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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Mais voyons messieurs, vous savez bien que dans la section uchronies/wargames, les armes nucléaires existent sans exister: on les a mais elles sont pas faites pour être prises en compte :lol:, sinon pas de scénaris! Un des premiers axes de réflexion dans ce cas de figure est pour moi celui de l'adversaire en tant qu'entité: cet "empire" à peine uni, encore à sa première génération d'habitants tous nés dans des pays différents et souvent rivaux, qui plus est traversés par des courants tribaux/culturels/ethniques/religieux antagonistes et nettement plus réels que toute construction nationale, cet empire qui plus est immense et sectionné par la diversité géographique, est en soi à mon sens un territoire difficile à avoir "en mains", qui plus est avec un Etat central dont les moyens matériels restent limités. Il constitue donc la première cible: avant des bombardements ciblés ou des débarquements sur les îles prises ou menacées, causes de dispersion des moyens sur des milliers de kilomètres carrés, autant envisager de voir toutes les guérillas, les opérations spéciales et clandestines, les menaces de mouvements militaires et faux mouvements tous azimuths, les bandes armées et mouvements politiques/militaires.... Qu'il est possible d'utiliser, favoriser, chaperonner d'une manière ou d'une autre. Sur des surfaces pareilles, c'est condamner l'adversaire à utiliser une part croissante de ses moyens pour garder sa maison un peu en ordre; ajoutez des bombardements ciblés sur des ouvrages d'art, des noeuds routiers et ferroviaires en rase cambrousse oudes hubs de fret, des opérations navales ponctuelles sur des grands ports, des entrepôts de bouffe (très sensibles dans un Etat qui doit vivre en flux tendus et où la bouffe doit être un des moyens de contrôle gouvernementaux).... Et ces moyens sont encore plus limités, la pression sur le décideur plus grande, sa marge plus réduite, sa contrainte à la faute plus importante, son délai/horizon de décision plus court, ses sujets d'attention/préoccupation plus nombreux, son agenda et ses ordres de priorités plus contraints (par les Européens).... Bref, il s'agit de profiter de la fragilité de sa construction étatique.
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Ben le problème déjà sur ce point, c'est quand même qu'il faudrait une Afrique musulmane, donc limitée au nord du Sahara plus une bande de zones tribales au sud, mais en conflictualité avec les zones chrétiennes; déjà, sur le plan stratégique, ça fait une guerre sur 2 fronts (immenses) pour cet "empire musulman d'Afrique", ou au moins une guerre au nord et de l'effectif à avoir au sud pour surveiller et pouvoir tenir, parce que le premier réflexes d'Européens mystérieusement privés d'armes nucléaires, ce sera de se garantir PLEIN de partenaires de baston côté Afrique subsaharienne chrétienne. Ensuite, l'idée d'avoir une armée entière de jihadistes fanatiques, et une armée pour un conflit de cette échelle, semble un peu illusoire: une proportion minoritaire de réellement fanatisés peut-être, mais pas la majorité. Enfin le fanatisme ne fait pas la compétence, et la compétence coûte cher en temps et en argent: 20 ans, ça fait pas beaucoup pour bâtir une armée énorme et compétente avec peu de moyens et peu de base. Alors oui, quand on voit les Tchadiens dans leurs rezzous, on voit effectivement des gars dursà la douleur et à la peine, avec une mentalité de guerrier comme les pays développés ne peuvent plus vraiment en avoir (développement oblige). Mais ça ne les fait pas tirer droit, ça ne leur donne pas une bonne coordination à tous les échelons d'unités, ça ne leur enseigne pas l'art de la guerre, et surtout de la guerre à grande échelle, ça ne leur donne pas une organisation efficace et la capacité de l'utiliser au mieux, ça ne leur donne pas un corps d'officiers et un de sous-offs compétents, ça ne leur donne pas une armée avec équipement, réserves et stocks, capacités de commandement et de contrôle, de maniement des grandes unités, capacités d'observations, capacité de coordination et concentration des feux (artillerie, aviation, drones, missiles....), toutes choses qui donnent à une armée son caractère efficace. Pour faire un parallèle, on aime à penser que Valmy (et quelques autres) a été gagnée par les volontaires enthousiastes de l'an I de la République. La réalité est un peu différente: les bataillons de volontaires étaient écartés de l'armée par les généraux qui ne pouvaient rien en faire tant ils étaient nuls (il a fallu des années sous le feu et l'encadrement de la troupe pro, plus l'amalgame et la sélection naturelle, pour commencer à voir cela changer). Ils