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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Pour reprendre mon propos de plus haut dans le fil (sur la "féodalisation" des USA), je ne peux que constater l'effet de long terme de quelques lois et décisions: la fin de la lutte antitrust, la fin de la séparation banques de dépôt-banques d'affaires, la défiscalisation des institutions religieuses, l'autorisation (et l'expansion constante de ce domaine) du "soft money" (terme qui recouvre grosso modo tous les financements non directs aux campagnes électorales et qui est aujourd'hui plus important que l'argent des campagnes, via des instituts et organisations, légitimes ou non, tout étant résumé par la terrible combinaison d'expressions "money is speech", "corporations are people").... S'y ajoutent des évolutions dans l'économie (dérégulation permanente en tête) et la politique (évolution des médias, accroissement permanent de la bipolarisation de plus en plus hostile de la vie politique), et la judiciarisation des rapports sociaux (avec une prime à ceux qui peuvent payer, le simple coût des procédures prolongées étant un facteur de victoire ou de défaite, et plus encore un facteur dissuasif de même engager une procédure pour qui ne peut suivre). Les USA ont connu ces 30 dernières années un transfert massif de richesses de la classe moyenne (en diminution rapide) et des couches les moins favorisées (dont le nombre croît sans cesse) vers le haut de la pyramide sociale, les concentrations capitalistiques et les organisations non gouvernementales (religions en tête). Ce transfert est parallèle à la concentration du "pouvoir économique", reflet de la concentration des grands acteurs de marché, bien supérieure au renouvellement de la concurrence. Les scènes économiques, sociales et politiques tournent de fait de plus en plus autour d'un nombre réduit d'acteurs (individus, groupes informels, organisations de types divers -églises, associations, instituts, fondations, entreprises, lobbies) dont le poids individuel est toujours plus déterminant et leur aptitude à peser sur les processus de décision politique et le "ton" du débat public sans cesse croissante. C'est à peu près ça que j'appelle "féodalité": la population peut de moins en moins peser, les institutions politiques légitimes ont de moins en moins de capacité à éviter l'influence de ces grands "féodaux". Un président ou un groupe parlementaire (ou à moindre échelle un gouverneur) ont moins de marge de manoeuvre par rapport à ces groupes, moins de capacité à dicter l'agenda de ce qui est débattu et fait. Bref, le centre s'affaiblit au profit de ces "baronnies" (qui ne sont plus purement territoriales comme dans la féodalité du Moyen Age, mais moins directement "matérielles") dont le poids et la capacité à sans cesse favoriser leurs intérêts s'affirment toujours un peu plus. Et dans le fonctionnement de la démocratie, tel qu'observé dans le processus électoral actuel, on voit le poids de cette féodalité pour détourner le débat, le manipuler, influencer le vote ou les conditions du vote (et l'accès concret au vote)....
  2. Ca n'a jamais rien eu à voir avec "l'honneur", l'hypocrisie ayant toujours été de mise entre les Etats. C'est toujours une histoire de s'afficher comme étant celui dans son "bon droit". Les relations internationales actuelles ne sont pas moins "honorables" qu'avant. Il y eut cependant une époque, essentiellement l'époque moderne, où les Etats organisés/solides avaient une prééminence totale sur la scène internationale, et où il n'y avait pas vraiment d'organisation centrale permanente de la diplomatie, la parole des Etats et leurs relations étant la donne majeure. Mais même à cette époque, les déclarations formelles de guerre ne recouvrent qu'une petite partie du nombre de guerres effectivement lancées. Les guerres mondiales, au final, n'offrent pas souvent de différences, l'essentiel des déclarations formelles, si on les examine, survenant après que les hostilités réelles aient commencé. Quelle que soit l'époque jamais un belligérant n'a compromis sa planification opérationnelle ou sa sûreté (ou celle de ses troupes) en leur imposant une déclaration de guerre comme préalable nécessaire; les seuls fois où les choses se font "dans l'ordre", c'est parce que ça ne gêne pas les opérations ou que des délais sont nécessaires pour qu'elles commencent de toute façon. "L'infamie" de Pearl Harbour est surtout la rhétorique rooseveltienne, accrue par la victoire américaine sans appel et la postérité dans l'imagerie générale. De fait, l'état des relations entre les 2 pays correspondait de facto à un état de guerre. Le fait qu'un des