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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Et il faut ajouter que les "gardes" qu'on met dans les infrastructures civiles/privées genre écoles, musées (....), ref, dans tout autre chose que des bâtiments sensibles, sont des branquignolles: des gens très peu payés, avec pas ou peu de qualifications, peu motivés, une formation restreinte au possible (sinon ça coûterait trop cher): des opérateurs de détecteurs de métaux au mieux. En tout cas à mille lieues d'être capables de gérer une situation dure, voire même (ce qui est en fait encore plus dur) de désamorcer une situation potentiellement tendue où une arme est impliquée (ou même empêcher un élève de se suicider en se balançant d'un toit). Mettre ce genre de "gardes" dans les écoles ne dissuaderait quasiment personne, coûterait cher, créerait de l'embarras dans le fonctionnement quotidien, voire une mauvaise ambiance (voire des tensions), multiplierait les procédures inutiles.... Même pas une cautère sur une jambe de bois: encore pire que les services et procédures de "sécurité" dans les aéroports dont on sait fort bien qu'elles ne servent à rien contre le terrorisme, sinon à procurer un (faux) sentiment de sécurité et emmerder un max de monde, tout en congestionnant encore plus le fonctionnement interne des terminaux. Il suffit de regarder ce que sont les "polices de campus" dans les universités américaines: des glandus en uniforme qui ne servent à rien, sont sous-payés et sous-formés (et en nombre insuffisant), et ont entre autre de par ces faits nombre de casseroles (trafics, petits rackets, corruption, affaires de moeurs....) qui en font des problèmes plus que des solutions. L'un des pires problèmes dans ce débat qui n'a même pas lieu (merci les lobbies), c'est l'absence totale de rationalité dans la posture pro-guns: la conception fondamentale de la liberté dans nos petites consciences occidentales, depuis la modernité, est censée reposer sur la raison, pas sur des délires abstraits et/ou fantasmés de ce qu'est la liberté ou le "droit à faire ceci ou cela". La plupart des propriétaires de flingues les achètent pour des motifs irrationnels liés à un sentiment d'insécurité (politique -par rapport à un "grand méchant gouvernement"- et individuel -par rapport au crime et à une société violente) déformé, hors de proportion et de tout réalisme (donc irrationnel puisque de très loin mal évalué), et ils refusent de mesurer tout aussi rationnellement la réalité des responsabilités et conséquences que ça implique, notamment en terme de capacité à manier l'arme (évaluer une situation à risque, se maîtriser....) et gérer sa possession. Ils en retirent un sentiment de sécurité/maîtrise de leur destin tout aussi faux et éloigné de toute réalité, tout en s'estimant "responsables", "autosuffisants" et "maîtres d'eux-mêmes", tant que rien ne merde. A noter quand même que la somme "réduite" d'accidents et événements tragiques (à l'échelle "statistique"), au regard du nombre d'armes et de la population armée en général, est peu due à la possession d'armes à feu et plus au fait que les USA sont un pays riche et stable avec des forces de sécurité et un Etat de droit, tous facteurs apaisant les tensions sociales et tensions sécuritaires: de fait, une proportion ridiculement réduite des gens ayant une arme sera jamais confrontée, dans sa vie, à une quelconque situation impliquant, ou risquant d'impliquer, l'usage d'une arme. C'est CA la première cause de cette proportion encore réduite d'accidents, merdages, coups de folie et crimes, pas le fait que les gens aient droit à des armes à feu. Que les tensions montent d'un cran, que la situation sociale se dégrade un peu, et une proportion nettement accrue de ces gens risquent de se retrouver, un jour ou l'autre, face à une situation à risque (un type qui entre dans un domicile par effraction, une agression dans la rue, un gamin à problèmes qui farfouille activement pour choper le gun familial....), et dans l'essentiel des cas, ils y réagiront mal (parce que c'est un VRAI métier que de bien gérer ces choses là) et la merde arrivera, plus ou moins grave (et la merde avec un flingue, ça a des conséquences statistiquement nettement plus enclines à être tragique qu'avec un spray au poivre). Tant que 99% des propriétaires d'armes ou partisans d'une liberté totale en la matière n'auront aucune réelle probabilité de se retrouvés confrontés au réel, ils pourront fantasmer tant qu'ils veulent sur le sentiment de sécurité retiré de la possession d'une arme, sur leur capacité à gérer une situation à risque, simple ou complexe, sur leur volonté d'agir ou leur capacité à le faire, leur certitude de ne pas merder ou que tout aille dans leur sens, leur éventuel certitude que les gens qu'ils connaissent et/ou partagent leur avis pourront faire de même, leur certitude que rien de mal ne peut arriver chez eux ou dans leur environnement du fait de la présence d'une arme (autre façon de dire que "ça n'arrive qu'aux autres, aux gauchistes et à ceux qui ne comprennent rien à rien"), leur certitude qu'ils "gèrent", savent prendre toutes les mesures de sécurité nécessaire (que ceux qui font plus qu'eux sont des abrutis paranos, et ceux qui font moins des irresponsables: autre forme de nombrilisme façon "je suis parfait, c'est les autres qui ont un problème") et sont responsables.... Bref, se pétrir d'autosatisfaction fondée sur du vent pour l'essentiel. Et ça devient grave quand ils fondent une opinion politique (cad un truc avec conséquences: sur le vote, le débat public, la perception générale, "l'ambiance"....) sur ce même vent. Pour ce qui est du volant "les gens acceptent ces morts comme le prix du maintien de cette liberté", faut pas pousser mémé: tant qu'ils ne l'ont pas subie dans leur chair, dans leur famille ou dans leur entourage à la rigueur, la plupart des gens se convainquent de ce genre de grandes phrases creuses. Le jour où ça leur arrive, ils seront presque tous nettement moins convaincus.
  2. N'y a t-il pas aussi et surtout une énorme "complicité" (de fait) de l'armée elle-même, qui n'a au final que faire d'une grande proportion des recrues et en écarte un maximum (quiconque a un prétexte, foireux ou non), en plus de sous-employer (temps très très partiel, périodes hors bases fréquentes....) beaucoup de ceux qui sont effectivement incorporés? Avec un nombre très réduit de brigades d'active (et les brigades israéliennes sont d'un petit effectif) et le besoin d'un haut niveau de professionalisme pour une part croissante des services (ce qui est le lot des armées modernes et implique au moins une professionalisation partielle pour une armée comme l'israélienne qui n'a pas une énorme exigence de polyvalence comme les armées expéditionnaires), ça n'a au final rien d'étonnant. J'avais vu la proportion de femmes qui faisaient effectivement leur service, et c'était hallucinatoirement réduit; je connais pas celle des hommes, mais j'imagine qu'on est loin d'un cas où seuls les handicapés, tarés congénitaux et vrais objecteurs de conscience ou ultra-religieux évitent un vrai service.
