Aller au contenu
Fini la pub... bienvenue à la cagnotte ! ×
AIR-DEFENSE.NET

Tancrède

Members
  • Compteur de contenus

    18 697
  • Inscription

  • Dernière visite

  • Jours gagnés

    166

Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Il y a aussi au Brésil une triste habitude, qu'on retrouve dans d'autres pays d'Amérique du Sud (et d'Asie d'ailleurs): le "nettoyage social", qui voit des groupes paramilitaires, des milices plus ou moins spontanées de "justiciers" autoproclamés, de policiers en civil, avec l'accord plus ou moins tacite des autorités, aller simplement dans des quartiers défavorisés pour buter du "parasite" (le mouvement des travailleurs en a ainsi fait l'expérience répétée). Même des gangs s'en mêlent parfois (ou en sont victimes), si ça les arrange ou, j'imagine, pour profiter de l'impunité à l'occasion. Les statistiques ne semblent pas beaucoup prendre en compte cette mortalité là; un fait qu'on retrouve par exemple aux Emirats où beaucoup de sans abris et travailleurs immigrés "disparaissent" dans le désert pour pas faire tache dans les belles villes toutes neuves.
  2. Oui, et même là encore, elle a beaucoup de limites, que ce soit à l'échelle des conflits entre rois, entre grands féodaux (ou de grands féodaux contre le roi), entre plus petits seigneurs.... Le droit de guerre privée n'est aboli que sous Philippe le Bel, et là encore, malgré la place d'une monarchie nettement plus puissante (rôle accru au XIIIème siècle, territoire détenu en propre qui est bien plus vaste), c'est très inégalement respecté, et toujours à la merci d'une lutte d'influence ou d'une lutte directe entre "grands" (qui peuvent couvrir, cautionner, protéger.... leurs vassaux ou d'autres si ça les arrange, voire entre dans leurs plans).... Et il ne faut pas oublier que dans bien des cas locaux, l'Eglise est aussi un "seigneur féodal" avec des intérêts qui nécessitent de faire partie des jeux politiques locaux: elle peut aussi encourager, couvrir, aider, cautionner (et pas parce que ça soutient une cause "juste"), et de ce fait, entraîner des réactions antagonistes. Dans certains cas, sinon, oui, elle a pu faire plier des souverains, notamment en marchandant son approbation d'un mariage ou d'une séparation, et l'histoire personnelle de Philippe Auguste montre que si les conditions (rares) sont réunies, elle peut contraindre en allant jusqu'à excommunier (selon divers "degrés", qui tous ont des conséquences bien réelles), voire jeter l'interdit sur le domaine royal ou le royaume (et là ça chie grave). Mais ça peut pas se faire si souvent, et on voit que sous Philippe Le Bel, l'essentiel de cette puissance temporaire est déjà perdue (cf imposition énorme du clergé et gifle d'Anagni, ou #dantafaceboniface). Face à cette nouvelle papauté qu'est Bruxelles, je propose donc d'adopter le plan Philippe Le Bel bis: on trouve quelqu'un pour aller baffer Juncker en public à Bruxelles!
  3. N'exagérons pas non plus la puissance de l'Eglise à cette époque: elle a pu avoir un certain effet sur la fréquence des guerres féodales dans certains cas, voire contraindre quelques royaumes quand les conditions étaient réunies pour (faut avoir le capital politique pour risquer le coup, ce qui ne marche pas juste parce que le pape le décide), mais ces conflits féodaux de toutes échelles ne se sont pas arrêtés pour autant et se foutaient bien dans la plupart des cas de la "régulation" par l'Eglise. On peut voir une relative accalmie des très nombreux petits conflits aux XIIème-XIIIème siècles plus en raison du niveau de concentration des domaines féodaux en occident, qui aboutissent à un plus petit nombre de plus grands ensembles, beaucoup plus tenus par des logiques internes que par une quelconque puissance de l'Eglise.... Mais quand ces ensembles clashent entre eux, ça fait des conflits plus conséquents (Plantagenêts vs Capets). Au Xème siècle, il y a un début de stabilisation parce que l'espace post-carolingien a atteint un premier stade de stabilisation et de reconcentration des grands espaces féodaux, qui permet un début d'équilibre, celui sur lequel l'élection d'Hugues Capet peut se faire (2 siècles plus tard, quand ça charcle entre Plantagenêts et Capets, il y a 3 fois moins de grands féodaux en France: polarisation de la terre et du pouvoir). L'Eglise a certes pesé et joué un rôle, mais seulement en aidant la logique fondamentale en place. Elle n'avait pas le pouvoir de changer la logique, d'inverser la tendance.
  4. Ben tiens: c'est que les parties prenantes, entreprises et gouvernements (pas les populations, mais les élus en place au jour J) locaux, multinationales et CIO ou FIFA, ont un intérêt bien senti à ce que ça arrive. Pour les élus locaux, c'est le plus pervers des systèmes: l'occasion d'emprunter et de redistribuer en masse (argent, contrats, faveurs....) dans une très courte période de temps, de faire de la pub, de donner les apparences de l'activité (et une réalité.... Chère et de très courte endurance), d'avoir un boost économique brutal qui s'apparente en fait plus à un fix d'héroïne. La dimension de coût qui a été atteinte par ces événements a dépassé de très loin un quelconque seuil de rentabilité depuis plus de 20 ans: c'est une illusion cruelle et chère, sans lendemains. Et pas mal de pays et villes ont commencé à s'en rendre compte: les JO d'hiver ont par exemple vu des retraits de candidatures (dont la Norvège). Faut arrêter d'alimenter ces deux mafias légales, parmi les plus odieuses, que sont le CIO et la FIFA.
  5. Ca fait maintenant un moment qu'il est plus que prouvé que les événements de ce type sont des gouffres à pognon ne créant pas de croissance (au mieux un petit boost estival, essentiellement pour des petits jobs sans lendemains) et beaucoup de dette (qui va elle dans les fouilles des grandes entreprises contractantes), l'investissement d'infrastructure étant très (trop) concentré (et organisé de manière trop spécifique) et en soi peu rentable même dans le moyen terme. Pour le Brésil, avoir non seulement la Coupe du Monde (dont l'absurdité des investissements a été pointée sous tous les angles possibles, et la construction d'infrastructures un pur cas de pork barrel politics) mais en plus les JO dans un délai si court, c'est un cauchemard pour leurs finances, et une illusion pour leur croissance. Mais c'est le genre de trucs qu'adorent les politiciens et les grandes boîtes. Heureusement que Paris a échappé à cette balle là.
