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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. J'ai une grande faiblesse sur le thème de fond (le personnage immortel caché), donc je suis la série sans en être totalement fou: j'aime bien Gruffud, j'aime bien le perso qui, malgré son background, n'est pas doué dans tous les domaines (il n'est pas, par exemple, un super combattant, malgré ses 2 siècles et quelques de vie; juste un geek charmant), j'aime bien le traitement de la vie au quotidien de l'immortel qui doit cacher son état dans tous les aspects de la vie, pas seulement les trucs cool (ou qui la révèle assez fréquemment..... Merci Highlander la série; faute de goût de mon adolescence).... La série semble en partie calquée sur une qui date d'il y a quelques années, New Amsterdam (avec Jamie Lannister/Nikolaj Costers-Waldau comme acteur principal), et n'innove pas des masses; elle n'a rien de super original dans le registre (déjà un peu travaillé à l'écran), mais j'avoue que l'acteur principal porte ce rôle et ce manque d'originalité général à un niveau supérieur, en tout cas à mes yeux. Après, il est vrai que d'épisode en épisode, le thème de l'immortalité peut sembler une greffe artificielle pour donner à une série policière/médico-légale, bien faite mais pas originale, un parfum différent, la méta-intrigue "de l'immortel" se rattachant peu aux intrigues d'épisode sinon par le protagoniste (l'autre protagoniste s'y joignant enfin à la fin de la 1ère saison), le personnage de soutien et le mystérieux antagoniste étant "hors" du fil de chaque épisode. Avec des flashbacks historiques occasionnels histoire de pimenter. On va dire que pour moi, cette série fait le boulot standard d'une série qu'on regarde par mélange équilibré d'habitude et de plaisir tranquille: elle fournit un moment confortable et relativement agréable, sans plus. Y'a de pires raisons de mater une série.
  2. Les Emirats ont des problèmes, et surtout des limites, pour jouer les blanchisseurs: le potentiel de projets de ce type dans leur coin de désert est au final assez limité et rencontre de multiples problèmes: - taux d'occupation des immeubles qu'on voit en photo partout: il est minable. La plupart sont juste là comme projets spéculatifs/machines à laver - problèmes de construction: allez parler aux mecs du BTP qui bossent dans ce coin, et ils vous feront la liste. Des immeubles qui s'enfoncent aux constructions trop rapides, elle est longue - problèmes environnementaux/de soutenabilité: l'environnement local n'est pas prévu pour alimenter de telles concentrations urbaines. L'eau est un des goulots d'étranglement, mais il est loin d'être le seul. Et l'impact environnemental de cette croissance a été terrible sur l'écosystème local (la zone maritime autour des Emirats, par exemple, est écologiquement sinistrée). Je vous déconseille d'aller vous baigner dans ces soi-disant paradis touristiques (les collections de maladies chopées sur les plages émiraties sont assez flippantes); ils mettent un couvercle sur les polémiques potentielles, mais ça ne peut pas être absolu - problème d'attractivité: il y a malgré tout le ramdam fait autour de cet endroit "qui bouge", beaucoup de problèmes et beaucoup de limites qui font plafonner ce coin (absence d'état de droit, corruption, abus et escroqueries de l'élite locale, barrières culturelles, environnement vite chiant....) Pas étonnant qu'ils cherchent maintenant à exporter leurs grands projets pour faire la même chose ailleurs: ils ont le cash pour.
  3. C'est franchement parti graduellement en sucette passé la première saison; méta intrigues donnant dans la surenchère permanente et la faible inventivité, empilement de personnages nouveaux et de mythes/univers de mythes, et l'héroïne qui a toujours l'air essentiellement emmerdée et déprimée par tout. Sans compter l'assez grande vacuité côté psychologie/développement des persos, et échanges (registre pré-pubère dans l'ensemble); j'ai commencé à trouver la chose sérieusement emmerdante en cours de saison 2, et la 3 m'a vu lâcher l'affaire. Quand il y a une écrasante majorité de persos que j'ai envie de baffer et aucun que j'aie envie de suivre ou auquel je voudrais m'identifier, je m'inquiète. Quand je m'en tape, j'arrête les questions. Et puis..... C'est un peu une série avant tout faite pour les nanas: les mecs dans cette série sont des lopes sans intérêt, des faire valoir ou des ordures sans réel relief (qu'on me donne au moins un salaud magnifique).
  4. Assez d'accord: la prélogie (j'aime bien le terme!) a tout fait sur les jedis: y'a pas vraiment un personnage "normal" auquel tu aies envie de t'identifier (cf Han Solo): il faut avoir des super pouvoirs pour être cool dans ce truc, sinon t'es une bouse qui sert de faire valoir, de boulet ou de victime (une parmi les 13 à la douzaine qu'ils s'enfilent chaque minute) d'un jedi. Enlève Obiwan (trop vieux avant l'âge/vieux sage pour être un personnage "identifiable") et Anakin (tout petit dans le premier, bad guy pas attachant dans le 3ème, et dans l'ensemble, trop "surnaturel" et fadasse), et tu as des films que tu veux voir (grand spectacle, monde SW, des trucs se passent....), mais où tu ne seras pas personnellement "impliqué" parce qu'il n'y a personne dedans que tu veux être..... Sauf peut-être Amidala pour les filles, Palpatine pour les frustrés aigris et potentiellement psychopathes, et Jar Jar pour les.... Bizarres (en manque d'estime d'eux-mêmes). C'est con. Et vu qu'il n'y avait même pas le facteur nouveauté de la trilogie initiale, ça n'en a fait qu'une série de blockbusters parmi d'autres: on en a envie, on y va, mais exactement comme on va voir les dizaines d'autres.... Et on oubliera l'essentiel dans les jours/semaines qui suivent. Le fait est que côté marketing, y'a pas eu "d'effet Star Wars" avec cette trilogie là, surtout chez le public jeune: pas de "génération SW" pour cette trilogie. Enfin si, y'en a une.... Qui a plus été créée par le matraquage de séries animées, comics et OAV dérivés. Ceci dit, sur l'effet Han Solo: oui, il marche par lui-même et grâce à H Ford.... Mais il marche aussi surtout parce qu'il est le coquin contrastant avec le jeune M. Propre qu'est Luke. Sans Luke, Solo marcherait pas (il ne marcherait pas.... en solo...... Hahhahhahahhahhahahaha....... Désolé :-X . Fatigué. Je vais me fouetter avec des orties). Aucun duo de cette nature dans la prélogie; espérons que Abrams réussisse à créer de tels persos et alchimies de persos dans sa trilogie; de ce qu'on voit pour l'instant, ça a l'air fadasse... Mais on voit pas grand chose encore.
  5. Plusieurs raisons: - c'est pas une science exacte: difficile de savoir quand la ligne adverse est "mûre" pour la charge. Faut tester, et donc risquer de foirer. Et faut pas minimiser les avantages de la cavalerie lourde non plus, surtout à cette époque charnière: avantage absolu (c'est réellement une arme de choc terrible pour une ligne d'infanterie, et elle a une bonne capacité de mêlée) et avantage relatif (l'infanterie à cette époque n'est plus ce qu'elle a été; les élites pros sont suffisamment réduites pour être contournées et/ou être "grignotées" rapidement: les effectifs à Hastings sont comparables à ce que Guillaume a en chevaliers) - les armées d'alors ne sont pas des outils professionnels permanents et rôdés: les individus professionnels (et l'armée de Guillaume semble avoir été faite en majeure partie de pros) le sont, mais les unités sont plus souvent ad hoc qu'autre chose, avec un faible temps de préparation collective à la période du rassemblement. Le mix de forces n'est pas un truc travaillé en dispositif, et y'a pas, du coup, de grandes manoeuvres d'exercices régulières. La coordination est donc un truc bricolé sur le tas, dépendant essentiellement de l'expérience des chefs, mais ne pouvant fonctionner comme la mécanique d'horlogerie d'une armée romaine et ne disposant pas du même panel tactique que les armées et unités romaines (et évidemment pas du même niveau d'encadrement, avec des chefs de tous échelons -du général au centurion de plus bas rang- qui ont une liste d'options et une capacité à réagir à un grand nombre de situations). - c'est quand même fait pour ça: en lien avec ce qui précède, on ne va pas garder le point fort du dispositif en réserve jusqu'à attendre le "moment parfait" et n'être employée que dans la meilleure configuration, pour une estocade. Ca pourrait se faire dans une armée plus équilibrée, avec une infanterie et une archerie aussi fortes que l'est la cavalerie lourde, et beaucoup plus nombreuses, mais là, la cavalerie semble avoir représenté un quart, peut-être jusqu'à un tiers, des forces normandes: garder un tel effectif sur la touche contre un adversaire ayant l'énorme avantage d'être en hauteur (et sur son terrain) et constitué uniquement d'infanterie (dont une partie bien solide), c'est condamner l'expédition; surtout que l'archerie semble n'avoir pas eu un effet énorme (arcs de l'époque manquant de puissance; Effets limités contre une infanterie suffisamment blindée et disciplinée pour tenir le mur de boucliers; réserves de flèches limitées; position haute des défenseurs limitant les effets du tir). L'infanterie seule (environs la moitié des effectifs de Guillaume) n'aurait pu mener la bataille bien longtemps, quel qu'ait été son type: infériorité numérique certaine, position d'attaquant (celle où on perd vite du monde) ET à l'assaut d'une position haute. Même si elle n'était faite que de pros, ça fait beaucoup. L'autre usage