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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Ouaouh! Y'en a des optimistes sur la puissance française ici ;). Je sais que les données démographiques nous sont plutôt favorables pour l'instant, et mon point n'était pas d'affirmer avec rage les tendances décrites par Susbielle, quoiqu'il s'agisse bien de tendances réelles et d'axes d'orientation des politiques (particulièrement celles de l'Allemagne et de la Commission). Mais la puissance française sous tous ses aspects, militaire, économique, "soft power" et tout le tralala, n'est pas à exagérer: c'est pas parce qu'on sera mieux ou un peu moins mal lotis que d'autres qu'on en aura assez pour peser à un niveau suffisant. La ZEE n'est rien en termes de puissance si elle ne rapporte pas et si on ne peut pas la défendre (ce qui est le cas aujourd'hui), et c'est pas une part de marché dans l'armement du Qatar et des EAU qui fait de nous une puissance. Donner l'illusion du couple franco-allemand, faire mumuse avec Londres et garder un rapport ambigu avec la Russie, ça va un moment et ça amuse la gallerie, mais il faut, à un moment, mesurer objectivement ce que ça donne en termes de puissance effective: le couple franco-allemand n'a jamais amené l'Allemagne à la moindre concession réelle (et nous, on s'est fait enfler; l'histoire de la parité dans EADS, je sais pas pour vous, mais moi je l'ai encore en travers de la gorge), et le rapprochement avec l'Angleterre pas vraiment non plus, sachant de plus qu'il n'existe aussi que dans la mesure où l'Angleterre est capable de faire un choix hors de sa tradition, c'est-à-dire de s'engager, ce qu'elle n'a jamais fait et qu'elle devra sans doute un jour se résoudre à faire. Les options sont diverses: atlantisme, axe paris-Berlin-Moscou, néo-protectionnisme. Mais il faudra, avec toutes les nuances possibles, en choisir réellement une un jour. Quel pays en Europe serait prêt à être autre chose qu'Atlantiste? Quel pays en Europe serait prêt à un "isolationisme géopolitique européen" au sens où l'Europe devrait s'assumer militairement? Au jour d'aujourd'hui, aucun, même pas nous. Le fait est que nous sommes dans des engueulades de Cités grecques face à "l'Amérique Romaine" et à la "Chine achéménide", et que la réalité est que, même si la France est appelée à peser 75 millions d'habitants vers 2030-2050 (avec une Allemagne dans les mêmes eaux), aucun de nous ne sera assez lourd pour être un pôle face à des "puissances mondes" autrement plus nationalistes, protectionnistes et agressives, ce que JF Susbielle appelait dans un autre livre "les royaumes combattants". Et nous sommes, comme les Cités grecques, écartelés entre cette conscience d'un monde où il faudra être gros et puissants pour pouvoir exister, et les obstacles, sinon les impossibilités bien concrètes, qui empêchent la formation d'une vraie entité géopolitique: - différences culturelles extrêmes impactant la façon même de percevoir le vivre ensemble, et donc l'organisation d'une société et d'un Etat européen. Même s'il ne s'agissait que de 2 pays s'unissant, ce serait déjà une sinécure. - affaiblissement des Etats et plus encore du sentiment patriotique/national/civique qui en est le seul vrai ciment, sans qu'un sentiment européen réel (au-delà des effets d'annonce et sentiments superficiels) - affirmation de certains niveaux de communautarismes divers: géographiques (régionalisme/particularisme; beaucoup sont bien réels), religieux (comment résoudra t-on la question de la laïcité sachant que nous sommes plutôt seul dans ce cas? et que dire des communautés et lobbyings religieux trans-européens, moins liés à une entité géographique et politique?), culturels.... - la méfiance instinctive, légitime et, somme toute, historique, à toute puissance européenne portant un modèle quelconque, par essence totalement inséparable d'un certain degré d'hégémonie (à prendre au sens strict: "hegemon" n'est pas "suprématie") Le fait est que de nombreux échelons géographiques et politiques peuvent s'adresser directement à Bruxelles en schuntant les Etats, et n'iront qu'en le faisant de plus en plus. Et là est aussi le problème: nos Etats ne sont plus si solides qu'on semble le penser, leur ciment est très friable, et il n'y a certainement pas un niveau de confiance suffisant, et encore moins de conscience et de sentiment européen suffisants, pour représenter une alternative. Un Etat ne se bâtit pas si facilement, et le succès n'est en aucun cas garanti, si tant est même que la volonté existe, ce qui n'est pas vraiment le cas (au-delà du "on est d'accord pour une puissance européenne si elle se fait comme on le veut nous", ce qui est dans une certaine mesure vrai en France et en Allemagne, et un peu en Angleterre). J'aurais été d'accord il y a 30 piges; aujourd'hui je suis plus si sûr: il n'y a pas que le régionalisme, mais bien aussi tous les communautarismes (religieux, culturels, territoriaux, linguistiques), ainsi que la commodité de recours administratif, judiciaire, économique et financier à l'échelon européen, qui est là une logique de facilité, d'habitude et de pouvoir (le propre de toute entité administrative comme de toute organisation humaine est d'accroître son champ de compétence, son autonomie et ses moyens, soit son pouvoir). -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Le déclin de l'empire européen; c'est son dernier en date. -
Pourquoi pas? Elle est quand même très mimi, Claire Barsaq!
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Pourquoi la France a capitulé en 1940?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Histoire militaire
Quelqu'un peut-il, par pitié, changer le titre du sujet en corrigeant l'abominable faute d'orthographe que j'essaie de supporter depuis trop longtemps? j'ai essayé de pas faire mon maniaque, mais c'est épidermique, maintenant. -
C'est normal que les avatars aient disparu? Ou c'est juste moi?
