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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Correctif: la Sicile, Hannibal veut récupérer! C'est le lieu de la défaite de son père et une ex-colonie punique (pas toute l'île), en plus d'être un réservoir à blé dans le monde antique (blé= pétrole pour ce temps là, surtout les zones à forts surplus agricoles, assez rares). Confirmation pour l'expansion carthaginoise: limitée vu l'entrisme culturel pour le coup tout à fait grec de culture. Contrairement à Rome, ils ne peuvent même pas concevoir de statut tel que celui des socii. En revanche, le contrôle de la Méditerranée occidentale peut lui servir de tremplin, via quelques colonisations de peuplement comme en Espagne (les populations de colons s'accroissent toujours 10 fois plus vite que celles de leur métropole, vu qu'il y a de l'espace à prendre, de la défense à assurer, des intérêts en développement).... Il ne faut pas non plus exclure la possibilité d'extensions limitées de citoyenneté sous l'influence du clan Barca (dans ce cas de figure tout puissant), qui a la haute main dès avant guerre sur les territoires outre mer, Espagne en tête. En tout cas, il n'y a pas d'autre puissance en Méditerranée occidentale capable de s'opposer à une expansion coloniale fondée sur des comptoirs avec un hinterland plus ou moins grand, et surtout une domination commerciale totale... Ce qui accroît les réserves de numéraire déjà colossales de la Cité, auxquelles se sont tout connement ajoutées celles prises à Rome (à mentionner vu que là, il s'agit de réserves importantes, représentant un vrai plus macro-économique) ainsi que la réduction en esclavage d'une population importante. Sur mer, personne ne pourrait rivaliser à part l'Egypte: Macédoine, Achaïe (Athènes en fait) et Pont sont les seuls Etats ayant des flottes, et à cette époque, c'est déjà plus que des poids moyens sur ce point. Les mers sont assez libres, d'où d'ailleurs une énorme activité pirate basée sur des villes, voire des régions entières (Cilicie, côte dalmate....). Bref, Carthage a des pions pour jouer les poids lourds en Méditerrannée, surtout qu'elle n'a personne pour venir la chatouiller chez elle de façon réellement menaçante (trop loin). Elle peut jouer les arbitres et avoir une expansion importante (mais limitée au regard de la romaine), mais aussi "policer" la Méditerranée occidentale. Ce qui donne surtout une Méditerranée entièrement grecque de culture, qui s'engueule entre Grecs, se déchire en grec, se trucide à la grecque. Le monde celte peut poursuivre sa propre expansion, avec les Gaules très en avance sur le reste (défrichement, urbanisation) et un réel développement maritime très localisé autour de l'Armorique (cités vénètes), mais empiétant peu sur le "domaine" punique. Un truc quand même: la 2ème Guerre Punique peut être un facteur de changement interne à Carthage comme elle l'a été à Rome: l'état des rapports entre le clan Barca et ses soutiens, et le reste de l'aristocratie présente à l'assemblée de la ville en est à un point de dégradation qui peut amener une guerre civile où le clan aristo compte peu eu égard à la popularité et à la puissance barcacides. Un Hannibal victorieux aurait toutes les cartes en main pour impulser une évolution "césariste" à sa cité, surtout avec les déséquilibres accrus par la guerre: conquêtes et développements outre-mer, afflux massifs d'esclaves et augmentation brutale des stocks de métaux précieux changent les réalités socio-économiques et politiques, surtout à l'échelle de ce qui reste une cité plus qu'un pays. Ca a été valable pour Rome, ça peut l'être encore plus pour Carthage, où la citoyenneté est plus concentrée. Donc une évolution plus "impériale", adaptée à la nouvelle réalité de sa puissance et de ses implantations, mais aussi des rapports de force internes, a des bases logiques pour se faire jour. Rome a évolué aussi sur ce schéma, plus contre son gré qu'autre chose. D'abord en s'avérant obligée d'étendre la citoyenneté assez brutalement à tous les socii d'Italie, ensuite avec César en prenant acte que Rome n'était plus une cité, mais un empire devant se penser et s'organiser comme tel. Là, pas si d'accord :lol:: les Gaules voient l'apparition d'un développement urbain qui commence à "fixer" des entités proto-étatiques qui, au moment de la Guerre des Gaules, sont déjà des Etats solides. Là, tu as un tempon terrestre, déjà très hellénisé et inclu dans les circuits commerciaux méditerranéen tant via le sillon rhodanien que par les "Germanies". Que cet espace soit voué à la guerre, avec d'inévitables concentration et expansions aboutissant à un nombre limité d'Etats est une chose assez certaine, du moins pour la partie en deçà de la Seine et l'Armorique. De même, une cité comme Massilia n'a pas attendu Rome pour développer une flotte importante, un deal avec Carthage et un hinterland territorial considérable, susceptible lui aussi d'expansion. Les peuples entre Rhin et Danube ne sont pas tellement en expansion: la démographie en est encore très limitées, et la migration des Suèves qui offre à César son prétexte pour entrer dans les Gaules fut plutôt ponctuelle, et dans l'absolu pas si menaçante (démographiquement, ils ont fait peur aux Helvètes qui n'étaient pas très nombreux).
