-
Compteur de contenus
18 697 -
Inscription
-
Dernière visite
-
Jours gagnés
166
Tout ce qui a été posté par Tancrède
-
Non, la polyvalence n'est pas si dure à gérer que ça; penser que les soldats ne doivent être préparés qu'au combat pur et dur est même l'erreur dans laquelle il ne faut pas tomber. J'entends "combat" au sens le plus strict du terme, généralement limité au conflit classique, avec quelques concessions modernes faites au combat en milieu clos, généralement limité au sens du seul combat urbain. Rien que pour le combat d'infanterie légère, en montagne ou dans tout autre milieu, il faut des soldats intelligents et formés à plus que le seul combat (ils doivent savoir se démerder avec les populations locales, surtout quand ils doivent un peu nomadiser dans le coin ou qu'ils y sont en garnison: on voit ce que la bunkerisation peut donner comme résultat grandiose). Mais plus largement, ceux qui préconisent sans arrêt une bourrinisation à outrance des troupes devraient essayer de se rappeler ce pour quoi une armée est faite: atteindre un objectif POLITIQUE, qui exige de nos jours un spectre de capacité bien plus large que le simple combat. L'humanitaire peut en faire partie, le state building dans une zone de conflit asymétrique aussi, de même que plus généralement la "guerre au milieu des populations" et toutes les formes de violence urbaine dans des Etats faillis aussi. Et tout ça sans perdre de vue le métier initial qu'est le conflit classique symétrique, à dominante blindée et technologique, mais aussi le combat en conflit asymétrique (autant dire la confrontation avec des guérillas et bientôt techno-guérillas, et le combat d'infanterie légère en général). Ca fait beaucoup, c'est même énorme, mais limiter les forces au combat stricto sensu, c'est la garantie de ne jamais pouvoir les employer, soit parce qu'aucune situation de ce type ne se présente (sur spécialisation), soit surtout parce que les employer impliquerait un risque quasi total de bavures sans nombre, de pourrissement et, en définitive d'échec politique. Or l'armée DOIT être un outil capable de gérer la réalité très diverse de tout ce qui se présente: si on n'a que la destruction pure à proposer comme option politique, on risque soit de ne jamais pouvoir faire pression sur rien (hors pure situation de guerre) parce qu'on n'a que l'ultima ratio regnum absolu en réponse, auquel cas on n'est pas crédible, et on n'a pas de diplomatie. Soit on risque de n'être capables que de foutre en l'air une situation donnée en défonçant tout chaque fois qu'on intervient, parce qu'on a quand même voulu faire croire qu'on pouvait gérer une situation complexe. Des champs de bataille bien tracés avec un ennemi bien désigné et un objectif politique clair, faut pas rêver, c'est plutôt l'exception que la règle pour un certain temps (même si c'est loin d'être impossible, messieurs du LB). Après, il ne reste que peu d'alternatives toutes portant leurs forces et leurs faiblesses et surtout leurs contraintes: - une augmentation dramatique des niveaux et des qualités de formation, assortie nécessairement d'une augmentation certaine des effectifs combattants afin de garantir une disponibilité supérieure, tant parce que les unités élémentaires actuelles sont sous-dimensionnées que parce que plus de formation implique mathématiquement plus d'indisponibilité (nombre de formations diverses accru). Par ailleurs, une augmentation nette des rémunérations, un effort supplémentaire sur la reconversion et les perspectives de carrière, ainsi que sur la politiques sociale sont nécessaires afin de garder plus longtemps des soldats plus chers à former, mais aussi pour attirer des recrues de niveau scolaire supérieur, inévitablement nécessaires. - une spécialisation totale des différentes branches de l'armée de terre: une partie de l'AdT sera dédiée au pur combat classique stricto censu, et aux phases de pénétration d'un théâtre (un mélange de FAR et d'un poing blindé réduit mais très fort). Mettons au total une DB à 3 brigades (mais des brigades recalibrées, pas des mastodontes de près de 7000h: 52 chars, 70 VCI, 18 canons de 155 et une unité de génie bien calibrée nécessitent bien moins que ça), 1 vraie brigade amphibie made in Fusilier, une brigade de montagne archi spécialisée et plus petite que la nôtre, et une para/aéroportée, aussi plus réduite. Cette composante est celle des soldats plus jeunes. A l'opposé, il faut une force mixte civilo militaire pour les opérations type state buiding/humanitaire en zones de combat, incluant des humanitaires et experts divers de la sécurité civils et du BTP, des Gendarmes en nombres significatifs, des moyens Génie/Log polyvalents, mais aussi des forces de combat bien réelles et rôdées pouvant gérer la guerre au sein des populations, le combat urbain, et dont le but serait la sécurisation rapprochée des zones de reconstruction/humanitaire et la coopération avec les populations (incluant le rens et l'antiterrorisme). Cette composante serait le lieu des soldats les plus malins, plus âgés, et surtout aux nerfs d'acier (distances de sécurité réduites afin d'éviter les grosses conneries, gestion des foules....). Entre les 2, idéalement, on aurait un corps de forces "médianes"/polyvalent (incluant quelques formations de MBT) pouvant coopérer avec les 2 composantes, tant dans un environnement de guerre classique que dans les autres formes de guerre: contrôle des axes, patrouille de grandes zones et sécurisation urbaine, mais aussi guerre blindée ou combat d'infanterie légère. L'inconvénient de cette deuxième option d'armée est qu'on obtient à l'arrivée 3 composantes pesant au grand maxi 30 000h chacune (sans doute moins), dont 1/3 pour leur soutien en déploiement, soit une capacité réduite au global pour chaque mission, même si la composante médiane est de fait un renfort des 2 grandes familles de mission. Même en considérant un changement des rythmes d'OPEX en passant à 6 mois au lieu de 4, ça nous donne un maxi très théorique (purement un raisonnement de papier) de 22 500h en permanence pour chaque mission à l'année (15 000 "combat" et 7500 "médians" d'un côté; 15 000 "humanitaires/state building" et 7500 "médians de l'autre"), en supposant que la totalité des effectifs soient bien alloués, ce qui nécessiterait environs 10% de surnuméraires pour avoir l'effectif total disponible, soient une AdT projetable à 100 000h environs, pous faire simple. De facto, tout ça pour obtenir une capacité de dispo maxi de 22 000h pour chaque mission, dont on est sûrs toutefois que les troupes sont très bien formées pour les gérer. Dans un cas de conflit majeur, on porte au mieux l'effectif de combat à 60 000 (combat + médians) pour une durée limitée, en supposant qu'on ait eu la politique matérielle adéquate. Mais 22 000h, à l'année ça pèse peu. Cette politique suppose donc nécessairement une armée européenne. Or que voit on dans les armées européennes? Les armées italienne et allemande se répartir en 3 corps réduits dits d'intervention et de stabilisation, la formalisation d'une composante state building/humanitaire n'étant pas encore formalisée même si on parle de plus en plus de formations civilo-militaires plus permanentes et structurées (ce qui permettrait d'avoir moins à s'engueuler avec les ONG :lol:). Parce que la première option, celle d'un upgrade massif de la formation assorti d'une légère augmentation des effectifs et d'une montée en gamme du recrutement, est sans doute à l'arrivée bien plus chère, et surtout plus difficile, voire illusoire (faut pas se leurrer, une bonne part de l'effectif ne pourra jamais être au niveau d'exigence requis pour assumer de tels spectres de missions, à moins de multiplier par 3 ou 4 la rémunération et d'attirer en masse les classes moyennes et moyennes supérieures). Bref, je digresse façon maousse, mais globalement Snikt59, la polyvlanece est une contrainte absolu pour que l'armée reste, voire redevienne vraiment, ce qu'elle doit être, à savoir un couteau suisse, un outil politique permettant de répondre au maximum possible de situations données. La guerre a de multiples visages (même si elle reste quoiqu'il arrive la confrontation des volontés), et l'armée doit pouvoir tous les confronter afin de pouvoir atteindre un objectif politique. Entraîne les troufions à la pure dimension de combat au sens le plus réduit, et tu auras en Afghanistan, au Kosovo, au Pakistan ou au Liban des "dommages collatéraux" massifs, des populations hostiles s'engageant en masse chez l'adversaire ou le renseignant et nous désinformant de manière quasi totale; bref, des bourbiers à pertes lourdes dont il faudra partir ou dans lesquels il faudra s'investir en masse, et où les problèmes existants seront accrus, et leurs conséquences internationales (économiques, sécuritaires, sociales et politiques) démultipliées: terrorisme, hostilité à l'occident, insécurité des axes d'approvisionnement, accroissement des grands trafics qui les financent, fragilisation des pays voisins.... Bref, échec politique quoiqu'il arrive, quel qu'ait pu être le bodycount en faveur de nos troupes sur le terrain. A quoi sert une victoire tactique si l'échec politique est total? Juste à ce que des geeks répètent mille fois sur des forums internets que leurs soldats sont forts. Sinon, plus généralement, j'adresse une question à la cantonnade (et à Philippe et son binôme ;) en particulier): y'a t-il un moyen d'évaluer grosso merdo l'efficacité pays par pays d'un euro (ou d'un milliard, on s'en fout) dépensé dans la défense, au regard de critères définis? Les normes OTAN de capacité permettent-elles d'évaluer ce genre de truc? Mettons, pour un milliard dépensé, chaque pays obtient une note dans de grands domaines (préparation, dispo, qualité et quantité des matos), ou à l'inverse, par exemple, tel pays obtient telle capacité donnée pour tel coût, là où un autre obtient la même capacité pour le double du prix. Je m'égare, mais existe t-il de tels ratios/indicateurs?
-
Je profite du sujet pour étendre un peu le débat à un point dont on discute souvent dans l'abstrait, comme ça, en passant, afin de pointer un gros doigt, juste histoire de se défouler un poil: on évoque souvent la culpabilité des EM dans les erreurs et gaspillages qui déglinguent la politique d'équipement et celle d'entraînement, empêchent les restructurations nécessaires (surtout dans les structures de commandement), diluent la décision et donc la responsabilité et maintienent les enkystements, conservatismes, chapelles et usages nuisibles au fonctionnement de l'armée. On va dire que la responsabilité propre du politique n'est pas dans le sujet. Du coup j'essaie de déterminer à qui incombe le plus la faute, donc à qui il faut s'attaquer, parce qu'il y en a marre de dire "les EM" à chaque fois. Après tout, il y a aussi des chapelles d'officiers réformateurs en colère, même au grade de général (Desportes a d'ailleurs failli le payer, mais apparemment il avait le soutien de quelques-uns). Selon vous, quelle chapelle, quel commandement, quels EM en particuliers sont vraiment clairement et directement les plus responsables. On blâme le CAT, mais lui n'est qu'un ventilateur de matériel, et ses sureffectifs sont peanuts (son effectif général n'est pas vraiment la cause de l'obésité des structures de l'Armée). A priori, le plus coupable me semble le CFAT qui a la charge précise de "l'entraînement des forces, il conçoit, organise, conduit et contrôle les activités d'entraînement des forces de l'armée de terre dans un cadre national et multinational" 'formulation officielle). Bien sûr, le CFAT n'est pas le plus haut de la pyramide, mais il est le lieu de conception et de gestion de l'entraînement. On peut pointer aussi les commandements d'unités en particulier, ou plus généralement St Cyr, puisque c'est avant tout là que la maladie du commandement carriériste s'attrape. Mais le CFAT, soient à tout péter 500 personnes, me semble le plus responsable. Après, je connais mal le fonctionnement interne des chapelles: comment s'obtiennent les commandements et l'avancement aux hauts grades. C'est toujours, au final, l'arbitre des élégances qui est le plus coupable puisqu'il choisit qui seront les décideurs et quelle sera la politique suivie. Quelle sont les parts du CEMAT et du CEMA?