  3. Nombre ridiculement petit? Faut pas limiter à ce genre d'accidents, mais aussi inclure le nombre de morts moins spectaculaires (entre 12 et 13 000 par ans, plus les suicides par armes à feu, pour une trentaine de milliers au total) et de blessés par armes à feu (plus de 100 000), auxquels il faudrait ajouter tous les incidents au cours desquels des armes sont brandies, la menace agitée, voire où des coups partent, mais où personne n'est blessé au final (ça laisse aussi des traces sur les individus concernés). Parce que parler de "liberté" est une fausse approche quand on regarde la manière dont les armes à feu circulent aux USA: une liberté va avec une responsabilité (et plus l'arme est dangereuse, plus la responsabilité doit être grande), et celles-ci sont nulles et non avenues aux USA dans ce registre, sinon uniquement quand la merde est arrivée. Sans compter que cette "liberté" s'exerce aux dépends de ceux qui ne se sentent pas en sécurité du fait que n'importe quel abruti de leur voisinage peut s'armer, et qui ont suffisamment d'intelligence pour se rendre compte qu'acheter un flingue en réponse ne leur apportera aucun surcroît de sécurité. Apparemment, leur liberté de se balader avec le sentiment d'être en sécurité n'est pas légitime. A noter que dans le trip "toute mesure de gun control est une atteinte au concept même de liberté", dans la plupart des Etats US, un casier judiciaire ou la présence de votre nom sur la "terrorist watchlist" des autorités fédérales ne sont pas des motifs suffisants pour vous empêcher d'acheter ce que vous voulez en matière de flingues et munitions. Et même évoquer ça de près ou de loin sur un network, et dieu préserve les USA, près d'une assemblée parlementaire, provoque une levée de boucliers massive (orchestrée entre autres par la NRA) bloquant même la possibilité d'un débat (c'est très "libre" comme fonctionnement), parce que ce serait une "slippery slope" (pente glissante.... Un terme fréquemment employé sur FoxNews et consorts, où il suffit de le sortir pour décréter que la dictature est déjà arrivée pour X ou Y raison) vers la dictature absolue et la confiscation massive des flingues :P. Le fantasme niais comme quoi chacun peut être (et doit être) un "justicier/agent de sécurité" pour qu'il n'y ait pas besoin de policiers et surtout d'agents fédéraux, est aux USA le fondement de la pseudo argumentation de la NRA: si les Etats modernes ont opté pour des forces de police professionnelles, c'est qu'il y a une raison objective bien au-delà des spéculations théoriques sur la liberté et l'oppression, entre autre le constat que dans le vieil ouest si fantasmé, ce genre de "justice" issue du rang ne conduisait jamais à la liberté du plus grand nombre ou à aucune forme de justice, mais à la loi du plus fort, à des petits potentats locaux corrompus jusqu'à la moëlle (aaaah, la vraie histoire de OK corral: une vulgaire bagarre de gangs maffieux, avec un des 2 clans qui portait une étoile officielle), la loi des foules haineuses (le lynchage = la vraie justice issue de la démocratie directe) et à des agents amateurs à temps plus ou moins partiels, très loin du shériff imaginaire style John Wayne, au taux d'efficacité minable et aux bavures innombrables (et qui pourtant était déjà un progrès par rapport à une situation où on laisserait les communautés "se policer elle-mêmes").... Intervenir dans une situation à risque est un métier, long à acquérir et maîtriser, et l'argumentation de fond derrière la discours de "sécurité" de la NRA, c'est de nier ce fait de base. Autre cas, sur l'autodéfense: j'étais tombé sur une statistique amusante sur le port d'arme comme moyen d'autodéfense face aux petites agressions. Dans plus de 80% des cas, l'arme pointée par la personne agressée était retournée contre elle et/ou volée, et ces statistiques ne prenaient même pas en compte le nombre de cas où une personne armée et trop nerveuse pointait ou déchargeait son arme sur quelqu'un qu'elle croyait être un agresseur et qui n'était qu'un passant. Ca résume beaucoup de choses sur la distance entre le discours théorique sur les libertés et la réalité telle qu'elle fonctionne (analysable, contrairement à l'époque où Thomas Jefferson se prenait au sérieux dans sa tour d'ivoire, ses abstractions, ses esclaves et son nombrilisme).
  4. Dans certains Etats peut-être, mais pas dans tous, sans doute pas dans la majorité, et certainement pas dans les plus peuplés/urbanisés, Texas à part :lol:.... A voir pour la Floride (où le parti républicain est de loin le plus taré des USA).
  5. Pour en revenir au sujet des punitions, l'idée de l'efficacité est, fondamentalement, de créer un certain niveau de peur chez le sujet visé, et comme partout ailleurs, il faut viser un "ni trop ni pas assez" gradué en fonction de l'offense ou de la faute. Dans ce registre, le châtiment corporel, surtout public ou connu (pas nécessairement devant témoins mais "enregistré" et connu publiquement par tout le monde) me semble complètement hors de proportion avec toute offense ou faute possible sauf les plus graves, celles qui, de toute façon, font que le sujet puni ne réintègrera pas le rang voire sera purement et simplement viré de l'armée et/ou passera par la case prison. Il ne s'agit nullement d'ailleurs de hurler à la mort contre un traitement inhumain, mais là plus prosaïquement d'évaluer l'efficacité d'une méthode. Et à moins de rendre un tel type de punition à la fois public et semi-volontaire (genre le soldat choisit de lui-même sa punition, entre par exemple une longue période de prison ou une séance public de châtiment corporel très règlementé et encadré, limité dans ses effets physiques autres que de très court terme), je ne vois tout simplement aucune efficacité ou pertinence à la chose (au-delà de l'aspect humain et du côté inutilement dégradant). Si le puni a une part de choix volontaire dans la chose, et que c'est un fait publiquement connu (pour tout le monde, il a choisi cet aspect plutôt que l'enfermement, donc quelque part il choisit de réintégrer le rang aussi vite que possible), pour lui (c'est ainsi que fonctionne l'inconscient), il n'est pas rabaissé, en tout cas sûrement pas irrévocablement. C'est pas quelque chose de toute façon de souhaitable et je ne crois pas qu'il soit pertinent de réhabiliter un tel degré de châtiment, mais à tout prendre, en temps de guerre et/ou de situation où temps et ressources sont trop comptées, où les recrues sont problématiques et/ou le moral mauvais, voire dangereux, donc les options du commandement limitées, c'est le genre d'équilibre dans l'acte qu'il faut savoir maintenir sous peine de créer un gap irréversible. La punition corporelle unilatérale et purement subie ne crée rien de bon, surtout à une époque où, même dans la plus restrictive, étroite et stupide des conceptions de ce que doit être un bon soldat, on ne peut demander un simple exécutant abruti juste bon à opérer 2-3 types d'actions répétées à l'infini et à ne pas lâcher la formation (pour ça d'ailleurs aussi que le "sergent serre-file" est une chose qui n'existe plus aujourd'hui). Et surtout aussi dans des armées de volontaires qui n'ont pas recours au recrutement de force. Si on regarde historiquement l'armée romaine, soit une armée professionnelle, organisée et très élaborée, de "pays développé", mais d'un temps et d'une société plus brutales, où les ressources et contraintes sont souvent grandes et où le temps presse, les punitions extrêmes -peine de mort et décimation- sont malgré tout extrêmement rares, même si plus tôt dans leur histoire, les Romains ont pratiqué avec une certaine libéralité la peine de mort pour qui désobéit au combat (même quand c'est pour faire du zèle, tel un légat faisant tuer son propre fils parce qu'il a chargé, contre les ordres donnés). Ceci dit on parle aussi d'un temps où vie et mort n'ont pas les mêmes valeurs et signification qu'aujourd'hui, où la dimension religieuse (de l'armée, des ordres, de la cité/communauté comme enjeu, de la dignitas de celui qui ordonne, de la disciplina non seulement comme règle, mais aussi comme valeur métaphysique) joue son rôle, et où l'urgence de situation est structurellement plus extrême que dans les pays modernes. Ceci dit, les Romains assortissent leur très vaste panel de punitions (exactement graduées à chaque offense, avec une grande part de discrétion de celui qui décide et dimensionne la punition) d'un très vaste et équivalent panel de récompenses de tous ordres, et c'est précisément par là que peut se créer un équilibre: les légionnaires ont quelque chose vers quoi tendre, dans leur propre intérêt, outre le "patriotisme", la défense de la cité, l'idéologie romaine, la survie de ses "frères" soldats et de l'unité de référence (qui rappelons le a une valeur religieuse importante, surtout à l'heure de la professionalisation de l'armée romaine et des cantonnements extérieurs: la légion devient la patrie -un air connu ;)- bien plus que Rome pour beaucoup de légionnaires, le corps d'appartenance de référence, le "chez soi", la communauté). Les récompenses sont d'ordre multiple: - du fric (une donativa), directement, parfois beaucoup - un droit supplémentaire dans le pillage (de monnaies, objets précieux ou biens, y compris des esclaves) - des congés - des dispenses de corvées ou de certains types de corvées (notamment les lourdes) - des distinctions (équivalent des médailles et rubans modernes) qui ont un grand aura autant dans l'armée (pour la carrière, pour le positionnement dans l'unité, pour le respect....) que dans le civil, et tant qu'à faire, sont souvent en métal précieux et ont une valeur religieuse: diploma (octroi de la citoyenneté aux vétérans méritants des auxiliats), couronnes (civique pour les officiers, du camp, navale, murale pour le premier soldat en haut d'un rempart assiégé, en or pour les centurions et sous-offs s'étant distingués, "du sauveur" pour un soldat sauvant des civils....), divers ornements en métal précieux (torques autour du cou, phalères sur le plastron, brassières, ornements de ceinturons) pour un acte valeureux ou une bonne conduite dans une campagne ou un événement, une hasta pura (lance en argent), une coupe ou une rêne (pour un fantassin ou cavalier ayant gagné un combat singulier "autorisé" et notable), un drapeau en argent.... - une décharge honorable prématurée: droit de se retirer de l'armée (souvent en fait une manière de promouvoir au statut -qui n'est pas un rang- d'évocat, de vétéran) - une promotion: pour un soldat du rang, c'est généralement de l'avancement en statut de paie plus qu'un avancement en grade (il passe dans la gamme des soldats recevant une paie et demie ou double paie, qui sont assorties de fonctions et/ou de grades: porte enseigne, sous-off, exempt de corvées....) - le passage dans la "classe supérieure" (Rome est une société de classes sociales): chaque classe présente à l'armée (citoyens -soldats ou centurions-, officiers équestres et officiers sénatoriaux) a sa propre gamme de punitions et récompenses (pour les officiers sénatoriaux, certaines nous sont familières sans qu'on sache qu'elles sont des récompenses et punitions militaires: la couronne de César, celle en lauriers -mais en fait en feuilles de chêne- est la couronne civique, les surnoms et noms distinctifs....) et seulement certaines sont communes. Mais un centurion peut devenir de rang équestre (les 2 plus haut rangs de centurion dans une légion, le préfet de camp et le centurion "première lance" de la 1ère cohorte, sont de rang équestre), un soldat peut devenir centurion, un officier équestre peut accéder au rang sénatorial (et les sénateurs peuvent se distinguer entre eux). Pour les punitions, les Romains ont tout autant de variétés :-[.
