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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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On notera quand même que sur ce genre de marchés, Nexter et/ou Panhard (comme "adapateur" local, voire assembleur, et comme chargés du MCO) peuvent faire du fric relativement facilement sans engager des dépenses lourdes dans un programme hasardeux à la cible à géométrie variable. Côté industrie française, ce serait donc pas si mal que ça en ce que ça éviterait de gros errements mobilisant les moyens dispo sans grand avantage. Côté unités: - la suppression des escadrons est-elle complète et sèche? Ou les escadrons AMX supprimés vont-ils se retrouver montés sur un autre machin (VBL ou autre porteur léger) dans une de ces grandes reconversions-métier dont l'AdT a le secret? - cette ventilation de la suppression d'un escadron blindé par régiment (plutôt que décarrer un régiment) répond-elle à une logique quelconque, ou plutôt à la volonté de conserver le 3ème hussards et d'avoir encore 5 rgts à répartir sur la carte électorale? Si l'escadron supprimé n'est en fait que "ré-orienté" sur un autre métier (reco démontée, FAC, équipes antichar légères....), le dommage restera modéré. - ce système "très britannique" dont parle Serge (polyvalence des unités), n'est-ce pas celui auquel les dits Britanniques sont précisément en train de renoncer après retour d'expérience? - 3 escadrons par régiment, 1 régiment par brigade médiane: on a donc 1 escadron pour 2 compagnies de combat en ligne (ou 3 pour 8 si on veut absolument croire que la quaternarisation va amener 4 CC dispos).... Quelqu'un voit la couille, ou le potage sent toujours kasher?
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Je viens de lire dans DSI l'évocation d'une évaluation du CV-90 par l'AdT, suite à la coopération jugée bonne entre les industriels français et suédois: cette éventuelle revue à la baisse du parc EBRC n'amène t-elle pas tout connement à la quasi certitude d'un achat sur étagère, plutôt qu'un programme pour une cible si réduite?
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Je ne sais pas si les idées de ce journalistes sont trs partagées ou pas, mais ça a des relents de mise au goût du jour de la "Jeune Ecole", surtout dans le sens où on a ce genre d'attitude facile qui dénigre tout ce qui vient d'avant et balance des solutions toutes faites et surtout absolutistes et simplistes dans l'argumentaire.
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Le critique y va quand même très facilement, et avec des arguments parfois bancals dans le détail, mais surtout sans vision générale. A chaque capacité spécifique de combat de la frégate, il balance sa solution low cost: - des vedettes lance-missiles (par dizaines) pour justifier 8 harpoons par bateau et pas plus - des hélicos ASM en grand nombre basés sur de gros transporteurs civils pour la lutte ASM - encore des gros transporteurs civils pour plein d'hélicos équipés pour la lutte antinavire (ils voient plus loin....) - encore des gros navires marchands pour transporter des grosses batteries canon et/ou missiles low cost (avec plus de munitions) pour arroser des défenses côtières en saturation et frapper dans la profondeur. Et en plus, ils peuvent transporter plus de troupes spéciales, hélicos de transport et véhicules terrestres pour des opérations coup de poing Mais: - les gros navires civils sont déjà plus très civils, et plus si bon marché, s'ils doivent faire ces missions, parce qu'ils devront avoir les équipements de défense, de commandement, de détection/alerte et de coordination nécessaires, plus des normes de sécurité et solidité un peu plus poussées (sans compter la discrétion accoustique - apparemment, personne ne lui a dit que les hélicos ASM ne fonctionnent qu'en couple avec une frégate, voire en trio avec en plus les avions de patrouille, mais pas tout seuls (du moins loin de leur optimum) - les vedettes lance-missiles dimensionnées autour de 8 harpoons vont avoir du mal à partir en OPX longue- à l'arrivée, avec toutes ces floppées de bâtiments civils ou semi-civils, toutes ces coques, tous ces hélicoptères.... On a combien de coques à entretenir à l'année à des milliers de kilomètres? Ca revient pas nettement plus cher d'avoir autant de coques et autant d'équipages? Quelle solidité dans le temps ont ces machins, face aux contraintes de cet acabit? Combien d'hélicos suréquipés (antinavires, ASM) faut-il (ils sont pas donnés non plus)? - selon lui, un porte-avions ou porte-hélicoptères se défend très bien tout seul, pas besoin d'escorte - selon lui toujours, les frégates n'existent encore que par le conservatisme issu de la 2ème GM, et le lobbying des officiers qui veulent une carrière Une flotte avec lui, ce serait un tas de coques civiles avec des plates-formes et hangars pour hélicos, plus des porte-avions, et rien d'autre .