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Fin du monde 2012 : les risques sécuritaires
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Divers
C'est tout la faute à la masse de focaccia-tomate-salade-jambon de ce soir! Diététiquement incorrect, mais après avoir perdu 25kg, je suis très vulnérable à la tentation.... Et ça fait des trucs :-X :-[! -
Fin du monde 2012 : les risques sécuritaires
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Divers
Un changement de monde? NS sera réélu et changera du tout au tout? Nan j'dis ça parce que CA, ce serait du changement; si son rival PS est élu, ça changera pas des masses. Donc, programme 2012 et au-delà pour NS (possibilités): - arrêter les effets d'annonce et ne parler que de ce qu'il peut et va faire.... Ca libèrera les ondes - devenir born-again, se coucher tous les soirs à 22h après avoir dit sa prière et enfourché madame (ou l'inverse) - préférer les marques sobres, se prendre de haine pour le tape à l'oeil - tourner 17 fois sa langue dans sa bouche avant de l'ouvrir - devenir patriote avant d'être atlantiste..... - last but not least: s'intéresser à la défense et aux moyens d'une vraie politique extérieure :-X Donc si un seul de ces trucs arrive: nouveau monde ou signe irrémédiable d'une vraie fin du monde? Pas de 9ème saison de NCIS? Ah non, là ça commencerait à être une délivrance.... -
Fin du monde 2012 : les risques sécuritaires
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Divers
Y'a forcément une fois où ça tombera juste, mais là, c'est comme Pierre et le loup :lol:! C'était dans quel documentaire? Pas vu celui là ! Je parie sur les endives! Elles vont poutrer ces péteux de dinosaures: ils ont déjà disparu une fois, c'est bien la preuve qu'ils sont nuls :lol:! :lol: :lol: :lol:Rien que pour faire chier les Anglais, ça fait envie :lol:! Faudrait demander à un économiste: vu qu'ils sont encore pire que les astrologues question prévision, s'ils donnent des dates, on est sûr que ces jours là seront tranquilles. -
AFRIQUE : politiques internes et relations internationales
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est bon, moi je suis paré: je suis passé à la Maison du Chocolat en prévision de la pénurie :-X. Qui accepte d'arbitrer? NS? Il se ferait écraser le petiot. -
Fin du monde 2012 : les risques sécuritaires
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Divers
Personne a de date précise? 2012, c'est vaste ! Petit naïf, va: - la fin du monde, c'est aussi la fin des andouillettes :P - si t'as pas de date précise, tu vas devoir y aller souvent pour le cas où.... Tu vas prendre du lard, l'an prochain :lol: -
Des défauts "historiques" dans l'armée française?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Pas vraiment ;) :lol:, parce que le premier motif d'Edward III pour emmener un faible contingent de cavalerie lourde (mais assorti aussi de cavaliers légers non nobles, du moins dans la première phase de la guerre, les Hobelars) est avant tout pour des motifs politiques et de contrôle. Il ne faut pas non plus penser que les armées d'autres époques fonctionnent de la même façon que les nôtres (cycle retex notamment): la chevalerie anglaise est comme la française (elle est d'ailleurs essentiellement française, et encore souvent jusque dans la langue), fait la guerre pour les mêmes motifs et de la même façon, avec cette mentalité individualiste au premier plan.... Et Edward III se voit avant tout comme un roi-chevalier! En outre, pourquoi auraient-ils adopté un tel dispositif, connaissant l'armée française essentiellement fondée sur la cavalerie lourde assortie de levées paysannes peu entraînées? On adopte pas un dispositif militaire dans l'absolu, mais face à un adversaire donné. Par ailleurs, dans l'esprit de la chevalerie européenne, les quelques victoires de milices piétonnes avec piques ou vouges avaient été compensées par d'autres victoires où, dans des conditions similaires, la chevalerie l'avait emporté (les milices flamandes se sont ainsi faites torcher en retour par les chevaliers français après le coup des Eperons d'or). Et il faut surtout ne pas voir ces choses dans l'absolu, en faisant abstraction du temps: la bataille rangée au Moyen Age est une rareté à l'échelle d'une vie d'homme, et bien peu en ont vu deux, encore moins commandé une, sachant en outre qu'il n'y a alors pas de littérature militaire (elle naîtra précisément pendant la 2ème phase de la guerre de cent ans) ni d'enseignement méthodique sinon la transmission héréditaire et traditionnelle dans chaque famille. La guerre, ce sont essentiellement les sièges et des escarmouches de cavaliers, parfois même sur "rendez-vous" (chose qui se voit encore avec des trucs comme le "combat des trente"). Quand la synthèse/précision fausse le sens de la confirmation, je peux aussi être énervé/ne pas comprendre, auquel cas il y a malentendu. Mais je précise justement dans ce cas que ce ne sont pas tant les Anglais qui ont choisi le terrain que les Français qui ne se sont pas préoccupés du terrain. Ca peut sembler à premuière vue être une autre façon de dire la même chose, mais ce n'est pas le cas; c'est même l'inverse. J'ai donné des exemples illustrant la chose.... Tu "prouves" comment en histoire? C'est pas une équation, sinon y'aurait pas besoin de créer un sujet de discussion. Et j'attends des contre-arguments autres que "c'est pas vrai". Pour l'histoire militaire française, c'est pas très compliqué de constater la tendance à la sédimentation au non renouvellement ou à la déresponsabilisation des chefs (que ce soit dans le système de cour où la gestion de la confiance a toujours été spéciale, ou sous la République), le privilège nobiliaire plus affirmé que par exemple en Angleterre pour ce qui est du monopole de fait sur les cadres de l'armée (sauf à quelques périodes comme sous Louis XIV où l'étau s'est desserré avant de revenir), la tendance peut-être "culturelle" réformer moins vite sauf en cas de grande baffe dans la gueule (et encore: voir le cas du corps des officiers après 1870: le non changement est terrible) -tendance qui peut être due entre autres à la différence de taille des armées par rapport à d'autres pays, où à l'interférence plus grande de données autres que militaires-.... La liste peut-être longue. On peut même pousser le vice et tenter de dire que l'entraînement en temps de paix a souvent été plus négligé qu'ailleurs, aujourd'hui comme hier, de même que l'absence ou la faiblesse des réserves et systèmes assimilés (francs archers, absence de milices communales entraînées, faiblesse des ressources assignées aux milices sous l'Ancien Régime, absence totale de réserves au XIXème, sous-dotations, sous encadrement et sous entraînement en 1940)..... Ainsi pour l'entraînement des unités, ça se vérifie assez souvent avec une tendance à la démobilisation massive en temps de paix, commune à beaucoup d'armées, mais avec en France un choix plus proportionnellement important en ce qui concerne des unités non politiquement "sensibles": quasi destruction de l'infanterie professionnelle bâtie par Louix XI dès sa mort, à l'aube des guerres d'Italie, laissant des formations réduites dont seulement un noyau est entraîné, et incluant un recours massif aux mercenaires (dont le coût empêche tout effort national) et à des levées non entraînées. Ca se vérifie encore sous François Ier avec le coup des légions, grande création théorique à laquelle peu de moyens et de sérieux sont attribués. Ou encore sous Louis