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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Non, ça c'est un peu facile: offensive ne veut pas dire victoire et défensive défaite. Ca se saurait si le débat était si simple. Ca c'est faux: la doctrine de l'armée française en 1918 est clairement offensive, et tout l'entraînement et l'équipement est calibré pour. Ce n'est pas l'offensive reposant sur une infanterie duale avec un fer de lance comme les Stosstruppen, mais une doctrine générale d'infanterie mobile, reposant sur des mouvements et tactiques complexes et structurés. La spécialisation dans la guerre de tranchée, c'est la phase qui commence en 195 et s'achève graduellement entre la 2ème moitié 1917 et le début 1918, avec, outre l'usage intensif croissant des chars, une coordination entre l'artillerie lourde et l'infanterie sans équivalent ailleurs, y compris chez les Allemands (qui ne peuvent l'avoir en fait qu'avec la partie de l'artillerie dédiée aux offensives brutales et les seules stosstruppen). Et cette doctrine reste intacte jusqu'aux lendemains de Locarno, moment à partir duquel on commence à "couper nos ailes", et encroûter l'infanterie, sans pour autant revenir aux doctrines de la guerre de tranchée. Loki, ne nous égarons pas trop dans 40, mais je trouve ton raisonnement un peu univoque; la possibilité de trucider l'offensive des Ardennes est confirmée. Certes l'aviation de bombardement n'avait pas les moyens d'anéantir le corps de bataille allemand en un raid, mais on parle d'une progression dans un corridor, étirée et justement sans grosse protection de la Flak précisément à cause du relief. Les messages répétés des officiers allemands le confirment abondamment: la couverture AA est faible, et ce d'autant plus qu'elle est réduite non seulement aux moyens très mobiles pouvant accompagner directement le corps blindé, mais aussi et surtout à une densité affaiblie par l'étroitesse des couloirs de progression, le relief et la végétation. Ce fait, beaucoup plus présent dans les livres allemands, était encore rappelé récemment (relativement ;)) par August Von kageneck dans son bouquin d'entretien avec Hélie de St Marc, soulignant à quel point les unités en progression étaient vulnérables au moindre raid aérien (ce pourquoi l'EM était initialement opposé au mouvement par les Ardennes, qui fut imposé par le niveau politique). Oui la Flak allemande était importante, mais elle ne pouvait être déployée que dans les Flandres et les plaines belges, pas dans les Ardennes. Justement non, et je sais pas d'où tu décrètes un tel ratio; si on fait le ratio des pertes au combat (pas celles des "poursuites"), le résultat est équivalent. Et avec la même lenteur de commandement, on constate la grande efficacité de l'armée des Alpes (quasiment sans unités de premier rang vu le drainage opéré) face aux Italiens, mais surtout aux Allemands. Le terrain à lui seul fait la différence, et tout le point de mes affirmations initiales était justement de relativiser les avantages allemands à une juste marge; la radio leur permet de décentrer le commandement, certes, et de penser plus vite, re-certes, mais les radios sont encore faiblardes et limitées en portée, et les procédures de filtrage de l'info ne sont pas au point. Et les hauts commandements gardent surtout la maîtrise de l'échelon logistique par lequel ils contrôlent les chefs de corps trop agressifs, pour le meilleur et pour le pire. Mon point n'est pas de dire que les Allemands n'avaient pas des avantages nets en 40, mais que ces avantages, au global (essayons de ne pas les prendre point par point, c'est précisément pas le sujet de ce topic) n'étaient pas assez nets pour décréter que la victoire allemande de 40 était certaine et inscrite dans le marbre. Les limites des matériels, les erreurs et fautes sans nombre des Allemands (comme chez nous).... Ne sont pas assez rappelées, et ce n'est en fait que dans les commentaires d'officiers allemands que l'on comprend le caractère quasi miraculeux de la campagne de 40, souligné notamment par Gerd Von Runstedt qui s'extasie devant la somme de hasards hallucinante, petits et grands, qui ont permis la réussite de l'opération. Mais j'aimerais plutôt qu'on revienne au fil principal de la discussion. J'avais un postulat plus général: le primo-affrontement bordélique, le lancement du processus d'adaptation, le fait que personne ou presque n'a jamais eu une guerre d'avance et que l'entraînement tourne autour de bons fondamentaux. C'est vrai que 40 est sans doute l'exemple, ou l'un des exemples, les plus discutables pour ce thème, cependant. Les Allemands avaient certainement mieux repérés et commencé à mettre en place ce sur quoi devait reposer la guerre qui venait; aucune discussion là-dessus, on est tous d'accord. Mais ils n'avaient que commencé à le mettre en place, de façon inégale, sans même avoir pu penser globalement le fait (qui le pouvait?). Et les limites de cette mise en place embryonnaire tout comme des matériels eux-mêmes ne garantissaient pas d'avantage si net qu'on le décrète trop facilement en général. Là est ma nuance.
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Les BD qui parlent de défense
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Hé, j'ai pas dit le contraire; j'ai juste dit qu'il fallait pas avoir le moral dans les chaussettes et de la musique triste dans les oreilles quand on en empoignait un :lol:. Et si on a quand même tout ça, vaut mieux pas avoir aussi un flingue qui traîne à côté. Soit dit en passant, faut pas mettre QUE du noir dans ce genre de récit; y'a des éclaircies aussi. Un bon album sur la guerre, c'est un spécial d'Hugo Pratt (les Rats du désert ou un titre dans le genre, ça fait longtemps); il m'avait laissé une bonne impression. Mais d'une manière générale, toute l'oeuvre de Pratt est à garder; tous les Corto Maltese qui tournent autour des théâtres de la Grande Guerre (Champagne et Artois, Italie, Somalie, Tanganyka....) et de ses suites sont grandioses. Notamment en Sibérie, sans doute un des meilleurs albums de BD jamais faits, avec des personnages fabuleux dont le baron fou ungern Von Sternberg ("en avant, à la recherche de nos folies et de nos gloires!"). L'ambiance de la guerre est palpable au travers des excellents personnages, réels et inventés, de tous ces albums Mais bon, je suis un inconditionnel de Corto. Sinon, suis-je con, une bonne série historique sans fard ni romantisme; les fils de l'Aigle, de Michel Faure (très grand dessinateur de chevaux), sur le destin de 2 personnages dans les guerres de la révolution et de l'empire. Le monde militaire napoléonien y est excellement décrit, et l'image, la cinématographie de la BD, est vraiment très belle (notamment la charge des Mamelouks aux Pyramides). Mais je vais pas me lancer dans les BD historiques sur la guerre et les armées; j'ai une collection un tantinet gargantuesque. -
[Forces spéciales] Leur place dans nos armées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de max dans Forces spéciales et clandestines
Le drainage des SMP est aussi réel. Mais plus fondamentalement, certains feront appel au "ramollissement" des populations occidentales, polémique pas totalement infondée, mais impossible à vraiment quantifier. Ce qui est sûr, c'est que les volontaires restants sont ceux qui sont là pour les "pures" motivations FS; to be "king of the hill", quête de soi-même et tout le bastringue. Pour le reste, il faut aussi aller au-delà du simple facteur de plus grand engagement des forces classiques; on constatera aussi l'extension de leurs missions et des champs d'entraînement, l'enrichissement des matos.... Et à l'inverse, l'usage surintensif des FS, décrit plus haut, comme infanterie légère de luxe et surtout corvéable à merci (moins soumises aux limites annuelles de déploiement, plus souples et versatiles....) est sans doute aussi un facteur important. Les FS sont trop sollicitées, qui plus est dans des missions qui ne sont pas les leurs; en résumé, être FS dans le contexte des armées de projection, c'est plein la gueule pour pas un rond. Fonder une famille y est plus compliqué et plus hasardeux. -