gardaient les camps ou étaient envoyés réprimer en Vendée et Bretagne où ils ont galéré face à des paysans pas très nombreux et n'ont été connus que par leurs exactions abominables. A valmy et dans les premières victoires de la République, c'est la vieille armée de ligne, l'armée ex-royale, qui a fini par mettre le holà à l'invasion. Par ailleurs, la guerre moderne, pour revenir au scénario, implique bien autre chose que des affrontements de fantassins, surtout là pour le coup une guerre entre entités étatiques, avec villes, bases militaires, axes de communication, structures industrielles et énergétiques, centres de décision en dur, infrastructure civile et militaire.... Et la guerre moderne, ce sont aussi des savoirs-faires qui s'acquièrent sur des décennies, à très grands frais (et qui se perdent très vite): capacité d'Etat-Major à grande échelle, capacité amphibie, capacité aéronavale, sous-marinade, capacité AA, capacité aérienne, guerre blindée.... En résumé, ton UA façon nouveau califat, même en admettant une entité qui arrive à intégrer et unir un vaste territoire sans en plus avoir à utiliser l'essentiel de son armée pour le maintenir (déjà improbable), à l'organiser et le développer au moins un peu, à le stabiliser et lui donner un début de "conscience nationale", pourrait sans doute aligner une proportion relativement importante de soldats de bon niveau (au milieu d'une armée bien plus vaste très inégale et peu compétente), sans doute des sections, compagnies et bataillons assez capables. Mais la capacité des échelons au-dessus, rien que pour le combat terrestre, de manier de grandes unités, et plus encore des grandes unités interarmes, et surtout de bien le faire (parce qu'en Europe, on n'est pas encore si nuls de ce côté), ne s'acquière pas rapidement, et le décalage côté matos s'ajoute en plus à ce stade à tous les niveaux (C3I, renseignement et observation, coordination des feux, portée des armes, rapidité des communications et des mouvements en opération, logistique....). Côté nature du conflit, si il s'agit d'un affrontement plein entre entités étatiques, "symétrique"/classique, c'est là où les Européens ont le plus de chances de l'emporter vite et décisivement. S'il faut commencer à moduler, faire de la conquête et/ou de la sécurisation, là ça commence à merder. Mais en conflit total, non, mais cette UA-califat n'a pas l'ombre d'un bout de chance.
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PA2 vu par Thales, Hervé Couteau-Bégarie et l'académie de marine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Europe
Désolé, moi je suis pour 2 PA pour l'objectif absolument nécessaire de présence constante à la mer: pas parce que le bouzin part à l'entretien régulièrement, mais parce que si un est coulé, y'en a un de rechange.... Traitez-moi de pessimiste, mais l'histoire militaire prouve absolument un fait: le matos militaire a tendance à être souvent égaré ou cassé :lol:. -
PA2 vu par Thales, Hervé Couteau-Bégarie et l'académie de marine
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Europe
Je sais pas: la lecture de l'article de Bihan sur le "futur PA" dans le dernier Histoire et Stratégie m'interpelle sur ce sujet: le paradigme à changer selon lui est celui des fonctionnalités du PA, particulièrement quand on parle de PA géants multifonctions à l'américaine dont le coût devient trop prohibitif pour qu'il constitue un système d'armes pertinent si on veut et avoir le top du top et une marine équilibrée. Donc un PA de grande taille oui, c'est nécessaire pour avoir la capacité de frappe voulue, mais apparemment Bihan parle d'un tel PA comme devant être "recentré" sur son "coeur de métier", ce qui impliquerait de dégager pas mal de trucs par rapport au modèle couteau suisse d'hyperluxe actuel afin de diminuer les coûts: je comprends pas précisément ce que ça inclue personnellement et comment on peut baisser les dits coûts de façon significative en faisant un PA de grande capacité. En un autre temps, contre d'autres adversaires, avec d'autres configurations de modèles de force et pour un type de conflit spécifique. Dur de transposer. -
Sans compter l'histoire des doubles standards hommes-femmes, le rabaissement des critères de sélection dans l'Army, notamment au cours de l'occupation de l'Irak, ce qui peut être attendu pour la réserve, le manque de choix de l'Army (nombre de candidats faible, et qualité moyenne médiocre).... Mais faut pas d'un autre côté omettre le fait qu'il y a des individualités qui sortent de la moyenne, et qu'ils ne sont pas représentatifs des groupes dont ils viennent. Pour coller à cet exemple, on peut dire que Jeannie Longot ne représente pas vraiment la moyenne des femmes, des humains ou des cyclistes professionnels ;).
