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Alexis

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Tout ce qui a été posté par Alexis

  1. Incidemment, un pays qui pourrait renforcer sérieusement la dissuasion nucléaire combinée en Europe, sans rien faire au fond d'extraordinaire, c'est la Grande-Bretagne La dissuasion nucléaire est assurée aujourd'hui en Europe par deux centres de décision - Washington, pour les B-61 stationnées en Europe, par le moyen du NNPG le groupe des plans nucléaires de l'OTAN - Paris, pour sa dissuasion nationale, avant tout les ASMPA-R L'existence de deux centres de décision renforce la dissuasion, car un agresseur devrait prendre en compte deux risques que les défenseurs décident de passer au nucléaire De ce point de vue, quoi qu'on pense de la probabilité que l'un de ces centres prenne ce genre de décision et dans quelles circonstances, il est certain que l'existence de chacun d'eux renforce l'ensemble. Dans quelle proportion, à quel niveau, tout se discute, mais deux risques à prendre en compte pour l'agresseur c'est plus dissuasif qu'un seul ==>Trois, ce serait encore mieux ! Or, il ne serait pas très difficile pour Londres de redevenir un centre de décision indépendant ! Il suffirait de deux choses - Développer un nouveau moyen aérien de bombardement nucléaire. Londres disposait autrefois de la WE-177, une bombe à gravitation similaire dans le principe à l'AN-52, mais avec une puissance plus grande dans certaines de ses versions. Rien n'empêcherait la Grande-Bretagne de développer une bombe similaire (ce serait sans doute rapide), ou un missile aéroporté à tête nucléaire (plus long, mais les Britanniques sauraient faire de toute évidence) - Sortir du NNPG et affirmer que la Grande-Bretagne décidera de l'emploi de ses moyens nucléaires en fonction de la défense de ses intérêts vitaux. Pour le reste, la phrase "dimension européenne des intérêts vitaux" est déjà prise, mais je suis sûr qu'ils pourraient en trouver une autre
  2. Je pense que ce n'est pas tellement un "Il faut", parce que si c'était formulé comme cela l'Allemagne et les autres pays potentiellement concernés diraient Non. C'est plutôt : cela ne deviendra pertinent que si l'Amérique retire sa "dissuasion étendue" (ce qui n'est pas le cas), ou si l'Allemagne ou d'autres pays dans sa situation perdent confiance en cette "dissuasion étendue" (pas certain, mais possible) Sachant que le dire ne fait que formuler ce qui est clair de toute façon : ni l'Allemagne ni un autre pays ne renoncera au stationnement d'armes nucléaires américaines sauf à avoir perdu d'abord confiance, ou à ce que l'Amérique les retire d'elle-même
  3. Un entretien accordé par Bruno Tertrais, un des spécialistes de la dissuasion, au journal allemand Die Zeit Je le trouve très bien, pédagogique sur des sujets souvent mal compris dans les pays européens, tout en réussissant à être clair et concis - une véritable gageure. Et "à la bonne distance" avec une position respectueuse de nos alliés et de leur liberté d'appréciation et de décision, comme il se doit à l'évidence «Nous ne voulons pas de votre argent.» L'Allemagne peut-elle se mettre à l'abri sous le parapluie nucléaire français ? Entretien avec Bruno Tertrais, expert en armes nucléaires DIE ZEIT : Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, les craintes d’une guerre nucléaire se sont accrues en Allemagne. Ces craintes sont-elles justifiées ? Bruno Tertrais : Pendant la Guerre froide, l'Allemagne aurait été le théâtre d'une confrontation nucléaire. La crainte est donc profondément ancrée. Je le comprends, mais je considère ces craintes exagérées. La Russie est restée une puissance nucléaire responsable. Ces quatre dernières années, Moscou n'a pas eu recours à la coercition nucléaire contre l'Ukraine, l'Europe ou les États-Unis. Rien n'indique par ailleurs que la Russie envisagerait d'abaisser le seuil d'utilisation de l'arme nucléaire. La plupart des déclarations russes s'apparentent davantage à des rappels de l'importance de la dissuasion nucléaire qu'à des menaces nucléaires. Cela ne signifie pas qu'il soit inconcevable que Poutine utilise l'arme nucléaire, mais c'est extrêmement improbable. ZEIT : Même Olaf Scholz, lorsqu'il était chancelier, a publiquement mis en garde contre une guerre nucléaire. Tertrais : Joe Biden, alors président des États-Unis, nourrissait lui aussi ces craintes et se montrait donc très prudent. En tant qu’analyste, je pense que ces craintes sont exagérées. Mais en tant que chef d’État ou de gouvernement d’un pays occidental, il faut prendre en compte la faible probabilité de se tromper. C’est pourquoi je comprends en partie leur prudence. ZEIT : La France est elle-même une puissance nucléaire. Peut-être vous est-il plus facile de rester calme Tertrais : C’est possible. Mais des experts d’autres pays partagent mon analyse. ZEIT : L’Allemagne a vécu sous le parapluie nucléaire américain pendant des décennies. Aujourd’hui, des doutes grandissent quant à la valeur de cette protection. De nombreux regards se tournent donc vers la France. Pouvez-vous nous expliquer la différence entre la dissuasion américaine et la dissuasion française ? Tertrais : La partie française est plus petite et plus proche, et donc potentiellement plus crédible aux yeux de la Russie. ZEIT : Sérieusement, plus crédible ? Tertrais : Pourquoi serait-il moins crédible qu’un président français menace de mourir pour Helsinki qu’un président américain menace de mourir pour Hambourg ? Je pense que la proximité géographique, le fait que nous ayons un intérêt immédiat, direct et vital à l’intégrité territoriale de l’Europe, rendent nos menaces un peu plus crédibles aux yeux de la Russie. Une autre différence réside dans le