Intéressant (j'aime aussi beaucoup Sapir, malgré quelques différents avec lui), et rien que le pitch renvoie à un constat simple: l'opérationel dicte tout. Mais le problème est qu'on ne peut déterminer à l'avance quel sera le rythme potentiel d'une armée confrontée à une autre. Chaque guerre a son tempo, et l'erreur de tout système militaire déterminé trop précisément à l'avance (en termes de matériels, doctrine....) est qu'il ne peut prévoir le visage du champ de bataille (qu'on en choisit jamais à moins d'une supériorité telle qu'on a toutes les cartes en main), pour reprendre le terme de John Keegan. Il vaut mieux essayer de ne pas tabler sur une connaissance précise, à l'avance, de la guerre: le primo-affrontement sera le lieu du hasard, celui des chefs opérationnels et des stratégies qui tombent par terre (les plans et les 5 premières minutes de la guerre :lol:). Ceux qui s'adaptent le plus vite avec les moyens à leur immédiate disposition, ou ceux qui ont tout simplement plus de bol (faut pas oublier la somme invraissemblable de facteurs non maîtrisables dans ce chaos qu'est la guerre, particulièrement dans cette première phase sans aucun "code"), l'emporteront. Et, hors une supériorité quantitative et/ou qualitative absolue, parfois, mais parfois seulement, une victoire rapide peut survenir, mais elle est alors bien plus le fait d'une série de hasards malencontreux ou d'un génie particulier au commandement (qui n'est qu'une autre forme de hasard). L'effondrement de la Prusse en 1806, celui de l'Autriche en 1805 et celui de la France en 1940 sont, de ce point de vue, à mettre en parallèle: aucun esprit militaire supérieur n'a pu sauver assez de forces du premier affrontement et rebondir. Mais croire qu'on peut anticiper la nature exacte de la prochaine confrontation et bâtir un outil militaire en conséquence est une dangereuse illusion, comme mettre tous ses oeufs dans le même panier, ou trop aiguiser son couteau, toutes métaphores soulignant les dangers de la spécialisation à outrance. C'est oublier la nature chaotique de la guerre et l'imprévisibilité fondamentale des choses; non seulement des systèmes militaires adverses et de leurs valeurs et caractéristiques réelles, mais bien aussi de cette inconnue absolue qu'est la confrontation de nos systèmes et de leurs systèmes à tous les échelons, affrontements dont aucun des deux camps ne peut quantifier les effets, et ce d'autant plus quand on ajoute au cocktail l'immense facteur des circonstances (lieu, conditions climatiques, conditions politiques, temporalité....). Bref, c'est le bochson complet et la seule préparation saine d'une guerre, c'est de se tenir prêt à ce facteur qu'est l'imprévisible: belle contradiction, non? Tout ce qu'on peut avoir et maximiser, c'est à tous les échelons, une armée cohérente qui fontionne bien et le plus rapidement possible (et on ne souligne jamais assez l'importance des communications, véritable sang de la guerre): un esprit sain dans un corps sain, ça vaut pour le troufion comme pour l'animal qu'est une armée. L'approche stratégique des Chinois est à cet égard terriblement révélatrice: ils cherchent tous les moyens cheap de contourner l'absolue domination US, de ne pas les affronter là où ils sont les plus forts et appelés à le rester encore un bon moment. Et quand l'affrontement dans ces domaines est par nature inévitable dans l'hypothèse d'une guerre, ils maximisent sur la quantité. Leur fixette sur la techno-guérilla navale avec ces catamarans côtiers lance-missiles cheap est très explicite. Combinée à une aviation navale massive et obsolète, mais encore capable de porter des missiles modernes, ils ont de facto imposé un nouveau contexte aux USA sans dépenser beaucoup ou déployer un concept d'outils très pointus, donc chers et qu'ils seraient alors peu enclins à risquer: dans le cas d'un affrontement tournant autour du "cas taïwanais", les Ricains auraient besoin de déployer plus de la moitié de leurs PA pour pouvoir peser dans l'affaire, là où un ou deux suffisaient encore il y a à peine 10 ans. Et encore, les pertes seraient inévitables. Donc de facto, Taiwan est livrée à elle-même et la dissuasion américaine ne fonctionnera plus à l'avenir, du moins pas la dissuasion militaire classique; les risques de rupture politique et économique sont les seuls vrais obstacles (plus les capacités de défense de Taiwan et les limitations encore massives des capacités de projection chinoises) avant l'option nucléaire que les Ricains ne brandiront jamais pour Taiwan. Et tout ça pour le coût très modique de quelques dizaines de tout petits catamarans semi-modernes, mais avec 2 gros missiles à bord, et de l'upgrade de l'électronique de quelques centaines d'avions copiés des Mig 19 et 21, mais eux aussi avec quelques gros missiles. Ca c'est de la réflexion stratégique qui évite les grosses impasses et les coûteuses unités trop spécialisées. Ca laisse des marges de manoeuvre pour d'autres trucs et la défense côtière tout comme la capacité à traiter une menace massive sont bien réelles. Aussi con que ça. Combien a coûté la RMA pour un affrontement qui n'aura pas lieu? Certes, nombre des capacités obtenues de cette RMA sont pertinentes pour tous types de conflits (les coms et systèmes de commandement au premier chef, du moins quand ces derniers auront atteint leur maturité), mais à quel coût ont-elles été obtenues? Quelle mobilisation disproportionnée de ressources et quel temps perdu a t-il fallu? Et la "MRAP" reconversion: elle a fait annuler des programmes, mobilisé des ressources, limité des acquisitions.... Pour un résultat nul, puisque les opérationnels n'en veulent pas après l'Irak. Les USA peuvent-ils se permettre de dilapider à ce point? Combien de retard d'équipements, de préparation et d'annulations de programmes, sans même compter l'impact de l'usure de l'outil dans l'inutile aventure irakienne? On a tendance à voir dans les USA une espèce de corne d'abondance militaire intarissable, mais rappelons, pour exemple, que le coût faramineux de la guerre du Vietnam les a empêché d'affronter le crise monétaire de la fin des années 60 et du début des années 70, les contraignant à l'abandon de l'étalon or (dont on a exprimé le regret cruel au dernier G20, avec même des Chinois plaidant pour un étalon de référence monétaire mondial), à la crise du dollar et par la suite, à l'établissement des changes flottants accélérateurs des crises et des bulles spéculatives successives (je dis pas qu'il n'y en avait pas avant, mais les changes flottants et la fin du contrôle des banques ont conduit à l'amplification du volume de ces bulles et à leur rapprochement extrême dans le temps). Les USA n'étant plus aussi dominants, ils devraient plus réfléchir car ils ne peuvent plus se permettre des errements aussi coûteux: les ressources sont limitées, même pour l'Oncle Sam.
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L'évolution des armements : Les chars...
Tancrède a répondu à un(e) sujet de *Th3 *DEAD* dans Divers Terre
Merci de recadrer Drakene :lol:; on a un peu déliré. Mais il n'a jamais été question de foutre un GC, juste 2 ou 3 fantassins, de quoi avoir une équipe reco en plus de l'équipage et, le cas échéant, une équipe antichar à pieds en plus de la tourelle CTA/ATGM. L'espace dégagé par la suppression de la tourelle n'est quand même pas négligeable, surtout si on remplace par un tourelleau télé-opéré et non une tourelle complète. Mais en rebondissant sur la propale de Chassilian, je me demande en fait à quoi peut bien servir la bestiole dans l'orbat blindé, compte tenu des effectifs dispos, à savoir au maximum les 120 Leclercs proposés à la revente (on part du principe que l'orbat MBT, ce sont les 240 Leclercs conservés, dont 32 sous cocon). Evidemment, ce serait bien de savoir combien coûte ladite modif de Chassilian. Et combien le tout pèse à l'arrivée (version urbaine et version nue). Mais dans l'hypothèse de ce Leclerc CTA40, qu'a t-on vraiment? - un engin très intéressant pour l'appui-feu en combat urbain et milieux cloisonnés, donc pour la contre-guérilla, éléments qui ont l'air de constituer l'alpha et l'oméga des théâtres sur lesquels on réfléchit. Ils sont appelés à revenir souvent, certes, mais y'a pas qu'eux. Mais bon, c'est vrai qu'un gros machin blindé-chenillé plein de capteurs top moumoutes avec un cracheur de 40 milli voire aussi un LG, personne s'en plaindra. - un engin de reco douteux vu le bruit et la signature thermique, difficile à caser dans l'orbat. A moins de strictement le limiter à l'avant-garde du corps blindé et au flanquement, avec sans doute une bonne capacité aux missions d'opportunité sans préavis, vu qu'on lui imagine une mobilité intéressante. Dans ce rôle, c'est un EBRC de luxe pour le côté chasseur de char, et amoindri dans la reco, qui ne supprime pas le besoin de l'EBRC, élément de cavalerie légère toujours nécessaire. Mais la redondance le rend du coup vulnérable à une vigoureuse contre-offensive budgétaire, implacable, sournoise et sans parade - un engin d'accompagnement du groupe blindé qui ferait ce que le VBCI ne fait pas, la composante cavalerie lourde s'articulant dès lors sur un trinôme (pas si facile à mettre en place au niveau tactique). Mais l'effectif dispo limite la portée du machin, et rend la mission de reco impossible Bref, ces 3 missions ne pourraient être toutes remplies, même si on convertissait effectivement les 120 bestioles. Et j'ose pas imaginer le cas où la tourelle deviendrait un outil plug and play à la dispo du parc Leclerc actif: le rêve du gestionnaire, mais le cauchemar du croyant à l'organique que je suis. Un outil spécialisé appelle un entraînement spécialisé, avec des équipages dédiés à l'usage spécifique de l'arme, sinon, c'est une escroquerie de plus appelant les soldats au four et au moulin. Si la moyenne d'ancienneté était de 10 ou 15 piges, ça pourrait aller pour l'usage, mais il resterait le problème de cette mentalité qui raisonne sur un parc tout riquiqui (où la règle est de déshabiller Paul pour habiller Pierre à moitié) et exclue la possibilité d'un déploiement complet. -