  6. A noter que cette nomination est un échec démocrate: le non soutien jusqu'au bout de Susan Rice par Obama (alors qu'il avait annoncé le contraire initialement) a été mal reçu, et interprété à droite comme une invitation à exiger plus. Quand à Kerry, les Républicains ont approuvé son éventuelle candidature dès le début.... Parce qu'en faire un secrétaire d'Etat libère un siège de Sénateur dans le Massachussets (celui "senior senator" pour être précis, chaque Etat ayant un senior et un junior senators) pour une élection partielle, siège pour lequel leur candidat défait aux élections, Scott Brown, serait bien placé.
  7. Ouh, comme quoi Audiard devait un peu connaître une certaine vieille génération du Milieu; c'est peut-être à ça que le personnage de Pascal (celui qui a une présence "apaisante" dans les Tontons flingueurs) fait référence quand il dit que dans le milieu, "l'esprit fantassin se perd" (et que c'est un tort) :lol:. Oui, c'est encore un cas de prendre l'effet (la discipline) pour la cause (l'armée); ça peut sans doute passer même pour des non volontaires si les gars ont quelque chose à faire, et surtout la guerre (puisqu'il faut y être volontaire ou crever quand on est "en situation" :-[). L'inactivité et le côté emmerdant de la vie en caserne, ou plutôt le côté "désincitant" ne sera pas compensé par un sergent pousse au cul. On peut d'ailleurs souvent constater motivation et démotivation suivant le "taux d'activité" d'une armée, surtout évidemment en OPEX: beaucoup s'engagent pour y aller, pas pour l'éviter. On peut aussi bien se référer aux critiques de Lyautey en son temps sur les garnisons françaises qu'à des témoignages et échos plus contemporains. Plus les militaires auront l'impression de "subir" un mode de vie militaire (attendre la prochaine réforme/coupe budgétaire, être infantilisé, s'emmerder avoir trop de routine....), moins on n'obtiendra de bonne volonté, de contrats resignés et de discipline, surtout si les perspectives de récompenses et progression, par ailleurs, ont été franchement vidées de beaucoup de leur sens.
  8. Il ne peut pas y avoir de "champion européen" parce qu'il n'y a pas d'Europe comme entité géopolitique avec un intérêt à défendre, une politique extérieure qui en découle et une armée (entre autres) pour la mettre en oeuvre: et les Etats font ce qu'ils ont à faire dans ce contexte, ils défendent leur intérêt, à savoir garder par eux-même un degré plus ou moins prononcé de maîtrise sur la capacité à produire des matériels militaires, garder des emplois à haute valeur ajoutée et des sites industriels. Cette phrase n'a strictement aucun sens précisément en raison de ce que j'évoque plus haut: la "logique industrielle" n'existe pas dans un tel domaine (la capacité de produire de l'armement, donc de maîtriser son destin national et de servir son intérêt). Telle que tu l'évoques, la "logique industrielle" serait un objet intellectuel abstrait que les Etats concernés n'auraient aucun intérêt à soutenir, sinon strictement à maintenir des emplois et des sites juste pour leurs statistiques nationales, et à se foutre éperdument que l'ensemble EADS soit un tout cohérent ou non. Si on veut une "logique industrielle" cohérente pour EADS, il faut un Etat derrière, un Etat unique et solide (qu'il faut donc vouloir très fort). Sans ce préalable absolument primordial, il y a DES Etats qui défendent LEUR intérêt industriel légitime: si tu mets la logique du groupe EADS avant tout alors qu'il y a plusieurs Etats regroupés dedans de diverses façons, tu demandes dans les faits à plusieurs d'entre eux, sinon tous, de renoncer plus ou moins à un ou plusieurs de leurs intérêts nationaux aux dépends des autres. Y'en a qui se font baiser en perdant des emplois à haute VA (ou en n'en gagnant pas, surtout dans les bons secteurs), et y'en a surtout qui deviennent de fait plus dépendants du voisin en matière de technologies, de contrôle sur leur développement et leur orientation.... Imaginer que le partage sera égal/juste et le restera est du délire; imaginer que des Etats participants ont intérêt (et j'emploie le mot intérêt au sens fort et légitime du terme) à ce qu'une entreprise EADS n'obéisse qu'à des logiques d'efficacité "déterritorialisées" (à supposer même que ce soit possible ou réellement souhaitable), c'est aussi du délire. Voir le cas BAE avec l'Angleterre: est-il encore seulement dans l'intérêt de l'Angleterre, ou l'est-ce encore pour longtemps, de cramer du capital politique pour BAE? C'est plus une entreprise américaine aujourd'hui, et elle ne sert plus beaucoup d'intérêts brits (qui ont perdu la maîtrise de beaucoup de savoirs-faires et capacités de production), sauf désormais dans quelques domaines précis. Encore une fois, imaginer qu'il y a une "logique industrielle" légitime pour un groupe EADS, qui prime les intérêts nationaux, c'est prendre le problème dans le mauvais sens.
  9. J'imagine que beaucoup de l'efficacité de la chose tient à la situation et à la manière dont c'est fait, et surtout dont "l'après" est géré des 2 côtés: que le frappé ne se sente pas exclu, mais au contraire plus intégré parce que ça lui a montré les limites, comment ne pas les franchir et comment bien rentrer dans le cadre (un côté "on le fait parce qu'on veut que tu comprennes": c'est de l'amour quelque part ;) :lol:), que le frappeur fasse en sorte que ça ne soit pas une mise à l'index du gars, façon Baleine dans Full Metal Jacket (le flogging massif, gratuit et méchant de tout le dortoire sur le gars à la ramasse). Si c'est un recadrage, ça doit se faire à huis clos (entre quatre zieux ou six au max), avec des limites, façon "avertissementmais on te donne une chance". Enfin quelque chose comme ça. Mine de rien, malgré l'apparence un peu bourrine et gratuite, y'a un contexte et y'a des formes, et c'est plutôt un bon signe si ça a pas besoin de passer par la hiérarchie et si c'est spontanément le groupe lui-même qui décide qu'il y a une ligne à laquelle se tenir (évidemment, le mauvais versant, ce sont les cas où ce même groupe impose une petite loi maffieuse en interne pour éviter le zèle, ou le bon esprit: les petits caïds et bandes existent aussi dans l'armée.... Les unités de l'armée US dans les années 70 avaient paraît-il beaucoup de problèmes de cet ordre). J'ai eu quelques échos des garnisons de la forêt noire, ou de quelques-unes dans l'est de la France (dans les dernières années du service), qui étaient pas mal gratinées en termes de densités des cas sociaux ou mentaux, et d'agités de tous types (un copain m'avait décrit des scènes hallucinantes de matelas enflammés balancés par les fenêtres, lui et quelques autres "normaux" se barricadant dans quelques chambrées pour une nuit entière). Bref, des garnisons où on foutait tous ceux dont, semble t-il l'armée ne voulait pas faire grand-chose et ne comptait pas investir beaucoup. A la différence des Bat d'Af (une autre époque où il y avait besoin de tous le monde, même des plus mauvaises têtes, et où l'épreuve du réel -des situations dures, y compris de combat- avait des chances d'être au rendez-vous), ces garnisons étaient celles d'une armée essentiellement sans fonction autre que se préparer et attendre. Non, très bonne entrée, continue ;).... Y'a toujours cette idée que y'aurait une "discipline à l'ancienne" qui est par essence bonne (par rapport aux "hippies" d'aujourd'hui évidemment) et obtient des résultats, dans l'armée et ailleurs. Si on ne parlait même que du sujet de la baffe ou de la fessée avec les enfants, ce serait difficile d'entrer dans le détail et de dire que ces simples choses peuvent être aussi bien des compléments parfois nécessaires dans une éducation (si appliqués comme il faut, au moment qu'il faut -rarement et en dernière extrêmité-, dans les conditions qu'il faut, avec la "gestion de l'après" qu'il faut) que d'immondes violences sur des enfants ou encore de la gesticulation inutile et contre-productive qui aliènera l'enfant. C'est pas l'acte qui est bon ou mauvais, efficace ou non, c'est l'éducation en général (s'il faut en venir fréquemment à la fessée, c'est que les parents ont salement merdé avant). Pour la discipline militaire, c'est pareil, non que les militaires soient des enfants, mais parce que l'humain, au final, se gère toujours avec des méthodes fondamentalement similaires à tous âges (dans le principe, pas dans la forme ;)): on pourrait voir la même chose dans des équipes de travail dans n'importe quelle forme d'organisation (particulièrement en France où la culture hiérarchique/de la personne du "chef" est si parasitante), même si là la partie "châtiment corporel" n'a pas du tout lieu d'être. Pour revenir à l'armée, si je constatais l'intégralité