XIII, avec des contingents réduits et des effectifs concentrés s'entraînant peu, contraignant à l'apprentissage dans la douleur en 1635-1637 là où Hollande, Espagne, Suède et certains Etats allemand avaient depuis longtemps compris l'importance d'effectifs professionnels entraînés dans une proportion raisonnable, même en temps de paix (et les Etats allemands, la Hollande et la Suède avaient bien moins de moyens que la France, et l'Espagne en avait autant). Le règne de Louis XIV est l'exception, grâce à Louvois, mais le défaut revient après, rapidement, et les effets s'en font sentir dans la guerre de succession d'Autriche et encore plus dans la guerre de 7 ans, assez pour que l'on revienne à quelques pratiques minimum après 1763. A ces périodes, les Anglais sont passés depuis longtemps, quitte à avoir une petite armée (ce qu'ils peuvent se permettre) à un niveau d'entraînement élevé; les Hollandais aussi, même alors qu'ils commencent à manquer de moyens au XVIIIème siècle; et les grandes armées allemandes aussi, avec évidemment la Prusse-Brandebourg en tête bien avant Frédéric II (dès la guerre de trente ans en fait). Le sujet n'est pas de faire de l'autoflagellation française, juste d'essayer de voir les constantes qu'il peut y avoir: les pays sont différents, les contraintes sont différentes, les cultures sont différentes, les peuples sont différents, les organisations politqiues sont différentes.... Pourquoi vouloir à tout prix que les armées en soient exactement pareilles, fonctionnent de la même façon, fassent les mêmes choix dans la même temporalité face à une situation donnée? En quoi est-ce autoflagellateur d'envisager les défauts particuliers à la France qui peuvent avoir tendance à revenir eu égard à certains traits culturels, certaines constances politiques, certaines réalités (géographiques, économiques....) ou pour toute autre raison? Même quand certaines réalités concrètes peuvent avoir disparu, comme depuis peu la fin de menaces directes aux frontières, il n'en demeure pas moins que nombre de comportements, réflexes, habitudes, modes de pensées, traditions, automatismes dans l'organisation.... Restent dans la façon de penser l'armée. Un autre exemple: l'esprit cartésien, par exemple, est plus marqué en France qu'en Grande Bretagne ou en Allemagne, et peut être à l'origine de certains épisodes et choix dans le domaine armé, pas toujours pour le meilleur. Le cartésianisme implique une plus grande idéalisation de la théorie sur l'empirisme, mais aussi la plus grande certitude qu'il y a une vérité et une seule, découlant de principes fondamentaux. Traduction armée: en France, des débats sur tel ou tel choix ont plusieurs fois conduit à vouloir trouver cette réponse dans la théorie, à en faire un débat politique virant au caricatural (autre tradition française sur la politique) pour aboutir à des choix trop tranchés et unilatéraux dont l'absolutisme et le jusqu'au boutisme pouvait annuler la pertinence, et pire encore, impacter culturellement une ou deux générations d'officiers qui jamais ne remettaient en cause leur credo. A l'occasion, cela peut aussi se coupler à un aspect plus passionnel et imagé, moins rationnel, reposant sur une imagerie particulière. ainsi de la querelle de l'Ordre Profond au XVIIIème siècle, du mythe napoléonien au XIXème (et son impact sur le refus du professionalisme et de l'organisation logistique), de l'offensive à tout prix avec son articulation dans l'artillerie en 1914 (l'offensive à tout prix était commune en Europe, mais y sacrifier l'artillerie lourde au profit du "tout 75"?), ou pire encore, le délire de la "jeune Ecole", qui a quand même eu de sévères impacts sur la marine, mais aussi sur l'organisation de sa pensée et de ses processus industriels. -
Des défauts "historiques" dans l'armée française?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Les Anglais ont eu bien plus de morts et de mal face à un Pays de Galles pourtant sous-peuplé par rapport à l'Ecosse (pourtant elle-même pas très peuplée), où les clans locaux, descendants des derniers royaumes celtes, refusaient la bataille rangée le plus souvent sauf si la configuration défensive, propre à l'emploi massif de l'archerie, pouvait être mise en place. Ce sont les guerres galloises qui ont amené Edward Ier à mettre en place les fondamentaux de l'armée anglaise de la Guerre de Cent Ans. Les guerres écossaises n'ont pas eu de conséquences militaires sur l'organisation anglaise qui n'a pas "développé" une infanterie quelconque après coup. La meilleure preuve en est que le modèle anglais de la Guerre de Cent Ans inclue peu d'infanterie de mêlée, et elle n'a rien de différent de la française. Le choix d'une faible cavalerie lourde est avant tout d'ordre politique (ne pas avoir trop de barons et leur chaîne de vassalité -l'obéissance féodale se faisant avant tout envers le supérieur direct et non le "grand chef" théorique qu'est le roi- pour limiter leur butin et pouvoir contrôler leurs ambitions.... Et répartir les conquêtes entre ces "happy few" favoris), et disciplinaire (pouvoir contrôler sur le terrain le comportement de ces chevaliers qui sont exactement les mêmes qu'en face). C'est pas tant eux qui l'ont choisi que les chefs français qui ont accepté le combat sur ce terrain: les événements de Crécy et Poitiers sont très indicatifs à cet égard et nt beaucoup à voir avec le caractère et l'idéologie "chevaleresque" dans la noblesse française, mais surtout dans les personnalités de Philippe VI et Jean II, à cet égard complètement responsables des désastres. Azincourt suit une autre chaîne de causalité, même si elle aboutit au même résultat, de même que Verneuil. Voir le premier post. C'est là que sont les défauts, et encore une fois ce n'est pas le PRINCIPE des défauts: ils se retrouvent ailleurs. C'est leur degré d'intensité qui est en question, qui font que ce sont là des défauts un peu plus récurrents en France comme d'autres armées en ont d'autres. Pour des raisons politiques, culturelles, géographiques, historiques, démographiques, économiques, stratégiques, chaque pays a une histoire différente, et ça se voit en particulier dans l'histoire des armées qui sont dans l'absolu confrontées aux mêmes grands TYPES de problèmes, mais ceux ci ne viennent jamais dans les mêmes proportions, les mêmes "panachages" à un moment donné.... Et la réponse adoptée, qui dépend aussi de caractéristiques proprement nationales (organisation politique, culture, moyens, événements), ne sera donc pas la même d'un pays à l'autre (même si elle peut avoir les mêmes fondamentaux théoriques; mais dans la perfection des absolus théoriques et des principes non quantifiés, tout se ressemble), ne viendra pas forcément à la même vitesse ni dans les mêmes proportions. L'armée anglaise, historiquement expéditionnaire, ne peut pas avoir mis en place la même conception d'armée et de mode d'adaptation que la France continentale avec en permanence 3 à 4 fronts terrestres, donc les défauts (et qualités) qui frappent l'armée anglaise de façon plus récurrentes, et qui marquent profondément la culture de ces décideurs dans le temps long, rien que pour cette seule raison, ne peut pas être la même que la française. C'est trop théorique et abstrait de dire que toutes les armées ont les mêmes problèmes et réagissent en s'adaptant de la même façon, et qu'il n'y aurait donc pas de différences entre elles ni de défauts "culturels" hérités du temps long. -
Généralisme ou spécialisation dans le combat terrestre....
