madison). Chacune de ces 13 économies est une économie nationale, elle-même à deux vitesses: il y a une économie vivrière et locale, essentiellement faite d'agriculture et de petit artisanat et commerce, avec de faibles surplus, et une économie "nationale" de spécialisation surtout agricole (pêcheries et conserveries, cultures d'exportation -tabac, coton-, quelques cultures céréalières de grande taille dégageant des surplus importants), avec quelques industries naissantes, liée aux activités portuaires et au commerce qui eux sont le marchepied vers la "grande économie" (commerce inter-colonies et grand commerce international -même si passant en grande partie par l'Angleterre) qui elle ne concerne que les élites (et par ricochet les populations des grands ports qui y sont essentiels). Il n'y a donc pas des Américains qui se diversifient: il y a 13 colonies américaines qui chacune ont une pensée et des intérêts économiques propres, agissant pour développer ces intérêts en se foutant bien de savoir si ça emmerde ou non les autres colonies: elles sont autonomes et concurrentes, et l'arbitrage entre elles se fait à Londres. Une timeline restant britannico centrée empêche ou en tout cas limite et retarde beaucoup l'idée même d'une pensée "américaine" pour les intérêts économiques, et au contraire oriente surtout vers Londres et l'Europe, accroissant l'intérêt d'oeuvrer chacun de son côté pour développer son économie et lui faire prendre plus de place dans les circuits économiques de l'Empire et réduisant d'autant l'obligation de penser une économie américaine intégrée. Surtout si en plus, l'absence d'indépendance enlève toute taxation douanière, limite la pression fiscale (d'une Angleterre plus raisonnable), ne fait jamais apparaître le besoin d'une marine de défense (juste des flottilles luttant contre la contrebande et surveillant les côtes) ou d'une armée. Le simple fait qu'un centre politique américain ne se crée pas impacte énormément le fait que se crée une "idée américaine" et un centre de décision et de confluence de capitaux faisant naître une "méta classe" américaine unifiée voyant dans son intérêt d'orienter les choix budgétaires, économiques et financiers des colonies vers certaines directions. En lieu et place de cela, ces choix portent vers un développement économique de cet autre "empire britannique".
  21. Tancrède