de l'histoire, les armées les plus efficaces ont rarement, sinon jamais, été celles qui traitaient les hommes du rang comme des abrutis, des enfants ou des incapables, et multipliaient les châtiments corporels. On fait rarement les meilleurs combattants, et encore moins les meilleurs groupes combattants, en répétant à l'envi aux trouffions qu'ils sont des merdes tous juste bons à répéter un nombre limité de gestes et comportements sans piger pourquoi. Je reviens souvent à l'armée française révolutionnaire/napoléonienne dans ce registre (ou à l'armée allemande de la 2ème moitié du XIXème et du XXème siècle dans sa gestion des cadres et la formation des cadres et soldats) parce qu'elle a représenté un changement radical et brutal sur une période de temps ridiculement courte, avec des résultats contrastant de façon extrême face à des armées qui étaient.... Ce qu'était l'armée française encore 3-4 ans avant! Le jour et la nuit en si peu de temps, c'est spectaculaire: disparition quasi totale de la désertion, des soldats motivés, acceptant des conditions très dures (évidemment ce n'est jamais total ni sans limites, surtout de temps, non plus), des cadres (sous-offs et officiers) compétents et respectés qui surgissent du rang en très peu de temps et montent vite en grade (le méritant dans la plupart des cas, même si après, il peut toujours y avoir ascension jusqu'à un "seuil d'incompétence"), une efficacité démultipliée à tous les échelons.... Même les officiers généraux, si malmenés sous la Convention, "réagissent" en tant que corps, suivant la façon dont les traite le pouvoir: le versant répressif, avec les envoyés aux armées, de sinistre mémoire, et les condamnations à la moindre défaite, n'ont rien produit de bon. Qu'on se mette à les traiter plus normalement, en leur donnant de la marge de manoeuvre et des perspectives, et les mêmes hommes deviennent des foudres de guerre. On croirait que la leçon pourrait rentrer.... Et ensuite, on regarde l'hypercentralisation de la décision par Napoléon, mais surtout l'évolution du corps des officiers et de sa mentalité au XIXème siècle et sous la IIIème République, et on voit l'inverse se produire. Y'avait pas aussi des histoires comme quoi certains vétérans devaient acheter leur médaille? Comme s'ils n'acquéraient que le droit de la porter par leur action, voire leur sang, mais que pour la breloque elle-même, fallait raquer.
  10. Je ne pourrais pas présumer de dire si les "BDBF" sont dans l'ensemble quelque chose d'efficace ou non (quoiqu'avec la féminisation des armées, par exemple, regarde comment un soldat, surtout un peu bas de plafond, réagira, pas forcément immédiatement, au fait de se faire baffer en public par une nana officier: je doute que grand chose de bon en sorte, et ça ne vaut pas que pour ce cas de la féminisation): les châtiments corporels, c'est pas que l'acte de faire mal pour réprimander une faute ou un mauvais comportement. C'est toute la "mise en scène" qui va avec: un châtiment est un acte public, une rupture dans le rythme quotidien, où tout le monde (ou au moins du monde) est présent, où le "condamné" est bien mis en évidence et publiquement puni, quelque part "mis à l'index". Les commentaires qui étaient fait sur la cruelle inutilité et l'effet contre-productif des punitions dans l'armée britannique des XVIIIème-XIXème siècles, pointaient d'ailleurs que bien plus que la douleur (sensée "enseigner" quelque chose selon les tenants du châtiment) ou les blessures (ça guérit, ou le mec crève), ce qui rendait la chose contre-productive (désertion, comportement défensif du sujet, absence d'initiatives ou d'allant, mauvaise volonté, mauvais esprit, voire esprit parasitaire ou mutinier, comportement de sauvage lors des sièges et occupations....), voire dangereuse (agressions et meurtres d'officiers, crimes divers contre les civils, soldats démobilisés retournant dangereux et agressifs dans la société....), était l'humiliation publique, la "castration" psychologique ressortant de ce genre de traitements, et l'attitude ultérieure qui en découle (revanchisme, enfermement dans soi, individualisme mesquin et dangereux....). Les fautes sont multiples, mais on peut en trouver quelques familles: - la culture d'officiers aristos/distants soit méprisants, soit autoritaristes (du genre "ça comprend que le fouet cette racaille"), soit au contraire faussement "gentils" (tendance paternaliste): punir est abrutissant (donc ça ne crée que des abrutis), traiter les gens indifféremment, quel que soit ce qu'on exige d'eux, c'est les "nier" psychologiquement (pas grand-chose à attendre de qui est traité comme ça), les traiter comme des incapables juste bons à faire un ou deux trucs répétitivement sans leur laisser de marge pour "se réaliser", "s'exprimer" (par du zèle, de l'initiative....), c'est en faire de fait des incapables, et traiter des adultes comme des gamins (qu'on punit comme un "parent" ou qu'on récompense comme un bébé qui a fait son rot), c'est pas vraiment se garantir leur respect ou leur enthousiasme. - la culture, le cadre des armées de certaines époques, notamment celles de l'ancien régime: insistance limitée sur l'instruction, négation totale de celle des sous-offs au profit d'une "culture" transmise par l'exemple et la "tradition", qui empire avec le temps (notamment en raison d'un recrutement évoluant vers le bas de la société) et repose sur la brutalité (ce qui est en lien avec la culture du temps), mauvaises méthodes d'instruction (entre autre en raison du regard méprisant sur la capacité des hommes à apprendre).... - le recrutement évidemment, et les rapports sociaux, la façon de se regarder entre groupes et classes, et de se traiter Il est assez édifiant d'ailleurs de voir l'évolution brutale de la période révolutionnaire où la désertion disparaît littéralement du jour au lendemain dans l'armée française (du moins comme mal endémique: elle devient anecdotique), avec un recrutement qui appelle aussi le "bas du panier", surtout dans les années 1790 où tout ce qui peut être raclé l'est, et ce face aux armées des monarchies d'Europe fonctionnant encore sur le système professionnel tapant dans le bas de la société (parce que les gens ayant un job et/ou une propriété n'ont aucune intention d'aller dans l'armée, et essaient déjà d'éviter le devoir de milice sauf si c'est leur bled qui est directement visé). Le contraste est assez violent. Et les armées de l'intérieur (celles opérant en Bretagne et en Vendée) se sont mal comportées pour beaucoup de raison, mais avant tout parce qu'elles avaient les plus mauvais officiers, les plus brutaux, et des recrues jugées moins fiables, mais surtout qui ont été traitées comme telles et lâchées sur des populations civiles hostiles sans le moindre contrôle. Au final, les gens se comportent de la façon dont on les traite, pour l'essentiel. Il est souvent édifiant de constater à ces époques que les bons officiers sont ceux qui évitent de créer les situations où la punition corporelle deviendra la seule alternative; c'est d'ailleurs encore plus vrai dans les marines de l'époque, où les vaisseaux sont des petits univers clos (la désertion est rarement possible) et isolés pendant de longues périodes. Les navires où le fouet est souvent entendu (voire ou des supplices comme "la cale" sont appliqués jusqu'au milieu du XVIIIème) sont rarement les navires les plus efficaces, et sont même souvent des bombes à retardement. L'épisode du Bounty, parce que bien documenté, est d'ailleurs aussi exemplaire qu'instructif. La culture de l'officier et gentilhomme/aristo est en soi un nombrilisme destructeur tendant naturellement à créer un "moule" de pensée où l'officier attend dépassement de soi et obéissance absolue comme des choses naturelles, sans rien faire pour les obtenir.... Et punit quand il estime ne pas les avoir, ne récompensant que peu et rarement quand les hommes se comportent simplement bien. Une telle culture, encore en partie présente dans le "moule" des officiers des armées modernes (en version light et tempérée par d'autres choses heureusement), incite nettement moins l'officier (sauf ceux qui essaient réellement de comprendre leur métier) à faire quelque chose pour mériter le respect et l'enthousiasme/la bonne volonté qu'à se contenter de les attendre comme des dus: le résultat est garanti si l'on essaie de comprendre comment fonctionne l'être humain. Y'a plus d'un siècle de psychologie établie comme science désormais; marrant que ce soit pas plus pris en compte (sauf, et c'est encore balbutiant, pour la prise en charge minimale au retour d'une opération et une période de "réadaptation" à la société: un fait qui existait dans l'Antiquité et a disparu après).