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Le problème (et le clin d'oeil à Golden City est d'à propos :lol:), c'est que si ces petits ilôts mobile (des paradis fiscaux sans l'inconvénient d'être des bleds) donnent dans ce registre, tous les gens riches de la planète s'y feront domicilier ET continueront à résider où bon leur semble (en plus de ce cadre particulier), ayant le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière sans en payer le prix. En somme, ce seraient de petits Luxembourg en kit et bougeables: paradis pour gens fortunés, avec une population limitée de domestiques et ouvriers (juste assez nombreux pour le standing et les travaux strictement nécessaires), qui vanteraient un "modèle social" qui a pu se construire en prélevant ce qui les arrange dans des pays développés et stables (qui n'ont pu l'être et le rester qu'à un coût exorbitant) et en drainant ce qui permet à ces pays de continer à l'être.... En niant par exemple le fait que ces gens soit disant plus "entreprenants" n'ont pu l'être et faire fortune QUE parce qu'ils étaient dans des pays déjà développés et stables, chose qui n'est pas gratuite et certainement pas un fait à considérer comme acquis. Si cela se fait, il faudrait que les dits Etats se rendent compte que de telles entités sont des parasites, pas des pourvoyeurs de "prospérité", et agissent en conséquence pour que leurs ressortissants n'aient pas les bénéfices de leur nouveau gadget ET ceux qu'ils avaient dans les Etats développés dont ils viennent, sous peine d'encourager le développement d'un tel modèle qui, comme les écoles privées sélect, prennent juste les candidats qui les arrangent sans se soucier de déstabiliser le système scolaire.
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Déjà, des gens s'alignant sur la pensée "randienne" ont un sérieux manque de crédibilité sur la façon d'organiser une société. Encore pire quand on voit le genre de déclaration selon laquelle cette activité est une science quantifiable, un "problème mathématique à résoudre", pour quasiment paraphraser ce qui a été dit. Ajoute le côté "free for all", avec chacun son petit bout de "mode de gouvernance", les problèmes naturels et physiques d'une habitation maritime (surtout avec les conséquences actuelles des changements climatiques), les conséquences inévitables de personnes très aisées se créant ce genre de trucs déterritorialisés juste pour pas payer d'impôts.... Et on verra que ce genre d'idées ne peut naître que dans un pays qui, comme les USA, considère le fait d'avoir un territoire connaissant une paix civile durable et un relatif consensus national permettant la stabilité, comme un acquis ferme et définitif qui va de soi. Il n'y a que dans certaines franges d'une société en paix pendant très longtemps que l'on peut à ce point sous-estimer la rareté (historique et géographique) d'une telle chose au point de nier ce que ça coûte et de considérer tout impôt par nature comme un vol. Ce genre "d'îles", si elles devaient naître, leur ferait vite sentir le coût réel (en argent mais pas seulement) du maintien d'une communauté humaine, quand bien même ils sélectionneraient leurs candidats pour n'avoir quasiment que des gens très aisés, ou en tout cas une proportion très importante. sans compter le volet relations internationales d'une telle entité qui serait de fait vite un paradis fiscal de plus avec une position native de faiblesse dans toute négo qui rabattrait vite leur caquet à ceux qui réfléchissent à de tels problèmes en n'incluant que les paramètres qui les arrangent et qui rentrent dans le cadre de leurs petites idéologies.
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Fonder quelque chose sur la "philosophie" d'Ayn Rand :lol:.... A terre, c'est déjà plus que bancal, mais en mer....
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Trop, ça fait grossir . Oui, mais en fait, ça vaut aussi pour un tas de trucs genre drones, hélicos et véhicules terrestres de patrouille, en métropole mais surtout outre mer: le seul vrai besoin de "défense" du territoire est de nature douanière/policière/migratoire. Pas besoin de hardware militaire "lourd" pour ça. Le nucléaire dissuade s'occupe des problèmes comportant des divisions blindées :lol:.
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Si on doit "défendre le territoire national", on a juste besoin de capacités de patrouille et de détection, de quelques intercepteurs, de quelques groupes d'intervention, de pas mal d'unités de police "musclée".... Et de l'arme nucléaire. Le reste peut dégager. Le problème de parler de politique étrangère en campagne, c'est qu'il faudrait admettre que le monde ne se plie pas au désideratas et positions faciles exprimés dans des slogans simplistes. Il suffit de voir la façon de certains candidats de disposer de la décision d'autres pays rien que quand ils parlent des traités européens: ça va réformer tous les traités, faire signer à l'Allemagne ou l'Angleterre tout ce qui va avec les programmes électoraux, et le monde entier obéit parce que c'est la France et merde :lol:! Ca aiderait pas si la vérité devait être un peu approchée, dans le genre "on va essayer d'obtenir ces 2 ou 3 petits trucs dans des négociations avec untel, mais attendez pas plus parce que le monde marche pas comme ça". Dites quelque chose dans ce goût là, et ça sonnera encore plus mal.... Sans compter le reste du programme qui dépend en grande partie de ces choses qui sont le cadre des relations économiques, et qui donc perdrait le peu de cohérence qu'il semble avoir. Pour le reste de l'international: "la paix, l'humanitaire, avoir des amis dans le monde, les droits de l'homme" en restant bien dans le vague et en perpétuant le mythe que les relations internationales sont cet espèce de "truc" vague qui doit bien être important mais on sait pas trop en quoi, et qui reste présenté en filigrane comme une espèce de luxe, de "loisir des rois" qui n'a pas vraiment d'effets réels ou de caractère fondamental dans la vie de la France qui peut rester un univers en vase clos. Alors si la diplomatie en général a si peu de "réalité" électorale, l'armée en particulier n'en a pour ainsi dire aucune; juste un vague a priori comme quoi "un pays doit avoir une armée parce que c'est important", sans trop savoir réellement pourquoi. Et aucun politique n'essaie même de faire le moindre début de remise au parfum parce qu'une bonne part d'entre eux ne le savent pas réellement non plus. Seuls ceux qui sont au pouvoir (en fait l'exécutif seulement) finissent, après quelques temps, par commencer à réellement le piger.