Et pourtant, sur le papier, la Marne c'est: - des effectifs plus ou moins équivalents; en tout cas, pas de quoi créer un déséquilibre - des vitesses de déplacement comparables - peu d'artillerie lourde française face à une artillerie lourde allemande énorme, concentrée et capable - un EM allemand mieux organisé et plus efficace En toute logique, les Allemands n'ont aucune excuse, et les pertes françaises, en toutes logique, devraient être infiniment supérieures vu la capacité de destruction allemande. Mais non, le raisonnement sur le papier ne tient pas face à l'événement. Et c'est pas Joffre, qui n'a rien d'un grand capitaine, d'un stratège ou d'un génie militaire, qui peut créer l'événement. La vérité est que personne n'a anticipé la guerre de 14, sinon quelques officiers non écoutés ici et là, mais noyés dans un flot d'autres prévisions semblant à l'époque tout aussi plausibles. Jean Jaurès est sans doute celui qui l'a le mieux prévue, en opérant une analyse et une synthèse d'une grande qualité (c'est d'ailleurs cette anticipation terrifiante qui a justifié son pacifisme). Après, faut pas non plus exagérer dans l'hypothèse inverse: c'est pas le brave soldat de base qui décide de la guerre, ou l'esprit général et l'existence supposée d'un "moral de la nation" ou d'un "esprit de l'armée" qui fait la victoire ou la défaite. Ca joue bien sûr, mais le groupe de braves soldats ne dézingue pas un régiment de chars avec des lances pierres (je sais, ça choque, mais je me dois de dire ce fait :lol:), leurs bites, leurs couteaux et les fondamentaux éternels de la guerre en bandoulière. Mais le début des grosses guerres se fait toujours de la même façon: on sait pas exactement à quoi ça va ressembler, et on se démerde avec ce qu'on a dans une première phase qui est plus qu'aucune autre celle de l'événement et du hasard, où rien ne se passe comme prévu. Si un résultat absolument décisif est obtenu et met fin à la guerre, c'est en raison d'un déséquilibre capacitaire (qualitatif et/ou quantitatif) absolument écrasant, ou d'un hasard, d'une chaîne de circonstances et d'événements qui sont en fait l'affrontement des commandants, tempéré par le facteur chance ( mais aussi, ce peut être l'intervention d'impasses idéologiques, telle l'obsession de la chevalerie pour l'absence de refléxion et la charge frontale à tout prix). Mais sinon, aucun résultat décisif n'est vraiment obtenable: Je me réfèrerais par exemple à la conquête graduelle de l'Indochine. La conquête française fut en fait facilitée par la faiblesse momentanée du pays et de la monarchie viet, et la désorganisation de l'appareil militaire. Même avec un fort différentiel technique et technologique, la distance, la difficulté du terrain et la taille du théâtre n'aurait laissé aucune chance au colonisateurs, face à un Etat unifié et une armée structurée, même sans arme à feu, à moins de pouvoir envoyer un corps expéditionnaire réellement TRES important à plus de 9000km. Les Anglais n'ont pu de même conquérir leur part d'Afrique (comme nous) que grâce à un différentiel technologique et organisationnel gigantesque: le fusil à répétition dans des unités professionnelles contre des mangues aiguisées (j'adore cette référence à Blackadder :lol:). On voit les problèmes et la différence de coût des opérations dès lors qu'un adversaire organisé est apparu: les Mahdistes au Soudan ou les Zoulous de Shaka. Malgré un différentiel technologique et organisationnel gigantesque, l'Angleterre a subi des échecs et a du consentir des efforts et des investissements autrement plus importants, mobilisant une part importante de ses moyens, pour conquérir et pacifier. Et leur tentative en Afghanistan est éloquente. Leur conquête de l'Inde ne s'est pas faite avec des moyens militaires; ils ne sont intervenus qu'en complément, et c'est une stratégie intelligente et suivie sur un siècle, des moyens politiques et financiers importants et une absence totale de scrupules qui leur a permis de diviser et régner. Même si les Indiens n'avaient eu que des lances, des épées, des arcs et des flèches, l'absence de guerres intestines aurait suffi à foutre dehors les Européens (voir l'exemple du japon des Tokugawa). Le différentiel technique ou quantitatif doit être énorme pour qu'un résultat soit garanti d'avance: l'Irak de 1991 rejoue une version à peine améliorée de la 2ème Guerre Mondiale contre la version 2.0. Au fond, Saddam aurait du jouer directement une techno-guérilla organisée s'il avait voulu gagner, mais cela aurait supposé aussi de sacrifier son pays dont il n'est pas dit qu'il aurait massivement soutenu son boss. Mais dans ce cas de figure, les Ricains auraient du se saloper les mains dans une guerre de grande ampleur au milieu des populations civiles, pas vraiment dans leurs moyens techniques et politiques en 1991 (la "guerre zéro morts", les "soldats du bien", le "nouvel ordre mondial".... En auraient pris plein la gueule). Et le résultat n'aurait pu être décisif. Erreur de commandement: offrir une guerre classique, symétrique et clausewitzienne aux Ricains fut une connerie. Quelque chose de crade, long et au résultat pas net aurait dégommé la stratégie américaine, même si de toute façon, le Koweit n'était pas tenable. N'exagérons rien: 1870 a raison de cette illusion, et les effectifs de cavalerie en 14 montrent bien que les EM n'y voient pas là une arme décisive. Ils n'espèrent plus, ce qui n'est pas totalement stupide, qu'une arme utile dans la reco, les confrontations d'avant-garde, et surtout, la poursuite d'une armée en retraite. mais l'effectif dévolu n'a rien d'énorme. Ce sont les ravages de l'artillerie et son impact sur le terrain qui rendent l'arme caduque, la mobilité du cheval disparaissant même pour ces tâches. En revanche, l'armée d'Orient, face aux mêmes armements mais dans des concentrations moins grandes, peut utiliser cette arme avec de vrais effets stratégiques, la fluidité du champ de bataille étant plus grande. En fait, la sclérose (terme un peu fort) est peut-être l'état naturel de la réflexion militaire suivie d'effets, parce qu'à l'inverse, la plus grande partie des innovations fondées sur des anticipations est souvent une série de catastrophes, quelle que soit l'armée, et les vraies innovations se font sur le terrain. On est à un point caricatural aujourd'hui: les Ricains et leur 20 000 MRAP dont ils ne savent que foutre au point qu'ils se demandent s'ils vont même les ramener d'Irak n'en sont qu'un exemple. Combien de milliers de gadgets soi-disants indispensables, incontournables, révolutionnaires et décisifs on voit s'aligner dans les pages des magazines et les stands des salons d'armement? Quelle infime fraction d'entre eux s'avèrera vraiment utile et restera dans les inventaires au-delà d'un seul théâtre? Et en attendant, les moyens sont toujours comptés, et les armées doivent faire de bons choix. C'est vrai au niveau du petit équipement, c'est encore plus vrai au niveau des choix stratégiques et des modèles d'armées. Ce n'est pas une sclérose que de ne pas céder à la mode. Mais surtout, des Mme Soleil, y'en a des centaines, qui presque toutes ont des arguments pour dire ce que sera la guerre de demain, ou plutôt les 5 ou 6 grands types de guerres de demain. Et on peut pas s'équiper, s'entraîner et se penser pour chacune. On glose sur le "low intesity" depuis quelques années, en parlant de nouveaux concepts et tout le bastringue.... Alors qu'il s'agit du plus vieux truc du monde: Alexandre a su s'y adapter, Rome aussi, Du Guesclin l'a instrumentalisé et L'armée française en Algérie aussi. Pour caricaturer ce débat dans la métaphore du petit équipement du fantassin: mieux vaut un mec motivé, bien entraîné au tir, à la coordination, à la manoeuvre, au mouvement, avec un bon treillis solide, un emport bien balancé et de bonnes com, qu'un fantassin du futur calibré pour la guerre blindée en centre-europe. N'exagérons rien (encore), ponctuellement, il y a de vrais gaps qualitatifs autorisant des manoeuvres et des résultats bien réels: - l'armée du Camp de Boulogne, entre 1805 et 1808 (les effets de l'attrition commencent alors à apparaître), est un outil unique sur la période, qualitativement et quantitativement. Sur les plans du moral, de l'intelligence tactique, de la résistance physique, de la mobilité stratégique, de la capacité de mouvement sous le feu, des cadences de tir et de l'efficacité du tir, de la capacité de charge, de la qualité de l'encadrement à tous les échelons, du commandement, de la cohésion.... L'armée de 1805 est incomparable (résultat du darwinisme des 13 années précédentes, de l'entraînement surintensif des 3 années de paix, de l'effort d'équipement moyen, de l'esprit révolutionnaire encore vivace....) et offre à Napoléon des possibilités de mouvement inégalables. Austerlitz, Iéna et Auerstedt n'auraient pu se faire avec une autre armée. - l'armée révolutionnaire des débuts est exécrable et plusieurs crans en-dessous des autres: c'est le nombre seul des volontaires qui permet de tenir le premier choc, avant que les réformes de Carnot, l'aguerrissement d'une partie de la troupe et l'affirmation de nouveaux chefs permettent de commencer réellement le processus d'adaptation. Il a fallu des torrents de sang, en quantité disproportionnée (façon Russes en 41-42), pour que cela puisse se faire. Sans ce facteur purement quantitatif (parce que l'allant des jeunes volontaires de l'an II, d'ailleurs moins nombreux que les volontaires de l'appel de Louis XIV avant Malplaquet ;), ne suffit pas), le différentiel qualitatif était trop grand et l'écroulement eut été inévitable.
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L'épopée orientale des almogavres
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Histoire militaire
Non, non, ne le prends pas mal. Mais tu devrais mettre tes commentaires, surtout si tu as d'autres sources ou connaissances. Là, je vois mal en fait comment rebondir sur le sujet: c'est un récit de campagne, donc un peu dur d'en tirer un débat, et c'est ça qui est dommage, surtout sur des sujets médiévaux trop peu abordés ici. -
Les BD qui parlent de défense
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Un must, mais faut avoir le moral bien acccroché; l'oeuvre de Tardi baigne dans la grisaille, la désillusion, la déprime et l'humour noir. j'arrive pas à visualiser une scène de Tardi sous grand soleil :lol:; il pleut toujours dans ses BD. -
L'évolution des armements : Les chars...