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L'avenir de la péninsule coréenne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Andromeda dans Politique etrangère / Relations internationales
Malheureusement, Serge, ce n'est pas un argument suffisant quand on veut parler géopolitique stricto sensu et jeu des puissances. Surtout que beaucoup de libertés ont été prises, suivant l'Etat concerné, avec l'application ou non des critères définissant "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité". Donc il faut (et il y a) d'autres raisons pour dire qu'une telle action ne peut et ne doit jamais se faire. La morale n'est d'ailleurs pas souvent un bon guide/prétexte pour les décisions dans ce domaine, tant de crimes et d'horreurs pouvant lui être imputées. Elle est dangereuse comme motif et prétexte, mais plus encore comme précédent dans les relations internationales. -
Problème que j'ai mentionné: là tu parles d'une armée de temps de guerre, issue d'une révolution politique. Bref, à un moment, bref, quelqu'un a eu les coudées franches pour imposer son système qui eut pu aussi être mauvais, parce que la direction politique nazie (pas très experte militairement) voulait "du nouveau". Et ce que les PzD n'avaient pas dans leur staff opérationnel était contrebalancé par les EM fixes (la quantité de boulot demeure). Mais surtout, on parle là d'une armée de temps de guerre, donc faisant des RETEX et une sélection rapide, immédiatement confrontée à la réalité. Le système n'est pas transposable à une armée de temps de paix longue, qui doit continuer à sélectionner et évaluer sur plusieurs générations sans avoir cet arbitre implacable. Pas si facile à dire de nos jours: certes, la décision reste toujours l'apanage d'un nombre réduit, et ultimement d'un chef, mais les données et facteurs sont plus nombreux, et on ne peut pas retourner en arrière: les ordinateurs et stations de travail nombreuses ne sont pas là pour faire joli seulement, et le théâtre des opérations a grossi et s'est dilué. Le temps se raccourcit et la distance augmente, contraignant la décision d'une façon nouvelle que 12h ne peuvent appréhender sans ces multiples sources d'info et de transmission. C'est encore accru par le fait qu'on ne parle pas de guerres symétriques avec concentrations de troupes, mais de théâtres très dilués et déstructurés. Avant, le chef apprenait à trancher face à un renseignement trop parcellaire, insuffisant et souvent faux; aujourd'hui, il doit gérer la surabondance (et aussi la fausseté et/ou la péremption, totale ou partielle, de l'info), mais ce sont les mêmes qualités qui permettent de répondre à cela. Ultimement, c'est toujours la capacité de traitement et de raisonnement qui prime, avec la capacité à trancher, mais pour que ça marche, il faut un vrai chef, des équipes de travail habituées à bien bosser ensemble, et un choix de subordonnés pertinent. Là, ça change pas. Et on en revient donc aux évaluations et à la sélection. Si le grade en lui-même n'a pas d'importance, ça veut dire que, pratiquement, tu fais des rotations de colonels qui pourraient être appelés à être institués généraux en urgence. Autrement dit, tu risques de créer un gros volant de colonels en surnombre au lieu d'un gros volant de généraux: je te l'accorde, c'est moins cher ;), mais ça crée les mêmes effets pervers, comme tout surnombre de gens inemployés, mais à haut niveau. Et des gens bloqués à ce niveau, sans affectation, pantoufleront quand même. Le problème, encoe une fois, est que seules des guerres régulières/probables, donnent un horizon à ces gens là. La Reichswehr pouvait le faire parce qu'ils savaient qu'ils avaient une bonne chance de voir la guerre un jour, et leur promo avec. Dans notre situation, on en revient au point de départ. Mieux vaut garder un volant de généraux ayant déjà commandé (avec une évaluation de leur performance), quitte à créer quelques jobs fictifs et/ou à les affecter à des postes pour lesquels ils sont trop haut gradés, les faire tourner encore un peu dans les exercices pour leur garder leurs habitudes.... Mais le point est de définir une quantité très arrêtée de ces officiers généraux là, et de contraindre cette quantité définie sur des évaluations exigeantes et une analyse critique de leurs performances passées, en bref, de rendre les places chères (mais enviables, pour garder les meilleurs). Et on retombe encore et toujours sur l'évaluation/sélection en l'absence de l'épreuve de la guerre et de son horizon probable. Un autre truc serait moins de conserver les généraux en eux-mêmes qu'accepter de dépenser un peu trop pour avoir un nombre défini d'EM opérationnels en surnombre: face à la limitation extrême de nos forces actuelles, le truc consisterait là à avoir trop d'EMF, volontairement, comme si on dimensionnait leur nombre sur une armée théorique plus grosse. 4 ou 5 EMF plus l'EM européen niveau Corps d'armée. Et qu'ils soient tous opérationnels/déployables sans apport extérieur. Avec de bons moyens de simulation et des exercices et manoeuvres plus réguliers, on pourrait ainsi les mettre en concurrence permanente. Les EMF, hors EM européen, sont désormais 2, soit une quantité directement ajustée sur la masse de bataille, avec des éléments des EM brigades (eux inemployables) pouvant fournir de l'appoint. C'est une erreur à mon avis, et une fausse économie. On aurait du renforcer les 4 et tous les mettre au standard, et y concentrer les officiers, employés et inemployés, pour n'avoir que des officiers opérationnels pour le surnombre, et non des officiers en administration et postes fixes. Chacun de ces EM organiserait ainsi ses rotations, et serait en concurrence directe avec les autres (ambiance kriegspiel en permanence). Et en contrepartie, on y foutrait tous les généraux et colonels dont aurait besoin le "volant" dont je parle, ce qui s'assortit d'une chasse aux sorcières aux hauts gradés pléthoriques dans toutes les planques et administrations. Et ça pour le prix de 2 EM déployables de plus, d'un effort sur l'entraînement (de toute façon à faire) et de moyens de simulation plus lourds. Chaque EM deviendrait une chapelle, une école: le risque de diviser est moindre, et l'émulation me semble potentiellement plus saine.