fait que nous ne sommes pas formellement impliqués dans la dissuasion multilatérale de l’OTAN. Mais au final, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis abordent la question de la dissuasion nucléaire de manière très similaire. ZEIT : Les États-Unis possèdent bien plus d'armes nucléaires que la France. Cela n'a-t-il aucune importance ? Tertrais : Ce nombre peut avoir une importance psychologique. Mais il peut être contrebalancé par la crédibilité politique. Même certains Américains se demandent si un tel nombre d’ogives nucléaires est réellement nécessaire. Et la Grande-Bretagne participerait également afin de protéger l’Europe . ZEIT : La France possède un peu moins de 300 ogives nucléaires, la Russie un peu plus de 5 000. Les chiffres exacts sont inconnus. Pourquoi la Russie devrait-elle craindre la France ? Tertrais : Je reformulerais la question : pourquoi les chiffres devraient-ils être si importants ? La question cruciale est la suivante : la France croit-elle être capable de menacer de manière crédible et immédiate, même un grand pays comme la Russie, de dommages inacceptables pour ses dirigeants ? Je crois que la réponse est « oui ». Surtout, je crois que la Russie sait que la réponse est « oui ». ZEIT : Une autre différence réside dans le fait que la France ne possède pas d’armes nucléaires tactiques, c’est-à-dire aucune arme destinée à un usage limité sur le champ de bataille. Tertrais : Les armes américaines peuvent être utilisées partout, et il en va de même pour les armes françaises. Opposer armes nucléaires tactiques et stratégiques est une fausse dichotomie. Du point de vue du déploiement, il n’y a pas de réelle différence. Il existe des différences de portée et de puissance explosive. Mais qu’entend-on par faible puissance explosive ? Dix kilotonnes, est-ce encore faible ? La France a décidé il y a 30 ans d’abandonner cette distinction. Pourquoi ? Parce que nous pensons que tout recours à l’arme nucléaire modifierait fondamentalement la nature du conflit. La puissance explosive est bien moins importante que le fait qu’il s’agisse d’une arme nucléaire. Les sept étapes de la dissuasion européenne ZEIT : Autrement dit, l’arsenal français est-il suffisamment important pour dissuader la Russie ? Tertrais : Nous sommes flexibles dans notre planification. Cela vaut également pour l’arsenal nucléaire britannique . Ces options sont-elles suffisantes pour dissuader la Russie de manière crédible ? Il n’y a pas de réponse simple à cette question. De même, il n’y a pas de réponse simple à la question de savoir si 300, 500 armes, ou quel que soit le nombre d’armes requis, suffisent à dissuader la Russie. Pour la France, oui. Mais si l’objectif est de protéger toute l’Europe, est-ce suffisant ? ZEIT : C'est la question que nous voulions vous poser. Tertrais : Il existe deux perspectives différentes. Pour évaluer la crédibilité de la dissuasion nucléaire, on peut considérer que la superficie de la zone à protéger importe peu. Ce qui compte, c'est la capacité d'infliger des dommages inacceptables à l'adversaire. Selon une autre perspective, il faut être capable de causer des dommages à peu près équivalents au coût du conflit. La France défend actuellement la première position. Mais, dans le cadre du dialogue avec nos partenaires européens, ce débat est légitime. Car la crédibilité de la dissuasion est jugée par trois parties : l'État nucléaire, l'adversaire et les populations protégées. C'est comme le célèbre adage sur la beauté : la beauté est dans l'œil de celui qui regarde. La dissuasion est également subjective. ZEIT : La France souligne que son programme nucléaire est indépendant des États-Unis. La technologie nécessaire est 100 % française… Tertrais : Disons 99 %. Nous avons longtemps utilisé des avions ravitailleurs américains. Et des mégacalculateurs américains qui nous ont aidés pour les calculs des ogives. Aucun programme nucléaire n’est entièrement national, pas même le programme américain. ZEIT : Pourtant, la France a toujours veillé à agir avec la plus grande indépendance possible, même au sein de l’OTAN . À ce jour, elle ne participe pas aux consultations du groupe de planification nucléaire. Comment les autres partenaires européens peuvent-ils faire confiance à Paris ? Tertrais : Tout d’abord, tous les membres de l’OTAN, y compris l’Allemagne, reconnaissent depuis 1974 que la France et le Royaume-Uni contribuent à la sécurité collective de l’Alliance par leurs programmes nucléaires. Peut-être ne nous faites-vous pas confiance, mais il semblerait que vous pourriez. D’une certaine manière, cela nous ramène à votre question initiale : faites-vous confiance à un pays voisin dont la sécurité, de par sa situation géographique, son histoire et son économie, est étroitement liée à la vôtre, ou faites-vous confiance à un protecteur puissant mais lointain ? C’est à l’Allemagne de répondre. La décision concernant votre sécurité vous appartient, et non à nous. ZEIT : Emmanuel Macron a souligné à plusieurs reprises que la dissuasion française a une « dimension européenne ». En quoi consiste précisément cette dimension ? Tertrais : C’est un concept flou. Les Français n’ont jamais fait de proposition concrète pour une dissuasion européenne. Leur seule offre a été : « Discutons-en. » Ces discussions battent leur plein. Trump a modifié les termes des négociations. Les Allemands sont aujourd’hui beaucoup plus ouverts qu’auparavant. ZEIT : Les discussions officielles entre les gouvernements sont, bien sûr, secrètes. De quoi peuvent-ils bien discuter ? Tertrais : Pour simplifier le débat, j'ai élaboré un modèle : les sept étapes de la dissuasion européenne. La première étape consiste en des discussions conjointes, comme celles qui ont lieu