de base de la cavalerie, c'est la lutte contre son homologue, pour pouvoir libérer le chemin et faire jouer le choc..... A Hastings, pas de cavalerie en face. - le cavalier d'alors est un guerrier complet, pas un ultra spécialiste atrophié du reste: il a une lance et une arme de mêlée, un énorme bouclier bien couvrant (en forme de cerf volant) et il est recouvert de mailles (sans que ça le rende lent ou peu endurant).... Arrête de faire ta maman juive: c'est pas une petite chose toute vulnérable qui se retrouve désarmée si la lance est perdue. - la cavalerie normande de ce temps est encore une cavalerie versatile, et bonne en mêlée (frappe depuis une position haute avec épée ou lance plus utilisée comme pique, bonne protection, bons professionnels, chevaux de remonte disponibles): comme appui ou fer de lance (en petits paquets accompagnant des pointes d'infanterie, ou en haies groupées) de l'infanterie, c'est un dispositif tactique appréciable. Il semble d'ailleurs qu'il n'y ait pas eu beaucoup de grandes charges lance couchées à Hastings, où le terrain ne se prêtait pas des masses à la chose (position haute = faible vitesse pour l'assaillant). L'usage semble plus avoir été celui de la "micro charge", soit des plus petites unités de cavalerie disposées juste derrière les pointes d'infanterie et guettant les ouvertures ou flottements localisés qui se créent; soit un usage classique et visant moins LA percée que le choc très local dont l'accumulation le long de la ligne représente cet effet d'attrition pas forcément suicidaire pour les cavaliers. - l'infanterie d'en face n'est pas une infanterie de piquiers: les armes côté saxon semblent n'avoir été que du registre haches (grandes pour les Housecarls), lances courtes (pas des piques: plus la lance est courte, plus il faut une infanterie disciplinée, pro et bétonnée pour non seulement arrêter la cavalerie -ce qui a été fait à Hastings- mais aussi lui faire mal) et épées, avec des javelines en appui (pas autant d'archerie que les normands il semblerait); bon pour le contact rapproché, mais loin d'être ce qu'il y a de mieux pour contrer de la cavalerie ou économiser les hommes dans une bataille d'attrition (la lance permet de mieux garder la cohérence d'un dispositif serré). Le risque pour la cavalerie est donc bien moindre, de même que l'attrition. De là aussi peut-être l'incitation supplémentaire pour les Normands à donner des coups de sonde et/ou de boutoir sous la forme de petites charges incessantes. Une telle configuration enlevait certes à la cavalerie lourde sa super arme de la charge, mais elle enlevait aussi en face l'un des atouts d'une infanterie organisée contre la cavalerie: du coup, c'était une affaire de combat très rapproché; une ligne tenant son mur de boucliers, mais ne pouvant garder l'adversaire à distance ou lui infliger des pertes incapacitantes, une autre mettant la pression avec des groupes de cavaliers allant et venant en tentant de piquer et/ou de frapper depuis sa plate-forme (le cheval) surélevée. - les Housecarls représentent le principal levier politique de Godwinson: tu le vois les économiser sous prétexte qu'il se retrouverait sans appuis en cas de bataille sanglante gagnée? C'est un peu le problème d'avoir ton élite politique qui est aussi ton élite guerrière (et elle n'est la première que parce qu'elle est la seconde, donc faut bien pratiquer), et d'en perdre une proportion énorme d'un coup; la Guerre de Cent Ans le souligne bien. Mais au XIème siècle, on n'est pas encore à un tel degré de concentration et de confusion totale entre élite dirigeante et élite guerrière. A ce stade, tous les cavaliers lourds ne sont pas nobles, loin de là, ni nécessairement des nobles importants quand c'est le cas: c'est encore un truc ouvert à ceux qui peuvent avoir l'équipement, auxquels s'ajoutent les pros payés par ceux qui peuvent avoir une suite militaire. L'expédition de Guillaume n'est pas une mobilisation féodale, et plus une levée de volontaires/mercenaires et d'alliés amenant leurs hommes. Y'a de tout dans ce dispositif, mais ils veulent tous être là, et c'est loin d'être toute la Normandie, même si l'expédition a coûté un bras à la Normandie. Derrière ça, le duché est bien tenu. Oui il y a du risque (dont celui pour le duc lui-même), mais si on veut rien risquer, on reste chez soi en pantoufle; sans compter que vu les systèmes de pouvoir de l'époque, un seigneur est censé prendre ce genre de risque pour accroître son capital de trucs à redistribuer.... Ne pas le faire peut être nettement plus risqué pour son règne et sa santé. La Garde Varègue n'est pas une unité de "mercenaires" comme nous l'entendons: à l'origine, ils sont un "cadeau" du souverain de Kiev au Basileus, une aide entre alliés. Et Basile II juge cette source de recrutement suffisamment satisfaisante pour perpétuer le dispositif et y consacrer une ressource permanente. Il y a plus que du simple mercenariat dedans parce que c'est une unité régulière, avec un système de loyauté dedans; ils n'iront pas se vendre à l'adversaire, resteront au moins pour un temps même si le fric vient pas pendant une période peu faste.... C'est plus une "troupe étrangère" qu'une unité de mercenaires comme on peut en voir ailleurs. Sinon, faut définir le mercenariat: tous les types, plus ou moins pros, qui vendent leur service à des magnats/seigneurs/grands propriétaires/évêque comme soldat permanent de leur suite, ou qui sont armés aux frais d'une paroisse/ville sans y appartenir (dans le cadre de la contribution issue du système carolingien), sont-ils des mercenaires? Si tu parles d'unités (plus que d'individus) vendant leurs services au plus offrant (et changeant d'allégeance comme de chemise), il ne semble pas que le phénomène soit très répandu avant le XIVème siècle en occident.
  6. Hastings est un ensemble, et les charges ne sont pas désordonnées, mais il en faut beaucoup, et les utiliser avec une bonne tactique: ici, des retraites feintes pour inciter l'adversaire à rompre son dispositif pour poursuivre. C'est juste que ce n'est aucunement une arme absolue, mais une qui n'a un haut potentiel d'efficacité que dans certaines conditions, ce que l'idéologie chevaleresque (bref, ils ne regardent que leur nombril et évacuent graduellement le militaire de l'imagerie guerrière portée à des nues absurdes: manoeuvre, tactique, ruse, retraite, professionnalisme, collectif avant individu, réfléchir....Deviennent des trucs de tapette), la volonté de monopole nobiliaire sur le métier des armes (on fait disparaître la concurrence dans son propre voisinage), le cloisonnement social et la limitation de la majorité des conflits à des affrontements entre chevaliers (parce que le but est surtout la rançon, la gloire individuelle), rendent difficile à faire piger passé un certain temps. Les chevaliers des premiers temps de cette révolution technique n'étaient pas intoxiqués de cette façon, et ne pensaient aucunement que le groupe de cavalier lourd pouvait tout faire dans n'importe quelles conditions. Par ailleurs, à Hastings, faut pas oublier que les charges répétées ont leur effet: elles usent, épuisent.... Les Housecarls et surtout les milices du Fyrd qui tiennent toujours plus difficilement alors qu'elles ont commencé la bataille avec l'immense avantage de la position haute. Ben le gars sue beaucoup, chope des insolations, se déshydrate vite, mais préfère avoir un truc entre lui et les coups adverses. .
  7. Oui et non: l'évèque ne peut se comporter comme un petit seigneur parce que sa charge n'est pas héréditaire, et même le plus souvent pas à vie: il évolue dans le monde de l'Eglise et sa stratégie est de grimper dans la hiérarchie de l'Eglise. Il fait donc avant tout usage de son évêché pour la stratégie de l'Eglise (qui est de plus en plus l'Eglise régionale ou nationale, surtout à partir des XIème-XIIème siècles: monopolisation des hautes sphères pontificales par les familles romaines, différences d'opinion, différences culturelles....), pas pour avoir son propre pouvoir et sa propre ambition en tant que seigneur local, et évidemment pas pour les transmettre à sa descendance (sauf dans la mesure d'un certain népotisme ou d'un certain opportunisme politique -mettre un fidèle à sa place quand on grimpe, pour continuer à bénéficier d'appuis). Le fait est tempéré par un niveau plus ou moins grand de circulation des évêchés dans un nombre réduit de familles, avant tout de la noblesse. Mais au global, c'est une différence fondamentale avec les seigneurs locaux: les évêques sont avant tout les directeurs de la branche locale d'une grande entreprise régionale/nationale/transnationale (lequel de ces 3 aspects pèse le plus dépend de l'époque et du lieu). Et l'évêque n'est pas un "petit" seigneur: les domaines sont vastes, la fortune importante. Il est puissant avant tout parce que c'est généralement le premier propriétaire terrien (et ayant souvent les meilleures productions et les plus variées, dont celles à haute valeur ajoutée -souvent quasiment exclusivement jusqu'aux XIème-XIIème siècle où une plus grande diffusion des savoirs-faires relativise cet avantage) du coin, en plus d'avoir les avantages institutionnels conférés par l'Eglise et la position de leader spirituel (grande influence locale, parole publique et rassemblements, pouvoirs spécifiques, entretient le "système social" local....). Ca pèse lourd; le seigneur local, ou même le comte ou duc, n'a rien ni personne derrière lui: seulement sa puissance propre (et éventuellement des alliés, mais avec conditions).
