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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Il y a une raison réellement stratégique à laquelle ils tiennent, que Gally mentionne bien: essentiellement, c'est le besoin de redondance et de capacité d'attrition/résilience massive (une base pouvant cracher tout son lot en une fois est un concept en soi). Sans doute aussi réside là-dedans un "débat" interne jamais réellement résolu, entre les composantes mobiles et la fixe, les USA ayant plus les moyens d'un "non choix" (l'expression dans le texte serait alors "kicking the can down the road": remettre le choix à "plus tard"). Doit aussi y avoir un certain problème psychologique, quasi pavlovien, de nombre de têtes et de composantes dans l'arsenal, comparé à l'arsenal russe (ils sont en train d'acquérir le même réflexe avec la Chine). Sinon effectivement, la politique joue plus que beaucoup, à plusieurs titres: - les bases d'ICBM, c'est pas tant le Pentagone que l'Air Force, en tant que lobby, soit l'arme la plus politique (et plus nettement à droite que les autres, plus nettement religieuse aussi), celle qui a les plus lourds investissement (le plus lourd ratio capital/travail, dirait-on) - les bases de lancement, mais aussi la filière de production, d'équipement et de maintenance de l'ensemble du complexe militaro-industriel de cette composante en soi des forces armées (la composante sol), a ses représentants et ses alliés au sein du plus large "complexe militaro industriel" (qui a lui aussi, nécessairement, ses branches) - enfin les territoires concernés: les 3 Etats ayant ces bases sont le Montana, le Dakota du Nord et le Wyoming; ce sont des Etats très à droite (et la droite "dure" et religieuse; sauf pour le Montana, moins religieux et un peu moins à droite), mais surtout des Etats vides, donc avec une représentation au Sénat (2 élus, comme tous les Etats) sans relation avec leur population, qui pèsent disproportionnellement (les élus de tels Etats ont une grande longévité, moins d'obligations, moins de contraintes de levées de fonds, donc plus de capital politique pour les quelques causes qu'ils chérissent). Et le domaine militaire, outre qu'il est un thème important de la rhétorique, est effectivement un des points importants de leurs économies. Sans compter que le Dakota du Nord, fait récent, est en plein boom économique via la "révolution" pétrolière et gazière qui s'y passe, qui démultiplie son poids (mais relativisera à l'avenir le besoin de jouer la carte de l'emploi/investissement militaire). Ce comportement de "pork barrel politics" est évidemment commun aux USA (et partout), et toute grande organisation économique, publique ou privée, a une stratégie d'occupation du territoire américain pour organiser son lobbying politique, stratégie qui souvent défie les logiques de production. Et encore évidemment, tant que les élus "bring home the bacon", ils tendent à rester élus. Dans ces Etats vides, l'importance de ce comportement est démultipliée (et un retour sur investissement politique réellement capital), et leurs élus sont les plus grands rapporteurs du bacon fédéral dans le pays (Mitch McConnell, du Kentucky, nouveau leader de la majorité au Sénat, est reconnu comme le plus grand en la matière). T'es un mec: depuis quand, parmi les 3 jambes d'un mec , y'en a t-il une d'inutile?
  2. Petite news "amusante": il reste 3 bases de lancement de missiles nucléaires Minutemen aux USA, chacune dans un Etat différent, chacune ayant environs 150 missiles à sa charge. La filière nucléaire de l'Air Force a accumulé, ces dernières années, gaffe sur gaffe, révélation sur révélation et faute sur faute: de la bombe perdue au milieu des USA en passant par celles transportées en tant que munitions d'exercice, des personnels toxicos aux équipes de veille faisant leur job un bong ou un joint à la main, du commandant de base saoûl 90% du temps faisant des voyages à Vegas aux frais de la princesse (et des voyages à Moscou où il se "distingue") aux hauts gradés entérinant la falsification des tests de préparation..... Y'a de quoi faire. Mais celle-là est d'un nouveau genre: dans chacune des 3 bases de lancement, une tâche du quotidien semble être de resserrer les boulons sur chaque missile, qui ont une tendance naturelle à prendre leurs aises..... A ceci près que -et je n'ai pas encore trouvé pourquoi c'est ainsi- le kit de boulonnage..... Est un exemplaire unique aux USA. Littéralement! Y'en a qu'un seul que se partagent les 3 bases depuis des années, le faisant circuler par FedEx pour que chacun ait à son tour sa campagne de reboulonnage (l'histoire aurait apparemment fuité via le service courrier d'une des bases). Déjà qu'un seul pour une base semble hallucinant (doit y avoir un certain nombre de boulons à serrer sur un seul missile, à moins qu'il s'agisse d'un type de boulons très spécifique, en petit nombre), mais là c'est du délire. Alors: - connerie dans l'organisation des stocks de matériel de maintenance (et en fait y'en aurait plein.... Administrativement perdus, quelque part)? - connerie passée pendant la réduction des filières nucléaires, faisant qu'un tas de tels outils auraient été purement et simplement détruits sans qu'on regarde s'il en restait assez? - problème soulevé depuis longtemps, mais la filière nucléaire, surtout basée au sol, est tellement oubliée (sauf pour les "grands" contrats), que la requête doit encore faire son chemin quelque part? subsidiaire: est-ce si dur de mouler la forme du boulon en question et de faire un putain d'outil pour le serrer? Bon, l'histoire a été réglée il y a quelques jours: chaque base, après de longues années de cette pratique (pas géniale pour la crédibilité nucléaire US), aura désormais son propre kit (un seul pour une base?). FedEx y perd.
  3. La classe Balalaika? Ils ont rétro-engineré le RFS Korolev (classe Deadalus dans Stargate)? Raaaah, les perfides! Ca doit encore être un coup des Goa'Uld qui sponsorisent Poutine! Ou bien..... Il en est un lui-même! Ca expliquerait bien des choses. Décidément, la digestion de ce gâteau me pose des problèmes....
  4. T'en fous si tu achètes et revends vite; de toute façon, la Bourse de Moscou est juste faite pour ça, pas pour financer l'investissement. Pour la Hongrie, il faut noter que le cas n'est pas exactement isolé en Europe, si l'on regarde l'angle de la "géopolitique" (mot pompeux je sais, mais j'en ai pas d'autre d'aussi court): la Lettonie semble aussi, quoiqu'à une phase moins avancée, se préparer un problème similaire via la taille, importante à la base, mais sans cesse croissante, de la population russe/russophone (perçue comme "agent de Moscou", et pour une bonne part se vivant comme telle), qui risque de présenter à terme une situation peu enviable de choix radicaux, de polarisation très forte.