belligérants lance une action d'envergure avant la déclaration formelle d'un Etat de guerre à l'encontre de l'autre (le Japon étant déjà dans un état de guerre depuis des années avec la Chine, et ailleurs avec les Etats d'Europe occidentale) n'est de toute façon qu'un truc utilisé par les Américains pour se draper dans une apparente pureté. Mais pour clarifier, il n'y a pas vraiment de protocole particulier où un Etat enverrait à un autre un courrier avec "je vous déclare la guerre" écrit dessus, quoiqu'un message écrit ou oral de la part d'un ambassadeur ordinaire ou extraordinaire puisse à l'occasion être formellement adressé: - on avertit que si telle chose n'est pas faite ou telle condition pas respectée, des opérations militaires risquent d'être engagées en rétorsion. C'est la déclaration de guerre conditionnelle, la plus pratique parce qu'elle laisse de la marge et compromet généralement peu les opérations tout en se couvrant juridiquement (un fait qui fait de toute façon peu peur vu qu'il n'y a pas de flic international) - ceux qu'on avertit, en revanche, ce sont les neutres, vu qu'ils risquent d'avoir des ressortissants, propriétés, flux commerciaux et actifs divers menacés par un Etat de guerre, et surtout qu'on les prend à témoin. - on se déclare soi-même en état de guerre et on rend la chose publique (c'est ce qu'on peut signifier ensuite/en même temps à l'adversaire visé): un discours, une adresse à telle ou telle instance (et/ou à la population) déclare l'état de guerre dans le pays, avec généralement un adversaire au moins, impliquant donc dans ce pays la mise en place des dispositifs prévus pour la guerre et généralement des prérogatives différentes pour ses instances dirigeantes et des obligations différentes pour la population. Cela implique aussi, en tout cas pour les pays signataires des conventions en la matière, de décréter publiquement l'adoption des règles définies pour la guerre entre Etats ("voilà ce qui arrivera à vos navires si les nôtres les croisent"....). La déclaration de guerre est quelque chose en fait d'assez unilatéral. Seule la rupture des relations diplomatiques régulières et légales (fermeture des ambassades, destruction des correspondances, évacuation du personnel et éventuellement des ressortissants du pays, et signification formelle à l'Etat hôte que la diplomatie est aux abonnés absents pour un moment, si la situation ne change pas: on dit en fait qu'on n'accepte plus de négocier sur les bases du moment, que l'incompatibilité des positions est avérée et que c'est sur un sujet grave) en est le signe institutionnel manifeste avant des opérations militaires dont on n'avertit pas quand elles commenceront (quand même pas déconner non plus). Après ça, on proclame qu'on a été lésé, envahi, trompé.... Devant autant de monde que nécessaire, ou devant peu de monde, de façon formelle et bruyante, solennelle ou pompeuse, ou non, selon ce qu'on estime être la solution pertinente. Pour les notes "amusantes": formellement, les 2 Corées sont toujours en guerre, la Russie et le Japon sont toujours en guerre, Taïwan et la Chine sont toujours en guerre, la Syrie (du moins la "assadienne") est en guerre avec Israël.... Dans chacun de ces cas, les hostilités peuvent juridiquement reprendre sans avertissement, même dans le cadre actuel étroitement défini des relations internationales. C'est dire si le "droit" s'est décalé de la réalité depuis les premières formalisations de ces processus en 1899: il est pratiquement impossible, ou suicidaire, de déclarer la guerre.... Et on veut croire que ça l'abolit .
  3. C'est un problème de plus en plus important, surtout à mesure que: - la technique de la guerre peut imposer dans beaucoup de scénaris de reposer sur la surprise, la rapidité des opérations.... - beaucoup des situations de tensions d'Etat à Etat qui existent après la 2ème GM sont souvent non résolues diplomatiquement et juridiquement: l'état de guerre proprement dit, dans beaucoup de cas, demeure la règle et on ne conclue que des cessez-le feu et armistices (cas des 2 Corées par exemple, d'Israël avec les Etats arabes -sauf l'Egypte après Camp David-, cas de l'éventuelle guerre en centre-europe avec une 2ème GM pas légalement terminée pendant des décennies vu qu'il n'y a qu'un armistice....) - le cadre juridique est devenu très contraignant dans bien des cas, si bien que justement, les Etats ont souvent élaboré une posture juridique donnant dans un autre vocabulaire (opérations de "police"....) limitant la nature des conflits et représentant aussi souvent une contrainte opérationnelle dans les modes d'actions et les buts de guerre (empêchant par ailleurs dans beaucoup de cas