  11. Question: est-ce dissociable en soi de la montée d'un sentiment national et d'une conscription universelle (l'armée est pour tout le monde dans ces réformes) fournissant une motivation "positive" (pas de jugement moral, le sens est ici d'avoir un but, une chose vers quoi tendre) et un moindre sentiment d'injustice? Par ailleurs, c'est dans les années 1850 que ça disparaît, donc bien après Scharnhorst et Gneisenau il me semble. Oui, autant la conception de la guerre du XVIIIème siècle (des "masses" ignares et maintenues dans la stricte exécution aveugle, à manier en paquets, aux mains des "savants" officiers) que la conception sociale hiérarchique des anciens régimes ont poussé à cela. Par ailleurs, faut pas oublier l'une des conséquences de ces armées dures sur la discipline, radines sur la paie (quand elle arrive) et socialement cloisonnées: la désertion. En campagne, c'est environs 10% des effectifs qui, par mois déguerpissent ou tentent de le faire, et parfois bien plus (ça dépend aussi des opportunités, de l'endroit où l'armée se trouve, s'il y a des endroits où fuir aisément....). L'armée romaine comme l'armée révolutionnaire française ont d'ailleurs montré qu'un soldat, même de base, qui sait pourquoi il agit et dans quoi s'inscrit son action, a déjà bien moins de tentations/incitations à déserter, de mal se comporter, à être passif (donc, s'il est maltraité, à réagir en antagoniste spontanément). On remarque par ailleurs au XVIIIème siècle la faible désertion et la plus forte motivation (alors que les conditions de campagne sont plus dures encore) des troupes légères, souvent semi-irrégulières, recrutées sur base plus personnelle (un chef va chercher ses propres troupes, ou en tout cas forme ses cadres qui eux vont recruter), et leur plus grande efficacité, alors même qu'elles opèrent sans cadre proche, sans appui ou soutien, de façon beaucoup plus déconcentrée (pas un officier ou un sous-offs systématiquement sur le dos pour les garder dans le rang) et autonome (donc déserter serait bien plus facile).
  12. Ce qui m'étonne surtout, c'est le nombre de gens qui considèrent comme un argument la "logique industrielle" comme si c'était une entité en soit, légitime et représentant les intérêts de quelqu'un, un truc "pur", éthéré et absolu qu'on nous sert parfois comme "l'entreprise", comme si là encore c'était quelque chose qui avait une existence légitime en soi, par soi et pour soi. On parle de l'armement et de la capacité de production militaire (dans des domaines en plus extrêmement clés) de pays, qui eux sont des entités légitimes dont les intérêts priment parce qu'ils représentent quelque chose; et la capacité de production militaire, au même titre que des armées, c'est la capacité à maîtriser son destin pour une communauté nationale, tout comme d'ailleurs les intérêts industriels d'un pays (qu'on devrait arrêter de regarder comme une "ridicule bataille de chiffonniers" avec des yeux méprisants qui visiblement se concentrent sur l'effet et non la cause). De même pour la production d'avions civils: c'est pas du coca ou des grille-pains, c'est une industrie hautement politique et concourant directement de l'intérêt national. Le cas présent dans EADS, c'est typiquement la résultante d'un non choix européen et de la crédibilité même de ce choix: les nations font ce qu'elles ont à faire, à savoir jouer leur intérêt aux dépends des autres si besoin est. Les Etats ne sont pas "entrés" dans le capital d'EADS, en tout cas pas la France: la France a APPORTE de SON capital pour créer EADS, nuance. C'est, à la base, du patrimoine national. Et encore une fois, EADS n'est pas une gentille entreprise donc un truc "neutre" qui ne veut faire que des zolis produits et être compétitive dans un grand monde fascinant de l'industrie et du business, loin de ces méchants Etats qui ne veulent qu'être improductifs, ridicules et facteurs de mauvais business :P: c'est une capacité de production militaire et un outil politique, dont le business, même civil, est intrinsèquement lié à la politique et le versant militaire n'existe que par et pour les Etats, et dont la capacité de production elle-même (l'outil industriel et de recherche) EST un actif nécessaire à la survie d'un Etat, rentable ou pas, et dont ceux qui entendent exister par eux-mêmes doivent avoir au moins une certaine maîtrise (si un Etat n'est qu'acheteur du produit fini à une entreprise indépendante, le contrat avec la boîte n'a même pas la moitié de l'intérêt voulu).
  13. Je commence ce sujet suite à la lecture hallucinée d'un fait que je ne connaissais pas concernant les punitions militaires, et je l'élargis pour essayer d'envisager plus largement un sujet (encore un) sur la ressource humaine des armées à travers l'histoire, mais cette fois moins ce qui concerne recrutement (et le système social qui peut aller avec ou que le recrutement reflète), formation, statut, paie, condition ou entraînement, et plus en ce qui concerne la façon de créer et maintenir moral, motivation (à différencier du moral en général: la motivation est plus quelque chose "d'actif" que ce soit dans le combat ou le désir de servir en général) cohésion, discipline et ordre. Carotte et bâton, idéologie/ethique et système moral particulier, éléments matériels et "spirituels", punitions et corvées.... Les aspects négatifs et positifs (constituant le "moule", la "norme" de comportement et de pensée nécessairement spécifique à une armée, un service, voire une unité) sont indissociables. Entre autres aspects que ce sujet peut concerner, on trouverait, parmi les sujets qui m'interpellent: - les systèmes de récompenses et distinctions; ce sujet me titille quand je vois, surtout dans les armées actuelles, la faiblesse en la matière, voire la déconsidération des récompenses symboliques et l'absence quasi totale des récompenses matérielles, passées de fait à la trappe depuis le temps des nationalismes triomphant qui ont, très commodément pour les budgets, rendu la récompense très intangible et symbolique (avant de voir même cet aspect perdre beaucoup en aura).... Je renvoie par exemple aux distinctions de l'ancien régime dont bon nombre étaient anoblissantes (et les autres étaient souvent en argent sonnant et trébuchant, en dispense de corvées....), ou à celles de la révolution et de l'empire pour certaines desquelles l'autre aspect d'une médaille était une récompense significative ou un pensionnement à vie (et correspondant réellement à quelque chose en terme de valeur matérielle) - les châtiments et leurs niveaux de gravité: par moments indexés sur la faute (et représentant de ce fait une infinité de mesures très diverses), à d'autres complètement brutaux et limités en variété pour absolument n'importe quelle faute (telle la discipline de l'armée anglaise des XVIIIème-XIXème siècle, très contre-productive, qui refilait des centaines de coups de fouets même pour des trucs mineurs) l'aspect particulier des châtiments corporels est justement ce par quoi je voudrais commencer, étant donné sa très longue histoire (mais aussi du coup, l'exceptionnalité remarquée des quelques époques et endroits rarissimes où ils étaient supprimés), indissociable de l'histoire des armées. Et le sujet vient pour moi de rebondir quand j'ai vu que des armées modernes y recouraient encore, et je ne parle pas d'armées ou de groupes armés de zones peu développées ou d'Etats (ou semi-Etats) extrêmistes et/ou peu stables, mais bien de pays développés.... En l'occurrence la Malaisie, et plus étonnant encore, Singapour, qui pratiquent toutes deux l'usage de la flagellation à coups de canne (une punition aussi existante dans le civil où elle est d'ailleurs plus durement appliquée). Par exemple: Corporal Dave Teo, a Full Time National Serviceman who made headlines in Singapore when, on 2 September 2007, he went absent without official leave (AWOL) from an army camp with a SAR 21 assault rifle. He was later arrested by police at Cathay Cineleisure Orchard with the rifle, eight 5.56mm rounds, and a knife in his possession. Teo was sentenced in July 2008 to nine years and two months' imprisonment and 18 strokes of the cane under multiple charges under the Arms Offences Act Le code militaire de Singapour octroie un maximum de 24 coups de canne (mais 10 maxi par délit); les coups sont sur le bas du dos ou le cul (paraît-il une bonne manière de calmer les conscrits récalcitrants) et doivent essayer d'éviter les cicatrices permanentes. A noter aussi que les cannes employées sont différentes de celles employées dans le civil et feraient apparemment moins mal (la douleur infligée par celles du civil est souvent décrite comme terrible). Mais 10 coups de canne par offense est aussi un plafond, notamment en raison des conséquences médicales constatées à partir de ce genre de nombres (ce qui fait de la canne quelque chose de bien plus méchant qu'un fouet), et avant tout sur la peau (dont la structure interne se désintègre littéralement à chaque impact, dès le premier). Le port d'un vêtement de protection (en fait un pantalon au tissage assez serré, qui évite surtout le risque de coupures nettes) est obligatoire, principalement pour limiter le temps d'infirmerie qui suit. J'ai trouvé ça hallucinant quand je l'ai lu, et ça m'a renvoyé au sujet général des punitions corporelles, au pourquoi de leur omniprésence dans l'histoire, au constat régulier de leur faible efficacité dans la plupart des cas (mais d'une vision "culturelle" qui les accompagne) -quoiqu'aussi liée dans de nombreuses armées à la nature assez médiocre d'un recrutement issu des bas-fonds violents d'une société donnée-, et pire encore à leurs effets ultérieurs sur des recrues "normales" ou même de bons soldats (blessures et peur inconsciente, créatrices de violence, dignité outragée pouvant générer des comportements bien pires....), parfaitement contre-productives. Le genre de sujet où il s'agit d'une révolution culturelle quand on veut les supprimer.