  5. Et avant ça y'a la version grecque: "les dieux aveuglent ceux qu'ils veulent perdre" Mais pourquoi tu pointes la chose comme venant de l'UE, ou l'UE comme entité disruptive ou "punissante"? L'UE a réagi plutôt très modérément, et n'a pas été franchement la partie la plus agressive dans cette histoire; mais tel que tu le présente, c'est le grand méchant de l'histoire qui lance des ultimatums à des gentils pays qu'on rien fait. Le problème avec la Turquie semble être l'évolution interne du pays, qui commence à tendre vers un modèle nettement plus autocratique et clérical (en tout cas moins démocratique, alors que le pays avait déjà quelques problèmes en la matière). La Hongrie présente pas mal de symptômes similaires (hors cléricalisme), et inquiète pas mal aussi bien ses voisins immédiats qu'une bonne part de sa population (ayant un certain nombre de Hongrois dans ma famille et mon entourage, je suis un peu plus branché sur ce canal), amenant la question de savoir si elle va poursuivre sur la lancée actuelle (auquel cas elle placera l'UE dans l'inconfortable position d'avoir à examiner son appartenance de fait et/ou de droit à l'union) ou non. Parce qu'en attendant, la majorité de ce que fait Orban est sponsorisée par l'UE sans laquelle il serait contraint à une autre attitude (radicalement anti UE et pro Russie, ou complètement pro UE, en tout cas pas sur ses propres jambes parce que la Hongrie actuelle n'en a pas le dixième des moyens): l'UE doit-elle continuer à payer en permanence pour voir un pays membre continuer dans une voie pareille? Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est pas très agréable en ce moment de pas "être dans le moule" en Hongrie (et "le moule" est très restrictif), et voir régulièrement les défilés informels (mais encouragés) de glandus en proto-uniformes (genre chemises un peu brunes ou un peu grises; voyez le genre?) sur l'avenue Andrassy vers la Place des Héros, ça met un drôle d'arrière goût dans beaucoup de gorges. Le fait est que certains pays tracent des lignes dans le sable, ou évoluent dans des directions qui, de facto, tracent ces mêmes lignes: que l'UE n'aie pas de stratégie et pour l'instant essaie juste de coordonner des réactions épidermiques, des pressions de Washington et quelques débuts de pensée stratégique possibles, et de les emballer dans quelque chose qui veut avoir l'air uni, c'est un fait. Mais c'est pas pour autant que ces lignes n'existent pas dans le sable (et c'est pas l'UE qui les a tracées). Enfin, je ne vois pas ce qui, dans l'attitude de Poutine, refléterait un "qui n'est pas contre moi est avec moi"; à part la posture très présente sur ce forum qui veut absolument voir en Poupou un maître d'échecs qui a tout vu et tout prévu à l'avance et a raison sur tous les tableaux, je vois strictement aucun fait ou événement dans le fil de cette histoire qui indique cette merveilleusement parfaite politique extérieure que beaucoup fantasment et extrapolent essentiellement pour souligner par opposition le caractère décousu (au mieux) ou nul (au pire) de la réaction occidentale. Parce que question réflexes conditionnés, idéologie et hubris, le Poutine, il a un tantinet montré quelques symptômes. Mon point initial (dans le post pré cité) était cependant de souligner le niveau de dégradation des relations en général (hors causes et attitudes), et le point auquel cela peut mener dans un avenir proche, à savoir de placer l'UE en face de choix tranchés inévitables. Eviter d'en arriver à un tel point est évidemment la stratégie souhaitable, mais serait-ce possible sans de fait entériner l'attitude de Poutine (ce que d'aucuns interpréteraient radicalement comme "s'aplatir") qui, du coup tout conciliant pour un temps, n'attendrait que la prochaine occasion de bouger ses pions? Y'a t-il réellement, en l'état des choses, une "stratégie" permettant d'anticiper et de prévenir des relations plus conflictuelles quand un des acteurs se veut lui-même franchement plus confrontationnel? Que l'UE adopte une position plus unie pour le long terme, voire s'engage (on y croit) sur une voie de proto étatisme "fédéral", ou qu'elle ne le fasse pas, le point demeure: y'a un voisin qui joue la politique de puissance à l'ancienne, avec des éléments idéologiques inclus (et pas un mythique ultra pragmatisme dépassionné) et quelques traits de personnalités boostés à des niveaux inquiétants (longue présence au pouvoir, mode de gouvernement, nature du système de pouvoir). La question de la réaction européenne, en mode uni ou en ordre dispersé, est réelle, mais elle n'enlève rien au problème.
  6. Si ça continue à ce train, les accords commerciaux avec la Turquie (sur lesquels repose l'essentiel de la nouvelle prospérité turque) pourraient être, sinon mis sur la table, du moins "entamés"; la question est de savoir si la détérioration des rapports, sous l'influence de facteurs conjoncturels (essentiellement la crise actuelle), mais aussi de problèmes de plus en plus structurels (position russe et ses blocages inhérents, nouvelle voie que semble emprunter le régime turque, en politique extérieure, mais surtout dans l'évolution interne du régime), atteindra des proportions qui amèneraient même les indécis et timorés régimes européens (et surtout leur "congrégation" bruxelloise, soit le collectif qu'ils forment vaguement) à décider qu'il y a des camps en présence, et qu'il convient de les définir plus strictement. Le cas hongrois est intéressant: l'attitude d'Orban dans l'avenir pourrait être un des premiers jalons indicatifs de ce dont l'avenir sera fait: il dépend en grande partie (économiquement et pour ses finances publiques) de l'UE, donc faudra voir si, dès lors qu'il sera question de le "tester", il se dégonflera ou persévérera.