une résolution réelle du conflit). Des interventions ponctuelles dans un Etat (récupérer des ressortissants, raid de bombardement sur une infrastructure dangereuse, fermer ou réouvrir un accès maritime, couler un navire....) peuvent aussi se passer de déclaration de guerre et ne pas être suivies de répliques visibles ou d'autres opérations de guerre ni d'un côté ni de l'autre, même si l'Etat "agressé" est pas content, parce qu'une déclaration de guerre peut impliquer, par des traités d'alliance ou la contrainte d'intervention d'organisations internationales, un conflit plus grand dont personne ne veut, ou plus simplement parce que l'Etat "agresseur" peut être une nettement plus grande puissance et que l'agressé sait ne pas pouvoir se payer le coût (économique, militaire, politique) d'une guerre en général ou d'une guerre face à cet agresseur. - la conflictualité entre Etats a été limitée pendant la Guerre Froide par la polarisation massive de la scène internationale et la nucléarisation des relations entre grands acteurs (ou leurs affiliés importants), ce qui a encouragé les comportements précités - la croissance de la sphère des mouvements et organisations non étatiques, le plus souvent de nature insurrectionnelle/révolutionnaire/politique à l'intérieur même d'un Etat, a évidemment changé radicalement la donne dominante de la conflictualité. Que ces mouvements triomphent, et ils peuvent ne pas être reconnus officiellement par d'autres pays qui, s'il leur font la guerre, ne peuvent pas la déclarer comme telle (puisque légalement, une "guerre" ne se fait et se déclare que contre un Etat reconnu). Que ces mouvements, même très importants (ressources, territoires contrôlés, populations contrôlées/représentées, soutiens étrangers/extérieurs....), soient en conflit direct avec un intervenant extérieur en plus de leur Etat d'appartenance légale, et ce n'est évidemment pas non plus une guerre au sens légal du terme puisqu'il n'y a pas consensus international sur la reconnaissance du dit mouvement/organisation, certains le soutenant comme mouvement, d'autres le soutenant en le reconnaissant comme gouvernement légitime de l'Etat concerné, d'autres le qualifiant d'organisations terroriste ou maffieuse, d'autre ne reconnaissant pas sa prétention à incarner l'Etat. - ajoute enfin, de plus en plus, le domaine des cyberattaques qui commence à être mis en législation, notamment avec la position récente des USA sur la chose, faisant de certaines attaques de ce type d'authentiques casus belli pouvant appeler à une réplique militaire pure et dure. Toute la diplomatie risque d'en être bouleversée, et en attendant un cadre un peu défini, ce sera très dangereux. C'est toute l'ironie de la chose: le cadre juridique international a rendu la "guerre" en bonne et due forme, la guerre clausewitzienne, très difficile, très coûteuse, très dangereuse pour beaucoup de pays à la fois (traités régionaux, traités bilatéraux, alliances, cadres juridiques, ONU et sécurité collective). Et c'était justement le but de ce cadre juridique et de ces organisations, que de diminuer le risque de guerre et de favoriser l'émergence d'une "scène internationale" permanente où les conflits seraient évités et la négociation presque imposée dans la plupart des situations. Ca a d'ailleurs plutôt marché quand on regarde l'évolution de la mortalité par conflit sur le dernier siècle. Ajoute en plus le facteur nucléaire pour bon nombre de grands acteurs et leurs affiliés, et la dangerosité (et l'absence de visibilité, chose que détestent les décideurs) est surmultipliée. Ceci dit, il y a quand même eu des déclarations de guerre formelles après 45, même si dans beaucoup de cas, on ne "déclare" plus vraiment la guerre comme un défi préalable lancé à la façon -lointaine ancêtre- des "défis" lancés de roi à roi au Moyen Age, mais on déclare plutôt à ses propres instances (parlement, population, pays, gouvernement) qu'on est en "état de guerre" avec un agresseur ou un pays "menaçant" (évidemment, c'est toujours l'autre qui est en tort). Un autre fait indicateur qui de facto peut être un vide préalable à l'action est la rupture des relations diplomatiques, d'où on peut ultérieurement négocier (si on le peut) une position juridique "tenable" si on s'est passé d'une déclaration de guerre. Mais bon, faut pas oublier aussi un autre fait: généralement, après un affrontement, y'a un vainqueur et un vaincu, ou un "plutôt vainqueur" et un "plutôt vaincu", et le vainqueur a tendance à établir qu'il était dans son bon droit quelle que soit la situation, et le vaincu à s'écraser ou à voir sa position internationale affaiblie (donc son argument juridique faiblard :-[).