  6. Je n'ai pas vraiment d'exemple historique en tête d'un phénomène de concertation ayant créé une solution durable (à l'échelle même de la seule vie des participants à la concertation) qu'on puisse assimiler à un semblant de début d'Etat de droit (malgré tout ce que les Anglais veulent se rebattre le nombril avec la Magna Carta): l'autorité inconstestable naît parce que quelqu'un, quelque part dans ce système, arrive à s'imposer de façon si écrasante qu'un Etat au sens où nous l'entendons peut naître, ou s'il y a un équilibre durable des pouvoirs en présence. Non seulement un équilibre durable, mais indépassable ET perçu comme tel par toutes les parties prenantes, avec une conscience que toute poursuite du système sera destructrice, ce qui implique que chacun renonce à une partie réellement significative de son autonomie et de ses moyens d'action, confiés à un "pot commun" suffisamment puissant pour en retour pouvoir assurer cette régulation.... Autant dire que ça n'arrive JAMAIS. Un tel procédé peut se dérouler (et l'a souvent fait, avec plus ou moins de spontanéité et plus ou moins de contrainte), mais le "pot commun", au moins au début, ne sera jamais suffisamment alimenté pour avoir de quoi s'imposer (c'est le principe du primus inter pares), et dans la réalité, c'est l'un des membres qui est désigné pour cet office, avec rarement plus que des attributs et moyens symboliques (en plus des siens propres) pour s'imposer. Là où un Etat a pu se créer sur un tel système, c'est uniquement quand la dite entité centrale a pu, généralement au fil de nombreuses générations, et par l'étape occasionnelle d'un individu particulièrement fort, s'imposer au-delà de ce qu'il était censé faire. Il faut dire aussi que l'existence d'un ennemi commun a pu aider occasionnellement, tout en gardant à l'esprit que la féodalité est comme un phénomène régional; dans le cas de la France, il a fallu attendre longtemps pour qu'une conscience de cette abstraction puisse émerger même dans l'esprit des grands féodaux eux-mêmes qui se percevaient avant tout comme des entités souveraines, des Etats, aptes à battre monnaie, à faire leurs lois chez eux, à lever leurs impôts et leurs troupes, à traiter avec d'autres pays (et des féodaux d'autres pays) sans demander l'avis de personne, et certainement pas du roi. Il a fallu que l'espace qu'était la France soit réellement menacé en tant que tel (ce qui nécessite avant que beaucoup de temps passe qui sédimente un peu les futurs espaces nationaux dans les habitudes et la pensée des dirigeants du continent) par "l'extérieur" (notion difficile pour le Moyen Age) pour que l'on commence à prendre plus conscience qu'il existait. Un contre exemple: la Pologne du bas Moyen Age et de la Renaissance. C'est un espace qui est resté plus un espace féodal qu'un pays. L'union polono-lithuanienne, quand on la regarde dans le détail, était un assemblage hétéroclite, complexe et branlant qui n'a tenu (pendant une période au final assez brève) que par quelques grandes figures et un expansionnisme qui soulageait les tensions internes. Pour le reste, la Pologne était un exemple de cette "concertation" féodale et de son incapacité à produire un Etat. Quand, en occident, des entités centrales plus puissantes ont commencé à se mettre lentement en place, la Pologne prenait le chemin inverse avec l'ascension des magnats (au final un phénomène de concentration capitalistique) qui, de fait, formaient une oligarchie féodale invalidant la réalité du pouvoir central, plus un symbole qu'autre chose, et certainement incapable de les empêcher de faire quoique ce soit.
  7. Il n'y a pas vraiment de régulateur assez fort pour imposer une règle équitable et unique pour tous les acteurs du jeu, et la stratification que tu évoquais devient un des piliers du système, en ce que l'un des points fondamentaux du principe médiéval est le poids de la relation directe qui prime sur tout principe plus générique. La féodalité, c'est le rapport clientéliste d'homme à homme, de souverain à vassal, à tous les étages de la pyramide; dès lors qu'on n'a pas un rapport direct, toute loyauté (et donc tout respect du supposé "système général") se dévalue vite à mesure qu'on s'éloigne dans la hiérarchie. Et comme il n'y a pas de régulateur, même la relation directe est d'un poids limité pour s'imposer à l'intérêt particulier dès lors qu'au moins l'une des parties a (ou estime avoir) suffisamment de moyens d'agir (y compris la violence physique, hashtag redwedding) pour avancer ses pions.
  8. A ses débuts officiels (ça existait en fait depuis longtemps, et aussi ailleurs: là on parle de la féodalité médiévale européenne), peut-être.... C'est-à-dire sous Charlemagne, et avec Charlemagne seulement.... Qui a quand même passé l'essentiel de son règne à valser d'un incendie à un autre. Le point de la féodalité est que le souverain, censément le plus puissant, n'est qu'un "primus inter pares" entre les grands seigneurs d'un territoire censément "uni", soit un compromis par essence instable en tout sauf en principe (même si les féodaux lui font la guerre, le roi reste le roi.... Pour ce que ça veut dire), établi entre entités souveraines de rang comparable, avec des prérogatives plus ou moins significatives attribuées au monarque. Quand Hugues Capet est élu roi, c'est en partie parce qu'il est riche, en partie parce qu'il a bien joué son coup, en partie parce qu'il a le soutien de la plus puissante faction de l'Eglise en France, en partie parce que son domaine est central (= plus d'accès à lui, mais aussi possibilité de l'attaquer de partout), mais surtout parce qu'il a l'un des plus petits territoires et n'est perçu comme un réel danger par aucun de ses pairs. Côté allemand, les débuts du St Empire avec la dynastie saxonne auraient pu s'annoncer ainsi si les fondamentaux qu'avaient Otton Ier avaient été maintenus.... Essentiellement contrôler en propre le territoire le plus vaste, riche et puissant, le royaume de Germanie, qui n'a pas existé dans les faits très longtemps. On trouve la même chose en Pologne, et sous une autre forme dans l'Empire byzantin à partir des réformes thématiques qui établissent une féodalité de fait et offrent à ceux qu'on appellera les "dynatoi" des leviers de pouvoir inespérés via l'enracinement dans des fiefs complets (avec autonomie fiscale et militaire). Le