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[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Je remonte le sujet suite à la lecture d'un bouquin assez marrant de JF Susbielle, que je suis encore en train de digérer (le bouquin, pas Susbielle) afin de pouvoir prendre mes distances. Mais j'y ai retrouvé 2-3 citations que j'avais oubliées, et qui ne sont pas sans intérêt au regard des tendances actuelles en Europe, particulièrement le rôle et l'attitude de l'Allemagne. On l'a oublié, mais l'Allemagne est en train d'achever sa période "complexée", son temps de contrition géopolitique; elle redevient une puissance qui s'affirme et n'entend jouer que pour elle. les citations en question: - "ne vous y trompez pas, je suis le dernier Chancelier allemand pro-européen" (Helmut Kohl) - "l'Allemagne ne se laissera plus impressionner par sa mauvaise conscience" (Gerhard Schröder) - "est-ce que l'Allemagne va enfin obtenir ce que le monde lui a refusé au cours des deux dernières guerres mondiales, soit une douce hégémonie sur l'Europe" (Joshka Fischer, pourtant issu des Verts), phrase à comparer avec les prétentions US d'une "hégémonie bienveillante" et chinoise d'une "émergence pacifique" Il faut bien sûr lire ces phrases au-delà de l'euphémisme naturel des expressions politiques, surtout de gouvernants en exercice; seule la phrase de Fischer vient d'un discours de 1995, soit bien avant qu'il soit ministre, et peut donc être prise "at face value" et non au travers d'un filtre. Ce qui est sûr, c'est qu'on a voulu se le cacher pendant longtemps, mais l'Allemagne en est à sa 3ème génération de leaders post-guerre, loin des complexes de culpabilité, mais aussi et surtout des limitations inconscientes et de la bonne volonté européenne. leur attitude actuelle par rapport à la politique monétaire et aux choix commerciaux européens reflètent un égoïsme impératif de mieux en mieux assumé, ce qui pose toujours un problème particulier quand il s'agit du pays le plus riche de l'Union. L'une des thèses du bouquin est d'essayer de délimiter les "projets européens" qui semblent se profiler (je précise que je ne suis pas tout-à-fait d'accord avec la définition de ces évolutions potentielles): - l'élargissement a foutu en l'air l'approche graduelle de l'intégration mise en place par Jean Monnet - le "noyau dur" d'une Europe à 6 franchissant le pas de l'intégration politique est un mirage spécifiquement français, de même que les autres évocations de "noyaux durs", "avant-gardes".... - le couple franco-allemand a toujours été un mythe, aujourd'hui plus encore que jamais - l'Allemagne, ou plutôt les dirigeants allemands, est viscéralement pour une Europe fédérale, qui condamnerait l'Etat-Nation (ce que n'est pas l'Allemagne, il faut le savoir et le garder à l'esprit) Au final, l'auteur ne voir que deux orientations possibles si l'UE n'éclate pas avant: la première est la version "St Empire", une entité peu définie, éclatée en entités faibles et atomisées (régionalismes, communautarismes et minorités diverses ayant toutes des droits particuliers), avec des Etats disparus ou presque. Ce morcellement est une nécessité afin que les entités composant l'ensemble n'aient pas une "masse critique" les incitant à acquérir un comportement plus conquérant. Le principe de subsidiarité est en ce sens une arme politique, comme la "concurrence libre et non faussée" est une arme économique et politique, toutes deux dirigées contre les Etats, mais il y en a d'autres. C'est la destruction des Etats-Nations par fission interne qui en résultera. A ce mode de fonctionnement, c'est la France qui est le modèle le plus opposé: l'Etat volontaire, l'Etat centralisé qui date de bien avant le jacobinisme républicain, c'est l'Etat construit depuis 1000 ans par les Capétiens, et dont la version républicaine est justement opposée aux droits différenciés des modèles communautaristes et des féodalités de tous ordres. Là on parle de la définition et de l'appréciation d'un intérêt général. Egalité, laïcité et droit du sol sont les principaux principes directement mis en danger par cette évolution (et non par une action directe): le modèle "St Empire", c'est le modèle des communautés, des ethnies, des particularismes, des religions.... C'est-à-dire, de facto selon les traditions juridiques, la définition même de ce qui fait le droit du sang. Le deuxième modèle d'évolution possible, qui peut suivre le précédent ou le remplacer, selon l'auteur, est celui de l'Europe-Lebensraum, ensemble économiquement vassalisé (à divers degrés) par une Allemagne centrale qui aura graduellement rassemblé sa "nation ethnique" disséminée, plus vaste et cohérente qu'aucune autre en Europe (Allemagne, Autriche, Poméranie, Prusse Orientale, Silésie, Sudètes, Alsace-Moselle), et se sera appropriée par cette importance le modèle fédéral face à d'autres acteurs divisés (Royaume Uni réduit en 4 entités séparées, France en plusieurs aires culturelles autonomes, Italie coupée en 2, Espagne en 3 ou 4....). Ce modèle perçu comme suite du précédent peut aussi avoir comme alternative la balkanisation absolue, c'est-à-dire un échec complet et un retour à une Europe de micro-entités concurrentes, bien plus petites que les Etats initiaux. Il est vrai que nous ne posons pas assez ces questions essentielles de nos modèles: mais nous sommes un Etat-Nation composite que nous prenons trop facilement pour définitivement acquis, ce qui est faux. Les Etats-Nations sont des constructions, en aucun cas des évidences, et nous n'en soupçonnons pas la fragilité. La baisse du sentiment national et la montée des communautarismes ne sont que des avatars de l'évolution en cours. Et plus encore, c'est notre modèle même de République qui est en danger: le lobbying est une pratique par essence étrangère à la conception française de la vie publique, de même que l'effacement de l'Etat central ou la différenciation des populations par catégories. Mais on aurait tort de croire que la France serait la seule en danger. D'autres Etats-Nations sont par essence menacés par l'évolution de l'Europe: l'Espagne, l'Italie, la Belgique et le Royaume-Uni sont directement menacées d'éclatement si l'Europe suit ce chemin, et dans une moindre mesure, la Pologne l'est aussi. Les Etats-Nations scandinaves le sont moins grâce à une homogénéité de population nettement plus grande, de même que les pays moyens comme la Hollande ou l'Irlande. Je suis pas un suiveur absolu de la thèse, mais l'atomisation voulue de l'Europe et la lutte contre les Etats-Nations en faveur des particularismes, régions culturelles (réelles ou supposées), entités locales, groupements identitaires (ethniques, linguistiques, religieux, culturels)... Est de fait une réalité, aussi bien soulignée par les financements de ces mouvements que par les processus européens. Pour paraphraser l'adage: on ne divise que pour régner. -
Pourquoi la France a capitulé en 1940?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Histoire militaire
Bien sûr que si au sens négatif (ET positif) du terme: le corollaire d'un patriotisme très affirmé, surtout dans le cas d'un empire, est un racisme bien affirmé et d'ailleurs considéré comme normal dans une époque où la perception raciale et civilisationnelle fait partie de la formation des esprits et n'a rien d'anormale. C'était comme ça que les populations pensaient. C'est juger de cette mentalité 60 ans après en termes moraux qui est stupide. Images d'Epinal: une Wehrmacht en force sur l'île aurait amené tout gouvernant à négocier, afin de préserver la population. Tant qu'on a la mer comme défense infranchissable (Sea Lion était absolument impossible et Churchill le savait bien), on peut causer grand et émouvant pour mobiliser sa population et la faire se sentir soldat et non victime, mais les histoires de "mentalité britannique" de résistance de la "petite" Angleterre face à la force gigantesque du géant allemand, de la résilence de la population et autres fadaises, ça date précisément de la propagande pendant le Blitz. Les Allemands et les Japonais (eux il a fallu un autre genre de trucs) non plus n'ont pas flanché sous des vagues de bombardements bien plus gigantesques (ce qui a permis d'apprendre que le carpet bombing des villes n'était pas utile, voire même contre-productif). Cette jolie imagerie de l'Angleterre indomptable, c'est de la propagande jingoiste, et tous les pays ont la leur (les Prussiens ou Allemands ne se rendent pas en théorie, puis le font quand ils sont battus, le Français crève à l'assaut en hurlant "vive la Liberté", sauf s'il est battu....). Et on s'aperçoit que tout le monde fait à peu près pareil dès lors que la réalité les rattrappe. La Manche ou l'Atlantique ont permis aux Anglais et Américains de se projeter dans leurs petits dreamlands chauvins et de construire un mépris pour les continentaux qui n'ont pas les même isolants naturels et doivent se colleter la réalité. Les Japonais n'ont pas commis un seppuku national lors de la reddition. -