Tancrède a répondu à un(e) sujet de *Th3 *DEAD* dans Divers Terre
Donc rien de très cher si on ne fait pas de grosse modification structurelle du genre remplacement du moteur. Mais le besoin d'un choix reste: le projet de Chassilian en l'état est dur à caser dans l'orbat, car objectivement, c'est certes un bon engin d'appui-feu en urbain et cloisonné pour la contre-guérilla, mais dans le cas d'un conflit symétrique, c'est un accompagnateur de char sans infanterie, un vrai tueur de chars. Et on ne pourrait en faire assez pour accompagner les Leclercs. Donc il doit opérer en unités séparées, comme une avant-garde blindée derrière le rideau d'éclaireurs et unités reco, ou en protection "offensive" des flancs lors des mouvements de blindés. Dans le cas de l'avant-garde, il est redondant, sauf s'il est rendu plus discret. En protection de flancs et mouvements de contournement, c'est du tout bon. Mais à ce moment là, c'est l'EBRC. Et en accompagnement du Leclerc, au-delà du facteur nombre, on trouve un problème avec le VBCI; peut-on faire un trinôme (genre 4 Leclercs/4 VBCI/2 Leclercs CTA40)? j'ai du mal à visualiser ça.... Le rôle d'avant-garde n'offre de versatilité suffisante, et donc une place dans l'orbat blindé, que si on peut y caser 2 ou 3 pax. Cela implique le tourelleau et non la tourelle (quelqu'un peut m'expliquer la différence de performances, pour le combat blindé surtout?), et une modification structurelle mineure pour avoir 1 ou 2 portes sur les côtés au-dessus des chenilles. Sous réserve que ce soit possible, on a un engin hypermobile dans la gamme des 45 à 48 tonnes, bien protégé et très bien armé, offrant une forte capacité au combat de cavalerie lourde, une forte capacité d'appui d'infanterie, ainsi qu'une capacité de combat d'avant-garde, tant en mouvement qu'en embuscade (2 pax antichars offrent des possibilités tactiques intéressantes en combo avec le blindé). -
L'épopée orientale des almogavres
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Histoire militaire
C'est un peu tristouille (j'entends "aride" et non "déprimant") ton récit; t'as pas un peu plus perso? Ca incite pas au débat :'(. -
T'es plus clair d'habitude, mais je vois l'idée ;). Mais c'est le point global: loin des fatalités avancées par les historiens du "temps long" (ceux qui vous décrivent les décadences des peuples et autres conneries) ou les amateurs de modèles complets qui raisonnent en termes d'infériorité et de supériorité, l'histoire reste à la merci de l'événement, de "l'instant T" où le hasard peut avoir une part énorme. Mai 40 n'avait rien d'inévitable, même en l'état des forces en présence, les mécédoniens avaient leurs chances face aux Romains, du moins pour un temps, Crécy, poitiers et Azincourt n'étaient pas des fatalités ou la supériorité d'un modèle sur un autre.... Bref, on est victime de faste fumisteries historiques qui sont des simplifications abusives de RETEX mal faits, voire détournés par des idéologies. La réalité du champ de bataille, du terrain, des commandants, des circonstances, le facteur hasard.... Font qu'il ne faut pas surestimer les outils militaires face aux circonstances d'une guerre. Et les différentiels existants entre deux outils opposés sont quand même rarement si grandes qu'on puisse faire abstraction de ces facteurs externes. Le commandement joue un rôle gigantesque, les hommes restent au coeur du dispositif, et pour moi, l'étude approfondie et dépassionnée de l'offensive de mai 40 est sans doute l'une des manières les plus exemplaires et caricaturales de le constater. Mais on peut voir aussi l'effondrement de la Prusse en 1806, les affrontements de la Guerre de Cent Ans, l'affrontement entre Sparte et Thèbes, la réalité des campagnes d'Alexandre, la guerre de 1870, et les débuts de la Guerre de 14. Qui saurait me dire si un seul pays a jamais vraiment préparé la "prochaine guerre" sans se gourer? Même les Allemands en 40 n'ont pas un modèle de guerre vraiment établi, ni un outil adapté à sa poursuite. Mais ils peuvent penser, en tant qu'armée, plus vite grâce à la radio. Les millions de cafouillages et foirades, les incompétences.... Ne sont pas moins nombreux que du côté allié, mais ils sont plus vite gérés. et par contraste, en face, on a des erreurs, ce qui est normal, et des lenteurs, ce qui est, en l'occurrence, plus difficilement compensable. Et pourtant il y eu une, peut-être deux grandes occasions de rétablir le front et d'engager le processus d'adaptation de la guerre industrielle. Donc malgré tous les facteurs techniques, intellectuels et tactiques qu'on peut lister pendant des années, la réalité de l'analyse montre que l'avantage allemand n'est pas si grand ni si décisif. Et le différentiel de pertes est imputable, comme dans toute bataille, à la "poursuite" des unités vaincues, et non à l'affrontement lui-même. Quand on pense que les lignes de communication et de ravito allemandes étaient déjà étirées alors qu'ils n'étaient qu'au niveau de Sedan, on peut revenir à la réalité. De même en 1806; le soldat prussien est toujours un excellent soldat discipliné et capable, et la supériorité française n'est due qu'à un commandement mieux organisé, et plus encore à un chef d'exception. Les victoires frédériciennes sont moins dues à une supériorité de l'armée prussienne qui n'est, si elle existe, que très marginale, qu'à un excellent commandement qui pense un cran plus loin. L'armée russe face à Napoléon, avec tous ses défauts, est au moins sauvée par un commandant qui, s'il n'est pas un génie, sait au moins que tant qu'il manoeuvre pour sauver l'outil, garde des marges de manoeuvre. Et les défaites françaises en Espagne sont moins dues à une armée anglaise qui n'a pas vraiment d'avantages et n'est en rien un outil décisif, qu'à un ensemble de circonstances de cette guerre, dont Wellington peut profiter malgré de nombreuses insuffisances (et me lancez pas sur Waterloo, s'il vous plaît). Quand je lis Rupert Smith qui décrit le feu de salve britannique comme un facteur décisif de la nature de la guerre et la fin d'une ère, j'avoue que je me marre doucement.
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L'évolution des armements : Les chars...
Tancrède a répondu à un(e) sujet de *Th3 *DEAD* dans Divers Terre
Merci pour les précisions Max. Du coup, pour faire un upgrade pas trop cher, tout l'intérêt est de garder le max de composants du leclerc. Quoiqu'il arrive, eu égard à la taille de l'engin et à l'emplacement du moteur, on n'en fera pas un APC lourd, et c'est d'ailleurs pas le but. Et il faut commencer par le commencement, c'est-à-dire lui trouver une place dans l'orbat blindé, un vrai concept d'emploi. A la lumière des possibilités de changement du véhicule, on peut en faire un putain, d'engin de reco agressive: pas dans la profondeur, rôle dévolu aux unités plus légères et disposant de capacités plus variées (BRB, ERR....), mais bien juste en avant de la cavalerie blindée. Ca resterait un engin tueur de chars, capable de grandes chevauchées comme de progressions lentes par sauts de puces et de combat d'embuscade. Le dégagement d'une tourelle biplace au profit d'un hypothétique tourelleau 40mm/ATGM télé-opéré, permettrait d'avoir 3 pax, sous condition de leur ménager une ou deux portes de sortie latérales ou par le toit, à la russe. Pour 2 ou 3 soldats, la vulnérabilité et le temps passé sont acceptables, vu que ce n'est pas un engin d'assaut d'infanterie sous le feu. La capacité complémentaire et appréciable est l'appui-feu rapproché de l'infanterie, en milieu urbain et cloisonné, en contre-guérilla: le pelot de 40 est précis et méchant, et assez gros pour se foutre des obstacles et abris protégés, bon contre les bâtiments. En milieu urbain, l'engin est même sans équivalent dans notre orbat. Le coût des modifications à cette aune se résume aux heures de travail et aux matériels ajoutés: - protection hard kill éventuelle - mât télescopique - autres capteurs éventuels, en remplacement de ceux perdus avec la tourelle 120 - armement (tourelleau 40, ATGM, voire un LG) - kits de protection additionnels Quelqu'un peut chiffrer? le but pourrrait être d'équiper 4 escadrons, soient 48 ou 52 bestioles. Le petit cheval ne risque quand même pas la mort. -
Les BD qui parlent de défense
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Et comme pour Team Rafale, rien que la couv est chiante à crever et dit tout ce qu'il y a à dire. -
