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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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[Série TV Anglaise Strike back]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Disons que ça met encore plus en évidence le fait qu'il y a peu de séries (et même de films) où les coordinateurs/chorégraphistes essaient de se fouler un peu pour crédibiliser la baston, se reposant sur des recettes et des trucs tout faits peu remis en question (les Chinois/Hong Kongais sont les champions du genre pour la baston "sans poids" et le "cable fu", et le fait de pas se renouveler dans le genre), comptant sur l'omniprésence du phénomène. Particulièrement dans le cas des filles, le fait apparaît plus clairement étant donné l'énormité visuelle que ça met bien en évidence (mais les bastons entre mecs sont déjà souvent chiantes par ce fait) étant donné leur gabarit, des gestes moins crédibles (omniprésence de Hi kicks :lol:) sauf un peu moins quand on ne voit pas le visage du personnage (merci doublure). Les adversaires, surtout, genre hommes de mains, sont terriblement complaisants pour prendre les coups, présenter leurs tronches bien en évidence pour être sûr de pas les rater et que le héros/l'héroïne puisse leur administrer le coup le plus visuellement sexy. Ilsse défendent vraiment peu, s'effondrent à la moindre baffe alors qu'ils sont généralement censés être des "forces spéciales" :lol: ou quelque chose d'assimilé; et ils sont tous en fait hémophiles, en hipoglycémie, avec des traumas physiques et cérébraux préexistants (même Scarlett Johannson dans Avengers et Iron Man II, c'est vraiment ridicule: les moyens ne changent apparemment rien à l'affaire). Dans Strike Back, c'est Rhona Mitra (et quelques méchantes), une habituée du genre, qui donnent dans ce registre, et ça fait franchement tache. Mais bon, ça fait bander la majorité de l'audience mâle (qui reste dominante de façon écrasante pour ce genre de séries: depuis Xena, c'est rarement adressé aux nanas qui demeurent très minoritaires) et ça radine de l'audimat: rien de tel qu'en appeler à l'entrecuisse pour faire du résultat :lol:. Ce genre/gimmick a cependant sérieusement connu pas mal de lassitude si on compare à la décennie 90 et à la première partie des années 2000 (où ça prenait n'importe où, n'importe quand, n'importe comment).... La banalisation, ça va vite et ça rend plus exigeant. C'est pas encore si notable, mais on a pu le mesurer au nombre de séries, pilotes et autres ayant foiré après avoir essayé de reposer là-dessus (avant, ça marchait). Pour Strike back , ce qui est con, c'est que la série (enfin la version remasterisée dans la saison 2) avait démarré sur un autre "ton" (quelques pas de plus vers le réalisme, ou quelques pas en moins vers la fantasy :P), ce qui la mettait un peu à part. Maintenant, ils rejoignent le mainstream :lol:. -
Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Cherche pas plus loin les raisons de l'instabilité politique et sociale en France à cette époque, surtout à Paris: pas de café? M'étonne que quelqu'un ait pu même établir un semblant d'ordre. Ouais, la chicorée.... Ersatz de café = ersatz de régime politique. Equation incontournable et incontestable. Sous les Cent Jours aussi: il n'a même pas été livré :lol:. En même temps, c'était pareil pour ceux d'en face :lol:. -
Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Là y'avait du problème: plus tu allais à l'est de l'Europe, plus les espaces non couverts par les routes (et surtout des routes carrossables) étaient vastes, moins, dans l'absolu, le réseau routier était dense. C'est d'ailleurs pour ça que les mouvements d'armées à l'est sont plus "carrés" et les armées se rencontrent plus facilement: y'a moins de routes, de ponts et de carrefours, ce qui concentre les moyens de renseignement et décuple leur priorité stratégique, tout comme les villes d'un peu d'importance (cad avec de quoi loger, protéger et nourrir du monde). Mais parallèlement, une telle infrastructure fausse les calculs logistiques auxquels les armées sont habituées (même celles qui sont du coin) tant les impondérables sont multipliés: encombrement, impact des intempéries sur les convois (la "propulsion", ce sont des petites bêtes malgré tout fragiles.... Et qui doivent aussi être nourries) et les routes (bourbiers, déformation, gel....), allongement des distances entre centres/villes/points stratégiques, donc dilatation de l'espace-temps de campagne et moindre fiabilité de la planification. Plus les distances s'allongent, plus les données impondérables sont.... Impondérables :lol:, par effet de cumul: leur empilement fausse les calculs de manière exponentielle, ce qui laisse sans doute la place à beaucoup d'irrationnel dans l'esprit des planificateurs qui gardent les mêmes "moules" de pensée et données de base pour leurs calculs, et ce d'autant plus qu'ils tendent à raisonner sur carte (l'Europe de l'époque ne voit pas tant de monde que ça connaître tous les terrains: elle est nettement plus grande, le déplacement est plus rare et cher, on connaît moins d'endroits....) et que le renseignement n'est pas gigantesque (voir les estimations de la capacité à vivre sur le pays en Russie). D'ailleurs les Russes aussi se gourent souvent dans leur propre planification sur leur propre terrain: la Russie est vraiment alors un territoire sous-développé, et la zone entre Smolensk et la Pologne peut être comparée à un gigantesque désert de marais, sans aucune route digne de ce nom. Aucun calcul militaire ne peut valoir quoi que ce soit quand une grande armée est soumise en permanence à des aléas de détail en masse, sans solution alternative (pas d'itinéraires alternatifs, rien à proximité pour aider, aucun centre urbain pendant des semaines....). Les convois de ravitaillement sont donc par eux-mêmes (nature de la "propulsion" et des vecteurs, des denrées qui restent en partie vite périssables) et par leurs itinéraires des choses lentes et fragiles, et ce d'autant plus que leur "infrastructure" de remplacement (des stocks, des animaux, des véhicules, mais aussi de réparation des routes ou de soumission à l'environnement -parfois, plus souvent que pour des moyens modernes, faut simplement attendre) est lente et que ceux qui l'ont en charge, en grande majorité, ne sont pas des militaires. On est encore dans le domaine, pour l'essentiel, de charrois privés et de petits contractants, peu désireux de suivre des cadences infernales, de crever leurs animaux, de casser leur matériel, de se fatiguer.... L'effet d'ensemble est donc important pour le niveau d'incertitude et les marges d'erreurs, et évidemment d'autant plus important que le nombre de circonstances défavorables est grand. Ca se voit moins, voire très peu, en Europe occidentale et centrale; en Espagne et dans l'est, c'est radical. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Mon point est en fait de savoir s'il est possible d'évaluer plus ou moins en quoi le constant tapage sur la tête du Fatah par Israël a été plus contre productif qu'autre chose en empêchant l'émergence d'une autorité palestinienne disposant d'un certain volant de capital politique, financier et matériel, quitte à lui "offrir", à un moment ou à un autre, une "victoire" symbolique. Dans l'ensemble, sur la période récente, en terme pratiques et matériels, j'ai plus l'impression que le Fatah n'a jamais pu réellement "investir" et a plus consacré ses moyens disponibles (corruption déduite) à panser ses plaies et remplacer ce qui était détruit (et tué; de ce point de vue, un être humain, en tant qu'agent d'une autorité, est considéré sous l'angle de ses coûts de sélection, de formation et de "mise en oeuvre"/entretien). Le tout sur fond de moyens déjà très contraint. Ce facteur, ajouté à l'effet cumulé de décrédibilisation (en dehors de la décrédibilisation qu'il s'inflige lui-même par la corruption qui est toujours tolérée -jusqu'à un certain point- quand elle s'assortit d'un minimum d'efficacité), a empêché toute affirmation d'un pôle proto-étatique palestinien, aussi imparfait et non conforme à toutes les attentes israéliennes soit-il. Ce serait moins grave s'il y avait eu des alternatives, d'autres pôles potentiels, mais ceux-là n'étant pas disponibles (hors, progressivement, le Hamas), le problème me semble plus venir d'Israël qui, dans cette équation "a l'initiative" étant donnée sa position stable et absolument dominante sur le plan matériel qui en fait la seule entité pouvant peser décisivement sur l'évolution de ce problème. N'acceptant pas de prendre même des petits coups (inévitable dans le cas d'une autorité politique balbutiante et sans grands moyens, d'une population aux abois....), voire utilisant ponctuellement des faits de violence (mais pas vraiment dangereux pour Israël) montés en épingle pour des raisons tenant plus à la politique politicienne intérieure. Dans l'ensemble, Israël ne donne pas l'impression d'un Etat qui a une vraie stratégie de longue haleine visant à la résolution de la situation. Lorsqu'il n'y aura plus la moindre violence, "on verra"? C'est justement toute l'ironie du problème: comment des entités politiques sous dotées, peu consensuelles, et des populations sans perspectives, peuvent rétablir la moindre semblance d'ordre? Il y a des conditions tout connement matérielles pour que le calme existe, et plus que matérielles pour qu'un relatif consensus social et politique puisse espérer commencer à s'imposer, et cette façon de voir la situation par Israël garantit que ces conditions ne pourront jamais émerger. Exiger la sécurité et l'ordre complets et casser les conditions d'émergence de tels résultats (sécurité et ordre sont des résultats, pas des données de départ), ça marche pas comme équation. -
Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Pas plus que les autres quand elle était hors de son territoire, et nettement moins à l'intérieur ou à proximité: l'armée louis-quatorzienne est une armée stratégiquement conçue pour la défense des frontières, reposant sur un "système stratégique" visant essentiellement à la sanctuarisation du territoire. Réseau de fortification en triple ligne qui garantit de retarder suffisamment un adversaire pour le contrer, proportion fondamentale d'1 cavalier pour 4 fantassins, système de milice défensive, développement très appuyé de l'artillerie, maintien d'un important volant d'effectifs "d'active" sur le pied de guerre pour frapper très vite au déclenchement des guerres (voire si vite que cela force des adversaires mineurs ou peu motivés à céder: guerre de dévolution, politique des "réunions", guerre de Hollande si son plan initial avait été respecté) et saisir des objectifs à défendre après. Dernier volet, la logistique; c'est l'autre révolution d'infrastructures (avec les fortifications) du règne. Définition de routes militaires dédiées en priorité à cet usage (avant, certaines routes étaient "mobilisées" pour l'usage militaire.... Et leur chemin était un champ de pillage et d'exactions, comme les autres armées de l'époque: la nouvelle discipline, le nouveau recrutement et ces routes garantissent une sanctuarisation du territoire contre.... Sa propre armée, fait unique alors en Europe), et surtout, édification d'un réseau de magasins et arsenaux sur les axes et fronts stratégiques, pour accélérer le tempo stratégique des mouvements sur et vers les frontières, faciliter l'accumulation rapide de moyens sur certains points, permettre aux "task forces" d'unités permanentes d'opérer rapidement des raids au début des guerres.... La logistique dans l'absolu est "lourde" en ce qu'elle est abondante et prévue sur des besoins réels, mais sa disposition permet la rapidité stratégique/opérative pour les opérations prévues dans le contrat opérationnel. L'expédition longue loin des frontières (opérer en Allemagne centrale, en Hollande, en Espagne, en Italie), elle, voit une situation analogue aux autres armées européennes question rapidité opérationnelle, si ce n'est qu'avec Louvois, les approvisionnements tendent à avoir été nettement mieux calculés, organisés et plus abondants que la moyenne des autres armées. Ce que Louis XIV (et sa "tête" stratégique, Chamlay), Louvois, Colbert et Vauban ont créé, c'est en fait un système de manoeuvre stratégique sur les lignes intérieures (qui ne ravage pas son propre pays en plus) qui peut gérer plusieurs fronts, frapper préventivement et sanctuariser le territoire; rien de comparable ne sera créé avant la réforme du système militaire prussien au milieu du XIXème siècle (à un degré plus poussé évidemment, via l'industrialisation, la conscription, le rail et le télégraphe). La France du début XIXème siècle ne manque pas spécialement de denrées (sauf peut-être à certains moments précis en raison du bordel créé par la révolution): l'Europe de l'ouest et l'Europe centrale en général (sauf certaines régions plus vides, comme pas mal de pans de l'Espagne) sont au contraire densément peuplées et strillées de routes et centres urbains de tailles diverses, avec beaucoup de stocks alimentaires. Pour illustrer la chose, faut quand même remarquer qu'au plus fort de la désorganisation française pendant la Révolution, Carnot parvient, dans un territoire mal maîtrisé et avec des moyens improvisés, à équiper et nourrir des effectifs pour l'époque gigantesques sans trop pressurer le pays (pas de famine, même si la situation de 1793-95 n'est pas facile partout). Au fur et à mesure de l'amélioration de la situation intérieure, cette tâche devient plus facile, alors qu'on est toujours quand même dans le cadre d'une France dont l'économie intérieure a été fortement désorganisée. Comme ailleurs en Europe centrale et occidentale, les surplus alimentaires sont désormais très importants et répartis dans de nombreux endroits par ailleurs plus rapidement accessibles via leur densité et la croissance du réseau routier. Une bonne partie de "l'art de la guerre" napoléonien tel qu'il fonctionne à son sommet dépend donc en fait de cette situation objective de l'Europe suite au développement du XVIIIème siècle. L'époque louis-quatorzienne et celle de la Guerre de Trente Ans ne bénéficiaient pas de tels éléments: l'Europe était alors deux fois moins peuplée (même dépeuplée après la guerre de trente ans), son réseau routier 3 à 4 fois moins dense, son agriculture infiniment moins développée et productive, l'habitat nettement moins dense, et donc les stocks alimentaires nettement plus réduits, nettement moins densément répartis, nettement plus éloignés les uns des autres tant géographiquement (distances) que pratiquement (routes moins denses, moins nombreuses -donc moins d'itinéraires divers-, espace-temps de campagne plus dilaté représentant une contrainte sur les calculs logistiques). Par ailleurs, faut pas voir l'armée française de Napoléon comme une armée de sauterelles: la logistique est l'un des calculs les plus prioritaires pour Napoléon qui prévoyait extrêmement bien la chose. Le train des équipages est né à cette époque, et pas que pour soutenir l'artillerie et porter les munitions: un nombre très exact de jours de rations était prévu (à un degré bien plus poussé qu'avant) et respecté (sans se dire "bof, s'ils peuvent vivre de ça pendant 10 jours, ils peuvent le faire pendant 20"), calculé pour être le temps de campagne voulu avant de saisir un objectif dont, effectivement, là, les vivres seraient pris (mais pour faire ça, il faut aussi savoir qu'il y en a assez, où ils sont.... On ne se lance pas à l'aventure avec une armée sans savoir ce qu'on peut prendre sur place). C'est aussi pour ça que cet "art de la guerre" cesse en bonne partie de fonctionner en Russie (sous-développée, vide, quasiment sans routes) et sur une bonne partie du territoire espagnol. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Et qu'aurait pu devenir le Fatah aujourd'hui si Israël ne lui avait pas tapé dessus à répétition pendant longtemps? Et comment aurait évolué la bande de Gaza? Je regarde les ordres de grandeur des budgets dont il dispose, et je compare à ce qu'il a pris pendant longtemps; des moyens militaires/policiers assez maigres qui ont été régulièrement assaisonnés. C'est pas vraiment une organisation qui peut se permettre de se faire amputer même de quelques véhicules blindés, voitures, moyens de transmission.... Mais aussi des bâtiments, des personnels qualifiés.... Pas comme un Etat bien en place qui remplace ce genre de trucs vite et sans que le manque se fasse sentir. Et en plus, la régularité de la chose fait que la crédibilité tend à manquer avec le temps. C'est certain que le Fatah a accumulé beaucoup de fautes, mais tout système socio-politique passe obligatoirement par une phase de corruption importante avant de pouvoir faire quelque chose (ne serait-ce que sur un plan pragmatique et la façon dont toutes les organisations humaines ont toujours fonctionné, il faut qu'émergent des gens puissants -donc riches- pour qu'un appareil d'Etat puisse naître); lui garder la tête sous l'eau sous prétexte qu'il n'en fait pas assez n'a pas beaucoup aidé et a provoqué une semi noyade (à Gaza). Le Hamas a Gaza, je penche plus pour attribuer la majorité de la faute à Israël. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Tu peux éclaircir ta position? Tu approuves la stratégie de taper le Fatah (et le Hamas) plutôt que les groupes indépendants (enfin indépendants de l'autorité locale)? Il me semblerait plus logique d'aider un Etat (ou une entité proto étatique, ou un semblant d'Etat, ou un machin-bidule un peu comme un Etat) à se construire si on veut de l'ordre, pas à lui couper ses maigres pattes déjà fragiles dès qu'il y a du bochson . Je sais que dans toute activité et tout savoir, la vérité ou l'efficacité sont souvent contre intuitives, mais là je pige pas. -
La seconde guerre mondiale et la névrose Française ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Charles XII dans Histoire militaire