actuellement. La deuxième étape : les nations alliées participent en tant qu'observateurs aux exercices nucléaires français ou britanniques. Cela ne s'est produit officiellement qu'une seule fois jusqu'à présent. La troisième étape consisterait en l'extension des exercices nucléaires français, par exemple par la participation directe des alliés. Ou encore en faisant en sorte que des avions de chasse français capables d'emporter des armes nucléaires survolent non seulement la France pendant les exercices, mais aussi l'Allemagne, la Pologne ou le Danemark. Une telle mesure serait bientôt possible. La quatrième étape : la participation à la protection des forces nucléaires britanniques ou françaises en temps de paix. Un navire de guerre italien, par exemple, pourrait contribuer à la protection des patrouilles des sous-marins nucléaires britanniques ou français. La cinquième étape consisterait alors en une forme de planification conjointe, qui aurait une très grande portée. La sixième étape : le déploiement d'ogives nucléaires françaises à l'étranger. Et la septième étape : le partage nucléaire. ZEIT : Même au niveau sept, le président français – ou une femme présidente – déciderait de l’utilisation des armes nucléaires, n’est-ce pas ? Tertrais : La décision finale se trouve toujours à Washington, Londres ou Paris. Même maintenant. ZEIT : Jusqu'où les alliés européens pourraient-ils, jusqu'où devraient-ils aller ? Tertrais : Je ne peux imaginer que les Britanniques et les Français proposent à leurs alliés non nucléaires la création d’un système de dissuasion nucléaire collective alternatif tant que le système américain existe. On peut aller jusqu’au niveau quatre, la participation à des exercices nucléaires et la protection des forces nucléaires britanniques ou françaises. Mais pas au-delà. Je pense qu’il ne faut pas franchir une certaine limite. « L’Allemagne ne paie pas les États-Unis pour leur programme nucléaire. » ZEIT : Pourquoi pas ? Tertrais : La coexistence de deux systèmes de dissuasion serait trop risquée et trop difficile à gérer. ZEIT : L'Allemagne n'a donc pas besoin d'armes nucléaires françaises tant que des armes américaines sont stationnées sur son territoire ? Tertrais : Une fois encore, il ne m’appartient pas de dire ce dont l’Allemagne a besoin pour se sentir en sécurité. Mais je ne crois pas que cela soit nécessaire à une dissuasion crédible. Je peux également affirmer qu’une discussion sérieuse sur le déploiement d’ogives nucléaires françaises hors du territoire français prendrait énormément de temps. Toutes les bases nucléaires de l’OTAN ont été ouvertes dans les années 1960. L’ouverture d’une nouvelle base serait extrêmement complexe et coûteuse. Par conséquent, je vous en prie, pas de déclarations hâtives concernant la présence de bombes nucléaires françaises en Allemagne ! ZEIT : Si la France ouvrait sa force de dissuasion nucléaire aux autres pays européens, devraient-ils la financer ? Tertrais : Si nous devions renforcer la dimension européenne de notre dissuasion nucléaire, nous estimons que cela resterait dans l'intérêt de la France. Il est donc absurde d'affirmer que l'Allemagne devrait payer. Soyons clairs : nous ne voulons pas de votre argent ! Si, un jour, dans un avenir lointain, une base allemande abritait des armes nucléaires françaises utilisables également par l'aviation allemande, alors l'Allemagne devrait financer cette base. Tout comme elle finance actuellement les bases américaines. Mais l'Allemagne ne finance pas le programme nucléaire américain. ZEIT : Dans un an, un nouveau président sera élu en France. Qu’adviendra-t-il des ambitions de dissuasion nucléaire européenne si les nationalistes remportent cette élection ? Tertrais : Il faut aussi considérer l’autre aspect de la question : la France élirait-elle quelqu’un qui ne serait pas perçu comme une force de dissuasion crédible ? C’est, par exemple, un désavantage pour le jeune Jordan Bardella, chef du parti et candidat potentiel du Rassemblement national (RN) . Presque personne ne peut l’imaginer aujourd’hui la main sur le bouton nucléaire. ZEIT : Et s'il était élu ? Tertrais : Tout comme aux États-Unis, un président peut prendre des décisions radicales, différentes de celles de ses prédécesseurs. Mais j'ai le sentiment qu'un président du Rassemblement national (RN) ferait tout son possible pour que la France continue d'être perçue comme une puissance nucléaire responsable. Le RN exige depuis longtemps que la France se retire à nouveau des structures de commandement intégrées de l'OTAN. Or, interrogé à ce sujet il y a un an et demi, Bardella avait répondu que l'Europe était en guerre et que le moment n'était pas opportun pour une telle mesure. Je crois que le RN a longtemps mal interprété ces débats. ZEIT : L'idée que la France ait un président qui ne comprend pas la dissuasion nucléaire n'est pas très rassurante. Tertrais : La plupart des présidents ne comprennent la dissuasion nucléaire que le jour de leur investiture. Il y a un moment, lors de l’investiture, où le président est conduit au bunker nucléaire sous le palais de l’Élysée et reçoit un briefing : « Monsieur le Président, ces armes sont désormais à votre disposition, et voici les dégâts qu’elles peuvent causer. » C’est un moment qui donne à réfléchir. ZEIT : En Allemagne, certains réclament un programme nucléaire national distinct. L’Allemagne ne serait-elle pas mieux avisée de construire sa propre bombe atomique ? Tertrais : En tant que Français, je suis bien mal placé pour vous dire ce qui est le mieux pour votre sécurité. Mais tout pays qui rompt avec des décennies de tradition et de contraintes juridiques au XXIe siècle ferait bien d’examiner attentivement les conséquences à long terme.
