-
Compteur de contenus
25 517 -
Inscription
-
Dernière visite
-
Jours gagnés
69
Tout ce qui a été posté par Wallaby
-
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
7 septembre 2022 Ségolène Royale invitée de LCI 10:24 Ruth Elkrief : Est ce que il n'est pas temps et il n'est pas logique de se dire : on doit défendre nos valeurs et on ne va pas être naïf et on va pas le laisser envahir l'ukraine et peut-être après les pays baltes la pologne puis avancer vers le reste de l'europe ? 10:38 Ségolène Royal : C'est tout le contraire. Munich s'est fait sur l'abandon des Sudètes. C'est tout le contraire, il y a une lâcheté terrible à ce moment là, alors qu'aujourd'hui c'est tout le contraire : c'est ceux qui ne veulent pas la paix qui sont des lâches d'une certaine façon et parce qu'il y a beaucoup d'intérêts financiers dans cette guerre. Il y a beaucoup de milieux qui gagnent beaucoup d'argent dans cette guerre, en particulier tous les spéculateurs sur les cours des matières premières et qui affaiblissent les pays les plus pauvres parce que le cours des matières premières est une spéculation éhontée donc quand je suis contestée, il y a aussi des forces financières qui n'ont pas envie que la guerre s'arrête. Mais moi je fais le pari positif que tous les responsables politiques, mêmes ceux qui sont en guerre aujourd'hui, les uns contre les autres ont envie de la paix. Et si on ne fait pas ce pari-là, la paix n'arrive pas. 11:40 Je vais vous dire mon expérience en temps que chef de la délégation française de la COP 21. Ces chefs d'États et de gouvernements qui étaient en guerre, qui étaient en opposition, venir discuter de l'avenir de la planète. Ruth Elkrief : mais ce n'est pas du tout pareil... 12:07 Ségolène Royal : j'ai vu ensemble Poutine et Obama à la COP 21. 12:42 Il faut qu'il y ait des leaders politiques qui ne s'occupent que de ça. Il y en a qui s'occupent de la guerre, et il y en a qui s'occupent des négociations de paix. C'est absolument indispensable parce que les dégâts économiques et sociaux seront considérables. 12:58 Et nous sommes là comme des somnambules, comme dirait Edgar Morin. Avant la guerre de 14 nous étions comme des somnambules. 1938 était la conséquence de la guerre de 14, et quand Jaurès a demandé la paix, il s'est fait assassiner, parce que ça dérangeait. Et la façon dont la guerre de 14 a été conclue a provoqué la montée de l'hitlérisme. Et ça vaut quand même pas la peine d'arrêter la guerre ? On n'aurait pas eu la guerre de 14, on n'aurait pas eu la montée de l'hitlérisme, on n'aurait pas eu la shoah, on n'aurait pas eu la seconde guerre mondiale. 13:35 Ruth Elkrief : On dirait qu'on pourrait le faire en claquant des doigts... 13:38 Ségolène Royal : Non c'est un travail considérable. 14:43 Ruth Elkrief : Vous dites aux Ukrainiens : il faut aller à la table de Vladimir Poutine, et accepter les conditions... 14: 48 Ségolène Royal : C'est pas la table de Vladimir Poutine. C'est soit la table d'une conférence de paix à Paris, soit la table d'une conférence de paix organisée par le conseil de sécurité des Nations Unies, soit une initiative européenne à haut niveau, soit un groupe de négociateurs tels que ceux que j'évoquais tout à l'heure avec un endroit où nuit et jour on discute avec les représentants des différentes parties prenantes, car il n'y aura pas de vainqueur de cette guerre. Tout le monde est perdant. Et non seulement tout le monde est perdant, mais nous ne remplissons pas nos responsabilités de leader politique lorsque nous laissons cette guerre se développer. 16:23 Quand j'entends des élues européennes m'agresser, mais il faut bien comprendre que la poursuite de cette guerre, va faire s'effondrer l'Europe. On a dit pendant des années aux Français, l'Europe c'est pas parfait, il manque le volet social, c'est bureaucratique, ça gaspille, il n'y a pas de légitimité démocratique, mais c'est pas grave : venez et votez, parce que l'Europe, c'est la paix. C'est fini. Donc tout ce dogme s'effondre. 17:43 Il y aurait un référendum en Ukraine, qu'est-ce qu'ils diraient, les gens ? Ils diraient ça suffit, foutez nous la paix, maintenant, on veut pouvoir élever nos enfants, on veut pouvoir se soigner. 17:52 Ruth Elkrief : Vous dites qu'il faut laisser la Crimée et le Donbas à la Russie ? 17:56 Ségolène Royal : C'est le protocole de négociations qui va le définir, ça. Il y avait une base, qui était les accords de Minsk. Il n'y a pas eu zéro travail de fait. Angela Merkel a fait énormément. Elle était respectée. D'ailleurs vous observerez que c'est au départ d'Angela Merkel du pouvoir que l'agression russe a commencé. Donc elle tenait aussi les choses à un moment. Donc il faut reprendre le fil des discussions avec des femmes et des hommes de bonne volonté. 18:50 Ma position est de dire que les sanctions n'ont pas été aussi efficaces qu'on aurait voulu le faire. Ça n'a pas fait venir le gouvernement russe à la table des négociations, ça n'a servi à rien. Ça nous a affaiblis. Deuxièmement, qu'est-ce qu'on observe aujourd'hui ? Que le dollar monte et que l'euro baisse. Chaque minute qui passe enrichit les entreprises américaines et appauvrit les entreprises européennes, y compris pour acheter l'énergie qui est en dollars. Donc ça peut aller très très vite la dégradation et le recul du niveau de vie des Européens. Est-ce qu'on a envie de laisser à nos enfants une Europe où le niveau de vie aura baissé de 40%, où tous les services publics auront été détruits, parce qu'à un moment, l'argent qui est donné pour armer l'Ukraine, l'argent qui est donné dans cette guerre, c'est ça de moins qui va dans les services publics, dans l'éducation... et c'est ça que les gens voient et ne veulent plus accepter. 20:15 Personne n'est gagnant dans une guerre. Et c'est l'appauvrissement de l'Europe garanti. C'est la dégradation du niveau de vie en Europe. 21:24 Ruth Elkrief : il y a un effet des sanctions et c'est une question de temps. Les opinions publiques européennes sont démocratiques donc elles s'expriment. L'opinion publique russe ne s'exprime pas. Et c'est l'avantage de Vladimir Poutine sur nous, donc est-ce qu'on peut se laisser démoraliser par Vladimir Poutine, c'est ça l'enjeu, non ? 21:47 Ségolène Royal : Je n'entre pas dans ce raisonnement. Moi je ne me réjouis pas que le peuple russe souffre. La Russie est un immense pays avec une culture extraordinaire, des scientifiques extraordinaires. Ce sont nos voisins. Nous devons nous entendre avec eux. C'est la tradition française d'ailleurs. Celle du général de Gaulle, celle de Jacques Chirac. 22:18 Les Etats-Unis d'Amérique, ils sont loins, ils sont dans leur logique de guerre froide, c'est pas d'eux qu'on peut attendre une initiative, même si ce serait formidable qu'ils puissent dire : bon maintenant on arrête les frais. On fait une conférence de la paix, et on se met tous ensemble pour trouver une solution. Ça, ce serait formidable, honnêtement. Et vous verrez, 80% des problèmes économiques seraient résolus. Le prix de l'énergie reviendrait et il y aurait un vent d'optimisme, il y aurait la question de la reconstruction, il y aurait le peuple russe qui est reconnu dans son talent, comme le peuple ukrainien qui est d'un courage extraordinaire mais qui doit être aussi au bout du bout. Et quand on entend dire : on va faire la guerre jusqu'au bout, mais jusqu'au bout de quoi ? Que tout le monde soit mort ? C'est ça le bout du bout ? C'est hallucinant. -
Royaume-Uni
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Cette fois-ci le XXe siècle est bel et bien fini. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Quelle Ukraine ? Il y a Ukraine et Ukraine. Odessa a été fondée par Catherine la Grande, et a eu pour gouverneur le duc de Richelieu comme je le rappelais ici : http://www.air-defense.net/forum/topic/19078-ukraine-3/?do=findComment&comment=1398599 La ville que les politiquement corrects appellent Lviv et que nous devrions appeler Léopole en bon français s'appelait Lemberg au XIXe siècle, empire austro-hongrois oblige, et elle comptait plus d'habitants polonais ou juifs que d'Ukrainiens (ce qui n'est pas tout à fait le cas des campagnes environnantes). Mais je te concède qu'il n'y avait pas de Russes. C'est un éditorial anonyme, comme c'est le cas des éditoriaux du Monde ou du Washington Post. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Il y a une différence avec Munich : "La France était directement visée par l'hitlérisme. Son intérêt évident est de rester aujourd'hui hors d'un conflit". Source : Je suis d'accord avec ça (mais pas avec la suite, donc je ne peux pas "upvoter" l'ensemble du message). Le latin possède trois genres : le féminin, le masculin et le neutre. homo est neutre, vir masculin, mulier (pensez à l'espagnol "mujer") féminin. On peut mettre des équivalence avec une autre langue à trois genres qui est l'allemand : homo = das Mensch (d'où Menschenrechte, les "droits de l'homme") vir = der Mann mulier = die Frau -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Pour compléter ce que je disais hier. On parle ici probablement de l'obus BONUS anti-char de calibre 155 mm à détection de cible fonctionnant avec deux sous-munitions à énergie dirigée, qui est une "arme high tech", bourrée non seulement d'explosif, mais aussi d'électronique : https://en.wikipedia.org/wiki/Bofors/Nexter_Bonus Pendant la descente, la sous-munition tourne, balayant la zone située en dessous à l'aide de capteurs infrarouges multifréquences et d'un LiDAR qui compare les véhicules détectés avec une base de données de cibles programmables. Voir la vidéo Bild Zeitung ici : http://www.air-defense.net/forum/topic/26223-guerre-russie-ukraine-2022-opérations-militaires/?do=findComment&comment=1542592https://fr.wikipedia.org/wiki/Obus_BONUS -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Si l'idée est : combien de temps faut-il pour qu'un ordre d'augmenter la production de 10% se traduise en 10% d'obus de plus produits, on peut penser à des goulots d'étranglement tels que la formation des ouvriers spécialisés. Ou la production de telle ou telle machine compliquée, bourrée de pièces pas faciles à réunir chez des fabricants de machine qui n'ont pas non plus un personnel formé extensible à l'infini. -