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Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Au final, l'échelle des armées et le manque graduel de moyens humains ont de toute manière forcé à penser à l'échelle de ce qui est appelé "art opératif", par opposition aussi à la conception prévalant jusqu'en 1917 qui voit les décideurs militaires penser l'ensemble du front comme une version à plus grande échelle d'une armée de campagne et donc recherchant une bataille unique et décisive comme s'ils avaient conduit une armée de 60 000h comme au XVIIIème siècle, donc en concentrant tous les moyens sur elle. La simultanéité, même si toujours pensée dans ce cadre, de la Somme et de Verdun, a déjà du leur apprendre à réfléchir autrement. Cependant, un détail m'intrigue dans le point de vue de Goya que je trouve véhément parfois jusqu'à l'artificiel: d'une part il semble désormais entré dans le fan club de Pétain (comme toute une partie des historiens de la 1ère GM semblent ne voir la guerre que sous son angle), mais surtout d'autre part il fait entrer tout ce qu'il peut dans une nouvelle catégorie qui serait "l'art opératif français" de 1917-18, comme si l'émergence de ce concept, au final assez récent comme "objet" d'étude, devenait une nouvelle case à la mode dans laquelle il faut être le précurseur et montrer qui l'a "inventé". Je ne connais pas assez le règlement d'emploi des grandes unités de 1918, mais il me semble quand même que Goya veut à tout crin, et souvent un peu artificiellement, mettre Pétain en fondateur de l'art opératif, si tant est qu'une telle position puisse exister. Sous prétexte, par exemple, que le développement des chars voit apparaître les premières idées de corps blindés et de grandes percées, que l'aviation commence à envisager du bombardement au-delà de la portée de l'artillerie ou que des transports blindés d'infanterie soient émis comme hypothèse, Goya me semble un peu rapide à décréter que Pétain a pris en compte tout cela pour formuler des concepts de base d'une pensée opérative, en partie mis en oeuvre dans son règlement d'emploi des grandes unités, et que c'est vers une pleine prise en compte de ces développements qu'il commence à orienter. Que la conduite alliée, et surtout française, de 1918 commence à orchestrer les opérations à grande échelle d'une façon chorégraphiée et envisageant le résultat comme une combinaison dans le temps et l'espace pour obtenir un effet plus que tactique, visant des objectifs plus "profonds" (centres et axes logistiques, réserves, moral....) et profitant d'une plus grande souplesse logistique pour mieux utiliser les ressources à l'échelle du front, c'est un fait, mais est-ce pour autant devenu une pensée et plus encore une doctrine prenant pleinement en compte l'idée de multiplication des effets à échelle stratégique/"opérative", qui font que la combinaison des opérations devient plus que la somme des parties? Est-ce une chose pleinement consciente, systématisée? C'est la différence apparemment entre Bihan (qui parle "d'éveil" opératif) et Goya. -
Les Forces "TRES" spéciales
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Forces spéciales et clandestines
J'entends bien, mais en fait ce qu'il est amusant de voir, c'est l'évolution britannique, si tant est qu'ils s'orientent vers une structure permanente pour le MI-6; même si elle procède encore pour l'instant de leur logique habituelle, le niveau de sollicitation que tu mentionnes pour les FS occidentales depuis quelques années est tel que de fait, les personnels seront en permanence mobilisés pour ces tâches, tant par l'expérience acquise que par économie (la sélection est déjà faite, et cette "formation" supplémentaire est acquise de fait comme une spécialisation) ou degré de confiance acquis en leurs capacités. Le réflexe administratif habituel est que l'organisation temporaire tend souvent à devenir permanente, au moins tant que le besoin et les résultats sont là à un niveau suffisant, ce qui permet en plus souvent à ceux qui la dirigent de se garder cette petite structure de pouvoir naissante et de tout faire pour la développer. Et ça changera la spécificité culturelle britannique en matière de FS, eux qui avaient une définition différente des opérations spéciales et clandestines, nettement plus confondue que la nôtre ou que celle des ricains. Est-ce qu'un tel mouvement finira par ramener SAS, SBS et SRR vers une définition des FS plus strictement militarisée? Est-ce que ce "E squadron" serait l'amorce d'une renaissance, d'une certaine façon, du SOE, avec un service action dédié aux opérations clandestines directes, au renseignement humain et à ce que faisaient pendant la 2ème GM les unités de Jedburghs? -
Les Forces "TRES" spéciales
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Forces spéciales et clandestines