    The american Empire

    La Louisiane était complètement indéfendable: territoire absolument gigantesque (1/3 des USA actuels), population microbienne, intérêt économique minime, infrastructure réduite hors de la Nouvelle Orléans. L'effort à faire pour la prendre, côté anglais (ou américain, selon la timeline choisie) eut été minime, à moins d'une guerre complète où, pour une raison X ou Y, Paris aurait décidé de faire de la conservation de ce territoire un enjeu fondamental, ce qui n'était ni dans les intérêts ni dans la mentalité ou les calculs d'alors (la défendre pied à pied où c'était possible et conquérir des territoires anglais pour négocier morceau par morceau après coup l'était plus). Tout au plus la conservation des bouches du Mississipi (sud de l'actuelle Louisiane) était un calcul réaliste vu leur mise en valeur relative, leurs défenses naturelles (bayous, marais, éloignement -distance accrue des obstacles-, faibles densités de populations partout à des centaines -voire plus- de kilomètres à la ronde, absence de routes): seul une opération navale britannique majeure aurait pu accomplir la chose, ce qui, dans un contexte de guerre contre la France, aurait pu s'avérer un investissement d'un intérêt douteux vu les priorités. Cependant, dans une timeline où les 13 colonies restent dans le giron britannique et où cet empire britannique s'oppose à une France révolutionnaire et napoléonienne, le schéma est différent et le dit empire a toute latitude pour s'occuper de ça à moindres frais (pas d'USA à contrer pour les Brits) vu que la France est occupée ailleurs et sa marine complètement surclassée, sursollicitée et en constante recomposition (elle n'a jamais pu réellement se remettre de l'impact de la révolution). Un règlement de la situation des années 1770 aurait forcément abouti à une forme ou une autre de home rule, sans doute plus minimaliste que ce que les Anglais ont fait plus tard, mais le fait était inévitable, et encore plus avec la croissance démographique naturelle américaine qui, fin XVIIIème - début XIXème, doit encore relativement peu à l'immigration et plus à la structure natalitaire d'une population en expansion de type "coloniale" (même s'il s'agit de coloniser dans une continuité territoriale). Le développement de l'Ohio, soit au-delà de la barrière des Apalaches, illustre bien que l'Amérique de la fin du XVIIIème a passé le stade de la simple "bande territoriale côtière", qui est d'ailleurs une représentation très imparfaite: l'Amérique des 13 colonies ressemblerait plus en fait, démographiquement/humainement/économiquement, à une succession "d'ilôts" territoriaux , de "réseaux" d'agglomérations et de foyers de populations autonomes plus ou moins densément implantés, ce que souligne l'organisation en colonies, qui sont toutes des entités économiques et humaines assez séparées car il n'y a pas d'axes terrestres unifiant les jeunes USA, et peu d'axes terrestres unifiant même plus de 2 colonies entre elles. Seule la mer est un axe de communication significatif qui commence à faire exister une économie américaine de niveau "fédéral" (une "méta économie", plus développée et "dématérialisée", une économie de pays plus développé qui concerne l'élite du pays et les grands ports), à partir de 13 économies assez séparées et autonomes. Cette économie "fédérale" est côtière et on résume trop facilement la réalité américaine d'alors à cela), mais les 13 économies de chaque Etat/colonie sont elles déjà résolument très implantées à l'intérieur des terres, jusqu'aux contreforts des Apalaches (et au-delà dans le nord), surtout dans le sud, plus agricole, peuplé et utilisant de plus grandes surfaces défrichées. Ce sont de fait 13 pays autonomes à la réalité territoriale et humaine bien plus vaste que les foyers de population côtiers. La poussée vers l'intérieur des terres a commencé avant, au niveau de chaque Etat/colonie qui s'étend par lui-même, ce qui se concrétisera d'abord par la séparation de territoires intérieurs devenant de nouveaux territoires puis Etats, avant que des entreprises de colonisation plus "fédérales" apparaissent au XIXème siècle) et créent de nouveaux Etats et territoires sans lien initial avec un Etat particulier. L'Ohio est l'une des premières de ces grandes "entreprises" (réalisée à partir d'initiatives privées dans les colonies du nord), dans la 2ème moitié du XVIIIème siècle, et indique que la poussée vers l'ouest profond a commencé. Tout ça (j'ai du mal à le mettre en mots) pour souligner que les USA, au sens territorial, économique, humain, n'existent pas de fait pendant leurs premières décennies en tant que "tout" unifié: ce sont 13 "touts" qui essaient de s'unifier dans une méta-économie, à travers un Etat forçant à développer une conscience de soi d'un autre niveau (une méta-économie produisant plus que la somme des parties qui la compose, une population produisant un "effort" global plus important que la somme des 13 populations....), ce que rappelle par exemple le sens initial de ce moment symbolique (réitéré en début de semaine dernière) qu'est le "discours sur l'état de l'union" (où chaque président place à un moment ou un autre la phrase "our union is strong", parce que, pendant les 30-40 premières années, elle ne l'était pas du tout: c'étaient 13 "pays" autonomes et "forts" en tant que réalités politiques, avec une "méta union" difficile). Donc une timeline produisant un empire britannique avec déclinaison américaine verrait surtout un moindre développement de cette "union" des colonies: il y aurait 13 colonies, en fait 14 avec le Canada qui serait de fait peu différent de ses 13 voisins méridionaux, ayant chacune un lien direct avec la couronne. Le développement économique en serait terriblement affecté puisqu'il n'y aurait pas, ou à un moindre degré, de centre politique nord américain concrétisant une "méta économie" et une "méta communauté" américaine; il est même douteux qu'un Congrès continental continu devienne une institution en soi, et Londres assoierait plus une direction plus soft fondée sur un certain degré de home rule dans chaque colonie séparée. Un "éveil à la conscience" d'une communauté nord américaine deviendrait plus difficile, plus lent, moins évident, profitable à un moindre proportion des élites (lancées dans les grandes affaires commerciales, financières et politiques d'un empire britannique économiquement plus intégré).
  22. Tancrède