  7. Il y a plus de différences entre ces deux cas: - la France a une existence continue (étatique, juridique) depuis cette période, en tant qu'entité en soi, de même que, sous une forme plus lâche, "l'espace" allemand - l'existence "morale" d'une Allemagne (à défaut d'Etat proprement dit), tant dans le domaine du sentiment national que sur le plan "civilisationnel", date précisément de la différenciation d'avec l'entité franque, via l'union othonienne (en fait avant Othon, avec Henri l'Oiseleur) et le caractère "saxon" affirmé que prend cet Etat: le terme est revendiqué, bien que le "1er Reich" soit composé des 5 duchés "tribaux" (car plus appuyés sur les confédérations tribales de cet espace que sur une forme d'Etat organisé "à la romaine") originels, en raison de la prééminence du duché de Saxe qui devient le royaume de Germanie, l'entité dominante sur laquelle se base cette première "méta entité" allemande. - l'éclatement de l'entité franque correspond au final à un partage (pas à l'amiable) dynastique, processus alors "normal", et entériné par les hasards de l'Histoire qui a vu de là une évolution propre de chaque espace, sans que l'idée de "réunir l'héritage" vienne à qui que ce soit (sauf dans des vues de conquêtes pures, déconnectées du fait sentimental ou idéologique) - ces évolutions propres ont été assez rapides à capitaliser sur plusieurs caractères particuliers (et cruciaux) qui ont été développés suffisamment et suffisamment vite pour différencier les deux espaces (avec évidemment une "frontière" pas nette): langue, coutumes, systèmes législatifs, géographie, niveau d'organisation des territoires (beaucoup plus élevé à l'ouest à ce moment).... Ont concouru à favoriser deux "pensées" différentes peu après la séparation: définitions légale et géographique côté ouest, tribale et coutumière à l'est (dans un premier temps.... Ce qui est suffisant pour créer deux espaces distincts qui ne sont plus concurrents que sur leurs frontières, sans viser à "récupérer" le tout). J'ai bien vu que tu as présenté une hypothèse différente, mais le point est justement qu'il y a plus de variété culturelle, linguistique, géographique, organisationnelle... Dans l'espace ex-franc, variété qui a largement concouru à rendre inévitable la différenciation. Là où le cas ukraino-russe est celui de groupes extrêmement proches, partageant une même matrice originelle sur bien plus de plans. Ce qui ramène plus au fait du sentiment national moderne, soit une "invention" des XVIIIème-XIXème siècles: c'est lui (le "sentiment" slave tel que vu par les Russes) qui préside à la vision actuelle (essentiellement rétrospective) des Russes (qui peuvent regretter "l'empire", mais ne chialent pas trop pour la perte des Kirghizes, Ouzbekhs, Kazakhs....), là où le cas serait bien plus difficile à faire dans ton hypothèse franco allemande, qui nécessiterait qu'ait existé un Etat moderne tenant un tel ensemble varié uni sur la période voulue (c'est pas l'ethnie, la langue, les cultures.... Trop variés et différents dans cet espace, qui auraient pu créer un attachement sentimental comparable). C'est particulièrement le cas pour l'Ukraine à l'ouest du Dniepr, qui a encore moins de liens forts de longue haleine avec la Russie, et une histoire d'interactions avec l'Europe centrale infiniment plus puissante. C'est donc plus un problème russo-russe: leur ego national et la façon dont les dirigeants actuels s'en servent comme fuite en avant démagogique (avec de bonnes et de mauvaises raisons: réunifier un pays éprouvé, une population qui n'a en large part pas grand chose d'autre....) pour résoudre des problèmes avant tout intérieurs (système politique/de pouvoir instable et oligarchique, sans réel équilibre hors d'un "homme fort", problèmes économiques lourds et persistants....). Où l'on voit encore une fois que la guerre est souvent de l'exportation de problèmes intérieurs plus qu'autre chose.
  8. A deux périodes différentes: Mazeppa (XVIIème-XVIIIème siècle) et Makhno (guerre civile 1918-1921) sont deux figures assez éminentes dans le souvenir ukrainien, il me semble. Et ils ne sont pas particulièrement connectés (bon, pour le premier, c'est plus facile) à des idéologies de massacres. Quand à la question d'un Etat ukrainien, historiquement, il me semble que les Ukrainiens sont plus du parti de penser que la genèse d'un Etat russe commence par eux (même si l'Etat russe proprement dit commence avec les principautés de Moscou, Vladimir et Novgorod) avec les principautés kiévaines et la dynastie rurikide. Je veux bien imaginer que c'est le genre de débat historique sans fin (et fondamentalement sans réel intérêt sauf pour des nationalistes en mal de revendication d'une origine et d'une appropriation débile de l'histoire), mais la civilisation slave orthodoxe hors des Balkans commence avec des principautés en Ukraine. Appeler ça un -ou des- "Etat ukrainien indépendant" n'est pas faux jusqu'aux Mongols, même si au final, bien plus que dans le cas franco-allemand avec l'entité franque (mérovingienne puis carolingienne), il s'agit d'une matrice originelle dont les deux pays peuvent sans délirer se dire descendants "civilisationnels" (puisque ni pour l'un ni pour l'autre il n'y a continuité étatique avec la Russie kiévaine). EDIT: Arrrgh, grillé par Gally qui m'a piqué Makhno!!!!!! L'armée anarchiste (qui n'a pas été nulle comme le POUM espagnol) a son histoire en Ukraine, et elle semble avoir laissé une marque forte dans l'imaginaire.
  9. Et dans 99% des cas, n'importe quel Parisien, voire Français, verra immédiatement que ces petites rues ne sont pas à Paris: la facture des murs, la taille des moëllons, les matériaux, les couleurs, la taille des trottoirs, les motifs, les espacements dans les rues, les types d'arbres.... On voit au mieux des rues en Roumanie, plus souvent un studio recrachant un cliché mal documenté, et pas mal aussi une bête rue (réelle ou une de "studio à ciel ouvert" comme il y en a beaucoup en Californie) vaguement habillée pour "faire français" (en tout cas pour le public ricain). J'ai vu très peu de séries (assez normal vu le budget moyens) où ils se foulent dans ce registre: Castle et Covert Affairs sont les seules récentes auxquelles je puisse penser qui aient tourné des scènes parisiennes à Paris.
  10. C'est pour ça qu'on essaie d'avoir des lois et des cadres "culturels" pour le débat public: on l'oublie, mais quand il n'y a rien, ou très peu de tout ça, ceux qui gueulent le plus fort et sont aux premiers rangs (voire tapent plus fort) prennent des places, de façon disproportionnée à leurs effectifs.
  11. En ayant été les premiers sur les barricades, les premiers à entrer dans les bâtiments, les plus braillards, ceux qui jouent des coudes, ceux qui menacent, ceux qui vont au carton.... Bref, ceux qui se mettent en valeur, poussent les autres (voire pire), et prennent les premières places, ceux qui sont soudés et cohérents quand la majorité du reste est fait de groupes moins clairement unis, plus lents à agir (parce que plus nombreux, ou résultant de coalitions, moins rassemblés autour d'une ligne unique), et surtout de masses de gens isolés (ou de tout petits groupes). Et là, je parle pas en métaphores: lors d'une révolution, ce sont effectivement ceux qui jouent des coudes (et des battes et des matraques....) qui prennent les chaises avant que la musique s'arrête. Un moment de grande confusion où les premiers à savoir où ils vont s'installent dans le système en devenir et font tout pour s'y accrocher. C'est le moment où la taille dans l'absolu importe le moins pour un mouvement politique. En somme, c'est comme à la guerre: le groupe cohérent et bien commandé l'emporte sur la masse désordonnée et multicéphale (ou acéphale): il va plus vite, bouge comme un seul homme, sait où il va, sait ce qu'il veut.... Et il le prend. C'est au final un moment très court (après le long face à face de Maïdan, le "nouvel ordre" a pris les bâtiments gouvernementaux et commencé à s'installer en quoi? Quelques jours de confusion), très bordélique, où les communications intra et inter groupes marchent mal, où personne n'est sûr de rien, et surtout ceux (les plus grands groupes politiques) qui essaient de voir loin et grand (cad être responsables et penser à tout le pays, à être représentatifs....) et doivent rassembler large.... Des abrutis monomaniaques mais décidés profitent de ce genre de confusion pour prendre les gages qu'ils veulent: limités, non majoritaires, mais indéboulonnables, surtout qu'une fois "dans le système" dès sa création, ils plantent toutes les racines qu'ils peuvent dedans.