La politique étrangère et de défense selon Sarkozy
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
L'oeuf, la poule, une vaste histoire :lol:. Les émigrés ont amorcé un mouvement de contre-révolution dès les mois de juin-luillet 1789, et les noyaus durs d'émeutiers se sont accoutumés à la violence et à l'agit-prop dès le début aussi: les études sur le quasi rituel du coupage de têtes sont très révélatrices du processus. Pour revenir à NS, il faut quand même avouer qu'il est symptomatique des élites françaises qui sont globalement anti-françaises culturellement. En cela, sa politique ne pourra jamais être gaulliste, d'abord et avant tout parce que ce mec ne connaît pas l'Histoire de France, seulement des samples et des images particulières, bien dans le cadre d'une culture pubarde à base de "menus best-of" et de versions reader's digest de quelques sujets choisis. Sans faire mon Zemmour et en trouver le symptôme dans son appréciation de la princesse de Clèves, je trouve quand même les accumulations de symboles (mal) choisis et d'attitudes d'excuse (notamment sur le coup de la guerre d'Irak et de "l'arrogance" française.... C'est vrai que les Anglais et Américains sont si honnêtes, di peu donneurs de leçons et aucunement arrogants :lol:) assez navrantes. Du cow-boy aux petits pieds en Camargue au jogging avec un T-shirt "NYPD", de la réintégration totalement creuse, hypocrite et idéologique dans l'OTAN aux attitudes de matamore sur l'Afghanistan (pour un effort au global très limité), on navigue dans l'attitude pure. Le pire étant qu'il ne connaît rien aux USA, juste à une poignée de symboles. Superficiel. Guaino est le seul dans son staff a connaître l'Histoire de France et à l'aimer. -
La politique étrangère et de défense selon Sarkozy
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Le "libéralisme" des Lumières n'a rien à voir avec ce à quoi tu sembles penser: le mot "libéral" pour définir la pensée des Lumières n'est arrivé qu'à posteriori et constitue un fourre-tout qui rassemble aussi bien les physiocrates que les humano-féodalistes comme Montesquieu, les centralistes comme Hobbes ou les light-régulationistes genre Locke, les libre-échangistes-Etat-minimalistes comme Benjamin Constant aussi bien que les rationo-positivo-Etatistes comme Rousseau. Un vaste bordel pour qui l'appellation "libéral" ne vient qu'en opposition à l'absolutisme. Par essence, tout corpus d'idée s'imposant trop absolument ou poussant sa logique est anti-républicain, et le fascisme n'est rien d'autre que la version hardcore et rationalisée à l'extrême d'un régime patriote et social. La monarchie de droit divin est par essence contraire à un régime républicain, ce que n'est pas une monarchie constitutionnelle qui n'est qu'une version décorative de la démocratie (le principe monarchique est par essence de droit divin; l'astreindre à une constitution lui enlève son essence). Mais surtout, la Révolution n'a été que commencée par des aristos et bourgeois libéraux qui ont voulu trouver un nouvel équilibre des pouvoirs selon leur idée, mais surtout selon leur intérêt; y'a juste eu d'autres acteurs qui ont aussi voulu se faire entendre, et la violence qui a foutu beaucoup de choses par terre et contraint à d'autres logiques et à d'autres situations. On a eu une série d'échanges là-dessus sur le fil européen (4 ou 5 pages en arrière de la page actuelle). Le conservatisme et le "libéralisme" aussi. Tous les mots en "-isme" ont tendance à recouvrir des logiques pouvant monter aux extrêmes. Mais là encore, il ne faut pas utiliser les mots n'importe comment: les termes de "socialisme" et "libéralisme" sont tellement mésusés aujourd'hui, par facilité de propagande bas de gamme, que chacun entend ce qu'il veut derrière, ce qui rend le débat impossible. "Socialisme" définit à la base l'idéologie révolutionnaire d'essence marxiste, et il n'y a vraiment qu'en France, eu égard à l'histoire particulière de la SFIO et du Congrès de Tours, que "socialisme" s'est vraiment totalement dissocié des idées marxistes et de l'aspect révolutionnaire, ces termes étant récupérés par le communisme et les extrêmes gauches. "Libéralisme", aujourd'hui, dans le débat, est devenu le synonyme de libre-échangisme absolutiste, de monétarisme conservateur et de dérégulation extrême, toutes choses qui ne sont pas vraiment comprises dans l'acception du terme au XIXème siècle et pendant la plus grosse partie du XXème. Faut pas exagérer non plus; la violence pendant la Révolution est attribuable à tout le monde, tant les idéologies naissantes que la réaction extrême à la guerre et à des complots, aux contre-révolutionnaires comme aux résistances diverses (je n'appelle pas systématiquement contre-révolutionnaires les gens qui se soulèvent pour défendre le culte quand les conneries de culte de la raison et de l'être suprême commencent à être imposées), aux paranoias et ambitions de nombre d'individus comme aux agissements en sous-mains de beaucoup d'acteurs (monarchistes comme le Baron de Batz qui fit foirer tout le système des assignats et donc la base économique de la République, mais aussi des agents étrangers, ou encore des adversaires politiques de la Convention....). Et plus encore on oublie trop souvent la nature même de la violence qui s'engendre d'elle-même et devient une logique en soi, notamment en faisant apparaître des catégories de gens qui en vivent ou s'y abîment; Mona Ozouf et Bronislaw Baczko ont conduit des études terrifiantes sur ces phénomènes, particulièrement pendant la Révolution. Mais les sans-culottes comme la Convention portent une responsabilité majeure dans le phénomène de la violence; la vraie violence dont la contre-révolution est responsable ne vient qu'avec la Restauration (la "Terreur Blanche"), même s'il est vrai que les contre-révolutionnaires ont pris leur part entre 1792 et 1794. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
C'est vrai, mais Bayard a mené une bataille à lui tout seul ;). On est encore au temps de la chevalerie pour ces gars là: l'art militaire n'existe pas pour eux, et seule compte l'action individuelle des chevaliers ordonnés comme tels. Le reste n'est que de la gesticulation de piétaille à leurs yeux: ni buts de guerre autres que la distiction personnelle (et un peu de pillage et un peu de rançons :lol:), ni stratégie ou action disciplinée, et certainement pas de perception des impératifs politiques. Eux, y sont là que pour l'action dans le cadre de ce qui est pour eux une vocation naturelle de caste, un privilège, un devoir, et pour pas mal d'entre eux un idéal de vie dont ils sont la cause, la conséquence et la justification, et où personne d'autre n'est censé avoir sa place. C'est pourquoi Bayard et pas mal d'autres de tous les pays faisaient massacrer impitoyablement les archers, arbalétriers et arquebusiers adverses qu'ils faisaient prisonniers (outre qu'il n'y avait pas de rançons à en attendre), tout en gardant leur réputation sans tache (Bayard continuant à être "sans reproche") et en toute bonne conscience. Pour eux, la bataille, c'est là où ils mènent une action particulière: rien d'autre ne compte dans leur monde. S'ils sont restés en réserve lors d'une bataille (c'est à dire, si un commandant a réussi à les empêcher de partir à l'assaut), c'est qu'il n'y a pas eu de bataille. C'est ça la mentalité des chevaliers. Le cadre général des armées, de la politique, des objectifs nationaux, pour eux, ça n'existe pas. Et l'action de Bayard, pour ces abrutis là, c'est une bataille en soi et c'est lui qui l'a gagné: que l'armée ait été en retraite, ils s'en tapent, ça ne pèse rien face à leur individualité. C'est pas des fans du sport d'équipe. En fait, le chevalier ne fait pas la guerre; il mène et vit sa quête. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Quitte à évoquer le Garigliano, autant l'évoquer dans le temps long de la tradition française: cet endroit a vu plusieurs succès français, notamment la grande action de Bayard qui tint victorieusement le pont du Garigliano (sans doute à la tête d'un détachement) face à l'armée espagnole. Ou pour faire classe dans les belles victoires, qui plus est sans stratégie aucune, on peut citer aussi les défis de chevaliers, individuels ou collectifs: le combat des trente de la guerre de Bretagne est le plus célèbre ("bois ton sang, Beaumanoir"), mais il y eut en fait nombre de "combats des trente", de "combat des neuf", de "combat des sept", des douze ou des quatorze et demi (peut-être pas celui-là, du moins pas au début du match; après, on pouvait sans doute compter les moitiés :lol:).... Et dans ces duels de chevalerie, on trouve le duel de Bayard et Sotomayor, véritable duel de champions en pleine Renaissance, soit quelques siècles après que la pratique fut passée de mode. Ou encore, puisqu'on parle des "belles" victoires, pourquoi pas aussi les mythiques/mythologiques de l'Histoire de France? Sans aller jusqu'à St Michel claquant le beignet du dragon sur le mont qui portera son nom, on a Guillaume d'Orange (c'est une famille française à la base) trucidant le géant (sarrasin bien sûr) Isoré, ou Issoire. Enterré sur les lieux de sa mort, le géant donna ainsi son nom à un lieu dit aujourd'hui dans Paris, la Tombe-Issoire. Et puis on a Roland le paladin et son sous-fifre Olivier dit le sage; les Sarrasins (encore eux :lol:)/Basques (ça c'est dans le lamentable monde réel), Ganelon le fourbe, Durandal et tout le toutim. Ben oui, quoi, c'est pas tous les jours qu'un gars éventre une montagne et ouvre un passage dans les Pyrénées d'un coup d'épée, puis, en désespoir de cause de pas arriver à la casser, la balance d'un jet de Roncevaux jusqu'à Rocamadour (y'a bien 400 bornes à vol d'oiseau, sans compter des montagnes entre les deux); les ricains et leurs projets d'exosquelettes multiplicateurs de force? Pffff, bande de tapettes! Sauf que depuis le Traité de Vienne, acte légal du droit public européen signé par la France, nous avons reconnu le terme de "puissances alliées", d'abord et avant tout pour qu'elles ne le soient plus (contre nous); c'est toute la rouerie de Talleyrand qui les a amené à utiliser ce terme officiellement pour les y faire renoncer au profit de la proclamation du concert européen, la "sainte alliance" qu'ils essaieront de bâtir après n'ayant d'alliance que le nom.... Et la France s'y joignant même un moment :lol:. Tu veux vraiment jouer à la rubrique du pinailleur avec moi, Roland? Chouette, on va faire chier tout le monde :lol:! -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Oh, mes chiffres sont de plusieurs sources (dont Liddle Hart et André Corvisier, avec accessoirement le service historique de la défense ;)), mais c'est pas très important; je voulais surtout souligner l'importance, à mesure que l'art militaire se complexifie sous le coup de l'évolution technique, de l'accroissement numérique et de la diversification des armées, ainsi que du développement des sociétés. Et avec ces évolutions, la guerre change d'échelle: une campagne était entre les mains d'un capitaine au Moyen Age (au sens large, le capitaine étant le chef d'une petite armée dépassant rarement 5 à 7000h) et se jouait souvent en 1 ou 2 batailles à moins de se limiter à une succession de sièges, très longue. Mais sous Napoléon, on arrive à un sommet de complexité ou aucune bataille ne peut en elle-même décider du sort d'une campagne ou d'une guerre. Certaines le font encore, mais elles sont plus souvent des accidents dus à une conjonction de hasards hallucinants ou à des conneries d'une échelle absolument monumentale; à mesure que l'armée s'accroît et se diversifie, la chaîne de commandement et sa complexité s'aggrandissent, et il existe à chaque "noeud" d'intersections d'autorité, des blocages qui sont aussi très souvent des garde-fous et des sécurités contre des erreurs trop manifestes (d'où d'ailleurs l'importance faramineuse de l'oeuvre de Berthier pour établir un système de commandement fluide, solide, fiable, compétent et rapide, avec une capacité d'initiative et d'anticipation). Austerlitz en elle-même n'est rien, absolument rien si on n'étudie pas la fabuleuse campagne dont elle est la conclusion: la défaite des alliés s'est grandement décidée à partir du moment même où Napoléon a décidé de se retourner vers l'Autriche et où il a jailli du Camp de Boulogne. Le voyage fulgurant et la campagne en Allemagne du Sud jusqu'à la Bohême sont les conditions mêmes d'Austerlitz en ce que dès le franchissement du Rhin, c'est la manoeuvre d'Austerlitz qui commence, même si bien sûr, Napoléon n'a pas prévu les circonstances de la bataille à ce moment. Il en a néanmoins prévu le cadre général. Et en ce sens, ma remarque (je sais je suis chiant) ne vise qu'à souligner que citer de grandes batailles pour elles-mêmes est vraiment injuste et revient à citer le café en oubliant le repas qui l'a précédé (et le café ne serait pas si bon s'il n'était pas là pour la digestion ;); à jeun, il laisse une aigreur dans l'estomac). Les batailles au sens où nous voulons sans doute tous l'entendre ici, ce moment un peu mythique où se joue purement le sort d'une nation ou au moins d'une campagne ou d'une armée, sans préparation, où tous les tenants et aboutissants ne tiennent que dans le moment même, sont vraiment très rares. On pourrait ainsi limiter le sujet à ce qu'on appelle les batailles de rencontre, ou batailles de soldats, celles où deux adversaires se sont affrontés sans la moindre préparation, en se tombant littéralement dessus au détour d'un bosquet ou au franchissement d'une colline, ou bien celles où les soldats (ou les unités de l'avant) ont chargé sans attendre les ordres. Fontaine-Française est une pure bataille de rencontre, non voulue et non préparée, même pas dans une campagne. Patay est aussi une bataille de rencontre, l'avant-garde chargeant au premier renseignement obtenu des éclaireurs afin de prendre l'armée anglaise en rase campagne sans lui laisser le temps de préparer le terrain comme elle le veut. Quatre-Bras en est une autre. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
37 000h, et aucune bataille n'en a engagé plus de 15 000 en 1796 et 20 000 (alors que l'armée d'Italie avait alors dépassé les 50 000h en effectifs combattants): Bonaparte ne jugeait pas utile de précipiter la concentration massive, en tout cas pas de la faire dominer la manoeuvre. L'important était le rythme de la campagne et des accrochages. Quand on regarde même les batailles de plus près, il ne masse ses effectifs que pour la réserve et l'usage dissuasif, afin de n'arriver au lieu dit de la bataille qu'en supériorité numérique, mais la part de cet effectif qui participe à la bataille est infiniment plus réduite, cherchant l'effet de choc rapide. Il ne se fait aucune illusion sur les probabilités de réussir à briser l'adversaire en une bataille ou deux et ne réfléchit qu'au niveau de la campagne, grande différence entre un stratège et un capitaine. Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de batailles, juste qu'il n'y avait pas d'affrontement massif (à l'échelle des effectifs), et surtout pas de recherche d'une hypothétique bataille décisive et finale. Partant de ce principe dès le début de la campagne, Bonaparte a prévu toute la campagne en fonction d'un objectif final, sans se préoccuper outre mesure du détail des affrontements mais se focalisant sur le rythme, les manoeuvres et l'obtention quotidienne de l'effet recherché, à savoir l'épuisement adverse. C'est ainsi qu'il amène l'adversaire à se trouver où il veut et qu'il décide donc du mouvement. Ce qu'on mesure moins dans cette campagne, c'est l'immense importance des pertes adverses dans la "petite guerre", les accrochages permanents des troupes légères et des avant-gardes et arrière-gardes, événements nombreux et permanents entraînant le gros de l'attrition directement (morts, prisonniers et blessés) et indirectement (impact sur le moral, diminution des capacités de reconnaissance et donc de la visibilité de l'adversaire, ralentissement des armées adverses par la croissance du train de blessés, climat de crainte perpétuelle, mouvements plus prudents....); c'est par ce biais et par la seule concentration sur la guerre et non la bataille que Bonaparte continue à jouer avec 4 ou 5 coups d'avance. La bataille de Rivoli ne peut arriver qu'après ce processus long; elle n'est pas un objectif en soi mais une conclusion. Mon point n'est pas de dénigrer l'utilité de la recherche de la décision qui est bien évidemment un principe essentiel dans la guerre classique, mais de rappeler que c'est une campagne qui est décisive dans la guerre, et non une bataille qui est décisive dans une campagne, et encore moins dans une guerre. Il y a quelques exceptions, mais pas tant que ça. Et beaucoup de généraux ont recherché la