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marins français du XVIIeme siècle au XXeme siècle
Tancrède a répondu à un(e) sujet de GL dans Histoire militaire
Ouais, ben Duquesne, j'ai dit ce que j'en pensais.... Pour Du Chaffault, le problème est qu'il n'a jamais eu de commandement indépendant face à une action significative; son action à Ouessant est bonne, mais elle reste sous le commandement global de D'Orvilliers. Donc c'est un subordonné dont on n'a pas pu voir ce qu'il aurait pu donner, et ce d'autant plus que la bataille d'Ouessant n'est pas non plus un fait d'arme gigantesque. La flotte française y a démontré sa qualité et sa supériorité technique suite aux efforts commencés sous Choiseul, mais le combat n'a pas donné grand-chose. C'est D'Orvilliers qu'il faut féliciter dans l'affaire, vu qu'il a immédiatement décidé de risquer de rompre la formation en ordonnant au Duc de Chartres de foncer à travers l'ouverture qu'il avait vu dans la ligne britannique. Le duc ne l'a pas fait, mais d'Orvilliers avait pris la bonne décision, qui plus est à un moment où les officiers de marine français étaient dans une "prison mentale" héritée des revers de la Guerre de 7 ans. Malgré cette non-victoire, tout le monde savait que seul le refus d'obéir du prince du sang avait empêché une victoire éclatante, ce qui a complètement décomplexé nos marins. Moralement, cette bataille a sorti le corps des officiers d'un esprit revanchard, mais enfermé et hésitant à passer à l'attaque. Là-dedans, Du Chaffault s'est bien comporté, mais n'a fait preuve que d'une bonne capacité de manoeuvrier: il n'était pas en position de montrer s'il était un chef ou non. De Grasse est certainement un marin très compétent (l'Ordre de Malte est une très bonne école, comme pour Tourville et Suffren), et un expert dans l'organisation et la construction, comme il l'a prouvé dans l'effort de reconstruction après 1763. Comme chef naval, il a démontré ses qualités et ses faiblesses: bon tacticien et stratège, sa campagne des Antilles ne peut être critiquée facilement étant donné les moyens dont il disposait et qui le contraignaient à l'économie (pas d'arsenal et de vraie base à proximité, contrairement aux anglais). Mais sa nullité en tant que meneur d'hommes a contrebalancé ses qualités techniques et décisionnelles. Latouche-Tréville, ben c'est le surdoué qui n'a pas eu l'emploi qu'il méritait: excellent en tout, il avait tout pour être un contrepoids à Nelson, et un nouveau Tourville, voire plus étant donné le respect et l'importance que Napoléon semblait lui accorder. Dans de telles circonstances, il aurait eu un degré d'autorité et une capacité de décision bien plus large, donc potentiellement des succès plus éclatants et décisifs, que Tourville, éternellement contraint par Louis XIV, sa stratégie terrienne comprenant mal les enjeux navals et son ignorance de la mer, mais aussi par Colbert (pourtant son "parrain" de carrière) et Seignelay (pourtant son ami). -
L'avenir de la péninsule coréenne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Andromeda dans Politique etrangère / Relations internationales
Quand Louis XIV a ravagé le Palatinat jusqu'au sol, on a vu quel effet "dissuasif" ça a eu sur le reste de l'Europe: ça crée l'effet contraire. Et dans un cas de figure comme ce que tu décris, l'effet boomerang, si tant est que les USA aient les moyens d'anéantir toute vie en Corée du Nord sans le nucléaire, serait cent fois pire: - USA mis au ban de toutes alliance, et tous ceux qui ont quelque chose contre eux, de petit ou de gros, auront une position préférentielle pour leur imposer ce qu'ils veulent afin de s'afficher avec eux - chute du gouvernement US qui a fait ça, division extrême, voire dangereuse, de la population US, montée des radicalismes aux USA - nouveau précédent dans les relations internationales: l'extermination, préventive ou non, est autorisée à grande échelle. Plus aucune référence crédible à un minimum de gardes-fous, sinon le pur jeu de la puissance sans aucune retenue. Certes les USA sont craints, mais ils ne suscitent que l'opposition ou l'alignement contraint et hostile - disparition de toute restriction quand à l'usage d'armes de destructions massives et de bombardements sur les populations civiles, ou pire: ce volet "moral" de la politique international passe désormais du côté chinois, ou de tout autre côté opposé aux USA: le "bon droit" et la "guerre morale", malgré leurs limites, deviennent l'apanage de puissances qui s'en tapent complètement - la Chine déchaîne ouvertement sa course aux armements et devient le recours moral de tout ce qui n'aime pas les Ricains en particulier, et l'occident en général. Effet de balance, les puissances craignant la Chine entrent aussi dans une course aux armements effreinée. Montée immédiate et conséquente des tensions - Japon et Corée du Sud, malgré leur suivi de la course aux armements, ne peuvent cautionner cet acte par simple souci de leur sécurité immédiate et de la proximité de la Chine: ils se détachent de l'alliance américaine, sur fond de montée en puissance de l'anti-américanisme, voire de nationalismes purs et durs. Même si l'action s'inscrivait dans le cadre de sa défense, la Corée du Sud ne peut la cautionner durablement - l'OTAN/alliance atlantique se dissout ou devient publiquement complice de cette action; il ne peut y avoir de demi-mesure après un acte semblable. Ce qui met l'Europe soit dans le sac américain, dans une nouvelle ère de tension (et clairement vassale malgré elle), soit, plus vraisemblablement, la divise radicalement - présence chinoise en Afrique et Amérique du Sud décuplée; rejet massif de tout ce qui est américain et, par association de tout ce qui est occidental, sauf pour les puissances ayant fermement condamné l'action et s'étant donc totalement dissociées des USA au point de devenir hostiles C'est plutôt ça la gamme de conséquences qui suit un acte tel que tu le prônes. Et encore, c'est plutôt un échantillon limité des conséquences immédiates, même pas de ce qui s'ensuit à moyen terme. -