  4. Il ne restera pas "à parts égales". La part de chaque pays dans le contrat de développement - qui n'est pas encore signé - n'est pas déterminée, mais ce ne sera pas du 33/33/33 La part relative du GCAP par pays n'est pas non plus claire. Cela est un peu plus compréhensible, étant donné que le gouvernement et l'industrie ont tous deux déclaré qu'il ne devait pas s'agir d'un autre marché public de type Eurofighter, où un modèle rigide de pourcentage de « juste retour » avait été appliqué. Le gouvernement britannique affirme qu'il adoptera une « approche flexible » en matière de partage des tâches. L'approche du « meilleur athlète » devrait certainement valoir la peine. En fin de compte, cependant, il faudra rendre des comptes. Selon certaines estimations non officielles, la part du Royaume-Uni et du Japon serait de 40 %, et celle de l'Italie de 20 % (...) Un porte-parole du ministère britannique de la Défense a déclaré à Defence Eye que « le programme Global Combat Air est un exemple phare de partenariat en matière de capacités – renforçant les alliances, améliorant notre sécurité – tant dans la zone euro-atlantique que dans la zone indo-pacifique. La mise en place de cette capacité militaire vitale est extrêmement complexe, il est donc essentiel que nous disposions des bases adéquates. Le travail sera réparti proportionnellement en fonction des contributions financières et techniques de chaque pays, dans un esprit de partenariat égalitaire. » Soit dit en passant, l'entente entre les partenaires du GCAP est clairement meilleure qu'entre ceux du SCAF, mais il n'est pas exclu que des tiraillements ralentissent la progression - le contrat de développement aurait d'ailleurs du être signé fin 2025 Car enfin ce que dit le gouvernement britannique "Surtout pas le modèle Eurofighter" et "le travail sera réparti en proportion notamment des contributions techniques" me fait bigrement penser à ce que disent d'autres personnes, par exemple juste de l'autre côté de la Manche. Oui, c'est ça, des mangeurs de grenouilles Je n'imagine pas que ces tiraillements "tuent" le GCAP comme ils semblent bien partis pour "tuer" le SCAF, mais que ça le ralentisse significativement, peut-être
  5. Le message fondamental de l'article est résumé dans son titre Dassault Aviation : le groupe de défense qui bloque le projet franco-allemand de jet à 100 milliards d'euros Ce message est mensonger. C'est une répétition du point de vue, pour ne pas dire de la propagande de Airbus DS, qui est reprise sans nuance aucune, de façon totalement unilatérale Que l'article contienne aussi certains faits exacts sur l'histoire de Dassault ne change pas son message fondamental
  6. Merci pour le partage. Avant même de lire et de réfléchir, je poste la version complète de cet entretien sur ce lien
  7. Environ 36 000 personnes. Ce n'est pas petit, tout de même Concernant les plans intermédiaires pour le Leopard 2, je ne vois pas quoi reprocher aux Allemands en effet Même s'ils n'avaient aucun doute sur le MGCS, il serait dommage pour eux de ne pas valoriser et adapter ce qui existe déjà, alors même que la demande mondiale augmente - surtout en Europe L'Allemagne est d'ailleurs le dernier pays européen avec une chaîne de production de chars lourds. Ce n'est pas de leur faute s'ils n'ont pas commis la même sottise que leurs voisins, notamment nous qui avons fermé la chaîne du Leclerc en 2008
  8. Ca concerne la guerre d'Ukraine, mais c'est beaucoup plus large, je préfère donc le mettre dans ce fil On entend parfois l'idée que "les jeunes" seraient trop ceci ou cela pour être capables le cas échéant de combattre pour défendre leur pays (mous / égoïstes / faibles etc.) "Vous les imaginez dans les tranchées à Verdun ?" La réalité, qui n'est pas surprenante si on réfléchit un peu, est que les jeunes d'aujourd'hui sont probablement ni plus ni moins capables de cela que ne l'étaient les générations de 1880-1890. La meilleure preuve en est fournie par l'exemple ukrainien Voici un fil X où des soldats ukrainiens partagent leurs photos Avant / Après. Eux en civil, souvent des visages sympathiques mais qui ne donnent pas l'impression de combattants nés. Eux en militaire, tels que la guerre les a forcés de se transformer J'en laisse d'autres sous cache pour que la page reste lisible La tâche fondamentale de la défense (convaincre qu'on ne serait pas une proie facile) comme de la diplomatie (diminuer les occasions de friction entre nations) est bien sûr de faire en sorte que jamais la jeunesse française ne soit placée devant ce genre d'obligation
  9. L'une des choses les plus difficiles, peut-être la plus difficile, est lorsqu'on cherche à analyser une autre personne pour prévoir ses réactions de non seulement s'imaginer en pensée dans sa situation, mais de s'imaginer penser comme elle - Avec les dimensions d'idéologie, d'idées explicites et aussi implicites, qu'a cette personne - Avec aussi ses propres dimensions idéologiques et d'idées explicites et implicites, car aucun observateur n'est neutre sur ces questions C'est excessivement difficile Je pense que la difficulté principale et l'erreur sont identifiées par Vaujour, avec le bénéfice du recul. En revanche, les mots utilisés ne semblent pas corrects : ce n'est pas tellement la psychologie des dirigeants russes qui est en cause, encore moins leur rationalité, qui est la même que la nôtre comme de tous les autres êtres humains ! C'est l'idéologie qui sous-tend cette guerre - qui était difficile à détecter d'avance et surtout comprendre avec quel sérieux elle était suivie. Et les idées implicites, l'image de soi et des autres etc. Bref les éléments qu'utilise une personne pour exercer sa rationalité. Poutine est tout aussi rationnel que Macron, Zelensky, Trump ou qui que ce soit d'autre, c'est juste que sa rationalité s'exerce à partir d'autres éléments Personnellement, avec tout le bénéfice du recul (eh oui c'est plus facile !), je me rappelle de deux signes annonciateurs, deux alertes que j'avais négligées - En 2019, lorsque Constantinople reconnaît l'autocéphalie de l'Eglise orthodoxe ukrainienne, une connaissance orthodoxe et très sensible à ces questions réagit "C'est très grave, ça provoquera une guerre" (elle ne la souhaitait pas, elle la craignait) Issue de la fusion de l'Église orthodoxe ukrainienne (patriarcat de Kiev) et de l'Église orthodoxe autocéphale ukrainienne, elle est fondée en 2018 à la demande du président ukrainien, Petro Porochenko, et de la Rada, dans le contexte de la guerre russo-ukrainienne. Son autocéphalie est reconnue en 2019 par le patriarcat œcuménique de Constantinople et le patriarcat orthodoxe d'Alexandrie. Cette décision provoque un schisme entre les patriarcats de Constantinople et de Moscou. Plusieurs autres églises orthodoxes s'abstiennent de reconnaître cette nouvelle autocéphalie. - En 2020 (ou début 21 je ne sais plus), ma chère et tendre me signale que la propagande télévisuelle russe bascule de dire pis que pendre du gouvernement ukrainien vers remettre en question l'existence de l'Ukraine comme pays ("Tu vas voir, ils vont nous faire une guerre !") J'ai bien vu que ce changement de rhétorique était inquiétant, évidemment. Mais je n'y ai pas cru. Trop "fou"