  4. La crétinerie la plus dangereuse n'a t-elle pas été exposée hier soir avec le débat présidentiel (enfin le premier des trois), remporté par Romney (plus par absence de pugnacité d'Obama)? Il a été démontré qu'on peut avoir l'air de quelqu'un de sérieux et avoir l'air de dominer avec quasiment que des bobards à coucher dehors: vous me direz qu'en politique, c'est une habitude, mais là c'était abyssal, terrifiant, à une échelle inimaginable, et pour moi, le premier fautif (et réel perdant du débat) est la presse. Pas une fois un journaliste n'a repris les conneries hallucinantes que le républicain débitait, pas une fois un journaliste n'a essayé même un peu de forcer Romney à sortir de la bulle d'irréalité dans laquelle les républicains ont réussi à se mettre avec leurs médias en circuit fermé et leurs discours préformatés. Ni la presse ni Obama n'ont même essayé de signaler à Romney qu'il disait n'importe quoi: il a ainsi pu encore une fois balancer ses histoires de 20% de réduction d'impôts pour les plus riches qui ne creuseraient pas de déficits et se paieraient elles-mêmes miraculeusement, décrété que les coupes massives envisagées par lui dans Medicare ne laisseraient personne non couvert (lui qui a récemment été surpris déclarant qu'il se foutait de 47% du pays :lol:), et qu'évidemment il boosterait la Défense (genre accroître l'active de plus de 100 000h ou multiplier la construction navale quasiment par 2), le tout sur fond de retour à l'équilibre budgétaire. Encore plus fort que le coup du budget Ryan, base de travail auto-proclamée "sérieuse" et "carrée" de ces délires. Que les mensonges des politiques en campagne décrètent 2% de croissance là ou 1% est plus probable, qu'ils proclament un équilibre budgétaire là ou 1-2% de déficits sont inévitables, qu'ils décrètent que X+1 millions d'emplois seront créés par leurs excellentes politiques économiques là où y'aura plutôt X millions (avec ou sans eux pour l'essentiel en fait), ou encore qu'ils obtiendront tels aménagements avec d'autres pays sur tels aspects du commerce extérieur, on va dire que ça fait partie du jeu et que le mensonge correspond moins à leur nature de menteurs professionnels qu'aux attentes d'un public qui veut des trucs "concrets" qui "sonnent vrai". Lamentable mais inévitable. Mais là on a simplement changé d'échelle pour se déconnecter de toute réalité, abandonné le simple gonflage des espérances au profit de l'invention pure et simple, et pas à petite échelle (notez qu'on respecte le principe de Hitler sur le bobard: plus c'est gros, plus ça passe): Romney invente des lois économiques et décrète des chiffres et objectifs qui ne peuvent en aucune façon découler de ses propositions elles-mêmes incohérentes. Il décrète une réalité alternative.
  5. Dans un tel domaine, on se fout que ce soit bon ou non pour l'entreprise EADS. La seule chose qui compte est la capacité du pays à garder la maîtrise de certains savoirs-faires, de les garder à niveau et de garder de quoi produire. Evidemment, la posture suppose que le dit Etat soit prêt si besoin est à combler ponctuellement des manques en cas de creux du carnet de commande: c'est la contrepartie nécessaire. Mais un EADS-BAE dont l'Etat disparaît (hors domaine nucléaire) n'a plus aucun intérêt pour le pays et sa seule posture devient dès lors de négocier en position de recul pour garder des emplois (pas terrible) et d'ouvrir son marché totalement à la concurrence sans préférence aucune ni garantie de soutien pour la nouvelle entité; ça permet au moins de garder un contrôle minimum de ses coûts d'acquisition, mais c'est de toute façon une position de dépendance sans alternative aucune. Les Anglais sont nettement plus avancés que nous dans cette évolution. Le tort des pays qui lanternent à cet égard, c'est de ne pas faire de choix alors que les réductions constantes de budgets et l'accroissement vertigineux (et pas forcément justifié) des coûts des programmes les ont placé en face de cette échéance, celle de la perte d'indépendance ou celle de payer pour garder une capacité de maîtrise de son destin en matière de défense. Au final, ce sont des actifs en majorités nationaux, et Tom Enders n'est qu'un mandataire qui veut se débarrasser de ses patrons pour avoir sa dose de pouvoir. Je trouve simplement aberrant de ne considérer que l'angle du "projet industriel" (si même c'en était réellement un) comme légitime, là où le prisme des Etats est le seul qui compte réellement. EADS est une capacité nationale, ou plutôt plusieurs capacités nationales, avant toute autre chose. Et garder cette capacité sous contrôle (bref, que ce soit NOTRE capacité, pas celle d'un autre) en état de produire maintenant et demain, et de rechercher maintenant et demain est la seule chose qui compte. Au nom de quoi ne le penses-tu pas? La logique d'une boîte est de faire du fric: si un EADS-BAE veut se reconvertir graduellement dans la fabrication de toasters hi-tech et se débarrasser de la défense, elle le fait et basta. Si les actionnaires/décideurs veulent une politique de hauts dividendes (ce qui est un tantinet ce que tous les actionnaires veulent et ce que BAE a fait) et se foutre de l'investissement à 10 ans ou 20 ans, ils vont pas se gêner. S'ils décident que les programmes d'avions, c'est trop hasardeux et de trop longue haleine pour être un risque acceptable, ils font des missiles et des hélicos et point barre. S'ils décident que les budgets sont plus importants et constants aux USA et qu'ils veulent y placer le coeur de leurs implantations permanentes, ils le font (c'est au final ce que BAE a fait en bonne partie) et les Etats européens se trouvent sommé de racheter les structures lâchées en Europe, des les maintenir sous perf (sans les contrôler) ou de les laisser mettre la clé sous la porte. Et quand on entre dans le détail, un offreur en situation de monopole de fait décide plus, généralement de ce que le client veut, que le client lui-même (c'est la logique des monopoles et autres offres contraintes) :-[ en matière de degré de sophistication, de cahier des charges, de ce pourquoi un appareil est fait.... Y'a pas vraiment de contre exemple heureux (sauf pour le proprio) dans l'histoire des monopoles privés. Le seul point où la France garde quelques bargaining chips par rapport à un EADS-BAE fusionné, c'est si un pôle se fait autour de Dassault et parvient à radiner quelques autres trucs européens dans le mix, ce qui semble pas forcément évident et serait aussi un offreur répondant peu aux besoins de l'Etat. Le point du contrat KC-X aurait été de faire du chiffre et d'emmerder Boeing, rien d'autre: il n'aurait rien changé aux commandes des Etats européens, il n'aurait pas impacté les sites européens; qui plus est ça aurait été une vente à un pays développé qui a déjà sa propre industrie dans ce domaine. Rien de stratégique, aucune mise en danger des savoirs-faires, de la capacité française ou européenne: en l'occurrence, c'est quelque chose de presque purement économique (sauf pour le montant qui rend la chose de première importance comme négo d'Etat). C'est un deal particulier, pas une politique. Si chaque deal à l'avenir, face à un EADS-BAE, doit être négocié à ce point (votre commande est suffisante, je produis chez vous, sinon cassos), je laisse imaginer le coût réel de chaque programme ou la marge de manoeuvre des Etats.