-
Marine : Un troisième BPC pour remplacer la Jeanne d'Arc ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Europe
Fusilier, je te rappellerai que ta chère Royal Navy ;) considère le HMS Ocean comme un navire d'assaut amphibie/porte-hélicoptère, donc destiné à être placé en première ligne, alors même qu'il est construit purement sur des normes civiles. Certes, ses phalanx lui donnent une petite autoprotection, mais c'est pas non plus terrible, et ses structures non plus ne peuvent pas encaisser le moindre dégât un peu sérieux (et sa vie opérationnelle sera plus courte). Seuls l'Albion et le Bullwark sont faits aux normes militaires. Après, je suis bien d'accord, se séparer de nos 2 TCD qui ont une vie opérationnelle de 30 piges, sans doute prolongeable, serait une énorme connerie, ne serait-ce qu'au nom des photos de la Guerre du Golfe (des anciens TCD) qui résument tout, avec leurs énormes empilements de véhicules et de matos sur le pont supérieur. -
Moins qu'en aucun autre temps on peut parler d'opinion en France: le sud ouest et l'ouest sont assez anti-bonapartistes, mais là n'est pas tellement le point. En effet, la population a accueilli Louis XVIII avec soulagement en espérant surtout la fin de l'effort de guerre permanent, tant du point de vue économique que de celui de la conscription. Cependant, la Charte établie par le nouveau roi déçoit, de même surtout que le personnel gouvernemental et les élites locales qui reviennent, le tout étant résumé par la formule "ils n'ont rien oublié et rien appris". On sent venir diverses mesures (appliquées partiellement bien plus tard) comme la remise en cause de la vente des biens du clergé, le rétablissement de certains privilèges et l'indemnisation des émigrés (le "milliard des émigrés" qui n'arrivera en fait que sous Charles X). Plus encore, l'ambiance de la "Terreur Blanche" se profile déjà, suscitant autant de crainte que de ressentiment. Globalement, les nouvelles élites de tous niveaux apprécient peu de voir remise en cause la place qu'elles ont acquis; et le peuple craint beaucoup de choses, certaines de ces craintes étant justifiées (remise en cause d'acquis de la Révolution, négation de nombreux droits, répression locale....), d'autres non. Il faut en effet aussi souligner les anticipations, manoeuvres d'agit-prop, effets boules de neige de radio rumeur et le téléphone arabe; dans une population, surtout urbaine, très agitée, ces choses font un effet boeuf. Mais surtout, personne ne sait qui est Louis XVIII: on n'est pas dans la France d'Internet, mais dans une France rurale, avec une population peu éduquée. Et dans le cas des masses urbaines, l'éducation est souvent partielle, partiale, voire teintée d'idéologie. Beaucoup de rancoeurs subsistent, de haines recuites, de passions frustrées. Et Louis XVIII, personne ne sait qui c'est: il est en exil depuis plus de 22 ans!!! Et c'est pas vraiment un grand charismatique; qui plus est, il n'a pas fait de tournée nationale ni organisé de campagne nationale de publication et d'annonce pour rassurer. Le pays est à plat, les loyautés inexistantes, l'appareil d'Etat peu royaliste (même s'il est souvent réaliste ;)), la population assommée par la tension des 22 dernières années.... Mais les passions, les divisions, les idées subsistent. Là-dessus, on a un nouveau gouvernement fragile, instable, incapable d'assurer une majorité à une Chambre purement aristocratique dominée par les ultras. Alors que les besoins sont grands, l'inaction est faible, et surtout, dans l'état où sont le pays et l'Etat, le seul effort significatif ne peut logiquement que se porter vers le redressement des finances et le paiement des réparations aux alliés. Pas vraiment de quoi soulever une population qui n'apprécie déjà pas la défaite, même si ce sentiment est surtout celui de la jeunesse. Enfin, il ne faut pas mésestimer l'agitation des milieux républicains et bonapartistes, amplifiée par la présence dans tout le pays des "demi-soldes", ces soldats de la Grande Armée dégagés par la monarchie, qui sont renvoyés dans leurs provinces par dizaines de milliers avec beaucoup de frustrations, l'honneur bafoué et le bagage bien léger. L'agitation est déà certaine dans le pays quand commence à circuler la nouvelle que Napoléon est de retour: parce que lui, toute la France sait qui il est, contrairement au gros Bourbon qui rejette la Révolution en bloc, dont on n'entend parler que de loin, dont on sent peu les bénéfices de sa politique, et dont on ne peut que constater l'instabilité de son gouvernement.... Le Vol de l'Aigle est un fait bien réel, mais qui comme tous les grands événements, repose aussi sur une part d'arnaque et une part de malentendu: des agents préparent le terrain pour acclamer l'Empereur sur son passage, convainquent des personnages clés de se barrer ou de se rallier.... Mais il y a aussi la puissance du fait accompli: t'es pas bonapartiste, mais tout le monde a l'air de gueuler "vive l'empereur". Alors tu suis. Du coup, l'Ogre débarque à Golfe Juan, l'usurpateur remonte le Rhône, Bonaparte arrive à Lyon, Napoléon rallie l'armée et l'Empereur arrive aux Tuileries. Emballé, c'est pesé. L'une des erreurs de ton interrogation, Suchet, est de parler des français comme d'un tout pensant au même moment, comme s'il y avait une opinion médiatique, qui plus est réagissant en temps réel: on est loin du compte, l'aventure ayant duré 3 mois, ce qui fait peu pour avoir un état de l'opinion clair, une disspation des malentendus mutuels.... Ensuite, une bonne partie des Français ne sait pas nécessairement qu'il y aura la guerre, surtout avec la nouvelle constitution de l'Empire (celle de Benjamin Constant) et les proclamations pacifistes de Napoléon: l'expertise géopolitique n'est pas précisément une compétence répandue. De plus, on ne sait pas si on parle nécessairement d'une majorité du pays; juste d'une bonne partie. Au final, le moment est court: Louis XVIII, et surtout ce et ceux qu'il ramène d'exil, sont rejetés majoritairement. Napoléon cueille les fruits, et la brièveté de l'aventure a empêché de voir si l'opinion l'aurait accepté, même dans la paix, avec le temps (sans doute que oui, si la paix avait duré). Comme Talleyrand l'a dit, "la Restauration a ramené avec elle les privilèges, elle n'a pas donné de génie aux privilégiés".