Ca c'est infondé et gratuit comme affirmation: le "pétainisme" avant l'occupation de la zone libre, c'est essentiellement le ralliement à la continuité du seul Etat disponible, assorti du seul espoir qui apparaît alors et qui s'incarne dans le vieux syphillitique moustachu (pas comme si y'avait eu un choix). A ce compte là, si on t'écoute, tous ceux qui n'ont pas quitté le pays en mai 40 sont des collabos antisémites massacreurs d'enfants. Le fait est que l'activité militaire du régime de Vichy avant 42 a été de préparer la revanche (poursuite tant bien que mal de programmes d'armement, entraînement d'une masse de recrues dépassant largement l'effectif théoriquement autorisé, cache d'armes et réseaux hiérarchisés "d'unités" de combat....); dans l'esprit de l'époque, l'armistice, bien que catastrophique, ne détonnait pas dans la continuité de l'histoire. Une guerre était perdue, il fallait survivre, grapiller ce qui pouvait l'être et se préparer pour la suivante, et tout le reste était subordonné à cela. Le seul consensus politique qui a pu être établi au sein des différentes élites et groupes plus ou moins organisés (sociaux, politiques, professionnels, militaires....) était à peu près celui-là, et il n'y avait pas vraiment beaucoup de choix quand à la tête du pays. L'occupation de la zone libre est le révélateur qui déjà trace une première ligne nette dans ce très fragile équilibre interne du régime, entre les "forces" qui le composent; la suite n'est que déliquescence du consensus minimal qui les unissait, et fuite en avant de la tête dans une collaboration toujours plus forte (contrainte de fait: Pétain et Laval ont de moins en moins de "capital politique" et de moyens à faire jouer, donc ils dépendent de plus en plus de l'occupant) et une idéologie toujours plus poussée (pour une partie des groupes qui les soutient). S'il fallait un indicateur chiffré de mesure de l'ampleur de ce qu'ils représentent, le volontariat pour la milice et la LVF (comparé à celui pour la résistance -effectifs combattants, effectifs de soutien, effectifs de "sympathisants" plus ou moins actifs) est l'un des rares qui existe. Le fait souligne surtout que définir de faux ensembles comme "les extrêmes droites" ou "les communistes" n'est pas le bon référent d'analyse généralement, et qu'il est encore moins pertinent de les utiliser indifféremment pour n'importe quelle période de la guerre. Dans "les" extrêmes droites et l'ensemble des groupes et individus qui ont, pour mille et une raisons, été dans le ralliement à Vichy (au moins avant la fin 42), c'est quand même étrangement facile de tracer des lignes nettes pour définir des méchants et des gentils: y'avait une situation impossible, et un seul Etat à qui se rallier (à la base autoproclamé et qui a réussi à émerger par un équivalent de "révolution de palais" ne concernant pour l'essentiel que quelques centaines d'individus au Parlement et autour). De même, dire que "le PCF est entré en résistance" des 39 ou 40.... Entre 40 et 42, la résistance active c'est d'abord pas grand monde. Et le PCF, outre son apport mythifié et démesurément accru par la propagande, n'a pas dans l'ensemble été très résistant pour ces premières années; il est entré en clandestinité en 39, et il y est pour la grande majorité resté pendant un bon bout de temps. Et les armes qui ont servi à la résistance, outre les parachutages venus d'outre manche, elles venaient des arsenaux plus ou moins clandestins préparés pendant ces premières années par Vichy, ou plutôt certaines "parties" du régime dont on devrait vraiment arrêter de le voir comme une chose monolithique (c'était pour l'essentiel un bordel de gens et de groupes d'avis très divers et qui pouvaient pas se blairer). -
Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Faut pas caricaturer, bande de méchants: beaucoup de militaires et décideurs le lisent depuis des millénaires et le considèrent comme un indispensable.... Doit bien y avoir une raison, vu que le temps de ce genre de personnes est plutôt compté (ils en ont pas à perdre à lire trop de conneries) et qu'ils ont toujours un besoin urgent (pour avant hier) de réponses et pensées utiles. Si c'était qu'un recueil de tautologies, ce bouquin serait pas devenu un classique, alors creusez vous la cabêche et essayer de voir ce qu'ils y ont vu.... Et non, la réponse n'est pas que c'était bien pratique parce que c'était comme un Que sais-je ou un Profil de l'oeuvre, ou des Cliff Notes, plus court que se taper une abondante littérature. Il a pas aussi dit qu'il fallait être con pour essayer d'envahir la Russie ? J'ai déjà perdu dans un tutoriel :-[.... C'est pô toujours si facile, méheuh! -
Le plus grand génie militaire de l'histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Il y a tellement de facteurs discutables qui définissent ce qu'on met abusivement et supeficiellement sous le nom de "génie militaire", ou celui de "stratège": - le personnage en question est-il un théoricien, un chef de guerre (cad qui mène la guerre en général, pas les opérations ou les combats, ou alors les 3 à la fois, ou deux), un général? - beaucoup de ceux qu'on classe comme "génie" sont aussi des chefs d'Etat, donc chefs de guerre, ou à tout le moins des généraux (ou équivalent) ayant aussi un rang politique très élevé (leur donnant un pouvoir de décision politique pour mener des opérations, voire la guerre) et/ou un blanc-seing du pouvoir pour agir comme ils l'entendent (dans une plus ou moins large mesure) ce qui empêche une vraie comparaison par rapport à des généraux ou "capitaines" (longtemps un terme pour qualifier les chefs opérationnels, le mot étant sexy) au sens plus strict, qui ne peuvent agir et penser de la même façon, qu'ils aient le "génie" tactique/opératique/stratégique et le "coup d'oeil", le panache, l'emprise sur leurs troupes, l'art de bien s'entourer, ou non. Plus facile de décider de risquer une armée, de réorienter les ressources sur un front, ou celles d'un front, en un point précis, de choisir d'attendre ou de foncer, de sacrifier du monde, de risquer son nom/sa carrière.... Quand on est le patron et qu'on n'a personne à qui rendre compte. Surtout que comme "patron", là, on parle surtout de souverains, pas de chefs démocratiques ayant à composer avec un système élaboré de "checks and balances". - l'historiographie et les propagandes de tous types impactent gravement notre connaissance du passé, si bien que l'exacte répartition des mérites quand à une victoire en bataille et en guerre est souvent très difficile à réellement connaître, de même que le récit d'une époque a exagéré bien des victoires, atténué bien des défaites, et dans l'ensemble occulté une réalité souvent moins univoque et plus équilibrée qu'on ne le croit et qu'on ne veut le voir (pour ce dernier point, c'est encore plus vrai quand on lit l'histoire de son pays/de son "groupe culturel", comparé aux autres; encore un biais inconscient qui joue). Par ailleurs, l'imprécision et la différence de cultures techniques/politiques, et de regard en général, impacte notre vision de conflits passés (un Romain de la République peut considérer une guerre qui coûte beaucoup à Rome sans représenter un apport majeur, mais qui rapporte personnellement au gars, comme un succès stratégique sans précédent, et l'absence de "culture du tout" chez les Romains fait adopter un point de vue similaire à qui raconte ses campagnes.... Et c'est ces gars là que nous lisons). Même en arabe, c'est de la seconde main, la culture arabe à son époque reposant encore sur la transmission orale pour ses récits (pareil pour le Coran, mis en écrits bien après); donc pas sûr qu'il y ait beaucoup de documentation sérieuse du tout sur lui. Très difficile de séparer le bon grain de l'ivraie. Il est pas parti du même point (l'essentiel de son empire, il l'a hérité d'une lignée de souverains), et ses adversaires n'étaient pas au même niveau qu'un empire ottoman qui était alors bien plus grand, moderne (en tout cas pour son centre) et organisé/unifié que les Etats encore largement féodaux et petits auxquels il a été confronté. Napoléon n'a hérité de rien, était dans un pays en bordel qui, bien que plus peuplé que chacun de ses adversaires (pas toujours de beaucoup), l'était infiniment moins que l'ensemble de ses adversaires (et surtout moins financé), et n'avait pas d'avance technique ou organisationelle marquée. Et comme souverain, Soliman était largement plus "établi" (il a pas créé l'empire ottoman: c'est alors une institution bien en place) qu'un Napoléon qui, nouveau venu, était fragile. -
[Série TV Anglaise Strike back]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Comme tout le monde: c'est juste que le niveau de "ce qui colle pas" peut dépasser un seuil critique qui empêche de "zapper" la chose mentalement (le seuil varie selon les personnes et/ou le moment), ou, dans une même série, évoluer (rarement pour le mieux). Dans cette série, ça m'a frappé entre la 2ème (se laissait très bien regarder pour moi, même en faisant plus attention) et la 3ème saison (où, même sans vouloir pinailler et en regardant en mode décérébré, j'ai souvent tiqué). -
Annonce du général Odierno hier pour l'US Army: la réduction de format de l'armée concernera 12 brigades de combat, faisant passer l'effectif de 45 BCT à 33, le tout sur fond d'une réduction prévue de 80 000h.