  10. Voilà une meilleure manière de parler de ce sujet : par l'humour Ce contributeur X allemand partage L'histoire du FCAS jusqu'à présent... À gauche : la France courageuse, avec Macron et Dassault, qui tente simplement de construire un avion de combat européen capable de décoller d'un porte-avions. À droite : les Allemands, froids et peu fiables, qui insistent sur le partage des tâches et des décisions de conception, détruisant ainsi le FCAS. Ce à quoi l'un de ses compatriotes répond Moi ce que j'en retiens, c'est qu'on va à nouveau avoir les uniformes Hugo Boss et les capes stylées Voilà Un peu d'humour ne fait pas de mal Et rappelons le : "Une fin horrible vaut mieux qu'une horreur sans fin"
  11. Le Frankfürter Allgemeine Zeitung, journal "sérieux" (*) et "de référence" apporte une précision importante aux raisons de l'échec du SCAF Que dis je ! C'est une précision essentielle La relation de confiance entre Dassault et Airbus est considérée comme rompue. Dassault est largement accusé de se rapprocher des populistes de droite qui gravitent autour de Marine Le Pen Voilà. Et dire que d'aucuns cherchaient ailleurs l'explication de ce mystère ! (*) :
  12. Bon après ça reste un "Si". La BDLI et IG Metall ont proposé une politique, mais c'est la chancellerie qui décidera La probabilité de survie du SCAF est faible, mais Berlin aura plusieurs options s'il décide de s'en aller. Pas seulement celle que l'association et le syndicat défendent Je n'exclus même pas que le SCAF survive Disons 10% de probabilité ? Il suffirait que le gouvernement allemand, ayant bien soupesé les alternatives GCAP, Saab, partenariat LM, national pour, en vienne à conclure que c'est quand même Dassault et la France qui offrent la meilleure combinaison participation / capacités / coût Je ne l'exclus pas, pour la simple et bonne raison que ça me paraît rigoureusement vrai
  13. C'est une question qu'ils doivent se poser, j'imagine Investir suffisamment et suffisamment longtemps pour que MTU et en fait l'expertise sur parties chaudes qui lui manque serait un obstacle supplémentaire. S'il n'y sont pas prêts, il faudra bien se mettre en cheville avec un Safran ou un Rolls-Royce Il est vrai que les moteurs du Tempest seront probablement plus puissants donc ce serait peut-être plus logique pour le futur appareil allemand On pourrait finalement avoir un JNG (Jäger der neuen Generation, chasseur de nouvelle génération) qui ressemble un peu au Gripen, dans le sens d'être un mix d'éléments nationaux et étrangers, comme le moteur du Gripen est américain
  14. Cet article est plus précis La nouvelle est que l'Association allemande des industries aérospatiales BDLI et le syndicat IG Metall ont publié un communiqué commun défendant l'option de poursuivre le FCAS avec "la solution à deux appareils" L'objectif me paraît clair, il s'agit de pousser le gouvernement fédéral à financer Airbus DS Allemagne pour réaliser ce chasseur "non-Dassault", sans perdre le rôle que Airbus DS s'est attribué sur le "pilier" nuage de combat Naturellement c'est inacceptable pour la France sans une renégociation ab initio du partage des responsabilités sur le pilier nuage. C'est précisément parce que Dassault était prévu comme maître d'oeuvre du NGF que la France a accepté une position plus en retrait sur le nuage. L'Allemagne se retirant du NGF, tout doit être rediscuté L'Association allemande des industries aérospatiales (BDLI) et le syndicat IG Metall souhaitent la mise en œuvre d'une solution à deux appareils pour le futur Système européen de combat aérien du futur (FCAS). (...) Cela permettrait non seulement de résoudre le désaccord actuel, mais aussi d'éliminer les incertitudes liées à la planification, écrit l'association. Selon le communiqué, cela ouvre de nouvelles perspectives en matière de politique industrielle, notamment pour l'Allemagne. (...) « Une solution à deux appareils n’est pas un échec, mais plutôt la maturation du FCAS. Elle permet de concilier différentes priorités nationales et de réduire les frictions, car la coopération s’opère là où elle est économiquement et technologiquement pertinente », a déclaré Marie-Christine von Hahn, directrice générale de l’Association allemande des industries aérospatiales (BDLI). L’Allemagne dispose d’un solide tissu industriel composé de grands constructeurs ainsi que de PME bénéficiant d’une longue expérience dans la construction aéronautique, a souligné Mme von Hahn. « Grâce à un budget fédéral conséquent, nous sommes en mesure d’investir avec confiance et de mener ainsi des politiques industrielles ambitieuses. » (...) Le gouvernement allemand avait initialement prévu de prendre une décision concernant le FCAS avant la fin de l'année dernière. Cependant, cela ne s'est pas produit. Il semblerait que le dossier soit désormais entre les mains de la chancellerie Sur les passages que j'ai mis en gras - Le "budget fédéral conséquent" a sans doute éveillé les appétits de Airbus Allemagne L'objectif proposé semble être de financer la constitution en Allemagne de compétences dans les avions de combat comparables à celles de Dassault ou du moins de British Aerospace Cet objectif est certainement atteignable, mais il me paraît difficilement compatible avec les délais envisagés. Les compétences d'autres pays en avions de combat ont été construites en plusieurs décennies, aucune raison que l'Allemagne en soit incapable naturellement, mais aucune raison non plus qu'elle y parvienne beaucoup plus rapidement. Ni que ce soit gratuit, bien au contraire, de ce côté le "budget fédéral conséquent" tombe à pic - Coopération là où elle est pertinente : faut-il comprendre qu'un futur avion de combat allemand pourrait s'appuyer sur des moteurs EUMET, donc franco-allemands (Safran + MTU), avec Safran fournissant les parties chaudes ? Mais ce seraient sans doute des moteurs différents de ceux du futur ANG le successeur français du Rafale F5, puisque l'avion de combat allemand est censé être plus lourd ? - "Eliminer les incertitudes liées à la planification"... oula ! Elles risquent au contraire d'exploser, vu la nécessité de constituer des expertises (nombreux prototypes ?) avant de pouvoir commencer la conception de l'avion définitif. Si le gouvernement allemand mord à ce hameçon, ils risquent d'être déçus... ==>Si Berlin décide les yeux ouverts d'échanger délais plus longs + coûts plus importants contre plus grande souveraineté, là oui ça pourrait avoir du sens