  14. Les pays développés, d'une manière générale, vont quand même devoir se poser la question de la paie des soldats, ce qui est une question beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît, tant on est culturellement habitués à considérer que le soldat est par essence mal payé et une "main d'oeuvre semi qualifiée" abondante et aisément disponible, ce qui est un héritage d'habitudes et de mentalités d'une époque antérieure où les armées fonctionnaient avant tout sur la ressource humaine (pour l'essentiel peu qualifiée, du moins sur les critères des emplois civils) et que celle-ci était dans la plupart des cas abondante, habitudes que la conscription universelle n'a fait que renforcer. Les budgets d'équipement, au moins pour les grands contrats et matériels majeurs, posent nettement moins de problèmes à cet égard, et il est assez édifiant de souvent voir (sur ce site aussi) une considération quasi implantée mentalement comme quoi c'est le seul budget réellement important et révélateur de l'efficacité d'une armée, et que tout ce qui ressort du facteur humain est par essence à contracter parce que c'est au mieux un "mal nécessaire" et le plus souvent une dépense "improductive", bref, du truc à tailler pour se consacrer à la seule "vraie" dépense militaire, celle du hardware. A moins d'accroître drastiquement la durée des contrats pour quiconque se voue à une spécialisation ayant une contrepartie attractive dans le civil (et encore va du coup falloir rendre ces cursus à durée contrainte sacrément attractifs pour que des gens s'y pointent), sérieusement revoir le barême des paies et les conditions de vie et de travail, de même que d'autres facteurs (formation en général, ouverture sur le civil....), va être un impératif, ce qui veut dire un vrai changement culturel pour les armées.... Qui va aussi de fait contraindre les décideurs de pays développés en paix (cad sans menace directe perceptible) à se poser la question de savoir quelle valeur politique a le fait d'avoir une armée crédible, parce que l'augmentation induite par un tel changement ne serait vraiment pas neutre.
  15. Tancrède

    L'armée romaine

    Oui, mais c'est assez difficile de se représenter quelle marge de variation peut-être autorisée autour d'une "taille moyenne" ou "idéale" quand on ne connaît ni la dite taille moyenne.... Ni les marges de variation :lol:. D'où ma petite sortie sur la taille évoquée dans ton document: on aurait besoin de plus de chiffres pour pouvoir moins parler dans l'abstrait, et là, y'a quand même des manques dans la matière historique/archéologique à partir de laquelle on peut parler. Après, faut aussi voir que la standardisation du matériel dans l'armée romaine a toujours été plus ou moins relative: il n'y a d'impératif que de système d'armes, et il est vrai que, surtout à partir du IIème siècle av JC (quand l'armée commence à avoir une solde permanente, qu'une partie désormais importante du matériel est fournie par l'Etat/le "patron" payeur, ou en tout cas cofinancée par eux....), l'homogénéisation va croissant, l'empire imposant en la matière une certaine rationalisation toujours un peu plus poussée. Les fabrications, notamment, sont en grande partie homogénéisées par le fait que si l'Etat fournit le matériau brut, les forges/ateliers/armureries sont souvent ceux des légions ou ceux s'installant avec les légions fixes; les grandes "fabricae" -de vraies usines- n'arrivant que vers le début du IIIème siècle et surtout la fin de ce siècle et le redressement impérial de la tétrarchie. Sous la période républicaine, surtout à partir des guerres samnites puis puniques, on est encore malgré l'évolution relativement "étatique", encore beaucoup dans un système où chaque soldat apporte individuellement une part donnée de son équipement, système qui ne disparaîtra jamais totalement puisque même à la fin de l'empire, tout soldat est propriétaire de ses armes et de son équipement, qu'il paie (mais en majorité par retenue sur la solde désormais, et commandes surtout globales réalisées avec le pactole cumulé de ces retenues). Donc pour revenir à ta remarque initiale, oui, le scutum quand il s'est généralisé a obéi à un certain degré de standardisation, mais il est difficile pour l'armée romaine, surtout républicaine, de savoir quel est ce degré: la forme est évidemment standardisée, et sans doute aussi le mode de fabrication (exigence de résistance, nécessaire standardisation des procédés entre autres pour des raisons de coût), mais jusqu'à quel point? La taille, par exemple, devait quand même varier plus ou moins. La question est de savoir dans quelle mesure: sans doute pas gigantesque, en tout cas pas au point de refléter l'amplitude de variation des tailles des soldats. Mais l'entraînement était un égalisateur important, moins entre soldats que par rapport à un standard de capacité plancher imposé: quels gabarits sont réellement totalement exclus de la sélection du "dilectus"? Après, la question de la taille me semble moins déterminante pour la tenue du scutum (sauf évidemment pour de véritables nabots) que pour l'allonge et la force dans la frappe au gladius (estoc, visant surtout l'abdomen), voire pour le lancer du pilum (les grands gabarits sont aussi avantagés pour lancer un javelot lourd). Rappelons que le mode de combat du légionnaire à partir de la réforme manipulaire, et encore plus après les guerres puniques et l'évolution qui amène au modèle abusivement dit "de Marius" (qui a en fait plus consacré et finalisé une lente évolution qu'imposé un changement si brutal) qui voit la disparition des triarii (la 3ème ligne combattant en hoplite à la lance d'arrêt) et des vélites (les "légers") en tant qu'unités permanentes avec un équipement spécifique (les fonctions ne disparaissent pas), ce "warfare" romain a donc toujours plus évolué vers un combat plus "dilaté" accroissant l'autonomie des petites unités et des soldats, espaçant les individus comme les groupements. Le "mur" ou la "tortue" restent des possibilités, mais le mode de combat standard implique des espacements plus grands (les 3 pieds d'espace individuel dans la ligne) pour un combat au gladius-scutum qui suit le lancer des pilums, et repose donc moins sur une cohésion de soldats épaule contre épaule, que sur une cohésion de l'ensemble d'une unité (distances, alignements, temporalité) mais où chacun combat individuellement. Je ne pourrais pas dire si ce mode de combat exige une homogénéité de taille si grande et absolue que dans un alignement de type phalange, voire "mur de boucliers".
  16. Oui le plus souvent, mais le suicide lui-même n'est, dans la majorité des cas, que l'impulsion d'un moment.... Ne pas le faire laisse la place à la possibilité de sortir du cycle dépressif ou d'une crise momentanée (les cas de suicides au travail qui ont été très médiatisés, par exemple, venaient moins de schémas de longues dépressions que de périodes de stress intense): la mort a une certaine tendance à être définitive :-[. On peut aussi, mais ce sujet est quand même très particulier aux USA: dans aucun autre pays (au moins les pays développés) il n'existe à un tel degré ni avec de telles formes (surarmement individuel, massacres spectaculaires et violence ordinaire fréquents....), ni ne s'inscrit dans un contexte politique si particulier.
  17. Question, et je donne là dans un registre qui peut-être à cheval entre l'avocat du diable et le délire parano: est-il possible que le Hamas "programme" de tels incidents? Plutôt que d'envoyer un type se faire sauter avec une bombe, pour un attentat terroriste, pourraient-ils envoyer des types avec le même genre de résolution pour littéralement se "faire suicider" intentionnellement et créer ainsi un "attentat médiatique"? Je ne sais absolument pas si les candidats "martyrs" ont une résolution qui peut s'articuler ainsi (c'est pas évident à créer chez quelqu'un), ni si c'est une stratégie potentiellement payante pour eux, mais parfois, certains incidents ont l'air tellement hallucinants et/ou ont un timing dérangeant, que j'en viens à me demander s'il n'y a pas une part d'intention derrière certains. La réalité n'est jamais à court d'étrangetés, c'est certain, mais là quand même: un gars qui va agiter une réplique d'arme à feu devant des conscrits nerveux en faction ....