point de la féodalité est qu'il s'agit censément d'un équilibre des pouvoirs.... Entre féodaux. Et cet équilibre n'existe réellement qu'en théorie; il est par essence un régime dont la pertinence n'est qu'abstraite, et la réalité éminemment concurrentielle et, souvent, conflictuelle, même au sein des entités féodales composant l'Etat (le modèle se reproduit entre les vassaux des grands féodaux, entre leurs vassaux....). La seule possibilité d'une relative stabilité est que l'entité centrale parvienne à réunir suffisamment de capital politique, financier, militaire.... Pour imposer l'ordre, ce qui n'a correspondu, dans la réalité des faits, qu'à quelques monarques à qui il a généralement fallu toute leur vie pour arriver à obtenir cela pendant quelques années (en France: Philippe Auguste, St Louis, Philippe le Hardi, Philippe le Bel, Charles V, Charles VII, Louis XI, François Ier, Henri IV), avec essentiellement tout à refaire pour leurs successeurs parce que la succession est un grand rebattage de cartes, que tout dépend souvent plus du monarque lui-même (de son "équipe" et de ce qu'il a pu accumuler et faire vivre comme système propre) que de moyens structurels (qui manquent), et que la façon dont la propriété, le capital (foncier, financier, politique) et les clientèles se transmettent est très particulière. La dernière guerre féodale, c'est la Fronde, pendant la jeunesse de Louis XIV, et c'est lui qui peut capitaliser sur ce qu'ont pu bâtir (essentiellement au XVIème siècle, mais surtout sous Richelieu et Louis XIII, et son propre parrain, Mazarin) ses prédécesseurs récents. Yep.... Les intérêts particuliers des plus forts, évidemment. Et absolument sans contrepartie, garde-fou ou moyen d'équilibrer. C'est un jeu immensément complexe, avec BEAUCOUP d'intervenants privés ("des intérêts économiques", c'est résumer en 3 mots un vaste univers de complexité: il y en a de toutes tailles, de tous secteurs, de tous pays, y compris de nombreux non européens, beaucoup sont des entités de fait réellement multinationales en termes d'intérêts, d'emprise, d'allégeances.... Certains sont liés à d'autres Etats dont ils sont des agents ou des complices....), certains non gouvernementaux (religions, causes quelconques....), et les logiques d'Etats (elles-mêmes en internes plus ou moins contrôlées par des intervenants privés). Et l'Etat (seule entité représentative de l'intérêt général au sens large, et disposant d'une légitimité et d'une responsabilité quand à la population) a perdu beaucoup de latitude d'action pour pouvoir affronter cette masse d'intérêts contradictoires.
  9. Un point important sur lequel je me permets d'insister pour la compréhension de la politique américaine et ses différences par rapport à celle qu'on peut plus trouver en Europe, est ce qu'on appelle là-bas "Identity Politics". On souligne facilement que l'électeur moyen en sait très peu sur le fonctionnement des institutions, des partis et des élus, et c'est souvent, au moins en partie vrai. On souligne qu'il s'intéresse peu à la politique et consacre peu de temps et d'efforts à la compréhension des choses qu'elle implique, même s'il s'investit plus que dans d'autres pays pendant le processus électoral, et c'est souvent assez vrai. On souligne souvent qu'il en sait peu sur le fonctionnement de l'économie et des affaires du monde, de son pays et de sa région ou de sa ville, et c'est aussi souvent en partie vrai. On insiste sur le peu d'emprise que le dit électeur moyen peut avoir sur son système politique local ou national, ou sur son parti de choix, et, plus encore, qu'il a une perception distordue de la réalité de son emprise sur la chose, sous-estimée en certains endroits, très surestimée sur d'autres points.... Et c'est aussi très souvent vrai. On souligne tout ça et plus encore, et on aurait raison de dire que réalités et perceptions sont anormalement éloignées aux USA, surtout depuis quelques décennies, avec pour corollaire un sentiment de désaffection (qui a mille causes) et de dépossession du sentiment d'appartenir à un système politique et de pouvoir y peser. Ce qu'on devrait aussi souligner, ce sont les recours qui aident (et peuvent être instrumentalisés) le dit électeur à se repérer dans le flot d'information et de sentiments contradictoires qui l'assaillent dans un marché politique saturé de messages, et lui offrent, à défaut d'objectivité, une appartenance, une identité et, par là, un sentiment d'emprise sur les choses. Aux USA, ce sont les identités politiques qui, plus qu'ailleurs, ont une force réellement tribales, d'autant plus accrues que les élections n'ont qu'un tour, donc aucune chance de voter pour ses sentiments: on voit là d'ailleurs l'importance croissante du rôle des primaires et des oppositions qui s'y déroulent, qui risquent de rendre les plates-formes nationales, voire d'Etats dans certains cas, absolument ingouvernables. Et l'Identity politics, dans un pays aussi vaste, peuplé et divers que les USA, où les organisations peuvent atteindre une taille critique les rendant permanentes et puissantes (donc devenant des organismes autonomes ayant une vie et un agenda propres), c'est l'appartenance de secours qui prend une place toujours plus importante à une époque où l'Etat n'est plus ce qu'il a été: c'est un recours identitaire au moins autant qu'un choix d'engagement et/ou de vote. L'appartenance à un des deux grands partis est, aux USA, souvent d'une autre nature qu'en Europe: ils sont là depuis longtemps, et en être membre est en grande partie un fait héréditaire et enraciné dans la culture individuelle, ce qui explique par exemple pourquoi la majorité des électeurs républicains ont, cette semaine, "accepté" un Trump que la majorité d'entre eux n'aiment pas et en qui ils ne croient pas. C'est plus que de la discipline de parti, c'est une identité. Une identité qui déforme le prisme de perception, et fait d'Hillary Clinton, au-delà de tout argumentation raisonnée, un "ennemi pire que la peste" de façon essentielle, et non juste une politicienne establishment-type qu'on n'aime pas et pour laquelle beaucoup de républicains, en des temps moins polarisés et plus apaisés, voteraient parce qu'elle est (comme l'a dit un éditorialiste satyriste conservateur cette semaine), "bad within normal parameters" ("mauvaise dans les limites habituelles"), par rapport à un Trump qui est une catastrophe sur pattes. Au-delà