  6. Je crois pas que Tom Enders veuille être le papa de l'Europe: il veut être grand patron, avoir les coudées franches dans une boîte dont il veut définir l'agenda, point barre; bref, il veut être le roi de sa montagne, pourquoifaut-il chercher plus loin?
  7. - Les USA ont un énorme budget, sans comparaison avec aucun autre client au monde, et ils sont sûrs d'en garder l'essentiel pour le futur visible = énorme position pour négocier avec des intervenants privés - Les USA sont, mondialement, en position d'imposer leurs conditions commercialement (leur "empire" fait de nombreux Etats des clients captifs ou très influençables), et le fait d'être le premier marché d'armement de très loin les place aussi, par rapport à leurs fournisseurs nationaux, dans la position de contrôler les technologies qui sortent et une bonne part des conditions de vente - les USA protègent activement leur marché et le contrôle des entreprises nationales, subventionnent énormément leurs géants nationaux, ajoutant au degré d'interpénétration Etat-fournisseur. Des acteurs étrangers n'ont pas leur mot à dire dans leurs grands fournisseurs, leurs implantations industrielles et leurs technologies - les USA ont un budget qui leur permet de maintenir PLUSIEURS grands fournisseurs dans chaque domaine (et ils font attention pour l'instant à ce que ça reste le cas), même si c'est oligopolistique et si le lobbying et la nature du fonctionnement de la "machine" militaro-industrielle impactent fortement le processus de décision en matière de programmes et d'acquisitions, ça laisse une marge de capacité pour imposer leurs conditions en fonction des impératifs nationaux de sécurité, à court comme à long terme En bref, la taille du budget militaire (taille présente et future) et la nature "impériale" des USA (leur politique extérieure, la volonté qui la sous-tend, les moyens disponibles et mis en place....) permet pour l'instant de maintenir un système de fournisseurs avant tout privés sans trop se poser de question quand au conflit d'intérêts. Cependant ce système a déjà connu de nombreux couacs, surtout depuis que le marché américain est de plus en plus concentrés autour de peu d'acteurs géants (surtout dans l'aéronautique, secteur culturellement crucial aux USA), avant tout dans la définition des grands programmes (où les intérêts des entreprises tendent à compter de plus en plus face aux besoins militaires) et plus encore dans leurs coûts non maîtrisés et dont le poids devient réellement problématique même à l'échelle de leurs budgets de défense. Bref, ils vont se retrouver face aux mêmes questions qu'en Europe dans pas longtemps. Mais en attendant, fondamentalement, les logiques auxquelles répond un Etat en matière de défense (garantir la capacité à avoir les meilleurs équipements en quantités suffisantes, à prix tolérable, de façon autonome/non dépendante d'aucun type d'acteur, non seulement aujourd'hui mais aussi demain et après-demain) sont encore compatibles avec celles d'une entreprise (faire du fric à un horizon généralement assez court, ne pas se faire contraindre par qui que ce soit). Essayer de comparer USA et Europe ne peut se faire dans l'absolu et l'abstrait, en disant "eux ils ont du privé et ça marche sur tous les plans, alors ça veut dire qu'ils ont la bonne solution". Ils ont un budget absolument énorme (inégalable), une position dominante (technologique, politique, militaire, culturelle -y compris dans la culture militaire avec un "pouvoir de prescription"-....), des marchés captifs et un protectionnisme de fait et de droit surdéveloppé. Ca éloigne des préoccupations qu'ont les Etats européens qui n'ont aucun de ces avantages et se trouvent confrontés à une situation où leur capacité à maîtriser leur propre capacité à un effort de défense maîtrisé se trouve directement menacée. LE marché américain, LES marchés européens. Déjà une différence. Ensuite évidemment la taille globale des budgets et plus encore leur taille pris chacun à part "face" à un fournisseur unique. Et on parle ici d'une fusion EADS BAE, soit un acteur sans contrainte face à 3 clients majeurs plus quelques-uns plus réduits. Qui a l'avantage? Ajoute le fait encore une fois