Ca fait du monde, mais peu pour les missions telles que celles qui semblent assignées à ce "E squadron", tout comme la DGSE ne confie pas ou très peu de tâches au COS, et quand/si elle le fait, c'est pas avec tout le monde dedans, mais un nombre d'éléments très limités. Là, il s'agit des tâches assignées par le SIS, soit essentiellement le boulot "clandestin": jusqu'ici, et ça semble encore la donne, SIS et UKSF sont deux choses différentes puisant en revanche dans un réservoir limité qui est moins nombreux que l'effectif du seul COS, alors que la DGSE a son propre réservoir bien fourni (semble t-il équivalent aux 2 régiments de la BFST). Ca fait pas la même logique d'emploi suivant l'effectif dispo quand le différentiel est de cette échelle. -
Les Forces "TRES" spéciales
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Forces spéciales et clandestines
Grosso modo, il me semblerait logique d'en conclure que les Brits commecent à structurer un pôle paramilitaire permanent et spécifique pour le MI-6: ce qu'on appelait Increment était surtout connu pour les exécutions sanctionnées et le "wetwork" pour les MI-5 et MI-6, avec en complément l'ex service spécifique à l'Irlande du Nord. Un "E squadron", tant en raison de la spécificité des missions décrites qu'en raison d'une faiblesse d'effectifs qu'il est possible de déduire, semble destiné à servir le MI-6 à plein temps, à la fois reléguant les FS à un rôle plus strictement militaire et laissant un vide pour ce qui concerne le MI-5 qui continuera (à moins d'autres nouvelles) à puiser dans son réservoir action habituel dans les FS et autres forces antiterroristes, y compris pour les missions autrefois dévolues au supposé "Increment" qui continuera à exister de fait (comme une sélection ponctuelle de membres des SAS/SBS/SRR -merci de la correction) donc à ponctionner les unités permanentes des dites FS. -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
C'est Benoît Bihan.... Et c'est lui qui insiste sur le choix du "cadencement" des opérations comme partie déterminante de l'art opératif. Dans le cas de la France de 1918, il me semble que la doctrine a pu naître précisément à cause de la nature de la capacité logistique française/alliée par rapport à l'allemande: l'importance numérique de la flotte de moyens automobile a pu permettre cette "tactique de grande échelle" de tenter beaucoup plus d'offensives limitées pour "tester" le dispositif ennemi et le leurrer, les Allemands étant essentiellement dépendant du rail, moins souple, condamnant à des efforts mobilisant plus de temps et donc plus irrévocables une fois déclenchés (ce qui, au niveau stratégique, était le problème principal des systèmes de mobilisation en 1914, un des facteurs de la diplomatie et l'engrenage fatal de la marche à la guerre). Le camion offrait une souplesse infiniment plus grande (temps et espace) dans le choix des lieux de concentration offensive (ou de diversions) et des redéploiements rapides pour d'autres offensives (simultanées ou suivant de peu) ou pour renforcer une zone attaquée. Bref, à cette période, le "jeu des réserves" change très rapidement par ce biais et a du constituer la base de développement du mode opératoire français pour ce théâtre. Ce jeu auxquels s'adonnaient les deux belligérants depuis le début a changé de nature côté allié dès lors que la flotte de moyens automobiles a pu atteindre une masse critique, impactant la planification et offrant un panel de nouvelles possibilités dans la gestion du temps et de l'espace. Et c'est cette approche qui s'est figée après la mort de Foch, alors qu'elle aurait pu constituer une école de guerre mécanisée. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Plus une minorité est réduite, moins elle est susceptible d'être maltraitée, au moins sur injonction du pouvoir (directe ou indirecte). Et encore plus quand elle est géographiquement concentrée dans un environnement "maîtrisable" (en l'occurrence urbain) et ne représente pas une menace (voir le cas des juifs en Turquie et le cas plus ambigu des chrétiens). Quand en plus mettre son traitement en exergue pour des motifs de propagande politique devient utile, c'est la cerise sur le gâteau. Mais cela ne révèle certainement en rien l'attitude fondamentale du gouvernement en question. Si l'immense majorité des juifs iraniens a fui le pays, c'est peut-être un peu plus révélateur. Si dans l'absolu, les chrétiens au Moyen Orient ont tendance à émigrer temporairement ou définitivement dans d'autres pays, ça veut dire quelque chose. Le vote par les pieds sur une durée assez longue est généralement plus révélateur que toutes les propagandes du moment. Et encore plus quand on décompose les minorités concernées socialement: les 2 extrêmes du spectre social ont tendance à révéler le sentiment du reste, parce qu'ils émigrent plus vite tous les deux, les uns parce qu'ils le peuvent et ont beaucoup à perdre, les autres parce qu'ils le doivent et n'ont pas grand-chose à perdre. -
Les Forces "TRES" spéciales
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Forces spéciales et clandestines
Je crois pas: ça doit être pire pour eux, parce qu'ils n'ont pas de service action (et le service action de la DGSE, ce sont apparemment des effectifs équivalents à ceux du 13 et du 1er RPIMA), et que ce sont les SAS, SBS et SRS qui se tapent ET ce boulot ET celui de forces spéciales pour l'armée, le tout avec des effectifs moindres que le seul COS. -