-
On caricaturerait beaucoup en disant qu'ils sont surtout formés à faire de beaux PowerPoint sur la tactique et surtout la stratégie (c'est plus classe, ça pète plus pour les grandes discussions et l'avancement en EM), et à jouer les humanitaires (drill du port de sacs de riz, palabres avec anciens de villages et reconstruction d'infastructures, entrecoupés d'accrochages avec des adversaires dispersés et peu compétents). Ce serait de la calomnie. Mais y'a quand même un fond de vérité qui racle là où ça fait mal: ils sont bien formés, mais pas assez systématiquement; ils savent encadrer, mais pas assez. Ils savent voir et penser, mais moins bien appliquer. Tout est moins automatique: comme Jojo le dit, le drill manque, et ils parlent de son importance plus qu'ils ne l'appliquent. Mais ils ne sont pas formés qu'aux conflits symétriques, Dieu merci; on n'a pas prolongé l'armée mécanisée dans l'armée pro, et la FAR s'est tout autant perpétuée que la lourde (un peu trop au dire de certains hostiles à la mentalité para colo :lol:). C'est juste qu'en matière de formation pratique à la guerre réelle, c'est trop peu; on les forme surtout à faire carrière dans l'armée, à faire quelques postes de terrain sur une courte période (2 ans, c'est une honte) et à s'avancer le plus possible vers les EM, les grandes structures du Mindef et maintenant de l'OTAN et de l'UE. Mais c'est assez amusant de constater la fréquence et la publicité de toutes ces polémiques, et plus encore de ces remises en cause internes de l'armée (avec surtout une modification lente mais perceptible de la doctrine et de l'enseignement): ça arrive depuis peu, depuis, en fait, que Desportes est passé à la doctrine (3 ans pour imprimer sa marque) puis à l'école de guerre (désolé, je garde les vieux noms, y'a trop de blagues qui vont avec :lol:).
-
Je doute franchement qu'on puisse parler de "victoire stratégique" dans la Jutland: ce ne sont pas les pertes subies par les Allemands dans la bataille, ou le sort de la bataille elle-même qui ont entraîné l'inaction de la Hochseeflotte. Le fait est que fondamentalement, les Allemands ne savaient pas vraiment quoi foutre avec, et que le clan de la guerre de course a fini par l'emporter, avant tout parce que la flotte ne pouvait pas apporter grand-chose à la situation stratégique de l'Allemagne. La HoscheeFlotte était tout aussi puissante après le Jutland qu'avant, et la bataille n'a pas castré les esprits de ses commandants. De même, les ports allemands ne sont pas véritablement bloqués par le blocus allié; c'est juste que le commandement allemand ne sait pas quoi foutre avec cet outil. Cette inaction n'est pas vraiment la conséquence du Jutland, ni même une contrainte forcée par la RN sur la Hochseeflotte, donc pas une victoire stratégique. Dire qu'il s'agit d'une victoire stratégique revient à prendre l'attitude de la flotte allemande après la bataille pour une conséquence du Jutland, ce qui n'est pas le cas (quand on pense que même le fait que la flotte allemande soit sortie pour la bataille est en soi autant un concours de circonstance improbable qu'une entreprise sans vrai objet). Le fait est qu'il ne pouvait y avoir d'enjeu stratégique dans la bataille: les Anglais avaient de quoi survivre même avec des pertes massives, et la perte totale de la Hochseeflotte n'aurait absolument rien changé à la situation allemande. La seule conséquence importante possible eut été dans le cas d'une défaite britannique complète avec des pertes massives: pendant un temps, les approvisionnements alliés auraient été potentiellement en danger de désordre, le temps que l'Angleterre reconstitue une autre force de combat à partir de ses flottes et unités disséminées (quelques mois). Et encore, la flotte allemande n'avait pas d'allonge, puisque qu'elle n'avait pas de réseau de bases et d'appro dans le monde: la flotte ne pouvait être un outil stratégique, et était condamnée à jouer les raiders de luxe avec un rayon d'action limité parce qu'accroché aux bases de métropole. Dans un tel cas de figure, elle aurait pu juste faire du bombardement symbolique des côtes anglaises, et essayer de choper quelques convois, n'ayant d'effet concret que de modifier les intinéraires de ces derniers et de ralentir les approvisionnements alliés, conséquences non négligeables, mais pas décisives et surtout au coût disproportionné par rapport à l'effet.
-
On va pas reprendre la liste des X façons de faire qui auraient pu ou du être de mise à Uzbin! Malgré des officiers plus "terrain", des matos plus adaptés et des drones en pagaille, les Hollandais, Anglais, Canadiens et Amerloques tombent aussi dans ce genre d'embuscades sur une base mensuelle, et les renforts terrestres mettent beaucoup de temps à radiner parce qu'il n'y a pas assez d'hélicos de manoeuvre ou que les accès terrestres à la zone sont peu nombreux, lents, dangereux et longs, avec trop peu de monde pour une couverture suffisante. Et c'est de la baston d'infanterie légère: y'a des morts, et c'est pas la peine d'épiloguer 107 ans sur un événement qui se reproduira malheureusement, et dont les leçons, du moins en interne, ont été tirées dans les 2 ou 3 jours suivant l'embuscade, parce qu'elles étaient sans doute pour l'essentiel évidentes. La seule leçon d'Uzbin dont on peut discuter parce qu'elle n'est pas encore ni bien assimilée ni bien comprise, ni bien cernable, c'est l'impact de ce type d'événements sur une société occidentale et ses conséquences politiques, qui peuvent en définitive influer sur le terrain par ricochet. Maintenant, le sujet, c'est le rapport des généraux avec la vérité, tant sur la scène publique (et j'ai déjà dit moult fois ce que je pensais de l'absolue nullité et les conséquences catastrophiques de la communication des armées) qu'au sein des forces (et là c'est Stratège/PI quia le mieux pointé à quel point les EM sont responsables d'une bonne partie des errements actuels). Première analyse au travers de ce récent commentaire du Général Lecerf: prenez papiers et crayons, je ramasse les copies plus tard !
-
Sur SecretDefense: une fois n'est pas coutume, un officier général se sent pousser une paire de couilles.... En gros, l'officier PowerPoint va peut-être voir son plan de carrière passer un peu plus par des zones boueuses.... On croise les claviers. Mais dans l'histoire, on se demande quand même la somme d'événements d'amplitude cosmique nécessaire à ce qu'un général dise la vérité sur un sujet. Une chose est sûre, la Commission du Livre Blanc ne fut pas une telle occasion. Trop petit (l'occasion, pas le Président, bien sûr ).