  12. Pour les amateurs d'adaptations de jeux vidéos, Halo vient d'être envoyé à l'écran -le petit- pour la deuxième fois: après la mini (web) série Forward unto dawn (rien d'inoubliable, pour être gentil), et avant la très attendue version de Spielberg prévue pour 2015, voici..... Roulements de tambours.....Halo: Nightfall. Série live en épisodes d'environs 25-28 minutes (2 diffusés), elle se présente en fait.... Comme une série de SF assez lambda, de facture plutôt honnête, avec des moyens adéquats: rien de très original, le parfum de l'univers Halo pour qui y est sensible, rien de réellement mauvais pour l'instant. On pose une intrigue de longue haleine, on entre dans le rythme d'une "scène" de l'histoire par épisode (faire des épisodes ayant une histoire complète serait dur dans un format pareil), avec un semi-début et une semi-fin, et..... On s'extasie devant l'uniformité, la banalisation du "standard" de récit de la SF (américaine) à la télé. Toujours cette sempiternelle impression d'un simple prétexte de décor pour des histoires qui sont au final un brin western/aventure avec juste de l'hypertechnologie en toile de fond, les mêmes trames étant réutilisées depuis maintenant longtemps (avec plus ou moins de talent, reconnaissons le). Je mentionne cette série, histoire que de temps en temps sur ce topic, on se rappelle que le but est de parler de séries à thème militaire (ou vaguement approchant), juste pour le style.
  13. Question pratique: comment tu soutiens ou approuves Maïdan sans soutenir -volontairement ou non- Svoboda et consorts dans le tas? En temps de crise, tout est binaire, et tu ne reçois que des packages.
  14. Normal: les selles sont la première chose que l'enfant "produit" par lui-même. Il en est très fier, comme tout artisan de ses créations (c'est essentiellement le principe, en plus). Les parents encouragent ça en s'extasiant règlementairement devant la chose pendant un moment, avant, au fil du temps, de signaler au bambin qu'il devient lourd à montrer son oeuvre tout le temps. Ben là, c'est pareil: des ados/post ados pleins d'hormones qui rentrent dans leur premier trip sérieux -et dans ce cas, un groupe serré et "extrême", avec un fonctionnement interne pas si loin de la secte-, au sein d'un groupe qui s'excite tout seul et se trouve projeté dans une situation terrible (une guerre, c'est pas tout à fait anodin) qui accroît tous les travers déjà à l'oeuvre (repli sur soi et le groupe, exaltation, peur, rejet du doute....); que font-ils sinon montrer à papa maman (les médias, le monde) qu'ils ont "chié" et en sont fiers? L'adolescence/le jeune âge adulte sont un cycle éminemment anal. Evidemment, pour certains, la métaphore en est à peine une, et ils deviennent d'authentiques trous du cul. Poutine a ressorti une arme de propagande pour l'occasion: Anna Chapman, la soi-disant super espionne chopée en 2010 aux USA (avec 8 autres) et que le gouvernement russe s'est acharné à promouvoir comme un super commando invincible allant dans tous les points chauds..... Et qui est plus prosaïquement une bimbo qui a commencé à sérieusement énerver même les pro Poutine à force de jouer les divas face caméra. Elle est de nouveau là, pas loin de la frontière ukrainienne, à parader dans des unités russes en vantant la perfection des specimens composant les troupes, l'extrême luxe de leur alimentation et de leurs conditions de vie (contrairement aux soldats occidentaux gras et décadents, mangeant mal), l'invincibilité de la troupe.... Et, cerise sur le gâteau, leur dispensant des leçons de combat grâce à son immense expertise (la bimbo au gabarit mannequin, qui pose maladroitement avec un AK ou un couteau). Qui a dit que la propagande soviétique était morte? Il leur manque que Baghdad Bob.
  15. Les cons, ça ose tout.... C'est le problème des groupes à idéologies: - personne ne se voit jamais comme le méchant, donc leurs idées et emblèmes sont nécessairement "le bien" de leur point de vue. Et tant que c'est de l'idéologie bien vague, dans la tête d'ados/post-ados/jeunes adultes, ça peut rester un gloubi boulga où tout est bien, bon, idéaliste, idéalisé, où tout projet sur le futur est cohérent, sans accroc et où tous les éléments s'emboîtent bien sans faire de mal à personne sauf aux "méchants" désignés qui sont nécessairement très méchants - ajoute le stress du combat, les liens qui s'y forgent avec leurs mauvais côtés (il y a le groupe, et il y a le reste: le groupe a raison et plus de légitimité pour faire ce qu'il veut, les autres s'écrasent ou crèvent), et tu as une radicalisation inconsciente qui n'est pas encore confrontée au "retour au réel"; le tout saupoudré d'une forme d'exaltation, d'auto-intoxication qui autorise à penser qu'on peut tout faire et que tout est bien (comme sortir des drapeaux nazis) - je doute même qu'ils aient vraiment de l'idéologie (nazie ou autre): de la colère, un trop plein d'hormones, le besoin d'agir et de se sentir "puissants", l'envie de choper n'importe quel symbole qui fait rager ceux qu'ils n'aiment pas, la pression/l'émulation du groupe (surtout marginal) qui fait aller dans le "toujours plus", le sentiment d'impunité, le fait de se prendre au sérieux (facilité par le fait qu'il y a une guerre et que "c'est sérieux en soi", donc ça justifierait leurs positions)..... Certainement. Pour le reste, la plupart sont trop cons pour penser à autre chose que le moment, arrosé de très vagues "concepts" du futur (qui sont souvent articulés -par "le parti"- dans du langage pédant, redondant et en logique circulaire, qui donne l'impression d'intellect et de raison). L'adolescence, quoi. Bref, ils se font un petit monde à eux dans leur tête, complètement coupés du reste du monde: ces drapeaux, ce sont leurs fantasmes et revendications, sans demander l'avis des autres composantes qui feraient partie de l'équation si les dits fantasmes étaient remis dans le monde réel (hors du champ de bataille et de son univers clos). Mais il est difficile de leur souligner ça dans l'état où ils sont, complètement dans leur trip. Donc non, ils ne se rendent pas vraiment compte de grand chose, se persuadant qu'ils peuvent "décréter" le monde, contraindre l'OTAN à intervenir....