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[Série TV Anglaise Strike back]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Il y a quand même eu un saut majeur dans l'irréalisme entre la saison 1 et la saison 2 (enfin entre la 2 et la 3, bref, les saisons avec les 2 lurons; celle avec Armitage est à oublier): dans la première, ça joue plutôt bien "équilibré" question réalisme. Pas de victoire à un contre cent, 99% des munitions ne touchent personne, pas de chargeur infini, les blessures sont incapacitantes/limitantes, les héros ne foncent pas dans le tas dès qu'ils voient une concentration ennemie (et essaient de contourner, fuir ou trouver un truc qui fait un gros boum pour passer).... Et toutes ces règles volent en éclat dans la suivante (celle en Afrique) pour ne garder que les gimmicks des persos et les transformer en pures caricatures (le monsieur propre superhumain en mode "vengeance absolue", le roublard cradingue baisant en permanence), sur fond de décors et d'une cinématographie de qualité. Option supplémentaire avec introduction dans cette dernière saison de la "règle d'or" universelle dans les séries et films actuels: les nanas n'évoluent pas dans un univers aux mêmes lois de la physique (gaulées comme des mannequins, elles punchent comme des poids lourds et encaissent comme des drogués au PCP). Et je sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression en regardant cette série d'être dans une sous-version (c'est dire) d'un "roman" SAS; avec une forte odeur d'années 70-80 :lol:. C'est moi ou ça vous fait le même effet :lol:? -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Pas vraiment: c'est quoi "le projet européen"? Personne n'est d'accord dessus: aucun pays n'a la même définition générale qui se dégagerait plus ou moins précisément de son opinion publique (hors de France, l'idée même "d'Etats-Unis d'Europe" ou d'Europe puissance est assez rare, voire franchement pas en odeur de sainteté: y'a pas que les Anglais dans ce registre, loin de là), ou de ses élites et leaders/courants d'opinion importants. Le seul courant "transeuropéen" qui existe et ait un relatif consensus sur une "idée européenne", c'est précisément cette élite polique/économique/financière dite "libérale", ou "ultralibérale" selon les humeurs. A part eux, rien d'autre n'existe réellement (les aspirations de certains individus ne sont pas des courants de pensée cohérents, et encore moins des groupes politiques, des tendances, des milieux interpénétrés....). En fait le seul autre "courant" un peu cohérent, c'est l'hostilité à ce courant, et cette hostilité ne recouvre pas des groupes, ensembles, intérêts et individus qui sont eux-mêmes très d'accord entre eux (voire souvent, s'ils sont assez structurés et peuvent se parler, ils sont d'accord pour se haïr et haïr les eurocrates juste un peu plus). Justement, ça ne peut être vrai que jusqu'à un certain point et pour quelques secteurs; rien n'est si simple, et surtout pas ces suppositions de "jeu à somme nulle". Des régions économiquement sinistrées il y a 20 ans le sont encore bien souvent (évidemment, d'autres facteurs entrent en jeu, je ne fais pas d'absolus), et plus globalement, pour schématiser, le succès d'une région ou d'un secteur économique n'est pas forcément suffisant pour compenser l'insuccès d'une autre, surtout quand les conditions du succès économique d'un secteur ou d'une région sont précisément en partie les conditions de l'insuccès d'autres (conditions fiscales, règlementaires, commerciales, économiques, environnementales, d'infrastructures, d'investissement....). Par ailleurs, quand une zone a du succès, elle a tendance à attirer le succès, pas à le partager (par des phénomènes de tropisme plus ou moins automatiques, mais aussi par du lobbying/des pressions auprès des autorités qui décident), donc à aggraver les différentiels et la dépendance des zones et secteurs dans la merde. Non, il n'a juste aucune base de pouvoir (réseau d'élus et d'obligés, contrôle d'une caisse, pouvoir de nomination, accès à des financements, contrôle d'une aire géographique); tout ce qu'il a, c'est le fait d'être connu, et pour le rester, il n'a que l'outil de sa démagogie gratuite et stupide. Donc il fait ça :lol:. Quand à savoir s'il croit en ce qu'il dit, ça regarde.... Ceux qui croient ce qu'il dit :lol:. -
[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Ben c'est justement parce que les Français et Allemands (au moins d'accord sur ça) le torpillent qu'il va se vendre à Obama pour lui dire de faire pression sur les 2 Etats européens. Pas seulement l'actuelle: c'est toute une frange des élites européennes qui baigne dans un moule culturel unique et un ensemble d'intérêts et penchants similaires. Cette "population" ne peut produire autre chose qu'une commission alignée sur cette idéologie. Jusqu'à un certain point seulement, et pour quelques secteurs seulement. -
Le nombre des prises doit être pondéré par plusieurs faits: - une partie importante des prises est.... Re-prise par les Anglais, et plus la domination maritime anglaise s'affirme (et plus une guerre dure, plus le fait se développe), plus ce fait s'accroît de façon rapide et importante - la très grande majorité des prises ne sont pas des grosses prises: les tonnages sont petits, mais surtout, la valeur en est réduite. On ne prend qu'exceptionnellement des cargaisons cruciales ou très chères (matériaux stratégiques, biens à haute valeur ajoutée....), et encore plus rarement en grandes quantités. Les navires pris sont surtout ceux qui ne sont PAS dans des convois (on prend plus souvent les petits navires qui sont seuls sur des routes commerciales et zones de pêche fixes et dont la valeur de leur commerce vient plus du volume global, lequel est de ce fait peu impacté par la course), et plus ceux qui font du cabotage que ceux qui font du "grand commerce" (lequel, à cette époque, doit avoir une haute valeur ajoutée pour attirer les investissements). C'est valable pour le commerce comme pour la pêche: on touche difficilement les grandes flottes de pêche à la morue ou au hareng (escortées et assez groupées) ou les baleiniers, et plus les pêcheurs côtiers et isolés. Il suffit de regarder le nombre d'armements corsaires dans les ports français par guerre (effondrement radical après la guerre de sucession d'Espagne et jusqu'en 1815) et par année de guerre (ils baissent vite au fil d'une guerre), en notant plus l'approche par port que l'approche globale. La quasi disparition de la course dunkerquoise après 1714 est à cet égard un facteur majeur étant donné l'importance du "capitalisme corsaire" des "câpres" de ce port sous Louis XIV; l'impact sur les chiffres globaux de la course est important et ne permet pas de refléter exactement la chute post 1714 (elle l'accroît trop). Mais globalement, ce facteur pris en compte, entre l'époque Louis Quatorzienne et les guerres suivantes, le différentiel est impressionnant, même à St Malo qui concentre plus d'investissements et de "savoir faire" (qui attire le fric) que les autres centres de la course. Il est quand même révélateur que le seul impact réel sur le commerce britannique n'ait eu lieu que quand le commerce avec les 13 colonies s'est arrêté, du fait même d'Anglais en révolte qui coupèrent les ponts pendant 6-7 ans (et armant leurs propres corsaires d'ailleurs, même si leur impact est aussi anecdotique). Comme quoi, la seule façon de contrer efficacement l'Angleterre et de faire mal à son commerce fut à terre :lol:.