de la seule appartenance à un parti, qui ne concerne plus que 2/3 des électeurs (et beaucoup moins encore qui votent aux primaires et s'impliquent réellement) contre 80% il y a encore 20 ans, l'Etat est souvent une autre identité, surtout dans le vieux sud et certaines zones du Midwest, la religion en est une autre, le courant politique (plus ou moins lié à un parti) en est une, et le groupe ethnique, évidemment, en est encore une. On ne parle pas juste là d'un sentiment ou d'un composant de la personnalité qu'on garde pour soi, mais d'un vrai sentiment d'appartenance qui se traduit en termes de modes de vie, d'adhésion à un corpus d'idées politiques plus ou moins limité, d'adhésion à des groupes ayant plus ou moins d'implication dans la vie publique et politique, de contributions financièreset de temps consacré.... Cela existe en Europe, évidemment, et la chose s'est développée ces dernières décennies, mais à un bien moindre degré (ou en tout cas échelle) dans la plupart des cas. Le fait a toujours existé aux USA de façon plus développée qu'ailleurs, et on peut dire que l'histoire courte de ce pays récent en est une des causes, qui a longtemps eu ainsi besoin d'identités de substitution avant de pouvoir trouver un récit national suffisamment fourni et puissant. C'est en parti vrai et infiniment complexe. Mais, et là je me focalise plus sur l'appartenance aux partis, la chose a encore plus pris en importance ces dernières décennies, particulièrement côté républicain. Si certains ont du mal à comprendre pourquoi Trump récolte autant de votes républicains, au-delà du seul vote protestataire, l'explication est en grande partie dans cet aspect particulier de la mentalité politique américaine. C'est aussi, par exemple, pourquoi des termes (tout aussi identitaires ailleurs) comme le "socialisme" de Sanders (en fait de la social démocratie soft à l'allemande) ont du mal à passer, parce que le mot lui-même est associé à certains imaginaires (et assez synonyme de "communisme" dans une bonne partie de la population -surtout de droite- US), alors que la plupart de ceux qui condamnent ainsi Sanders approuvent dans le détail ses programmes dont ils veulent la préservation ou même le développement quand ils existent déjà (Medicare, Social Security....). Le rejet est ici épidermique, purement identitaire, un acte réflexe lié à la façon dont certaines étiquettes ont existé dans l'imaginaire des groupes politiques américains depuis longtemps. Sanders a commencé à faire évoluer la perception de ce terme particulier. Mais commencé seulement.
  10. J'ai vu que la cote de popularité de Temer (ou étaient-ce les intentions de vote en cas d'élection?) était à 1%.... Ce qui est un chiffre assez ironique quand on observe quelle part de la population il semble représenter politiquement. J'ai lu et entendu quelques journalistes parler de toute l'affaire de "mise à l'écart" de Roussef et de prise du pouvoir de Temer comme d'un "coup d'Etat corporate" (certains disant même que c'était une manoeuvre préparée de longue haleine et planifiée, ce qui me semble pousser le complotisme loin), essentiellement pour le profit de l'oligarchie et des précieux "investisseurs étrangers" que le nouveau président semble invoquer 3 fois par phrase comme de miraculeux sauveurs qui vont amener l'or, la myrrhe et l'encens pour chaque brésilien.... Si seulement ils faisaient pas trop chier et renonçaient à.... A peu près tout en attendant que ces deus ex machina pondent leurs oeufs d'or et installent leurs cornes d'abondance. Le terme de "coup d'Etat" me semblait un peu mélodramatique et lié à l'indignation et à la gesticulation d'une Roussef aux abois, mais si d'autres pays refusent de reconnaître la légitimité de la chose et font plus que traîner les pieds, ça semble peut-être avoir plus qu'une résonnance esthétique saupoudrant un jeu politique pourri, mais somme toute "normal". Quel aspect a pris cet arrêt "de toutes les enquêtes contre la corruption"? Des juges cassés, des budgets suspendus, voire supprimés (des menaces?), ou simplement un décret de fait que toutes les affaires que l'enquête contre Roussef a explorées sont désormais terminées? La Justice brésilienne a t-elle aussi peu de moyens de décider de son propre agenda? Il me semblait pourtant que Sergio Moro avait été en mesure de prendre beaucoup d'initiative et d'avoir beaucoup d'autonomie dans son enquête sur Petrobras/Odebrecht: n'était-ce que parce que quelqu'un lui avait laissé la bride sur le cou? Parce qu'il était en "service commandé" ou indirectement téléguidé? Vu qu'il a suivi le International Visitor Leadership Program du Département d'Etat américain, et en rajoutant les fuites Wikileaks sur les rapports de Temer avec l'embassade US, les rumeurs d'un rôle étasunien dans toute cette histoire pourraient fleurir (mode conspirationniste ON). L'une des questions majeures qui se posent, plus sérieusement, réside dans la façon dont la population brésilienne va réagir, et surtout, va POUVOIR réagir: si le parti jusqu'ici au pouvoir est d'un coup non seulement décrédibilisé, privé de son leader et de ses positions clés, et si les alternatives ont encore moins de crédibilité, de popularité et de légitimité acceptée, qu'est-ce qui peut être fait? Il n'y a de fait personne pour empêcher Temer de faire ce qu'il veut: aucune plate-forme politique alternative qui ait un semblant de crédibilité, de leviers de pouvoir et d'assise populaire suffisante: ça semble une recette pour créer une situation de "moi ou le chaos", vu sous l'angle du nouveau "président par interim". Si des manifs sont attendues, ont-elles un fort potentiel de violence? Si oui, y'a t-il quelqu'un (individu et organisation) qui peut surfer dessus côté rue/société civile? Si non, Temer a, malgré son impopularité extrême, un boulevard, il me semble, en étant de fait le seul à pouvoir essayer de maintenir l'ordre et faire fonctionner le pays, simplement par vertu d'être en place. Je conjecture avec le peu que je connais, et je manque vraiment trop de connaissances sur la réalité de la représentation brésilienne et le fonctionnement des partis à la Chambre, mais l'éclatement de la dite représentation me semble extrême et fragile, et dans une telle situation, les coalitions sont encore plus bancales qu'à l'ordinaire (et la norme semble déjà être fragile au Brésil, vu la répartition de l'Assemblée).
  11. Tancrède