Je crois pas que la Géorgie soit un si bon exemple: - le commandement a été stupide au possible, et au premier chef, en définitive, le commandement politique - la technologie n'était pas fondamentalement plus avancée que celle de l'adversaire - l'entraînement n'avait rien de supérieur, et les seuls éléments au standard OTAN (et encore, que de l'infanterie, et pas en assez grand nombre) étaient en Irak et n'ont pu être employé - la motivation et le mordant des troupes étaient beaucoup trop inégaux entre quelques trop rares formations réellement professionnels et des réservistes pas vraiment au standard C'est une guerre mal préparée, mal pensée, déclenchée presque sur un coup de tête, et avec un déséquilibre trop grand. La seule chance des Géorgiens aurait été une Blitzkrieg hypermobile irréprochable destinée à boucler les corridors de montagne au plus vite. Et même cela eut été insuffisant, puisqu'il y avait aussi l'Abkhazie et sa plaine côtière à aller boucler, ce pourquoi le pays n'avait pas forcément ni les moyens ni les effectifs. A moins d'en faire un gigantesque champ de mines et un glacis tactique permettant à une force peu nombreuse de tenir, sous réserve de déploiements aptes à éviter la menace aérienne (pas trop dangereuse quand même). Et la Géorgie n'a pas l'espace pour se retourner d'une défaite: c'est tout ou rien, et pour opérer le bouclage qui était sa seule chance, il aurait fallu une armée autrement mieux rôdée, et pas seulement dans ses éléments de tête. Trop tôt, trop peu. Même un commandant fabuleux n'aurait pas pu se retourner et reprendre l'initiative (à moins de la mise en guerre de tout le pays, d'une guérilla globale, mais là on parle de l'apocalypse pour la Géorgie). Même ça, tu vois, Roland, je suis pas convaincu: les dégâts de l'aviation de bombardement allemande ne sont pas énormes, et pas assez précis pour établir un avantage absolu même au niveau tactique, sur un éventuel schwerpunkt. Regardons le cas extrême, à savoir l'offensive de Sedan: de faibles effectifs principalement réservistes et sous-dotés ont tenu 2 jours face à un déferlement blindé gigantesque et une masse de bombardements. Les "craquages" moraux (bombardements constants et sirènes de Stukas permanentes) ne concernent qu'une partie des unités de réservistes. Ce n'est pas un avantage si décisif, du moins pas à ce stade de développement de l'aviation d'attaque; en aucun cas un avantage décisif. Rappelons la vanne mythique: 2 officiers de chars soviétiques sirotent un café dans Paris conquis et l'un demande "au fait, qui a gagné la bataille aérienne?".... Dont acte. Pas plus que les bombardements massifs à la Curtis Lemay n'ont en fait constitué une arme stratégique efficace, l'aviation tactique n'a pas eu un effet décisif à moins de pouvoir rassembler une masse immense d'avions non contrable par l'adversaire (que la marge d'avions d'attaque pouvant opérer sans être contrée soit assez importante). Pour un autre cas, éternel fantôme des forums: légion vs phalange grecque. C'est un faux débat; les Grecs se sont mal adaptés en cassant l'outil d'Alexandre qui lui était souple et reposait sur le combat interarme. La Légion est certe un bon modèle de polyvalence, le légionnaire post Marius pouvant jouer aussi bien le fantassin de ligne (mal équipé) que le fantassin léger. Mais quand les 2 ont été confrontées, la Légion n'est pas encore le modèle de soldat universel de Marius; elle est répartie en plusieurs catégories bien distinctes. Et il ne faut pas oublier qu'au-delà du texte strict des sources romaines, l'armée romaine repose aussi sur l'emploi massif d'auxiliaires de toutes sortes, qu'on s'empresse d'oublier après la bataille pour ne parler que de la perfection des soldats romains. L'armée mécédonienne, ce n'est pas que les phalangistes, mais bien aussi les fantassins légers (peltastes), les fantassins "médians" qui sont l'élite de l'infanterie (les hypaspistes, et leur élite, les Agema), la cavalerie légère (prodromoi), la cavalerie alliée (archers à cheval et autres) et la cavalerie de ligne (la célèbre cavalerie thessalienne) aussi bien que la cavalerie d'élite des compagnons (hetairoi). Faut pas oublier que la phalange macédonienne (les pezhetairoi, avec leur élite, les ashtetairoi) ne fait que 20% à peine des effectifs de bataille d'Alexandre (6 phalanges de 1500h, chacune faite de 6 "compagnies" ou syntagma: ce sont les ): ça remet les patates au fond du sac. Ajoutez une autre phalange d'alliés grecs (lance courte) en réserve, avec à peu près autant de monde, et vous n'avez que 35 à 40% de l'armée. Les hypaspistes sont la vraie élite de l'ordre de bataille, à cheval entre l'infanterie légère et les phalangistes: ils sont armés en hoplites et non en phalangistes, et adaptés à un usage complètement souple sur l'ordre de bataille. Et l'infanterie légère macédonienne (les peltastes, et en particulier dans cette catégorie les Agriens) est foutrement mieux entraînée que les fantassins légers embauchés par les Romains pour une campagne: il s'agit de combattants réguliers et entraînés comme tels, faits pour l'embuscade, la reco, le combat en montagne.... La défaite macédonienne face à Rome n'est pas l'échec d'un modèle face à un autre: les circonstances ont décidé (même pas le commandement), et à cette époque, Rome était déjà bien plus grosse que la Macédoine (plus de réserves et de moyens). C'est Persée qui n'était pas assez bon, peut-être, mais bien plus son royaume qui ne lui offrait pas assez de recul et de temps d'adaptation; pour combler ce désavantage structurel, il aurait fallu un grand commandant, un autre Alexandre ou un autre Philippe, soit un truc qu'on ne peut pas factoriser.
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L'évolution des armements : Les chars...
Tancrède a répondu à un(e) sujet de *Th3 *DEAD* dans Divers Terre
Les zolies couleurs, j'imagine, c'est l'espace libéré et le "couloir"? Le jaune, c'est quel espace dégagé? -
L'évolution des armements : Les chars...
Tancrède a répondu à un(e) sujet de *Th3 *DEAD* dans Divers Terre
Faut ajouter les kits de surprotection et les divers matos additionnels. Mais dans ton délire, Gally, je crois pas qu'autant d'espace soit dégageable: pas pour 6 pax en plus des 2 ou 3 de l'équipage: un bon véhicule de reco n'a pas besoin d'ailleurs d'un groupe de combat presque complet. Et faut pas oublier que le Leclerc est petit par rapport aux autres MBT, et plus encore face au Merkava: on ne fera pas un Namer, et on ne fera pas du leclerc un APC. Et le petit couloir d'évacuation qu'on pourrait dégager n'assurera pas un "flux" suffisant pour un GC: si on remotorise la bestiole (soit dit en passant, ça doit coûter), ça doit juste permettre d'avoir 3 pax débarquables. L'idéal pour la reco est d'avoir 3 troufions pouvant sortir, dont 2 peuvent constituer une équipe AC déportée par rapport à l'engin. Mais la remotorisation pose un autre problème: quelle performance peut-on en attendre? Si c'est pour pas pouvoir opérer au même rythme que le MBT, ça vaut pas le coût. En imaginant que l'allègement le permet, le tourelleau CTA 40/ATGM est un bon truc (notamment pour la silhouette). Mais on dira que le concept est bâtard (quoique je ne connais pas les performances qu'on puisse attendre du tourelleau): chasseur de chars ou "pur" engin de reco? Cavalerie blindée de l'avant ou élément avancé? Certains voudront le placer aux côtés du Leclerc (pour la chenille et la capacité antichar mobile); quelle utilité pour le VBCI si cette bestiole est là? A part le nombre bien sûr. Quoiqu'il arrive, faut un concept d'emploi en Brigade Blindée; il ne peut pas servir qu'à jouer les fourre-tout. -
Ouaouh! Je m'attendais pas à un tel succès en une seule journée! Du coup je peux pas répondre à tout le monde, alors je prends en cours de route. Avoir un commandant incompétent n'est pas avoir une guerre de retard, c'est juste pas avoir de bol. Le cas de 1940 est sans doute le cas le plus extrême, rendu caricatural par l'insuffisance de l'usage de la radio, qui a donné rétrospectivement l'impression d'un haut commandement pensant au ralenti. Au final, je constate effectivement avec beaucoup qu'aucun équipement soi-disant révolutionnaire n'a jamais donné à lui seul un avantage irréversible, du moins hors des cas d'affrontements trop disproprotionnés en qualité et/ou en quantité: - contrairement à la légende, l'armée romaine de César n'est pas bien équipée (les casques sont de simples calottes peu protectrices, l'armure est de cuir bouilli....), même si elle l'est de façon plus homogène que les Gaulois - les défaites françaises de la Guerre de Cent Ans (j'ai pas mal écrit dessus) n'avaient rien d'inévitables: Du Guesclin, La Hire et Xaintrailles l'ont prouvé avec les mêmes moyens (souvent moins en fait). Il s'agissait juste d'un commandement stupide qui a affronté l'ennemi selon les termes que celui-ci avait dicté, là où cet ennemi avait tous les avantages, au lieu de choisir son terrain. A Patay, l'archer anglais n'a pas fait un pli et les hommes d'armes et chevaliers anglais se sont carapatés comme des lâches contre une ennemi 5 fois inférieur en nombre - en 1870, le canon Krupp n'a pas apporté d'avantage stratégique malgré une cadence 2 à 3 fois supérieure, une portée une fois et demie plus grande et un calibre nettement plus important. Entre le débiut du conflit et Sedan, soit la partie organisée (ou "militaire") de la guerre, les pertes allemandes sont nettement supérieures, les conneries d'officiers généraux innombrables des 2 côtés ("l'esprit de la baïonnette" et les fantasmes de charges napoléoniennes) et les armées opèrent quasiment en aveugle (à part la reco des alentours immédiats, c'est l'une des marques de fabrique de 1870: pas de rens opérationnel, reco à très courte portée). La seule différence? La capacité de concentration et la vision du Très Haut Commandement - en 1914, l'artillerie lourde allemande suprend, mais n'amène pas la décision; même à la Marne, où les armées françaises sont fixées pendant 2 jours, les concentrations