  8. Quelques précisions sur mon dernier post: Le "système militaire carolingien", et, on peut supposer, le "système mérovingien" avant lui (dont il doit dériver, constituant sans doute une grande réforme plus qu'une nouveauté), semble avoir été un prolongement du système militaire romain tel qu'il avait évolué jusqu'à la période tardive. En ce sens qu'il s'agit d'une version appauvrie, réalisée avec les moyens que l'époque peut fournir, en l'état démographique, économique, militaire, "infrastructurel", social, culturel et politique dans lequel se trouve l'ex occident romain à cette époque. Il s'agit d'un modèle "a minima" pour un pouvoir central qui essaie de survivre et s'affirmer (ironique quand on sait que la féodalité telle qu'on la connaît en vient et est censée à l'origine le garantir) dans un espace désurbanisé, beaucoup moins peuplé qu'il ne l'a été, peu relié par des routes, moins monétarisé, avec peu d'infrastructures physiques et "immatérielles" (banques, réseaux commerciaux, postes et communications, échanges culturels, familles existant sur de grandes distances....) sinon la tutelle de l'Eglise (forte en plusieurs sens, mais aussi très limitée dans beaucoup d'autres). Bref, un espace qui a plus de raisons concrètes de tendre à la désunion (et à lutter pour) qu'à l'union. Donc le modèle est avant tout fondé sur la capacité à couvrir le territoire, et ce aussi vite que possible (ce qui ne veut pas dire que c'est fabuleux) avec autant d'effectifs, surtout fiables en termes de qualité (encore une fois, dur en l'état des choses) et de loyauté (pas facile non plus) que possible. La mobilité stratégique depuis le centre royal, et par extension un certain nombre de centres régionaux, est primordiale. La terminologie est révélatrice: ces forces "centrales" sont appelées "comitatus", extension du vocable et du système romain, et il semble qu'il se soit agi de l'essentiel des forces permanentes (ou aussi permanentes que possible) disponibles pour les Carolingiens. Soit une classe de guerriers professionnels chargés de suppléer les milices locales des quelques 300 à 350 comtés de l'empire réformé, eux-mêmes subdivisés en "pagis" ("pays" dans le vieux sens du terme, soient les domaines -initialement issus de la réforme dioclétienne- à l'origine des comtés d'ancien régime; l'équivalent des départements; comme les comtés carolingiens, ils sont dirigés par un comte -de rang différent-, ce qui ne facilité pas la compréhension) et "gau" (l'équivalent en zone germanique), à leur tour subdivisés en manoirs/seigneuries (l'unité. administrative élémentaire de la féodalité). Chaque potentat ou grand propriétaire (le terme "magnat" est souvent utilisé), chaque diocèse (à partir des Mérovingiens, ce terme initialement civil ne désigne plus que l'administration religieuse), doit financer un nombre donné de professionnels (les types de troupes sont aussi spécifiés), entretenir l'infrastructure militaire (dont des troupeaux de chevaux) et encadrer la milice locale des hommes libres dont c'est le devoir de s'entraîner et de s'équiper (même s'ils n'ont pas d'obligation autre que la défense de leur zone). A noter que le fait milicien est surtout dans et autour des villes: l'obligation et les possibilités sont moins présentes dans les campagnes et zones sans agglomération conséquente, tant par la moindre facilité à se rassembler que par le besoin de grands proprios d'affirmer leur pouvoir, mais aussi par la plus faible proportion d'hommes libres. En théorie, ça doit rouler; en pratique, c'est pas un système génial, à moins d'avoir, comme sous les 3 grands Carolingiens, un chef puissant, intelligent, efficace, appuyé par une Eglise centralisée, décidé à faire fonctionner le système et toujours en mouvement pour contrôler tout le territoire. Bref, beaucoup repose sur les troupes personnelles et plus ou moins permanentes des potentats, comtes, évêchés et autres, dérivées du système des bucellari (troupes privées) du Bas Empire (qui participeront à la féodalisation de l'empire byzantin): en théorie dédiées au service "national", elles répondent surtout au chef direct, ce qui ne peut être compensé que par une stricte rotation des dits chefs assurée par le pouvoir dans le cas des comtes "de comté" et "de pagis" (difficile à maintenir, et vite même difficile d'empêcher l'hérédité du poste), une surveillance du degré d'entraînement et d'équipement des milices (contre-pouvoir potentiel au potentat local.... Qui n'aime pas le pégu en arme), un maintien de l'obligation de financement militaire d'une Eglise dont on doit rester le copain (aussi un contre pouvoir à l'ambitieux local), un fort service "d'inspection" et de contrôle de plus haut échelon (missi dominici notamment, mais aussi les membres de la famille et le roi itinérant lui-même) et une force détenue en propre qui soit très supérieure à chaque potentat ou à un groupe d'entre eux (qui nécessite un grand flux de fric et un fort volant de terres et postes à distribuer). Quand ces conditions sont réunies (la quadrature du cercle), ça peut fonctionner dans la limite des capacités de déplacement et de communication de l'espace-temps de l'époque (et même là, on voit que les Carolingiens passent leur temps à jouer les pompiers dans leurs domaines: la conquête et les grandes réformes, c'est peu de choses dans la durée de leurs règnes), et des loyautés qu'un homme seul peut commander par relation personnelle et directe. Tout repose sur les troupes d'intervention professionnelles/semi-professionnelles disponibles, leur quantité, et le niveau (permanence sous les armes et en unités), l'équipement (plus il s'alourdit, moins on peut en financer, plus ils sont rares et plus le financier a de "bargaining power"), et la mobilité stratégique qu'on peut leur conférer. Et dans ces "comitatus", celui du roi et de ceux à qui il peut vraiment faire confiance, compte le plus; sa "suite" ou "maison" (militaire) est le coeur de son pouvoir, celui qui lui permet d'avoir un levier pour rassembler/convaincre/contraindre les autres et en faire une armée qui donne au "regnum francorum" son avantage. On voit le même système dans le monde scandinave (les 4000 "gardes" de Cnut le Grand semblent avoir été un chiffre exceptionnel pour l'époque) ou en Angleterre, où les 2 à 3000 "Housecarls" de Harold Godwinson forment la base de son pouvoir et l'élite de son armée de milice à Hastings en 1066 (et ils seront massacrés par Guillaume le Conquérant ou émigreront).
  9. Ben oui, mais je les ai écouté; et ils te diront que c'est évidemment ce que le secrétaire à la défense répondrait: pas comme s'il allait avouer avant que la conquête soit complète, non? Et faites gaffe aux Walmarts soit disant abandonnés: y'a des bases secrètes dessous où toute la population du Texas sera bientôt internée et où les flingues confisqués seront entassés. Et toutes ces bases à travers le pays (pas que le Texas) sont reliées par un réseau de tunnels immense. Vous croyez que je déconne? Allez voir ces sites! Ils font circuler les "cartes" de ces fameux tunnels et bases.... Il est à noter cependant que cette semaine, l'ensemble des sites militaires américains a été mis dans un état d'alerte supérieur à la normale pour une durée indéterminée en raison d'un risque accru de terrorisme domestique, sans explication plus précise pour l'instant. Ca a pu aiguiller cette parano texane, mais elle prédate cette annonce, de même que le délire du gouverneur (et l'attentat de la semaine dernière aussi; la parano allait déjà bon train avant).
  10. Rectification: les National Guards (une dans chaque Etat) sont des volontaires civils en uniformes, et sont la milice de chaque Etat, en fait leur armée officielle, qui doit spécifiquement et dans certaines conditions seulement, être "fédéralisée" pour pouvoir être utilisée comme force armée par le gouvernement fédéral. Les State Guards (34 Etats en ont une) sont une troupe nettement moins militarisée (quoiqu'en théorie elles peuvent être une armée, et ont un statut militaire), moins souvent mobilisée, nettement moins financée (ça varie selon les Etats, mais généralement, ils doivent financer leur équipement individuel), avec moins de monde, et cantonnée plus souvent à l'assistance aux populations lors de catastrophes naturelles ou non (vu le nombre d'accidents industriels au Texas -liés à l'absence de régulation ou contrôle- les catastrophes non naturelles font aussi partie du registre); leur particularité (et leur intérêt pour certaines tendances politiques) est qu'elles ne sont absolument pas "fédéralisables", et, surtout dans un Etat comme le Texas, concentrent généralement plus de gens hostiles au gouvernement fédéral, et constituent le point de référence et de confiance pour eux. Un gouverneur qui veut se faire mousser auprès de ce public les emploiera donc de préférence à la Garde Nationale de son Etat (dont il est le chef pourtant), malgré l'énorme différence de capacités et de moyens. En bref, une State Guard pour "surveiller" et "envoyer un message" (c'est comme ça que c'est présenté par ce digne successeur de son abruti de pote Rick Perry) aux méchantes troupes fédérales qui veulent envahir le Texas et asservir tous les ploucs des villes petites et moyennes -et évidemment prendre leurs flingues-, ça fait largement rigoler (déjà que la Garde Nationale, c'est pas franchement au niveau.... Surtout que cet exercice là, c'est avant tout une manoeuvre de l'USSOCOM), ce dont les USA entiers ne se prive pas depuis plus d'une semaine. La démagogie, c'est une chose.... Mais quand ça atteint un tel niveau; j'ai vu toute une série de reportages où les journalistes avaient écumé les "townhall meetings" des municipalités les plus concernées.... Y'avait toujours la proportion d'allumés conspirationnistes (avec toutes les apparences de respectabilité: seuls quelques-uns avaient le profil "agité du bulbe") déclamant leurs "thèses" avec le plus grand sérieux, utilisant de grands mots, répondant aux remarques avec une logique circulaire absolument impénétrable et des arguments ridicules directement sortis de l'article de Chuck Norris et du site d'Alex Jones. Et à côté, on voyait les mêmes personnages réagir, tous de la même façon; une personne "normale" se cachant le visage dans une main, se tapant le front, affligée par tant de connerie concentrée.
  11. Y'a beaucoup de bémols, faut pas exagérer; y'a des variations nationales, des limitations d'équipement, des spécificités liées au type de fantassin.... Le piquier présent dans les unités d'infanterie jusqu'à la fin XVIIème (même si tombé à 20% des effectifs après avoir pesé plus des 2/3 début XVIème) n'a pas forcément d'arme secondaire plus grande qu'un coutelas ou une miséricorde, et le mousquetaire (terme générique, pas "nos" mousquetaires)/arquebusier/fusilier en a souvent une (rapière, sabre, braquemart....), oui, mais il y a des variations régionales (les Suédois, par exemple, ont pendant longtemps une bardiche, soit une arme d'hast), et surtout, la baïonnette est là pour transformer l'arme à feu en arme de mêlée. Il y a quand même aussi une raison dominante: ces épées produites en masse sont pas forcément terribles, même si à cette époque où les fantassins ont de moins en moins de protection, la qualité est moins importante. Quoiqu'il en soit, c'est pas le Moyen Age. A noter qu'aux époques mérovingienne et carolingienne, l'épée était plus fréquente que par la suite. Les armées de ce temps sont plus un prolongement (affaibli en qualité, quantité et variété) du warfare romain tardif: l'épée est encore essentiellement une spatha, son escrime se pratique en duo avec un scutum, et les armées sont avant tout des armées de fantassins sur modèle romain (lance, bouclier, épée/hache) constituées par la mobilisation ponctuelle d'hommes libres (la société mérovingienne est encore lourdement marquée par l'esclavage et le colonat post romain, la carolingienne va faire graduellement disparaître l'esclavage au profit du servage, mais amorcer le mouvement de confusion des serfs et paysans libres) astreints à maintenir un certain niveau d'entraînement et d'équipement, modulé selon les moyens (avec la cavalerie au sommet, comme dans l'antiquité). De ce qu'on sait, le warfare mérovingien et carolingien repose peu sur la cavalerie en tant qu'arme: le cheval et le guerrier monté y sont très importants, mais il semble de plus en plus que le cheval et sa place centrale aient été liés avant tout à la mobilité que l'animal procure. Le guerrier monté de cette époque est donc moins un cavalier proprement dit qu'un guerrier disposant d'un moyen de locomotion d'importance stratégique, permettant au pouvoir central qui en dispose de disposer d'une réserve immédiatement disponible qu'il peut amener aux lieux en crise (ou aux frontières dont il veut partir pour envahir) et qui s'ajoute aux levées locales. Ce qui est logique dans un monde occidental dépeuplé aux axes de communication peu nombreux et peu efficaces, donc un monde où le pouvoir n'a d'emprise que dans la mesure où il peut faire sentir sa présence régulièrement, vite et de façon importante. D'où aussi l'importance sociale croissante du guerrier monté dans la société franque, puis médiévale: c'est moins parce qu'il est un cavalier que parce qu'il est un guerrier disponible pour former la réserve qui donne son vrai pouvoir au souverain (ou au chef régional), et ce guerrier disponible est donc situé plus près du pouvoir, pour qui il est plus important: il est plus en mesure de devenir un pote, un client, un obligé, un type bien informé, au centre des choses.... Donc de faire du fric et de faire avancer son cas. C'est un moyen d'ascension sociale ou de maintien social. Il ne semble pas que le combat monté ait alors eu une grande importance: l'étrier, et surtout son usage dans un équipement permettant de créer un cavalier de choc, n'est alors pas grandement diffusé (et c'est plutôt juste une aide à la monte), et ne le sera que vers le IXème siècle au plan militaire, sans énorme diffusion en fait avant la "révolution" du chevalier monté normand (donc Xème-XIème siècles). Donc on peut plus supposer une sorte de guerrier polyvalent monté, combattant plus souvent à pied, le cheval servant plus d'outil de mobilité stratégique, et éventuellement tactique (déplacement sur le champ de bataille pour aller sur un "point chaud" et combattre démonté). Sans doute subsiste t-il un savoir-faire de cavalerie renvoyant à ce qui faisait l'essentiel de la cavalerie lourde romaine, le "scutaire", soit un cavalier à l'équipement assez proche d'un légionnaire, bien protégé, chargeant à la lance (mais sans la puissance de choc d'un cataphractaire calé sur sa selle spéciale, ou du futur chevalier) et/ou lançant des javelines, et combattant surtout à l'épée longue, donc plus fait pour la mêlée et la poursuite, et dont la force première est la mobilité et la manoeuvre (flanquer, contourner, se porter sur les arrières....). Rappelons que l'armée romaine avait moins d'un tiers de ses unités de cavalerie en occident, le reste étant en Orient et en Afrique du Nord. Le contraste est encore plus fort quand on s'en tient aux effectifs de cavalerie lourde, et quasiment caricatural quand on regarde les unités de cataphractaires/clibanaires, quasiment toutes en Orient où elles étaient plus adaptées aux conditions et adversaires. L'occident, plus boisé et découpé, était moins propre aux déploiements et manoeuvres de cavalerie en unités conséquentes, les quelques régiments en réserve de comitatus provincial (échelon d'une préfecture) ou en réserve palatine (l'échelon central de chaque moitié de l'empire) et impériale (la force personnellement contrôlée par l'empereur: les scholes) suffisant à la tâche. Quand on prend cela en compte, on comprend mieux la radicalité du changement que représente l'introduction du système d'arme nouveau qu'est la cavalerie de choc "à la normande" au Xème siècle, même si l'effet dévastateur de ce nouveau procédé est avant tout le fait de la déliquescence des systèmes de mobilisation des hommes libres, qui font disparaître quasiment toutes les infanteries solides et nombreuses disponibles avant.