    Nanas au combat

    On est d'accord. Pour les guérillas, insurrections diverses, mouvements indépendantistes/guerres d'indépendance, je renvoie à Martin Van Creveld qui détaillait plus la chose dans son livre sur le sujet, afin particulièrement de casser les mythes de masses de passionarias le fusil à la main, qui étaient plus des exceptions, mais ont aussi et souvent été sur-représentées dans l'iconographie, non seulement via les mouvements eux-mêmes qui savent toujours que c'est vendeur, mais encore par leurs adversaires qui utilisent généralement la chose pour condamner et exposer une supposée "monstruosité" (que ce soit dans le registre "ils envoient leurs femmes à la mort", "ils laissent leurs femmes combattre à leur place", ou celui du "même leurs femmes sont tordues"), et peut-être plus significativement par les témoins et tierces parties de toutes époques, journalistes en tête (mais aussi historiens), qui focalisent sur le fait des femmes à la guerre non seulement pour le côté plus accrocheur, mais surtout parce qu'il y a des biais dans la perception humaine qui favorisent cette mise en exergue (fascination pour l'anecdote et l'exception, plus d'attention pour les quelques femmes sortant de leur "rôle/place", biais cognitif en faveur des femmes, surtout dès qu'elles font quelque chose hors de ces rôles "traditionnels", même si la fonction elle-même casse pas 3 pattes à un canard -ça devient un exploit dans la perception-....). Ainsi, dans des circonstances de tels conflits "improvisés" (dès qu'un semblant d'organisation stable de grande échelle est réalisé, des critères peuvent être établis, des fonctions assignées avec une forme plus ou moins développée de cursus, on voit les choses changer), les femmes "combattantes" sont en immense majorité dans des fonctions de soutien (intendance, certes, mais aussi communications/transmissions, analyse, décryptage....), et, pour celles qui font de "l'opérationnel", on constatera plus des rôles précis (renseignement par exemple) et des degrés très variables de formation aux armes et de participation au combat (généralement limité à la défense statique de bases/territoires existants, plus dans des cas de mobilisation ponctuelle qu'autre chose). AInsi, dans ce registre, l'un des mythes les plus persistants est en Israël, où on constate une telle division du travail même pendant la guerre d'indépendance, et même au sein des forces considérées les plus "progressistes" comme le Palmach où le degré de mixité a toujours été extrêmement mis en avant pour la pub. Et ça n'a pas beaucoup changé depuis pour Tsahal. Connaissez-vous même un seul cas où le mythe ait été aussi développé, soit aussi éloigné de la réalité.... Et persiste encore tellement aujourd'hui?
  12. C'est un terme assez générique qui renvoie plus à l'évolution des sociétés modernes (et d'ailleurs pas que les modernes) dans l'histoire récente qu'à celle des Etats seulement: le terme de féodalité dans cette acception renvoie plus aux changements en termes de répartition du pouvoir d'agir sur les événements, qui a eu tendance à diminuer du côté des Etats, et à augmenter dans d'autres entités non représentatives, essentiellement des grandes entreprises (ou groupements de fait d'entreprises, par exemple dans un secteur d'activité plus ou moins cartellisé, localement ou à plus grande échelle; le secteur financier à lui seul pourrait être mis à part puisqu'il représente souvent une force fonctionnant différemment, par l'extrême mobilité de ses flux, de ce qu'on perçoit comme "les entreprises", cad qui produisent et vendent de façon plus ou moins durable dans un lieu), des régions (ou autres formes d'entités administratives dans des Etats), des grandes familles et divers types d'organisations (groupes armés, collusions politiques, mafias....). Si on y ajoute des changements comme la technologie (et notamment l'informatique et le niveau variable, mais certain, de redistribution des cartes du pouvoir que le web offre), on a pour résultat général un monde bien plus instable, où les forces organisées (concentrations de pouvoir sous toutes ses formes) sont en moyenne bien moins représentatives de l'intérêt général et/ou de groupes de populations, un monde sur lequel les entités "légitimes" ont moins d'emprise. En ce sens, cette reféodalisation est moins incarnée dans la géographie qu'au moyen âge, et plus "abstraite" dans le sens où le territoire découpé par tous ces acteurs est celui des leviers permettant d'agir sur le monde et d'influer sur sa marche (là ou au MA et avant, la très grande majorité du fait qu'est le pouvoir impliquait d'avoir un territoire et les ressources dessus, surtout en hommes: c'est toujours vrai, mais plus diversifié aujourd'hui en proportions).
  13. Tancrède

    Nanas au combat

    C'est pas si évident dans les armées modernes, et, particulièrement, les armées occidentales où beaucoup de fonctions tendent à se sédentariser et/ou à plus devenir des jobs à horaires fixes; si je prends l'exemple simple des secondes carrières dans de tels jobs où on pouvait aiguiller des ex-combattants/déployables en reconversion (et face à un marché du travail inquiétant), le simple fait d'enrayer ce fonctionnement, ou de sévèrement le limiter, pose un nouveau problème en soi. L'armée reste une carrière "différente" et, pour beaucoup de métiers qui s'y exercent, plutôt difficile à valoriser lors d'une reconversion, voire entachée aux yeux de potentiels recruteurs par beaucoup de clichés qui y sont attachés; c'est pas anodin comme background pour beaucoup de monde, et donner la possibilité d'un avenir après le temps d'un ou deux contrats est un outil de motivation, tout comme ne pas en avoir de terrible est un outil de dissuasion. Avoir un contingent significatif d'anciens dans l'administration militaire, les bases.... Est un outil de lobbying interne et de connexion entre l'opérationnel et le soutien, mais c'est aussi une soupape nécessaire pour offrir des perspectives. Enlève ça en recrutant surtout hors du champ opérationnel, et tu as des forces armées opérationnelles nettement plus à part de leur propre infrastructure générale. Et ces jobs fixes ont été le premier lieu de la féminisation. Après, pour les forces elles-mêmes, le dimensionnement du problème est effectivement difficile à évaluer, tout en semblant appelé à rester très minoritaire; je ne serais pas si catégorique sur les vocations ceci dit, mais c'est en partie subjectif. Et le point principal est plus l'effet potentiel de disruption qui peut être amené même par un micro-groupe qui contraint à changer des choses de façon importante.
  14. Très possible! Sinon, à la fois jouissif et beaucoup moins marrant, un nouveau livre est sorti cette semaine, dont l'auteur est un membre de la Chambre des Représentants qui a décidé de balancer très cyniquement sur sa profession, tout en gardant l'anonymat; accepter les raisons qu'il évoque pour ce faire n'engage que ceux qui y croient (sincérité, cynisme désespéré, envie de faire un splash, envie de faire un peu plus de cash?). Le livre est un petit truc de 84 pages intitulé The confessions of Congressman X, et évoque pêle-mêle les réalités de la fonction de législateur et le regard que lui, ses collègues et l'establishment washingtonien portent sur l'électorat. Comme il le dit lui-même, "my main job is to keep my job, to get reelected. It takes precedence over everything": le seul intérêt semble être -mais on le savait déjà- de rester dans le jeu et profiter du style de vie et des incroyables opportunités offertes à ceux qui entrent dans le cercle, l'intéressé affirmant que c'est le cas pour la plupart des élus au Congrès, et que ça l'est encore plus avec l'intense inflation récente des sommes d'argent "investies" par les "special interests groups" dans la capitale, au mépris de toute mesure même mineure d'intérêt pour le pays ou ses habitants, si bien qu'il résume la chose en disant "we're running a fucking casino". Il est à noter que son mépris affiché pour les électeurs -mérité selon lui- vient "contrebalancer" cette absence de moralité, dans une vision qu'on pourra voir comme goguenarde.... Et donc très pessimiste sur le fond: "voters are incredibly ignorant and know little about our form of government and how it works. It’s far easier than you think to manipulate a nation of naive, self-absorbed sheep who crave instant gratification". Quelques articles: http://www.nydailynews.com/news/politics/congressman-belittles-voters-naive-self-absorbed-sheep-article-1.2635920 http://www.foxnews.com/politics/2016/05/12/congressman-pens-deeply-disturbing-confessions-in-scandalous-tell-all.html http://www.washingtontimes.com/news/2016/may/12/inside-the-beltway-congressman-x-dishes-up-vanity-/ Une que j'aime bien: "some contributions are subtle. Donations to a member's nonprofit foundation, funding of e member's charitable pet project, offsetting the costs of a member's portrait to adorn the committee room he or she has served...."
  15. Tancrède