    The american Empire

    La croissance démographique est très rapide aux USA fin XVIIIème - début XIXème: au moment de la guerre d'indépendance, les 13 colonies tournent autour de 2,5-3 millions, mais en 1790, c'est déjà 4 millions, et au moment de la guerre de 1812, on tourne autour de 8-9 millions d'habitants, soit déjà plus de la moitié des îles britanniques (14-15 millions, dont 5 en Irlande, auxquels s'ajoutent les populations britanniques au Canada -un peu plus d'un demi-million-, en Inde, dans les Antilles). De fait, dans la décennie 1810, la population américaine dépasse déjà celle de l'Angleterre proprement dite (RU moins le Pays de Galles, l'Irlande et l'Ecosse) qui tourne autour de 8-9 millions (c'est en Angleterre la période des premiers recensements modernes), et la croissance démographique américaine est nettement plus élevée (immigration, natalité d'un pays en développement avec création constante de nouveaux foyers de population -implantations nouvelles- qui permettent de continuer une structure démographique de "colonisation" d'un territoire nouveau, phénomène accompagné d'une natalité élevée), malgré le boom démographique anglais à la même période. A noter que le coût de la guerre d'Indépendance n'est pas énormément un coût d'opportunité perdu, étant donné que l'Angleterre est à l'époque dans une période budgétaire problématique: les impôts sont très élevés, même selon les critères anglais (l'Angleterre est, du Moyen Age au XIXème siècle, le pays d'Europe à la fiscalité la plus lourde), et le budget est en grande partie consacré au remboursement des emprunts contractés pendant la Guerre de 7 ans (raison pour laquelle les 13 colonies sont pressurées et se révoltent), auxquels s'ajoutent rapidement ceux de la guerre d'Indépendance. L'impact sur l'investissement et le développement économique a existé, mais fut moindre en raison précisément de cette charge de la dette déjà lourde qui impactait les orientations budgétaires majeures (armée réduite, flotte peu remaniée -il faudra la fin de la guerre d'indépendance pour voir une reprise en main de la Navy commencer- investissements publics réduits....). Mais quelles évolutions démographiques et économiques si la guerre d'indépendance ne survient pas? Théoriquement, les probabilités vont dans le sens d'une solution apaisée: le loyalisme et le sentiment d'appartenance britannique sont forts (encore en 1812, on peut considérer qu'entre un tiers et 40% de la population américaine ont au moins des nostalgies loyalistes; au moment de la guerre d'indépendance, ce sont 40% de la population qui le sont activement), et il a fallu des excès et maladresses politiques terribles et soutenus dans le temps, des accidents et coïncidences de timing étonnants et nombreux, pour précipiter les événements et surtout faire en sorte que le Congrès continental parvienne à se mettre d'accord. Sur ce point, on notera que peu des 13 colonies avaient fini par développer une hostilité importante (majoritaire parfois) à l'Angleterre, le reste ayant des sentiments autonomistes et surtout indépendantistes très minoritaires (parfois majoritaires, mais dans les élites). Ce sont en fait les colonies du nord, comme le Massachussets ou le Maine, plus dépendantes du grand commerce (donc plus directement impactées par la taxation), qui étaient plus actives. Et l'indépendance ne pouvait être déclarée que si les 13 se mettaient d'accord: aucune ne se serait lancée sans la totalité des autres, ce qui rend la probabilité de l'événement réduite, surtout vu le conservatisme, la veulerie et le plus grand confort de la situation des colonies du centre et du sud. Et la Virginie tenait en fait le vote à elle seule, par sa taille, sa population et sa richesse. Donc si l'indépendance n'arrive pas, que se passe t-il pour la croissance américaine? Personnellement je pense qu'elle serait plus lente: pas de politique propre si poussée, pas de position de "refuge" des troubles européens ou même d'un Royaume Uni ayant ses propres problèmes, moins d'investissement propre, pas de grandes orientations politiques de l'échelon d'une nation (et contrairement aux mythes conservateurs, l'Etat a joué un rôle énorme dans la croissance économique et démographique américaine dès la fin du XVIIIème siècle; la première moitié du XIXème siècle est à cet égard très "keynésienne"), un espace économique "britannique" intégré fonctionnant comme un circuit polarisant moins la richesse commune que des pôles nationaux par essence autocentrés....
  23. T'as vu ce qu'il dit sur FoxNews? Compares à ce QU'EST FoxNews (et la distance qui les sépare du vrai journalisme, ou même de la simple nullité journalistique).
  24. Tancrède

    Votre brigade idéale

    Peut-être pas facile, mais nécessaire: l'organisation territoriale actuelle n'a à qu'une seule et unique cause: l'armée de conscription pré-1914, répartie pour optimiser le processus de mobilisation et remaniée par rapport à celle de 1870 qui était aussi très répartie, mais faite pour le contrôle de la population. Enlève les réductions de format, et tu as l'organisation actuelle, et il est illusoire de penser que l'organisation militaire du territoire est une chose neutre pour une armée. L'interarme total au niveau bataillon n'est pas forcément absolument primordial, mais la seule façon d'obtenir un résultat similaire dans l'intégration interarme est d'avoir une fréquence d'entraînements/manoeuvres communs TRES importante, infiniment plus qu'actuellement, accompagnée par l'éradication des armes au profit d'une approche par métiers. Pour obtenir une fréquence satisfaisante d'entraînements communs, soit tu fais circuler sans arrêt les unités, soit tu les rapproches physiquement; au bout d'un moment, y'a pas d'alternative. Ceci dit faut pas sous-estimer le fait d'être à la cantine ensembles tous les jours, d'avoir une bonne part des routines, brainstorming.... En commun. Ca crée vraiment des réflexes "organiques" et un mode de pensée différent, une intégration bien plus complète parce que barrant la plupart des présupposés issus d'unités et moules de pensées avant tout à partir du présupposé de l'arme.
  25. J'adore ce genre de sorties: plus qu'ailleurs, aux USA, dès que tu as du succès dans un domaine, ça fait de toi une autorité dans tous les domaines. Si en plus c'est en écrivant un bouquin, quel qu'en soit le sujet, ça donne des airs intellos :lol:. Il faut voir certains livres et certaines séries de livres, totalement inconnus hors des USA, mais qui s'y sont vendus à des dizaines de millions d'exemplaires, voire des centaines (genre les "oeuvres" d'Ayn Rand, ou les délires de Ron Hubbard, ou encore une série de fictions "proche-futuristes-apocalyptiques-millénaristes-évangélistes dont le nom m'échappe, mais qui a battu absolument tous les records de ventes depuis 30 ans, à part ceux de la Bible), et qui ont conféré à leurs auteurs, surtout du genre illuminés, un espèce de statut de gourou avec mouvement sectaire affilié (la scientologie est juste le plus visible). Après tout, c'est le pays où Herman Cain, parce qu'il a réussi à créer une chaîne de pizzeria importante, a soudain été proclamé expert en tout et sur tout.... Par la Tea Party.
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