Chine
Wallaby a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
https://thechinaproject.com/2022/09/02/why-stimulus-wont-work/ L'économie ne souffre pas d'un manque de financement ; son problème, et il est très grave, est la faiblesse de la consommation des ménages. Ou, plus précisément, la confiance étant en chute libre, personne ne dépense beaucoup (même dans les meilleures périodes, la Chine a du mal à augmenter la consommation des ménages, qui se situe à un peu moins de 40 % du PIB, ce qui est faible par rapport aux 55 % et plus courants dans d'autres grands pays). Les ventes au détail n'ont progressé que de 2,7 % en juillet, contre 3,1 % le mois précédent et bien en deçà de la moyenne mensuelle d'environ 12 % enregistrée au cours de la vingtaine d'années qui ont précédé l'arrivée de la pandémie en 2020. Et la confiance des consommateurs est à son plus bas niveau depuis 1991, année où le gouvernement a commencé à la mesurer. "L'incertitude persistante à la suite de la pandémie et la faiblesse des revenus des ménages ont frappé la confiance des consommateurs et des fabricants chinois plus durement en 2022 qu'au cours des deux dernières années", indique un récent rapport de S&P Global. "Les consommateurs achètent moins, ce qui ralentira la reprise de la consommation intérieure chinoise pour le reste de l'année 2022 par rapport à la reprise observée en 2020 et 2021." Alors pourquoi la confiance est-elle si faible ? Tout d'abord et avant tout : COVID-zéro, l'approche draconienne de Pékin pour contenir la propagation de la pandémie, qui nécessite des fermetures en continu, la fermeture des entreprises et la limitation de la plupart des activités économiques. Les derniers à être touchés : Les 21,2 millions d'habitants de Chengdu, dans la province du Sichuan, et les six millions de personnes vivant dans la ville côtière de Dalian, dans la province du Liaoning, ainsi que des millions de personnes dans les autres grandes villes de la province du Hebei, Chengde et la capitale Shijiazhuang. Des confinements partiels ont lieu dans plusieurs villes, dont Shenyang, la capitale de la province du Liaoning. Poussée en grande partie par la pandémie, la Chine est également aux prises avec un autre problème qui tue la confiance : la montée en flèche du chômage des jeunes, qui entraîne une stagnation des revenus. Alors qu'un nombre record de 10,76 millions d'étudiants sont sortis de l'université cette année, le chômage des jeunes âgés de 16 à 24 ans a atteint un niveau très élevé d'environ 20 %, bien supérieur à celui des États-Unis et de la plupart des pays européens. En juillet, les transactions immobilières en valeur ont chuté de 29 %, contre une baisse de 18 % le mois précédent. C'est une très mauvaise nouvelle pour la plupart des Chinois, qui détiennent quelque 70 % de leur épargne totale dans les appartements qu'ils possèdent. En fait, c'est l'inverse de l'"effet de richesse", selon lequel des marchés porteurs incitent à la consommation. En Chine, une hausse de 10 % de la valeur des logements augmente la consommation globale du pays d'environ 3 %, selon une étude de la Southwestern University of Finance and Economics de Chengdu. Mais c'est le contraire qui se produit actuellement. Alors que l'augmentation de la productivité contribuait à hauteur de 70 % à la croissance du PIB avant 2007, en grande partie grâce à la vigueur du secteur privé de l'époque, elle est aujourd'hui tombée à zéro, selon Loren Brandt, économiste à l'université de Toronto. La dépendance antérieure de la Chine à l'égard des "investissements à grande échelle pour des réalisations politiques temporaires ne peut être maintenue", a averti Wáng Xiǎolǔ 王小鲁, chercheur à l'Institut national de recherche économique de la Fondation pour la réforme de la Chine, dans un récent article du magazine économique Caijing. "Parce que la demande finale se situe du côté des consommateurs, sans reprise [...] une forte augmentation des liquidités ne fera qu'exacerber la spirale des créances douteuses", a-t-il écrit. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
https://www.lepoint.fr/monde/la-chine-va-payer-les-livraisons-de-gaz-russe-en-roubles-et-en-yuans-06-09-2022-2488795_24.php Nouvelle étape dans le rapprochement entre la Chine et la Russie. Le géant gazier russe Gazprom a annoncé, mardi 6 septembre, que la Chine réglerait dorénavant ses contrats en roubles et en yuans, au lieu du dollar. Le raccordement de l'important champ gazier russe Kovykta « avant la fin de l'année » au gazoduc Force de Sibérie permettra, selon Gazprom, d'« augmenter le volume des livraisons de gaz à la Chine en 2023 ». -
Chine
Wallaby a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
L'Empire chinois et mongol est l'empire du despotisme théocratique. L'état patriarcal en constitue le fondement : à la tête est placé un père qui règne aussi sur ce que nous considérons comme le domaine de la conscience morale personnelle (Gewissen). En Chine, ce principe patriarcal s'est développé en un État organisé ; chez les Mongols il n'est pas aussi systématiquement développé. En Chine règne un despote qui dirige à travers une multitude d'échelons hiérarchiques un gouvernement systématiquement organisé. Même les affaires religieuses et familiales sont déterminées par des lois d'État : l'individu est moralement dépourvu de personnalité propre. Georg Wilhelm Friedrich Hegel, La Raison dans l'histoire - introduction à la Philosophie de l'histoire. Traduction Kostas Papaioannou, Plon, 1965, p.284. -
Opérations au Mali
Wallaby a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
30 novembre 2021. Documentaire de Peggy Bruguière et Marlene Rabaud - Mali, les sacrifiés du Sahel Alors que le Mali vient de connaître un coup d'Etat qui a porté de jeunes militaires au pouvoir, le film s'interroge sur le devenir politique du pays. Grâce aux témoignages de soldats radiés, de veuves ou de lanceurs d'alerte, les rouages d'un système corrompu au coeur duquel l'armée occupe une place prépondérante, sont mis à jour. Deux questions guident le film : comment en est-on arrivé là et comment peut-on s'en sortir ? Je l'ai juste zappé superficiellement, donc je ne peux pas dire si c'est intéressant ou pas, si c'est redondant ou pas par rapport à ce qu'on sait déjà, ou si ça fait avancer le schmilblik. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Plus précisément, le personnage de Basil Bazaroff. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
L'Ayatollah Ali Khamenei aurait-il lu l'Oreille Cassée ? -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
https://books.openedition.org/septentrion/53854 Jean Nurdin - Le rêve européen des penseurs allemands (1700-1950) , 2003 Chapitre VII. L’idée européenne à l’ère impérialiste Il est d’autant plus surprenant que l’idée européenne ait finalement survécu à la pire époque nationaliste et à l’épreuve de la guerre, qui a fait d’elle un thème de réflexion privilégié pour les esprits les plus illustres. A la veille de la guerre, le grand industriel juif Walther Rathenau, qui devait devenir ministre de la République de Weimar et fut assassiné en 1922, ouvre des perspectives sur une union douanière d’Europe centrale qui, estime-t-il, pourra entraîner l’adhésion future des États occidentaux. Ce bloc européen pourrait dans l’avenir rivaliser avec l’Amérique voire la surpasser. Le second écrit [témoignant de la persistance de l'idée d'États-Unis d'Europe] date de 1914. C’est une brochure anonyme relevant à la fois de la fiction et de l’analyse historique, La création des Etats-Unis d’Europe (Die Schöpfung der Vereinigten Staaten von Europa). Hostile à l’impérialisme annexionniste des pangermanistes, l’auteur de ce curieux opuscule prévoit que le conflit en cours aboutira à l’union douanière de l’Europe centrale et de la France, et que l’Allemagne fera grâce au fédéralisme ce que la France a manqué, à savoir les États-Unis d’Europe. Mises à part ces anticipations d’un caractère relativement original, l’écrit se signale par la prédiction, parfaitement utopique tout en n’étant pas dénuée d’exactitude, de la création d’une union européenne en 1937 sous l’empereur Guillaume III, à la suite d’une guerre-éclair menée par l’Allemagne avec des armes secrètes. La nouvelle Europe aura pour capitale Aix-la-Chapelle et sera gouvernée par un « Parlement culturel » présidé à tour de rôle par chacune des grandes puissances. Dans le grand débat d’idées déclenché au milieu de la guerre par la situation stratégique du Reich, l’ouvrage de Friedrich Naumann (1860-1919), Mitteleuropa (1915) prend un relief particulier, d’une part parce que la propagande alliée en fit