    Nanas au combat

    Apparemment, il y avait dans ce test une plus forte proportion d'expérience chez les hommes, hors des cadres (de tous les groupes: groupe-témoin 100% hommes, groupes féminins, groupes mixtes à degrés variables de proportion de femmes, de "très bas" à "élevé") qui étaient tous des vétérans (donc que des hommes). Mais peu venaient quand même d'unités de combat, et les 4 mois de formation étaient une mise à niveau égalisatrice pour la plupart des métiers. Pour préciser, les hommes venant d'unités de combat étaient essentiellement les cadres, et la disproportion "d'expérience" observée venait surtout du fait qu'il y avait juste plus d'hommes qui avaient passé l'"ITB" (infantry training battalion), le nombre de femmes le faisant étant réduit de toute façon (et donc en temps normal, peu ont accès à l'enseignement dispensé dans les 4 mois de préparation à l'exercice, ce qui justement était ici corrigé). Mais apparemment, même les hommes sans le niveau ITB (clercs, personnels d'entrepôts....) ont eu de meilleurs résultats que les femmes passées par l'ITB. Pour citer l'interrogé: Les échanges sur le lien reddit, malgré tout le biais qu'on peut y trouver, renvoient quand même à une certaine réalité du sentiment "vu du bas": se faire imposer un changement, le décalage entre les annonces du "haut" et la réalité de l'application (notamment un régime préférentiel, des impératifs de "quotas" de fait, les menaces voilées si on ne joue pas le jeu....), ce qui me ramène sur les deux points les moins quantifiables de tous le débat sur la question des femmes en unités de combat: - la réalité de la socialisation dans une unité de combat et dans la troupe en général: le doute, justifié ou non, sur la capacité des femmes (au-delà de seuls cas individuels plus ou moins acceptés), le fait de se faire imposer le changement (et un de nature plus profonde que, par exemple, la déségrégation raciale dans les unités de combat: ici, on parle d'une différence par nature irréductible, au coeur même de la dualité de notre espèce), la différence de mentalité/psychologie (on constate par exemple avec la danoise évoquée plus haut, qu'elle s'était totalement alignée sur la mentalité "mec".... pas forcément le cas de tout le monde), les égards et différence de traitement (surtout dans les petites choses et dans l'informel, éléments "invisibles" vus du haut), ou encore le truc souvent évoqué de relations sexuelles au sein de l'unité (qui changeraient ou non la dynamique des relations, créant des rifts potentiels plus profonds que l'habituelle fourchette observée dans un groupe 100% hommes, surtout dans le long terme).... La dynamique habituelle à l'oeuvre dans l'esprit de corps peut-elle rester la même, voire survivre, au risque de menacer la mécanique elle-même? N'est-ce au final, et quand la messe sera dite et qu'un nombre microbien de femmes remplira tous les critères (et sera donc intégrée), qu'une fausse inquiétude? Y'a t-il des profils qui peuvent être parfaitement compatibles avec des unités mixtes, et d'autres non, impliquant peut-être le besoin de différencier les unités sur ce critère (des unités à mentalité 100% testostérone, d'autres moins)? Par ailleurs, qu'on le veuille ou non, la simple réalité est que les unités de combat, à moins d'un grave abaissement des critères, resteront extrêmement masculines (et pas forcément composées en grande majorité des couches les plus éduquées et policées de la société, ou des plus urbaines/branchées/métrosexuelles/gender-neutral: on aura une forte proportion de mecs "masculins", et une incitation à l'être plus), et la mentalité collective des unités, l'environnement de l'armée.... Garderont et continueront à inciter à un certain machisme (qui n'est pas qu'une construction culturelle, mais aussi une réponse aux réalités de l'environnement "dur" de la guerre, qui se prêtent plus à certaines mentalités qu'à d'autres). De ce fait, il y aura non seulement une résistance continue, et parfois abusive, mais aussi un "moule" contraignant qui suscitera des plaintes de certaines nouvelles entrantes, un type de plainte qui, en ce moment et pour longtemps, a une plus grande facilité à remonter au sommet et à obtenir de l'attention politique (risque de l'armée "politiquement correcte", de longs séminaires anti-sexisme prenant sur l'entraînement.... Ou d'une perception que ce sera le cas). Cette simple dynamique peut aussi concourir au pourrissement de l'ambiance et au ressenti à l'égard des femmes: c'est en partie justifié, en partie non, mais dans les deux cas, ça devient une réalité qui complique la vie et fait de l'unité un milieu plus hostile. On le constate à un moindre degré dans l'environnement de travail normal d'une entreprise (particulièrement aux USA) où beaucoup d'hommes vivent mal le fait d'avoir plus à se contraindre dans les interactions du quotidien pour éviter de "créer un environnement de travail hostile" dans le ressenti des femmes: les hommes tendent plus à interagir "violemment", à ne pas voir malice dans un certain ton, certaines formulations (aggressives, grossières....), certains comportements, à ne pas prendre ombrage tant que certains seuils n'ont pas été franchi (en paroles ou en actions), là où les femmes ont des seuls