  18. Tancrède

    L'armée romaine

    Il y a une part de génétique (et plutôt au niveau intra racial -cad plus en fonction d'une localisation géographique, d'un groupe humain donné d'une région....- qu'entre les "races") qui compte un peu, de même que des facteurs psychologiques (environnement familial notamment: la taille future n'est pas si fixée que ça à la naissance), mais la plus grande part pour expliquer la taille est indéniablement le mode de vie, alimentation (quantité, qualité, variété, dose de protéine) et hygiène de vie en tête. Pour l'influence au combat, c'est plus discutable, mais ce n'est pas neutre: - les très petits ont un désavantage, surtout dans le combat en ligne de formations organisées pour la bataille rangée, impliquant le corps à corps rapproché, et qui plus est contraint par l'environnement des formations (c'est pas du terrain libre où on peut bouger comme on veut, choisir son terrain, fuir tant qu'on n'a pas un avantage). problèmes d'allonge, de masse pour la force des coups.... - les très petits auront aussi souvent un problème avec l'armement, plus ou moins standardisé, dans le combat en bataille rangée: plus dur à manier pour eux, plus lourd relativement à leur corpulence (donc plus fatigant à porter et manier).... Il faut beaucoup compenser par un entraînement qui n'est qu'un apport relatif (les grands s'entraînent aussi, maintenant un décalage). En ce sens, ils ne peuvent prendre un armement réellement adapté à leur stature - autre désavantage des très petits, et/ou exigence du combat en bataille: le besoin d'une relative homogénéité des rangs. Surtout dans la bataille antique qui implique des lignes de boucliers, des distances de combat assez précises (particulièrement à Rome).... Ce besoin est réellement important, incarné caricaturalement dans le cas des Spartiates avec des exigences très précises pour la phalange (au moins celle des "Egaux", l'élite) et la pratique même d'un eugénisme à but militaire dans la sélection des enfants. - l'allonge et la force d'impact (notamment aidée par la gravité et l'amplitude des mouvements) sont des facteurs extrêmement importants pour le combat de contact (infanterie, surtout lourde, cavalerie de mêlée et de choc), mais aussi même parfois pour l'archerie (les grands archers ont de plus grands arcs, tirant plus loin avec plus de puissance de pénétration) quoique les arcs orientaux à double courbure (généralisés dans l'armée romaine à partir des Ier-IIème siècles après JC) soient en ce sens de relatifs égalisateurs (surtout tant que l'arc ne devient pas une composante écrasante des ordres de bataille: il n'en détermine que rarement l'issue). De même, l'allonge et la force développable (en bonne partie liée à la taille) permettent le maniement, en tout cas le maniement plus aisé, de certaines armes dont la taille ne peut être trop réduite: les armes d'hast en sont un bon exemple. Mais le remplacement progressif du gladius par la spatha (épée longue) à Rome, a pu aussi favoriser une certaine croissance des gabarits. - la taille, c'est aussi souvent le gabarit, la corpulence et le poids: dans le corps à corps, ou pour le lancement du javelot (si important à Rome), c'est pas neutre. - Sans compter le facteur psychologique: la taille, dans certaines circonstances, aide à intimider, à instiller un niveau supplémentaire d'appréhension chez un adversaire plus petit. Et il faut souvent un surcroît de discipline pour le surmonter. Rome avait des unités faites de gens plus petits que les Germains ou Gaulois/Celtes en moyenne, mais évidemment ce "désavantage" était tout relatif quand on prend en compte surtout les autres avantages immenses de l'armée romaine, même dans la valeur individuelle: le légionnaire est véritablement surentraîné (endurance, discipline, moral, combat individuel et encore plus collectif) par rapport au guerrier celte ou germain "moyen" -hors leurs élites guerrières- qui est un "conscrit", ou un guerrier-raider occasionnel au mieux, au moins jusqu'au IIIème siècle. Et le légionnaire s'inscrit dans un dispositif tactique, opératif et stratégique infiniment plus développé et performant (de l'armement à la stratégie générale en passant par l'organisation militaire, le commandement à tous les échelons....). A quelle époque ;)? Le grand bouclier romain (scutum), d'abord ovoïde (inspiré du bouclier gaulois) puis en tuile, a été adopté suite aux guerres samnites et à l'accroissement de la taille de l'armée romaine, assez simplement parce que l'essentiel des soldats romains étaient sans protections corporelles (sauf un casque et un petit pectoral assez généralisé): le bouclier devait donc pouvoir si besoin est protéger tout le corps? Il est resté par tradition et commodité (notamment tactique) même après qu'au Ier siècle av JC, le légionnaire moyen commence à redévelopper un certain blindage. Vers le IIIème siècle, Rome revient à un bouclier plus petit, plat et rond dans le même temps que la spatha remplace graduellement le gladius, afin de tenir un mode de combat équilibré reposant, côté offensif, sur une épée plus souvent utilisée pour la coupe que pour l'estoc (donc exigeant aussi plus de force et d'allonge) en combinaison avec une lance d'arrêt (et le renoncement au pilum pour l'infanterie de contact).
  19. Tancrède

    Le F-35

    Pas forcément, et faut différencier la critique de l'avion lui-même (perso, j'en ai rien à taper de ce versant :lol:) et celle du programme en tant qu'objet politique et stratégique, et c'est dans ce registre notamment que viendra la question du nombre et de la disponibilité, accrue du problème de la répartition, donc au final de l'efficacité de l'outil que seront les unités de F-35 dans LES théâtres donnés où ils sont appelés à jouer un rôle. Et vu le dispositif mondial des ricains, nombre et dispo (sans compter la "pondération" de l'effectif total par le cas que sont les unités de Garde Nationale, ni pros, ni terriblement dispo, ni employables à haute fréquence ou en mobilisation totale) sont des questions essentielles sur l'efficacité de ce système d'arme non en se contentant de regarder la performance individuelle (à moins qu'elle soit mille fois supérieure à toute autre, ce qui risque peu d'être le cas), mais en regardant la place qu'il va prendre dans la capacité aérienne américaine globale. Et là, tout aussi notamment, la question du budget que ce programme pompe littéralement d'autres programmes existants et potentiels devient aussi très pertinente (notamment l'upgrade des avions 4G).
  20. Tancrède

    L'armée romaine

    Pour se représenter ce qu'était la vie du légionnaire, vue par le légionnaire, à une époque pourtant où les conditions sont plutôt bonnes et l'empire encore en phase ascensionnelle, ce texte fut écrit par un légionnaire (en tout cas repris par Tacite à partir de témoignages directs) à l'époque de la mort d'Auguste (14 après JC) qui vit de grandes mutineries dans les garnisons du Rhin et du Haut Danube (en anglais, désolé): "Old men, mutilated by wounds are serving their 30th or 40th year. And even after your official discharge, your service is not finished. For you stay on with the colours as a reserve, still under canvas - the same drudgery under another name! And if you manage to survive all these hazards, even then you are dragged off to a remote country and settled in some waterlogged swamp or untilled mountainside. Truly the army is a harsh, unrewarding profession! Body and soul are reckoned at two and a half sesterces a day - and with this you have to find clothes, weapons, tents and bribes for brutal centurions if you want to avoid chores. Heaven knows, lashes and wounds are always with us! So are hard winters and hardworking summers... The soldiers' reply was to tear off their clothes and point to the scars left by their wounds and floggings. There was a confused roar about their wretched pay, the high cost of exemptions from duty, and the hardness of the work. Specific reference was made to earthworks, excavations, foraging, collecting timber and firewood..."