C'est tout le problème, parce que rêver d'un tel moyen d'évaluation est une illusion d'ingénieur et de matheux en général: on en revient toujours, malgré les, changements, inventions ou affinages de critères, à une notation de critères définis qui ne reflèteront que très/trop imparfaitement les vraies compétences d'un chef qui sont dures à clairement définir. De plus, le choix de ces critères relève lui aussi d'un arbitraire qui correspond aux modes et idées arrêtées de chaque époque, et ce choix prête toujours à critique. Nombre de ces critères sont souvent pertinents, mais leur décalage avec la réalité inquantifiable de ce qu'exige le fait de commander, surtout en chef, est toujours trop grand. Sans compter que dès qu'on définit des critères de jugement arrêtés et que chacun fait l'objet d'une notation, on développe le phénomène des bêtes à concours: des officiers qui seront nettement plus doués pour réussir les épreuves théoriques et pratiques que pour commander effectivement dans un vrai théâtre. Et la notation dans chacun de ces critères est aussi souvent sujette à caution, parce qu'il ne s'agit pas de cocher des cases: l'évaluateur ne peut être objectif (et contre un logiciel ou une simulation, même chose: ils sont paramétrés selon des idées et opinions en cours, plus ou moins justes). Enfin, cette notation est souvent elle-même parasitée par d'autres éléments moins avouables: comportements de castes et favoritismes, rôle des chapelles et relations, antipathies éventuelles.... A l'arrivée, un système de notation/évaluation offre un outil infiniment trop partiel et partial pour permettre d'évaluer les qualités très peu quantifiables qui font un commandant, un meneur et un chef. Les compétences sont fournies par les écoles, mais ce sont des savoirs, un langage et une procédure: fondamentaux essentiels, certes, mais rien de plus. En plus de ça, on leur apprend à donner des ordres; mais commander, c'est autre chose, et ça ne se met pas en équations ou dans un QCM, ou même dans une dissertation. Alors après viennent les exercices, déjà un moyen potentiellement plus révélateur. Problème que tu as décrit: les exercices sont toujours truqués à la convenance des chapelles et grands pontes en place. Pour qu'ils soient révélateurs, il faudrait un arbitre inflexible qui n'autorise pas les changements en cours de route ou les scénarios prévus à l'avance. Mais les armées développent toujours des chapelles qui parasitent cet idéal; bref, il faudrait quelqu'un d'extérieur, ou un OVNI venu de l'intérieur du système et pourvu d'une autorité incontestable, pour l'imposer. Le politique ne peut pas l'être vu sa méconnaissance et ses logiques d'intérêts, favorisées par les chapelles militaires qui font leur cour et s'imposent à la méconnaissance des décideurs, mais aussi par les lobbies industriels (RMA vs Von Ripper). Au Camp de Boulogne, Napoléon avait l'autorité et la volonté pour imposer des manoeuvres réalistes et sans compromissions, et une génération de chefs jeunes, ultra-motivés, affamés, compétents et très au fait de la guerre réelle; mais comment reproduire un tel niveau d'autorité sur les militaires?
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Pour ce qui concerne les hautes technologies, j'ai du mal à voir comment on pourra éviter d'avoir de hauts officiers venus du technique et ensuite formés à une perspective militaire plutôt que l'inverse. Ca ferait d'ailleurs pas forcément trop de mal d'avoir des gens issus d'un autre moule initial de pensée mais disposant d'une certaine autorité leur permettant de dire merde à l'occasion. Je ne suis pas un fan de la technique-technologie reine, mais il est clair qu'elle change beaucoup de données et de façons de voir que les grands chefs, qui se complaisent uniquement dans leurs habitudes en se donnant des airs d'ouverture à la modernité, ne comprennent pas forcément. De toute manière, au niveau des officiers généraux, techniciens, spécialistes et hommes de terrain auront déjà du bagage et auront tous multiplié les cursus en tous genres, ça n'a rien de nouveau. Evidemment, l'unicité de commandement reste la règle en définitive, et les décideurs doivent l'être en tant que généralistes pensant tous les aspects du spectre, mais pour réaliser cette synthèse finale, il vaudrait mieux plusieurs cursus et mentalités d'origine dans une institution qui place apparemment la fossilisation mentale comme une valeur cardinale. L'exemple du général Von Riper est assez éclairant; il l'a joué "bite et couteau" contre l'hyper technologisme si omniprésent dans les mentalités (et intérêts de reconversion) des hauts commandants, mais pas seulement. Il a été malin, et c'est en connaissant les faiblesses techniques qu'il a joué son coup en pensant qu'il y avait de la marge de manoeuvre, il a pas joué l'homme des cavernes qui ne croit qu'à la bite et au couteau. Et l'institution militaire américaine aurait pu, à l'époque, profiter de cette concurrence issue de la diversité des conceptions, au lieu d'arbitrer en faveur de l'un contre l'autre. Là c'est politique. Pour réouvrir sur le sujet proprement dit, les défaites de commandement sont quand même souvent issues d'une mentalité, d'une caste, d'une fermeture d'esprit, d'obsessions, d'idéologies.... Bref, de causes structurelles qui expliquent souvent pourquoi on a des chefs, grands et intermédiaires, incapables de réagir correctement quand le plan de bataille n'est pas respecté, ou carrément d'en faire un mauvais. Le reste, ce sont des chefs décents, bons ou même excellents qui peuvent toujours faire des erreurs, trouver meilleur qu'eux, avoir de mauvaises circonstances.... Donc le problème de savoir comment sont choisis les chefs est fondamental et explique selon moi la majorité des dites défaites. Sélection, formation, évolution des carrières, attribution des postes opérationnels de responsabilités, idéologies et/ou modes techniques, sociologie et réflexes de castes, chapelles.... Azincourt est à cet égard tout autant un exemple que ce que S-37 Berkut nous décrivait plus haut, ou les analyses sur les milieux d'officiers des années 30 nous disent. Et ça vaut pour tous les pays: la connerie des officiers américains pendant la Guerre de Sécession ou en 1917 en est une autre illustration.
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Rôôô, ça va hein? Je me suis fait eu, et après? Avouez quand même que ma circonstance atténuante est justifiée: avec nos élites militaires (et parfois politiques, cf Giscard et les SNA a nom de pierres précieuses :'(), on croit à chaque fois avoir tout vu dans le choix des noms débiles et des acronymes ubuesques, et elles arrivent encore à nous surprendre! Donc TARIEN pigé tancrède, peut-être, mais TATOU à craindre de ces généraux aux goûts de chiottes.