Tancrède a posté un sujet dans Histoire militaire
Vague? C'est là un sujet qui concerne avant tout l'armée de terre en général, et les troupes de mêlée en particulier. Historiquement, les modèles d'armées se sont adaptés à leurs environnements, mais en gardant le plus souvent un "thème" dominant, parfois trop affirmé. Et la question ici est moins d'en trouver les raisons politiques, culturelles, géographiques, économiques.... Que de discuter de leur efficacité comparée et des évolutions de ces organisations qui ont abouti aux modèles d'armées actuelles, de celles qui n'ont pas eu de suite, celles qui ont été méjugées.... Qu'il s'agisse d'avant ou après l'arrivée des armes à feu, il est loisible d'en parler de manière peu différenciée via l'approche "traditionnelle" en termes de choc, feu et mouvement, pour voir comment, face à un état technique donné, certains décideurs ont choisi d'adapter leur dispositif, de changer les proportions de telle ou telle composante, d'implémenter un thème tactique utilisant les mêmes outils à des fins différentes et à des niveaux d'efficacité radicalement différents.... Par exemple, l'infanterie, à n'importe quelle époque, a souvent été confrontée au choix d'adopter un modèle, sinon unique, du moins dominant, maximisant le nombre d'un seul type de fantassin multi-usage là ou d'autres préféraient de multiples spécialités utilisées en combinaison; et cela marche aussi en interarme.... Entre l'armée romaine et la macédonienne, il n'y a pas confrontation du phalangite contre le légionnaire, mais d'un dispositif interarme contre le légionnaire.... A ceci près que le dispositif interarme macédonien avait sérieusement dérivé et que le phalangiste lourd y était sur-représenté, et ce qui était une spécialité parmi d'autres dans l'orbat de Philippe de Macédoine et d'Alexandre le Grand était devenu une composante absolument dominante limitant la capacité de l'armée au global. A plus petite échelle, on voit aussi pendant la guerre de Trente Ans des armées qui semblent avoir toutes la même gueule (grosso merdo), mais sont en fait radicalement différentes: proportions piquiers-mousquetaires dans l'infanterie, doctrine d'emploi, usage de la cavalerie, usage de l'artillerie, répartition des fantassins par type dans chaque unité.... Tout diffère: Gustave Adolphe, précurseur de l'époque, est le premier à organiser son infanterie d'une manière étonnamment moderne en lui assignant des armes collectives, les "canons de cuir" (canons légers portables à main, maniables par 2 à 4h, dont l'âme très fine est entourée de cuir, et dont la cadence de feu est supérieure à celle d'un mousquet), répartis au sein des compagnies de combat. Soit un usage pur comme appui mobile qui force la dite infanterie à avoir des mousquetaires, des piquiers, mais aussi ces équipes d'appui-feu et des fantassins "d'assaut" pour le corps à corps, plus les inévitables "enfants perdus" (fantassins légers organiques à chaque régiment pour la reco, le harcèlement, mais aussi pour "tâter" les premiers rangs adverses en cas de confrontation de lignes de piquiers). Il ajoute en plus des compagnies autonome d'artillerie légère à cheval (concept qui se développera à nouveau au XVIIIème siècle) pour maximiser l'appui feu mobile aux endroits cruciaux; cette approche est aussi ce qui incitera l'armée française à développer les dragons, fantassins montés qui servent de troupes légères, mais aussi de réserve d'infanterie mobile sur le champ de bataille, pour aller appuyer une position cruciale pendant le mouvement. L'effet voulu, avec la doctrine de tir massif des mousquetaires à très courte distance, est le choc localisé, d'autant plus étonnant à une époque où tout le monde cherche au contraire à étendre sa ligne de feu via l'adoption d'un ordre de plus en plus mince des unités afin d'utiliser toute la puissance de feu. Le différentiel d'efficacité varie selon le niveau de professionalisme (Gustave Adolphe ne l'aura pas aussi facile face à des unités porfessionnelles très solides comme les tercios viejos, certes peu nombreux), mais couplée à un haut niveau d'entraînement, il y a clairement le choix du choc, avec le feu qui lui sert de multiplicateur d'impact au dernier moment, là où les armées adverses privilégient le feu avec le choc venant seulement en conclusion si la configuration s'y prête. La distinction infanterie légère-infanterie lourde est aussi de toutes les époques, et tend à revenir aujourd'hui, même si évidemment selon d'autres normes (c'est plus l'infanterie de ligne et son ordre serré vs la légère en mode tirailleur, ou les fantassins lourds cuirassés contre les légers), entre aussi éminemment dans cette discussion.... Avec un point qui est que plus ces distinctions se font, nécessaires ou non suivant l'époque et la technique, plus il peut y avoir tendance à sécèrement compartimenter les troupes en spécialités là où d'autres, sans se fermer à cela, essaient de maintenir le plus possible un "coeur de métier" polyvalent pour le troupier, qu'il s'agisse du cavalier ou du fantassin. Alors la troupe: faite d'ouvriers spécialisés ou qualifiés :lol:? -
Ben oui, mais ils ont une autonomie de merde s'ils sont utilisés intensivement :lol:! Plus sérieusement, c'est une vieille histoire: hardware purement militaire ou civil adapté.... Aux Iouesses, apparemment, il y a quelques polémiques autour de l'emploi du portable individuel en opération, qui serait d'un meilleur rendement que les outils "faits pour".... Est-ce si simple? Les tech civiles n'impliquent-elles pas d'autres gammes de défauts, inconvénients et risques?
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Qu'entends-tu par "rélle approche numérique"? Le FELIN fonctionne sur Windows 98 :-[ :lol:?
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C'est comme pour une intervention directe occidentale en territoire libyen: on prétexte l'attente d'un mandat de l'ONU dont on sait qu'il ne peut pas arriver pour éviter de s'y mouiller avant d'avoir vu qui est le plus fort sur le terrain.... Sinon on se serait empressé de reconnaître le comité "de transition" révolutionnaire dès qu'il l'a demandé, de déclarer Khadaf infâme-et-méchant-et-Hitler-2.0.... Apparemment, il sait encore intimider avec son pouvoir de nuisance (migrants, pétrole) qui se couple surtout à la non envie terrible de risquer même un vieux chasseur au-dessus de quantités indéterminées de MANPADS maniés par on ne sait pas assez bien qui.... Alors le coût d'un bataillon expéditionnaire ou plus, ça ajoute du poids dans la balance. Si Khadaf se décidait à perdre plus franchement, il aurait droit à son jeu de cartes façon Saddam et fils :lol:! C'est fou ce que les politiciens n'aiment que jouer à coup sûr :-[!
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Des défauts "historiques" dans l'armée française?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
En quoi est-ce un défaut récurrent? -
Mais alors.... Si le talibarbu tire à 400m.... C'est qu'il a la lunette FELIN aussi :O :-[ :lol:.... Oui, on sait, dehors!