  12. On parle en fait là de la déliquescence, voire disparition, de l'épée chez le fantassin en occident.... Tout est là; cette disparition, c'est celle de l'infanterie entraînée, et les seules troupes plus ou moins régulières d'infanterie qu'on voit garder le duo épée-bouclier (là! L'intox hollywoodienne qui nous fait voir l'épée employée seule: ce duo est un système complet où le bouclier a un rôle actif et non seulement passif) sont les gardes/suites de puissants seigneurs qui peuvent avoir non seulement leur entourage permanent d'hommes d'armes (nobles), mais aussi salarier des "sergents d'armes" autour d'eux, et en nombres suffisants pour former de petites unités. Eux aussi sont généralement des soldats complets, des professionnels. Mais tout aussi généralement pas assez nombreux pour former une ligne de bataille conséquente faisant "le mur". Ce qui souligne d'ailleurs plus que, de la déliquescence carolingienne jusqu'au début du XIVème siècle (guerre des Flandres), dans la majorité des situations en Europe, la bataille ne se conçoit pas trop en "proposant" deux lignes d'infanterie face à face, autour desquelles d'autres systèmes se déploient et oeuvrent; c'est la formation et la manoeuvre des chevaleries qui dictent le restent du dispositif (dans une bataille d'infanteries, les cavaliers sont sur les ailes ou en appui, par petits paquets, derrière l'infanterie, qui peut ouvrir des corridors réduits pour une charge ponctuelle). La résistance des cités italiennes au St Empire, les croisades et les problèmes récurrents dans les Flandres ont vu, à divers degrés, une certaine survivance de dispositifs centrés sur l'infanterie. Et évidemment, hors d'occident, l'empire byzantin a lui gardé une infanterie permanente (même si en réduction) qui, ô surprise, reste centrée autour d'un fantassin entraîné équipé d'un bouclier, d'une lance et d'une épée....
  13. Elles sont plus répandues à cette période où l'évolution du chevalier n'est pas encore très prononcée: on est encore là dans la période de "jeunesse" du modèle normand, et ça ne va pas changer trop massivement avant la fin XIIIème-début XIVème siècle où la Guerre de Cent Ans constitue un accélérateur de première, voyant notamment le blindage se développer à vitesse grand V (et couvrir les chevaux), l'armure abandonnant à ce stade sa base de cote de maille plus ou moins améliorée/renforcée de plaques pour évoluer vers le harnois, puis le harnois blanc. Les armes évoluent en parallèle, si bien qu'avant cette accélération, le changement est très lent et peu généralisé. Donc ton chevalier/cavalier du XIIème siècle, il est essentiellement sur le modèle normand, soit en cote de maille, avec, s'il le peut, une amélioration au niveau du heaume en lieu et place du casque conique avec ou sans nasal qui prévaut avant. Du coup, à cette période, pour un cavalier lourd, la lance et le bouclier sont le premier système d'arme (pour la charge), le duo épée/bouclier le second (combat démonté surtout). Masses, haches ou fléaux peuvent être utilisés, mais à discrétion personnelle, selon les moyens et préférences de chacun (le frère de Philippe Auguste, l'évêque de Beauvais, était renommé pour son emploi de la masse d'armes à Bouvines); l'épée est le standard requis, et un marqueur social. Mais ma remarque initiale concernait plutôt l'infanterie: la noblesse/les chevaliers/cavaliers lourds (à partir du XIIème siècle, ça a tendance à être la même chose, de façon exclusive et fermée) a son épée. Je parlais plus de son usage comme arme répandue chez les gens de pied, (ce qui était le cas à l'époque romaine tardive, où c'était l'équipement de base du fantassin de ligne avec la lance d'arrêt: hasta, spatha, scutum, plumbatae et pugio), même si, comme dit plus haut, à partir du XIVème siècle, l'épée n'est pas fondamentale dans la majorité des combats du chevalier (besoin d'un arsenal plus varié, inefficacité croissante de l'épée face à l'évolution du blindage et des types de combats....), en tout cas des combats qu'il recherche.
  14. Pour reprendre aux origines encore fraîche du sujet.... Les évolutions sont certaines, mais il faut à mon avis éviter de vouloir brosser la période d'un trait en indiquant un "chemin" technologique continu qui tendrait à nous mettre dans la tête qu'il y a un "fil rouge" guidant le tout, ce qui n'est pas le cas. D'autant plus qu'au MA, il n'y a vraiment aucune pensée militaire unifiante pensant les armées et dispositifs tactiques comme un tout, sauf à de rares moments où un dirigeant a pu édicter une "politique militaire" et la faire appliquer.... Même si c'était plutôt à grands traits qu'autre chose, sans suffisamment d'exigences et de soins, nature du pouvoir oblige. Et en plus sans armée permanente permettant un laboratoire de développement (sauf à Byzance) et surtout une pratique constante permettant de réellement travailler un concept. Chacun a plutôt bricolé dans son coin, s'adaptant à son théâtre très local de guerre/conflictualité avec des moyens limités. A l'occasion, quelques innovations locales ont pu faire florès, soit qu'elles offraient une capacité (non anticipée) d'être efficace dans beaucoup d'endroits et contre beaucoup d'adversaires, soit qu'elles aient convenu à d'autres pour bien des raisons, dont beaucoup non militaires (arrangent le mode de gouvernance, séduisent le décideur -qui peut se fourvoyer-....). Ainsi de: - la charge "à la normande", soit le proto modèle de la chevalerie/cavalerie lourde comme arme de choc décisive, qui va faire école partout en Europe, mais qui devient un monopole social en plus d'être un investissement très concentré des moyens disponibles, pompant la plupart des ressources indirectement (le chevalier se finançant avant tout individuellement et/ou avec le soutien de son suzerain direct, il a tendance à pomper plus sur le pays, s'il le faut). Ce faisant, et parce que tous les systèmes dérivant de la féodalité carolingienne initiale reposent sur un système de mobilisation militaire dictant normes sociales, fiscalité, gouvernance.... Cette arme acquiert un niveau de priorité suffoquant pour tous les autres systèmes d'armes. Pas étonnant que les endroits d'où ont émergé des alternatives, surtout dans l'infanterie, aient été essentiellement les zones les moins féodales (en droit et/ou en capacité effective de domination par l'aristocratie): cités marchandes italiennes, cantons suisses, villes flamandes, marches frontières de la reconquista.... - les longbowmen: exception (à la règle susmentionnée) voulue par un roi militaire qui a su s'inspirer d'un modèle local (marches galloises) et en faire un système militaire, adaptant la structure fiscale, industrielle et sociale de son royaume à cette politique d'armement et d'organisation, faisant d'une inspiration tactique qui aurait pu rester une anecdote (employer des unités de Gallois telles qu'elles) un outil stratégique (de plus grande échelle, amélioré, financé, approvisionné et renouvelable). Pour revenir au post cité, la postérité du duo gladius/scutum, puis spatha/scutum (note: la spatha n'est pas une évolution du gladius, mais un emprunt aux épées longues celto-germaniques; elle est équilibrée différemment en plus d'être plus longue, étant avant tout une arme de taille) est longue et ne disparaît vraiment que dans la deuxième moitié de la guerre de Cent Ans, quand les armures deviennent suffisamment couvrantes, rigides et solides pour oublier le bouclier (et allonger les armes), et même un cran plus tard pour l'infanterie, quand le duo pique/armes d'hast (avec des arcs/arbalètes en appui rapproché) devient la donne dominante, et surtout quand l'infanterie "de ligne" (le "coeur" du dispositif de combat côté infanterie) commence effectivement à avoir un "modèle" au lieu d'être le plus souvent un agglomérat de groupes (avec armes différentes) pas extrêmement pensé, qui protège les archers/arbalétriers (quand une armée repose sur.le tir), et/ou appuie les chevaliers, ou cherche juste la mêlée (cas fréquent qui inclue en fait souvent des chevaliers démontés/"hommes d'armes" avant tout). Bref, le duo bouclier/épée (ou une autre arme) domine l'essentiel de la période du MA, depuis le Vème siècle jusqu'au début du XIVème. Il ne faut cependant pas surestimer le rôle de l'épée: une épée, surtout une bonne, reste une arme chère, même si elles semblent avoir été plus accessibles que dans l'Antiquité, et elle n'est pas le truc le plus efficace, surtout à mesure que le niveau moyen de blindage augmente. Elle est hautement symbolique, un marqueur social, et elle reste l'arme la plus versatile, mais en mêlée, elle n'est pas le truc le plus utile: les fantassins de contact, depuis le début du MA, mélangent plus souvent les haches, masses et armes d'hast (qui ont elles leur évolution régionale plus ou moins continue depuis le Vème siècle, après que la pure lance d'hast -hasta- romaine ait été graduellement abandonnée en tant que telle) dans des ensembles plus ou moins pensés ou plus ou moins spontanés, et plus ou moins au point (pertinence, entraînement, financement, organisation, volonté....). Côté hommes d'armes/chevaliers, l'évolution est centrée sur la charge lance couchée à partir du XIème siècle (avant, le duo lance/épée semble dominer, la charge n'étant qu'un bref moment qu'on abandonne vite pour la mêlée), et l'optimisation de l'ensemble de l'équipement pour ce rôle premier (qui spécialise plus le chevalier pour l'affrontement contre son homologue d'en face, le rend moins versatile à cheval). Même si le chevalier est un guerrier complet, un professionnel (socialement fourvoyé dans de faux concepts cependant), et qu'il garde une grande versatilité et un arsenal varié (quand il faut aller au sol, aller en mêlée), il est avant tout focalisé sur le combat contre ses pairs, qui devient l'objectif premier de la guerre pour lui (rançon et renom). Son arsenal suit cette tendance, l'évolution se focalisant à prix exponentiellement croissants sur tout ce qui peut donner une lichette d'avantage en plus (une lance un cran plus longue, une armure un peu plus couvrante, un cheval un peu plus maousse....) et compenser les changements chez l'adversaire. Dans ce contexte, l'épée classique est en fait de plus en plus inutile (sauf pour le combat démonté, la poursuite....) et il recourt en fait à un arsenal plus complet et en évolution constante (des formes d'épées de pur estoc -comme celle appelée bêtement "estoc"- qui sont des poinçons faits pour percer une armure, et pas vraiment pour croiser le fer....). Il est aussi toujours moins autonome par lui-même, le "système d'armes" requérant une logistique croissante: un "train" personnel plus conséquent (plusieurs destriers -hors de prix-, plusieurs animaux de bât, au moins une charrette....) et le personnel logistique et de soutien/appui (certains accompagnent en bataille, certains participent) qui va avec: pages, valets, écuyer.