que les Etats ont l'obligation de garder la maîtrise de nombreux domaines de recherche et de production pour pouvoir rester des acteurs politiques relativement autonomes et crédibles/qui comptent, aujourd'hui et après-demain. Les Etats ne se font pas confiance et ce n'est pas leur rôle: ils ont un intérêt supérieur à défendre et qui plus est, dans le cas d'EADS, ils défendent leur propriété. EADS n'existerait pas sans leur recherche de préservation de leur intérêt: elle a été créée pour ça et pour aucune autre raison, et certainement pas pour que Tom Enders ait sa petite baronnie personnelle. Il suffit d'examiner la capacité de défense britannique sur les 20 dernières années: s'est-elle si bien portée que ça de l'existence de BAE? Ont-ils encore la maîtrise des technologies essentielles et capacités de production qu'ils avaient encore il y a 20 piges? Sacrifier le budget de quelques années pour faire des économies, en frappant essentiellement les commandes et les capacités à un instant T est une chose, sacrifier la capacité à remonter en puissance en est une toute autre. Les Japonais, eux, préfèrent garder la maîtrise des labos et capacités de production quitte à avoir des programmes chers et moins de capacités immédiate: forcés d'arbitrer entre les 2, ils ont fait un choix. Les Américains n'ont pour l'instant pas à le faire. Les Anglais ont sacrifié graduellement leurs forces ET leur capacité future à avoir une industrie d'armement complète. Et là, on voit en France apparaître la délégitimation de l'intérêt de l'Etat. Je trouve ce débat autour de la question EADS-BAE proprement surréaliste, comme si la logique d'une entreprise (qui plus est propriété publique à plus de 50%) avait préséance sur l'intérêt de l'Etat dans sa mission première. Et tu crois que c'est lié au patriotisme des décideurs d'EADS, à la sagesse immanente des logiques de marché :-[?
  8. C'est surtout que quand un pays/une culture a le vent en poupe, avant tout du fait des circonstances, on s'empresse de lui inventer des vertus "essentielles" que les autres n'auraient pas, et quand un a des problèmes, on lui invente des défauts viscéraux que les autres n'auraient pas. C'est la base des nationalismes en tous genres qui se targuent de "génies" nationaux, de "vertus supérieures".... Du grand n'importe quoi pour se faire mousser u s'apitoyer sur soi-même, et se mentir avant tout, en partie par opportunisme politique (bâtir un délire commun pour s'admirer le nombril ensemble, quitte à inventer nombril) et en partie (croissante) par auto-intoxication.
  9. Déjà évoqué plus haut: - 1/ On n'a pas à le justifier: c'est effrayant ce que certains ici ont un problème avec les notions d'intérêt national et de préséance de la légitimité de l'Etat, comme s'il devait se justifier de son existence devant le très saint et très haut marché qui serait la référéence morale supérieure. - 2/ une légitimité simple: l'Etat est ACTIONNAIRE de cette putain de boîte.... CA veut dire qu'il est un des grands PROPRIETAIRES d'EADS. Et qu'outre cette propriété simple, il a aussi convenu d'un ensemble de dispositions spécifiques destinées à préserver les implantations nationales et divers degrés de contrôle sur nombre de technologies et de capacités technologiques, et nombre de capacités de production.... Pourquoi? Parce qu'à la base, avant la création d'EADS, une bonne partie des boîtes qui composent le machin sont des boîtes publiques ou semi publiques. C'est cet état de fait qui a été retranscrit (imparfaitement) sous forme de titres de propriété (actions) et divers dispositifs. Si les proprios dominants (pas seulement par leurs parts dans la boîte, mais en tant que clients majeurs, subventionneurs et soutiens en tous genres) décident que la stratégie de la boîte doit correspondre avant tout à LEURS intérêts, c'est leur prérogative de l'imposer. Et si cet intérêt est de décider que la boîte doit avant tout être sûre d'exister dans 20 ans à haut niveau et de toujours être un fournisseur en partie "sous contrôle", plutôt que de redistribuer des dividendes avant toute chose, c'est leur droit et aucune logique au monde ne justifie qu'ils y renoncent. - 3/ la stratégie d'une entreprise