d'alerte et de tolérance différents (notamment dans le fait d'interpréter des postures, expressions.... En voyant ou croyant voir les intentions derrière). Ces différences créent des besoins différents qui, quand on accorde priorité à l'un plutôt qu'à l'autre, compliquent plus la vie du groupe contraint et peut le rendre hostile. - le risque de faire partir, sans en avoir l'air, beaucoup de gars: j'oublie toujours le nom du phénomène, mais c'est une observation générique que quand un champ d'activité est rejoint par les femmes, il perd son prestige, son attractivité.... Et se trouve graduellement déserté par les hommes (l'exemple le plus parlant de nos jours est le corps enseignant, devenu une matriarchie, qui plus est idéologiquement très orientée). Il y a de multiples causes qui se rejoignent pour obtenir cet effet, qui n'est pas non plus garanti, mais c'est préoccupant, et ça se trouve vocalisé dans cet échange, par quelqu'un qui visiblement, n'a pas un lourd backgound en études sociologiques, dont évoque directement ce qu'il constate dans les opinions de ses copains dans la troupe. Le nivèlement par le bas, ou le sentiment qu'il y en a un, est un des facteurs qui fait partir du monde, surtout les meilleurs, et c'est le genre de trucs qui ne s'observent que dans le temps long, donc pas dans le temps politique, et n'est pas aisé à démontrer en une ou deux phrases qui claquent. Mais c'est réel. Que ce soit par un tarissement des vocations, un taux plus faible de fidélisation/re-signature de contrat, voire de demandes de mutations, c'est le genre de phénomène qui peut poser des problèmes graves et structurels à une armée. Mon point avec ces deux éléments est de souligner que, surtout quand on regarde le temps long, les facteurs sociaux internes comptent beaucoup.... Alors qu'ils sont extrêmement peu ou mal mesurables, difficilement analysables de façon claire, simple ou définitive.
  16. .... : il l'a encore fait! Donald Trump vient de se faire prendre en flagrant délit d'énormité pour une série de trucs zarbes et assez ridicules qu'il a fait dans les années 80-90. Comme quoi, le niveau d'examen qu'on subit quand on est candidat à la présidentielle -et pas juste dans les primaires, où c'est déjà gratiné- est sans commune mesure avec quoi que ce soit d'imaginable dans le reste du monde. Qu'a donc fait (encore) M. Trump? Une série d'enregistrements d'époque de conversations téléphoniques a fait surface dans le Washington Post, rappelant pour qui veut l'entendre que l'appellation de "con artist" (arnaqueur) n'est pas galvaudée: il aurait eu, à de multiples reprises, des entretiens avec la presse sous de fausses identités, créant pour l'occasion des personnages (un porte parole ou un vice-président de son organisation), parlant de multiples sujets, certains très sensibles, comme la démolition prématurée (et illégale.... Et par des travailleurs illégaux) en 1980 d'un prestigieux immeuble classé (et dont des éléments devaient être enlevés pour aller au Metropolitan Museum of Arts) pour construire la Trump Tower (événement pour lequel il aurait fait une fausse déclaration sur l'honneur devant une Cour), certains plus frivoles comme évoquer abondamment sa vie sexuelle (par fausse personne interposée donc.... Pour se passer la pommade et peut-être aider un de ses cas de divorce), notamment une relation en 1991 avec Carla Bruni (qui elle avait, à l'époque, nié). Personne ne sait pourquoi quelqu'un pourrait faire ça, quel intérêt il y aurait: Mythomanie? Goût du bizarre, de l'énormité ou du foutage de gueule? Humour douteux? Sentiment d'impunité? En tout cas, la voix de Trump et son phrasé sont reconnaissables sur les bandes, et sa façon de se vanter (indirectement puisque via un personnage fictif); au fil du temps, Trump a avoué, nié, re-avoué, re-nié.... Et quand le sujet est revenu sur le tapis depuis 2 jours, il a nié qu'il puisse même s'agisser de sa voix, malgré l'insistance des journalistes qui se sont penchés sur l'affaire, rappelant que c'était un truc qu'il faisait fréquemment à cette époque et que de nombreux journalistes, surtout dans la presse people, connaissaient son truc. Quand les journalistes du Washington Post, dans une longue interview téléphonique hier après-midi, ont évoqué le sujet, la ligne a été coupée brutalement. Malgré les prétextes évoqués par la secrétaire quand ils ont rappelé, il est assez clair qu'il leur a raccroché au nez. Pris la main dans le pot de confiture, bébé-Trump a donc pour réaction de nier, de se mettre les mains sur les oreilles et de chanter "lalalalala". Les journalistes concernés par la chose à l'époque soulignent l'absurdité du comportement, le changement de position permanent, la masse de mensonges incohérents, et le ridicule général de la chose, concluant qu'il est en train de faire essentiellement la même chose à grande échelle avec sa campagne présidentielle. Le ridicule ne tue pas une personne.... Mais une candidature? Ou s'en tirera t-il encore, tant l'électorat ne prête aucune attention à ce genre de trucs quand il s'agit du Donald? Vous le saurez au prochain épisode des aventures de Donald.... Décidément plus marrantes que celle de l'autre Donald (qui a aussi un copyright et son nom sur plein de produits).
  17. Tancrède