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[Union Européenne] nos projets, son futur
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Marechal_UE dans Politique etrangère / Relations internationales
Bruit de couloir: Barroso jouerait sa ligne actuelle afin de préparer sa reconversion. Il essaierait de se gagner le soutien américain pour obtenir la nomination au secrétariat général de l'ONU (alors que, dans les "tours" des informels groupes régionaux de l'ONU, on revient vers l'Europe), contre Allemagne et France qui sont assez radicalement contre lui. Comme me l'a dit un ami du Quai d'Orsay (confirmé par un autre au Mindef, qui travaillait sur l'agenda des futures négociations -où il fut d'ailleurs assez halluciné par les positions et illusions allemandes), on va vers des négociations commerciales avec un chef d'équipe qui travaille de fait pour l'ennemi :-[. -
Il y a beaucoup d'exceptions pendant cette guerre, en raison de sa nature particulière: elle concerne la principale zone avec laquelle les Anglais commercent (en valeur), et cette zone disparaît d'un coup pour la durée de la guerre, seul subsistant le commerce avec le Canada qui se trouve brutalement renchéri. Par ailleurs, toute la zone nord américaine devient hostile: Espagne, Hollande, France ET 13 colonies arment navires militaires et corsaires contre les navires anglais. Le renchériment des assurances correspond à cette zone là, c'est pas un chiffre universel (même Suffren aux Indes, et la course -réduite- de l'Océan Indien, n'ont pas eu un impact de ce genre). Sur la période du XVIIIème siècle, la tendance est à une baisse constante du coût des assurances, hors ce petit "glitch" au plus fort de la guerre d'indépendance américaine (sur le commerce transatlantique nord seulement), qui est plus mécanique qu'autre chose et correspond en fait plus à la raréfaction brutale du commerce due à la disparition momentanée d'une part importante du commerce transatlantique: une part de la flotte de commerce n'a, entre 1776 et 1783, tout connement plus de destination et doit se reconvertir, ce qui a un effet mécanique sur les coûts d'assurance, les coûts d'armement et, mathématiquement, les cours des biens concernés par ces marchés (tabac, coton....). Tout aussi mécaniquement, les coûts des assurances ont tendance à baisser au fur et à mesure de la reconversion d'une partie de ces navires vers d'autres routes commerciales et d'autres marchés (où le transport devient plus abondant de ce fait). C'est l'offre et la demande, et le point pour le sujet des corsaires et de l'impact de la Royale sur le commerce anglais, c'est qu'ils n'ont jamais pu impacter suffisamment le volume de l'une ou de l'autre pour obtenir un résultat (seule la fermeture des 13 colonies pour le commerce a eu un tel impact). Le nombre des armements corsaires s'effondre directement après le règne de Louis XIV et atteint de suite un plancher dont il ne redécolle plus.
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Non, 2%, c'est rien du tout, faut pas additionner les pertes annuelles à partir du total de départ: c'est 2% de ce qui flotte chaque année, où il y a des lancements de nouvelles unités en permanence, toujours plus nombreuses et avec une tendance à l'accroissement des tonnages (le commerce britannique est en croissance ininterrompue sur la période). Et on est au temps de la marine à voile: les "fortunes de mer" (tempêtes, navires usés qui craquent, cargaisons perdues ou gâchées....) sont parfaitement admises dans les calculs économiques dès le départ. Dans ces 2%, les corsaires représentent peu par rapport à la "norme" des accidents divers qui sont une composante permanente dans toute l'histoire de la marine à voile jusqu'au milieu du XXème siècle (tous les ports ont ainsi longtemps eu implanté dans leur culture le fait qu'on ne voit jamais revenir tous ceux qui partent: il y a toujours des morts et presque toujours des navires qui ne reviennent pas, même dans de simples campagnes de pêche). C'est beaucoup plus rare aujourd'hui et cet "esprit" s'est largement perdu. Quand les assureurs des Lloyd's ont réalisé ces calculs, ils ont aussi été étonnés de la faiblesse de cet impact, et particulièrement de l'insignifiance du "danger corsaire" en terme de coût économique. Tout comme la réalité de "l'industrie" corsaire n'a jamais été celle d'un secteur rentable: quelques gros gagnants, un nombre variable(pas énorme) qui couvrent leurs frais ou font une maigre plus value, et le reste (la majorité) qui y perd. A toutes les époques, il y a de tels secteurs économiques qui sont des miroirs aux alouettes: tout le monde se rue dessus en espérant le super pactole, mais à part quelques exceptions, c'est une illusion (les places financières sont truffées de ce genre de trucs, qui font régulièrement des ruées et aident aux phénomènes de bulles). C'est vraiment le même principe que le casino: moins il y a de gagnants, plus il y a de monde qui se rue dessus, tant est puissant et évocateur l'attrait du "coup gagnant" unique qui fait faire fortune en une seule fois (c'est ça le pouvoir du rêve, mon bon monsieur, et il y a bien peu de rationalité là-dedans). Les grosses unités ne sont pas prêtées, ou quasiment jamais, sauf occasionnellement, par une autre sorte d'arrangement que la lettre de marque, dans des sortes d'opérations "d'économie mixte", quand la Royale a pu monter des opérations d'envergure en association avec des corsaires ayant un grade dans la marine royale (Forbin, Jean Bart, Duguay Trouin), et qui ont pu en avoir le commandement (ou y avoir un commandement), mais avec des équipages militaires le cas exemplaire est l'expédition de Rio, en fait en composée en majorité de navires et équipages de la Royale). Hors ces quelques exceptions, pas de navires de haut bord, et pas de frégates quand le concept de frégate a évolué autour de la moitié du XVIIIème siècle (croissance importante du tonnage moyen et de l'armement, explosion du coût; les frégates sont alors devenues une composante importante d'une flotte de combat, et des navires d'une puissance certaine). On voit donc plus généralement des capitaines corsaires de bonne réputation aux commandes de navires royaux en tant qu'officiers de la royale et pour des opérations militaires (mais c'est en fait essentiellement sous Louis XIV). Pour la petite note, la plus grande unité corsaire jamais construite fut le Fendant de Jean Bart (conçu et financé par lui), un navire d'une soixantaine de canons qui ne servira en fait que dans la marine royale (qui je crois l'a racheté) puisque Jean Bart mourra avant d'avoir pu sortir avec. C'est une exception dans le genre; jamais personne avant lui et plus personne après lui n'a jamais eu, dans la course, quelque chose d'approchant, même de loin. Navire exceptionnel étant donné que c'était une unité avec 60 "vrais" canons: le nombre de canons affiché des navires de cette époque (avant le "grand" XVIIIème siècle naval) peut impressionner, mais il inclue souvent les pièces ultra-légères comme les pierriers (présents en nombre sur les bastinguages, comme armes "antipersonnel") qui n'ont aucune capacité antinavire. Les unités de cette époque sont nettement plus courtes et ramassées que 50 ans plus tard (et, à part les grands navires de lignes, le nombre de sabords par pont peut difficilement dépasser les dix par bordée: les coques sont trop fragiles). Les corsaires les plus importants (ceux qui peuvent être conçus spécifiquement pour la course, soit une petite minorité) sont donc généralement de l'ordre des 20, parfois 30, "vrais" canons longs. Et encore cherche t-on à limiter l'artillerie au maximum, autant pour embarquer plus d'équipage que pour préserver les navires: les armements en général sont chers, les munitions et canons aussi, mais l'usure imposée au navire par des canons nombreux et/ou lourds (et c'est pire encore avec le combat: une bordée par section use l'armature, une bordée simultanée encore plus) est elle hors de prix pour un armateur. Il est même fréquent de voir des 2 ponts de la Royale elle-même être "armés en flûte", avec moins de 30% de leur armement maximal théorique. Et les coûts croissent exponentiellement avec le tonnage, ce qui est intolérable pour un corsaire qui se verrait alors astreint à un nombre de prises irréaliste pour rentrer dans ses frais et amortir l'usure du navire très rapidement (à croiser avec le risque des opérations de course). C'est pourquoi les plus lourds corsaires, une petite minorité déjà, ont toujours plafonné vers des navires qu'on qualifierait de bricks (mais l'équivalent d'un brick époque Révolution/Napoléon -typiquement 18 canons pour les grands bricks de guerre-, sous Louis XIV, c'est ce qu'on appelle alors une frégate), et favorisé les petits calibres (8 livres maximum), et les caronades à la fin du XVIIIème siècle.