d'artillerie n'arrivent à rien. Alors tous les historiens en chambre qui balancent à tour de rôle que tel nouveau fusil, telle nouvelle grenade, tel nouveau canon lourd, tel nouveau mortier de tranchée.... A changé la guerre, ceux-là me font bien marrer Bref, je pourrais multiplier les références, mais le point est là: on n'a jamais une guerre d'avance, et on ne peut préparer que ce qu'on connaît. Quand on prend le risque d'adapter son outil militaire à une prévision de l'avenir, malgré toutes les anticipations et toute l'intelligence à l'oeuvre, on est dans le registre de Mme Soleil chargée de la planification militaire. Jeune Ecole ou Mahaniens "purs", tarés de l'offensive à outrance ou crispés de la défensive à l'abri, dès lors qu'on choisit trop fortement un modèle, il devient une idéologie, et c'est là qu'on se met à penser de travers. Alors oui, aux amateurs de formules toutes faites, ON PREPARE TOUJOURS LA DERNIERE GUERRE; et c'est très bien comme ça. Faut juste pas que ça devienne maladif, car aucun modèle n'est supérieur et ne le sera jamais tant qu'on a des commandants intelligents. Et au fond, la seule bonne préparation de la guerre, c'est de pouvoir tenir le premier choc et se garder le plus possible de marges de manoeuvres et d'adaptation. En 1940, les USA avec 150 millions d'habitants, une économie géante et surtout 5000km d'océan d'un côté et 7000 de l'autre, pouvaient se permettre n'importe quel désastre s'il l'avait fallu; rien à foutre, la population ne risque rien. L'Angleterre savait bien qu'aucun débarquement sérieux ne pouvait avoir lieu, et que la Luftwaffe ne pouvait au final pas causer de menace stratégique, quoique l'historiographie ait pu rabâcher après. La Russie avait ses plaines (un glacis de plus de 2000km), ses dimensions et son général Hiver, plus un taré aux commandes prêt à sacrifier la moitié de la population. Et malgré notre proximité, la nouvelle petitesse des dimensions des opérations (avec des armées motorisées, les distances ont chuté), l'absence de capacité de recul, on avait ce qu'il fallait pour tenir le premier choc: si la Ligne Maginot avait été continuée jusqu'à la Mer du Nord, il n'y aurait même pas eu d'offensive allemande dangereuse. Mais surtout, malgré l'envoi de l'armée mobile dans le nord (et l'extension subséquente des lignes de com et ravito), la gestion statique des Divisions A bloquées derrière la ligne maginot, la faiblesse des communications (et la "pensée ralentie" du commandement qui en découlait) et tout le toutim, il aurait suffi d'une opération de bombardement pour briser la capacité offensive des Allemands pour toute l'année 40 (avant qu'elle puisse reconstituer son fer de lance). Juste à la merci de l'événement ponctuel; quelques heures de plus, et ce bombardement aurait pu être fait; la retraite de l'armée du Nord ne devenait plus une déroute, mais un retrait en bon ordre, les lignes se raccourcissaient, le front se rétrécissait, la concentration de l'artillerie pouvait jouer plus nettement, la mobilité allemande en prenait plein la gueule, les effets de leur attrition se faisaient sentir, les commandes d'armement françaises pouvaient être acheminées, la gestion des parcs pouvait être corrigées, les EM pouvaient rapidement se rééquiper en radios et commencer à penser à une vitesse plus comparable à celle de l'adversaire..... Une cascade d'événements différents.
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Ok, alors j'aurais pu mettre ce sujet dans la catégorie "Divers" voire même dans la catégorie "armée de terre", mais l'importance de l'élément historique et ma plus grande fréquentation de la partie historique de ce forum (partie dont je m'autoproclame par la présente le maître.... Oui, c'est un défi purement gratuit et infondé pour qui se sent un jour de lancer avec moi un topic absolument inutile qu'on intitulerait "duel de geeks" ou un truc du genre) m'ont incité à le placer ici. Surtout après une nuit d'insomnie :lol:. J'en ai un peu ras la tronche de lire continuellement les expressions toutes faites du genre "c'est typiquement français", "comme toujours, on a une guerre de retard" et autres banalités du genre, toutes aussi fatigantes à la longue.... Comme à la courte d'ailleurs (désolé, c'est le chocolat chaud qui fait cet effet.... Un vrai chocolat avec de la crème et une tablette entière de chocolat noir de cuisine.... Une horreur et un régal). Car en fait j'aimerais vraiment poser la question avec le plus grand angle possible; et l'angle ne peut nécessairement être que temporel. Dans 95% des cas, les nations, empires, royaumes et autres n'ont-ils pas en fait toujours préparé la guerre d'hier? Faut pas surestimer l'être humain: on se prépare à ce qu'on connaît et les fondamentaux de la guerre restent toujours les mêmes. Aucun pays n'a en fait jamais, sauf quelques exceptions liées à des circonstances particulières, jamais vraiment fait autre chose que préparer la dernière guerre qu'il avait livrée et/ou observée. L'exemple qu'on m'opposera nécessairement avec le plus de véhémence sera bien sûr 1940, mais quand on se penche un peu sur la réalité des choses et non la multiplicité de caricatures qu'on en a retiré, l'armée française n'était pas si retardée et l'armée allemande n'était pas si avancée en 1940, et l'armée anglaise était tout autant à la ramasse que nous (et ne parlons pas des armées soviétiques, japonaises et américaines). Le fait est que dans les guerres, la modernisation technique et l'évolution des tactiques et processus d'organisation stratégiques se fait graduellement, et ce d'autant plus à mesure que le conflit dure. En 1940, la vraie faiblesse technique de la France et le manque de radios, qui plus est de radios fiables: on peut sortir toutes les listes de défauts de chaque matos, les manques de certains matos dans l'inventaire et tout le bastringue habituel, mais à l'arrivée, les Allemands peuvent déplorer autant de problèmes et les Panzerdivisionnen de mai 40 ne sont pas l'invincible poing blindé organisé qu'on décrit trop facilement. En l'état, l'armée française aurait pu tenir et casser le mouvement d'attaque, le temps que le conflit industriel s'installe, malgré l'infériorité numérique des hommes et de l'aviation. Seuls l'absence de radios en grand nombre à l'échelon tactique et l'inertie du commandement ont empêché de suivre et surtout d'anticiper le nouveau tempo de la guerre, face à une machine de guerre allemande pas vraiment au point. Plus encore, le nombre de panzerdivisionnnen n'est pas important et déjà, dans cette campagne au final perdue, ces mêmes divisions ont perdu presque la moitié de leur matos roulant, tank compris, face à une armée qui ne peut réfléchir à la même vitesse et à un commandement indécis et atone. Ca vous dit rien? Moi, ça me dit tout bêtement, surtout quand je lis les rapports allemands de cette campagne, que l'offensive de mai-juin 40 est, comme le disent les officiers allemands, qu'une somme de hasards fabuleux qui ont permis de mettre en évidence l'avantage de nouveaux matériels dont on a fait ensuite une caricature extrême: l'imagerie de la blitzkrieg a commencé APRES la campagne, promue par la propagande du Reich et surtout reprise stupidement depuis par les manuels d'histoire qui présentent cela comme une tactique révolutionnaire, une espèce de martingale miraculeuse que quelques officiers avant-guerre auraient élaboré sur un document unique comme Archimède a gueulé "Eureka" et gribouillé une formule après. Mais la vérité est que rien ou presque n'avait été mis en place avant: des jalons ont pu être posés, mais personne ne peut penser intégralement la guerre de mouvement en termes de dispositif tactique et de calculs à l'échelle d'une armée, et la campagne de 40 côté allemand le prouve. Ils ont fait avec et se sont démerdés au fur et à mesure, comme en témoigne le nombre hallucinants de merdages monumentaux qu'ils ont eu. Ils en ont eu tout connement le temps parce qu'en face, les alliés ne pouvaient réagir dans le même temps à cause de communications merdiques et d'un commandement atone. Mais la lenteur du commandement allié nous paraît rétrospectivement atterrante aussi, et peut-être avant tout parce qu'elle est multipliée par la faiblesse de ces communications qui gèrent toute la chaîne d'information verticalement et horizontalement. Alors même un général un peu hésitant comme a pu l'être Gamelin nous paraît, avec le recul historique, complètement à la masse parce qu'on sait ce qui se passe en face, et quon voit le temps qu'il met à prendre une décision. Mais les fondamentaux des armées en présence comme les pertes et les rapports d'opérations allemands nous prouvent que ces forces n'étaient pas, au global, si différentes que ça. Les Alliés pouvaient tenir et offrir un plastron nécessaire à ce que la mise en place du processus de la guerre industrielle commence, avec l'adaptation qu'elle implique. Parce que sur le papier, la différence m'apparaît plus choquante en 1914, avec une artillerie lourde française complètement inexistante et, pour le peu de pièces qu'il y a, démodée et peu commode, face à une artillerie lourde allemande à l'impact réellement stratégique. Avec en plus un haut commandement sans imagination, pas vraiment