Les Forces "TRES" spéciales
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Forces spéciales et clandestines
La différence étant que les Brits n'ont pas de service "action" dans leurs services: MI-5 et MI-6 n'ont pas de branche armée, contrairement aux services US ou français, et recourent justement aux FS dont la définition n'est donc pas la même. Les FS britanniques sont à la fois des FS au sens militaire et un service clandestin. Là, ce "E squadron" semble être une synergie des éléments des FS britanniques structurellement séparées (SAS, SBS, SRS essentiellement); la question est donc de savoir quels critères répondent à ces missions.... Un plus haut niveau de confiance? Un besoin né de la sur-sollicitation des FS tous azimuths (opérations spéciales "normales", théâtres d'opération majeurs plus boulot pour les services) qui amènerait un début de structure paramilitaire permanente pour les services, en tout cas le MI-6? Théoriquement, le SRS a été formé justement pour ces missions de renseignement stratégique, donc si apparemment ce squadron est généralement dévolu à ce type de missions, cela doit correspondre à un besoin spécifique. Or, jusqu'à présent, en dehors de quelques missions spécialisées comme le renseignement en Irlande du Nord (dont les derniers membres avaient été reversés dans le nouveau SRS), le côté observation-action des services de rens britanniques puisait dans le réservoir des unités spéciales, avec le supposé "Increment" qui semblait avant tout un rassemblement occasionnel d'éléments particulièrement fiables pour des exécutions sanctionnées. Donc j'en déduis que soit ce "E squadron" est une espèce de semi-officialisation d'un début de structure permanente entièrement dévolu aux services britanniques (ou au moins au MI-6) du fait de besoins croissants et d'un manque de personnels (surtout en raison du niveau d'activité actuel qui doit trop taper dans le réservoir), soit il s'agit juste d'une appellation médiatique sans que rien n'ait changé derrière. Personnellement, vu l'évolution des milieux "FS-clandestins" ces dernières années, j'opterais pour la première solution: le réservoir britannique m'a toujours semblé trop petit au regard des besoins croissants, et si la confusion militaire-services a ses avantages, face à une sollicitation telle qu'actuellement, ça ne peut pas tenir. Ca semble cohérent? -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Bof, ça c'est encore un coup des Grecs :lol:: dès qu'ils fondaient une ville, le nom finissait par "-polis" ("ville") ou était celui d'un leader mégalo (combien d'Alexandries, Séleucie....) :lol:. -
Attitude des USA vis-à-vis de la Chine depuis 1990
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Carl dans Politique etrangère / Relations internationales
Parce que: - il y avait bien trop à gagner à court terme pour les entreprises payant les campagnes électorales des élus américains - il y avait trop d'intérêts en jeu pour maintenir, dans la spirale de la croissance américaine telle qu'elle se fait depuis l'époque reaganienne, des salaires de fait stagnants avec illusion de croissance du pouvoir d'achat via l'emprunt facile ad vitam. La spirale dérégulationniste était par ailleurs à son maximum, y compris comme antienne politique officielle des démocrates - les marchés financiers en plein boom y incitaient plus que de raison - il y avait encore beaucoup de convictions que la démocratisation de la Chine et son ancrage rapide dans le supposé "jeu du marché", par les logiques supposées de marché, fassent de fait augmenter vite ses salaires et donc son coût du travail dans des proportions suffisantes, et lui imposent graduellement une nouvelle gouvernance, et de là une régulation homogénéisant la concurrence commerciale. L'alignement de la monnaie était pareillement supposé se faire vite, personne n'imaginant qu'une Chine droguée et dépendante d'un yuan sous-évalué consacre tant d'efforts et de moyens à maintenir cet état de fait (ce qui signale le primat dans les mentalités occidentales des idées disant que des règles invisibles de l'économie dictent tout, et que la volonté politique, surtout de long terme, n'existe pas réellement). - la conviction des années 90, et ce sur quoi Clinton avait fait sa campagne, était que la désindustrialisation n'était pas grave car elle serait plus que compensée par les nouveaux jobs créés par l'économie numérique et ses succédanés sur l'industrie des services: grosso modo, les ouvriers devenaient des employés de call centers, des vendeurs.... Et toute l'économie fonctionnait sur ce mythe: aux émergents, Chinois en tête, les industries de main d'oeuvre, aux occidentaux, Américains en tête, les services et les industries de pointe. Que les milieux avertis aient vu que les Chinois pouvaient développer dans le même temps des capacités massives de recherche, de services et d'industrie à haute VA n'a pas changé le fait que politiquement -et commodément pour les industries en recherche d'écrasement des coûts- c'est ce mythe là qui a présidé aux années 90 et jusqu'au début des années 2000, le tout sur fond de "nouvel ordre mondial" qui parlait beaucoup de multipolarité mais asseyait de fait une conviction que l'Amérique était intouchable et absolument dominante Bref, tous les postulats des années 90 se sont plantés dans les grandes largeurs. -