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C'est très possible, mais le problème de leur sélection demeure: c'est pas parce que tu décrètes que le nombre de généraux est plafonné que les filtres d'accès vont être bons. Ils seront certes moins nombreux à se tirer dans les pattes, mais tu décourageras aussi beaucoup de candidats ou de jeunes officiers qui ne se verront pas d'avenir de moyen ou long terme dans l'institution (même les bons sont ambitieux et ont le droit de se projeter dans le futur), et encore une fois, rien ne garantit que des barrières de filtrage resserrées ne seront pas avant trustées et passées par ceux qui connaissent et exploitent le mieux le système plutôt que par les gens compétents. L'avantage en soi d'un nombre de places drastiquement limité, cependant, c'est que chaque poste de général est plus identifié (on ne file plus un quelconque bureau ou une simple unité, un sous-service.... A un général, mais à un colonel, un commandant ou un administrateur civil) et surtout plus directement exposé: ce qui veut dire qu'on donne plus d'autonomie et plus de responsabilité directe, moins de dilution de la paternité d'une foirade ou d'une réussite. Les carriéristes sont plus prudents face à ça, et l'échec, comme l'incompétence, sont moins camouflables, il y a moins de potes hats placés pour couvrir et se serrer les coudes, la compétition entre officiers généraux est plus directe (àa peut créer une sale ambiance ceci dit), les chapelles sont moins puissantes.... Autre point; il est toujours nécessaire, comme dans des unités opérationnelles, d'avoir un volant de réserve de généraux compétents. On ne peut pas faire du flux tendu dans ce domaine: un chef compétent est inévaluable en termes de temps de formation, de maturation et d'émergence. Ce n'est pas une science exacte, ni même quelque chose de statistiquement prévisible. Donc la 2ème section et des généraux sans affectation réelle restent une nécessité, même s'il faut aussi la garder dans des proportions définies. C'est utile face à l'urgence opérationnelle, surtout si on met en place un système où on n'hésite pas à sanctionner vite et fort l'échec, mais c'est aussi indispensable si on doit envisager des scénarios de remontée en puissance et garder une capacité de faire regrimper les effectifs. Former un soldat de base de bon niveau prend au minimum 2 ans (1 an pour du bleu entraîné), former un bon sergent 5, reformer une unité élémentaire opérationnelle ex nihilo en prend au moins 4 ou 5 ans.... mais former des officiers compétents au-dessus du grade de capitaine, c'est inévaluable. Certes, la promotion du rang pour les bas officiers, et celle de colonels talentueux pour les généraux sont la voie la plus souhaitable, mais elle ne suffit pas. Enfin, c'est un point particulier, mais l'émergence de nouvelles spécificités techniques et d'armes nouvelles qui deviendront probablement des unités autonomes exige une nouvelle catégorie: des civils échapant à la discipline? Un nouveau statut hybride? Des militaires purs et durs? En attendant, il y a aussi pour ça des officiers généraux pour les drones, les équipements de haute technicité.... C'est un pis-aller qui ne doit pas durer, mais l'omniprésence de la technique et des effectifs sédentaires éloignés des combats et/ou des théâtres d'opération (leur proportion ne fera que grossir) exige une nouvelle hiérarchie. Au final, les postes de généraux devraient être limités à quoi? En France, on n'aurait ainsi que 8 "vrais" généraux de brigade en tant que tels (plus d'autres pour les brigades spécialisées, mais qui ne sont pas des postes de commandement de terrain)?
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Faut arrêter de se regarder le nombril: toutes les armées sont comme ça, à un degré ou à un autre, et on n'a pas nécessairement les généraux les plus nuls et carriéristes du monde occidental. Les amerloques s'en paient aussi de beaux, avec un degré de corruption/idéologie/pantouflage bien plus élevé, comme tout ce qui tourne autour de la RMA l'a prouvé. Et ça doit même être encore plus grave chez eux étant donnée la taille de l'institution, son administration tâtillonne et lourde, sa bureaucratie omniprésente, ses sureffectifs.... Plus y'a un gros système, plus y'a de parasites, et plus il y a de chapelles et les logiques qu'elles supposent. Mc Cain, en tant que candidat, le disait haut et clair, et l'exemple de Von Riper n'en est qu'une confirmation. Le constat est que la promotion des meilleurs dans des proportions satisfaisantes pour une armée ne peut avoir de chances de passer qu'en temps de guerre, face à l'urgence et au jugement immédiat de la réalité. On peut encore y voir des nullards ambitieux et prétentieux passer et rester, évidemment, mais pas dans les mêmes proportions. Evidemment aussi, je ne parle pas des guéguerres de stabilisation dans des trous paumés comme on en fait maintenant, mais de vraies grosses guerres impliquant une forte attention de la direction politique qui joue une partie de son cul sur la réussite de la conduite des opérations. Il est très intéressant de se renseigner sur la période 1791-1795 pour la promotion des officiers généraux: en quelques années, on y voit un concentré de tout ce qu'il faut faire et de ce qu'il ne faut pas faire, le tout sur fond d'urgence absolue. On peut voir que même le couteau sous la gorge, des logiques d'ambitions, de chapelles, de parasitage, d'idéologie.... Agissent encore, mais généralement moins en proportion globale. Sur cette période, on n'a jamais vu une telle valse de généraux. Entre 1792 et 1793, je crois que la durée en poste d'un général pouvait ne pas dépasser quelques mois: punition automatique pour l'échec, parfois à coup de guillotine.