  16. Déjà, la pression continue depuis plus d'une décennie pour pousser à des campagnes aériennes (ce qui veut dire la guerre ouverte) en Iran, tant du côté américain qu'Israélien, vu la force politique que ça représente et le caractère obsessionnel que ça a, est à classer aussi dans le registre idéologique. C'est pas parce qu'il n'y a pas la couleur de la religion dessus que ce n'est pas le cas. Quand on suit un peu le débat politique américain, on voit ce blocage idéologique apparaître fort et clair, et quand on voit le ton du discours de Bibi en vadrouille aux USA (et la posture adoptée en réaction à la ligne directrice d'Obama), appuyé par l'ambassadeur d'Israël à Washington, y'a pas franchement de débat sur la question de savoir si c'est idéologique ou non. Ensuite, et en mettant de côté l'aspect continuité historique (à mettre à part: ça promet d'être long, et ça n'entre pas vraiment dans la réalité des négociations présentes et futures), en s'en tenant aux réalités concrètes auxquelles les décideurs sont confrontés, invoquer le fait de savoir qui a commencé ou qui a des raisons de est à séparer très nettement de la table de négociation: - les Iraniens ont des réseaux de soutien à des organisations armées agissant contre Israël - les Israéliens ont des plans et, avec les USA, des moyens pour mettre en oeuvre des campagnes de frappes soutenues en Iran, le tout soutenu par un très puissant courant politique qui pousse au clash - Israéliens et Américains ont, en attendant ce jour heureux, une politique agressive (et à l'occasion sanglante) à l'encontre du programme nucléaire iranien - l'Iran subit de lourdes sanctions commerciales de la part des USA depuis longtemps, ce que d'aucun qualifieraient d'acte hostile Ca, ce sont des éléments de négociations, quand on en vient aux réalités: à la table des grands, l'origine historique, réelle ou perçue des problèmes ne pèsera en rien quand le jeu en viendra à un pur marchandage qui ne vise que l'ici et maintenant. Si Israël met le "c'est vous qui avez commencé" sur la table et met d'une manière ou d'une autre la reconnaissance de ce postulat comme une condition, ça devient du concret, mais c'est un blocage garanti, et il faut avoir vraiment beaucoup de biscuits, ou être prêt à entrer en guerre ouverte pour pas grand chose, si on veut carrer ce genre d'exigences dans la gueule d'en face. Si on y ajoute le fait que l'état du budget militaire iranien (seule raison pour laquelle je le soulignais plus haut) n'indique pas vraiment une posture visant la destruction d'Israël (et qu'on ne me case pas le soutien au Hamas dans cette catégorie: c'est mineur en terme de puissance), on pourrait dire que l'Iran n'est pas vraiment dans la position de se sentir en sécurité, et qu'il n'a donc, en l'état des signaux qui tendent à émaner d'Israël et des USA, pas franchement d'incitation significative à renoncer à ce pouvoir de nuisance très relatif (ça s'échange contre quelque chose: si on exige l'arrêt de ce soutien comme préalable aux négos, on n'est pas vraiment sérieux). Traduction en terme de négo: la balle est largement plus dans le camp des USA et Israéliens, et ce serait plutôt à eux de la jouer plus cool, parce qu'ils peuvent nettement plus se le permettre (évidemment, c'est si ils veulent vraiment une solution). C'est d'autant plus le cas que le régime iranien est profondément divisé, fonctionne de plus en plus mal et ne représente guère la volonté de la majorité de sa population qui a bien d'autres emmerdes. Pousser ces dirigeants un peu plus, en l'état de leur structure de pouvoir (ce que font les USA et Israël depuis un moment), c'est en envoyer direct une bonne partie vers la case agit-prop idéologique anti-israélienne qui reste leur dernier recours: le va tout démagogique (savoir si ça peut marcher, dans quelle mesure ça peut marcher, et ce que ça peut produire, c'est nettement plus aléatoire) comme outil de conservation du pouvoir (que certains y croient ou non n'a pas grand chose à voir à l'affaire; c'est une simple constante politique qui veut qu'on fait tout pour garder les rênes). FYI (exclusif pour le forum): je ne suis pas en charge des négociations entre Iran et Occident. Mais chuuut, ne pas le répéter. Personnellement, je voterais pour l'annulation du Moyen Orient (le zapper des cartes), mais on me dit que c'est pas dans les options envisagées.
  17. Vu que tu ne veux même pas faire mine de comprendre ce que j'ai expliqué en long en large et en travers sur ce qu'est un "trauma" (pas trouvé d'autre mot plus adapté) infligé au système complexe qu'est une région géopolitique, il n'y a aucun intérêt de continuer. Quand aux "faits concrets" (ça veut dire quoi? Le nom et l'adresse de tous les Iraniens de l'époque qui n'ont pas apprécié la création d'Israël et/ou en ont indirectement subi les conséquences?) sur la façon dont fonctionnent des relations d'Etat à Etat, au-delà des imprécations, du refus d'envisager autre chose que l'angle de vue de ton pays et des "c'est eux qui ont commencé", t'as mis quoi sur le tapis, de ton côté? Facile d'appeler ce que les autres pondent "blabla" (et un tantinet insultant), quand tout ce que tu as dit sur le sujet depuis le début se résume à "c'est eux qui ont commencé, c'est tout leur faute, donc rien à faire". Si c'est la position que tu prônes, bon avenir pour toi et ta famille dans une perspective de guerre éternelle. CQFD Voir réponse plus haut.
  18. J'ai expliqué ce que j'entendais par "traumatisme", tu veux rester au strict premier degré et n'accepter la réalité de la chose que si il s'agissait d'un traumatisme individuel pour chaque iranien (ou arabe), remettant sa vie et son âme en question, ce que je n'ai à AUCUN moment dit. Ensuite, quand on parle de région politique, encore une fois, on ne parle pas de stabilité ou d'instabilité comme si c'était une chose qui apparaissait du jour au lendemain, ou s'il y avait des marqueurs exacts et quantifiables pour qualifier toute situation à tout moment. Le MO des années 40 est encore très fragile, étant donné qu'il est dans toujours dans la phase de recomposition post-1918: ô surprise, quand on parle de vastes territoires et de groupes humains divers, les choses sont lentes, instables et tout prend beaucoup de temps et se casse la gueule de multiples fois avant de trouver un point d'équilibre relatif. Tu veux un raisonnement sur carte? Tu manqueras l'essentiel des facteurs qui déterminent ce genre d'équilibres, faits avant tout de deals, de compromis, d'antagonismes, d'échanges, d'interdépendances acceptées ou refusées.... Entre l'ensemble des forces de types divers qui animent une zone. Comment tu les établis en "faits concrets" pour définir une situation à un instant T et son évolution, et de là tracer une carte, ou un état des lieux quantifié? Ca prendrait plus la forme d'une longue dissertation conclue par un rapport d'analyse évoquant des gens, des rencontres, des attitudes et seulement quelques constats concrets et quantifiables qui illustrent plus qu'ils ne représentent la dite situation. Et en quoi ont-ils tort, en l'état des choses telles qu'elles sont aujourd'hui? Et ça résout quoi? Sérieusement? Ce genre de choses est la conclusion d'un processus, pas un premier mouvement.