n'oeuvre que dans l'optique des intérêts de ses actionnaires. Si ceux-ci sont des individus privés qui veulent du fric, on aura BAE, cad l'entreprise qui redistribue massivement ses dividendes et prépare l'avenir quand elle y pense. Vouloir écarter France et Allemagne de la décision dans EADS, c'est, si on s'en tient même au seul "argument" de la légitimité "supérieure" de l'intérêt privé d'une entreprise ou plutôt de ceux qui la dirigent (qui est en fait le seul fondement de la position Enders/pro-Enders, même si ça se dit pas tout haut parce que ça sonne moins classe), ce qui est exigé de la France et de l'Allemagne dans ce projet, c'est d'être des partenaires majeurs silencieux devant renoncer à leur intérêt propre. L'intérêt d'un Etat dans ce domaine est d'avoir les armements les plus performants et adaptés à sa doctrine et ses moyens aujourd'hui, sans contrainte d'autres acteurs (Etats ou non), dans les meilleures conditions possibles, et de pouvoir être sûr que ce sera toujours le cas dans 20 ans ou plus. Ce que ce projet de fusion dit sans vouloir le formuler clairement, c'est que l'Etat doit tout connement renoncer à ça pour se mettre dans la main d'un acteur unique même pas seulement européen, ayant son agenda propre et qu'il doit s'estimer heureux que le dit acteur maintienne quelques usines chez lui et produise des armements selon ses spécifications (liées à sa stratégie de développement propre), conditions et prix, et qu'on adapte plus ou moins aux besoins de l'Etat qui n'a d'autre choix que demander, ou alors se fournir ailleurs (donc favoriser l'intérêt national d'un pays extra-européen et en être dépendant) et flinguer emploi, recherche et capacité de défense chez lui. La logique d'un Etat, qui repose sur la disponibilité et l'exclusivité de matériels aujourd'hui et le maintien de la capacité de recherche et production maîtrisée dans l'avenir, n'est pas compatible avec la logique d'un acteur privé multinational intégré, surtout s'il est unique: à beaucoup d'égards, un tel acteur cesse d'être un fournisseur intéressant et devient même plus une gêne qu'un avantage, tant par sa logique et ses impératifs que par sa position de négociation. Un tel acteur dicte ses termes (prix, conditions, subventions, nature des matériels), tant au secteur défense qu'en politique étrangère (exigence de soutien, transferts de technologie contre les intérêts de l'Etat, choix de clients et partenaires contre la politique étrangère de l'Etat qui se trouve souvent obligé de suivre....). Les Américains pour l'instant peuvent se passer de cette polémique pour des raisons qui ont peu à voir avec ces principes: - leur taille en tant qu'acteur militaire a permis de maintenir un peu plus d'entreprises: ils peuvent avoir des géants ET en avoir plusieurs, donc garder une capacité d'arbitrage pour faire jouer un minimum de concurrence en interne. Leurs budgets sont d'une taille incontournable. Ceci dit le nombre des acteurs est devenu tellement restreint qu'ils sont déjà de fait dans un marché oligopolistique fermé qui soulève des remous croissants tant dans les abus en termes de coûts d'acquisition que de performance/pertinence des matériels obtenus. Quand même des Républicains (pour l'instant encore des "mavericks" comme McCain avant sa tentative de présidentielle) attaquent violemment les surcoûts énormes des programmes d'armement comme entrave à l'effort de défense, c'est que la pertinence du système est arrivée au bout de son efficacité et qu'il va falloir commencer à changer. De facto, les ricains vont se trouver bientôt en face du même type de choix que les Européens dans cette polémique EADS-BAE. - ils jouent un protectionnisme fort lié à leur politique étrangère et à un keynésianisme militaire qui donne avantage à des conglomérats privés via le lobbying et la nature incestueuse à grande échelle des relations entre industrie d'armement et ministère de la défense.
  10. Les naissances sont relativement équilibrées en général: en Russie, ce qui pêche (outre le manque de naissances en général), c'est l'espérance de vie masculine, dramatiquement basse, en raison de la violence de la société, de l'alcoolisme, du tabagisme, de la drogue....