décision unique dans une bataille qu'on recherche pour elle-même; le XIXème siècle et plus encore le début de la Grande Guerre reflètent le point caricatural de cette pensée, comme souvent des officiers se disent les continuateurs de la pensée d'un grand général, mais ne prennent en compte que des conclusions (Souvorov a été pareillement déformé en Russie), des résumés, des passages superficiels ou de grandes maximes qui sonnent bien. J'ai du mal à appeler ça une bataille: une opération militaire, oui, mais pas une bataille. En fait comme Verdun; peut-on appeler bataille une suite discontinue d'opérations (avec des périodes d'accalmie) couvrant l'essentiel d'une année? Mais si on considère Verdun comme une bataille, le terme de "belle" est à prendre au sens tragique: c'est le sacrifice face à l'enjeu qui est magnifique. Ce qui rend Verdun poignant, au-delà de l'horreur absolue du champ de bataille, c'est la nécessité de tenir, parce que derrière l'armée de Verdun, il n'y a plus rien qui puisse empêcher la défaite si les Allemands venaient à passer. Faut pas imaginer que "beau" veut dire "bisounours". Le tragique est beau. En revanche, pour un siège sous Louis XIV, on ne voit ni grand enjeu (outre un gain dans la négo de paix), ni manoeuvre ou hasard, ni fortune pouvant changer le sort de la guerre, et dans les opérations, on n'a que la cruelle routine d'un rituel bien réglé que les propagandistes ne résument qu'à 2 visions: les opérations vues de loin, démonstration de puissance et de rationalisme scientifique, et l'image anecdotique de l'assaut final avec toujours un ou deux jeunes officiers courageux plantant un drapeau en haut du premier rempart pris. Ca fait léger comme résultat à côté de la masse d'efforts, de temps et de ressources mobilisée. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Avec Vauban, on est dans la période de transition entre le moment où ce sont les sièges qui comptent le plus et celle où les batailles qu'on veut de plus en plus décisives commencent à prendre une part de plus en plus significative dans l'imaginaire, et surtout dans la réalité des rapports de force. Mais au temps de Vauban, ce sont encore les sièges qui comptent le plus dans l'esprit des décideurs: les souverains répugnent à la bataille où trop de choses se décident au hasard, et Turenne lui-même, pourtant un capitaine salement décisif en campagne, préférait penser au niveau de la campagne et non de l'illusoire bataille décisive comme objet de la pensée du chef de guerre: il disait un truc du genre "beaucoup de combats, peu de sièges", soulignant par là la vanité de la recherche de la bataille comme du siège, le vainqueur en sortant souvent presque aussi amoché que le vaincu, et son outil perdant beaucoup de sa valeur, ce en quoi il avait raison, puisque ce qui compte, c'est la capacité de l'outil qu'est une armée APRES que l'armée adverse ait été sortie de l'équation. Jean Jaurès, qui fut aussi un grand penseur de la chose militaire qu'on ne connaît vraiment pas assez (son Armée Nouvelle est une prédiction fabuleuse de la Grande Guerre, et ses proporsitions sont extrêmement pertinentes), dénonce la vanité de la recherche absolue de la bataille décisive pour elle-même, comme une baguette magique qu'on agiterait à tout bout de champ. Ce que suligne Turenne, c'est l'absurdité de la recherche du symbole qu'est la prise de la grande ville comme de celle de la recherche de la victoire éclatante qui en elle-même résout peu de choses: c'est au niveau de la campagne dans son entièreté qu'il faut réfléchir, et dans toute sa dimension (y compris humaine, psychologique, économique, politique, de "relations publiques" dans les terres envahies....), et la meilleure campagne peut aussi bien être celle qui n'a vu aucun grand affrontement décisif, mais une succession de petits combats et de petits accrochages, dans le cadre de manoeuvres à grande échelle. Napoléon ne fera rien d'autre, sinon que la dimension des armées et le niveau d'hostilité devenu idéologique contraindront à des résultats énormes en termes d'effectifs décimés de part et d'autres: en elles-mêmes, peu de batailles napoléoniennes sont réellement meutrières (au sens où une armée serait quasiment engloutie dans un affrontement) avant les 4-5 dernières années, mais le bilan des campagnes est infiniment plus terrible, même s'il n'est qu'à la mesure des effectifs engagés et des progrès de l'armement, artillerie en tête. La campagne d'Italie qui fait sa célébrité est une campagne sans vraie grande bataille. A l'inverse, les campagnes de 1805, 1806 et 1807-1809 sont des boucheries sans nom y compris pour le vainqueur; c'est là que Napoléon perd par attrition une bonne partie de l'armée du Camp de Boulogne qui est sans doute l'un des outils militaires les plus décisifs (par rapport à son époque) qui ait jamais bougé sur cette terre. Alors, si belles ces campagnes? L'un des sommets de l'art militaire, ce sont les affrontements de Turenne et Montecuccoli, deux des plus grands manoeuvriers qui vécurent jamais; les campagnes où ils furent opposés virent en fait peu de grosses batailles, mais au contraire des manoeuvres dures et sans fin, ponctuées de nombreux accrochages mineurs, et les deux chefs ne déclenchant la bataille que s'ils y sont contraints où s'ils peuvent contraindre l'adversaire à un combat dont ils ont choisi les circonstances. Pour revenir à Vauban, le sommet que lui a atteint ne réside pas dans quelques grands sièges plus ordonnés par un roi avide de publicité, mais bien dans le système défensif qu'il a mis en place; lui seul a vraiment compris qu'une place ne peut qu'être prise si l'adversaire est résolu et si aucune armée de renfort ne vient. Tout son art a donc été de créer un système défensif où l'on mesure en temps la résistance d'une place; et toute la ceinture de fer est calculée, avec ses réseaux de place, pour offrir un dispositif d'alerte et de ralentissement à grande échelle offrant à une armée le temps d'être avertie et de rappliquer avec une bonne capacité à prévoir de combien de temps elle dispose avant qu'une place ou une région ne tombe. Quand Vauban voyait un dispositif de défense, il ne réfélchissait pas en manoeuvre, il ne réfléchissait qu'en durées: une simple enceinte avec demi-lunes externes et un seul glacis = 3 jours d'approche, 4 jours de bombardement et 2 jours de sape avant le premier assaut, pour une armée de 15 à 20 000h avec des pièces de siège (si je me souviens bien, c'est à peu près l'une des échelles de temps). Son génie visionnaire et imaginatif s'exprime mieux dans la réalisation d'ouvrages défensifs utilisant au mieux le terrain. Parce que sa science des sièges est justement une science, et non plus un art: son génie réflexif a justement consisté à faire des sièges une science exacte et prévisible sur une échelle de temps. Avant Vauban, des villes peuvent résister sans qu'on sache trop combien de temps, et beaucoup de décideurs pensent que certaines peuvent tenir indéfiniment. Après Vauban, on sait que ce n'est qu'une question de temps et que ce temps est mesurable à l'avance. Et surtout, je n'appellerais pas vraiment des sièges "de belles batailles": le siège, c'est l'horreur absolue pour le soldat, le moment détesté. On passe son temps à monter la garde et à creuser la terre, plus souvent la boue, en se faisant canarder. Mais surtout, on est de corvée de sape, cette bataille des tunnels de mines et de contre-mines entre assiégeants et assiégés (on en verra encore à Dien Bien Phu) où on crève sous terre pliés en deux, bien plus souvent parce que la galerie s'est effondrée que parce qu'on s'est fait tuer par l'adversaire (généralement, seuls le premier et peut-être le second de la file y ont droit, les autres peuvent se barrer). Une bataille de rats haïe et crainte par tous les soldats. Et les assauts sont des moments de cruelle arithmétique: on sait que les premières vagues seront hachées. A raison décroissante si tout se passe bien (mais quand même, les 5 premières prendront autour de 50-60, 40, 30 et 20% de pertes), et au compte de boucher si ça foire. La seule gloire qu'on peut y mettre, ce sont les grandes peintures vues de loin de cette fourmilière humaine qu'est un siège: c'est beau, c'est ordonné, c'est scientifique (et Vauban le dénonce lui-même), ça va dans l'esprit rationalisant du temps. "Qu'on crève avec ordre et symétrie" comme disait Mme de Maintenon à Louis XIV. -
Un bataillon Français de l'O.N.U dans la guerre de Corée