l’exemple même de l’idéologie impérialiste du Reich wilhelminien, d’autre part à cause de la personnalité et de l’influence de l’auteur. Naumann, homme politique en vue, réformateur chrétien social, créateur en 1896 du « National-sozialer Verein », dirigeait depuis 1894 la revue Die Hilfe, très influente auprès des universitaires et des intellectuels et soutenue par des hommes comme Robert Bosch et Max Weber, qui y fit paraître en 1916 son article Deutschland unter den europäischen Weltmächten. Naumann, libéral de gauche, partisan d’un impérialisme démocratique et social mais adversaire de l’idéologie pangermaniste, était convaincu qu’il fallait parachever l’œuvre bismarckienne en groupant autour de la puissance industrielle allemande les territoires de l’Empire des Habsbourg. Comme Rathenau, qui avait, dans un mémoire adressé en septembre 1914 au chancelier Bethmann-Hollweg, exprimé sa conviction que la confrontation économique entre l’Europe centrale et le monde occidental ne cesserait pas avec la fin de la guerre, l’auteur de Mitteleuropa envisageait une communauté d’Etats rassemblés en une confédération politique et économique, communauté sui generis où les Allemands, le type même du peuple « économique », tiendraient le premier rôle. Grâce à un socialisme d’Etat imposé par la guerre, la « Mitteleuropa » s’imposerait parmi les puissances mondiales. Elle permettrait en outre de régler le problème des nationalités. Naumann pensait avoir découvert une voie nouvelle, qu’il qualifiait de « übernational » (surnational), entre le nationalisme et l’internationalisme. Le sens de la guerre en cours lui apparaissait précisément comme la création d’un ensemble d’Etats transcendant l’idée nationale, comme la réalisation d’un type d’homme nouveau, l’« Européen central », tenant le milieu entre les grands types nationaux d’Europe. L’ouvrage de Naumann provoquera d’innombrables réactions à partir de 1916, en Allemagne et en Europe centrale, sans aboutir à une quelconque réalisation. L’idée d’une « Mitteleuropa » devait néanmoins lui survivre, en particulier du fait des problèmes de nationalités. Naumann avait en la matière le grand mérite d’envisager l’organisation de l’Europe centrale non pas en imposant l’hégémonie allemande, mais grâce à un système libéral, confédéral, respectueux des cultures et des langues nationales, de même qu’avant 1914 il a défendu le principe d’une réconciliation franco-allemande. Naumann observe d’ailleurs qu’à l’intérieur même du parti social-démocrate s’opposent partisans et adversaires de la « Mittteleuropa ». L’Autrichien Karl Renner proclame en effet, en 1915-1916, la nécessité d’une fédération d’Europe centrale pour faire pièce aux impérialismes russe et britannique. D’autres socialistes, surtout allemands, estiment qu’un bloc de ce genre pourrait favoriser la réalisation d’objectifs internationalistes. Par contre, des hommes de premier plan comme Kautsky (1854-1938), Hilferding (1877-1941) et Otto Bauer (1870-1919) prennent position contre le projet de Naumann. Hilferding publie en 1915 un article intitulé Europäer, nicht Mitteleuropäer, où il considère la « Mitteleuropa » comme une machine de guerre. Dès 1911, Rosa Luxemburg s’était inscrite en faux contre le slogan des « États-Unis d’Europe » proclamé alors par Ledebour et Kautsky lui-même. Le 3 avril 1911, Ledebour déclarait au Reichstag que les États européens devaient s’unir économiquement et politiquement et affirmait sa conviction d’une proche réalisation des États-Unis d’Europe. De même, Kautsky préconisait dans un article de Die neue Zeit, Krieg und Frieden, l’« union des États de la civilisation européenne en une fédération avec une politique commerciale commune, un parlement fédéral, un gouvernement fédéral et une armée fédérale – la création des États-Unis d’Europe ». Kautsky attendait d’une semblable union la paix éternelle, mais telle n’est pas la position de R. Luxemburg, qui rejette ces conceptions dans l’optique de l’orthodoxie marxiste. Elle ne tient l’Europe que pour un concept géographique, à la rigueur historique et culturel, et non pour un ensemble économique et politique. A l’ère impérialiste, les Etats nationaux capitalistes sont concurrents et l’Europe n’est plus qu’une partie du système mondial. Par conséquent l’idée d’une union européenne est un anachronisme : « Les « États-Unis d’Europe » sont donc une idée qui aussi bien économiquement que politiquement va directement à l’encontre du cours de l’évolution... » Luxemburg retrouve ici les arguments de Marx polémiquant contre la « Ligue internationale pour la paix et la liberté » : l’idéal des États-Unis d’Éurope est bourgeois et réactionnaire. Il n’a au fond pour but que la lutte commerciale contre les USA et l’exploitation des peuples colonisés. Le paneuropéisme, conclut-elle, est tout aussi nocif que le pangermanisme ou le panslavisme : « L’idée d’une communauté de civilisation européenne est complètement étrangère au système de pensée et à la conscience de classe du prolétariat. Ce n’est pas la solidarité européenne, mais la solidarité internationale, englobant l’ensemble des continents, des races et des peuples, qui est le fondement du socialisme au sens marxiste ». Keyserling, qui fut partisan d’une union supranationale de l’Europe, réfléchit dans la revue pacifiste Die Friedenswarte, en 1916, au sens de la guerre. Il cite ce propos de Romain Rolland « Quel que soit le vainqueur, c’est l’Europe qui sera vaincue » et pronostique que l’Europe de l’après-guerre sera analogue à l’Allemagne de la Guerre de Trente ans. De semblables prophéties ne manquent pas dans la littérature de langue allemande à partir de 1916, lorsqu’il parut évident que la guerre ruinerait de plus en plus les belligérants et qu’il devenait urgent de dépasser les nationalismes pour reprendre conscience de la communauté spirituelle européenne. L’un des meilleurs exemples de cette démarche est fourni par l’écrivain autrichien Hugo von Hofmannsthal (1874-1929), qui tenta, durant et après la guerre, de sauvegarder les traditions d’une civilisation à la fois européenne et autrichienne. Convaincu de la mission dévolue à son pays, il publie en 1917, c’est-à-dire à la veille du démembrement de l’Empire, deux textes intitulés l’un L’idée autrichienne (Die österreichische Idee), l’autre L’idée d’Europe (Die Idee Europa). Hofmannsthal y dénonce tous les méfaits de la civilisation moderne, matérialisme et mercantilisme, utilitarisme et règne de l’argent, toutes formes de déclin de l’esprit. Après les grandes époques de l’humanisme, voici la médiocrité du xixe siècle, l’homme soumis à l’esclavage de la technique, « apprenti-sorcier dominé par ses balais »14. L’Europe a perdu son « être » et sa « loi » au profit des « moyens » (Mittel) et d’une apparente liberté (Scheinfreiheit). Ce chaos, ce « danger de désagrégation » a engendré la guerre15. Hofmannsthal trace des parallèles, cherche dans le passé des crises identiques : la Guerre du Péloponnèse, la fin de la République romaine, la rupture de la chrétienté lors de la Réforme. L’Europe n’est ni une unité géographique, ni une unité ethnique. Son essence est de nature spirituelle, transcendante, et le concept d’Europe est précisément en pleine décomposition : « La notion d’Europe : nous avons grandi avec elle. Pour nous, son effondrement est une expérience bouleversante. » Hofmannsthal indique alors, comme un retour à l’orientalisme romantique, une voie possible de salut hors de cette Europe qui sème l’effroi : l’évasion au cœur de l’Asie, à laquelle « l’Europe a symboliquement tendu la palme ». Se référant aux sagesses orientales, à Lao Tseu, au tao, l’auteur des Aufzeichnungen zu Reden in Skandinavien appelle de ses vœux « l’homme européen de la Loi » (der europäische Mensch des Gesetzes), ancré dans l’« être » (Sein) et non plus soumis à l’instabilité du « devenir » (Werden). Proche de Hofmannsthal, Pannwitz l’est par l’attirance qu’il ressent envers les grandes sagesses orientales, celles de Bouddha et de Confucius, qui représentent, estime-t-il, la seule solution à la crise de l’Occident. [Max Scheler] place au-dessus des nations le type du « Bon Européen », représentant d’une communauté de civilisation qu’il définit comme différente du cosmopolitisme des minorités cultivées et de l’internationalisme des masses populaires. Il tente avec d’infinies nuances d’évoquer ce qu’il appelle « européanisme » (Europäertum) ou « européité » (Europäität), et qui s’esquisse d’abord par antithèse face aux autres civilisations. Il en cherche les diverses caractéristiques dans les parentés religieuses, éthiques, intellectuelles et artistiques, mythologiques et esthétiques. Le monde du xxe siècle, affirme Scheler, est uniquement centré sur l’Europe, et l’Amérique elle-même n’est qu’une « colonie culturelle ». Scheler devait compléter ces conceptions dans une conférence tenue à Vienne en 1917 et parue en 1918 dans la revue Hochland. Ce texte, intitulé De la reconstruction culturelle de l’Europe (Vom kulturellen Wiederaufbau Europas) est pour nous du plus grand intérêt, car son auteur s’efforce d’y tracer d’abord le cadre politique et juridique et d’y définir les conditions morales de la reconstruction. Celle-ci devra être générale et véritablement révolutionnaire, puisqu’il s’agira d’accéder à un sentiment très fort de solidarité face au monde extra-européen, de venir à résipiscence et de pratiquer la conversion intérieure (Umkehr) qui délivrera l’Europe de sa déliquescence spirituelle et morale. La grande affaire sera de parvenir à la conscience de l’authentique « communauté culturelle » (Kulturgemeinschaft) qui lie entre eux les Européens, d’en cerner les caractères, les forces, les devoirs et les limites, de la renforcer par l’éducation et l’enseignement. Toute éducation orientée exclusivement vers la pensée positiviste et les sciences est à rejeter, de même que tout nationalisme culturel. Scheler prône au contraire la sauvegarde de l’idéal intellectuel humaniste gréco-latin, dont les valeurs sont toujours « des phares pour tous les peuples européens ». Il préconise en outre l’ouverture vers un humanisme moderne axé sur la connaissance des langues et des cultures européennes, notamment slaves. Le philosophe préconise en effet une réorientation radicale en direction de l’Est, de la Russie, de l’Asie et des origines orientales de la pensée antique et chrétienne. Son objectif fondamental est de rompre avec l’activisme et le productivisme à outrance de la civilisation occidentale moderne, et de replacer au centre de tout l’individu en tant que personne autonome et responsable. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