-
Crédibilité de Nicolas Sarkozy à l'international
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Ne raisonne pas en absolus, Zamo: la Chine fait surtout ça pour le volet public, elle a une diplomatie du "parler gros" et "intimider beaucoup", reposant sur les coups de sonde périodiques sur tel ou tel sujet. C'est la mentalité empire du milieu: elle se fout de tout sauf de ce qui concerne le mainland continental directement. Tout le reste n'est qu'un moyen de faire pression, un outil à utiliser sous tel ou tel prétexte. Et surtout, en l'occurrence, il n'est pas question de niquer les importations chinoises, mais de les menacer, et occasionnellement, de porter quelques coups douloureux s'ils font vraiment chier: ça ne se verra pas beaucoup dans les médias, mais ça se fera sentir ponctuellement. Le point est de leur faire comprendre que leur balance commerciale est structurellement dépendante de l'occident, et que leur économie est structurellement dépendante du commerce extérieur avec -ne nous leurrons pas- ce même occident. Si un gouvernement occidental commence à établir des plans de substitutions aux importations chinoises de produits finis ou semi-finis sur un ou deux secteurs d'activité, qu'on jugerait stratégique pour l'occasion (optronique de char, mais aussi plus bêtement électroménager, au nom d'un seuil minimal d'autosuffisance et de conservation des savoirs-faires), c'est un message lourd envoyé à Pékin: sans qu'aucune usne ne soit créée, qu'aucun labo d'étude ne soit sollicité, on signifie à l'économie chinoise que ses anticipations vont devoir être revues à la baisse dans un avenir proche si elle fait un peu trop chier. Si ce genre d'études publiquement commanditées par l'Etat commence à toucher une dizaine de secteurs-clés, c'est la panique anticipée chez les industriels chinois, surtout si d'autres européens (voir les Ricains), sur tel ou tel sujet, emboîtent le pas (ce qui est dur en Europe, c'est le premier pas: si un membre le franchit -pour des raisons tout à fait égoïstes- d'autres suivent au gré de leurs intérêts). Le point de tels plans de substitutions, même s'ils avaient vocation à entrer en vigueur (et non pas d'être une simple menace), ne serait pas de remplacer les importations chinoises, mais juste de les limiter sur un nombre de marchés et secteurs donnés (établissant de ce fait des quotas). Cet outil a déjà été utilisé, et il le sera encore. Mais surtout, les menaces de la Chine actuellement sont surtout à destination de sa propre population. Le fait est peu publié dans une actualité lourde, mais la Chine connaît actuellement la plus importante vague de soulèvements et de violence depuis longtemps: mouvements de paysans expropriés, d'ouvriers-esclaves, de mineurs exploités, de chômeurs, d'urbains confrontés à des conditions de vie merdiques, réactions à des abus encore plus énormes que d'habitude dans l'administration (corruption surtout).... Take your pick: la fréquence et l'importance de ces mouvements est pour ainsi dire sans précédent, et le gouvernement est sur les dents. Il est donc normal qu'il utilise tous les palliatifs qu'il peut trouver: cette rencontre avec le Dalaï Lama aurait pu tout aussi bien passer quasi inaperçue et ne provoquer que l'indifférence la plus totale, y compris en Chine (c'est d'ailleurs ce qui allait se passer avant que Pékin ne râle), n'étant qu'une énième rencontre creuse entre une des icônes du moment et une première dame bobo accomplissant son deuxième pèlerinage obligé après avoir vu Mandela. Pékin sait très bien que le Dalaï Lama n'est pas une icône séparatiste et qu'il est même en grave perte de vitesse au sein des mouvements tibétains (il pourrait même devenir un allié objectif de Pékin d'ici peu, surtout quand se posera le problème de sa succession), et le Pdt Chinois sait aussi très bien que le Dalaï Lama n'a d'importance que celle des protestations officielles chinoises. Si Pékin la ferme, le Dalaï Lama n'est qu'un people vendeur de bouquins. Ce que Pékin fait, ce n'est que de la gesticulation dont le but est de canaliser quelques haines et tensions recuites en Chine même. N'oubliez pas non plus que la première génération d'enfants uniques actifs de la période Deng a commencé à partir à la retraite sans système de retraite: ça fait beaucoup de monde qui a connu un certain niveau de vie tout en continuant à soutenir la famille (grands parents, parents....) à l'ancienne (en étant en plus quasiment seuls vu la politique démographique dont ils sont issus), et qui maintenant doit continuer à la faire avec moins de moyens dans une Chine où les prix ont explosé. Ca faitbeaucoup de mécontents. Ajoutons les multiples tensions sociales, économiques ou ethniques, et plus encore la disproportion énorme hommes-femmes, le surnombre des hommes étant généralement générateur de violences. Tout ça por dire que dans l'absolu, Pékin en a vraiment rien à foutre du Dalaï Lama, et que si vous continuez à gloser en ne vous fixant que sur le théâtre de marionnettes, vous n'aurez que les a prioris répétés et évoqués depuis la page 1. -
Mauvaise langue, ils sont généralement très en forme: ayant bossé un certain moment à l'Assemblée, j'ai du ainsi voir passer la quasi intégralité du 2ème RI de la Garde Républicaine. Ils étaient quasi tous en excellente forme. Le 1er étant celui du Pdt, je n'oserais supposer qu'il en soit autrement. Et le Rgt de Cavalerie est fait de grands sportifs. Le major Erica Bridge, si c'est celle à laquelle je pense, question physique de prestige :P.... Nos ch'tites gendarmettes à cheval sont autrement plus.... Prestigieuses :lol:. Une petite info pour les admirateurs de belles choses: les gendarmettes à cheval du domaine de Chambord (hors de tout domaine communal, il a un statut spécial et possède son propre poste de gendarmerie), chargées de faire la police et les spectacles équestres, sont spécifiquement sélectionnées pour leur physique (entre autres choses).... Très républicain :lol:.