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Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Parce que les progrès de l'historiographie et de l'archéologie, et surtout le recul des nationalismes et de la mentalité "hégélienne" ont sérieusement remis en question les grandes visions holistes de l'histoire, articulées en grandes causalités fondamentales, destins des peuples et visions faciles jugeant le long terme comme une chose concrète. Et surtout, Gibbons (historien anglais du XVIIIème avec son "oeuvre" qui a implanté ce mythe de la décadence) a quand même volé en éclat sous toutes les coutures depuis le temps! A lire tous ces trucs, l'Empire romain n'aurait pas cessé de décader comme une bête depuis le Ier siècle après JC! A se demander comment il a pu surmonter la crise du IIIème siècle qui était pourtant mille fois pire que la conjonction fortuite d'événements qui a eu la peau de l'empire d'occident entre Andrinople (378.... Et c'est pourtant une bévue de l'empire d'Orient) et la petite crise de palais de 406-410 qui se passe juste au mauvais moment et amorce le cycle mortifère; entre 410 et 476, il y a "décadence", mais les dés sont jetés dès la décennie 410, et il s'agit surtout là de guerres internes. Mais la disparition de l'empire d'occident en 476 est à l'époque un non événement absolu. Et l'empereur romain, pour tous, c'est celui qui est à Constantinople et règne sur un immense territoire (qui va récupérer une bonne part de l'empire d'occident dans les décennies suivantes), n'a jamais été aussi puissant et est encore pour un bon moment la première puissance mondiale (même en comptant la Chine qui n'est pas alors dans une bonne phase, après l'ère des Hans). Toujours marrant, mais faut y faire très attention: "lembourgeoisement" concerne surtout les provinces réellement centrales, et même seulement les zones très urbaines, ce qui, au regard de la population impériale, reste limité. La citoyenneté romaine est quelque chose de TRES valorisé, et elle n'est pas "bradée": faut pas voir l'Edit de Caracalla comme une régularisation massive de sans papier dans un univers où la notion de citoyenneté ne vaut plus grand chose. Si tu veux un parallèle plus valide, il serait plutôt économique: la tendance depuis la crise du IIIème siècle est à une polarisation massive des richesses, comme ce qui se passe depuis les années 80 dans le monde occidental. Ni l'un ni l'autre; juste beaucoup lu et un peu cogité. Les romans me font chier, les journaux sont creux, la télé m'a toujours emmerdé :lol:, ce qui libère beaucoup de temps libre sans nuire au reste (et je lis très vite). -
Des défauts "historiques" dans l'armée française?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Le mode de combat des Anglais a changé face à l'adaptation aux Gallois qui d'ailleurs ne sont pas très nombreux dans l'archerie anglaise de la Guerre de Cent Ans. Suite aux guerres des marches galloises, Edward Ier fait passer, entre autre, l'Archery Act qui, couplé à d'autres, organise une sorte de conscription nationale faisant obligation à tout homme libre et valide de s'entraîner 1 fois par semaine au maniement d'une arme, de préférence l'arc pour ceux qui peuvent le payer. C'est pas pour les mobiliser (l'Etat royal n'en a pas les moyens et la société médiévale est étrangère au principe de mobilisation générale, ou même massive), mais pour créer un vivier de semi-pros au sein duquel une sélection des plus forts (le longbow, surtout les grandes versions, étant pas une arme pour chochotte) peut être réalisée. Ils sont alors engagés comme professionnels de plein temps. Il 'agit surtout d'hommes issus de la yeomanry, c'est-à-dire la couche supérieure de la paysannerie, définie par un niveau de revenu donné, avec un statut juridique particulier. Autre avantage, cette couché aisée, classe moyenne supérieure du monde médiéval anglais, est la couche où existe un vrai patriotisme et une conscience de classe permettant l'esprit de corps et la motivation. L'armée anglaise de la guerre de Cent Ans a peu de piquiers, et il s'agit en revanche de professionnels pur jus, gens de sac et de corde à mentalité purement mercenaire et ne venant pas d'un corps social particulier, si ce n'est le bas de la société. Les hommes d'armes, pas nombreux non plus, viennent aussi des basses couches (leurs armes de mêlée ne coûtent pas cher), et ces 2 groupes là ne se différencient en rien de leurs homologues français. D'ailleurs les hommes d'armes anglais sont plus souvent gascons (territoire en partie anglais via l'héritage angevin) qu'autre chose. Si le roi anglais n'emmène pas beaucoup de chevaliers, c'est avant tout précisément pour éviter ce qui arrive aux armées françaises: les chevaliers sont à ce stade de l'histoire de la féodalité très indisciplinés, complètement individualistes et pris dans leur mentalité et idéologie de caste, et plus grave que tout, ils suivent une conception dépassée de la guerre, à savoir celle visant l'exploit individuel et la capture des homologues adverses pour rançon. L'idée d'anantissement, de discipline qui prévaut, voire de stratégie, leur est étrangère. Ils ont beau être les meilleurs combattants du temps, ils ne sont en rien une armée, et il est impossible de les coordonner et de leur faire respecter une hiérarchie, c'est pourquoi Edouard III n'en emmène pas avec lui, ce qui entre autre lui vaudra en retour pas mal de soulèvements à domicile (de même que le fait d'entraîner la population au combat) et les sanglantes et désastreuses décennies 1370-1380 pour l'Angleterre. Pas tant apprivoisé que ça, vu ce qui a suivi. Mais surtout, même en temps de guerre où tout est accéléré, ça a mis le temps: renoncer aux grandes offensives futiles et meurtrières a attendu 1917.... LEs Allemands avaient compris pendant Verdun! Si eux n'ont pas adopté le char en masse comme moyen de percer et d'appuyer un peu la percée, c'est surtout par impossibilité industrielle: les ressources ne permettaient pas de s'y mettre. Et faut pas exagérer le rôle du char en 1918: le camion a mille fois plus pesé dans la guerre que le char. -
Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Sauf que la citoyenneté était déjà par naissance le fait d'une majorité des habitants libres de l'empire à ce moment: y'a pas de ruptures dans l'histoire, que des continuités ;) :lol:. Caracalla ne fait qu'entériner un état de fait, qui plus est à une époque où il y a peu de souci pour recruter. Même si, 1 siècle et quelques plus tard, il y en a, ça ne bouleverse pas la loi des grands nombres. En revanche, l'interdiction de service armé pour les classes sénatoriales centrale et provinciales, elle, est une réforme (sous Dioclétien puis renforcée sous Constantin) qui, si elle a peut-être temporairement limité les coups d'Etats et séditions, a en revanche privé l'empire d'un vivier d'officiers de haut niveau (les rangs équestres et sénatoriaux fournissent les officiers généraux, pas les bas officiers et les grades "moyens" que le centurionnat a toujours assuré), mal remplacé par une nouvelle élite purement militaire qui a cependant progressé.... En s'unissant rapidement et en se confondant en pratique avec l'élite civile/économique/politique, pour revenir à la case départ question risques de coups d'Etats appuyés par des factions politiques. Parce que loin des grandes causes déterministes sur une supposée "décadence" romaine (aujourd'hui plus vraiment prise au sérieux comme thèse), c'est plutôt ça qui a eu la peau de l'empire d'occident, en plus d'un nombre croissant d'ennemis ayant fini par apprendre à s'organiser et à combattre: des séditions permanentes, un féodalisme rampant.... Rien de nouveau dans l'empire, mais là c'était face à une adversité plus grande qui laissait moins de place aux conneries. Au final, une fin d'empire due à une crise conjoncturelle.... Enfin une demi-fin: l'empire romain n'a pas disparu du tout, vu que sa partie orientale, avec les mêmes supposées cause de "décadence" dans ses statuts, ses opinions, sa population et son organisation, cette partie a duré encore 8 siècles en pétant la santé, et avec plusieurs apogées. -
Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Qu'est-ce que l'édit de Caracalla vient foutre là? Il date de 212 ! -
Des défauts "historiques" dans l'armée française?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Les Anglais se sont adaptés contre les Gallois, pas les Ecossais ;). Les Français n'ont cependant pas appris (l'intermède Du Guesclin-Charles V n'est pas une adaptation militaire, mais un changement stratégique et une guerre de contournement à petits moyens): entre Crécy et Patay, il se passe pas loin d'un siècle et combien de branlées aux conséquences tragiques pour le pays), et encore l'adaptation n'est-elle pas encore faite réellement. Il faut attendre 1436 pour que soient prises les premières ordonnances créant l'armée professionnelle permanente et qu'un modèle militaire adapté en soit tiré, pour que les décennies 1440-1450 puissent voir la reconquête. Encore une fois, la question n'est pas que les défauts soient ou non les mêmes: DANS LE PRINCIPE, les choix et défauts des armées sont toujours les mêmes partout. La question est que selon les lieux/pays/cultures, certains sont plus accentués à un endroit qu'à un autre, ou au contraire moins développés. Question vitesse d'adaptation et lenteurs pour changer de mentalité, phénomènes entre autres liés à l'encroûtage de long terme des élites, la France a peut-être un penchant plus marqué que d'autres pays comme l'Angleterre. C'est pas qu'elle sait pas s'adapter ou le veut pas, c'est que ça se fait plus lentement. A certains moments, c'est pas grave, à d'autres, c'est criminel. Plus d'un siècle pour régler un conflit qui aurait pu être tué dans l'oeuf, ça vaut quand même la peine de remettre certains mécanismes en question.... Et de toute façon, ça n'empêche pas de répondre aux Anglais avec Patay, Formigny et Castillon :lol:! -
Des défauts "historiques" dans l'armée française?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Faut pas non plus verser d'un extrême dans l'autre: "gouverner" n'est pas ce que beaucoup ont l'air de penser.... La compétence "technique" (prévoir ce qui va se passer dans un domaine donné -et plus c'est haut hiérarchiquement, plus les domaines se croisent et sont indifférenciés-, choisir et faire fonctionner des équipes, affecter des budgets....) n'est pas ce qui manque, même chez les "politiciens". Ce à quoi ils doivent passer leur temps, c'est tout connement réunir assez de soutien EN INTERNE DE LEURS TROUPES pour pouvoir faire passer telle loi, tel budget.... Après, ils ont encore un domaine "technique" qui ne s'apprend pas mais reste réel: arbitrer entre les possibles, entre le possible et le souhaitable -sachant que le souhaitable des uns n'est jamais celui des autres et que la définition du possible n'est pas la même pour tous-.... Parce qu'il faut quand même se rendre compte qu'un Etat, c'est avant tout une somme d'intérêts complètement contradictoires, de territoires, de groupes.... Complètement antagonistes, avec des agendas différents, des visées, des ambitions, des haines, des rancunes, mais plus encore des besoins. Et qu'il faut malgré tout faire le grand écart en permanence pour arriver à en rallier un certain nombre, à en coaliser des incompatibles.... Pour qu'une décision gouvernementale puisse être prise. Ca n'a jamais fonctionné selon le modèle "le décideur dit, le reste obéit": tout s'achète et s'échange, se monnaie.... Pour que certains équilibres puissent exister: territoires vs niveau national, groupes sociaux entre eux.... Le politicien a mauvaise presse (et y'a des époques où il le mérite particulièrement) mais c'est lui qui doit arriver à faire fonctionner ce qui par nature est un imbroglio pas fait pour fonctionner. Il faut être puissant pour gouverner (et c'est pas un titre ou un mandat qui fait l'essentiel de la puissance), et la "politique politicienne", c'est par ça qu'un politique parvient ou non à être "puissant" (le plus souvent juste pour un moment donné, dans un domaine et/ou territoire donné). Agir en "homme d'Etat" (pour ça que cette opposition entre "hommes d'Etat" et "hommes politiques", c'est souvent très démago) suppose d'être un politique chevronné qui a rassemblé du monde et de la puissance derrière lui. Il faut raisonner avec le terme anglo-saxon de "capital politique" (comme il y a un capital financier): le décideur politique est celui qui sait en avoir pour passer des deals avec d'autres et créer ponctuellement des majorités sur un sujet donné. Majorités qui ne durent jamais.... Et il doit sans cesse garder du capital politique qui est tout à la fois "médiatique"/lié au fait d'avoir une audience (intentions de vote et approbation d'une part de l'opinion, image....), mais aussi et surtout aux "cartouches" qu'il arrive à avoir en interne, ce qui implique des arrangements, des renvois d'ascenseurs, du placement "d'hommes à lui", d'accords.... "Gouverner c'est prévoir", "gouverner c'est choisir", "gouverner c'est déléguer", "gouverner c'est arbitrer/trancher".... C'est beaucoup de choses :lol:! Mais c'est avant tout "être" en position de le faire. Exemple militaire historique: nombre de généraux pourtant compétents n'ont pas pu réussir une bataille ou campagne parce qu'ils n'avaient pas l'autorité, ou pas assez. Ainsi de tel général de Louis XIV affublé d'un Fils de France qui se piquait de savoir commander.... Une armée à 2 têtes dont une est compétente et l'autre a la puissance (mais Louis XIV avait aussi le don de chercher à micro manager depuis Versailles). Mais surtout, le cas d'école: à Azincourt, l'armée était commandée par 2 vrais chefs compétents, le maréchal Boucicault et le connétable d'Albret (le connétable est le 2ème personnage du royaume une fois nommé), qui savaient très bien quoi faire face à l'armée anglaise (à commencer par ne pas chercher la ruée frontale après leur avoir laissé le temps d'installer leur dispositif défensif, seule configuration où ils sont forts). Mais dans l'armée, y'a quelques grands féodaux, et avant tout le Duc de Bourgogne; face à eux, connétable ou pas, un chef ne peut donner d'ordres, enfin pas des ordres qui seront obéis, ni au "conseil des bannerets" (EM de campagne) ni en bataille; et la mentalité chevaleresque/guerrière, avec son idéologie devenue délirante, fait le reste. Outre le défaut d'une pure "aristocratie technocratique" (à tendance quasi dictatoriale): - y'a pas d'école pour apprendre à gouverner: c'est pas un truc qui se couche en une méthodologie. Tu peux apprendre des compétences techniques spécialisées (administration, compta, ingénieries, médecine....) à un degré ou à un autre, mais gouverner, c'est assez insaisissable étant donné que 90% du taf, c'est réunir assez de "capital politique" pour qu'une décision puisse être prise et surtout suivie d'effets, ce qui revient à un boulot de conciliation, mais surtout de rapports de forces, et en aucun cas à une compétence qui s'apprend - la "méritocratie" par rapport à la "naissance" ou autre critère? Toujours facile, parce qu'au final, le "mérite" n'est qu'un mot: dans les faits, y'a toujours quelqu'un qui décide du mérite d'un autre, des promotions, de qui fait un "bon job" ou non.... Ce qui implique beaucoup de subjectif (les résultats sont rarement jaugeables sur une grille claire et évidente) et surtout que celui qui juge n'est pas lui-même jugé par le cran au-dessus, n'a pas d'ambitions de carrière, de préférences et antîpathies personnelles, d'intérêts.... "Le meilleur gouvernement est-il le gouvernement des meilleurs"? Vieux débat, surtout que la notion de "meilleurs" est quand même assez douteuse le plus souvent. -