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Les samouraïs, le Bushido, le japon d'avant
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Histoire militaire
Si tu veux lire un bon manga (c'est pas une série, c'est un one shot) sur le sujet: Kaze no sho de Jiro Taniguchi. Les samouraïs accordaient un grand prix à l'éducation, et pas seulement le haut du panier (les bushis); c'est d'ailleurs ce qui a sauvé nombre d'entre eux à partir de l'ère Meiji, étant donné qu'ils étaient la frange la plus instruite du Japon, bien plus que les riches négociants, commerçants et artisans/pré-industriels en général. Ce sont eux qui ont fourni les gros contingents des premiers étudiants japonais envoyés à l'étranger, le premier corps enseignant moderne.... Mais pour relativiser le post de Rochambeau, il faut noter que l'éducation des samouraïs en tant que classe en général, et pas seulement de leur élite, ne s'est vraiment développée au sens large qu'avec la pacification générale survenue avec l'ère Edo et l'avènement du shogunat Tokugawa, soit dans la dernière période de l'existence du Japon traditionnel (XVIIème-XIXème siècles). Et même là, nombre de penseurs qui ont cherché à codifier le bushido réfutaient aussi les bienfaits des disciplines intellectuelles, vues comme inutiles et superflues, voire nuisibles à l'esprit du guerrier jusqu'au boutiste. Mais sous l'ère Edo, y'avait pas grand-chose à foutre pour la classe des guerriers, alors ils trompaient l'ennui comme ils pouvaient. -
Les samouraïs, le Bushido, le japon d'avant
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Histoire militaire
Il y a encore des écoles dites "classiques" pour les savoirs-faires guerriers: iaijutsu et kenjutsu, kenpo et jiujitsu, kyudo.... Mais aussi pour les autres savoirs et savoirs-faires intellectuels: calligraphie et tout le bastringue. Certaines familles cultivent encore les traditions autrement que pour la gallerie et "faire chic", mais c'est pas si fréquent. Mais pour ce qui est de la vraie tradition intellectuelle, spirituelle et physique, c'était une institution, une tradition et un mode de vie: faut pas rêver, ça a disparu parce que c'est un tout, et on ne peut reproduire que des parties de ce tout dans la nouvelle façon de vivre. Il y a encore, surtout dans l'armée, la culture d'une certaine façon de voir, de penser et d'agir, mais ça ne peut pas être quelque chose d'aussi englobant et total. Quand à "l'éthique samouraï appliquée aux affaires", c'est du gadget de vente de bouquins, comme "l'art de la guerre de Sun Tsu dans le monde des affaires", du gimmick de l'édition pour fourguer du papier. Que des chefs d'entreprise ayant failli se soient à l'occasion fait péter le caisson après avoir fait des excuses publiques, ça relève d'individualités fortes et d'une contrainte sociale imprégnant encore certaines franges de la société japonaise, et correspondant à leur culture, mais ce ne furent que des exceptions, pas une généralité, donc des affaires d'individus ayant encore un certains sens des responsabilités, une conscience de l'image de leur nom et de leur famille, et et une vision japonaise de la honte d'avoir failli. Mais 99% des patrons et responsables dans cette situation ne se sont pas suicidés et se sont barrés avec leurs émoluements. La culture japonaise, face au monde moderne, au consumérisme, à l'individualisation et à l'urbanisation massive (avec le mode de vie qui va avec), a commencé à céder face à l'américanisation, même si la tradition a résisté plus longtemps et reste encore un peu vivace (ça se voit notamment avec le système judiciaire et carcéral); mais les prochaines générations, à ce rythme, seront encore plus occidentalisées/mondialisées. Pour ce qui est de la culture et de l'esprit samouraï spécifiquement, ça va avec un mode de vie et avec le combat: ceux qui se vantent d'avoir l'éthique guerrière appliquée à leur mode de vie moderne et à leur façon de travailler se donne juste un genre. Plus que dans beaucoup d'autres activités, la "voie du guerrier" a besoin de la guerre comme horizon, et de la configuration mentale qui va avec. -
On leur apprend à donner des ordres, mais commander, c'est autre chose évidemment. Mais la question n'est pas là parce qu'il n'y aura jamais de bon système: chaque fois qu'on invente un système, on crée surtout les mille et une petites portes par lesquelles ceux qui savent s'en servir vont s'engouffrer pour l'envahir, mais ça ne veut pas dire qu'on ne crée pas non plus aussi le produit désiré, à savoir des chefs corrects, et même quelques bons, voire exceptionnels. Mais évidemment, ils n'ont accès aux responsabilités effectives que si ça tourne vraiment mal et s'ils savent se mettre dans l'entourage d'un gros malin qui va les promouvoir pour s'auréoler de leur gloire. On n'est pas très loin des attributions de commandements sous l'Ancien Régime, où les bons courtisans et grands noms obtiennent beaucoup, aux dépends des bons officiers, la caricature absolue étant la Guerre de 7 ans (la Pompadour et son entourage), ou l'obstination de Louis XIV à maintenir Villeroy à la tête d'armées en campagnes. Et, toujours effectivement, les bons officiers doivent aussi savoir se mettre en valeur et se vendre: Rommel est peut-être un peu caricatural en ce qu'il a profité d'un changement de régime et de mentalité qui l'a promu artificiellement (ils avaient besoin d'officiers comme lui, pour l'image du ralliement). Mais Napoléon non plus n'a pas procédé autrement. Turenne a passé sa vie à devoir se mettre en avant, étant à la tête du dernier grand réseau de clientèle aristocratique après la Fronde: il devait obtenir des commandements pour lui afin de pouvoir maintenir sa clientèle (ses obligés et alliés) en leur refilant les sous-commandements et affectations que ça lui permettait de distribuer (plus des marchés et faveurs). Dans Un pont trop loin, on voit quand même ce savoureux général anglais (le supérieur direct du général Urqhart joué par Sean Connery) qui couvre son cul en permanence et passe son temps à sentir le sens du vent.
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Merde, j'ai pas fait attention, c'est peut-être un poisson d'avril de Merchet (c'en était pas un pour moi). J'espère en tout cas. Le problème est qu'on a des élites militaires tellement obsédées par la quête permanente du nom le plus naze ou de l'acronyme le plus imprononçable que l'hypothèse du poisson d'avril ne m'a même pas effleuré.