  15. @rendbo @Alzoc @FATac @ksimodo Une précision importante, le "net approval rating" c'est-à-dire le taux d'approbation net a une définition précise ==>C'est le % des gens qui approuvent, moins le % des gens qui désapprouvent Il n'y a donc aucune ambiguïté dans l'indicateur ni aucun flou dans la manière dont il est construit. Je ne vois pas non plus comment la légende aurait pu être plus claire : c'est écrit dessus ! Quant à la source, l'institut de sondage Gallup est une institution depuis plusieurs générations, je ne vois pas de raison de supposer qu'il trafiquerait les chiffres Non, les neutres ne sont pas comptés. Pour la France par exemple, il n'apparait pas s'il y a 69% de gens qui désapprouvent Poutine et 10% qui l'approuvent, ou bien 79% qui le désapprouvent et 20% qui l'approuvent Cela dit, je ne suis pas sûr que ça change fondamentalement l'image Le principal intérêt de cette représentation à mon sens c'est de faire apparaître les nuances entre pays européens. La Pologne à -83 et le Royaume-Uni à -48, ce n'est pas la même chose. La Bulgarie à -18 c'est encore autre chose Un point saillant je dirais c'est que l'Empire austro-hongrois n'est pas mort il est beaucoup plus indulgent envers le dirigeant russe que les autres pays. A l'exception de sa tête autrichienne certes, ce qui prouve bien que l'Anschluss a réussi, mais le plus gros de l'Empire est sur cette position
  16. Visualisation intéressante de la cote d'approbation de Vladimir Poutine en Europe Source : KOS Data sur la base de sondages Gallup L'exception serbe est assez compréhensible historiquement. Ce que je trouve remarquable c'est plus généralement ce qu'on pourrait appeler l' "indulgence balkanique" envers le dirigeant russe
  17. Je crois que le potentiel de "いいえ" (iié = Non) du côté japonais est élevé Si j'ai bien compris, ce sont eux qui lorsque Londres a voulu faire rentrer Riyad ont dit que l'honorable Saoudien était fort honorable, mais qu'il irait être honorable ailleurs. Je n'exclus pas une répétition Je verrais plus Berlin aller du côté de Stockholm, même après la clarification de Saab comme quoi leur position ne serait pas si différente de celle de Dassault. Possiblement en s'illusionnant sur la capacité de l'Allemagne vu sa taille à imposer ses vues à la Suède du fait d'un levier plus grand Ou bien cette autre option : Je ne crois pas que ce soit une question de poids politique. Si l'Allemagne s'en va du FCAS, alors le plus probable est que Paris continuera à préparer l'ANG (avion de nouvelle génération, ex- "NGF"), reconfiguré en coopération française seulement, ou peut-être avec des partenaires différents (Inde qui sait ?). Probablement pour 2042-45, sachant que le Rafale F5 sera prêt pour 2035 comme bonne "première étape vers l'ANG" et que viser 2040 pour le suivant est probablement impraticable et de toute façon pas indispensable Pendant quelques années au début de sa carrière, le R92 Hubert Bonnisseur de la Bath n'embarquera que des Rafale F5 ==>Ce qui comptera, ce sera de développer un Rafale F5 au meilleur niveau - c'est en cours. Et de développer un ANG qui retrouve et actualise la "formule gagnante" du Rafale d'un avion performant, souverain, aux coûts maîtrisés et prêt à réussir au grand export (hors d'Europe) Tout ça, ce ne sont pas des questions de politique Je n'exclus pas que la position de Paris soit que si Berlin décide d'abandonner le SCAF, c'est à lui-même de le dire, et qu'il n'y a aucune raison que Paris fasse semblant de s'entendre sur une "reconfiguration" du projet qui serait en fait un abandon déguisé Le mieux à mon sens serait la séquence 1. Berlin dit qu'il ne fera pas le NGF et abandonne ce pilier 2. Paris en prend note, et prend ses décisions sur les autres piliers, essentiellement sur le pilier Nuage. Ou encore présente ses conditions pour continuer ce pilier là, qui de mon point de vue ne peuvent être moins que de rediscuter depuis le début le partage des responsabilités sur ce pilier
  18. Remarquable enquête du Monde sur les "Did", les grands-pères qui font la guerre. Car la moyenne d'âge dans les FAU est à 45 ans, les plus de 50 ans sont nombreux, les plus de 60 pas rares, ceci dans un pays où l'espérance de vie masculine est à 67 ans (contre 79 en France) Je ne reproduis pas tout, mais le reportage est accessible en totalité sur ce lien, je recommande Guerre en Ukraine : quand les « grands-pères » font la guerre (...) « Ce phénomène est certainement un de ceux qu’étudieront plus tard les historiens », assure Iaroslav Nyshchyk, chef d’unité, blogueur et historien lui-même. Pour parler de cette génération de soldats, un gradé français évoque pudiquement des « hommes dans la maturité ». Mais l’Ukraine n’est pas la France : l’espérance de vie masculine y plafonne à 65 ans, contre 80 ans dans l’Hexagone. Ici, on les appelle did, autrement dit « grand-père ». (...) Ancien pompier, Serhi s’était battu dans le Donbass en 2014, mais les combats étaient « plus lents », sans les drones qui ont révolutionné cette guerre. « Les drones, c’est difficile pour un vieux. Déjà avec l’ordinateur, j’ai du mal. » (...) Le soldat soupire. Les sentiments se bousculent. Nouveau coup d’œil vers les gamins joyeux qui déambulent. Et la fierté l’emporte, celle de servir encore : « On sait que le pays mise sur nous, les vieux. » (...) « On est un pays fragile, indépendant depuis trente-cinq ans seulement. Est-ce qu’il ne va pas disparaître, si on nous tue tous les jeunes ? », reprend le commandant, agriculteur