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Non justement, c'est une fausse impression qu'on a: dans la réalité, tout le monde n'est pas Duguay Trouin (croisières lointaines), Cassard ou Jean Bart (croisières longues), et bien peu d'armateurs français ont la surface financière pour risquer des armements coûteux (faut voir comment Duguay Trouin, pourtant déjà une superstar, a ramé pour armer sa grande expédition). Sans compter qu'une part infinitésimale des corsaires ont des navires réellement faits pour la course: la plupart sont des petits navires de pêche ou de commerce gréés pour des petits raids de rapine (lougres, bisquines, petits bricks, goëlettes, cotres.... Sachant en plus que les gabarits jusqu'à la moitié du XVIIIème siècle, à nom équivalent, sont nettement plus petits qu'à la période révolutionnaire). L'essentiel de la course française, contrairement aux belles images d'Epinal sur les exploits d'une micro-minorité de "grands", se fait près des côtes, dans des raids ciblés sur des cibles assez proche, ou dans des croisières de quelques semaines sur une zone donnée, ou encore se concentrent dans le temps au moment des passages de grands convois (généralement un peu connus à l'avance) dont tous les petits corsaires locaux, surtout dans la Manche, espèrent se choper un égaré, un endommagé.... Et dans 90% des cas, ça fait perdre de l'argent. L'article de G&H le rappelle bien, pour ceux qui n'ont pas le courage de lire Becker ou Dessert: l'auteur s'est particulièrement attaché aux résultats réels de la course, à mille lieues de ce qu'on peut croire. L'histoire de la Marine à voile rappelle qu'on ne fait pas d'équipages avec des terriens (en tout cas pas avec une proportion importante de terriens), et la France est certes très peuplée à cette époque, mais peuplée.... De terriens: les populations maritimes sont peu nombreuses comparées à celles de l'Angleterre (les littoraux atlantique et méditerranéens sont alors sous peuplés, peu mis en valeur et sur l'essentiel de leur surface, peu habitables et impropres à une agriculture capable de soutenir des foyers de populations importants). On peut établir un grand maximum, sur la période XVIIème-XVIIIème, de 40 à 50 000 marins disponibles en France annuellement (en théorie: en guerre, ça chute vite), toutes activités confondues (pêche vivrière et "grande pêche", commerce, cabotage, gardes côtes, marine de guerre et corsaires), dont une bonne partie est "incompressible" et non dispo pour la guerre (y'a des besoins constants pour une activité économique -et autre- minimale, plus la proportion qui échappe à la mobilisation). C'est déjà très peu à la base, mais en temps de guerre, c'est radicalement pire: l'attrition humaine en mer à cette époque est importante (désertion, morts, prisonniers, et plus encore, maladies), et en temps de guerre, ça file vraiment vite. Les populations maritimes de l'Angleterre sont de 5 à 6 fois plus importantes au moins que celles de la France; qui plus est, les Anglais ont une proportion nettement plus élevée de marins au long cours (vu la taille de leur grand commerce) là où la France a une proportion plus importante de caboteurs et pêcheurs vivriers (donc la qualité moyenne disponible est plus basse, et le marin qualifié plus rare). Et les Anglais saisissaient bien plus de navires français, et faisaient tout, en temps de guerre, pour garder les personnels qualifiés, officiers, officiers mariniers et matelots confirmés, ce qui impactait très vite et très fort des populations navales en flux tendus et a toujours limité la capacité d'armements français (en plus évidemment de la question des sous), et leur qualité. Le système des classes de Colbert, malgré ses dysfonctionnements, a amené un peu de mieux pour la royale, mais ça change pas la loi des grands nombres: il n'a offert qu'un seul réel avantage, celui de pouvoir mobiliser rapidement en début de guerre, et d'offrir à la France un petit avantage pendant une fenêtre temporelle limitée, comparé à une Royal Navy plus lente à monter en puissance. Et il a toujours été montré qu'on ne transforme pas à cette époque les terriens en marins, à moins, pour une petite proportion d'entre eux, d'y passer des années (et vu la façon dont les effectifs filent, c'est quasiment jamais possible). Surtout évidemment que les terriens sont en plus prioritairement affectés à l'effort de guerre terrestre où le recrutement est lui aussi difficile (et l'attrition énorme). Pour les armements corsaires, une petite illustration à retrouver dans G&H: l'apogée du nombre d'armements corsaires en nombre, c'est pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg (après, le déclin est spectaculaire jusqu'à 1815), et à St Malo, ZE cité corsaire (Dunkerque disparaissant quasiment dans ce métier après 1714 et les conditions du traité de paix), c'est un maximum de 50 armements annuels. Pas vraiment gigantesque, et c'est pourtant là qu'on trouve les armements les plus conséquents (navires de tonnage supérieurs à la moyenne des corsaires.... Généralement rarement au-dessus de 500 tonneaux), donc la concentration capitalistique la plus propice à financer cette activité (surtout que St Malo est "à la mode" quand le ton est donné à la cour de Versailles de cofinancer des armements corsaires). Pendant la guerre de sucession d'Espagne, c'est 40 par an. Après, jusqu'en 1815, on ne dépasse jamais une quinzaine par an en temps de guerre. Sur la "grande" période de 1689 à 1713 (l'apogée de la course), il y a eu 450 navires corsaires en tout et pour tout. 40% ont d'ailleurs été perdus sur cette période (les corsaires français sont souvent pris et détruits quand les flots sont britanniques; tout le monde n'est pas Jean Bart, qui échappe à toute interception.... Sauf une fois, où il était avec Forbin d'ailleurs). Pour idée du rapport: le nombre de prises par armement corsaires à St Malo (ce sont eux qui ont les meilleurs "rendements") est de 2. Pas terrible. Pour comparaison, sur la seule période 1702-1783 (soit en enlevant l'apogée de la guerre de la Ligue d'Augsbourg et la période 1792-1815, excusez du peu), 7000 navires corsaires sont recensés en Angleterre; Bristol seule compte plus de corsaires dans la décennie 1790 que la flotte de guerre française n'a de navires! Pendant la guerre de 7 ans, 32 000 corsaires français sont emprisonnés par les Anglais (un chiffre que la France ne peut supporter, surtout quand on l'ajoute aux pertes "courantes", au pics de maladies, à celles des combats et à leurs suites), soit la moitié des marins prisonniers; la Royale a besoin d'une quinzaine de millers d'homme annuellement (en plus de son effectif permanent).... Quand on rapporte la chose à la population maritime française disponible, on voit vite l'os. Gné? D'où ça sort, ça: les flux commerciaux anglais n'ont jamais infléchi leur croissance de la fin du XVIIème à 1815, périodes de guerre inclues: la seule exception est la guerre d'Indépendance américaine où la diminution n'est pas due à des pertes mais à l'arrêt partiel, puis total, du commerce entre l'Angleterre et les 13 colonies. A l'inverse, le commerce lointain français cessait en grande partie d'exister en temps de guerre. Il n'y a pas d'équilibrage: il y a extrême déséquilibre, au total avantage des Anglais qui arment plus de navires de guerres et plus de navires corsaires tout en développant leur commerce. Toutes causes confondues, l'Angleterre perd 2% de son tonnage marchand chaque année pendant la période 1793-1815: les pertes dues aux corsaires (11 000 navires) n'en sont qu'une petite partie, et surtout ne représentent que peu en valeur et en tonnage (ce qui est pris dans l'essentiel des cas, ce sont des petits transporteurs, des caboteurs et des petits navires de pêche, avec des cargaisons de faible valeur), ce qui diminue encore l'impact sur l'économie britannique (plus dépendante du grand commerce) et donc sa capacité à un effort de guerre. Et il faut en plus se mettre en tête que très souvent, les navires pris sont ensuite repris, par la Navy mais surtout par la flotte corsaire britannique, bien plus nombreuse, bien plus présente, et opérant avec bien plus d'impunité.