  19. En aucun cas, et ça devrait justement te montrer ton biais, si tu pouvait juste prendre un peu de recul par rapport à ta propre position; la phrase était ouverte et ne pointait pas de doigt (et je sais qu'elle ne sous entend pas une accusation, parce que c'est moi qui l'ai écrite), elle établissait juste un fait simple, con, comparatif: l'un des deux pays a un budget deux fois inférieur à celui de l'autre. Ergo, peu de chances que l'Iran ait une posture réellement et fondamentalement menaçante contre Israël. Agressive? Oui, avant tout en posture et en paroles, pour une part de leur establishment dirigeant. Dangereuse? Oui encore, car les mouvances armées comme le Hammas sont des outils/proxys partiellement contrôlables (dont on doit parfois endosser tacitement les actions pour ne pas sembler à la ramasse), et que de tels outils sont par essence de plus grande ampleur que les simples méfaits d'un "service action". Mais une menace contre l'existence d'Israël ou réellement capables de lui infliger des blessures lourdes? Faut être sérieux deux minutes. Et j'essayais d'expliquer (mal sans doute, trop rapidement) qu'une région est un système complexe d'interdépendances, de concurrences, d'échanges et d'équilibres de divers niveaux (divers échelons géographiques, économiques, politiques, humains....), qui essaient de s'ajuster en permanence qu'il y ait des Etats ou non (mais qui le font nettement mieux, plus et plus systématiquement avec des Etats, surtout des solides et cohérents), et qui y parviennent plus ou moins tant que les paramètres fondamentaux restent relativement similaires. C'est déjà bancal dans le meilleur des cas. introduit un élément étranger au coeur de cette région, comme un nouvel Etat, avec une population aux connexions, références et dépendances différentes, et ces paramètres, ces limites dans lesquelles fluctuent les équilibres et interdépendances susmentionnés, volent en éclat. Et nier que ce soit un "traumatisme" pour la géopolitique d'une région relève de l'aveuglement volontaire. Fais le quand cette région est dans une phase de recomposition encore fragile, et trouve un autre mot que "bordel". Pour toi, le fait que la création d'Israël n'ait pas impliqué de territoire iranien fait que ça n'a pas lourdement impacté l'Iran? C'est pour ça que je pointe qu'une région géopolitique est avant tout une somme d'interdépendances et d'équilibres, de relations et de représentations; c'est pas juste ce qu'on voit sur une carte, aussi chiadée soit-elle (le raisonnement sur carte a même tendance à fausser la vision d'un problème en obérant ou rabaissant trop de facteurs). Et sans arrêt tu reviens à cette idée que l'idéologie anti-Israël domine absolument toute la classe dirigeante iranienne et conduit absolument leur politique; classe dirigeante qui redevient commodément un tout monolithique quand il le faut, alors que les discours émanant d'Iran pointent dans beaucoup de directions à la fois, et que le moins qu'on puisse dire sur l'Iran est qu'ils n'ont pas vraiment de direction très unifiée (notamment entre les barbus, les Pasdarans et la présidence, qui sont rarement au diapason) sauf quand le sujet du nucléaire est mis sur la table avec une menace directe (auquel cas, oui ils font bloc). Au final, passé le moment Ahmadinejad (et son peu de pouvoir réel, donc assimiler les positions concrètes de l'Iran avec sa rhétorique -qui est une chose- et ses actions à conséquences significatives - qui en sont une autre, est déjà une faute dès les prémisses de toute analyse), y'a pas eu grand chose depuis un Khomeny qui, passé sa bave rageuse des débuts, s'est -dans les actes, pas dans les paroles- rapidement calmé sitôt son attention accaparée par Saddam. Mais bien au-delà de ça, les pays n'existent pas dans un vide, et leur présent n'est que l'accumulation du passé, un présent dont ils ont à tirer parti autant qu'à se dépatouiller: si aujourd'hui l'Iran renonçait du jour au lendemain au soutien de mouvances palestiniennes, qu'y gagnerait-il? Rien, nada, niente, peau d'zob (peut-être quelques discours, des félicitations condescendantes et sans grand corollaire concret, mâtinées de critiques). Et ils savent par ailleurs que ce n'est pas une arme capable de faire réellement mal à Israël, et certainement pas de menacer son existence. Donc c'est un jeton de négo, un outil pour peser, de la part d'un pouvoir central iranien qui n'est plus idéologique depuis bien longtemps, et constitue une élite d'oligarques, cléricaux ou non, bien au chaud dans ses coussins. Je n'ai aucune admiration ni aucun respect pour le régime iranien, et ça me déplairait certainement pas de voir une bonne partie de leurs dirigeants pendus par leurs couilles (enfin si, ça me dérangerait parce que c'est une image dont je peux me passer), mais en lieu et place du décideur iranien, c'est tout connement comme ça que la situation apparaît et que le jeu se joue. Et tant qu'ils ont un pays au budget militaire deux fois supérieur, avec l'arme nucléaire et les USA juste derrière, quelles autres options ont-ils? C'est pour avoir des bargaining chips que le Shah a soutenu l'OLP, et c'est pour les mêmes raisons que l'Iran post révolution a continué ce soutien et l'a étendu à d'autres..... Quoique la diversité de ce soutien reflète AUSSI les contradictions internes du régime dont les factions mènent des politiques parfois totalement déconnectées (ce qu'on voit aussi au Pakistan).