ultra compétent hors de quelques personnalités hautes en couleur et complètement engoncé dans une idéologie tactique dépassée (et je ne dirais jamais assez à quel point Joffre est surestimé, et Galliéni oublié), et persévérant dans cette erreur pendant des mois, sinon même trois années supplémentaires. Et pourtant, la France a tenu le premier choc qui a permis la mise en place du processus d'adaptation technique, stratégique et tactique. Donc l'adaptation dépend juste de l'événement, de ce petite hasard du début qui fait que ça passe ou ça casse. Et je ne crois pas une seconde à l'inexorabilité du résultat: oui les officiers allemands en 40 avaient plus d'autonomie. Ca les a pas empêché de fiare des gaffes et de prendre des pertes massives en peu de temps face à un adversaire désorganisé. Oui l'aviation allemande était plus nombreuse. Mais la capacité fondamentale de bombardement en 40 n'est pas énorme (pas de bombardiers lourds, capacités de ciblage merdiques....) et les pertes de la Luftwaffe sont hallucinantes compte tenu de la faible DCA alliée et du faible nombre d'avions français qui ont pu être employé dans des mouvements vastes et coordonnés. Bref, le commandement a été peu compétent, en grande partie en raison d'un système d'information trop lent. mais y avait largement de quoi tenir, surtout quand on voit qu'en face, au final, les conneries aussi sont multiples, les mésententes entre généraux innombrables (pires qu'au sein de notre armée: entre officiers junkers et nazis, c'est la guerre, sans même parler des SS), les insuffisances matérielles nombreuses.... Et au final, la seule vrai réussite allemande qui permet le résultat stratégique (le retrait de la France de la guerre), c'est la percée de Sedan, qui aurait pu être complètement annihilée par la pourtant faible aviation de bombardement française à quelques heures près (le recoupement de l'info sur la concentration de troupes dans les ardennes était en cours de traitement quelque part dans la chaîne de commandement, l'EM ne voulant rien faire tant que l'info initiale n'avait pas été confirmée: jsute une question de lenteur....). Si cette concentration de forces avait été attaquée par l'aviation française (à ce moment précis libre d'engagement car la Luftwaffe avait fait une pause.... En raison de ses pertes et d'un rythme non soutenable), elle était nue, vulnérable et exposée comme une danseuse du ventre. Et l'offensive allemande toute entière tombait à l'eau comme ça, avec aucune capacité d'en recommencer une avant des mois. Et pourtant l'Allemagne de 40 est sans doute l'armée qui, dans l'Histoire, s'est le mieux adaptée à ce quon estimait la guerre à venir. C'est dire dans quelle mesure ON A TOUJOURS PREPARE LA DERNIERE GUERRE. Rien que la Guerre Froide devrait le montrer: qu'a t-on fait à grands frais pendant 50 piges, volant nucléaire mis à part (car au final, c'était ça la vraie 3ème guerre mondiale), sinon faire un prolongement qualitatif de la 2ème Guerre Mondiale? On améliore tout, on accélère les tempo, on fait tout avancer par petits bouts, marges par marges, mais rien ne change au fond. Quelques vagues tentatives de concepts commencent à émerger dans les années 60 puis 80 dans des domaines spécialisés (d'abord les histoires de contre-insurrection, et dans les années 80, les histoires d'air land battle qui ne concernent en fait réellement que les débarquements), mais le dispositif tactique fondamental des armées ne change pas (sauf pour les corps expéditionnaire, destinés à d'autres opérations: les Marines n'étaient pas faits pour aller boucher la brèche de Fulda). Et Desert Storm n'est jamais que le Show Room de la 2ème Guerre Mondiale version 2.0: plus vite, plus loin, plus fort, plus précis et plus coordonné. mais on améliore toujours la bougie, on n'invente pas l'ampoule. Et quand on essaie d'inventer l'ampoule, on fait la RMA.... Très utile face aux Talebs ou aux insurgés irakiens. Et très utile face aux Chinois si on ne peut pas d'abord positionner des forces massives en Eurasie. Et la RMA, c'est comme chaque fois qu'un gars dit "la prochaine guerre, ce sera ça, organisons-nous pour ça": ça donne aussi la Jeune Ecole, ça donne le Dreadnoughth. Si on ne fait pas que rire de la Jeune Ecole, on se rend compte qu'elle a permis d'inventer les navires d'escortes modernes et le concept même de destroyers (à partir des torpilleurs et contre-torpilleurs). Et si on arrête 2 minutes d'imaginer la perfection du Dreadnougth, on se rend compte quon en est arrivé à des gadgets tellement coûteux et dissuasifs que personne ne les a en fait jamais utilisé pour autre chose que pour une escorte de luxe et un rôle d'appui-feu pour les débarquements. Le Jutland reste l'erreur et l'exception historiques, sans conséquence stratégique (parce qu'en fait l'Allemagne n'avait pas vraiment de solution maritime, fondamentalement), faite pour la gallerie et sans résultat concret. On n'osait plus risquer ces unités en masse dans une bataille d'anéantissement, même en 14, et leur puissance n'offrait en fait plus tellement d'avantages dès lors que les deux camps en avaient et qu'aucun amiral n'aurait osé tout risquer au hasard d'une bataille: comme les bombes A, ces trucs se neutralisent. Et la vraie nouveauté est un bricolage qui apparaît pendant le conflit, le PA. Mais on peut remonter plus loin dans le temps, mais il faudrait rentrer dans des détails plus précis face à des époques où le progrès technique est moins rapide et un enjeu moins absolument crucial, qui plus est dans des époques moins familières pour beaucoup. Mais rien que la Révolution est un révélateur; la France n'a fait que tenir le premier choc avec des armées désorganisées, sans commandement expérimenté et faites de bric et de broc, avant que la fusion des éléments pros et volontaires puisse se faire et qu'une génération d'officiers supérieurs puisse se faire à son nouveau rôle. Et le tout avec une bonne artillerie certes, mais pas technologiquement supérieure, et un fusil qu'on qualifierait difficilement de meilleur de son temps. Bref, mon point est que peu d'armées ont essayé de vraiment s'adapter à la guerre future et quasiment aucun de ceux-là n'ont anticipé le bon futur. L'armée prussienne de 1870 est moins bonne que l'armée française; son artillerie est certes meilleure, mais en aucun cas de façon décisive, comme le montrent tous les rapports de pertes. Seul le commandement a fait la différence, et encore juste le haut commandement (les échelons brigades et divisions étaient chez les Prussiens plus mauvais que chez nous et sont en bonne partie responsables des pertes énormes de leurs troupes). Et c'est un des rares exemples où le haut commandement a su anticiper un peu les changements dans la taille du théâtre d'opérations. Encore n'est-ce pas tant de la nouveauté.... Que la simple copie de ce que Bonaparte et Berthier avaient institué et que les maréchaux de la Restauration et du Second Empire ont oublié. Et la vérité est qu'à part lors de l'action d'une poignée d'hommes exceptionnels (c'est d'ailleurs pour ça qu'ils le sont) ou simplement chanceux (combien d'hommes brillants et expérimentés se sont gourés en prévoyant "la guerre future"?), avant ou pendant un conflit, aucun pays n'a jamais anticipé une guerre d'avance. Les guerres juste bien préparées ne sont déjà pas si fréquentes, et en fait, la simple bonne préparation des fondamentaux a le plus souvent suffi à tenir le premier choc et à s'adapter, du moins quand la supériorité de l'adversaire n'était pas totalement écrasante, absolument disproportionnée.
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Futuriste, ouais.... Mais pas très camo.
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Malgré l'âge, elle dégage encore (merci la chirurgie): c'est elle qui devrait faire les campagnes de recrutement, le treillis lui va bien (un modèle sur mesure sans doute).
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[Forces spéciales] Leur place dans nos armées
Tancrède a répondu à un(e) sujet de max dans Forces spéciales et clandestines
Tu paries que c'est les réservistes de l'unité :lol:? Sûr que les opérateurs FS du 1er ont que ça a foutre, de poser pour la spéciale de Drucker.... Entre les formations et les déploiements, je doute qu'ils aient quelques jours de dispo pour un tournage, président-paillettes ou pas. -
Et pourquoi pas? Faut pas être snob. Et les pays ex-utilisateurs de kalach, aux armées plutôt "rustiques" doivent avoir des critères d'exigence élevés en matière d'endurance, de fiabilité, de solidité et de simplicité d'emploi et d'entretien des matériels. Et surtout, il est pas lourd: 2,3 à 3kg maxi; avec ce qu'on leur rajoute sur le dos ces temps-ci, c'est pas du luxe. Qui plus est, la boîte a l'air d'avoir bonne réputation et d'avoir déjà sorti un bon flingue. Mais y'a pas l'air d'y avoir de version 7,62, et surtout, cette putain de poignée a l'air d'être aussi fixe que sur le F1. Faudrait que les Croates fournissent des scies avec. Mais ce qui m'étonne, c'est le prix: ils mentionnent plus de 10 000 Kunas pièce, ce qui, au taux actuel, fait environs 1700 euros. Un peu raide.
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Je lui trouve plus un air de G-3.