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Pour la guerre de course, donc jusqu'au XIXème siècle, ce n'est même pas le cas: Les navires de la flotte ne servent que très rarement à armer des corsaires (occasionnellement, la flotte peut prêter/louer des petites unités, mais c'est tout) et de fait, un report sur la course est un moyen de ne pas armer les navires de la flotte, de réduire le "contrat opérationnel" annuel, de réduire les plans de construction (puisqu'on se dit que c'est moins utile) sur plusieurs années, et pire encore, de détourner des personnels qualifiés (rares et déjà peu motivés pour aller dans la Royale) en offrant des dispenses en masse (alors que le système de classes de Colbert fonctionne déjà relativement moyennement). Plus largement, au niveau décisonnel politique, cela répand l'idée que c'est une politique viable et valable, détourne les esprits de l'importance d'une flotte dans les milieux peu/mal informés et influents (essentiellement à Versailles et à Paris) dans un pays principalement terrien (où les élites des côtes ont déjà du mal à faire leur lobbying). Ce faisant, est encouragée la mentalité terrienne, et le "lobby naval" a d'autant plus de mal à faire valoir ses idées et intérêts, et à faire comprendre que les résultats en mer ne se mesurent pas comme ceux à terre (toujours difficile de faire valoir quelque chose d'en partie abstrait): la "campagne du large" de Tourville, l'une des campagnes navales les plus productives de l'histoire navale française, est ainsi vécue comme un échec parce qu'il n'y a pas eu de grande bataille, mais elle a tenu la mer ouverte au commerce et à la pêche française pendant des mois, de même que dégagé les grands axes pour les opérations plus militaires -transport, patrouille, soutien naval- tout en contraignant les Anglais et Hollandais à la défensive et à l'armement très coûteux de lourds moyens (et ce faisant, la Méditerrannée a été largement dégagée vu l'importance de l'effort nécessaire). Apparemment non: il ne faut pas oublier que la grande majorité des armements corsaires ont un faible rayon d'action et durent peu. L'effort individuel éclaté produit un effet global plutôt minime (comme dans beaucoup de domaines, il n'y a pas de "main invisible" produisant un effet général si pertinent), et ce d'autant plus que: - les mesures les plus significatives (statistiquement) pour contrer la course sont de coût réduit et/ou ont des coûts auxquels le système économique s'adapte très vite sans impact majeur (organisation de convois, usage d'autres routes et ports, plus de discrétion sur les dates de départ/arrivée....) - la croissance du commerce (donc des flottes commerciales et de pêche) et le volume (de fret et de coques) déjà en place à un instant T sont tels, surtout quand on parle de l'Angleterre et de la Hollande, que l'impact de ce petit artisanat peu rentable qu'est la course est de fait largement inférieur à celui des "fortunes de mer" (navires qui coulent/disparaissent, cargaisons endommagées.... Pour des raisons essentiellement naturelles ou d'accidents). De fait, l'impact de la course sur les primes d'assurances est très en deçà de celui lié aux hasards naturels de la navigation de l'époque, si bien que l'existence même certaine d'une course française importante ne change plus les calculs des affrêteurs anglais au XVIII7me siècle et n'impacte même pas visiblement les courbes de croissance diverses du commerce anglais (profits, nombre de coques en mer, constructions, volume transporté, tonnage global....) ni ne change quoique ce soit à la baisse constante (tous aléas conjoncturels pris en compte: la course en est à peine un) du prix de la tonne transportée de la fin du XVIIème à 1815. Ne pas oublier, enfin, que l'Angleterre arme beaucoup plus de corsaires que la France: ils impactent bien plus une flotte civile française plus petite, donc plus sensible aux pertes (d'autant plus que les pertes en marins, comme en navires, sont en France des pertes plus lourdes vu le "capital de départ" plus réduit), et plus vulnérable en raison du fait que les grands axes maritimes sont plus sous contrôle anglais et hollandais que Français (un fait encore accru quand la France diminue son effort naval et repose plus sur la course). L'effort corsaire anglais, navire pour navire, est donc par ces faits plus efficace stratégiquement que le français (une cerise sur le gâteau, quoi).
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La guerre de course est largement surestimée. En 14-18, les sous marins allemands n'ont pas eu un impact suffisant pour réellement menacer les approvisionnements alliés; l'inquiétude a existé, mais elle fut au final réglée assez vite par l'organisation de convois et la construction navale, mais plus encore, par la réorganisation en grand du trafic maritime (planification centralisée des transports aux niveaux national et interallié), opération politiquement difficile qui a du se faire en passant sur le corps des armateurs et transporteurs maritimes qui ne voulaient pas voir l'Etat "empiéter sur la liberté d'entreprendre" :-[. A capacité de transport égale, le volume effectivement transporté a pu être accru de plus de la moitié (sinon carrément doublé). Aucune flotte sous-marine n'a pu réellement menacer de tels volumes. C'est d'ailleurs la même chose à l'époque de la marine à voile: si les attaques de corsaires surtout français ont pu à certains moments causer des paniques et sueurs froides chez les armateurs anglais, les gouvernements et assureurs de l'époque ont gardé la tête froide et examiné l'impact réel de la course sur le commerce anglais, pour trouver que le dit impact était moins que négligeable (au point de se demander si le blocus des "cités corsaires" comme St Malo ou Dunkerque valait vraiment l'investissement). Sans compter qu'il faut garder à l'esprit que, la course étant en grande partie une activité de temps partiel (il y a peu de navires faits spécifiquement pour et consacrés uniquement à cela: la plupart sont des armements temporaires quand il n'y a pas d'autre activité ou que l'espoir du pactole est grand), c'est l'Angleterre qui a toujours, et de loin, été le premier pays de la course vu l'énorme taille de sa flotte civile (les armateurs et propriétaires en armaient toujours un volant en temps de guerre). De fait, les corsaires n'ont jamais fait grand mal: G&H a consacré un article à ce fait, mais on peut, dans toute histoire de la marine, trouver des développements analogues, notamment pour la période louis-quatorzienne, où les ministères suivant ceux de Colbert et Seignelay (essentiellement les Pontchartrain) ont toujours été l'objet de vives critiques pour le "tournant" qu'ils ont adopté en faisant reposer l'effort de guerre naval français sur la course (ou plutôt le "non effort"), lui enlevant toute efficacité, détournant des sommes importantes et des effectifs précieux (les populations maritimes françaises étant limitées) en donnant l'illusion d'un effort intelligent: comme l'embauche de mercenaires, ce "mode de guerre" bénéficie d'une masse d'arguments faussement intelligents qui sonnent bien à l'oreille de qui veut les écouter, ce qui a pu être à certains moments politiquement pratique. 2 notes: - Francis Drake ne mène pas les Anglais contre les Espagnols: il n'est qu'une des composantes de la flotte anglaise (pas la plus puissante vu le relatif faible armement des navires de commerce armés en guerre), et c'est bien la Royal Navy (pas très conséquente, vu son besoin de recourir à l'expédient de "corsaires" et marchands armés) qui est restée au coeur du dispositif anglais. Et ce dispositif a fait ce qui était dans ses maigres moyens: mener une "guérilla navale" en faisant du hit and run le long des côtes sud de l'Angleterre, retraitant sans arrêt vers ses bases - au final, l'armada n'a pas été très touchée par les Anglais: aucune perte significative n'a lieu par les combats, et les Anglais auraient été bien en peine de faire mal à cette flotte. Les pertes n'ont lieu que sur le chemin du retour, à cause des éléments. La décision d'annuler l'opération vient d'un ensemble de facteur qui n'inclue pas vraiment la "menace" navale anglaise (n'en déplaise aux historiographies anglaises): impossibilité de coordonner les mouvements avec l'armée des Pays Bas du Duc de Parme, problèmes de ravitaillements, saison avancée (la flotte était très en retard).... Et au final, plus que tout, incapacité totale de l'amiral en chef, le duc de Medina Sidonia, un général purement terrestre et un courtisan, complètement dépressif, placé là pour son manque d'imagination et d'initiative par un Philippe II tâtillon, parano et voulant tout contrôler depuis l'Escurial (pas vraiment en liaison rapide avec une flotte dans la Manche). Après l'incident des brûlots devant Gravelines (où d'ailleurs la flotte ne subit quasiment aucun dommage; bel exemple de résultat psychologique), Medina Sidonia lâche l'affaire par incapacité à décider, pusillanimité et absence d'initiative: rien dans ses instructions ne prévoyait de changements de circonstances (raison pour laquelle il avait fait jeter l'ancre au lieu d'aller attaquer, frapper les Anglais: il attendait des instructions -qui ne pouvaient venir assez vite- ou un message du ciel), et le temps, déjà compté, passait.... Pur exemple d'un mauvais chef, mal choisi, écrasé par des instructions ineptes et une trouille de ce qui l'attendait s'il en déviait d'un poil. Mais c'est pas la guérilla navale anglaise qui a pesé dans l'histoire: elle n'a ni infligé de pertes tangible (les combats, même en duels de navires, sont indécisifs de part et d'autre), ni impacté l'organisation de l'armada (qui était en très bon ordre dans la Manche, et encore plus.... A l'ancre, pendant de longs jours :lol:). Les tempêtes au large de l'Ecosse puis de l'Irlande, elles, ont été nettement plus efficaces à ces deux égards. Très mahaniennes les tempêtes.