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Quand on se penche sur l'histoire militaire, on a surtout l'impression que c'est tout le temps ça: une floppée de généraux incompétents, pas parce qu'ils sont si cons mais parce qu'ils font une carrière, où leur premier objectif est de faire tout ce qu'il faut pour la réussir, donc avoir les bonnes notes, se faire voir de qui il faut, ne surtout pas faire de vagues, que tout se déroule toujours comme sur du papier à musique en garnison et exercices, avoir les bonnes relations dans et hors de l'institution (pour reconversion/carrière ultérieure).... Et de cette masse informe émergent toujours quelques individualités hors du commun, généralement pas mises en valeur en temps de paix, voire même carrément straffées, et une masse non négligeable de bons exécutants consciencieux. Parce qu'encore une fois, loin des grands fantasmes, l'examen de la réalité montre souvent plus que le vainqueur n'est pas celui qui a aligné les réussites, mais plutôt celui qui a fait le moins (très) grand nombre de conneries.
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Oh mon dieu! Vu chez Merchet: le nom du futur VBMR.... le TATOU! Un jury a tranché: la question est qui leur fournit à boire et qui met des substances zarbis dans leur bouffe?
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marins français du XVIIeme siècle au XXeme siècle
Tancrède a répondu à un(e) sujet de GL dans Histoire militaire
Suffren, je le mettrais dans la même catégorie qu'un autre chef, très oublié (injustement): Maillé-Brézé. Grand aristo et chef naval sous Richelieu et au début du règne de Louis XIV, c'était un terrien qui s'est mis sérieusement à son nouveau métier, et s'est toujours porté à l'attaque avec une grande aggressivité et un bon esprit d'initiative. Très bon meneur d'hommes, il a eu beaucoup de réussite, mais celle-ci vient à ceux qui tentent le coup. A l'inverse, Duquesne, c'est le faux mythe; jamais un succès décisif à son actif (sauf si on impute la mort de Ruyter à son actif :P), des tergiversations sans fin, un refus de mettre son savoir de marin (bien réel) au service d'une réforme de la marine, un égo surdimensionné et une jalousie maladive le rendant souvent mesquin envers ses subordonnés, notamment Tourville. Beaucoup de vent pour pas grand-chose: il a "tenu son rang", mais guère plus. Et il n'a pas servi à autre chose. Guichen, La Motte-Piquet, D'Orvilliers, d'Estrées: voilà de bons chefs d'escadre aggressifs et pleins d'initiative, par exemple. -
Ouah! Tu ressuscites du vieux, là: c'est plus très frais. On n'est pas en 14-18, et les axes de log et de communications se font à dos d'homme et de bêtes, et par chariots: y'a pas de génie ferroviaire pour faire suivre les lignes ferrées, et les armées prussiennes et allemandes sont bien trop massives, contrairement aux armées de la période napoléonienne, pour être soutenables à distance assez longtemps considérant les moyens de l'époque. Soutenir 100 000h loin de ses bases par convoi de chariots est une chose, en soutenir plus de 400 000 en est toute une autre. Et plus on s'enfonce dans la moitié est de la France, plus c'est vrai. Et c'est pire quand on doit avoir, comme c'était le cas, non pas un axe de ravitaillement, mais bien 3 ou 4 principaux. C'est extrêmement dimensionnant. Moltke en est très conscient, lui qui craignait par dessus tout une armée française qui se déroberait et ne rechercherait pas la décision dans les 150 à 200 premiers kilomètres au-delà de la fin de ses lignes ferrées. De plus, la guerre n'est alors pas encore soutenable comme celle de 14 pourra l'être: pour un effort aussi intense, les industries ne sont pas prêtes, et l'Allemagne n'est pas un ensemble organisé. Bref, les armées sont courtes sur pattes, et le différentiel entre France et Prusse serait, dans une telle configuration, largement compensé par des lignes françaises plus courtes. D'autre part, une armée française ayant évité les désastres majeurs pourrait effectivement utiliser la Garde Mobile, malgré ses limites, en l'encadrant: la même Garde a fait les preuves de sa détermination après la reddition. Dans le cadre d'une défensive organisée, ça compte, ne serait-ce qu'en alignant des poitrines et des fusils sur des poches de fixation et des embuscades d'une certaine échelle. Politiquement, les Etats allemands du Sud sont entrés dans cette guerre largement contre leur gré, malgré les forts lobbies prussophiles dans leurs élites (les populations et les clergés, catholiques comme protestants, sont largement anti-prussiens, de même que les élites traditionnelles/traditionalistes, et les élites rurales, face aux "modernistes/industrialistes"), et une campagne embourbée aurait pu leur donner la lattitude pour se dégager, surtout que leurs armées étaient nettement moins au point que la prussienne face à la guerre moderne, et leurs Etats bien moins capables de la soutenir un peu longtemps. Si l'Autriche avait bougé à un tel stade, comme elle le voulait, l'union allemande était foutue. Une France victorieuse rapidement n'aurait pas fait bouger l'Autriche, mais une France affaiblie ET encore résistante aurait été une occasion pour l'Autriche-Hongrie d'enterrer les rancunes (Italie, inactivité française en 1866) face au nouveau géant prussien. Sur ce point, les archives diplomatiques sont claires.