-
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
La filiation a des raisons d'exister? Je rappelle qu'il y a des conditions dans ce genre de trucs, et la Garde Impériale n'a pas de "descendance", ayant été totalement abolie par la restauration, puis par la IIIème République. Normalement, une existence continue est requise, ou à tout le moins des transferts de sous-unités, voire d'effectifs. Hors, les effectifs de la Garde en 1814 et en 1815 ont généralement été mis en demi-solde parce que politiquement suspects. La seule façon de joindre les fuscos à un apparat impérial serait, en fait, de fonder le 3ème Empire; ton assoce s'occupe de ce truc aussi? Ceci dit, tout ça me donne bien envie de créer un topic sur les uniformes d'apparat, les unités de prestige, les unités de Garde, les traditions et coutumes de pompes, cérémonies et apparat.... Je l'appellerais "Flonflons et fanfreluches" ;). Ca a son importance, parfois son ridicule (je les adore, mais les uniformes de tradition de la garde grecque :lol:....), mais aussi son intérêt, sa raison d'être et, quoique certains pourraient dire, son efficacité en termes bien réel. Même aujourd'hui. Bien sûr, je ne parle pas seulement des unités de gardes, mais aussi de la pompe, des traditions, des pampres, des honneurs, des spécificités.... De toutes les unités: les spahis et tirailleurs avec leurs béliers, leurs uniformes de tradition.... Les chasseurs, leur drapeau unique, leur esprit et leur bérêt, la Légion, sa cadence de marche et ses sapeurs barbus.... -
J'ai pris bonne note du rejet des bonnets en synthétique, j'étais mal renseigné, je croyais que c'était un fait obligatoire (ils trouvent où de quoi faire des bonnets :O? Y'a plus vraiment de commerce des peaux d'ours). Comme tu le verras dans le forum histoire, j'ai déjà élaboré une nouvelle stratégie de rétorsion très écolo :lol:. Au fait, y'a des nanas dans les Horse Guards? Nous, on en a autour de 10% dans le régiment de cavalerie de la Garde, et ça fait des photos très sex.... Républicaines ;).
-
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
C'est un fait: ils revendiquent d'avoir affronté et battu les grenadiers de la Vieille Garde (déjà y'a pas de "duels" d'unités) et n'y ont aucun titre. La Vieille Garde était à Plancenoit face aux Prussiens où, comme d'habitude, elle a fait des miracles contre toute probabilité, avec son grand classique, la charge à la baïonnette sans tirer le moindre coup de feu, suivie de combats de rue d'une sauvagerie inouïe (ça a bien plus saigné à Plancenoît qu'à Hougoumont). La Moyenne Garde, qui a mené le dernier assaut sur le centre de la position anglaise, a du le faire, en gravissant une colline et en parcourant 600m battus par l'artillerie, avec 7 bataillons entamés contre plus d'une trentaine de bataillons et escadrons alliés en tout qui sont entrés en action, plus le feu d'une douzaine de batteries: les Guards se sont fait étriller, de même que les Brunswickois et Nassauers, et ce sont 2 brigades de Belges et Néerlandais (surtout la Brigade Detmers) qui leur ont sauvé le cul (et l'historiographie britannique préfère en faire des lâches) en chargeant sur les 4 premiers bataillons de la Garde, complètement usés et en bout d'élan. Le 2ème échelon, fait de 3 bataillons de chasseurs de la Garde, soutient les feux croisés de l'ensemble du coeur du dispositif allié avant de se faire presque anéantir sans avoir reculé, face à des bataillons frais, dont certains particulièrement gigantesques, résultats d'amalgames survenus après Quatre Bras (notamment le 52ème). Mais on ne peut récupérer les bonnets: c'est le signe distinctif des grenadiers de la Garde Napoléonienne (et symboliquement de la Vieille), unité sans descendance. La Garde Républicaine vient d'une autre filiation (qui remonte aux institutions municipales de Paris sous les Mérovingiens) et n'y a donc aucun titre. Et puis on aime bien le casque de dragons du régiment à cheval, il en jette! L'uniforme de nos Grdes est quand même mieux que celui des Brits, avec leur gros plumeau blanc et leur peau de léopard ridicule sur le dada. J'aimerais juste qu'on modifie le futaille, un peu tristoune; question de coquetterie. Sinon, c'est vrai qu'une revue de l'uniforme des 2 régiments à pieds serait pas mal. Je propose plutôt une action spéciale menée par le 13ème RDP, consistant à s'infiltrer dans les stocks et dépôts des Guards et à maculer les bonnets, désormais irremplaçables, de peinture indélébile, nos forces spéciales se faisant pour l'occasion sponsoriser par PETA, le WWF et Greenpeace (histoire d'enterrer de vieilles querelles :lol:). Mort à l'usage vestimentaire de la fourrure animale :lol:! -
Le but n'était pas de contrôler la Russie, Napoléon ne l'a jamais même envisagé; il était question de briser l'armée russe et de faire un raid sur les 2 villes capitales, voire si possible de mettre la main sur le tsar; en tout cas de l'acculer à un traité. Le fait que les Russes reculent en abandonnant même leur coeur économique, manufacturier et symbolique nous paraît évident à nous qui avons aussi la campagne de 1941 en mémoire. A l'époque, il a fallu un miracle pour qu'Alexandre accepte finalement d'écouter Koutousov aux dépends de Bagration et des autres qui tous voulaient en découdre, de même qu'Alexandre Ier, jeune, ardent et romantique. Si ce miracle n'avait pas eu lieu, les Russes auraient cherché obstinément le contact et se seraient fait moudre. Napoléon aurait pu prendre des quartiers d'hiver plus sereins à Moscou, aurait renvoyé une partie de ses troupes après la bataille décisive, voire aurait même pu retraiter directement après avoir obtenu un traité, sans hiverner en Russie. Il n'aurait pas eu à subir les défections autrichiennes et prussiennes, liées à la défaite. Le corps prussien de Yorck et l'armée de Mac Donald n'auraient pas eu à s'éterniser devant St Petersbourg..... Bref, la campagne de Russie, si la bataille décisive avait pu être obtenue, était conçue comme un raid, comme contre l'Autriche ou la Prusse. Tout a tenu à Koutousov qui a convaincu, on ne sait pas trop comment, Alexandre Ier de ne pas chercher la confrontation, contre tous les avis (il est passé à deux doigts d'accusations de lâcheté, de retraite anticipée, voire d'accusations de trahison).