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C'est vrai, mais quand on considère la taille somme toute réduite de leur fer de lance aéronaval (et de leur potentiel aérien disposé dans le Pacifique sur bases terrestres), on voit en fait qu'il s'agit d'un outil si réduit (toute proportion gardée) que chaque opération importante est une attrition difficilement supporable pour eux, surtout quand on la met en parallèle avec leur capacité à renouveler cet outil: formation des pilotes et personnels, production, et surtout disponibilité de ressources pour la formation et les opérations. Le pétrole en tête, qui est structurellement un goulot d'étranglement pour eux vu la faiblesse de leur capacité de transport qui représente des flux d'emblée insuffisant et terriblement vulnérables (d'autant plus que les zones d'opérations sont très éloignées), si bien que la "guerre d'attente" des Américains a un volet sous-marin (qui lui cible ces flux) qui lui n'est qu'un constant crescendo dont l'impact est toujours sensible (au début moins en raison de l'effectif et de l'efficacité des sous marins américains qu'à cause de la faiblesse du transport maritime japonais).
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La réponse essentielle est bien résumée dans G&H: le Japon n'est pas équipé pour gagner la guerre du Pacifique et pouvoir protéger son extension. Flotte de commerce ridicule, et surtout capacité de transport de pétrole minime, investissement disproportionné des moyens sur un "fer de lance" aéronaval professionnel qu'ils n'ont pas les moyens de remplacer face à l'attrition de la guerre moderne (l'entraînement moyen des pilotes chute inexorablement et fortement au fil de la guerre, dès le début), conception erronée de la guerre moderne (outil naval calculé pour chercher la "bataille décisive" qui ne peut avoir lieu) qui a un impact majeur sur les doctrines, tactiques et matériels (à terre, une armée qui recherche le corps à corps, en l'air, des avions faits pour le dogfight, en mer, des navires faits pour la bataille en ligne, malgré l'exception d'un bon noyau aéronaval).... Le tout sur fond d'un Japon qui n'a pas les ressources ou la surface industrielle (et la qualité industrielle) pour affronter les USA, de très, très loin. Les Japonais pouvaient-ils "rattraper le coup"? Oui et non: ils pouvaient limiter les dégâts, faire tout leur possible pour délimiter une aire d'influence plus défendable (beaucoup plus petite), et, parallèlement, rechercher des accomodements avec les USA pour une paix négociée.... A ceci près qu'à cette époque, c'était peu probable: - le régime japonais dépendait alors politiquement d'une fuite en avant, et sa tête était idéologique, peu pragmatique, et enfermée dans sa logique: le processus de décision politique et stratégique japonais est enfermé dans une logique de guerre du "tout ou rien". - les USA, après Pearl Harbour, sont engagés dans une logique recherchant la victoire totale et la reddition inconditionnelle du Japon, formulée par Roosevelt (à l'effarement de Dulles) et s'appuyant sur un consensus politique et public très contraignant (la reluctance initiale des Américains à la guerre a été remplacée par une rage nationale montée en exergue et entretenue, qui s'accomoderait mal d'un changement de trajectoire). Avec de tels préalables, tout infléchissement opératif japonais cherchant à compenser efficacement ce que Midway, mais aussi avant cela la Mer de Corail, ont coûté en terme de potentiel de guerre, serait difficile.
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La mythification du "guerrier germanique"
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Tancrède dans Histoire militaire
Ils n'ont jamais parlé d'un "manque de combativité" des Allemands ni n'ont fait du soldat allemand un glandu: ils s'attaquent au mythe d'une "supériorité" militaire allemande, voire "germanique" venant de l'ethnie ou de la culture, et au gonflement de ce mythe dans l'historiographie des XIXème et XXème siècles, une historiographie qui, s'il fallait s'y fier, indiquerait une infériorité chronique (génétique n'oserait-on pas dire) d'autres nations (y compris la France). Ils observent par ailleurs la persistance de ces mythes, particulièrement, hors d'Allemagne, dans certains milieux (souvent d'extrême droite) et dans la culture militaire américaine, qui créent un biais en partie irrationnel en faveur de tout ce qui est allemand (comme en témoigne par exemple un affairement disproportionné de hauts gradés américains dans les stands d'exposition de matériels allemands, ce qu'aucune caractéristique technique des dits matériels ne justifierait dans de telles proportions). Aucun antigermanisme dans les lignes de ce dossier: ils ne disent pas que les Allemands seraient "inférieurs" ou qu'il n'y a que des mensonges partout, juste que les analyses des performances militaires allemandes depuis le XIXème (et depuis Frédéric le Grand) sont teintées de forts biais qui obèrent de grandes parties de la réalité au profit d'une "image" générale très inégalement fondée. Est-ce de l'antigermanisme que d'essayer d'analyser plus "à froid" et point par point cette performance? Je n'ai rien vu de profondément faux, et certainement absolument rien "d'antigermanique". Ils pointent au contraire les points forts (les vrais) du système militaire allemand (effort sur l'encadrement et la formation notamment), de même qu'à l'opposé, ils soulignent dans la continuité de l'histoire allemande récente, des faiblesses récurrentes (notamment dans la direction politique et stratégique, la conception biaisée de la guerre -influencée par la culture tactique-....) et la réalité des performances au-delà des images déformantes (depuis Frédéric le Grand, lui-même remis à une juste place -sans dénier ses qualités- de même que son armée). Je rappelle, comme ils le font bien mieux que moi, qu'un dénigrement parallèle des Russes a eu lieu, et qu'il a fallu attendre les années 70 pour qu'un historien américain commence à démolir ce mythe d'une armée rouge faite de "hordes" qui n'auraient vaincu que par le nombre (tout au plus reconnaissait-on à l'occasion que le soldat individuel russe était coriace, autre façon d'injecter des mythes stupides et des images sentimentales en lieu et place d'analyses en bonne et due forme), pour faire comprendre que la doctrine soviétique était meilleure, plus efficace et plus intelligente que celle des Allemands, et qu'ils avaient au final mieux compris les opérations modernes. Et dans l'imagerie populaire tout comme dans les a prioris génériques en occident, ce travail n'est même pas encore fait, et l'image du "super soldat" allemand et d'une Allemagne hyper-efficace et organisée demeure. C'est juste pour montrer à quel point ce genre d'a prioris est profondément implanté et peut faire réagir comme tu le fais: tout ce qui altère même d'un poil ces mythes est suspect, et ceux qui s'y attaquent sont soit des "anti X" ou des "pro Y" (ou les deux), en l'occurrence, des antigermaniques et pro-russes (y'avait eu un courrier de lecteurs à G&H qui allaient dans ce sens, qualifiant Goya de prosoviétique, limite de communiste rampant, quoi :lol:).