  15. Toute époque a ses "stars", y compris dans l'histoire militaire: - les récits grecs classiques ne figurent que les phalangistes, citoyens soldats en armes qui sont l'incarnation de la morale et de l'idéal de l'époque, ainsi que les chefs et capitaines navals. Les Thètes (citoyens pauvres qui forment les équipages de trières), les archers (quand il y en a; soit des mercenaires, soit des citoyens pauvres), frondeurs, javeliniers et "tringlots" (on va dire les servants d'armée) sont oubliés ou méprisés (les armes à distance sont considérées comme indignes d'un "vrai homme"). Les cavaliers sont peu cités, étant peu nombreux, voire inexistants. A l'époque de la guerre rituelle entre cités, phalange contre phalange (avant les guerres médiques), c'est assez justifié, vu que seuls les phalangistes sont sollicités. Après les guerres médiques et avec les guerres du Péloponnèse, puis ensuite avec la période des Diadoques, la chose devient plus un a priori culturel qui se retrouvera ailleurs, notamment à Rome: on vante le fantassin "de ligne", même s'il a évolué, on dénigre les autres et les mercenaires (sauf quand ils interviennent dans les guerres des autres, comme Xénophon et ses 10 000). - Rome n'évoque que les légionnaires, et même dans la légion d'avant les pseudo réformes dites de Marius, elle ne parle que des 3 catégories de fantassins de contact (princeps hastati et triarii), pas des vélites (et avant ça, quand il y avait plus de catégories, la même discrimination régnait) et des equites (les 1800 cavaliers ayant le "cheval public" -issus des 100 puis 300 "celeres" créés par Romulus-, qui deviendront avec le temps juste une catégorie sociale gardant ce nom, le boulot de cavalerie passant ailleurs). Jamais on n'évoque ce qui est en dehors de la légion, puis des légions (le terme "légion" désigne initialement l'armée romaine dans son entier avant que la croissance démographique et les changements institutionnels en fassent un échelon opératique, puis tactique de ce qui devient "exercitus romanorum"), c'est à dire d'abord et avant tout les "socii", soit l'ensemble des alliés de différents types de la péninsule italienne, partenaires et ex adversaires vaincus ayant un traité plus ou moins inégal les intégrant à la fédération militaire romaine. Cela recouvre essentiellement les alliés dits "latins" (statut supérieur) et les alliés "italiens" (statut inférieur), chargés de fournir des contingents et types de troupes dans des quantités convenues par traité, mais au minimum équivalentes à ce que Rome fournit (cavalerie campanienne, picénienne et cispadane....). Le warfare étant proche, ces troupes sont en fait l'équivalent des unités romaines (certaines étant plus fournies dans certaines spécialités, avant tout la cavalerie), et s'organisent de la même façon, surtout l'infanterie. Les guerres sociales (90-88 av JC) et les autres guerres civiles qui en découlent (seule la dictature de Sulla y remédiera) mettent fin à cette différenciation. Du coup, ce sont d'autres auxiliaires/socii (terme générique recouvrant des réalités juridiques différentes) qui seront ignorées dans le récit romain: les unités diverses, essentiellement de spécialités manquant à Rome (cavalerie lourde et légère nombreuse -arménienne, gauloise, galate, germaine, arabe, numide, celtibère-, troupes de traits et missiles -frondeurs baléares, archers crétois et syriens-, fantassins légers -Illyriens, Isauriens, Thraces, Juifs, Celtibères, Berbères, Gaulois, Germains- et lourds -Gaulois, Germains, Arméniens). Pareil pour la marine, où certains peuples comme les Liguriens ou les Rhodiens ont plus que largement contribué aux réussites romaines, sans grand merci. L'intégration dans l'Empire remédiera d'une certaine façon à cela, l'auxiliat constituant vite plus de la moitié de l'armée, avec un niveau de professionnalisme équivalent qui "fondent" les légions dans l'ensemble avec le temps; ceux qui sont plus ou moins niés, ce sont les alliés (socii, foederati....) qu'une armée romaine peut amener avec elle. Mais avant cette nouvelle réalité impériale, il faut plus que doubler les effectifs annoncés pour avoir la réalité de l'armée côté romain.... Qui ne compte que les légions pour son récit. - au Moyen Age, ce sont les chevaliers qui ont ce traitement: les "piétons" sont rarement mentionnés, à peine décomptés, voire sont complètement niés. Si bien que l'armée victorieuse peut souvent ne mentionner que son compte de chevaliers, et en revanche faire le total de l'armée ennemie (voire le multiplier) pour donner l'impression d'un déséquilibre des forces incroyable. Et pareillement ne mentionner que les pertes en chevaliers. Pas totalement hypocrite, étant donné que dans l'état d'esprit des professionnels de l'époque, la perte d'un chevalier est plus conséquente: c'est la perte d'un pair (moralement plus dur pour ces mentalités socialement cloisonnées) et celle d'un professionnel plus dur à remplacer, ainsi qu'une perte d'argent pouvant sortir la famille d'un homme du jeu en cas de capture (pas de quoi se rééquiper et repartir en campagne). A d'autres moments du MA, on constate d'autres considérations: la période carolingienne, pour ce qu'on en sait, correspond plus au modèle initial de la féodalité, et compte donc les hommes libres (cad pas les serfs ou esclaves), cavaliers ou fantassins (la noblesse n'est pas encore un système, un fait, si fermé, et le statut de noble n'a pas un lien si fort avec la cavalerie), qui sont le pilier de référence de l'époque, ce qui s'apparente plus au modèle gréco-romain ou à la mentalité germanique primitive. - à la période renaissance/moderne, on compte surtout les pertes en canons et en fantassins de lignes (et il arrive qu'on mentionne plus les enseignes prises que la déplétion d'effectifs d'une unité.... Signe d'armées se massifiant) et cavaliers. Les fantassins légers sont oubliés ou niés. Les mercenaires aussi. Et pour la conquête coloniale des Amériques et d'ailleurs, on mentionne rarement les milliers/dizaines de milliers de locaux que les Espagnols ont utilisé (c'est pas les quelques centaines de conquistadors qui allaient bousiller des armées de dizaines de milliers d'hommes avec leurs arquebuses à rouet et leurs épées, plus quelques couleuvrines), ou les masses de Cipayes/Sepoys et Gurkhas des Anglais en Inde. D'une certaine façon, le lecteur/auditeur a besoin d'individualiser le récit de la guerre pour se l'approprier et donc le comprendre et être touché par lui, ce qui ne se fait qu'avec le récit de ce qui arrive à quelqu'un comme lui et/ou de ce qui arrive à quelqu'un qu'il veut être. La question qui se pose est donc de savoir, à chaque époque, à qui s'adresse le récit guerrier. En Grèce et dans la Rome républicaine, c'est au citoyen de plein droit, au MA, c'est au chevalier. "Dis-moi quel est ton marché, je te dirais qui tu dois être.... Pour qu'il t'achète". Aujourd'hui, quels sont nos biais? Mentionne t-on si souvent autre chose que les pilotes de chasse et les forces spéciales dans le récit guerrier (celui auquel on fait attention)? Donne t-on l'importance qu'ils méritent aux soldats locaux des armées d'alliés, et surtout des armées qu'on équipe/entraîne/recrée (l'armée sud vietnamienne, l'armée afghane....)? Les Ricains mentionnent-ils beaucoup les Français ou Britanniques quand ils décrivent les opérations de coalitions en réalité ou fiction?