  20. Et l'Iran du Shah le faisait aussi, mais ça n'empêchait apparemment pas les relations entre les deux pays; pourquoi? Parce que c'est pas quelque chose d'existentiellement dangereux pour Israël, donc ça entre dans le domaine du négociable, et parce que ces mouvances armées, ou d'autres existeraient avec ou sans l'Iran. Ce sont des nuisances qui sont élevées par opportunisme politique au rang de menaces fondamentales déterminant toute une posture politique. C'est hardcore comme capital politique (soutenir des mouvances armées de cette ampleur), mais comme dirait un diplomate, ça fait partie du "jeu". Je sais pas: se faire assassiner des savants, saboter des installations nucléaires.... L'Iran est sensé considérer ça comme "Israël qui fait que se défendre, donc c'est incontestable"? Ils acceptent et ils la ferment? L'attitude de pointage du doigt des coups de putes est facile à vendre politiquement, surtout dans une situation où n'existe aucun cadre politique aux relations entre les deux Etats. Problème: elle ne mène qu'à une escalade permanente, et une où l'un des deux Etats a l'arme nucléaire, un budget militaire deux fois supérieur et le pays le plus puissant du monde comme allié (avec une partie active de sa classe politique qui ne demande que la confrontation). Si tu parvenais à sortir de tes œillères deux minutes pour essayer de te mettre dans la peau d'un Iranien aujourd'hui, dans le contexte où les choses sont ce qu'elles sont, ont évolué comme elles ont évolué pour en arriver au merdier.... Tu percevrais la problématique comment? Tu ferais quoi? Je les trouve, en terme d'actions concrètes, et sans se fixer sur la rhétorique d'une frange radicale (représentant un pourcentage non négligeable, mais tout sauf majoritaire, de la population), plutôt calmes, toutes proportions gardées. Et pour une déclaration enflammée et démago de leur ex président (qui n'est pas vraiment le détenteur du vrai pouvoir en Iran), on en trouve d'autres nettement plus conciliantes, de personnages tout aussi significatifs. Mais il semble qu'on n'entende que ce qu'on veut entendre.
  21. Et? Pourquoi réagis-tu de cette façon? Il y avait bien d'autres réponses possibles (aucune ne condamnant Israël à l'anéantissement), mais tu y réagis comme à une accusation, alors que je ne fais que pointer le fait plutôt évident qu'il n'y a pas grande probabilité que l'Iran entreprenne quoi que ce soit de militaire (ou de militairement sérieux) contre Israël, de par ce simple fait de l'extrême disparité de leurs budgets militaire, ce qui, conjugué avec les impératifs sécuritaires iraniens (frontières, posture dans le Golfe persique, sécurisation de l'est du pays et particulièrement de la frontière avec l'Afghanistan par laquelle insécurité et came transpirent à grande échelle), pointe à l'évidence d'une très faible dangerosité de l'Iran pour l'Etat hébreu, ce qui, en langage politique, en dit bien plus sur les intentions réelles du pays que des discours qui, même pour la rhétorique agressive des franges radicales, en deviennent très creux (alors qu'ils sont employés comme si c'étaient des déclarations de politique effective par la droite israélienne). Le pur discours du "c'est tout la faute aux autres, on n'a rien fait et ils sont tout méchants". J'essayais plus haut de pointer du doigt la perception de l'autre, tu répliques par celle de ton camp, qui par essence n'admet pas que l'autre ait des intérêts légitimes et durables dont certains peuvent être en incompatibilité plus ou moins prononcée avec ceux d'Israël, du moins tel que le pays semble les interpréter (exemple: que l'Iran ait une arme atomique): avec ce genre de postures, il n'y a que la guerre de possible. Comme le montre la question du budget militaire iranien, la réalité concrète de l'islamisme de Téhéran comme guide de leur politique extérieure envers Israël est un tantinet exagérée. Guide de la rhétorique d'une partie de leurs gouvernants, oui. Guide de la politique telle qu'elle est réellement menée? J'ai plus que de sérieux doute. Et c'est pas le soutien au Hamas et à d'autres (comme le Shah soutenait l'OLP en son temps) qui change quoi que ce soit: ça c'est le business entre Etats qui se font des coups de putes (particulièrement assaisonnés apparemment dans cette région) et du commerce et des sourires en même temps. Quand je parle de trauma, de violence par la création d'Israël, tu persistes à ne pas vouloir même essayer de comprendre au-delà du 1er degré: une région géopolitique est un système. Un système de relations entre groupes humains, entre factions politiques, entre potentats, entre forces économiques locales, un système d'axes d'échanges matériels et immatériels, avec ses équilibres propres. Il est long et difficile, à cette échelle, d'établir un modicum de stabilité pour ce système très complexe. La chute de l'empire ottoman a jeté le coin dans un bordel monstre dès l'abord, avec deux "projets" coloniaux (France et Angleterre) mettant une relative sourdine pour un temps, et 3 Etats nations (dont 2 nouveaux, Turquie et Egypte, mais qui sont faussement nouveaux, car continuant des entités existantes) enserrant la chose. Comment ne pas voir que la création d'Israël est une disruption majeure des équilibres (certains se maintenant, certains se rétablissant, d'autres ayant disparu) dans une région qui n'en demandait pas tant? C'est comme dire qu'Israël est arrivé dans une zone vide. Si tu ne peux pas même essayer d'emprunter les yeux de l'autre, n'essaie pas de croire que tu abordes le problème de façon complète. Parce que c'est vraiment puéril de dire "islamisme" et de foutre tout le problème dans cette explication fourre tout (avec une telle prémisse, oui y'a plus qu'à dire "Israël ne fait rien que se défendre et y'a pas à tortiller") qui ne laisse d'autre option que l'opposition brutale qui n'offre aucune solution durable (à moins que l'anéantissement total devienne une possibilité technique).
  22. Des "bizarres" et des néo-fachos sont présents (c'est marrant comme "présent" devient synonyme de "dominant" chez certains) côté ukrainien, en plus de tous les oligarques.... Pour lutter contre les gentils démocrates purs et épris de liberté en face, un drapeau russe dans la main et une arme dans l'autre, cheveux au vent (snifff, je vois Marianne dans le tableau)? Les descriptions qui viennent côté séparatiste semblent plus pointer le caractère omniprésent de ce qui s'apparente, sous le doux nom "d'unités de combat", à des bandes armées de gangsters qui ont commencé dans le rançonage et la mise en coupe réglée à échelon local (quand c'est en Afrique, on les appelle "coupeurs de route" ou "groupes armés", ou "seigneurs de guerre") avant de passer à la taille au-dessus dès qu'ils ont atteint la masse critique (en fric, en "profit centers", en stocks d'armes et en effectifs) pour s'asseoir à la table des grands. Les mêmes qui ont organisé les "referendums". Et leur sponsor étatique est lui aussi tellement démocratique et épris de liberté....