Des défauts "historiques" dans l'armée française?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Faut pas caricaturer; c'est une vision "de manuel" (républicain surtout :lol:), comme le fait de dire que la guerre était le "sport des rois" et qu'ils la faisaient par goût ou mégalomanie. Les rois confiaient surtout les armées: - en fonction des rapports de forces politiques: faut pas voir la monarchie comme un schéma "le roi ordonne, les autres exécutent". C'est au fond, au niveau gouvernement, pas très différent d'aujourd'hui: le décideur fait principalement ce qu'il peut en fonction des moyens qu'il a, car ses ordres ne sont obéis que s'il a les moyens de les imposer. Il a besoin d'appuis, de relais, d'une "majorité".... Et ce particulièrement avant Louis XIV (qui a du batailler ferme pour être aussi obéi) et l'institution de l'Etat administratif. C'est le propre d'une structure fondamentalement féodale. Mais même après, Louis XIV n'est pas si libre de ses mouvements que les manuels veulent le faire croire.... Souvent même, le roi doit confier des promotions, grades et affectations importantes PARCE QU'IL DOIT DES SERVICES! A tel financier ou chef de coterie qui a appuyé telle loi ou réforme.... - en fonction du niveau de confiance qu'ils peuvent avoir envers la personne à qui ils refilent une armée: confiance en la compétence, mais bien plus, confiance en la loyauté.... Une armée = du pouvoir, du prestige (surtout en cas de victoire), de l'autonomie, un moyen d'exercer un chantage sur le roi, de tirer du butin (donc de la puissance), de prendre beaucoup de décisions que le roi doit entériner (sur des gouvernorats, des promotions, en matières de diplomatie et d'engagements: les télécoms étant lents, un chef d'armée est TRES autonome). Et là le critère de confiance a souvent du prendre le pas sur celui de compétence, étant donné qu'il était pas forcément fréquent d'avoir les 2 dans une seule et même personne: écarter le compétent mais séditieux/ambitieux au profit du connard fiable est un choix cornélien, mais il a fallu le faire plus souvent qu'ailleurs. Le fait de confier une responsabilité énorme à des flatteurs/courtisans est arrivé, mais pas très souvent: le plus connu est celui de Soubise, favori de la Pompadour, qui est entièrement responsable du désastre de Rossbach (bien plus que Frédéric le Grand). - la noblesse a assez vite disparu de l'obligation d'affectation systématique: la Guerre de Cent Ans cassa ce mécanisme. Et il ne faut pas caricaturer: la noblesse était un important réservoir d'hommes ayant une formation guerrière, et en fait quasiment le seul réservoir, ce qui laissait de la marge en termes de choix. Le problème vient plus, là encore, de choisir les chefs en fonction de la puissance politique, évidemment concentrée dans la haute aristocratie, et qui n'a pas forcément à voir avec la compétence purement opérationnelle. Mais dès la guerre de Cent Ans, le mécanisme de hiérarchie de la noblesse comme base féodale de l'affectation du commandement commence graduellement à s'effacer, tant pour regagner de la marge d'action que pour affecter des postes à la compétence technique (qu'il ne faut pas surévaluer non plus: comme à Rome, un grand aristo est avant tout un stratège familier des enjeux politiques/stratégiques, avantage inoui en campagne sur un pur "technicien"). Le moyen en fut l'armée permanente et réellement "royale" (non féodale). Des hobereaux et nobles de petite extraction font des carrières étourdissantes, des roturiers sont employés, voire anoblis. L'exemple le plus connu est évidemment Bertrand Du Guesclin, hobereau breton qui accède au rang de Connétable et intime de Charles V. Mais des hommes comme La Hire, Xaintrailles, Du Chastel, De Loré, les frères Bureaux, Blaise de Monluc.... Ont cassé la hiérarchie féodale traditionnelle. Plus tard, chaque fois qu'un monarque suffisamment fort émergeait, il promouvait des "homines novi" de cette façon. Sous Louis XIV, l'armée fut un grand outil de promotion sociale (même s'il faut aussi relativiser: la promotion se fait souvent au profit des élites non nobiliaires: tout système est parasité, et c'est pas parce que quelqu'un appartient à l'élite qu'il est incompétent :lol:), et un général roturier comme Catinat (qui a "tenu" à lui seul le front italien pendant la Guerre de Succession d'Espagne, entre autres affectations, et n'a jamais failli, sans avoir non plus été un génie) incarne ce système. Mais le point n'est pas de dire "il y a des problèmes comme partout"; à ce moment, autant ne rien dire du tout. L'armée française a SES défauts, et il m'a semblé que certains traversent les siècles, revenant sans cesse sous de nouvelles formes, à divers degrés d'intensité. Dans le principe, la plupart des défauts se retrouvent dans toutes les armées, confrontées à des problèmes et choix fonctionnant selon les mêmes mécanismes, mais la question n'est pas du principe: c'est de savoir lesquels en France tendent à être plus affirmés/récurrents qu'ailleurs (comme d'autres pays ont les leurs particuliers: les USA à considérer la sélection du fantassin de base par dessus la jambe, l'esprit de caste snobinarde fermée au RU pour les officiers....). L'essentiel de la "politique politicienne" sous la monarchie comme en République, ce sont des combinaisons peu savoureuses, des deals permanents, des trahisons, des accords secrets et des coups de putes destinés avant tout à avoir de la marge d'action pour FAIRE UNE POLITIQUE D'ETAT! Si tu as un gouvernant qui peut se consacrer à 90% à prendre des décisions d'Etat, à gouverner au sens où on aimerait l'imaginer, c'est qu'il s'agit d'un mec qui a une autorité absolue ou presque et que personne ne peut déboulonner. A part un cas comme De Gaulle (et encore, il avait moins de marge que les manuels le laissent penser), ce décideur serait généralement un dictateur ou un autocrate. Ouais, sauf que la dernière fois, c'est pas par ses armes qu'elle s'en est sortie :P. -
http://www.spyworld-actu.com/spip.php?article14501 Nouveau coordinateur du renseignement, pour jouer les GO de la "Communauté du Renseignement" français, suite à la très oubliable, et déjà oubliée, non-prestation du précédent..... Encore un flic! Il serait amusant de savoir de quels moyens propres peut disposer ce "coordinateur": s'il a juste un bureau et des lignes téléphoniques, assortis de directives enjoignant de tout lui dire, ça va encore être un pétard mouillé, aussi fort que soit le personnage. Le secrétariat de l'Elysée et la présidence sont des interlocuteurs plus visés par les patrons des services :lol:. Mais s'ils se mettent à doter le dit coordinateur de moyens propres, quitte à fonder, même en modèle réduit, un "service dans les services", ça peut ressembler à quelque chose, surtout si NS -dont le nouveau coordinateur est l'ami- et son secrétaire s'imposent de moins répondre au téléphone :lol:.