https://books.openedition.org/septentrion/53852 Jean Nurdin - Le rêve européen des penseurs allemands (1700-1950) , 2003 Chapitre VI. L’idée du déclin et de la régénération de l’Europe Nietzsche, le « Bon Européen » (1844-1900) La Grèce antique, de préférence présocratique, est pour Nietzsche la source originelle, la fontaine de jouvence. Est européen tout ce qui a hérité de l’hellénisme, de sorte que l’Europe nietzschéenne est à la fois plus et moins que l’Europe géographique, « cette petite presqu’île de l’Asie ». Elle englobe en effet « les peuples qui ont leur passé commun dans l’hellénisme, la latinité, le judaïsme et le christianisme ». La critique exercée par Nietzsche contre l’Europe de son temps vise tous les domaines de la pensée, de la culture et de la vie, depuis l’optimisme rationaliste jusqu’aux maladies physiologiques et psychiques de l’homme moderne, en passant par l’inauthenticité et le manque de style de l’art et de la culture, par l’uniformisation de la société, par la démocratisation et la tyrannie des médiocres. Le philosophe de la « volonté de puissance » réagit avec la dernière énergie contre tout ce qui dégrade l’homme dans sa force individuelle. Il a été l’un des premiers à dénoncer – avec quelle virulence – l’État et sa collusion avec la démocratie, l’État totalitaire et policier et l’Etat-Providence utilitaire. Le « plus froid » de « tous les monstres froids » ne pouvant aboutir qu’à l’étatisme nationaliste et à la balkanisation de l’Europe, avec comme ultime perspective un « État-monstre » voué à l’éclatement et la division du continent en deux blocs antagonistes. Le philosophe se présente désormais comme le prophète du mythe de l’avenir, comme le créateur d’un nouveau type d’homme. Il s’adresse dorénavant à une élite, les « libres esprits », les « Bons Européens ». Cette conversion totale à l’européanisme se précise dans Humain, trop humain (1876-1879), où le « Messager de la bonne nouvelle » accueille en lui l’esprit de l’Europe. Héritier de traditions millénaires et enfant du futur, comme il est dit dans le Gai savoir, il place les valeurs supranationales au-dessus des patries et des races. Il se prépare à sa mission de « législateur de l’avenir » et de « seigneur de la terre ». Nietzsche rêve alors à une phalange d’hommes héroïques et lucides, de chefs tout à la fois poètes, philosophes et conquérants. Ce sont les « Libres Esprits », solitaires, aristocrates de la pensée, annonciateurs des « philosophes de l’avenir » mais déjà porteurs de la « transvaluation de toutes les valeurs » (Umwertung aller Werte) qui doit marquer la naissance d’une nouvelle espèce d’homme. Le philosophe nihiliste se considère comme le parangon de cette élite chargée de déchiffrer les signes du temps. Cependant la genèse de l’Européen futur implique aussi un immense processus de fusion et de sélection remettant en cause les concepts de nation et de race. Nietzsche tient pour assuré que les nations, produits artificiels, arbitraires et mal définis, feront place à une « race mélangée, celle de l’homme européen ». Il dénonce avec force le matérialisme des Américains, leur amour de l’argent et les dangers que cela représente pour l’esprit et la culture de l’Ancien Continent. En revanche, il n’hésite pas à prophétiser la venue du siècle des Russes, ceux-ci étant sur le point d’unir vitalité et culture, les deux éléments de base de toute civilisation. Enfin le philosophe suggère une troisième voie, certes plus banale, mais plus réaliste, autrement dit un processus économico-politique. En voici la preuve, apportée par un aphorisme de 1885 : « Les petits États d’Europe, je veux dire tous nos États et tous nos empires actuels vont devenir intenables, économiquement parlant, vu les grandes exigences souveraines des grandes relations internationales et du commerce, qui réclament l’extension extrême des échanges universels et un commerce mondial... » Lorsque l’on constate que, dans le texte précédent, l’auteur préconise une monnaie commune et l’adhésion de l’Angleterre à l’union européenne, on peut difficilement l’accuser d’ignorer totalement l’aspect pratique des choses. Toutefois ses écrits ne sont guère explicites quant aux modalités de l’unification. Pense-t-il en termes de fédéralisme, de convention mutuelle, ou au contraire en termes de pouvoir hégémonique, de puissance dominatrice ? L’exégète des conceptions nietzschéennes en est réduit, là aussi, aux conjectures. Les formules comme « États-Unis d’Europe » ou « union des peuples » (Völkerbund), utilisées dans Humain, trop humain et dans Le voyageur et son ombre, restent tout à fait vagues. Citons à ce propos un passage dans lequel Nietzsche aborde le problème de la rectification des frontières, de l’aménagement de l’espace européen selon des principes rationnels et scientifiques, et non plus selon des critères dynastiques, historiques, linguistiques : « Le résultat pratique de cette démocratisation... sera en premier lieu la création d’une union des peuples européens (Völkerbund), où chaque peuple délimité selon des opportunités géographiques occupera la situation d’un canton (Kanton)... on tiendra alors très peu compte des souvenirs historiques des peuples tels qu’ils ont existé jusqu’à présent... » -
Royaume-Uni
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
https://www.spectator.co.uk/article/the-horrifying-truth-about-liz-truss (6 septembre 2022) Est-ce vraiment le mieux que l'on puisse obtenir d'un pays de 67 millions d'habitants ? Liz Truss ? Est-ce que même le conservateur le plus aveugle peut trouver une réelle éloquence ou un charme dans ses manières, ou une sincérité comme Theresa May, un charisme comme Tony Blair, ou un humour comme Boris Johnson, ou une conviction comme celle de Gordon Brown... Ce qu'elle a obtenu, bien sûr, c'est une série de nominations aux plus hautes fonctions du pays - Environnement, Foreign Office, Lord Chancellor - qu'elle a toutes occupées sans distinction. En fait, en ce qui concerne son passage à l'Environnement, il semble que son approche laxiste en matière d'inspection ait permis à certains agriculteurs de polluer les rivières anglaises sans contrôle. Au Foreign Office, son ignorance de la Russie (dont s'est moqué Sergei Lavrov) et son insistance pour que l'Ukraine reprenne la Crimée la rendent, à mon avis, carrément dangereuse. En d'autres termes, nous sommes redevables à Boris pour Liz Truss, vraisemblablement sur la base du fait qu'il ne s'est pas donné la peine de nommer quelqu'un à ces grandes fonctions qui fût réellement compétent pour les gérer correctement. -
https://www.nytimes.com/2022/09/06/us/california-heat-wave.html Les températures sont montées jusqu'à 112 (44,4°C) degrés lundi à Stockton et Paso Robles. À Sacramento, le mercure a frôlé les 114 degrés (45,5°C). À Livermore et Fairfield, il faisait 116 degrés (46,6°C), battant des records. Dans la Vallée de la Mort, il a fait 121 degrés (49,4 °C). Concrètement, les autorités énergétiques de l'État demandent aux Californiens de réduire considérablement leur consommation d'électricité, en particulier entre 16 heures et 21 heures. Pendant la journée, le réseau californien fonctionne principalement grâce à l'énergie solaire, au gaz naturel et à l'énergie importée d'autres États selon les besoins. Mais l'énergie solaire a tendance à diminuer plus tard dans la journée, les centrales au gaz naturel de l'État sont vieillissantes et la sécheresse a limité la disponibilité de l'hydroélectricité. Pendant ce temps, la vague de chaleur maintient également des températures nocturnes élevées. Alice Reynolds, présidente de la California Public Utilities Commission, a encouragé les Californiens à "prérefroidir" leurs maisons le matin en laissant entrer de l'air frais, en abaissant les températures intérieures à 70 degrés (21.1°C) environ jusqu'à 16 heures, puis en augmentant les thermostats à 78 degrés (25,5°C°) en fin d'après-midi, pendant la période de pointe. Autres demandes : Évitez d'utiliser de gros appareils électroménagers ; éteignez les lumières inutiles ; et chargez les téléphones, les ordinateurs portables et les véhicules électriques avant les heures de pointe. Restez également hydraté et gardez un œil sur vos voisins âgés.