  16. Comme souvent dans l'Histoire, quand une unité a du succès, elle fait florès et attire des recrues d'un plus large bassin de recrutement, voire même devient un nom générique. Bref, quand un produit devient une référence, son nom devient un nom commun (Frigidaire....). A l'époque romaine tardive, par exemple, les "Sarmates" deviennent un nom générique pour un type d'unité de cavalerie cuirassée, poursuivant soit la tradition d'unités initialement formées de Sarmates, soit constituant un nom interchangeable avec ceux de "clibanaires" ou "cataphractaires". Ce qui explique entre autres la confusion menant à "l'hypothèse sarmate" dans l'origine du mythe des chevaliers de la table ronde (réemployée de façon ridicule dans le lamentable film Arthur d'Antoine Fuqua). Plus proche de nous, les Hussards (eux-mêmes un nom et un concept qui ont voyagé et beaucoup évolué suivant les lieux, depuis les origines serbes jusqu'aux cavaleries occidentales, en passant par la cavalerie lourde polonaise), les zouaves, les Pandours.... A la fin du Moyen Age, il s'en est fallu de peu que l'infanterie de ligne de piquiers soit nommée en fonction de son lieu d'origine: tout le monde aurait ainsi eu des unités de "Suisses" faites.... De non Suisses. C'est le moment où le terme "infanterie" est apparu dans le langage courant, remplaçant l'appellation générique "gens de pieds" en français (on avait ainsi des "gens de pieds" et "gens de traits", en plus des chevaliers pour qui le vocabulaire était nettement plus développé et structuré). L'infanterie gasconne, en France, désignait par acceptation entendue les fantassins légers, ce qui souligne que dans les mentalités de l'époque, en l'absence de structures militaires (entraînement, pensée tactico-technique organisée, moyens de formation, élaboration d'un modèle d'armées....), la géographie avait développé des spécialités propres qu'on recrutait et utilisait comme telles. Du coup, la mention de l'origine géographique tenait lieu de descriptif technique du type d'unité (hors chevalerie) avant que ne renaissent des unités permanentes au sein d'une armée professionnelle. Cette infanterie gasconne, j'ai mis du temps avant de trouver ce qu'elle faisait, comment elle le faisait, et pourquoi elle était si célébrée: c'étaient des fantassins légers, au moule fondamental plus ou moins identique aux Almogavres (quoique plus structurés étant donné que la Gascogne était un territoire moins sauvage, avec une structure féodale, même si moins dense) ou aux Basques. Ce sont des raiders pratiquant le brigandage, les expéditions de vol de cheptel, la guerre d'embuscade, et qui doivent se coltiner l'occasionnelle expédition de rétorsion du féodal local tout en vendant leurs services dans les affrontements quasi permanents entre seigneurs, qu'il s'agisse de baronnets locaux entre eux ou des ducs d'Aquitaine puis rois Angevins se fritant avec les Comtes de Toulouse, le Roi de France, les comtes de Foix et Béarn (ou ceux-là avec leurs ennemis Armagnacs).... Bref, la Gascogne est un carrefour de rancoeurs qui en viennent aux mains. Avec quoi opèrent-ils? Arcs puis arbalètes en appui sont très développés (surtout les arbalètes passée une certaine époque), mais surtout le combat rapproché en petits groupes coordonnés, appuyés par des javelines lancées vigoureusement dans la phase d'approche. La présence de boucliers n'est pas certaine, ou en tout cas pas à une échelle générale; mais le bouclier correspondant plus à un combat en groupes organisés et cohérents, tenant une ligne de bataille au coeur d'un dispositif, cela a du être plus anecdotique, à moins qu'il ne s'agisse de boucliers légers (comme la "parma" romaine des vélites puis unités d'auxiliaires spécialisés dans le lancer de javelines), assez petits et plats, plus faits pour dévier/absorber les traits adverses et moins pour parer les coups du combat au contact.
  17. On parle en fait essentiellement de LA compagnie catalane quand on évoque les Almogavres, celle qui a été en Sicile puis dans l'empire byzantin Paléologue (un vaste bordel qui n'a plus de Byzance que le nom: la destruction finale de l'empire d'orient, c'est 1204, pas 1453. Après, c'est un agglomérat féodal qui a tout perdu), soit une troupe particulière d'ultra vétérans, devenus une micro nation en soi, et plus la "troupe type" d'Almogavres qu'on voit dans la péninsule ibérique. De fait, l'une de leur plus grande particularité à cette époque (la compagnie catalane, j'entends).... Est d'être l'une des seules unités d'infanterie permanente, et en fait l'une des seules unités militaires permanentes sur une longue période de temps. Le contraste avec des infanteries généralement très temporaires, faites de levées entraînées sur le tas ou de miliciens plus ou moins formés et mobilisés une fois de temps en temps, est saisissant. De même que celui avec des guerriers professionnels montés (individuellement, le chevalier est l'un des soldats les plus formés de l'Histoire, mais individuellement seulement) généralement nobles, mais s'entraînant plus de leur côté et ne formant des unités constituées que pendant de brèves périodes.... Et en plus souvent pollués -et c'est particulier à l'occident médiéval- par l'idéologie, le système socio-culturel, qui a fait d'un cavalier lourd un chevalier: individualisme forcené, motifs individuels de guerre (rançon, gloire, ascension sociale), rivalités avec les voisins (qui sont aussi généralement dans votre unité.... A base régionale).... Ce qui est assez édifiant, c'est de constater que les Almogavres sont en fait revenus (si les habitants de cette région en ont jamais eu un autre avant cette période) à un stade de civilisation assez primitif qu'on retrouve dans beaucoup d'endroits à beaucoup de périodes: de petits groupes humains plus ou moins sédentarisés (ou semi nomades), organisés en clans et subdivisions de clans (pouvant à l'occasion se rassembler en "nations", généralement plus si un adversaire commun se présente et/ou si un clan/ville est suffisamment fort pour rassembler), pratiquant une économie vivrière reposant en part significative sur des raids de pillage chez le voisin (y compris un du même clan) et incluant de ce fait une forte dimension guerrière (pas militaire) dans sa culture. A quelques détails près, les Almogavres, Basques ou Gascons de ce temps pourraient être confondus avec les Romains du temps de la monarchie et des guerres étrusques et latines, avec les Samnites des guerres romano-samnites, avec les Ecossais tels qu'ils fonctionnent encore au XVIIIème siècle jusqu'à Culloden et la destruction de la structure clanique, avec les Gaulois de la période pré-romaine, avec les Germains d'avant le temps des grandes confédérations de peuples (IIIème siècle).... Ou avec les Mongols pré-Gengis Khan, les vikings jusqu'aux IXème-Xème siècles.... Bref, un stade par lequel tout le monde est passé. Mais la comparaison avec Romains (période étrusque/monarchique) et Samnites est édifiante, parce que le "warfare" est essentiellement le même. Par extension, il m'a fallu longtemps et beaucoup de lecture sur le Moyen Age pour comprendre ce qu'on entendait par "infanterie" aux diverses périodes de cet ensemble, et particulièrement de "l'infanterie légère", souvent mentionnée mais jamais détaillée ou étudiée par des historiens médiévaux (particulièrement français) qui généralement se foutent des aspects tactiques et concrets de la guerre et étudient peu de choses au-delà de la chevalerie et de quelques phénomènes particuliers comme les longbowmen et les piquiers suisses. Même les milices flamandes, pourtant si importantes, les citoyens-soldats milanais et lombards (si fondamentaux dans l'histoire du St Empire), les fantassins byzantins (les meilleurs du Moyen Age, perpétuant la continuité de l'histoire de l'infanterie romaine jusqu'au début du XIIIème siècle) ou encore les turcopoles des ordres de moines soldats en orient, sont peu ou pas étudiés en d'autres termes que très génériques. Pour illustrer cette difficulté, croyez-moi que c'est même la croix et la bannière pour pouvoir essayer de comprendre comment fonctionnait le dispositif tactique des dits ordres de moines soldats (cavalerie comprise!), pourtant hautement documentés et intéressant beaucoup de monde, et qui constituaient les seules armées permanentes et réellement professionnelles de l'occident médiéval, matrices de bien des changements militaires ramenés en Europe. J'ai eu du mal, et je suis pas encore satisfait de ce que j'ai pu rassembler comme infos.
  18. Le St Empire n'est centralisé et en mesure d'agir un peu comme une entité étatique qu'à la période othonienne (d'Othon à Barberousse), et encore, avec quelques bas (cad du bordel), et sous Frédéric II (donc la partie centrale du XIIIème siècle). Avant et après ça, c'est un espace divisé, qui tend même vers l'atomisation complète après la fin des Hohenstaufen. Il n'y a eu qu'à ces quelques moments où l'empereur tenait en propre un domaine suffisamment massif pour s'imposer au reste de l'ensemble (et encore, souvent à grand peine): le "royaume de Germanie" d'Othon (sa "part" de l'ensemble) n'a pas duré longtemps. Et sans ses domaines italiens/sicilien, Frédéric II aurait eu beaucoup de mal.... Alors que c'était l'élément même qui causait aussi une dichotomie profonde dans son pouvoir. Le pouvoir de l'Eglise est en fait plus manifeste à la période post romaine, puis à nouveau pendant l'effondrement carolingien, mais il ne survit pas à la 3ème grande période de réaffirmation de grandes entités, soit le XIIIème siècle, la lutte contre les Hohenstaufen pouvant presque être vue comme son chant du cygne. La baffe -ou "l'attentat"- d'Agnani, et le déplacement à Avignon, concrétisent de ce point de vue ce qui était déjà un mouvement bien amorcé. Et à aucun moment le pouvoir temporel de l'Eglise n'a été réellement conséquent: sa "propre force militaire" n'a jamais été capable d'opérer ailleurs que dans le centre de l'Italie. Une force vraiment régionale, voire micro régionale: l'un des angles d'étude de l'histoire de la papauté, c'est son incapacité à réellement tenir les Etats pontificaux depuis leur création par Charlemagne, déchirés par les grandes familles de la noblesse romaine et/ou pontificale (beaucoup de ces noms qu'on verra notamment dans les Guerres d'Italie: Sforza, Malateste, Orsini, Della Rovere, Farnese, Piccolomini....). Le pape a toujours toutes les peines du monde à être un seigneur féodal efficace, bataillant pour contrôler son propre jardin, ce que le caractère électif du poste renforce. Le soft power évoqué, lui, commence à sérieusement s'effacer à partir du début du XIIIème siècle: l'interdit qui frappe la France de Philippe Auguste, puis celui qui frappe l'Angleterre, sont parmi les derniers grands "coups" qui portent, et la guerre guelfes-guibelins est le dernier grand effort produit. Les églises "nationales" -ou, dira t-on, les échelons locaux de l'Eglise- prennent l'ascendant sur le centre à mesure que des entités proto-étatiques d'une certaine taille s'affirment. En terme d'entité géopolitique, oui, c'est une "tentative", cad une période assez courte avec un début et une fin marqués... Mais c'est quand même près d'un siècle. Après, c'est quand même un fait fondamental: la réorganisation territoriale, culturel, législative, fiscale, économique et sociale carolingienne crée réellement ce que nous pensons être le Moyen Age. Le tracé des domaines, la "révolution du manoir", l'organisation territoriale, la hiérarchie féodale, la définition du service militaire et du statut social.... Tout part de là. Oui: dans un monde très peu densément peuplé et un territoire très peu mis en valeur, avec peu de routes (et quasiment aucune qui soit autre chose qu'un tracé boueux juste dégagé de la broussaille avec pour seul mérite d'être un itinéraire connu et fréquenté), très peu de ponts, très peu d'étapes.... La ville, le point de passage, la citadelle ou le carrefour sont des endroits d'une importance fondamentale. Partout ou du stock alimentaire peut être rassemblé en quantités un peu conséquentes, où des échanges un tant soit peu sécurisés peuvent avoir lieu, où des activités autres que primaires peuvent se développer, l'importance est d'emblée énorme. C'est essentiellement ce qui guide la logique stratégique/opérative jusqu'au XVIIIème siècle en Europe occidentale, période charnière où la densité de peuplement, le niveau des surplus alimentaires et le degré de mise en valeur du territoire (routes/connexions, stocks alimentaires, sur-importance de quelques villes clés dans l'environnement régional/national) inversent la logique qui se prête, combinée aux évolutions militaires, plus à une recherche de la campagne décisive (qui vise encore quand même très souvent un "centre de gravité" généralement concrétisé par une ville capitale de région ou de nation) et de la bataille, le dispositif militaire adverse devenant la première cible en soi. Sous Louis XIV, ce sont encore ces multiples points clés qui comptent plus dans le règlement des conflits dont les objets de négociations (conquis, défendus, reconquis....) sont toujours des points d'appuis, carrefours, ponts, villes/bourgs.... Les distances sont encore trop grandes, les moyens de tenir un territoire extérieur trop limités.... On conquiert petit à petit. On grignote, y'a pas le choix (pour ceux qui pensent encore que si Napoléon avait bossé pour n°14, il lui aurait conquis l'Europe en "fonçant sur les capitales"). Pour mémoire, la France du milieu du XVIIème siècle est 30 fois plus grande que la France actuelle, en termes d'espace-temps relatif à l'époque (moyens de locomotion/communication); celle de Louis IX (St Louis) est plutôt 40-50 fois plus grande.