    Nanas au combat

    Le problème est que c'est le genre de sport que tu ne peux te permettre que si tu as une armée vraiment TRES nombreuse, autorisant des unités de différents niveaux tout en gardant des quantités importantes de chaque. Sinon, un des points notables dans la féminisation des armées (occidentales en tout cas) est qu'il semble assez récurrent que la très grande majorité des femmes qui s'engagent ne veulent PAS aller au combat ou être en unité de combat: de mauvaises langues soutiennent que beaucoup d'entre elles y entrent parce que, dans des marchés du travail tendant depuis 40 ans au précaire (facteur aggravé par la généralisation du célibat et des parents seuls), ce sont des jobs sûrs, réguliers, avec horaires fixes. dans quelle mesure ce facteur est-il explicatif? Ca varie beaucoup avec le temps et le lieux, j'imagine, mais ça pèse, et on peut voir en Israël (exemple plus pertinent que d'autres par la conscription qui offre des échantillons plus vastes et représentatifs) que malgré tous les clairons politiciens sur le sujet, ils ont du mal à trouver tant de volontaires que ça pour les quelques unités de combat "féminisées" (qui sont moins performantes et assignées à des rôles et lieux moins exposés): ce sont essentiellement les 3 bataillons d'infanterie (60-70% de femmes) type "karakal" et les unités de renseignement humain (5 bataillons, je ne connais pas le taux de féminisation), pour un total annuel d'environs 1500 femmes dans les unités "de combat" (une réalité très diverse), soit 3% des troupes de combat en Israël. Tu en dis toujours trop.... C'est pour ça qu'on t'aime . Sinon, je pointe cet article: https://www.washingtonpost.com/news/checkpoint/wp/2016/03/10/survey-details-depth-of-opposition-in-marine-corps-to-allowing-women-in-combat-jobs/ Il a l'intérêt de représenter l'état de l'opinion sur le sujet au sein du corps des marines, non seulement en général, mais aussi par sexe, par "métier" et par grade.
  18. Tancrède

    Nanas au combat

    Les équipes testées (ce qui représente 300 hommes et 100 femmes) ont eu quatre mois d'entraînement/mise à niveau préalables à la période de test (qui couvre presque une année il me semble), et je crois que les hommes, ou la plupart d'entre eux, n'étaient pas des fantassins ou d'unités de mêlée à la base non plus. C'était il me semble l'un des points de l'étude: les personnels concernés n'étaient pas considérés comme du matériel de "première qualité" venant d'unités de combat. A t-on un standard abaissé pour les unités mécanisées? Les fantassins mécanisés ne sont-ils pas censés pouvoir faire les "légers" si besoin est? Ca semble beaucoup subdiviser l'infanterie en plusieurs catégories.
  19. Tancrède

    Nanas au combat

    Pourquoi? Tu es vert de peau? Je ne ferai pas de commentaire sur les oreilles..... Trop facile.
  20. Tancrède

    Nanas au combat

    Tant que c'est un léger saupoudrage de quelques individus, disons que ça ne posera aucune question fondamentale, ne fera aucun bruit médiatique ni ne permettra de tirer de conclusion quelconque sur le sujet. Ca reste du domaine des cas particuliers qui, comme dans l'article de Hernandez, peuvent parfaitement faire l'affaire ou n'être confrontés, au cours de leur carrière, à aucun des problèmes chroniques qu'une population plus importante ne manque pas d'amener. Le rapport entre l'exception et la règle varie, par définition, avec le nombre concerné (tautologues du vendredi soir, bonsoir).
  21. Tancrède

    Nanas au combat

    Donc Van Creveld n'a pas changé ses opinions sur le sujet d'un iota depuis son bouquin de 2002, Les femmes et la guerre. Son élève, Raz Sagi, s'est fendu de pas mal d'articles sur la question. Pourquoi suis-je soudain persuadé que tu as à cet instant ton machin coincé dans un tuyau en plastique, expérimentation inspirée directement par l'article? A propos des échanges de Hernandez avec ceux qui commentent son post: http://mida.org.il/2014/06/20/combat-still-mans-game/ C'est de l'élève susmentionné de Van Creveld. Ce n'est pas neutre, et je ne cautionnerai pas, loin de là, la totalité des arguments qui sont parfois très subjectifs. Mais ça a le mérite d'utiliser pas mal de quantification (y compris un détail pas souvent mentionné: les procès fait par des militaires blessés -au point du handicap- à l'entraînement; ca va dans la colonne du "prix de l'usure" du soldat pour une armée) et de retracer un historique de cette "féminisation" dans l'armée israélienne.
  22. Ben oui, malgré l'accent porté sur le "positif", il reste "F-35" dans l'énoncé du sujet. Respect ! Où que tu sois allé te planquer....
  23. Tancrède

    Nanas au combat

    Intéressant point de vue.... Mais je dirais que, tout en étant en plein DANS le sujet, il n'en parle pas réellement: ici, il se place plus du point de vue de l'exception à la règle, sur des cas individuels qui ne seront jamais très visibles et n'ont aucun risque de changer quoi que ce soit tant ils sont peu nombreux. C'est encore plus anecdotique dans le cas d'une petite armée (comme celle évoquée, la danoise) qui n'a pas plus de 7 bataillons de combat et 12 000 soldats d'active en tout et pour tout: quand on se place à cette échelle, et qu'on examine le cas des quelques femmes qui sont comparables à celle évoquée dans l'article, on doit avoir du mal à remplir une salle à manger, ce qui place la question à l'échelle d'individualités et de situations particulières, pas à celle d'une catégorie et d'un sujet à aborder avec au moins quelques principes génériques (ce à quoi l'US Army et les Marines, mais aussi bien les armées françaises, anglaises ou allemandes, seraient plus confrontées). Le cas des tendances accrues aux blessures, que la femme en question évoque en ne pouvant réellement se prononcer, vient à l'esprit, par exemple. De même que celui des rapports sociaux (moins au combat qu'en garnison) en unités. Sinon, le sujet du sexe est amusant et, pointé par Hernandez, semble effectivement pointer une spécificité "culturelle" américaine, même s'il faut savoir prendre du recul sur cette opinion particulière et éviter de se sentir supérieurs aux ricains, vu que de nombreux problèmes existent aussi par chez nous, qui sont parfois évoqués, parfois mis sous silence.
  24. They're still feeling the Bern! Sanders a eu une meilleure notoriété parmis les militaires que dans la population générale depuis longtemps avant la campagne: il a été un membre visible de la commission adressant le sujet des vétérans et un fervent soutien auprès de toutes les assoces de vétérans. Ca laisse une marque. Donc tu vas aller nous faire 15 pater, 23 ave, et te fouetter copieusement pendant 20 minutes avec des orties fraîches et des glaïeuls en hurlant "mea culpa, mea culpissima". Et après ça une verveine et au lit.
×
×
  • Créer...