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Pour les différences de chiffres, on reste quand même dans des ordres de grandeur similaires. Pour le bataillon de Corée, quelqu'un connaîtrait-il la suite de son histoire? Je sais grosso modo que ses hommes ont été envoyés en Indo ensuite et que tout a été fait pour les "réintégrer" dans la ligne de bataille française, en leur enlevant tout leur équipement made in US of A, et qu'ils ont tourné ensuite en Algérie. Et je crois qu'une unité (non combattante) perpétue encore aujourd'hui la continuation (du moins théorique) de l'unité. Mais j'ai rien de précis. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Désolé, mais Tourville, c'est mon chouchou, mon grand homme de mer français, le soldat parfait sur mer. D'abord, c'est un combattant hors pair et terriblement courageux: une jeunesse passés en Méditerranée dans l'ordre de Malte contre des navires barbaresques et ottomans à l'époque du renouveau ottoman. Je sais que le Bailli de Suffren l'a fait aussi, mais pas vraiment à la même intensité; quand M. de Tourville faisait ses caravanes sur les navires de l'Ordre, c'était une guerre permanente, et lui s'y est signalé par plusieurs exploits, notamment une affaire à 1 contre 10 (en fait 2 petites corvettes de l'ordre contre une flotte de galères barbaresques). Ensuite, et avant le commandement, c'est un technicien à nul autre pareil: marin expérimenté et scientifiques confirmé, tant pour les sciences de la mer proprement dites que pour la construction des navires. Il a participé plus qu'activement à la définition d'un modèle de vaisseau français dans l'oeuvre de Colbert, et si le propre des vaisseaux de ligne français est d'être frégatés, c'est à lui qu'on le doit. Si une horreur comme le Soleil Royal tenait quand même bien la mer, à une époque où les vaisseaux de rang comparable avaient nettement plus de problèmes, c'est aussi à son travail qu'on le doit. De même que, plus largement, toute la théorie de la manoeuvre telle qu'elle fut enseignée aux premières compagnies de gardes de la mer qui fournirent les cadres de la marine jusqu'à la Révolution. C'est lui qui a créé les bases d'un système d'instruction des officiers et des officiers mariniers là où il n'y avait jusqu'ici que l'empirisme. Plus largement que la simple formation, c'est lui qui a formalisé le premier système tactique naval en Europe, et qui l'a résumé dans un simple opuscule que tous les capitaines pouvaient mettre dans leur poche, ce petit bouquin résumant pourtant l'ensemble des problématiques des manoeuvres navales, du combat et de la guerre d'escadre pour un navire ou une flotte. Et c'est lui qui a mis au point le premier système de signaux fiable pour les escadres de combat. Et enfin, c'est un putain de chef d'escadre et de flotte; il a littéralement créé le combat en ligne de file sans jamais en devenir esclave. Si Béveziers est avant tout une ligne de file maîtrisée avec débordement aux extrémités, Barfleur est une pure rupture, une vraie charge de hussards plus d'un siècle avant Nelson. Quand à sa compétence de stratège et de manoeuvrier, et pour recoller au sujet, je renvoie à la campagne du large de 1691 qui est un chef d'oeuvre d'art nautique. Quand à un côté bourrin et "je tente le coup", je crois que la carrière de corsaire de Malte et la bataille de Barfleur résument bien le personnage. Par ailleurs, j'aime bien le caractère de geek naval du gars; il n'a jamais cherché à se mettre en avant, n'a jamais traîné à Versailles pour sa carrière ou recherché les honneurs. C'était un vrai professionnel, avec en plus un côté dandy qui n'est pas sans me plaire: issu de la clientèle nobiliaire des Condés (ses parents étaient frondeurs), il a créé un style de commandement et un personnage de l'officier de marine qui en font un personnage de roman. Toujours tiré à quatre épingle même en pleine tempête ou en pleine bataille, ne gueulant jamais un ordre mais formulant toujours ses directives sous la forme de requêtes polies (il est en fait le premier officier à systématiser le "monsieur" même en s'adressant à un simple matelot), que le navire soit paisible ou en pleine bagarre, et montant à l'assaut le premier quand venait le moment d'un abordage (moins en guerre d'escadre évidemment), ou plaçant toujours son vaisseau amiral au coeur du combat (à Barfleur, il fonce avec 6 vaisseaux contre 16 anglo-hollandais, bataillant avec eux, presque encerclé, 5 heures durant), je lui trouve effectivement une dimension toute autre que celle de Suffren. Je renvoie enfin au commentaire de Mahan sur l'action de Barfleur, malgré l'absurdité des ordres de Paris d'engager le combat quel que soit le rapport de forces: "no higher proof of military spirit or efficiency could be given by any navy". C'est pourquoi je rcommande à tous la lecture de ses biographies: celle de Daniel Dessert (le meilleur sur le Grand Siècle) et celle de l'amiral de la Varende (pour le roman et la verve littéraire). -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Aaaaaah, mais ça c'est les trucs pour le pur panache, et toutes les époques en sont pleines, même si celle là est une des plus gratinées :lol:. Il est vrai que l'escadron "Texel" du 2ème Hussards perpétue encore le souvenir du fait d'arme de Pichegru. A ce moment là, je mentionnerais aussi (j'ai déjà du le faire avant) l'affrontement du jeune capitaine de Tourville (le même, le futur plus grand amiral qu'on ait eu) avec l'amiral espagnol Papachin: en pleine paix, l'Espagnol, sur un navire de 1er rang, refuse le salut au pavillon louis-quatorzien, tant par fierté qu'en raison de la jeunesse de Tourville et du moindre rang de son vaisseau. Résultat, applicant les directives de M. Soleil, aussi appelé N°14, Tourville engage le combat: on se canonne copieusement et sans modération pendant deux heures, et Tourville a le dessus. Papachin doit céder et, une fois le sang essuyé, les morts balancés et un peu de rangement opéré, il effectue le salut règlementaire de la "courtoisie" internationale en vigueur. On savait ce que valaient les convenances à l'époque: Tout ça pour ça :lol:. Ce serait con si c'était pas si beau (ou l'inverse selon les opinions). Qui dit mieux? -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Yep, c'est l'homme! Sympathique, non :lol:? J'ignorais le coup du "respect" du principe de ne pas verser le sang, surtout parce que la masse d'arme avait tendance aussi à sévèrement faire saigner, même si ce n'était pas en tranchant ;). Mais il y a d'autres prélats qui se sont signalés par leur ardeur et leur talent au combat ;), beaucoup de lois sous la monarchie astreignant aussi les religieux au devoir de conscription dans diverses formes de milices. Un bel exemple antérieur fut l'évèque de Notre Dame Gozlin, lors d'une autre très belle victoire, le Grand Siège de Paris de 885: assiégée par une flotte de 15 à 30 000 vikings (dont l'encore très jeune Rollon, futur Duc de Normandie), la ville (l'île de la Cité) résista pendant plus d'un an, malgré le fait que population et garnison réunies ne rassemblaient pas les 2/3 de l'effectif assiégeant, les combattants n'étant sans doute pas plus de 400 ou 500. Au final, Charles le Gros, arrivant avec une armée de secours tout à fait apte à poutrer les nordiques, préféra négocier afin de s'en retourner dans les guerres intestines à l'empire carolingien mourant. La population parisienne, invaincue, le désavoua. On trouve ainsi des morceaux de bravoure magnifiques, comme le moment des "12", douze braves soldats volontaires pour aller dans la tour en bois du petit Pont (à l'emplacement du futur Petit Châtelet); isolés lorsque le pont s'effondra, ils combattirent jusqu'au bout. Mais les 2 héros du siège furent bien le Comte Eudes de Paris, fils de Robert le Fort et ancêtre direct d'Hugues Capet, et l'évèque Gozlin, qui se signala par son grand talent d'archer. L'évèque de Notre Dame était un prélat-sniper :lol:. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Rôôôôô! Pas de discours du genre "on n'en fait plus des comme ça"! Faut quand même avouer que d'une manière générale, l'Histoire en produit quand même très peu des chefs comme ça! Elle est un peu radine en personnages de ce gabarit, et ils surgissent toujours dans les moments où c'est vraiment la merdasse. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Pour le côté désespéré? Faudrait vraiment que ceux qui postent ce genre de sujet précisent un peu les critères, qu'on puisse tous être sur la même conversation. Qu'entends t-on par "plus belle victoire" ou "plus humiliante"? L'aspect purement extérieur/symbolique/superficiel? En ce cas, Fontaine Française (la charge folle, le bluff et la victoire stratégique, avec en prime le côté peu ou pas de morts français et peu d'Espagnols - c'est toujours plus sympa pour tout le monde), Fontenoy (c'est classe), Steinkerque (c'est chic et si fou, et en plus ça lance une nouvelle mode), Mongisard (à 1 contre 10) ou Orléans/Campagne de la Loire sont les plus "belles", avec mention spéciale pour les grands capitaines anglais qui se sont fait mettre par une nana :lol:: l'honneur et la fierté macho n'en réchappent pas. Entends t-on le plus beau mouvement tactique, sans tenir compte des résultats, du ratio pertes/gains? Entends t-on la plus belle action stratégique/décisive/tournant historique? Entends t-on la victoire au finish, la plus belle geste humaine face à une situation désespérée (le côté "last stand" mais avec une victoire)? Parce qu'on a tout ça en magasin. En fait je voulais surtout mentionner le Duc de Vendôme, prince de France et Grand d'Espagne, grand général et surtout gros Gaulois paillard, truculent et dégueulasse, que j'adore et dont la vie me fait toujours marrer tant il détonne dans son cadre :lol:. Avec Villars et Henri IV, mais aussi l'évèque de Dreux (demi-frère de Philippe Auguste, qui chargeait, malgré son statut d'évèque, en tête des troupes, comme un gros taré; pas vraiment le genre avec une épée, mais plutôt avec hache et masse d'arme.... Gronk!) et quelques autres, il fait partie de mes gros bourrins surdoués préférés :lol:. Mais si je me tiens au terme de "belle" victoire, j'avoue réitérer mes deux préférées: Fontaine Française et la Campagne du Large.... Sans doute aussi parce qu'il s'agit de moments terriblement décisifs au niveau stratégique, pour toute l'histoire de France, et qu'ils sont complètement, copieusement et injustement ignorés. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
A Villaviciosa, il y avait plutôt le gros du contingent fait de Français, et surtout le patron, le Duc de Vendôme, qui est un de mes généraux préféré: cousin direct du Roi, mais pétomane, grossier, sale, bâffreur, truculent, paillard, libidineux et impudique (qui plus est homo comme pas deux et l'assumant publiquement), en bref bien gaulois, mais aussi chef génial et décidé, adoré par ses hommes et salement efficace. Pour Fleurus, c'est celle de Luxembourg à laquelle je pense. Le tapissier de Notre Dame a bien humilé l'ennemi en raflant le gros de ses étendards de bataille, guidons et enseignes d'unités comme Obélix ramène les casques de romains. Malplaquet: défaite tactique (et encore: Villars sonne une retraite en ordre parfait aprsè avoir infligé l'effet voulu et conservé son armée), mais succès stratégique. L'armée alliée est brisée et désorganisée, Marlborough rappelé à Londres et cassé par ses adversaires, la France définitivement sauvée de l'invasion (je rappelle que cette "dernière armée" de Louis XIV est un bricolage hâtif fait d'une levée en masse de soldats inexpérimentés et à peine entraînés) et le cours de la guerre totalement inversé. j'ai connu des victoires moins fructueuses. Et je conteste même l'aspect défaite au plan tactique: Villars voulait stopper l'avance, pas mener une bataille d'anéantissement hors de ses moyens vu l'infériorité numérique énorme. Et ses positions défensives étaient préparées et échelonnées en 3 lignes pour orchestrer une retraite en ordre dès le début: il n'avait pas prévu d'attaquer, et il ne l'a pas fait. Il a brisé le mouvement allié et son armée et il s'est retiré en bon ordre, prêt à combattre. J'appelle pas ça une défaite dès lors que ça s'est passé comme il l'a voulu, et surtout comme il l'a prévu: j'invente pas le coup des 3 lignes de défense, il est bien avéré, et Villars a fait occuper la première au début de la bataille, soulignant son idée. Avec en plus son grand piège qui a parfaitement fonctionné, avec cette grande ouverture en biais dans la ligne, dans laquelle les Anglais se sont enfournés pour se faire cribler de toute part. Dans l'affaire, il me semble qu'il y a un mec qui avait un peu prévu le déroulement des opérations. Et je l'appellerais pas un vaincu dans ce cas. Le sujet parle de "belles" ou "humiliantes": mais je crois aussi qu'il y a un biais napoléonien parce qu'on connaît mieux la chose, parce que c'est plus proche, parce qu'on est encore sous la propagande et la légende napoléoniennes retransmises par les livres d'Histoire, les médias et l'aura générale du personnage. Rien que la période Guerre de Trente Ans - Louis XIV est quand même riche de victoires stratégiques et de gestes magnifiques. Et les croisades ont quand même du souffle, de même que la période des pippinides et de Charlemagne. Sans compter Philippe Auguste (Bouvines, la Roche aux Moines et l'invasion de l'Angleterre par son fils), Henri IV (mon chouchou et préféré, ZE grand roi-guerrier) quelques autres périodes plus courtes. L'historiographie républicaine nous les a affadis, mais ces périodes ne sont pas moins riches de grandes réalisations. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Tiens, une autre victoire au sens stratégique du terme, pourtant vue comme un échec par le Ministre de la Marine, la Cour et par le Roi: la campagne du Large de Tourville en 1691: pendant toute la saison de la guerre, Tourville tient le théâtre Atlantique Nord, Manche et Mer Du Nord, en empêchant les Anglais de faire la moindre manoeuvre stratégique, d'opérer la moindre menace sur les côtes, le commerce ou les mouvements de transport maritime français, de faire blocus sur nos ports ou d'opérer d'autres actions navales. Cette campagne a nécessité 73 vaisseaux et frégates, et les Anglais ont du mobiliser la totalité de leur flotte de surface, plus une partie de la flotte hollandaise (84 vaisseaux de haut bord plus une flotte de frégates) pour lui donner la chasse. Il a su les semer pendant toute la campagne, sans livrer combat alors même que la flotte anglaise s'épuisait en essayant de le suivre ou de deviner ses mouvements, perdant au passage 4 vaisseaux de 1er et 2nd rang (c'est-à-dire les vaisseaux se plus de 80 et 100 canons) dans une tempête, soit la moyenne de ce que perdaient 2 grandes flottes lorsqu'elles s'affrontaient en combat en ligne de file à l'époque :lol:. Plus encore, il a saisi pas mal de navires de commerce anglais, mais surtout entraîné un net repli du commerce anglais et hollandais cette année là (donc des rentrées monétaires et fiscales) en entretenant pendant plus de 5 mois (les mois de navigation active en Manche et Mer du Nord) une insécurité permanente dans les ports de commerce adverses. La menace de sa flotte impossible à localiser a pesé en permanence sur les décisions commerciales et les coûts des assurances et des équipages et armements. De facto, le commerce a été paralysé, les négociants n'aimant pas l'incertitude (étrangement, dans ces cas-là, ils préfèrent qu'une flotte adverse soit localisée, même si elle est invulnérable). Les historiens, à commencer par Mahan, ne s'y sont pas trompés en disant qu'il s'agissait là de la plus belle campagne de Tourville et d'un des plus parfaits exemples d'utilisation d'une flotte au service d'une stratégie générale. La particularité, qui a desservi Tourville (en plus de la méconnaissance navale de Seignelay et Louis XIV), a résidé dans le fait qu'il n'y eut pas vraiment de combat, donc pas de résultat tactique à mettre en valeur. Mais il s'agit là d'une victoire stratégique, et les Anglais ne s'y sont pas trompés: leur flotte de 84 vaisseaux représentait pour eux, surtout à ce stade de la guerre où l'endettement public est déjà élevé et le lobbying pour la paix très actif, un effort énorme révélateur de la perception de la menace. Si Seignelay et Louis XIV l'avaient compris, Tourville aurait pu réitérer l'expérience chaque année: quel aurait été alors le résultat de la Guerre de la Ligue d'Augsbourg? Parce que cette stratégie allait de pair avec une guerre de course contrôlée (ce qui cesse après la mort de Seignelay) et pesait gravement sur l'Angleterre et la Hollande dont le PIB dépendait presque exclusivement du commerce (commerce indépendant et grands convois des Compagnies commerciales) et des armements navals (flottes de pêche hollandaise du hareng et de la morue, flotte baleinière anglaise), sans compter sur leur dépendance physique au transport naval pour participer à la guerre en Europe: la menace de Tourville a chamboulé tous les calculs stratégiques cette année là, en faisant renoncer à des expéditions, et en accroissant démesurément la dépense pour le moindre transport (protection accrue) et surtout pour la flotte de combat, diminuant d'autant les capacités de financement de la guerre sur terre (aide aux alliés ou financement des troupes nationales). Bref, en 1691, Tourville a donné à Louis XIV l'initiative stratégique absolue sur la Hollande et l'Angleterre, et il a su la garder pendant 5 mois sans rien lâcher. -