Les Forces "TRES" spéciales
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Forces spéciales et clandestines
C'est quoi exactement, ça? Il me semblait que the Increment, pour faire simple, c'était surtout le machin chargé purement et simplement des exécutions sanctionnées. -
Casse gueule garanti: qu'est-ce que "l'art opérationnel"?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Petite remarque cependant: ils insistent aussi et peut-être surtout (en fait c'est Bihan qui y revient beaucoup) sur la cadence des opérations, leur chorégraphie/ordonnacement dans l'espace et dans le temps, comme une dimension tout à fait constitutive des objectifs que tu mentionnes par ailleurs, ce qui est une autre façon de dire qu'il s'agit aussi sur le plan pratique de pouvoir orchestrer l'allocation des ressources militaires et logistiques à grande échelle pour maximiser les effets, gérer les vulnérabilités créées par toute concentration et en fait optimiser à l'échelle du théâtre d'opération leur gestion dans une planification bien pensée en fonction des données politiques, économiques et opérationnelles de l'adversaire (pour la définition des objectifs et de l'ordre dans lequel les frapper, du niveau de force à y allouer, des effets escomptés puis constatés qui impactent les opérations postérieures) ET de soi-même. Sur le plan de la conduite des opérations, c'est un échelon de gestion, de prévision et de réaction à part entière qui constitue l'art opératif, dans sa définition, à mon sens, qui suppose un niveau de planification comme il n'y en avait alors jamais eu. -
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca va invalider l'essentiel des souvenirs de "francisation" du XIXème siècle comme arguments pour les flamands :lol:: ils réinstaurent les hussards noirs :lol:! A quand les enfants à qui il est demandé de dénoncer leurs parents qui parlent français à la maison? -
Du devenir des villes dans les conflits armés
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Ca dépend de ce que tu appelles "force brute" à mon sens: les paras à Alger n'étaient pas tendres, pas plus que ne le seraient des unités de fantassins spécialisés dans le combat urbain et cette tâche bâtarde entre police et armée. Mais dans des trucs comme en Syrie ou en Tchétchénie, outre la volonté parfois affichée de ne pas faire le détail et d'être dissuasif à l'extrême (en faisant le pari qu'il faut être hyper brutal pendant peu de temps pour obtenir le calme), il y a aussi la qualité des troupes engagées. En Syrie, on parle de conscrits peu formés et de soldats pros, mais qui tous n'apprennent qu'à faire la "grande" guerre contre un adversaire similaire. Ils ne savent pas faire autrement, et les troupes ne sont pas non plus celles d'un pays développé avec tant de moyens que ça pour donner à son corps de bataille un panel de capacités large, pour compenser les manques par de la technologie permettant de limiter les dégâts.... Et moins la troupe est qualifiée, plus l'appel aux appuis est massif, et ce sont eux qui font l'essentiel des dommages collatéraux, de l'aviation à la tourelle de VCI en passant par l'artillerie. Pas vraiment de drones pour repérer et cibler, pas vraiment de munitions de précision, pas vraiment de super communication/coordination en temps réel, pas vraiment de munitions faites pour des milieux confinés, pas de tactiques de déploiement spécifiques, pas de hordes d'observateurs surqualifiés connectés en continu avec les centres de décision de tous niveaux.... Le niveau de l'armée syrienne dans ce type de scénario est celui d'un éléphant dans un couloir rempli de porcelaines. Dur, parce qu'il en faut en nombre: à côté de telles unités d'intervention, il en faut d'autre type, pour le renseignement de toutes origines (et là l'implantation avec la population est irremplaçable), le contrôle de foule (autre forme d'intervention), l'investigation, la sécurisation et l'interface troupes-civils.... Mais au final, il faut de la troupe qui forme la masse majoritaire, des troufions qui quadrillent, interviennent ponctuellement (sauf dans les trucs les plus délicats réclamant les super-pros, rares et chers), aient des appuis capables de discrimination tout en gardant un punch sans équivalent local.... Les Israéliens ont une approche pas si dégueulasse sur le plan technique (l'usage, c'est autre chose). Mais le tout réclame en fait aussi une formation adaptée, et nos petites armées expéditionnaires vont de plus en plus rencontrer un problème: face à ce théâtre spécifique qu'est la grande ville, la polyvalence qui les caractérise risque, outre le problème du nombre, de vite ressembler à du "correct en tout, excellent en rien". -
Du devenir des villes dans les conflits armés