-
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Il ne reste que quelques drapeaux dans la chapelle St Louis des Invalides; la quasi totalité des drapeaux, enseignes, guidons et fanions pris à l'ennemi ont été brûlés en 1814 par le gouverneur des Invalides afin que l'ennemi approchant ne les prennent, ou ne les reprennent pas. Tout le stock depuis les origines y est passé: des prises depuis au moins le XVIème siècle (encore rares, les enseignes de toutes sortes ne recouvrant pas la même importance, les symboles héraldiques du Moyen Age étant avant tout de la conquête privée, et les enseignes d'unités ne se généralisant avec leur symbolisme fort qu'avec le développement du système régimentaire) aux moissons de Turenne et Luxembourg et, bien sûr, les récoltes industrielles de la Révolution et de l'Empire. L'ironie sur les bonnets à poils d'ours est que la Garde Anglaise n'a jamais vu la Vieille Garde, et que les quelques bataillons de Moyenne Garde qu'elle a contribué à repousser (à plus de 6 contre 1, sur positions fixes et semi-couvertes, avec une supériorité totale d'artilerie: quel exploit!) l'ont de fait vaincu, si tant est qu'on puisse utiliser cette vision d'un hypothétique "combat singulier" entre unités. Les Guards anglais se sont carapatés (ils se sont reformés plus loin, je ne les traite pas de lâches; 90% des unités qui craquent se reforment en arrière, elles ne se débandent pas durablement) face aux quelques bataillons décimés du dernier baroud napoléonien. Comme d'héb avec les Rosbifs, c'est que de la gueule: ils n'ont aucun titre aux bonnets à poils d'ours, espèce par ailleurs en danger, ce qui fait que les nouveaux sont en synthétique :lol:. -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Ménonménonménonménon! Tu mélanges tout (même si c'est intentionnel ;)): le sommeil est celui d'Osterlix (comme tu le sais bien), aimable et paisible chef de clan corse amateur de châtaignes, de retard et de couteaux et pila à cran d'arrêt. Parce que si le sommeil est à Austerlitz, alors le vainqueur de la bataille des 3 empereurs serait Occatarinetabellatchitchix, qui n'est même pas empereur (mais qui pourrait en accepter un des 3 pour la raison qu'on sait), et la bataille n'aurait que 2 empereurs ce qui fout tout par terre, d'autant plus que je n'ai pas été, la semaine dernière, acheter des macarons dans la boutique Pierre Hermé de la rue Occatarinetabellatchitchix. Tu vois bien que ça colle pas, voyons. -
Histoire militaire de la France
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
JOYEUX AUSTERLITZ! -
Crédibilité de Nicolas Sarkozy à l'international
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Je ne suis pas cynique, mais je ne peux analyser et tirer des enseignements que d'une vision réaliste du fonctionnement de l'Etat. Et celui-ci dépend avant tout de la nature des hommes qui s'y trouvent; or, le personnel politique est fait en grande ùajorité d'arrivistes égocentriques et mythomanes sans convictions ni moralité. La nature clanique naturelle de toute structure de pouvoir devient donc la règle unique avec de tels hommes. Dans un fonctionnement optimal, cette nature clanique absolument inévitable est tempérée par le sens de l'Etat, le patriotisme, une dose d'idéalisme, un encadrement quelconque, des lois, une presse vraiment libre et inquisitrice, des forces d'opposition, des corps intermédiaire actifs et pertinents, des citoyens et organisations non idéologisés.... Ou tout autre garde-fou qui, en ce moment, manquent gravement en France pour de multiples raisons pas toutes liées à la nullité et à la corruption du personnel politique. La vérité et la confiance sont les carburants essentiels dont un dosage minimum est vital à tout régime politique qui doit être remis en cause en permanence pour ne pas se sédimenter. On est loin du compte. -
Crédibilité de Nicolas Sarkozy à l'international
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
L'aspiration à servir le bien public, c'est juste la bande annonce du film: ça donne une fausse idée du contenu. Le pouvoir, c'est juste une affaire de clans et de tribus version sophistiquée étant donné la taille et la diversité des sociétés développées. Des clans et des tribus favorisent les leurs, et donnent panem et circenses à leurs électeurs, ou tout au moins font semblant. Et pour avoir une majorité tous les 5 ans, ils font de la pub et des promesses. Seules des circonstances cataclysmiques ou l'émergence presque impossible d'un vrai leader motivé par la res publica peuvent changer la donne. -
Crédibilité de Nicolas Sarkozy à l'international
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Oh? T'as vu ça où? T'y crois encore? -
Je viens de découvrir ce truc et j'allais créer un topic!!!!!! Je mate "les valeurs de la famille Adams" en même temps, et j'ai le même genre de réaction que Mercredi dans la cabane-disney: un mélange d'horreur muette, d'ahurissement consterné et de vomissure à la commissure....
-
Ca ça a été plus que discuté; le point principal est que l'hégémonie parallèle de la France et de la Russie sur une portion d'Europe était parfaitement possible, et ce d'autant plus que ces deux formes de domination eurent été tempérées par les puissances non négligeables de l'Autriche et de la Prusse qui n'auraient pu être dominées durablement. La Russie voulait son glacis de sécurité, essentiellement la Pologne, et la liberté de se tourner vers l'empire ottoman pour son accès aux mers chaudes et la conquête de Constantinople. La Russie n'avait ni l'envie ni les moyens d'assurer une domination européenne couvrant même ne serait-ce que les Allemagnes. Ensuite, le nationalisme soulevé par l'occupation française est juste celui de l'Allemagne (et encore, surtout la Prusse) et de l'Espagne. Ce dernier aurait été facilement contrable dans le contexte que j'ai décrit, l'Ebre et les Pyrénées constituant des remparts infranchissables s'il s'agit d'un front quasi unique. Le point global que j'évoque est qu'un règlement de la question russe à Tilsitt et une attitude plus conciliante de l'empereur auraient permis une situation plus pacifiée dans les Allemagnes, entraînant moins de tensions, moins de réquisitions, une présence moins oppressante, plus de ressources pour diviser les acteurs de la scène allemande et isoler la Prusse.... Sans compter que pas de campagne de Russie= des effectifs français importants en qualité et en quantité, mais aussi pas de pression économique accrue pour lever et équiper l'énorme effectif de 1812, pas d'enrôlements forcés.... Les divers acteurs purs et durs du renouveau nationalisme (le noyau gouvernemental prussien, mais aussi les milieux traditionalistes aristos et les noyaux idéologiques romantiques dans certaines académies) seraient restés plus groupusculaires et n'auraient pu mobiliser fortement. Et ce d'autant plus qu'une France moins prise par la guerre après Tilsitt (juste en Espagne) garde la mainmise sur l'Autriche et la Prusse qui n'ont pas l'occasion d'une défaite majeure pour faire défection sans risque; et cette même France a tous les moyens pour jouer à garder les divisions des principautés allemande, politique qui nécessite des moyens, de l'attention, du doigté (qu'on n'a pas quand on est occupé en Russie avec vraiment d'autres chats à knouter) et des effectifs militaires (pas énormes) et diplomatiques.