-
turquie La Turquie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
https://www.fr.de/politik/tuerkei-griechenland-ex-admiral-cihat-yayci-ankara-erdogan-mistotakis-position-interview-zr-91768490.html (6 septembre 2022) Selon Seufert, il est important à ce stade de faire la distinction entre deux situations - car il semble qu'une réglementation de la Grèce contribue au litige. "D'une part, la partie grecque a fixé les eaux territoriales des îles à six milles, mais la souveraineté aérienne à dix milles. C'est une position qui est pour le moins controversée", explique Seufert. La Turquie, ajoute-t-il, ne reconnaît pas ces dix miles. La référence turque à la problématique des dix miles ne justifie en aucun cas les actions de l'armée de l'air turque, estime Seufert. La Turquie viole clairement l'espace aérien grec. Il y a "de plus en plus de survols d'avions militaires turcs directement au-dessus des îles et même au-dessus de la Grèce continentale", déclare Seufert, qui constate : "Il s'agit sans aucun doute de violations de l'espace aérien". Selon l'expert, Ankara est tout à fait consciente que ces violations de l'espace aérien constituent une "sérieuse provocation". Il s'agit en outre d'une "tentative d'intimidation", car la partie grecque ne peut pas se mesurer à la Turquie sur le plan militaire. Seufert trouve "relativement absurde" que la Turquie se sente menacée. L'expert renvoie à la "supériorité maritime" de la Turquie et à l'expansion "énorme" de la flotte turque au cours des dix dernières années ainsi qu'aux revendications turques sur des îles de la mer Egée : "La Turquie pose ainsi des exigences territoriales, raison pour laquelle c'est plutôt la Grèce qui pourrait se sentir menacée. C'est plutôt que sur les îles, la crainte d'une escalade turque grandit". Selon l'ex-amiral turc, c'est pourtant le contraire qui se produit : Yayci estime que la Turquie est menacée par une attaque grecque. Dans un entretien avec Merkur.de (Ippen Media), il a accusé Athènes de planifier une invasion de la Turquie. C'est précisément pour cela que les îles sont militarisées : "Ils ont stationné des brigades, des divisions, des chars, des missiles, de l'artillerie, bref, tout ce qui est possible". Il a ainsi fait une comparaison avec l'époque de la guerre d'indépendance turque : "Comment l'invasion de l'Anatolie occidentale a-t-elle commencé à l'époque ? En faisant débarquer à Izmir des soldats des îles de Lesbos et de Chios". Selon Yayci, le litige porte également sur les eaux territoriales. La Grèce veut déplacer la frontière extérieure de 6 à 12 miles, accuse Yayci, ajoutant : "Cela ne peut pas être accepté, d'autant plus que la Turquie a une côte beaucoup plus longue dans la mer Egée". Si la Grèce étend effectivement ses eaux territoriales à 12 miles, se plaint-il, "13 pour cent des eaux internationales deviendront alors territoire grec". La Turquie s'inquiète d'une extension du contrôle grec. Selon Yayci, la menace d'une guerre n'existerait toutefois que si la Grèce procédait effectivement à une modification de ses eaux territoriales. Seufert, expert de la Turquie, estime qu'une guerre est "peu probable" et déclare : "Je pense que la Turquie sait qu'elle est allée jusqu'aux limites du possible. Il peut toujours y avoir des escarmouches, mais une guerre, je ne la vois pas". Seufert a également fait référence aux partenaires militaires de la Grèce comme les Etats-Unis ou la France. Mais quel pourrait être le résultat d'une procédure d'arbitrage internationale ? Les deux parties s'accusent mutuellement de refuser un procès devant les tribunaux internationaux. L'amiral turc Yayci a ainsi affirmé que la Grèce refusait de traiter tous les points litigieux comme un seul paquet. Selon la perspective turque, il s'agit également de l'espace aérien et de 152 îles et îlots de la mer Egée qui n'ont en fait pas été cédés nommément à la Grèce. Souvent, la Turquie veut également porter devant la justice la situation de la minorité turque en Grèce. Selon Seufert, dans le cas d'une procédure internationale, les deux parties devraient faire des concessions : "Il s'agit de frontières maritimes, de zones économiques exclusives des deux Etats. Les deux Etats présentent des exigences maximales, il y a donc de la place pour un compromis". Comment la procédure se terminerait-elle concrètement ? Seufert a livré une estimation à ce sujet : "Dans la mer Égée, une cour d'arbitrage trancherait probablement plutôt en faveur de la Grèce, car les positions de la Turquie sont ici clairement exagérées. Dans l'est de la Méditerranée, c'est probablement la Grèce qui devrait céder un peu de terrain sur ses exigences. Par exemple sur la position autour de Kastellorizo, où les Grecs défendent des positions très aventureuses". -
turquie La Turquie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
https://www.liberation.fr/international/europe/erdogan-menace-la-grece-nous-pouvons-arriver-subitement-la-nuit-20220903_54BLRJPJJ5DLHCATSWN5YQUFVU/ La Grèce paiera un «prix élevé» si elle continue de violer l’espace aérien turc et de «harceler» les avions turcs en mer Egée, a prévenu samedi 3 septembre le président turc qui a brandi le souvenir de la «grande catastrophe» de Smyrne et refusé de reconnaître l’intégrité territoriale de son voisin, membre de l’UE. Dimanche 28 août, Ankara avait déjà affirmé que des avions turcs en mission dans cette zone avaient été visés par le système de défense aérienne S-300 de la Grèce, et avait dénoncé une «action hostile». Sauf que cette fois, les menaces se font plus précises : «Si vous allez trop loin, le prix à payer sera lourd», a-t-il prévenu. Il a ajouté : «Votre occupation des îles [de la mer Egée proches de la Turquie] ne nous lie en rien. Le moment venu, nous ferons le nécessaire. Nous pouvons arriver subitement la nuit», a-t-il menacé, reprenant une formule souvent utilisée lorsqu’il parlait de lancer une opération en Syrie ou contre les Kurdes. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Dans cette même région : https://www.20minutes.fr/lille/3344707-20220901-prix-energie-plus-1600-salaries-arc-places-chomage-partiel Plus de 1.600 salariés d’Arc placés en chômage partiel Installé près de Saint-Omer, dans le Pas-de-Calais, le groupe emploie quelque 7.800 personnes, dont 5.000 en France. Il commercialise ses produits sous cinq principales marques : Luminarc, Arcopal, Cristal d’Arques Paris, Arcoroc et Chef & Sommelier. Malgré « un très bon » premier semestre en 2022, le groupe se dit affecté par « la crise en Ukraine », a expliqué Guillaume Rabel-Suquet. -
Allemagne
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
https://www.faz.net/aktuell/politik/ausland/olaf-scholz-und-emmanuel-macron-wollen-strom-gegen-gas-tauschen-18294477.html (5 septembre 2022) Dans les semaines à venir, la France souhaite achever les liaisons gazières nécessaires vers l'Allemagne. Macron insiste sur la solidarité franco-allemande. Mais les deux pays ne sont pas d'accord sur tous les points. Le président français Emmanuel Macron a surpris tout le monde en s'entretenant longuement lundi après-midi avec le chancelier allemand Olaf Scholz (SPD) sur la crise énergétique. Lors d'une conférence de presse organisée à la hâte au Palais de l'Elysée, Macron a ensuite annoncé un accord franco-allemand qui peut se résumer à la formule gaz contre électricité. "L'Allemagne a besoin de notre gaz et nous avons besoin de l'électricité produite dans le reste de l'Europe et surtout en Allemagne", a déclaré Macron. C'est pourquoi les liaisons gazières nécessaires vers l'Allemagne seront achevées dans les semaines à venir, afin de pouvoir approvisionner l'Allemagne en gaz. "Chaque fois que cela sera nécessaire", a déclaré Macron, la France fournira du gaz "par solidarité" avec l'Allemagne. Les réservoirs de gaz français sont remplis à 92 ou 93 pour cent, a déclaré Macron. En contrepartie, le chancelier allemand s'est déclaré prêt à fournir de l'électricité à la France. C'est justement au moment de la plus grave crise énergétique depuis des décennies que 32 réacteurs nucléaires sont hors service pour des travaux de maintenance et de réparation ou ne peuvent produire de l'électricité que dans une mesure réduite. Macron a souligné que cette crise nationale de l'électricité n'avait rien à voir avec la guerre en Ukraine. Il s'est montré très sévère envers les responsables du groupe EDF et n'a pas accepté l'objection selon laquelle il avait donné un mauvais signal en fermant les deux réacteurs de Fessenheim. Il a insisté à plusieurs reprises sur la "solidarité franco-allemande". Des sujets conflictuels ont également été abordés lors de l'entretien vidéo. Comme Macron l'a fait savoir en réponse à une question, il n'est toujours pas très favorable au projet de gazoduc MidCat, soutenu par le chancelier Scholz. Le gazoduc doit relier l'Espagne à la France et permettre ainsi de nouvelles livraisons de gaz vers l'Allemagne. Macron a souligné qu'il existait déjà deux gazoducs entre la France et l'Espagne, qui ne sont utilisés qu'à 53 pour cent de leur capacité. Lors de l'entretien, le chancelier Scholz ne lui a pas présenté de nouvel argument qui l'aurait convaincu de la nécessité du gazoduc MidCat. "Il n'y a aucune preuve qu'un troisième pipeline soit nécessaire", a déclaré Macron. Lors d'une visite en Espagne à la mi-août, Scholz a explicitement fait la promotion du projet MidCat. L'Espagne dispose de six terminaux de GNL ou usines de regazéification, qui transforment le gaz liquide en gaz naturel. Macron est sous pression chez lui depuis le "paquet d'allègement" du gouvernement fédéral [allemand]. Il a annoncé qu'il souhaitait un impôt européen sur les bénéfices et a déclaré que c'était également l'objectif du chancelier allemand. L'entretien avec Scholz a eu lieu parce que Macron a annulé à la dernière minute un rendez-vous au premier parc éolien offshore français au large de Saint-Nazaire. L'approvisionnement en énergie devrait également être le thème principal du prochain conseil des ministres franco-allemand, qui devrait avoir lieu le 26 octobre à Rouen. https://www.mediapart.fr/journal/international/050922/en-allemagne-la-coalition-s-accorde-sur-les-profits-des-groupes-energetiques (5 septembre 2022) Berlin a présenté un plan de 65 milliards d’euros pour soutenir les plus démunis face à l’explosion des prix de l’énergie. Le financement se fera en partie via une « contribution » sur les « bénéfices aléatoires » des producteurs d’électricité. Une manière d’éviter un vrai impôt sur les superprofits. https://www.tagesschau.de/ausland/scholz-macron-energiekrise-101.html (5 septembre 2022) Plus de la moitié des 56 centrales nucléaires françaises sont actuellement à l'arrêt en raison de travaux de maintenance et de l'apparition de fissures. L'approvisionnement énergétique de la France est ainsi bien plus en difficulté que par l'absence de livraison de gaz russe, qui ne représente pas une part aussi importante dans le mix énergétique. Sur le marché de gros, le mégawattheure coûte actuellement 1000 euros. Il y a un an, il était encore de 85 euros. Même les puissantes centrales hydroélectriques, qui couvrent normalement en France environ 20 pour cent des besoins en électricité, fournissent cette année nettement moins d'électricité en raison de la chaleur et des faibles précipitations. -