  21. Tancrède

    Le F-35

    Les récentes études sur la rentabilité des drones (en terme de coûts de programmes, d'achat ET d'usage, surtout rapportés aux panels de missions couverts et aux taux de réussite) semblent d'un autre côté annoncer une remise à plat des programmes en la matière, et ce malgré "l'enthousiasme" d'Obama pour l'usage des drones. Apparemment, depuis la parution de ce fameux rapport, le sujet est devenu (dans une certaine mesure, n'exagérons rien) un sujet de discussions politique assez suivi par les journaux télé (donc un semi "hot topic", donc plus une question si neutre), ce qui veut dire qu'en interne du Congrès et sûrement de l'institution militaire (sans quoi les journaleux n'en parlent pas: ils transcrivent les sujets où il y a des fuites, qui traduisent généralement des batailles en interne), il y a débat et arbitrages attendus ou que certains essaient d'amener. C'est pourquoi je me demande quels sont les "clans" en interne des forces US, et surtout de l'Air Force: les partisans du F-35 (joints au lobbying de Lockheed), les partisans de l'avion piloté, les partisans du drone, les partisans d'un upgrade généralisé des avions 4G pour booster les nombres dispo.... Sont-ils de plus en plus incompatibles à l'heure des arbitrages financiers durs? On a cru comprendre que Panetta avait plutôt sérieusement bataillé contre Lockheed, par exemple, mais jusqu'à quel point? Oui, surtout à l'heure où semble persister encore cette vision absurde que les USA ne doivent préparer qu'une "flotte aérienne" pour affronter un adversaire unique, qui plus est dans une "grande guerre unique". Les USA sont de fait un empire devant avoir un grand nombre de "flottes" et flottilles aériennes réparties un peu partout, soit des unités ayant toutes leur propre théâtre, leurs exigences, leurs adversaires et missions, leur attrition particulière, avec une "réserve" centrale aux USA qui est vouée à diminuer en quantité, en disponibilité, et peut-être en qualité, sans compter en plus qu'une partie de cette "réserve centrale" où vont les navions est faite d'unités de garde nationale pas toutes au top (et à dispo moyenne à réduite) et dont beaucoup répondent à des desideratas locaux de politiques faisant une autre forme de kéynésianisme pour garder des industries. Les F-35 et F-22 vont aussi dans ces unités là, ce qui réduit encore la masse efficace disponible dans l'active, tout comme le facteur du temps de maintenance des joujoux très sophistiqués. Si la posture face à la Chine est l'étalon de mesure, il faut en plus prendre en compte le facteur distance pour mesurer l'éparpillement (donc réactivité, planification contrainte, difficulté de concentration/coordination) et le temps d'attaque/combat aérien réellement disponible dans cette configuration: face à une Chine qui n'égalera peut-être pas de sitôt le niveau technologique individuel des avions US, mais qui parviendra rapidement en revanche à combiner un niveau (ou plusieurs selon les types d'unités) satisfaisant des avions et/ou des missiles à un effectif pour le coup énorme, une doctrine passablement efficace et une capacité de mieux opérer parce qu'en défense, près de ses bases et frontières (donc avec aussi la capacité au sol), la capacité des USA à dissuader la Chine va très rapidement s'atténuer (encore plus).... Quel que soit le niveau de performances individuel d'un F-35 dispo en paquets pas si énormes, épars sur de grandes distances, et par ailleurs pas parfait même quand il sera réellement au point (il est pas court sur pattes quoi qu'il arrive?). A se demander par ailleurs si le F-22 a même atteint une quantité produite suffisante pour servir à quoi que ce soit à ce niveau (à moins de tous les mettre au Japon et en Corée). L'option de la masse des 4G massivement upgradés n'est de toute façon plus une option possible pour les USA: elle est obligatoire.
  22. Tancrède

    L'armée romaine

    Quelques incohérences par rapport aux diverses sources et études que j'ai (notamment sur les questions du paquetage, des corvées et du poids emporté, ainsi que sur l'omniprésence du blé dans l'alimentation -les céréales, oui, mais le blé, s'il était le plus fréquent, faisait aussi place aux lentilles, aux pois chiches, à l'orge, au son, au millet....), chose inévitable dans les études sur l'armée romaine (et ils puisent abondamment chez Le Bohec, donc ça fait au moins une source en commun avec eux :lol:), mais très bon document, très focalisé sur un sujet précis et somme toute rarement étudié ou en tout cas évoqué (en même temps, ça n'intéresse qu'un public de geeks de la chose :lol:). Entre autres choses, ceci dit, l'évocation d'une "taille idéale" à 1,78m m'étonne: je n'ai pas mention de la chose ailleurs, et 1,78m me semble énorme, même si ce n'est évidemment pas la taille moyenne. Je sais que le citoyen romain de l'époque césarienne n'est pas si petit que ça, étant donné qu'il mange plutôt pas mal du tout (notamment en protéines animales et végétales), et que ça a eu tendance même à beaucoup augmenter sous l'Empire (jusqu'au IIIème siècle en tout cas), même s'il faut garder à l'esprit, et surtout pour la période impériale, que l'empire n'est pas fait que de citoyens jusqu'au IIIème siècle, ni d'hommes libres, ni même d'une grande majorité de gens pouvant avois accès à une alimentation abondante, régulière, de qualité correcte et variée. L'armée cependant peut pendant longtemps sélectionner ses recrues face à un vivier abondant. Cependant, 1,78m, c'est plus que la taille moyenne des vikings de la période d'expansion des VIIIème-XIème siècles, ou que celle des populations germaniques de la période des grandes invasions: il est vrai que quand on évoque ces peuples en général, on se réfère en fait surtout à l'élite guerrière, religieuse et politique, celle qui bouffe bien, n'est pas exténuée/cassée par un labeur physique, et bouffe beaucoup de viande (donc de protéines) par rapport en plus à des populations méditerranéennes reposant plus sur une alimentation végétale (céréales) et à des populations sédentarisées et vivant dans un monde plus "développé" reposant sur l'agriculture, où la part de la viande est nettement moindre (les "Francs" de l'époque viking sont un tout petit peu plus petits que les vikings, genre 1,72m de moyenne contre autour d'1,76m). Si 1,78 est un référent "idéal" vers lequel l'armée romaine essaie d'orienter le recrutement, au moins pour les légions et l'infanterie de contact en général, c'est quand même que cette taille a une certaine réalité dans l'armée même si elle n'en constitue pas la moyenne, donc qu'elle représente des pans significatifs des recrues et soldats. Je n'aurais pas vu cette taille comme relativement commune pour le monde romain de l'époque césarienne et pour le Haut Empire, cad avant que le recrutement de non citoyens, notamment Celtes, Thraces, Illyriens ou Germains - ou encore plus les enfants issus de mariage mixtes- devienne commun pour l'infanterie légionnaire.
  23. Tancrède

    Le F-35

    Y'a un labo de R&D dans chaque avion? Voilà l'explication du prix !
  24. Pourra t-elle jamais se le permettre? Une telle situation signifie déjà l'arrêt brutal et total de tout commerce avec les USA, un coup en soit dont je doute qu'aucune réserve d'or lui permette d'éviter les conséquences (notamment intérieures) d'un tel arrêt. Mais ça signifie aussi que la sphère d'influence des USA va alors devoir prendre position: Europe, ASEAN et autres puissances du sud-est asiatique, Japon, Corée du Sud.... Les accès pétroliers au MO seraient vite coupés, de même que l'océan indien, et il reste à voir les positions de la Russie, de l'Inde et des pays significatifs d'Amérique du Sud qui ne pourraient pas être réellement neutres dans l'histoire.
  25. Là, il s'agit de se demander dans quelle mesure le problème est-il, en plus de la pure realpolitik et éventuellement d'une composante d'idéologie nationaliste (qui peut comme tu le dis prendre une part énorme dans les choix chinois en fonction de leurs crises intérieures: un besoin de "dérivatif" agressif, voire belliciste ou belligène, qui canaliserait une partie des mécontentements), d'ordre culturel? Qu'on le veuille ou non, le fonctionnement de la scène internationale dans ses institutions, principes et procédés, est d'inspiration culturelle occidentale, avec entre autres le droit des contrats et des traités qui a sa part dans la façon de réguler les rapports entre nations et le cadre dans lequel ces rapports s'opèrent. La conception qui y prédomine (pas la forme: les traités formalisés et écrits ont existé auparavant dans toutes les cultures un peu développées) présuppose des principes qui, s'ils ne sont pas non plus toujours absolus pour les occidentaux eux-mêmes (selon l'évolution des rapports de force, changements brutaux, opportunités, des traités ont été violés ou dénoncés, ou oubliés, ou contournés dans la lettre), je me demande à quel point la culture profonde des dirigeants chinois les accepte et sans accommode réellement, vu qu'il s'agit de la seule sphère culturelle qui n'a pas été réellement pénétrée par un fort impact occidental. Dans quelle mesure la culture chinoise, pour qui rien ne peut être définitif dans le domaine des contrats, ententes (....) et pour qui tout peut être remis en cause au moindre changement perçu comme opportunité, peut-elle réellement "jouer le jeu" tel qu'il est? Pour illustrer, j'évoque la lettre du résident chinois que tu cites: la mentalité chinoise ne peut-elle pas pleinement intégrer le fait, et agir comme si, "ça, c'était avant, à ce moment, et maintenant c'est maintenant, et c'est différent"? Ce qui est par ailleurs pleinement hypocrite et incompatible avec une quelconque forme de "revendication historique" décrétant que tel ou tel endroit leur appartient "de toute éternité", sauf à intégrer pleinement leur logique qu'on revendique un certain nombre de trucs et qu'on s'agite pour essayer de les choper quand on en a les moyens ou que en tout cas ça nous sert (de les prendre ou de simplement faire de l'agitation en ce sens). Mais cette logique cadre justement très mal avec le fonctionnement de la scène internationale et son assise culturelle sur le droit des contrats.
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