dans le civil. Dans les centres de recrutement, on voit régulièrement un père se présenter à la place d’un fils qui a reçu son ordre de mobilisation, contrairement à eux. Tous lancent la même phrase : « Plutôt moi que lui. » « Notre génération a été élevée dans une société totalitaire, du temps de l’URSS, avec l’idée que nous serions de futurs soldats : se sacrifier pour la patrie éveille un écho en nous », explique Dmitro Krapyvenko, journaliste et aujourd’hui combattant. Il poursuit : « Nos enfants, eux, ont grandi avec d’autres valeurs : la démocratie, la liberté individuelle. » (...) Quand Internet fonctionne, Oleksander, 58 ans, jadis fonctionnaire, écoute les nouvelles du monde. Son compte rendu aux deux autres se termine chaque soir par leur blague favorite : « La paix approche, plus que quelques années à tenir. » (...) La dure logique de l'intérêt national - de la survie nationale - impose de remarquer que la vie d'un homme de 50 ans est précieuse, mais moins que celle d'un homme de 25 ans. Ne serait-ce que parce que le "Did" a déjà eu ses enfants, il a même probablement terminé de les élever Les lourdes pertes de la guerre d'attrition imposée par Moscou frappent un pays l'Ukraine dont la population est 4 fois moindre que celle de la Russie, qui plus est un pays où la dénatalité est encore plus prononcée qu'en Russie. Les jeunes hommes sont partout précieux, ils le sont sans doute encore davantage en Ukraine
  19. Il est utile de comprendre finement les langues étrangères - nouvelle illustration. Le Français Arnaud Bertrand, établi en Chine, explique les sous-entendus dans la retranscription de la dernière conversation Xi - Trump C'est... cinglant En gros, Xi par les références des classiques chinois qu'il utilisait insultait durement son interlocuteur, en soulignant sa faiblesse intellectuelle et morale et en suggérant qu'elle pourrait mener à des catastrophes pour son pays. Sans plus de référence et en langage direct, ça aurait donné quelque chose comme : essayez d'être quand même moins con et moins mauvais sinon vous allez provoquer des désastres pour les Etats-Unis Tout cela passant bien sûr à trois années-lumière au-dessus de la tête de Trump C'est toujours très amusant de lire les transcriptions chinoises des conversations téléphoniques entre Trump et Xi, car on y trouve toujours des références incroyablement sophistiquées à la Chine classique, avec des niveaux de sens implicites qui, on le sait, échappent complètement à Trump. C'est comme si Xi s'adressait à Trump comme à un collègue érudit en art de gouverner classique, et que celui-ci répondait : « Bon, on va produire 25 millions de tonnes de soja pour la saison prochaine, ça fait beaucoup de haricots, les amis ! » Cette fois-ci, c'est particulièrement drôle, car dans la transcription chinoise, Xi dit à Trump : « Il est toujours juste de faire une bonne action, aussi petite soit-elle, et toujours mauvais de faire une mauvaise action, aussi petite soit-elle. » Ce proverbe peut sembler anodin, mais il est en réalité extrêmement significatif lorsque l'on comprend sa référence. Il s'agit en fait des derniers mots prononcés par Liu Bei, l'empereur légendaire de Shu Han pendant la période des Trois Royaumes, à son fils et héritier Liu Shan juste avant de mourir. Le texte original est le suivant : « Ne fais pas de mal parce que c'est petit ; ne néglige pas le bien parce que c'est petit. Seules la sagesse et la vertu permettent de gagner la loyauté des autres. » (« 勿以恶小而为之,勿以善小而不为。惟贤惟德,能服于人 » - Wù yǐ è xiǎo ér wéi zhī, wù yǐ shàn xiǎo ér bù wéi. Wéi xián wéi dé, néng fú yú rén) Pourquoi a-t-il dit cela ? Pour deux raisons : 1) Parce que son fils Liu Shan était connu pour ses capacités médiocres et son caractère faible. Le sens est essentiellement le suivant : je ne te demande pas d'être brillant, mais au moins, respecte les normes morales de base, car les enjeux sont trop importants. 2) Le royaume - Shu Han - avait des fondations très instables, en proie à des menaces tant internes qu'externes. À l'intérieur, la puissance nationale était gravement affaiblie et la confiance populaire ébranlée par la défaite militaire. À l'extérieur, les puissants États de Wei et de Wu (les deux autres royaumes des « Trois Royaumes ») pesaient lourdement. Liu Bei, qui s'était élevé de rien grâce à sa bienveillance et à son autorité morale, savait que si son héritier ne pouvait pas au moins respecter les règles élémentaires de décence, tout l'édifice s'effondrerait. Comme on pouvait s'y attendre, les conseils de son père échappèrent complètement à Liu Shan. Shu Han s'effondra. Le surnom de Liu Shan était « Adou » (阿斗) et, à ce jour, son nom est synonyme d'incompétence désespérée avec l'expression très célèbre « Adou qui ne peut être soutenu » (« 扶不起的阿斗 », Fú bù qǐ de ādǒu). En Chine, dire à quelqu'un qu'il est un « Adou » est très insultant. Pour être honnête, même la plupart des Chinois ne comprendraient pas cette référence dans la transcription. Pour la plupart d'entre eux, « Il est toujours juste de faire une bonne action, aussi petite soit-elle, et toujours mauvais de faire une mauvaise action, aussi petite soit-elle » n'est qu'une expression idiomatique. Ce qui est bien sûr significatif en soi lorsque Xi dit cela à Trump : cette expression est utilisée dans la vie quotidienne pour dire à quelqu'un de faire preuve d'une décence élémentaire. Mais pour ceux qui comprennent la référence historique, elle est d'une précision dévastatrice. Disons simplement que les rédacteurs du discours de Xi ont mérité leur salaire sur ce coup-là. https://x.com/RnaudBertrand/status/2019277359611048151
  20. Juste, j'oubliais ce point pourtant très important. Contrairement à la Russie qui subit certes des inconvénients des sanctions occidentales mais rien qui bloque vraiment son développement, l'Iran est beaucoup plus touché et effectivement bloqué La pierre d'achoppement risque d'être les attentes irréalistes de la partie américaine Sauf si Trump décide de "faire semblant", comme autrefois il organisait des combats de catch. Appeler "accord du siècle" et "nous avons gagné !" un échange levée des sanctions économiques contre limites sur l'enrichissement de l'uranium et "gants" mis à la répression des dissidents (ce que Téhéran pourrait se permettre, après avoir tué des dizaines de milliers d'opposants les autres sont probablement moins allants ...)