Opérations au Mali
Wallaby a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
http://malijet.com/a_la_une_du_mali/272421-«-levée-du-blocus-»-entre-boni-et-douentza%2C-«-suite-à-des-négoci.html (1er septembre 2022) Des sources à Boni affirment que cette levée de blocus a été obtenue grâce à des négociations entre les leaders traditionnels du village et les présumés djihadistes. Ces derniers auraient promis de déminer toutes les routes dans deux jours afin de permettre la libre circulation des personnes et des biens. Pour rappel, l’axe Boni-Douentza-Gao sur la route nationale 16 était bloquée depuis plus de 2 mois par ces hommes armés. http://malijet.com/actualte_dans_les_regions_du_mali/rebellion_au_nord_du_mali/272481-offensive-militaire-à-tessit-les-fama-engrangent-des-victoires-s.html (3 septembre 2022) Lundi dernier, une colonne des FAMa appuyées par un hélicoptère de combat ont neutralisé une cinquantaine de djihadistes à Inyis, une bourgade non loin de Tessit. Ensuite la même colonne est rentrée dans la ville de Tessit après 4h de raids aériens et terrestres, c’est la débandade côté ennemi. Dans un communiqué, l’Armée malienne a établi un bilan provisoire. Côté FAMa 2 morts, 8 blessés et côté ennemi 44 combattants neutralisés dont les corps ont été abandonnés sur place, plusieurs motos incendiées et d'importantes quantités d'armes et munitions récupérées. -
Le Burkina Faso
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Coriace dans Politique etrangère / Relations internationales
https://www.lepoint.fr/afrique/antiterrorisme-pour-le-burkina-l-heure-de-la-diversification-partenariale-03-09-2022-2488391_3826.php « Monsieur le Premier ministre, on a un partenaire [militaire] classique qui est la France. Il y en a qui pensent à la Russie et à bien d'autres pays. De plus en plus de Burkinabés estiment qu'il faut rompre définitivement avec la France, est-ce que vous pensez que ces derniers ont raison ? » Réponse d'Albert Ouédraogo : « Je comprends leur revendication parce que la France est le partenaire historique et même le premier partenaire… Si, depuis des années, cette coopération n'a pas permis d'assainir l'aide, il faut se poser des questions. Et je suis tout à fait d'accord, qu'aujourd'hui, il faut la revoir. Nous, en tant que dirigeants, nous ne pouvons pas continuer à rester sourds à ces revendications de composantes importantes de notre peuple. » Et le chef du gouvernement d'indiquer au passage qu'« il n'y a aucun problème entre les peuples français et burkinabé », ajoutant que « le problème se pose en termes de politique et de relations de coopération ». Ainsi, lors du même entretien accordé à la télévision nationale, le chef du gouvernement burkinabé a défini quatre principes pour guider cette diversification : d'abord, « la liberté de choisir le partenaire qui nous arrange […] quitte à froisser certains partenaires historiques » ; ensuite, « la sincérité pour un partenariat gagnant-gagnant » ; puis, « l'indépendance territoriale afin qu'aucune troupe étrangère ne mène le combat à la place de l'armée burkinabée » ; enfin, « l'optimisation des atouts de chaque partenaire à la seule fin de bénéficier de la spécificité de chacun ». Début août, une délégation conduite par le ministre de la Défense burkinabé, Aimé Barthélémy Simporé, avait effectué une visite en Égypte. Presque dans le même temps, le chef d'état-major général des armées, le colonel-major David Kabré, s'était rendu au Nigeria puis en Côte d'Ivoire à la rencontre de ses homologues dans ces deux pays. Plus tôt dans l'année, fin juillet, des membres d'une mission militaire de la République fédérale de Russie en fin de mission – d'instruction de soldats burkinabés, selon des indiscrétions – au Burkina avaient été décorés à Ouagadougou. « Ces décorations témoignent de la reconnaissance des Forces armées nationales pour les efforts consentis dans l'amélioration de la coopération militaire entre la Russie et le Burkina Faso », avait indiqué l'état-major général des armées, sans plus de précision sur ces « efforts ». Sur un plan strictement sous-régional, la manifestation la plus concrète de la volonté de coopération militaire a été l'acte officiel de rapprochement concrétisé le 21 août dernier entre les ministres burkinabé et nigérien de la Défense. Avec ce voisin également confronté aux groupes armés, le Burkina a conduit plusieurs opérations antiterroristes dans le passé. Beaucoup se rappellent encore la plus récente, l'Opération Tanli 3, du mois d'avril dernier sur la frontière est du Burkina. Elle avait permis de neutraliser une centaine de terroristes selon les états-majors des deux pays. D'ores et déjà, le Burkina et le Niger ont convenu de construire une « alliance stratégique forte contre la menace terroriste » visant à terme une stratégie commune de lutte qui tiendra compte des évolutions sur le terrain et des impératifs stratégiques. À Abidjan et à Abuja, le chef d'état-major général des armées burkinabé est allé chercher « de nouvelles pistes d'amélioration de collaboration dans les domaines opérationnel et technique », tandis qu'avec l'Égypte, « un Protocole de coopération militaire et un partage d'expériences dans des domaines divers, dont celui de la lutte contre le terrorisme », a été signé. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
https://www.revolution-energetique.com/le-parc-nucleaire-sera-t-il-au-rendez-vous-cet-hiver/ D’après le site nuclear-monitor, qui compile les données en provenance d’EDF, sur les 32 réacteurs arrêtés pour maintenance, 12 seront remis en service courant septembre, 5 en octobre, 7 en novembre, 3 en décembre, 3 en janvier et 2 en février. Un planning assez rassurant, les vagues de froid les plus intenses se produisant généralement en janvier et février. Mois Jour Réacteur Septembre 4Blayais 3 5Saint-Alban 1, Gravelines 2 7Paluel 2 9Gravelines 5 15Blayais 4 17Dampierre 1 21Bugey 2 28Saint-Laurent B1 29Gravelines 3 30Bugey 4, Cruas 3 Octobre 7Chooz B2 9Flamanville 2 15Dampierre 2 19Saint-Alban 2 24Tricastin 3 Novembre 1Cattenom 1 13Chooz B1 14Cattenom 4 16Belleville 2 17Tricastin 4 20Chinon B3 23Penly 2 Décembre 1Saint-Laurent B2 11Cattenom 3 25Flamanville 1 Janvier 8Civaux 1 14Civaux 2 23Penly 1 Février 1Blayais 1 18Golfech 2 Et on a probablement quelques centrales à charbon prêtes à reprendre du service. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Ce qui est probablement synonyme de récession, si l'on en croit Jean-Marc Jancovici : https://www.urbanisme.fr/invite/jean-marc-jancovici/ L’essor industriel a consisté à abandonner les énergies renouvelables pour les énergies fossiles. Si les énergies renouvelables étaient égales ou supérieures aux énergies fossiles, il n’y aurait aucune raison qu’on soit passé des moulins à vent au pétrole. Le pétrole est extrêmement dense énergétiquement, il est facile à transporter et à stocker ; derrière, d’autres énergies ne sont pas loin : le charbon, le gaz et le nucléaire. Les énergies intermittentes et diffuses (vent et soleil) ont été abandonnées pour bâtir notre civilisation de machines pilotables. Aujourd’hui, les éoliennes ne valent pas cher parce que nous avons des combustibles fossiles et des chaînes mondialisées ! Leurs mâts sont faits avec du charbon, leurs plots avec du ciment fabriqué avec du gaz, à l’intérieur il y a du cuivre fabriqué du charbon, tout cela est transporté depuis l’autre bout du monde avec du pétrole… https://www.letemps.ch/economie/jeanmarc-jancovici-fete-petrole-ne-va-durer Jusqu’au pétrole, l’homme était toujours parvenu à passer sur des énergies plus efficientes: le bois a précédé le charbon qui lui-même a été suivi par le pétrole. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, nous allons passer sur des énergies dégradées. L’éolien, ce sont nos moulins à vent d’il y a trois siècles. Notre société n’a donc pas d’alternative à la décroissance. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Wallaby a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
https://books.openedition.org/septentrion/53850?lang=fr Jean Nurdin - Le rêve européen des penseurs allemands (1700-1950) , 2003 Chapitre V. L’idée d’Europe à l’époque bismarckienne 8) Eugen Schlief Pour lui, la paix de l’Europe est indépendante des idéologies. C’est « un pur problème juridique ». Cela dit, il a bien conscience que l’Europe de son temps doit impérativement s’organiser si elle ne veut pas sombrer dans l’anarchie. Il croit lui aussi à un certain nombre de facteurs d’unité : communauté de culture, règlement des problèmes sociaux, imbrication des économies. Signalons toutefois sur ce point une contradiction entre cette interpénétration des économies et le principe « politico-économique » selon lequel, estime Schlief, tout État aurait le droit de se développer de manière autonome. Il est cependant juste de souligner que l’auteur récuse le système protectionniste et les politiques économiques et commerciales agressives. C’est la « communauté des États civilisés » qui doit être le juge compétent en matière de droit. De ces États réunis en un système permanent doit naître un organisme de droit international doté d’une cour de justice. L’auteur de La paix en Europe donne à l’organisme en question le nom de « Système des États européens », institution à vrai dire extrêmement modeste, puisque dépourvue de tout caractère permanent. L’aspect contractuel que lui reconnaît Schlief doit écarter toute possibilité d’évolution vers un système unitaire. C’est pourquoi le projet proscrit toutes les dénominations telles que « Staatenverein » (Union des États), « Staatenbund » (confédération) ou « Etats-Unis d’Europe ». En dépit d’une volonté évidente de sauvegarder l’autonomie des États, l’auteur est bien obligé d’envisager des moyens de pression envers les puissances récalcitrantes. Il compte beaucoup, semble-t-il, sur l’autorité morale de l’« ensemble de l’humanité civilisée ». Ce « système des États » suppose donc la solidarité des intérêts matériels et moraux entre peuples occidentaux. C’est pourquoi aux yeux de Schlief – et ce point est capital – il ne peut comprendre que les Etats européens garants de la civilisation. Dans la pensée de Schlief, le système, pour être efficace, doit comprendre la totalité des États européens, à l’exception de la Turquie, contre laquelle il préconise une véritable croisade. L’optimisme de Schlief ne se dément jamais. Il lui fait entrevoir la pacification de l’Europe comme réalisable à court terme, par paliers et à partir d’un noyau d’Etats influents. Reste le point suivant : de quel pays peut venir la proposition initiale ? L’auteur n’exclut pas les petits Etats, neutres ou pacifistes, ou même la Russie. Mais l’État le plus concerné à cause de sa situation géographique et politique est évidemment l’Allemagne, « cœur de l’Europe », « organe central » du système des États. Ce projet interétatique, radicalement hostile à toute idée de confédération et de participation populaire n’avait pas plus de chance de voir le jour que les projets antérieurs. Il était condamné d’avance à rejoindre dans les oubliettes de l’Histoire ceux que son auteur trouvait si peu réalistes. 