  19. J'entends bien, mais mes remarques soulignent en fait l'immensité du sujet qu'on peut difficilement appréhender globalement. On est forcé de le diviser en chapitres et sous-chapitres (pour l'espace et les thèmes abordés), et de marquer des étapes pour respecter la chronologie de chaque. Et tout ça pour "seulement", l'ouest de l'Europe. Ceci dit, dans ce que tu mentionnes, je préciserais deux-trois trucs: - d'abord et avant tout que j'ai surtout brossé succinctement le portrait des plus grands ensembles qui se constituent et qui aboutissent à la fin de la période: l'Espagne est dedans à la fin, mais sur la majorité de la période, elle est plutôt un espace très divisé sans grande perspective d'union avant la dernière ligne droite. - t'as oublié les jinetes comme phénomène militaire particulier (note qu'on oublie aussi les hobelars pour l'ensemble Irlande/Angleterre/France: la cavalerie légère a pas la cote) - le "paysan soldat" de Castille n'est pas un modèle très original dans le paysage européen, et ne porte pas une manière de combattre unique. Ce qui est peut-être plus original dans le modèle, c'est le besoin de ce paysan soldat (d'ailleurs pas qu'en Castille, mais sur toutes les frontières des royaumes initiaux du nord de l'Espagne de la Reconquista) par rapport à une aristocratie trop peu nombreuse pour être une "classe guerrière" suffisante, renforçant le rôle et l'importance, et dans une certaine mesure le statut, du dit paysan soldat et des groupements humains qu'il constitue (va t-on en faire l'ancêtre direct de l'hidalguia?). C'est un processus analogue qu'on voit en Angleterre avec le développement de l'archerie fondée sur la "classe moyenne supérieure" des paysans et hommes libres relativement aisés dont le service militaire et le système d'entraînement contraignant poursuivent, de façon plus efficace, le "fyrd" plus ancien en lui appliquant la particularité d'un système d'arme très particulier. - le cas des Almogavres est encore un micro exemple (qui n'a d'ailleurs pas fait école), et il ne faut pas non plus confondre le phénomène général des Almogavres (déjà circonscrit à une petite région et une petite population) avec le cas particulier de la Compagnie Catalane qui fut une troupe d'Almogavre maintenue en activité continue et ensemble pendant très longtemps (et atteignant de ce fait un niveau sans commune mesure avec le reste). D'ailleurs, le mode de vie et de guerre des Almogavres n'est pas si rare dans ce coin: Basques et Gascons (et d'autres populations montagnardes) ont des méthodes similaires et maintiennent en fait pendant des siècles, par transmission, les savoirs-faires issus des milices romaines. Leur processus tactique est essentiellement celui de l'infanterie romaine classique puis de l'infanterie romaine médiane/légère tardive: dards/javelines et assaut pour trouver le combat rapproché au plus vite. C'est un des trucs sur lesquels j'ai beaucoup de mal à me documenter, d'ailleurs: jusqu'à quelle période la javeline, les dards et autres lances-faites-pour-être-lancées sont un outil utile et utilisé effectivement au combat? La faiblesse des sources médiévales est manifeste, étant donné qu'elles se concentrent essentiellement sur les chevaliers et que les fantassins sont généralement mentionnés comme une "chose" globale sans grande description détaillée sauf quelques cas ou moments particuliers (vougiers flamands, archers gallois puis anglais, fantassins lombards, piquiers suisses, Compagnie Catalane.... Même les fantassins légers gascons dont on n'entend que du bien sont rarement, voire jamais, décrits dans leur armement).
  20. Pour résumer très succinctement des "phases" du Moyen Age, et situer l'évolution du "warfare" dedans: - Vème-VIIIème siècles: bordel mérovingien, avec quelques hauts et beaucoup de bas - VIIIème-IXème siècles: "renaissance" carolingienne et phase de restructuration de l'occident, avec un relatif succès, concrétisé surtout pendant le règne de Charlemagne. Réorganisation massive des territoires, création de grands domaines et d'une hiérarchie dont va venir la hiérarchie féodale (la féodalité occidentale naît véritablement avec les Carolingiens), refondation monétaire et fiscale, réouverture d'un "grand commerce" (balbutiant) à l'échelle de l'occident européen.... Et réforme militaire. - IXème-XIème siècles: effondrement de l'ordre carolingien et déliquescence de l'occident (ce dont profitent vikings, Hongrois et Sarrasins pour des raids permanents), sauf en Allemagne où la "renaissance othonienne" permet de limiter le phénomène. Evolution militaire majeure avec la cavalerie dite "normande" qui établit le prototype du chevalier, constituant le maillon essentiel entre la cavalerie lourde dérivée de l'antiquité tardive, et la chevalerie. - XIème-XIIIème siècles: phase de consolidation des grands domaines lentement constitués sur les décombres carolingiens, avec affirmation de quelques-uns en royaumes (France, Empire Plantagenêt puis Angleterre). "Première renaissance": amélioration climatique, structuration de plus grandes entités proto-étatiques, croissance agricole et commerciale, développement urbain. Le phénomène urbain permet l'émergence de villes et groupes de villes ayant la taille critique pour s'affirmer politiquement (villes libres, communes indépendantes, ligues de villes....). Instabilité du St Empire et lutte Guelfes-Guibelins (Guelfes finalement vainqueurs après la mort de Frédéric II Hoenstaufen), aboutissant au morcellement accru et structurel de la zone allemande. Période des croisades, qui apportent beaucoup à l'évolution militaire: récupération de certains savoirs faires (surtout en construction de places fortes et poliorcétique) et développement d'autres (notamment via les armées permanentes -ordres militaires- et quasi permanentes que la Terre Sainte exige). Fermeture graduelle de la noblesse et du métier des armes -surtout la cavalerie- qui deviennent avant tout un phénomène héréditaire (contesté seulement dans certaines régions, essentiellement dans les grandes villes plus "libres": nord de l'Italie et Flandres). - XIVème-XVème siècles: point de rupture de la période féodale, avec les deux grands ensembles d'occident entrant en conflit, initialement pour un motif purement féodal (mais dont l'enjeu est maintenant un pays entier) = Guerre de Cent Ans. Crise parallèle de la papauté, initiée sous Philippe Auguste (déplacement forcé à Avignon) en réponse à la crise existante à Rome et avec Rome; la non résolution de ce problème entraîne un déchirement qui se superpose aux conflits entre Etats (celui entre France et Angleterre, et ceux qui en dérivent ou s'y rattachent).
  21. Aussi parce que souvent, ces gardes, surtout dans les villes, n'étaient pas forcément très professionnelles ou très attentives, ou parfois même pas suffisante en effectifs pour assurer suffisamment de présence dans le temps (les rotations devaient être assez soutenues, surtout avec des non pros). Et comme les hommes, les murailles, dans le monde réel, sont pas toujours au top: entretien imparfait, voire négligé, constructions accumulées dans le temps (c'est rarement un ensemble exécuté en une fois et parfaitement homogène) offrant beaucoup d'angles morts.... Sans même compter les particularités topographiques de chaque endroit (promontoires rocheux, constructions à flanc de montagne, présence de grottes et cavités, notamment pour l'appro en eau....). N'oublions pas non plus que les systèmes de détection et d'alarme sont pas au top: la nuit, pas de moyens IR ou d'accroissement de luminosité au-delà de l'accoutumance à la vision nocturne ou des torches partout (qui pourrissent la vision nocturne et ne portent pas loin). Faut du monde pour surveiller les abords d'un seul pan de muraille, parce que c'est en fait là qu'on a le plus de chances de spoter un gars, dans le glacis déboisé qui entoure une place forte (si les conditions s'y prêtent). Soudoyer un garde (ou plutôt un groupe de gardes qui tient une porte, un endroit d'une muraille....) est une chose qui ne peut marcher qu'à deux moments: soit avant que le siège commence, avec un instant convenu à l'avance où tout doit se dérouler..... Soit dans un siège qui a duré très longtemps et où des possibilités de rencontres discrètes entre diverses parties ont pu avoir lieu, ce qui n'est pas évident à moins d'avoir affaire à une place très peuplée (où un individu ou un petit groupe allant et venant se remarque peu) et une armée assiégeante nombreuse. A cet égard, il semble que l'énorme liste de places prises par infiltration témoigne d'un moyen plus souple d'emploi que ces deux cas de figure. L'autre moyen très fréquent aussi: la négo inégale. Les chefs assiégeants ou assiégés n'ont pas si souvent que ça la volonté de se saigner à blanc pour prendre ou défendre une cité, surtout s'il peut y avoir un arrangement. On négocie la reddition contre un tribut mais pas de pillage, on négocie le départ rapide des troupes assiégeantes contre un dédommagement.... Les chefs sont pas plus cons que les autres, et ils peuvent estimer combien de temps ils peuvent tenir.... Surtout les assiégeants, ce qui est un des points caractéristiques des sièges du MA: l'assiégeant a généralement peu d'autonomie, beaucoup moins que l'assiégé, dans la grande majorité des cas. Un des à côtés de la faible centralisation, de la petite taille des entités belligérantes, du faible niveau d'organisation, du faible aménagement du territoire (notamment en routes: bouger seul ou en groupe est une affaire lente, complexe et lourde).... Est que les surplus et stocks alimentaires disponibles sont faibles, et que même s'il y en avait plus, les moyens des belligérants pour en acquérir beaucoup sont limités (même les rois). Et comme d'habitude, faire vivre des effectifs un peu conséquents sur le pays n'est pas une entreprise très saine: la productivité à l'hectare est faible, les stocks réduits, l'habitat dispersé, l'agriculture avant tout purement vivrière, et la fenêtre temporelle où les réserves sont au plus haut est courte (quelque part entre les semaines avant la moisson et celles après). Par exemple, on s'étonne souvent de la façon dont les Plantagenêts/Anglais ont pu tenir longtemps la Guyenne, via Bordeaux, alors que c'est un territoire qui semble sans profondeur stratégique. Sur une carte, c'est vrai, mais toutes les armées royales visant Bordeaux ont eu le même problème pendant longtemps, avant de pouvoir disposer de réserves propres suffisantes pour une campagne de plusieurs mois (fallait déjà arriver dans le sud ouest, en plus), et de pouvoir mobiliser suffisamment de troupes suffisamment longtemps.... La production alimentaire locale était limitée (vivrière) et Bordeaux se trouvait en fait au bout du bassin entourant la Gironde, une zone pas super saine pendant la saison de guerre, avec des été chauds.... Et déjà avant tout dédiée à la viticulture. Beaucoup de soif et pas grand chose à manger à part du raisin, et qu'il faut bouffer avant qu'il soit mûr (il n'est à point que quand la saison de guerre se termine).... Ce qui veut dire que les armées visant Bordeaux se retrouvaient souvent paralysées par des épidémies de chiasse.