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Le sac de Thèbes s'inscrit dans le cadre d'une conquête plus vaste: la persistance de la cité à refuser le joug alexandrien (elle a alors déjà dénoncé plusieurs traités et continuer à essayer en sous main de rassembler du monde derrière elle) a été la cause de la réaction du macédonien. Mais il avait besoin de faire cet exemple parce qu'il voulait TOUTE la Grèce, et que pour ce faire, une cité était un coût qu'il pouvait payer, même si à titre individuel, ça n'a pas du l'amuser nécessairement et si la perte du tribut d'une cité si importante a du aussi se faire sentir, peu compensé par la réduction de la population en esclavage. Par ailleurs, lors de l'événement lui-même, la résistance acharnée sur le terrain des Thébains a pu aussi dicter le degré particulier de sauvagerie de la punition. En outre, une cité offerte en holocauste de temps en temps, c'est peu avouable, mais c'est pour ainsi dire "offert aux troupes", une soupape, un exutoire, et un surplus de rémunération qui coûte rien au roi. Mais ça a été une constante dans la politique d'Alexandre de trucider de façon spectaculaire tout ce qui résistait trop ou avec trop de persistance, et de faire la pub de l'événement: quelques cités phéniciennes en ont fait les frais, et évidemment le cas de Persépolis reste éminemment débattu. Mais toutes ces conquêtes s'inscrivaient dans un vaste cadre de constitution d'un vaste empire. Les Romains n'ont jamais procédé autrement. A l'inverse, les ravages des Mongols étaient souvent plus systématiques, procédant d'une culture qui ne comprenait pas et méprisait la sédentarité, et particulièrement la ville, et réagissait à l'échelle de vastes territoires comme ils le faisaient dans leurs guéguerres claniques de petite échelle: untel résiste, il est trucidé/torturé/réduit en esclavage, que ce untel soit un clan avec 3 pelés et 2 tondus ou une ville d'un million d'habitants. Et le tout sans vrai plan d'ensemble, ce qui peut conduire à razzier quasiment toutes les villes (en fait, l'Asie Centrale ne s'est jamais remise de la conquête mongole), ce qu'Alexandre ou Rome n'ont jamais fait. Le Moyen Age a quand même très peu vu de destructions de villes: 99% des sièges étaient assez limités dans leurs effets, même s'il y avait aussi à l'occasion de terribles contre exemples. Par ailleurs, les campagnes subissaient souvent plus de dégâts de sinistre mémoire. Les croisades elles-mêmes ont été une exception, et encore uniquement dans leur première phase, où les conquêtes d'Antioche et Jérusalem ont été là de vrais bains de sang (sans que les villes elles-mêmes aient cependant été détruites). Cette conception a en fait duré tout au long de l'histoire européenne qui a été avant tout une histoire de guerres de sièges (pour ce qui est des choses qui comptent politiquement) pour prendre les villes et places qui étaient les atouts politiques et économiques de maîtrises de territoires et de ressources. Louis XIV faisant ravager le Palatinat ou Villeroy réduisant Bruxelles en cendres, ce sont aussi des exceptions. Les choses changent avec l'accroissement permanent des dispositifs militaires d'une part, et avec les évolutions idéologiques d'autre part: dans un premier temps, les guerres de religion furent une parenthèse qui virent plus d'horreurs de grande échelle dans les villes, même si le cap de la destruction radicale était encore peu franchis sauf dans certaines régions (l'Alsace pendant la guerre de trente ans en est un exemple). Mais c'est la Révolution qui amorce le temps des guerres totales, en corrélation avec les révolutions militaires du XVIIIème siècle qui font graduellement des armées d'immenses dispositifs dont la destruction commence à primer le fait de prendre des villes. Il y a alors aussi une relativisation de l'importance de la ville: la croissance démographique (densification des réseaux urbains, mise en valeur massive des terres), routière (le réseau européen est multiplié par 4 ou 5 au XVIIIème siècle) et agricole (il y a plus de surplus et stocks agricoles répartis sur de plus nombreux points) font que les villes ne sont plus aussi systématiquement capitales comme enjeux politique qu'elles ne l'étaient depuis la chute de l'empire d'occident. Elles restent des enjeux essentiels, mais la destruction du dispositif militaire de campagne adverse devient graduellement le préalable absolu à la conquête politique. On peut prendre certains territoires et villes avant pour en priver l'ennemi, mais c'est aussi pour le provoquer, le contraindre, ça fait avant tout partie du jeu opératif. Les Etats de plus en plus administratifs et centralisés (généralement dans leur capitale) sont l'enjeu premier désormais. A noter qu'à l'époque napoléonienne, l'une des particularités de la Russie, moins avancée, plus étendue, plus autocratique (donc centrée sur le souverain dans sa personne et moins sur le trône) est de moins répondre à ces logiques, ce qui constitue une des erreurs d'appréciation de Napoléon: relativement à l'espace géographique, humain, politique, économique et stratégique russes, Moscou et St Petersbourg comptent alors nettement moins que n'importe quelle grande ville européenne.