9) L'Europe des socialistes Il est vrai, comme cela a été avancé, que l’Europe constitue le cadre où s’inscrit la pensée politique de la plupart des socialistes allemands, mais il n’en reste pas moins que la vision marxiste, comme celle de Fröbel ou de Frantz, tend à déborder les limites du Vieux Continent, et qu’au surplus les circonstances obligent les socialistes à mener prioritairement la lutte sur le plan national. Les discours de Bebel au Reichstag, le 21 juillet 1870 à propos des crédits de guerre, le 26 novembre à propos de l’annexion de l’Alsace-Lorraine évoquent sans ambiguïté les dangers du principe national, du militarisme, de la société de classe et revendiquent pour les peuples d’Europe l’autodétermination. L’éloge de la Commune de Paris le 25 mai 1871 constitue le point culminant des proclamations de Bebel concernant la future révolution socialiste continentale. Une phrase comme celle-ci : « ... le cri de guerre du prolétariat parisien... deviendra celui du prolétariat européen tout entier » ne pouvait manquer de faire impression. 10) Johann Philipp Becker De 1866 à 1871, il dirigea à Genève Der Vorbote, organe central de la section allemande de l’Internationale. L’auteur de Comment et quand ? (Wie und Wann ?) préconise une Europe des nations libres, où serait assuré l’épanouissement des hommes et des peuples, où chaque collectivité jouirait d’une complète autonomie. Pour lui, l’Europe ne peut être qu’une fédération d’associations, ce qui révèle sans aucun doute une influence proudhonienne, mais ce qui ne l’empêche pas de considérer l’Internationale comme l’instrument le plus propre à construire une Europe socialiste, comme « le seul... parti européen ». La pensée de Becker et du Comité central de l’Internationale à Genève trahit, surtout avant 1871, un curieux mélange d’anticapitalisme, de fédéralisme et d’humanitarisme, allant jusqu’à l’évocation d’une future « race européenne » issue des mélanges ethniques. Ce thème anthropologique sera repris un peu plus tard par Nietzsche. A cette époque, l’idée d’« États-Unis d’Europe » populaires, libres, mais solidaires et fraternels apparaît comme la solution adéquate pour unifier et pacifier le continent. Il est rare que l’on revendique alors, comme le fait le « Parti ouvrier de Saxe » fondé en 1865 par Liebknecht et Bebel, un « État social-démocratique européen » unitaire. Le grand modèle est pour Becker sa seconde patrie, la Confédération Helvétique, noyau républicain au milieu d’une Europe essentiellement monarchique. Pas de liberté pour lui sans fédéralisme, notamment sans autonomie des collectivités et des ethnies (Volkerschaften). Il magnifie par ailleurs une future Allemagne républicaine, bastion de la paix, pivot d’une Europe démocratique, médiatrice des peuples et pacificatrice du continent, une Allemagne qui serait avec la Suisse l’organe essentiel de l’équilibre, de la raison et de la justice. 11) Marx et Engels « Il n’y a plus en Europe que deux forces réelles : la Russie et l’absolutisme, la Révolution et la démocratie... Les peuples de l’Ouest remonteront au pouvoir et retrouveront l’unité de but, tandis que le colosse russe sera ruiné par le progrès des masses et la force explosive des idées. » (New York Tribune, 31-12-1853) Il apparaît clairement ici que Marx partage les vues de ses contemporains démocrates et républicains concernant l’opposition entre les peuples occidentaux et le panslavisme, les premiers étant naturellement destinés à être les vecteurs de l’histoire et à changer la face du monde. Cependant l’Occident lui-même est divisé en deux camps rivaux, les puissances conservatrices et réactionnaires d’une part, les forces révolutionnaires de progrès d’autre part. Sa pensée dialectique amène Marx à considérer que le progrès de l’histoire naîtra de la confrontation des forces antithétiques : antagonismes entre Russie et Occident, conflits entre impérialismes nationaux, et surtout lutte des classes. Les puissances conservatrices ne sont pas le seul objet de leurs attaques, qui visent aussi un certain nombre d’idéologies dites « bourgeoises », même si elles sont l’expression de l’esprit républicain et démocratique. Ainsi dès 1849 Engels attaque dans la Nouvelle Gazette rhénane les « rêveurs » comme Lamartine et Ruge, qui croient au mirage de la fraternité des peuples et au fédéralisme européen. En 1850, Marx fustige les émigrés allemands en Suisse et leur « Comité central de la démocratie européenne ». Des hommes comme Ruge, Karl Blind, Fröbel, voire des socialistes comme Jacoby, B. Geiser, J.-R Becker ne sont pas non plus à l’abri des sarcasmes. Fröbel est accusé de s’être rallié à la bourgeoisie américaine et de prédire un avenir américano-russe. Du côté du pacifisme, la désapprobation n’est pas moindre. Marx tonne contre les « charlatans pacifistes » et refuse de collaborer au journal Les Etats-Unis d’Europe. Cette hostilité foncière envers l’idée d’« États-Unis d’Europe » fédératifs, qui a orienté durablement la pensée marxiste, requiert quelques explications concernant la conception de la nation et de l’État national chez Marx et Engels. Ils considèrent en effet que l’histoire travaille en Europe, depuis la fin du Moyen Âge, à la constitution de grandes nationalités, l’État national correspondant à la phase bourgeoise du processus historique. L’État national est donc nécessairement un Etat de classe, dont l’indépendance et la souveraineté sont justifiées par le fait qu’elles conditionnent dialectiquement le développement du mouvement prolétarien. De ces conceptions de base découlent deux affirmations : d’abord que l’Europe doit être composée de grandes nationalités consolidées selon le principe d’autodétermination, ensuite qu’il est nécessaire d’établir une hiérarchie entre les nations. Cette hiérarchisation rappelle de toute évidence la distinction hégélienne entre peuples historiques et non-historiques. L’essentiel pour [Engels] est la création de grands ensembles nationaux centralisés et doués de capacités révolutionnaires. La plus urgente des tâches est, pour lui comme pour Marx, l’affranchissement du prolétariat d’Europe occidentale. Dès le 4 septembre 1870, le jour de la proclamation de la République, le Conseil fédéral des sections parisiennes de l’Internationale s’était adressé aux démocrates socialistes allemands pour leur proposer la réconciliation des deux peuples et la création d’une république universelle des Etats-Unis d’Europe, programme certes peu orthodoxe en matière de marxisme, mais qui n’empêchera pas Marx de dresser, dans La guerre civile en France, un monument aux révolutionnaires de Paris, fussent-ils proudhoniens, blanquistes, anarchistes ou libertaires. Une chose est sûre cependant : le grand mérite de Marx et d’Engels est de dépasser un horizon strictement européen et de donner une vision globale de l’évolution politique, économique et sociale. Ils sont, avec Tocqueville, Fröbel, Jörg parmi les premiers à avoir jugé l’Europe de manière relative, en fonction des impératifs de la situation mondiale, à avoir annoncé l’ascension des puissances extra-européennes et à avoir soumis à une analyse méthodique les répercussions des événements mondiaux sur l’état de l’Ancien Continent. 12) L'Europe des économistes Comme List, et aussi comme d’autres, [Lorenz von Stein] est préoccupé par la future et redoutable concurrence de l’Amérique. Comme Marx, il est impressionné par le développement du commerce américain au cours de la guerre de Crimée, et il en déduit qu’il serait bon « que l’Europe se sente unie face à l’Amérique ». Le plus petit des continents est miraculeusement parvenu à s’assimiler la substance de toutes les civilisations, à créer une philosophie commune, une conception fondamentale de l’univers, à laquelle l’auteur conseille de revenir constamment pour éviter l’affaiblissement de la conscience communautaire dans l’Europe moderne. Fidèle à ses principes de sélection naturelle, Albert Schäffle tient la race anglo-saxonne pour particulièrement vigoureuse. C’est pourquoi il envisage pour l’Europe une émulation fructueuse avec l’Amérique. La concurrence américaine forcera les Européens à « se rassembler en États-Unis d’Europe, graduellement et à partir de l’Europe centrale ». Élu député de Trieste au Parlement de Francfort, [Karl Ludwig von Bruck] devint dès 1848 membre du cabinet Schwarzenberg et orienta d’emblée sa politique vers l’unification de l’Europe centrale en un vaste ensemble économique allant de la Scandinavie à la Mer Noire, du Rhin à l’Adriatique. Ce bloc engloberait donc « tout le centre et la partie principale de l’Europe » et serait seul capable de concurrencer la Grande-Bretagne. Il tente d’harmoniser le système protectionniste et le système libre-échangiste en une vaste construction dont la cohésion reposerait sur l’identité des intérêts. Le centre du continent serait économiquement et politiquement organisé autour de Vienne, en une fédération regroupant l’Autriche, l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, la Hollande, la Scandinavie et l’Italie. Il s’agit pour Bruck d’agrandir le Zollverein grâce à des structures fédératives. D’ailleurs il fait du fédéralisme le thème de sa dernière œuvre Les tâches de l’Autriche (Die Aufgaben Österreichs, 1860), où il propose en 1859 de régler la question italienne par la création d’une confédération de la péninsule, qui viendrait compléter les confédérations germanique et helvétique. Bruck est mort à temps pour ne pas assister à l’écroulement de ses rêves, ruinés par l’avènement de l’Allemagne bismarckienne. La revue libérale Deutsche Vierteljahres-Schrift, a joué un rôle considérable dans le débat sur le principe national. Cette revue, qui avait compté F. List au nombre de ses collaborateurs et dans laquelle s’exprimait A. Schäffle, constate que les choses sont en train d’évoluer vers une interdépendance des nations et que « les temps de la vie économique nationale fermée sont révolus », l’industrialisation menant à l’internationalisme économique. Quant à Fröbel, il apportera en 1865 sa contribution à la libéralisation de l’économie et du commerce. S’interrogeant dans L’Autriche et le libre-échange (Österreich und der Freihandel, Wien, 1865) sur le problème de l’ouverture à la libre concurrence, il croit ne pas