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Pour compléter, ce coup de saler la terre et de vouer aux gémonies, dans le cas romain (en fait une adaptation d'une coutume grecque), c'est la version religieuse du volant moralo-juridico-médiatique du droit international récent: c'est la condamnation pour "crime contre l'humanité" version puissance 1000.... Le vainqueur étant le vainqueur, il était forcément le "bien", pour ce que veut dire ce terme dans la mentalité antique nettement moins manichéenne que l'actuelle: ça veut dire "plus vertueux", au sens de "qui a la faveur des Dieux" (donc qui l'a méritée par sa piété qui n'est pas tellement la pratique, mais l'observance des règles et comportements qu'impliquent la croyance: volonté, ambition, courage....). D'un certain côté, c'est un moyen de se faire mousser en tant que collectivité, de l'autre, c'est vraiment une chose à laquelle tous croient, même les politicards les plus cyniques, parce que la mentalité antique non monothéiste appréhende la vie de cette façon. En conséquence, anéantir Carthage est la preuve que les dieux favorisent Rome et le comportement des Romains, et que par opposition résolue par la guerre, Carthage était condamnable. Après, faire un show pour cette cerise sur le gâteau qu'est la cérémonie proprement dite, ça c'est plus bassement politique. Mais pour le what if, faut partir du principe que l'autre option s'est produite: Rome a été bousillée et renvoyée aux poubelles de l'Histoire avant son premier grand triomphe que fut la 2ème Guerre Punique (contrôle total de l'ouest de la Méditerranée et prise de position comme arbitre pour le reste, avec notamment une prééminence en Grèce dont la contestation amène rapidement l'affrontement final avec la Macédoine), moment aussi qui força une grande évolution d'un modèle militaire forcé de devenir expéditionnaire, mais aussi plus complet afin d'affronter non plus des voisins limités, mais des armées offrant tout le panel interarme. Les changements induits sont aussi ceux qui amènent les changements politiques internes à Rome qui auront la peau de la République. Mais là, rien de tout cela n'arrive. Comment se peut-ce? Pour voir les conséquences, faudrait voir comment ça a pu se faire. Vu le rapport de forces, y'a pas 36 options; Carthage n'avait qu'une seule option pour vaincre, la stratégie d'Hannibal, ce qui suppose: - qu'Hannibal est soutenu envers et contre tout (surtout contre eux-mêmes) par les aristocrates de Carthage qui financent sans interruption sa campagne sans chercher à le torpiller. C'est en fait le grand point qui change tout! Qu'ils voient à quel point ils Carthage est vulnérable et acceptent le plan, mais aussi la supprématie des Barcas qui va avec, faisant via une campagne victorieuse un quasi souverain du général qui de fait, serait "César avant César".... Avec le risque en revanche d'une guerre civile opposant les aristocrates et les "populaires" que dirige le clan Barca - que les renforts prévus ne soient pas divertis vers l'Espagne - que l'effort naval carthaginois s'intensifie pour une brève période afin de garantir la continuité du soutien à Hannibal dans l'année 216-215 surtout: pas trop dur en l'état des orbats à ce moment Bref, que les conditions soient réunies, comme elles devaient l'être: Hannibal peut continuer son mouvement sans pause longue et aller frapper directement Rome en son coeur, la dissociant par ailleurs des cités voisines soumises, les socii, qui, toujours éloignées de la citoyenneté, ne sont pas encore romaines. A partir de là....
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Le Mindef/Minarm - Successeurs - Nomination - bilan et actions
Tancrède a répondu à un(e) sujet de zx dans Economie et défense
Faut éviter de lire ou écouter Apaty (thie? Thy? Merde, chais pu :lol:!), c'est mauvais pour l'esprit critique: fort en gueule pour prendre des attitudes, et à côté de la plaque pour le reste. C'est comme les autres, un commentateur de la vie politique, qui ne dit rien par lui-même et prend juste un ton pour lire les news; c'est pas un journaliste.... Et le jour où ça lui a été reproché, il a même pas compris la connerie qu'il y avait à répondre comme il l'a fait, à savoir que si les politiques disaient de la merde, lui commentait la merde.... Lazareff avait fait en son temps un exposé autrement plus convaincant pour expliquer que le journaliste devait justement ne pas faire ça.... Et Albert Londres avant lui aussi. Faut pas délirer sur le FN: le score du FN, c'est un baromètre, le FN en lui-même a ZERO chances d'être élu à quoi que ce soit (sauf si retour à un peu de proportionnelle, auquel cas il aurait son petit paxon de députés qui feront "bouh bouh" très fort et les autres qui pousseront des cris de pucelles effarouchées à l'occasion). Au contraire, plus le FN fera du chiffre, plus y'aura une petite chance que la scène politique soit amenée à changer contre son gré. Pour l'instant c'est pas le cas, voir les réactions au PS face au cas Guérini.... Toute un scénario pré-écrit.... Et le Mindef là-dedans me direz-vous? Ben c'est un peu ça toute son histoire, et la révélation de ce qu'est le Mindef dans la politique, et évidemment le titulaire du poste: PEAU DE BALLE! Même Morin a fini par peser trop: à peine commençait-il à l'ouvrir (pour négocier son ralliement) qu'on le privait de bureau :lol:! -
Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Il faut en fait souligner un des caractères particuliers de Rome: pas de souverain, mais les proconsuls une fois en campagne, malgré toutes les animosités politiques, sont TOUJOURS soutenus à fond. Même César ne s'est jamais vu refuser une légion supplémentaire en Gaule, lui permettant d'en avoir jusqu'à 11 à la fois ce qui était même contraire aux principes romains, et ce malgré le fait que la moitié du Sénat attendait la fin de son proconsulat des Gaules pour le buter purement et simplement! Un proconsul en campagne est donc comme un souverain: à la fois décideur opératif/tactique ET décideur de l'agenda politique/stratégique. Hannibal, contrairement à un général romain ou un souverain comme Alexandre ou Pyrrhus, n'a pas cette latitude et doit se justifier en permanence, être jugé, évalué....