  23. Je ne te le demande pas: je ne fais que pointer un fait. On l'aime, on l'aime pas, on essaie ou non de s'arranger pour le mettre à une sauce ou une autre, il demeure. C'est dans ce sens que j'utilise le terme de "violence" (au sens le plus clinique du terme: "trauma" pourrait aussi convenir), soit un sens plus large que la violence physique liée à un conflit ou un autre. Pour l'ensemble du MO, tant au plan des interactions entre groupes qu'entre entités étatiques, ou dans la dynamique des peuples et mentalités en place, l'apparition d'une entité étrangère constituée (avec armée, volonté collective, niveau de cohésion nationale élevé, faisceaux d'intérêts particulier) quasiment ex nihilo EST un fait d'une grande violence pour les modes d'existence, de coexistence, de conflictualité et de concurrence existant dans les "systèmes" locaux en place. Qui plus est ce fait est arrivé dans un MO pas franchement au meilleur de sa forme, cad l'état d'instabilité énorme qui existe depuis l'après 1ère GM; en somme, un MO qui a du, et doit encore, rattraper plusieurs siècles d'évolution vers l'Etat nation ou une autre forme d'Etat moderne en un très court laps de temps, dans des groupes humains qui n'avaient pour l'essentiel jamais eu à se penser et s'organiser ainsi. Indirectement, ça a impacté l'Iran qui, par ailleurs, n'a initialement pas autant de problèmes avec le "fait Israël" à l'origine, et ce d'autant plus qu'il a eu lui, contrairement au reste du MO, tous les éléments d'un Etat moderne, étant une méta-entité déjà constituée et consciente d'elle-même en tant qu'ensemble. Et doit dit en passant l'Iran du Shah soutenait aussi la cause palestinienne en même temps qu'il avait des relations soutenues avec Israël: Realpolitik pratiquée avec trop d'allumettes allumées? A mon sens, de la politique "normale" (cad concurrentielle et pas sympathique) entre Etats, coups de putes et poignées de main dans la même seconde. Et tant que ça reste dans des proportions gérables, personne ne moufte trop, qu'il sache ce qui se passe ou non. Dans un MO proportionnellement plus enclin à l'usage de la violence directe dans ce genre de tractations, que d'autres régions du monde (vous pouvez pas vous mettre sur écoute et vous torpiller mutuellement vos relations commerciales comme tout le monde?). Il me semble plus que les problèmes liés aux divers soutiens aux mouvements anti-israéliens sont dus au fait que ces soutiens reflètent une politique extérieure en ordre dispersé, comme en témoignent autant l'historique compliqué de ces politiques que les ambiguïtés flagrantes qui en sortent occasionnellement: Ahmadinejad n'est pas vraiment vu avec charité par Abbas (et le Fatah), qui pourtant remercie l'Iran de son soutien. Il y a trop de factions menant chacune leur politique sans arriver à déterminer une ligne unie qui ne réapparaît que quand la question nucléaire (et l'ingérence ou les menaces directes qu'elle implique pour l'Iran) resurgit, forçant le pays à présenter un front un peu uni. Hors de cette question, on a plutôt une impression de Pakistan puissance 3: plusieurs interlocuteurs qui ont l'air de peu se parler entre eux, et pas vraiment de direction si unifiée du pays, ce qu'une politique agressive contre l'Iran en revanche procurerait, et pas pour le meilleur. C'est au final là le vrai problème avec l'Iran: son système politique en panne, fait qui est à la fois cristallisé et empiré par les sanctions permanentes et le fuel donné par la posture agressive de l'occident, USA et Israël en tête. Rappelons que le budget militaire iranien représente la moitié à peine de celui d'Israël.... Qui c'est le plus teigneux? C'est un message politique plus fort que les gros mots d'un démagogue ou les hurlements de son fan club.
  24. Oui, ça va dans les deux sens: je faisais pas un jugement de valeur. Juste observer qu'on peut vite, quand on est dans une des parties en présence, minorer les messages que son propre pays envoie et exagérer/simplifier à outrance ceux du pays d'en face, surtout quand on parle de dynamiques politiques complexes et qu'on commence à se fouler à déconstruire les monolithes construits par les systèmes de perception politiques. Quand à la question "qui a commencé", je dirais pas que la réponse est si claire: quoiqu'on en dise, pense ou veuille, la constitution de l'Etat d'Israël a été une violence faite au Moyen Orient. C'est un fait, c'est le stimulus d'origine, "l'onde pilote" qui n'en a pas fini de se répercuter. Et je ne renvoierais pas la balle si aisément à la seule révolution iranienne: elle a certes créé des dynamiques, mais au final bien peu inventé, et a surtout surfé sur des colères existantes. Le fait que sous le Shah, ces colères et opinions n'avaient pas de moyens d'expression ou de manifestations concrètes ne veut pas dire que l'Iran -en tout cas certains pans de population en Iran- était enchanté avant. Les mouvances politiques créent rarement de l'élan rassembleur par elles-mêmes: elles prennent un certain nombre de courants porteurs en charge et les font marcher ensemble ou non. Ceci dit, il faut différencier la rhétorique qui fait juste un peu hurler certaines foules lors de grands meeting (le genre de trucs débiles qui font lever le poing et brailler comme un âne, juste pour l'excitation du moment), et les idéologies qui les font bouger, voter et risquer son cul et/ou celui de sa famille: il ne m'est pas apparu, au final, que l'axe anti-israélien soit une force qui fait se bouger les foules et favoriser le parti de la guerre en Iran, ou une composante essentielle de la stratégie fondamentale de l'Iran, et qu'il soit en fait autre chose qu'un slogan parmi d'autres pour certaines forces politiques auprès d'une certaine audience. En revanche, et ça c'est une réalité, aussi cynique soit-elle, soutenir des mouvances qui elles agissent contre Israël est un "fait acquis"; non forcément que ça fasse partie des besoins stratégiques de l'Iran, ou même d'un besoin politique intérieure répondant à la nécessité de satisfaire certaines franges enragées.... A la fois pire et mieux que ça, c'est de l'inertie: le fait que ces réseaux de soutien existent est un capital acquis, qui procure un moyen de pression sur Israël, donc des jetons de négo. A ce stade, y renoncer, c'est pour l'Iran se priver d'arguments sans rien pour les remplacer, ce qui est d'autant plus impensable que la question du devenir de la filière nucléaire est à un stade de sensibilité si hallucinant que pas grand chose ne peut être bougé dans ce domaine. Mais une chose est certaine: faut essayer un peu plus de se mettre à la place de l'autre quand on regarde le problème. Même si on écarte un instant tous les autres aspects de la problématique, vu d'Iran, même le plus anti-religieux des décideurs ne peut s'empêcher de voir en Israël une puissance nucléaire très proche, avec des moyens de frappe longue portée, qui a en plus le soutien des USA, et de constater que lui n'a pas l'équivalent, en nucléaire, en alliés et en capacité de frappe. De quoi faire frémir n'importe quel realpolitiker (qui ne va donc pas se priver de "l'arme" que sont les mouvances anti-Israël, en attendant d'avoir mieux).
  25. Destruction au combat, pannes irréparables, usure trop prononcée, accidents.... Ca file vite quand on parle de parcs comme les leurs: en 13 ans de guerre continue dans deux environnements particulièrement néfastes aux hélicos, c'est plutôt étonnamment bas, à comparer aux près de 3500-4000 perdus au Vietnam. Ca doit vraiment être parce que le système politique est paralysé et que la tendance de la dépense est à la baisse qu'ils ne sont pas arrivés à en recommander 5 fois plus.
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