trahir la pensée de son maître F. List qui, comme lui, avait une connaissance directe de l’Amérique et était capable d’une vision dépassant les limites de la Mitteleuropa. Lujo Brentano (1844-1931), professeur à Breslau, puis à Strasbourg, Leipzig, Vienne et Munich, propose en 1885 la création d’une union douanière austro-allemande étendue aux pays balkaniques. Il est convaincu que le xxe siècle verra s’affronter de grands blocs concurrents et que seul un vaste rassemblement économique du centre et du sud-est de l’Europe sera à même de relever le défi. « On parle sérieusement d’une union douanière commune des États d’Europe centrale contre l’Amérique et la Russie », écrit de son côté en 1882 Gustav Schmoller (1838-1917), « socialiste de la chaire », professeur à Berlin et rédacteur en chef de la revue Jahrbuch für Gesetzgebung, Verwaltung und Volkswirtschaft. Dans l’article qu’il y consacre à La concurrence américaine et la situation de l’agriculture d’Europe centrale, en particulier de l’Allemagne, il élargit le cadre de sa réflexion en notant un peu plus loin : « Les Etats européens dans leur totalité (die gesamten Staaten Europas) seront obligés de faire cause commune pour soutenir la lutte du système douanier européen contre le système américain ». Reprenant en 1880 les idées de Bruck, Baussnern leur fait subir des extensions, des translations et des réductions successives, allant du rassemblement des pays germaniques (y compris l’Angleterre et la Scandinavie) à une « union douanière entre l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne et la France ». Baussnern part de l’hypothèse que l’avenir sera dominé par les grands empires économiques et que l’intérêt de l’Allemagne serait d’agir « comme régulatrice de tout le commerce mondial, afin de subsister à côté des puissances mondiales d’Amérique, de Russie et d’Angleterre ». Le philosophe Bruno Bauer, ancien « Jeune hégélien » pourfendu par Marx dans La Sainte Famille (1844), dénonce en 1880 les illusions de l’Europe et l’appauvrissement spirituel de l’Allemagne bismarckienne : « Les journaux allemands répandirent en octobre de l’année dernière la nouvelle qu’une vaste union douanière incluant la France et les Etats voisins plus petits allait inaugurer pour toute l’Europe centrale (Zentraleuropa) l’âge d’or du bonheur et du bien-être... Mais le seul côté réaliste et concret de cette idée était celui-ci : on a eu le sentiment, on a eu conscience que les Etats du continent, qui paraissaient grands, sont en réalité devenus très petits et commencent à s’atrophier ». A. Schäffle, partant de la traditionnelle union douanière entre l’Allemagne et l’Autriche, l’étend à l’ensemble du continent sous la dénomination d’« Association continentale ». Tous les Etats de l’Europe continentale, y compris la Russie, pourraient y adhérer, la solidité de l’ensemble étant assurée par la solidarité des intérêts matériels. La stabilité économique serait garantie par l’harmonisation de l’industrie et de l’agriculture, le règlement des problèmes monétaires dans le cadre continental, l’augmentation de la productivité, les mesures de protection contre les crises de l’économie mondiale. Il s’agit en somme, comme l’indique Schäffle, de trouver une troisième voie entre l’économie nationale et la libre concurrence mondiale. Devant la nouvelle situation mondiale, estime [Alexander von Peez], l’union de l’Europe est indispensable : « Si les Etats continentaux ne veulent pas être broyés économiquement, financièrement et ensuite politiquement par le géant anglo-saxon, s’ils ne veulent pas rétrograder peu à peu jusqu’au rang de petits États, menacés d’étouffement sous le poids de la surpopulation, de la prolétarisation, des partis, de la discorde et de la méfiance, ainsi que des armements qui en sont la conséquence, leur union est une nécessité ». A vrai dire, Peez n’envisage pas autre chose qu’une conférence permanente des représentants des Etats, en l’occurrence la France, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, les petites nations voisines, l’Italie, et éventuellement la Russie. Influencé par l’évolution de la situation diplomatique dans les dernières années de l’ère bismarckienne, il voit poindre à l’horizon une nouvelle menace, celle de la puissance russe, et revient à l’idée d’organiser l’Europe centrale autour de la Triplice en y adjoignant la Scandinavie, la Belgique, la Suisse, les Balkans et même la Turquie. Peez exprime le vœu qu’un jour la France, les Pays-Bas et les peuples ibériques rejoignent cette « union européenne ». Mais il n’ignore pas qu’il s’agit d’un vœu pieux, et c’est pourquoi il met quelque espoir dans un éventuel choc psychologique provoqué par le Congrès panaméricain de Washington en 1890 : « J’espère donc, déclare-t-il en avril 1890, c’est-à-dire peu après la chute de Bismarck, que le panaméricanisme éveillera tôt ou tard un « paneuropéisme », à savoir une alliance de tous les États européens à la manière des amphictyonies de l’antique Hellade... ». En réponse aux suggestions de Peez concernant la formation d’une « union européenne », l’économiste autrichien Alexander von Dorn (1838-1918) dénonce les mobiles nationalistes des hommes d’État en ces termes : « Je crains qu’il ne soit difficile d’amener les nations ou les Etats d’Europe, tant que leur situation ne sera pas pire qu’aujourd’hui, à conclure entre eux une entente, un cartel douanier qui en tout état de cause leur assurerait une existence sensiblement meilleure ». C’est en 1890 que le journaliste et publiciste prussien Konstantin Rössler (1820-1896) publie son écrit L’avenir des peuples de l’Europe centrale (Die Zukunft der Völker von Mitteleuropa), ouvrage nettement pessimiste où l’auteur dresse un constat de faillite. Selon lui, l’Europe véritablement européenne, en l’occurrence celle des peuples latins et germaniques à l’exception de l’Angleterre, est en train de jouer l’avenir de sa civilisation avec le sort de son économie. Voyons ses arguments : à l’extérieur, l’Amérique et la Russie s’émancipent et font surgir grâce aux technologies européennes des civilisations qui sont la négation de la culture, laquelle repose en effet sur des facteurs moraux et spirituels. A l’intérieur règnent l’anarchie, la discorde, l’autodestruction de l’économie et, partant, de la civilisation. Le monde romano-germanique, sommet de l’histoire, est voué à « un lent dépérissement ». https://books.openedition.org/septentrion/53848 Jean Nurdin - Le rêve européen des penseurs allemands (1700-1950) , 2003 Chapitre IV. Les libéraux allemands et l’idée européenne Friedrich List (1789-1846) Il constate tout d’abord que les puissances de l’Europe continentale doivent s’allier contre l’Angleterre, afin de ne pas renforcer sa domination croissante, et que Napoléon avait vu juste, mais qu’il a eu le tort de vouloir substituer à l’hégémonie britannique une hégémonie française. Considérant ensuite l’évolution des relations entre la Grande-Bretagne et les USA, ainsi que le rythme du développement américain, List écrit ce qui suit : « Les mêmes causes... auxquelles l’Angleterre doit son élévation actuelle feront parvenir l’Amérique, vraisemblablement dans le cours du siècle prochain, à un degré d’industrie, de richesse et de puissance qui la placera au-dessus de l’Angleterre autant que l’Angleterre elle-même est aujourd’hui au-dessus de la Hollande. » Un jour viendra, prédit List, où l’Amérique fédérée sous la tutelle des États-Unis tournera ses forces contre les Anglais, ce qui les forcera à sortir de leur isolement : « Alors la Grande-Bretagne cherchera et trouvera dans l’hégémonie des puissances européennes associées sa sûreté et sa force vis-à-vis de la prépondérance de l’Amérique, et un dédommagement pour la suprématie qu’elle aura perdue. » Il prodigue alors ces sages conseils qui prennent de nos jours tout leur sens : « L’Angleterre sera donc avisée de s’exercer de bonne heure à la résignation, de se concilier par des concessions opportunes l’amitié des puissances européennes et de s’accoutumer dès aujourd’hui à l’idée d’être la première parmi des égales. » Quelques mois avant sa mort, List ira proposer à Londres une alliance germano-anglaise et y écrira, en anglais, deux mémoires sur les raisons de sa démarche : l’ascension prodigieuse des États-Unis, l’esprit d’indépendance des Américains vis-à-vis de l’Europe, l’antipathie commune des Français et des Russes envers l’Allemagne. Mais en 1841, dans le Système national, il ne s’agit encore que de l’union du continent contre la suprématie britannique, et cette union ne peut être édifiée que sur l’association de nations libres et égales. La clé de voûte doit en être la nation, considérée par List et les libéraux comme l'échelon intermédiaire indispensable entre l’individu et l’humanité. C’est pourquoi il estime nécessaire de parvenir à l’unification allemande, notamment grâce au Zollverein, car « la civilisation, la formation politique et la puissance des nations sont conditionnées essentiellement par leurs conditions économiques ». Il découle de cela qu’une confédération ne peut être créée que par des nations ayant atteint un niveau analogue de culture et de puissance, et c’est précisément sur ce point que List critique les conceptions de Sully, de l’abbé de Saint-Pierre et des libre-échangistes. Pour lui, les projets irénistes, le cosmopolitisme, le droit international, ne peuvent trouver leur application en cas de disparité entre les nationalités. La tâche ultime de la politique est de parvenir à l’équilibre des puissances à peu près égales entre elles, ce qui suppose — et nous touchons là à un aspect très contestable des théories de List – que toute nation est fondée à remanier la carte de l’Europe selon ses besoins essentiels et légitimes. Notre économiste peut donc être tenu pour l’un des pères spirituels de la géopolitique. Il est vrai que son propos est d’entraver l’hégémonie d’une seule puissance, en l’occurrence l’Angleterre, et de rejeter « un monde d’États anglais dans lequel les nations du continent de l’Europe viendraient se perdre comme des races insignifiantes et stériles ». Après avoir battu en brèche l’impérialisme napoléonien puis britannique, List préconise l’organisation de l’Europe centrale autour d’une Allemagne protectionniste et industrielle, ainsi que l’extension du Zollverein à la Hollande, à la Belgique et à la Suisse. La « pomme de discorde » déjà évoquée par Leibniz doit se transmuer en « médiatrice entre l’Est et l’Ouest du continent européen », fonction qui lui revient de par sa situation géographique, sa constitution fédérative éminemment pacifique, sa tolérance, son ouverture au monde, sa culture. Une Allemagne unie économiquement et politiquement, disposant des ports néerlandais et belges, alliant les avantages des régimes monarchiques et représentatifs garantirait la paix de l’Europe et formerait « le centre d’une alliance continentale durable ».