  21. Oui. Et soyons clairs, les Européens n'y perdent rien ! Le Kremlin affirme que son offensive en Ukraine se poursuivra tant que Kiev n’acceptera pas ses conditions Le Kremlin a assuré mercredi qu’il «poursuivra» son offensive en Ukraine tant que Kiev n’aura pas accepté ses conditions, au moment où des responsables russes, ukrainiens et américains se retrouvent à Abou Dhabi pour un nouveau cycle de pourparlers. «Tant que le régime de Kiev n’aura pas pris la décision appropriée, l’opération militaire spéciale se poursuivra», a déclaré aux journalistes le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov. Récemment, le Kremlin avait affirmé que l’une des conditions «très importante» serait que que les forces ukrainiennes se retirent des zones qu’elles contrôlent encore dans le Donbass, dans l’est de l’Ukraine - Le "régime de Kiev" : la légitimité de l'Ukraine continue d'être niée - L' "une des conditions" est le retrait des FAU du Donbass : ce n'est pas la seule - La "décision appropriée" : il s'agit d'une décision binaire, accepter les conditions de la Russie ou non Bref, strictement rien n'a bougé depuis une année que Trump a lancé un cycle de négociations pour convaincre Moscou de mettre fin à la guerre Les commentaires optimistes comme quoi Moscou serait ouvert à terminer la guerre sur un compromis, par exemple en échange du seul retrait du Donbass, ne sont que des commentaires. Ce qui compte, c'est ce que Moscou dit. Et rien n'a changé. Sans surprise, j'ajouterais La Russie n'est prête à terminer la guerre que sur sa victoire. La victoire telle qu'elle la définit, et rien d'autre Oui, et il faut encore comparer jusqu'au bout, pas seulement avec les autres pays européens. L'endettement public "moyen" en zone € est un peu supérieur à 80% du PIB. La Grande-Bretagne approche de 100%, les Etats-Unis sont à 120%, le Japon au-delà de 200%. A 110% du PIB l'endettement public français est excessif, mais loin d'être record parmi les pays industrialisés Attention, je ne dis pas que ce n'est pas un problème, c'en est un à l'évidence ! Ce que je dis est que ce problème n'est pas au niveau le plus aigu, ni à comparer avec d'autres pays industrialisés, ni à comparer avec d'autres problèmes dont souffre notre pays Il est facile de citer des problèmes français plus aigus. Par exemple - Effondrement générationnel de l'éducation, là la France bat vraiment des records, d'où un handicap écrasant dont les effets se feront sentir pendant des décennies - Niveau de vie des actifs comprimé au point d'être inférieur en moyenne à celui des retraités, cas unique parmi les pays industrialisés Il est facile aussi de citer des problèmes français plus graves. Par exemple - La chute de la natalité, qui au même titre que l'effondrement éducatif a des conséquences multiformes et de très longue durée ==>Chacun de ces trois problèmes que je viens de citer est à lui seul plus grave que l'endettement excessif du pays Quant aux moyens d'y remédier, ils sont complètement hors charte
  22. J'aurais tendance à dire que le gouvernement américain actuel passe à l'étape "Négociation, et vas-y Steve mon copain promoteur immobilier, et tiens mon gendre Jared peut aider aussi" dans un cas précis : lorsqu'ils souhaitent quelque chose que la partie adverse refuse mais n'ont pas les moyens de l'imposer - Russie - Washington veut que Moscou arrête la guerre d'Ukraine mais n'a pas de moyen réel de pression (guerre économique peu praticable car les autres puissances refusent de s'y joindre, livraison d'armes à grande échelle refusée car trop cher) - Iran - Washington veut que Téhéran cesse ses massacres d'opposants et démantèle son programme nucléaire mais n'a pas de moyen réel de pression (frappes d'impact limité et pouvant conduire à des frappes iraniennes sur le pétrole du Golfe, invasion au sol hors de question) Witkoff est allé en Russie, a serré la paluche à Vladimir Poutine, et n'a bien sûr obtenu aucun changement de fond. Pas seulement parce qu'il n'est pas professionnel, mais parce que sa feuille de route est d'obtenir un changement majeur de la politique de la Russie tout en n'ayant aucun atout dans sa main. Certes, se greffe là-dessus l'illusion népotique typique de Trump comme quoi "tout va marcher parce que c'est un copain que j'aime bien il est très fort et moi je suis génial", mais même un diplomate chevronné ne serait probablement pas arrivé à grand chose à la place de Witkoff Au début, Poutine faisait semblant, il préservait du moins l'égo de Trump. Maintenant, il ne semble même plus prendre de gants, il a déclenché un bombardement record des infrastructures énergétiques ukrainiennes au moment même où le président américain avait déclaré qu'il y aurait trêve. Bref, il n'a cure d'humilier Trump en public Je ne suis pas sûr que Khamenei passera par une phase de préservation de l'égo trumpien. Il pourrait même aller jusqu'à l'humilier publiquement dès le début Maintenant, que se passe-t-il quand le gouvernement américain souhaite quelque chose que la partie adverse refuse et pense avoir les moyens de l'imposer ? Eh bien, demandez à Maduro ! Là, pas de négociation...
  23. Trump a choisi son équipe de cadors pour négocier avec les Iraniens Jared Kushner et Steve Witkoff dirigeront les négociations sur le nucléaire iranien avec le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, vendredi à Istanbul — Fox
  24. Les appels se multiplient pour le rapatriement des réserves d'or allemandes confiées aux Etats-Unis Certains craignent cependant que le gouvernement américain ne cède pas facilement Ces spécialistes ont une proposition concrète
  25. La seule alternative faisable (traités...) et fonctionnelle que je verrais serait de déployer l'un des escadrons "nucléaires" de l'AAE sur le territoire d'un allié à l'est de la France, en pratique Allemagne voire Pologne. Avec pour effet de signifier à l'adversaire potentiel que les intérêts vitaux de la France s'entendent bien jusque là Une façon de réduire la liberté du PR le cas échéant de déterminer où au juste est la limite du "vital". Et de le démontrer clairement à la Russie si elle imaginait s'étendre jusque là Je pense que c'est jouable du point de vue des traités à la condition impérative que pas un seul non-Français ne fasse qu'approcher de la moindre arme nucléaire Donc un statut d'extra-territorialité pour la base en question, en pratique ==>Mais attention, ce serait pour la France un engagement absolument majeur. A bien réfléchir ! Et à valider au préalable par un débat national, de toute évidence
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