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République du Gabon
Tancrède a répondu à un(e) sujet de roland dans Politique etrangère / Relations internationales
A mon avis, comme j'ai essayé de l'expliquer plus haut, tu pars quand même un peu facilement du point de vue que l'Etat gabonais est un acquis et qu'il n'y avait qu'à le développer. Pour moi, un Etat comme le Gabon n'existe pas encore réellement en tant que fait réel, et on le verra bien à la succession; si le clan Bongo arrive à le maintenir sans Omar Bongo lui-même, peut-être cet Etat deviendra t-il une réalité un jour. Mais en l'état, le Gabon n'existe pas sans une main de fer: trop d'ethnies, de clans et de régions disparates que seule a unie une décision administrative traçant des frontières sur une carte d'Etat-major. La répartition ethnique du pouvoir en est une preuve parmi d'autres, mais je ne crois pas que considérer le Gabon comme un Etat soit un point de départ honnête; s'il l'était, alors oui, Bongo serait juste un chef maffieux l'ayant mis en coupe réglée. Mais les Etats ne se créent pas comme ça. COmbien faut-il de générations, d'abus, d'injustices et d'adversité, mais aussi de souffrances et de combats communs pour que des communautés de tous types se considèrent comme appartenant à un même ensemble? Si quelqu'un est capable de chiffrer ça, qu'il me le dise et alors seulement, il pourra jouer les directeurs de conscience. En l'état actuel, si un clan au pouvoir ne prend pas une masse d'argent sous son contrôle direct, il n'y a pas d'appareil d'Etat suffisamment établi, stable et immuable pour empêcher que cet argent ne parte aux quatre vents, comme à l'époque de nos bons surintendants des finances qui confondaient leurs poches et celles de l'Etat (mais au moins, ils le faisaient dans les deux sens). Que Bongo ait été une crapule, c'est un fait; mais on n'atteint jamais une telle position en étant un ange. Mais en attendant que quelqu'un soit capable de me chiffrer le prix de la paix civile dans un pays qui n'en est pas un, et qui n'est en fait qu'un espace où coexistent diverses ethnies, tribus et communautés plus ou moins antagonistes/rivales, je continuerais à maintenir que Bongo fut un mal nécessaire qui a peut-être donné à son pays une chance d'exister, parce que sans lui, le gabon aurait été un espace de guerre civile, ou bien le lieu de domination absolue et violente d'un groupe (ou d'une coalition plus ou moins solide) sur les autres. Faut quand même pas croire qu'un pays en gestation comme le Gabon aurait eu le choix entre un dictateur corrompu et un Etat de droit, parce que c'est un mensonge. il faut d'abord qu'un pays existe par lui-même avant qu'il puisse se donner un mode de fonctionnement jugé moral et acceptable. L'Etat de droit peut-être considéré comme un prérequis dans un pays riche; mais dans le monde réel, c'est un luxe réservé aux pays stable et raisonnablement riches. La démocratie, plus encore que l'Etat de droit, est un loisir de pays riche, comme le disait de Gaulle. Et quelle autre alternative pour le Gabon? Ah, oui, la théorie de l'émirat pétrolier, comme l'Arabie Saoudite; rappelons que l'Arabie saoudite non plus n'est pas vraiment un pays. Il ne tient pas par lui-même, le régime achète la paix civile depuis longtemps et n'en a plus autant les moyens qu'avant. L'armée en est l'illustration: c'est une armée de papier dont les achats massifs servent à alimenter des filières économiques de corruption et d'emploi de main-d'oeuvre faiblement qualifiée. La seul force armée viable et cohérente, c'est la Garde nationale: entièrement composée d'une tribu unique, avec pour chef direct un proche parent du roi. C'est la seule vraie force militaire entraînée et capable du pays, fonctionnant entièrement sur le modèle tribal. Tout le reste, Etat, armée, administration et des pans entiers de l'économie sont des filières improductives et corrompues, entretenues à grands frais afin d'occuper et d'acheter le plus possible les élites et la population. Et c'est précisément ce modèle que rejettent les salafistes qu'ont favorisé pendant longtemps les Séoud (et qu'une bonne partie des élites favorisent encore), et ce rejet fait leur popularité. Ca, c'est l'autre modèle qu'on aurait pu souhaiter pour le Gabon? C'est pas facile de créer un pays, et le Gabon n'en est pas un: faut pas croire que la paix civile se fait facilement et pour queud'chi. Faut pas décréter que Bongo aurait pu simplement bâtir des milliers de kilomètres d'autoroutes, créer une économie stable et diversifiée, une société équilibrée avec une classe moyenne et tout le bastringue. Ca se décrète pas ces choses là. Et pour qu'un Etat de droit et une telle économie existent, encore une fois, faut d'abord qu'il y ait un pays. Après, l'achat de politiciens français, c'est de la politique extérieure, ça. Les coupables, ce sont les politiciens français qui en ont croqué. Et pire encore, ceux qui bavent après, comme Giscard, parce qu'ils n'en ont pas eu assez ou qu'ils n'ont pas apprécié que leurs concurrents en aient aussi. Là, je suis pas cynique mais juste fataliste: Bongo a joué des ressorts de la politique extérieure, et de ce côté, il l'a au moins bien fait en assurant la tranquillité de son Etat lilliputien. Mais une dernière fois, je joue pas les blanchisseurs de mémoire, je m'élève juste contre les jugements faciles; que Bongo ait abusé et trop tapé dans la caisse, c'est un fait. Mais il faudrait pouvoir faire la part des choses entre le coût nécessaire à l'achat de la paix civile dans les communautés antagonistes du Gabon, le coût de l'achat de la tranquillité extérieure (la politique extérieure de Bongo fut-elle trop ambitieuse et chère ou fut-elle nécessaire?) et le coût du train de vie de son clan familial qui ressort là de la pure corruption et constitue une manne qui aurait dû contribuer au développement du pays. Et pour pouvoir faire cette ventilation, il nous manque à tous des données que nous ne connaîtrons sans doute jamais. Alors faut pas se croire obligés d'avoir une opinion définitive et facile sur le sujet. -
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
En fait, on pourrait rebasculer sur le topic Europe pour ça. pour faire court, je parle là de la "méthode chinoise" de politique d'influence, qui atteint depuis une quinzaine d'années une nouvelle dimension grâce aux moyens sans précédents dont dispose le pays: - puissance des exportations et invasion de produits chinois, qui s'étendra bientôt massivement aussi aux biens culturels - politique d'image, propagande active, utilisation de la diaspora et soft power (qui renvoie au thème précédent avec les biens culturels): suffit de voir le rôle des ambassades chinoises aurpès des diasporas locales pour comprendre à quel point il ne s'agit pas de simples rassemblements "culturels" cherchant à donner une bonne image de la mère patrie. J'ai assisté à quelques-unes (dans le XIIIème et dans le XIème); c'est assez flippant. - politique de rachats massifs des fleurons technologiques occidentaux via le fonds d'investissement chinois ("fond souverain"): l'Europe est particulièrement vulnérable depuis des années en raison d'une protection minable des secteurs stratégiques (hors armement) par rapport à d'autres pays, notamment les USA. - affaiblissement capitalistique de nombreuses entreprises en raison de la crise, élément qui favorise puissamment cette politique de rachats chinois, non seulement sur le plan technologique, mais là aussi sur le plan de gros groupes industriels, tout connement. Les fonds souverains chinois n'ont pas, comme les fonds moyen orientaux, été massivement rapatriés au lendemain de la crise financière. Et en Chine, cette stratégie d'investissement est centralisée et bien structurée, et non résultant d'intitiatives privées éparses. - immense lobbying à Bruxelles, pratiqué ouvertement avec des moyens TRES importants, autant par les entreprises que par l'Etat chinois. Bref, la Chine joue le jeu de la puissance avec une putain de masse de moyens, et on n'a rien à lui opposer, en tout cas rien à la mesure des moyens mis en place. J'en ai rien à foutre des traités inégaux du XIXème siècle, mais je constate ceux qu'on est en train de signer de facto. La Chine influe plus sur la façon dont un certain nombre de problèmes sont abordés à Bruxelles que la plupart des pays européens. Rien que cela devrait quand même inquiéter un minimum. Je n'exagère pas en hurlant au péril jaune, mais je constate que la Chine peut légalement foutre son nez là où il n'a rien à foutre. C'est dans la définition des normes industrielles, intellectuelles, scientifiques, administratives, sanitaires.... Que réside le pouvoir législatif. Et j'aime vraiment pas voir des armées de lobbyistes, particulièrement étrangers, prétendre qu'ils "informent" les décideurs. Et la montée en puissance du soft power chinois ne fait que commencer; ça, c'est le lobbying mental au niveau des peuples, comme la coca-colonisation US depuis 45. Je ne dis pas qu'on n'a pas d'esprit critique et qu'on va tout gober, heureusement, mais l'importance quantitative et qualitative des moyens chinois de tous ordres, au service d'une stratégie unique, durable et centralisée, aura de très gros effets. Enfin, de facto, les prises de positions économiques chinoises (en plus de la dépendance aux importations cheap de produits chinois) en Europe, et de plus en plus dans des domaines stratégiques, fragilisera beaucoup nos efforts scientifiques déjà insuffisants. Un très grand nombre de TPE et PME innovantes en Europe sont ainsi rachetées par la Chine tous les ans. Et on l'a dans le cul vu que les cerveaux qui ont créé ces boîtes et déposé ces brevets, c'est à nos frais qu'ils ont été formés. Et pour que cet état de fait dure le plus longtemps possible (Europe divisée et faible, consacrant peu à la défense, sans leadership ni ambition, confiant la protection de ses intérêts aux USA, n'espérant être que la "Suisse géante" décrite par Védrine), les USA, et maintenant la Chine, continueront à accroître leurs efforts et leur emprise sur l'Europe, ce qui les laisse libre de se partager le contrôle effectif des voies d'accès aux ressources (Afrique, Amérique du Sud et Moyen Orient en tête) et aux grands marchés.