  22. Tu oublies l'un des moyens les plus employés au MO, surtout dans les sièges non majeurs (cad pas les citadelles les plus "à la pointe" et énormes, avec une organisation militaire plus rigoureuse et redondante dedans); l'infiltration. Que ce soit par un processus de "déception" (telles les infiltrations de Du Guesclin entrant clandestinement avec quelques hommes cachés dans des tonneaux et amenés par un vrai ou faux marchand, ou planqués sous un chargement de foin) ou une insertion par l'un ou l'autre milieu (le conduit des égouts, à la nage dans le cours ou l'étendue d'eau entrant dans certaines villes, et surtout l'escalade des murailles), c'est souvent le premier moyen, celui avec une longue histoire de succès (les Grimaldi à Monaco, c'est essentiellement leur histoire fondatrice) et l'origine de la chute de bien des forteresses considérées comme les plus impénétrables (Château Gaillard.... Par l'évacuation des chiottes à flanc de muraille). L'escalade des murailles est une spécialité renommée et recherchée, ce qu'on voit pendant la Guerre de Cent Ans par exemple où d'énormes carrières de capitaines célèbres (et non nobles) ont débuté dans le rang par ce moyen (on se distingue, et si on n'est pas manchot par ailleurs, ça peut amener loin). Difficile de compter dessus comme système organisé (y'a pas d'unité de forces spéciales -ce que cette spécialité serait aujourd'hui- qui existe et s'entraîne à ça), mais y'a toujours, dans une armée assiégeante, des petits malins, des chanceux et des grimpeurs (et des petits malins grimpeurs avec le cul bordé de nouilles -moins fréquents, mais pas rares),
  23. On pourrait dire que l'art militaire tactico-opératif du Moyen Age est un prolongement de l'art de la guerre romain.... En version très dégradée dans tous les aspects. S'il y a une caractéristique qui peut définir le Moyen Age occidental, c'est la quasi disparition de la notion d'Etat et de pouvoir central même un peu fort, soit le rêve libertarien concrétisé.... Et mis en face de sa vacuité, étant donné que quand un vide se crée, pleins de choses essaient de le remplir.... En l'occurrence, une foultitude de pouvoirs locaux et "transnationaux" faits de quelques grandes institutions (l'Eglise en tête) et "d'hommes forts" de divers échelons. Le tout sans cohérence. Sans structure étatique, juridique, monétaire et fiscale, sans économie organisée et protégée à un échelon conséquent, sans possibilité d'avoir un horizon de temps déterminé garantissant le calme de façon relativement fiable, ni Etat ni économie ne peuvent se constituer durablement, et c'est toute l'histoire du MA que de voir sans cesse des Etats essayer de se constituer/reconstituer et de s'imposer dans leur espace, n'y parvenant que rarement et de façon moyennement durable (au mieux le temps d'un ou deux règnes). Dans ces conditions, l'armée permanente n'existe pas, et même des structures militaires théoriques pour une organisation ponctuelle (la levée de l'Host féodal) ne peuvent se maintenir et prospérer: elles ne peuvent que se dégrader à la préférence de chacune des parties prenantes, constituant un "non système" militaire particulièrement inefficace. Les savoirs-faires militaires sont donc plus ou moins perdus par rapport à l'époque romaine (à contraster avec ce qu'on voit ailleurs, notamment dans l'Empire byzantin), seuls certaines partie survivant sous la forme la plus rudimentaire et la moins professionnelle. L'infanterie, mais aussi le génie militaire, l'artillerie, la médecine militaire, la logistique, la planification.... En sont les plus grandes victimes. La cavalerie survit mieux, même si à petite échelle, centrée autour des micro-effectifs permanents que gardent les grands seigneurs et souverains. Elle peut poursuivre (lentement) son développement en termes de progression technique et de l'équipement, du moins pour sa composante lourde, sans doute parce que, étant une arme chère et longue à développer, c'est le minimum syndical qu'un seigneur important essaie de garder sous la main. Au-delà, elle devient aussi graduellement un marqueur social, étant une "ressource rare"; ceux qui peuvent s'équiper en cavalier lourd acquièrent une forme de "priorité"et donc un accès plus aisé au pouvoir (de n'importe quel échelon), aux relations.... Devenant graduellement une classe dominante et cherchant peu à peu à imposer une primauté de principe et de fait en même temps qu'un monopole de l'activité militaire professionnelle. Tout ce qui peut exister en terme d'unités militaire permanentes ou semi permanentes, existe via les réseaux de clientèle locales qui constituent le système féodal, avec un plafond d'échelle régionale (grosso modo le comté) pour avoir des unités de cavalerie lourde se réunissant relativement régulièrement pour inspection et entraînement en commun. Aucune homogénéité d'effectifs, aucun standard unifié d'entraînement, diversité d'équipements.... Caractérisent la chose. A côté, on ne trouve que quelques milices (majoritairement de villes) qui valent la mention pour l'infanterie "de ligne" et quelques spécificités régionales pour l'infanterie légère ou l'archerie. Mais le MO, c'est aussi une énorme période, avec des évolutions et des "chapitres": de l'antiquité tardive à la fin des Guerres de Bourgogne ou de la Guerre de Cent Ans (voire aux Guerres d'Italie, un des "marqueurs" possibles de la Renaissance), y'a environs de mille ans, et des variations importantes. Donc faut peut-être encadrer un peu plus les questions. Je dirais, pour poursuivre dans la veine précédente.... Un seigneur de quelle partie du MO?
  24. Notons bien que ce qu'ils décrivent souvent dans Vikings est un des plus grands clichés de la fiction depuis toujours, mais amplifié par le ciné et la télé: le souverain/dirigeant "faible" est dépeint comme un être humain faible. Qu'il soit lâche, débile, indécis, de santé fragile ou encore fourbe et haïssable (ou une combinaison de ces caractères), c'est toujours la même chose: quand un dirigeant a eu un règne considéré comme faible, cette caractéristique est transférée par le récit à sa personne, en termes de caractère physique et/ou mental. Alors que la plupart des dirigeants "faibles" étaient souvent des gens normaux, voire très intelligents, forts.... Mais n'ayant pas le "capital politique" pour s'imposer, ou ayant tenté un truc et foiré, ou encore ayant juste eu trop d'adversaires et/ou des adversaires trop forts dès l'abord (dans et hors de leurs domaines), que même le meilleur des chefs n'aurait pu contenir ou vaincre. Et l'Histoire n'est pas tendre avec ceux qui ne réussissent pas, sans même compter les chroniqueurs contemporains qui ont généralement du sucre à casser sur le dos du personnage (et leur récit à tendance à s'imposer: si c'est un récit favorable, ça veut dire que le souverain en question a gagné et ne sera donc pas considéré "faible" car il aura imposé SON récit). C'est une chose que d'utiliser cette méthode en fiction, c'en est une autre d'en abuser au-delà du point de la caricature. Là, le souverain franc est quand même sacrément surchargé dans ce registre: si c'est une version de Charles le Simple qu'ils ont voulu faire (après une collection de souverains et princes anglo-saxons assez gratinée en terme d'incapables décadents), ils ont réellement chargé la mule, parce que le dit Charles, dans le monde réel, il a mené la barque qu'il a pu, et s'il avait réellement été même un peu comme ça, il aurait pas duré 6 mois au pouvoir.
  25. Hier, alors que le VE day était commémoré, les Américains faisaient aussi un petit encart spécial pour le souvenir des seules victimes américaines directes de la guerre sur leur territoire continental: 6 personnes, essentiellement des enfants et ados (plus les jeunes adultes les supervisant) furent tuées dans l'Oregon pendant un pique nique, par l'une des quelques 9000 bombes dérivantes (des bombes attachées à des ballons) lâchées par les Japonais qui n'avaient pas trouvé d'autre moyen de toucher le continent américain. Assez coûteuse, cette opération qui dura toute la guerre fut essentiellement un gâchis complet de ressources, un échec total. Mais étant donné la taille des zones concernées et la faible densité d'habitation, Américains et Canadiens en retrouvent encore assez régulièrement, la dernière en date ayant été trouvée et détruite l'an dernier par la Police Montée canadienne. On pourrait opposer cette opération japonaise à l'opération Outward des Britanniques qui ont eux aussi adopté cette optique low cost, mais l'ont rendue efficiente et assez efficace: plus de 99 000 ballons ont été lâchés sur l'Allemagne jusqu'en septembre 44, mais la version britannique avait un coût dérisoire (ballons très grossiers et de faible altitude -la distance à parcourir était courte-, 300 personnels, essentiellement féminins, en tout et pour tout) et un potentiel d'emmerdement certain pour les Allemands. Equipés d'explosifs incendiaires ou de câbles tranchants, ils étaient lâchés en continu (parfois 1000 par jour) ou intercalés avec les raids aériens quand ceux-ci se sont densifiés, essentiellement pour distraire attention et ressources chez les Allemands en causant de multiples micro-dommages un peu partout et en permanence et en les forçant à consacrer des moyens comptés à cette lutte (fuel d'aviation, moyens humains, réparations constantes....). Quelques-uns ont même décroché la timbale à l'occasion, une centrale électrique ayant été détruite par la surtension causée par les dégâts infligés par un seul ballon. L'emmerdement principal semble cependant avoir été celui causé par les ballons équipés de câbles, qui coupaient des lignes électriques un peu partout ou causaient des surtensions. Un très bon exemple de comment on peut faire monter le "cost of doing business" de l'adversaire pour quasiment pas un rond.
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