-
Non justement, les Russes s'en accomodaient très bien: c'était d'ailleurs tout l'esprit de Tilsitt, où Napoléon et Alexandre s'étaient de fait partagé l'Europe en deux. Si on avait oublié la Pologne et trouvé un moyen de compenser la perte commerciale russe, tout eut pu être différent et Napoléon aurait une chance sérieuse de s'enraciner définitivement. Le théâtre espagnol serait devenu trop dangereux pour les Anglais puisqu'il aurait été, au moins pour un temps, le seul front chaud de la France. La politique d'équilibre européen de l'Angleterre n'aurait pas eu d'allié assez solide sur le continent, en tout cas rien qui eut pu contrebalancer une alliance franco-russe chargée de pacifier le continent selon ses termes. Autriche et Prusse, prises entre deux adversaires nettement plus puissants, auraient été condamnées à l'enfermement stratégique, avec ou sans les subsides anglais. Il ne faut pas oublier qu'Alexandre Ier est hostile à la Révolution, mais plus encore, il est fondamentalement anglophobe: l'idéologie libérale, la "nation de boutiquiers", l'impunité insulaire, la façon dont ils influent sur les conflits, leur façon de s'insinuer jusque dans son palais.... Tout l'a dégoûté de l'Angleterre depuis l'enfance. Je rappelle que le complot contre son père, appuyé sinon mené par Alexandre, avait précisément pour but de s'opposer aux orientations libérales et occidentalistes de Paul Ier, véritable anomalie dans la mentalité autocratique continentale et orthodoxe des Romanov.
-
Les Russes ont tenté d'adhérer au blocus continental après Tilsitt: là, il y a une grosse foirade de Napoléon qui n'a pas su traiter Alexandre Ier correctement et s'est comporté en allié abusif. Mais surtout, le blocus était insupportable pour les Russes dont l'économie, malgré toute l'anglophobie d'Alexandre Ier, ne pouvait se passer de la demande anglaise, notamment en bois de charpente navals, goudrons.... Bref, tous les produits de l'industrie navale britannique, civile (flottes de commerce et flottes de pêche) et militaire.
-
Surtout quand t'es à plus de 1500 bornes de tes bases les plus proches (celles d'Allemagne, les centres de Pologne n'étant pas assez gros pour soutenir de tels effectifs: ce sont les stocks d'Allemagne qui soutiendront l'effort en 1813). Comme je l'ai dit plus haut, les bases logistiques étaient surtout en Allemagne, et un peu en Pologne; ça fait loin comme trotte. Napoléon peut anticiper tout ce qu'il veut, l'armée consomme beaucoup et a une capacité d'emport limitée à ce qu'elle peut porter à dos d'hommes et en chariot, comme toutes les autres; et il ne peut pas prévoir d'appros à l'avance, les seules possibilités étant de fourrager sur place. Et là, les terres russes des grandes plaines ne suffisent pas: des corps de 50 000 à 100 000h couvrent une surface assez réduite, et ne peuvent pas fourrager sur une surface énorme, au risque de se disperser et de se rendre vulnérables, de foutre le bordel, de perdre du temps.... Sans compter que les céréales ne sont récoltables que vers le mois d'août, que les stocks sont généralement emportés, détruits ou cachés par les Russes, et s'avèrent de toute façon très insuffisants, la densité humaine étant très réduite. La grande plaine russe est en effet très vide, sans route et sans aménagements d'aucune sorte en général (ponts, drainages....): c'est une terre peu praticables, et sa capacité à nourrir de vastes effectifs est réduite. Napoléon ne peut vivre sur le pays comme ailleurs en Europe où la densité humaine est en général nettement plus élevée. Et accroître le train de l'armée, déjà énorme, apporterait certes un bénéfice d'autonomie, mais ralentirait énormément le tempo des mouvements et la rapidité de manoeuvre, tout en nécessitant plus d'effectifs en protection. Bref, Napoléon peut prévoir les problèmes, mais il ne peut tout bêtement pas parer à tous: envahir un pays est risqué (sans blague ), et son pari était celui d'une bataille d'anéantissement suivie d'une avance rapide vers les centres de décision et le coeur économique et symbolique de la Russie, à savoir les 2 capitales (pour les puristes, on pourrait dire qu'il y en a 3 avec Kiev, la mère des villes russes, mais on va pas pinailler). Le problème est qu'il ne pouvait être sûr que la capitulation s'ensuivrait, le schéma d'une guerre clausewitzienne ne pouvant marcher quand l'adversaire a toujours un espace pour reculer, qu'il garde un outil de combat crédible et qu'il a la volonté de continuer en sacrifiant au besoin ses grandes villes. Car ce fut la grande surprise pour tout le monde, Russes compris: Alexandre Ier, un homme ni plein de caractère ni très intelligent, a décidé qu'il poursuivrait le combat. Et Koutousoff lui en a donné le moyen en désobéissant et en fuyant le combat pour préserver l'armée. Si Alexandre Ier avait exercé le commandement complètement, il se serait fait démolir glorieusement en rase campagne et l'issue de la campagne aurait été radicalement différente; mais ce ne fut pas le cas. Napoléon a donc perdu son pari, mais ça ne veut pas dire que celui-ci était insensé ou impossible, seulement que les variables impondérables (essentiellement une bataille décisive et la décision d'Alexandre Ier) tournèrent en sa défaveur. Fondamentalement, le taux d'attrition plus élevé que prévu a été mal calculé parce qu'on avait peu de moyens de le calculer, que Napoléon avait la volonté d'une stratégie agressive coûte que coûte et parce que l'homme était considéré plus consommable à l'époque.