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marins français du XVIIeme siècle au XXeme siècle
Tancrède a répondu à un(e) sujet de GL dans Histoire militaire
Suffren n'a jamais vraiment été en position stratégique: sa grande épopée en Inde est une affaire de petite ampleur sans rien de décisif sur le cours des événements: c'est certes un chef d'escadre très doué, autonome et plein d'initiatives et d'audace à cette échelle, et peut-être, sans doute même, aurait-il été un leader historique avec plus de moyens navals et terrestres, plus d'autorité et des bases à proximité. Mais ce ne fut pas le cas, donc on ne saura pas, comme pour sa capacité à avoir un angle large, stratégique, sur laquelle ses thuriféraires et contempteurs continueront à se prendre le chou éternellement. Et hors de son talent de chef d'escadre, il ne fut ni un théoricien, ni un révolutionnaire en matière technique, ni un visionnaire stratégique, ni un architecte naval.... Alors sa capacité d'initiative a pu certes apparaître, mais dire que ce n'est pas fréquent chez les marins français est faux. Il faut noter d'abord que le commandement français souffre du même problème de base que l'armée de terre: la tendance de Versailles à vouloir tout commander depuis.... Versailles. Les chefs navals ont moins la bride sur le cou et sont plus contrôlés. Suffren était aux Indes post-Dupleix, sans aucun moyen d'être emmerdé par Versailles, les bases les plus proches étant à perpète et elles-mêmes loin de pouvoir recevoir des ordres de métropole rapidement. Mais les marins ayant fait preuve d'initiative ne manquent pas, et il y en a en fait fort peu de tâtillons (sauf D'Estaing, terrien, courtisan et abruti). Tourville a démontré sa capacité à ne pas obéir à Versailles, malgré ce que ça pouvait lui coûter, à Béveziers (où il décide de ne pas poursuivre considérant le taux de mortalité accéléré de sa flotte) et pendant la campagne du Large (sans doute l'une des plus belles campagnes navales de l'Histoire, la plus utile stratégiquement, et qui a failli tuer sa carrière parce qu'elle manquait d'une belle victoire coûteuse et tape à l'oeil). Les Anglais ont l'avantage (qui fut aussi un défaut) d'avoir la triple amirauté (la blanche, la bleue, la rouge) qui sont en fait les 3 lobbies, ou coteries, de la Navy; 3 familles se disputant budgets, postes, assignements, navires et honneurs et qyui sont en fait 3 réseaux de clientèles militaires, politiques et aristocratiques. Elles se tirent dans les pattes, mais d'un autre côté, elles offrent un écran et une marge d'autonomie à leurs commandants et officiers qui sont encouragés et protégés (mais le népotisme et la corruption y sont pires) par un échelon intermédiaire: chaque capitaine, commodore et amiral est un client (aristocratique, relationnel ou politique) ou un favori du haut de la hiérarchie d'une des 3 "flottes". On encourage sa carrière et on le protège plus ou moins en cas d'échec (relativement; ça dépend de son importance): ça permet de se resaisir (pour ceux qui en sont capables), mais aussi d'oser plus si on sait que sa carrière ne sera pas totalement massacrée par une foirade (le mauvais côté est que les nuls issus des bons milieux réchappent de tout). Et il ne faut pas oublier qu'en Angleterre, contrairement à la France, le gros des sujets intelligents va vers la Marine, pas l'armée de terre (remplie de cons et aristos arrivés par faveur). Pour sa tactique, il n'a rien inventé: briser la ligne de bataille n'a rien de nouveau, et Tourville, celui-là même qui a codifié le combat en ligne de file a été, comme tous les fondateurs mésinterprétés par la suite, le premier à ne pas s'enfermer dans son modèle et à briser l'alignement pour attaquer, sans la moindre hésitation (ce qu'il a fait à Barfleur face à l'immense supériorité numérique de ses adversaires: charger en 3 points à 44 contre 98! Et s'en tirer sans pertes). -
marins français du XVIIeme siècle au XXeme siècle
Tancrède a répondu à un(e) sujet de GL dans Histoire militaire
Meilleurs marins? Eric Tabarly, Olivier de Kersauzon.... Meilleurs chefs navals? Ne pas les mettre sur le même plan que des corsaires, déjà. Ensuite, le meilleur chef naval français sur la période? Tourville, de très loin le plus complet et le plus grand: à la fois théoricien (et capable de faire comprendre la marine à Colbert), marin, tacticien, stratège (la Campagne du Large), architecte naval, coordinateur (son système de signaux, son enseignement unifié) et meneur d'hommes au combat (ses caravanes dans l'Ordre de Malte, Barfleur). Aucun autre ne lui arrive à la cheville, on n'est pas dans la même dimension. Pour les corsaires, Jean Bart et Dugay-Trouin. -
L'avenir de la péninsule coréenne
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Andromeda dans Politique etrangère / Relations internationales
Et le Pentagone à l'époque ne publiait que des prévisions catastrophistes pour essayer de récupérer les budgets ratatinés par l'administration Clinton, d'autant plus qu'il était alors en plein dans la promotion de la RMA, gourmande en R&D et demandeuse de massifs investissements de restructuration. Du coup, on alignait les scénarios de guerres conventionnelles potentielles catastrophiques tous les 4 matins pour dire "on est tellement faibles et le monde est si méchant". Ce genre d'analyse, à l'époque et encore plus aujourd'hui, tient-il la route quand on voit l'état de l'économie nord-coréenne et ce qu'on peut savoir/deviner de leur armée dans son état de fonctionnement et de préparation réel (et surtout dans la durée), et non dans son orbat théorique? -
Nouvelle série de Spielberg, Pacific
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Très déçu par rapport à BoB: très superficiel dans les persos qui sont assez peu attachants, mais surtout un grave manque d'intensité. Y'a de l'action, mais elle est nettement moins prenante que dans BoB. Ca sent le produit tout prêt, les recettes toutes faites, bref, le réchauffé à la va vite, ce qui est quand même dramatique avec un tel budget. BoB n'avait pour vrai défaut que de forcer un peu trop dans le larmoyant/bonne conscience, mais là, ces 2 épisodes n'ont rien de très emballant; j'ai même trouvé ça un tantinet chiant à regarder.