Plus belle victoire française
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Supply-side dans Histoire militaire
Merci pour mon ego. Je suis plus marlbo... (chut, pas de pub) et café, mais taper un long post avec la clope au bec est un art que je maîtrise mal (genre Belmondo dans Le Magnifique :lol:). Pourquoi le fauteuil à bascule :lol:? Denain? Fleurus? Malplaquet? Steinkerque (juste pour l'esthétique et le chic)? Villaviciosa? Leuze? Neerwinden? Seneffe? Turckheim (que Napoléon voyait comme l'un des plus fabuleux mouvements de l'Histoire)? Parce que la période napoléonienne semble quand même dominer au point d'oublier les autres périodes de l'Histoire de France: Poitiers et Charles Martel, le grand siège de Paris, Bouvines ET la Roche aux Moines, Hastings (c'est des Français après tout: l'armée de Guillaume le conquérant: 1/3 de Normands, 1/3 de Bretons, 1/3 de Poitevins et Angevins), les Croisades (et Montgisard mériterait une mention), les victoires de St louis qui terminent la 1ère Guerre de Cent Ans dans les années 1250.... Y'a de la matière, à côté de laquelle Rivoli, Ulm ou Friedland semblent quand même des grosses boucheries au résultat pas si fabuleusement décisif. -
Les mercenaires étrangers dans l'armée française.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Charles XII dans Histoire militaire
Je fais un post pour nuancer mon propos initial sur la proportion d'étrangers et d'unités étrangères dans l'ordre de bataille français au XVIIIème siècle. J'ai des chiffres précis pour ce faire. La "francisation" massive de l'armée sous Louis XIII et surtout Louis XIV, à commencer par l'infanterie, fut une réalité extrêmement puissante. Sous Henri IV, elle l'était aussi, mais le nombre d'unités permanentes était si faible que je ne vais pas considérer ça come un échantillon statistique valable: 11 régiments et environs 20 000h d'infanterie, plus un maximum de 4000 cavaliers permanents dont 2000 dans l'unité cadre phare d'Henri IV, appelée la "cornette blanche", le reste dans quelques unités du niveau de la compagnie, comme la compagnie de Condé, ancêtre de notre 2ème Dragon NBC. Dans la dernière partie du règne de Louis XIV et surtout sous Louis XV, la proportion d'étrangers remonte, comme dans toutes les armées européennes: la Guerre de 7 ans est en cela un apogée puisqu'en moyenne, les armées d'Europe sont faites à 50% d'étrangers. Cela correspond au mouvement de professionalisation massive des armées monarchiques, qui ne peuvent, en temps de guerre lorsqu'il faut lever un grand nombre d'autres unités et booster les effectifs dans un rapport de 75 à 100%, assurer un recrutement suffisant à la fois en quantité et en qualité. Le cas français est spécifique, d'abord par sa dimension: l'armée de Louis XIV a reposé sur une militarisation massive, selon les critères de l'époque, de la société française, et sur un sentiment national qui, contrairement à l'imagerie républicaine, fut rarement aussi puissant. Les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne virent 2 levées en masser qui n'eurent rien à envier à celle des volontaires de l'An II et réunirent même plus de monde, malgré une population française d'1/3 inférieure! Louis XIV réunit ainsi plus de 500 000h sous les drapeaux, hors Marine et infanterie de marine et des colonies. Les grandes mobilisations type Guerre de 7 Ans virent les effectifs français atteindre autour de 400 000h hors marine. Dans ce total, on compte non seulement les armées en campagne, mais aussi les garnisons professionnelles de places fortes et les diverses milices (milice bourgeoise en désuétude, milices gardes-côtes -15 000h-, milice royale -environs 60 000 à 80 000h-, milices coloniales -12 000h). Mais pour les troupes réglées, le patriotisme connut une baisse relative au XVIIIème siècle en raison de l'enrichissement du pays, et plus encore de l'absence de menace directe sur le territoire qui ne connut aucune invasion réelle: seules les régions exposées dépassaient leurs objectifs de recrutement, de même que les populations des viles de garnisons. Les troupes étrangères en vinrent ainsi à représenter autour de 25% de l'effectif des troupes réglées, Choiseul affirmant même ce principe qu'engager un étranger valait 3h: celui qu'on achète, celui qu'on prend à l'ennemi et celui qu'on garde pour l'agriculture ou l'atelier. La remontée du sentiment national réengagea une décrue des étrangers à partir des années 1750-1760, parallèlement à une montée de la professionalisation de l'armée. Mais on constate surtout un net changement de la nature de l'engagement des étrangers pendant tout le XVIIIème siècle en France, par rapport aux autres pays: les statistiques nous montrent que la très grosse majorité des étrangers sont engagés sur base individuelle et non en unités constituées sous régime apparenté au mercenariat. Ils le sont dans le cadre d'unités étrangères permanentes ayant une place dans l'ordre de bataille, intégrées dans la hiérarchie normale, à ceci près que le gros de leurs officiers sont des étrangers. Mais surtout, près des 2/3 des étrangers engagés, et la quasi totalité de leurs officiers, font souche en France (ils amènent leurs familles ou se marient sur place): il s'agit d'engagements définitifs et non plus de mercenaires allant d'un employeur à l'autre. On constate en fait que ces unités sont des cadres d'intégration d'un vaste mouvement d'immigration militaire. Les motifs sont de plus divers: la paie en est un, mais ces soldatss sont très marginalement mieux payés que les soldats français. Certaines unités viennent par idéologie politique: les Irlandais (après les Wild Geese suivant la bataille de la Boyne en 1692, ils viennent en masse jusqu'à la Révolution) et les Hongrois (après la prise de contrôle autrichienne de leur pays), de même que des Ecossais jacobites, en sont l'exemple le plus frappant. Les 2 gros contingents d'unités sont les Suisses et les Allemands, avec respectivement 40 et 35% des troupes étrangères. Sur l'ordre de bataille de 1775 (avec une armée amaigrie mais infiniment plus professionnelle suivant les réformes Choiseul et St Germain) où l'infanterie compte 115 350h, les régiments français représentent 88 750 soldats, les régiments suisses 13 800, les Allemands 8500, les Irlandais et les Italiens autour de 2000-2200 chacun. Sur environs 80 régiments d'infanterie, 11 sont suisses, 8 allemands, 3 irlandais et 1 Italien. On ajoute 3 régiments de cavalerie allemands. Mais il faut nuancer aussi ces chiffres: en fait, une bonne part des régiments étrangers était faite de Français, de même qu'on trouvait des étrangers dans nombre d'unités françaises. Par exemple, les régiments allemands comptaient, à partir des années 1750, une majorité de Lorrains et d'Alsaciens. Les officiers, en revanche, étaient souvent des cadres très compétents d'origine bourgeoise venant en France parce qu'aucun Etat allemand important n'autorisait les roturiers à progresser au-delà des bas rangs. Les régiments de hussards hongrois, après les années 1740, sont à 95% faites de français, même s'ils gardent les ordres, les jurons et les traditions hongroises :lol: (c'est chic). La seule exception est celle des Suisses en ce qu'ils sont recrutés dans le cadre d'unités et non sur base individuelle; ces unités organisent le recrutement avec les autorités des cantons suisses. En fait, aucune des unités étrangères dans l'armée française ne répond réellement à la définition de "mercenaire" au XVIIIème siècle: ni mode opératoire différent, ni autonomie dans l'ordre de bataille, ni paie spécifiquement meilleure, ni privilège spécial, ni équipement différent. Elles ont des drapeuax spécifiques mais donés par le roi et ce sont des unités permanentes astreintes à la discipline et bénéficiant des mêmes statuts juridiques au regard du droit de la guerre (avant tout pour les prisonniers et les obligations de tenue en territoire étranger ou en garnison sur le sol français). Leur uniforme est reconnu comme un uniforme français et ils sont donc traités, quand ils sont faits prisonniers, comme des prisonniers français, et le roi recherche leur libération (échanges de prisonniers ou règlement lors des traités de paix) comme pour toute autre unité française. Des mercenaires, on s'en laverait les mains. -
Un prêtre te dirait qu'il n'est pas si mauvais que ça: après tout, il accomplit l'essentiel en cachant les parties honteuses ;).