  11. C'est leur devoir, leur prérogative, une chose logique étant donné d'où vient cette technologie en grande partie et ce à quoi elle sert, et c'était la condition première qui a amené la création d'EADS. Ils ne "jouent pas les enfants": ça vient d'où cette conception? Comme si la seule légitimité qui existait et comptait était de prendre la chose (EADS) hors du contexte de la réalité pour ne regarder que la "pureté" d'un projet d'entreprise. Ce sont des actifs nationaux dont il s'agit à la base, imparfaitement restranscrits sous forme de parts de capital et de conditions à l'établissement d'un conglomérat. Et ce pour essayer de trouver un compromis viable (rentable) pour pérenniser ces capacités nationales de production dans les conditions d'un marché relativement concurrentiel (mais pas un marché "normal"), en gardant à l'esprit qu'on est encore dans un monde et une Europe de nations, les trucs avec un "intérêt national", quoi, qui a tendance à être considéré comme plus important que l'intérêt d'une entreprise, à avoir beaucoup plus de légitimité que le fanatisme des projections fantasmées de beau gros conglomérat bien intégré avec pour seul objectif celui de satisfaire son board, donc ses intérêts tels que le perçoivent les membres du dit board (et vu la culture managériale moyenne actuellement, y'a pas de grandes marges de compatibilité entre les 2 visions). Voir la gestion de BAE et ses perspectives actuelles en contre exemple, ainsi que l'évolution récente des domaines de maîtrise de technologies importantes (et de production) pour la Grande Bretagne. Et t'as pas l'impression de passer à côté de l'intérêt principal de la chose? EADS est une commodité pour faire survivre et développer des capacités nationales, pas un fantasme dénationalisé. Un projet tel que tu l'évoques n'a strictement aucun intérêt pour les Etats, et si cette vision avait existé dans les années 90, EADS ne serait tout simplement pas née. Sans compter, encore dans une vision "intérêt national": où est le moindre intérêt d'un Etat français ou allemand à se retrouver en négo avec un mastodonte de 100 milliards sur lequel ils n'ont plus beaucoup d'emprise et qui détient quasiment seul en Europe la maîtrise d'une bonne part des domaines de recherche et production clés dans la défense? La seule solution devient de devenir un marché ouvert totalement et équitablement au dit géant comme aux entreprises américaines (et autres): ça permet de garder un peu de bargaining power, d'avoir un peu de contrôle sur les prix et éventuellement de négocier des emplois. Mais une chose est sûre, dans un cas comme dans l'autre, EADS-BAE géant en seul fournisseur européen sur un marché franco-anglo-allemand protégé ou en fournisseur "comme les autres" sur un marché ouvert, les 3 pays ont perdu de fait une capacité immédiate et de long terme à un effort industriel de défense, et ce sont des acteurs extérieurs qui établissent la donne. C'est ça le point: un EADS-BAE sans contrôle étatique sort en grande partie de l'intérêt national et rend les Etats vulnérables. Il devient un acteur extérieur, au même titre que Boeing, Lockheed ou d'autres, à la secondaire différence près qu'il a plus d'emplois que sur les territoires, ce qui n'est politiquement pas négligeable, mais stratégiquement sans intérêt dans de telles conditions (outre le fait que ça lui donne encore plus de moyens de chantage sur les gouvernements). Ca a plutôt bien marché, notamment par le simple fait que si les Etats sont dans le deal, ils cofinancent et offrent des facilités, à de meilleures conditions pour eux, et avant tout la gestion dans le temps (bizarrement ce qui semble être actuellement valorisé dans la perception générale qu'on a d'EADS, surtout par rapport à BAE).
  12. D'authentiques psychopathes et surtout sociopathes ont toujours fait partie de l'histoire des guerres en très grand nombre, surtout avant la modernité, et je suis sûr qu'on en trouverait de bien célèbres répondant à la définition. Mais globalement, il ne faut pas mésestimer le poids en soi de ce qu'on appelle une tradition, une caste guerrière (ouverte ou fermée): des spécialistes à qui on enseigne la chose, parfois depuis tout petits, ont ainsi non seulement un métier, mais surtout un métier unique, absolument et résolument unique, terriblement impliquant pour l'entièreté de l'être. C'est pas une spécialité anodine quand même: être en guerre demande beaucoup de choses à un individu, une tournure d'esprit dont beaucoup de traits n'ont que peu de choses compatibles avec les instincts les plus naturels (je parle pas de bonté, mais avant tout d'auto-préservation, d'aspiration instinctive à la sécurité et à la satisfaction des besoins essentiels), et réclament de ce fait une imprégnation extrêmement puissante, une dont on ne revient que rarement totalement. Il serait à cet égard édifiant d'examiner une histoire de la psychologie du combattant, y compris -et c'est un aspect capital de la question-, ce qu'on appelle aujourd'hui le stress post-traumatique dans toutes ses composantes, qu'on appelait aussi jadis "shell shock", et qui a sans doute eu bien des noms à travers l'essentiel de l'histoire où la psychologie était inconnue et la guerre pouvait laisser donc des proportions énormes d'anciens soldats à divers degrés de folie, de tendances violentes et/ou auto-destructrices.... Qu'on le veuille ou non, pour tout soldat, y compris le guerrier "de caste" ("adopté"/intégré dans la caste à un âge mature ou non, né dedans....), la guerre est un traumatisme terrifiant, et les modes de réactions y sont de toute nature et de tous niveaux d'intensité. La mentalité guerrière d'une caste tend à y préparer et à favoriser dans beaucoup de cas une "soumission" totale de l'individu qui accepte -ce n'est une contradiction que dans les mots employés- cette insécurité permanente comme ce que son psychisme comprend comme la sécurité , la normalité, l'endroit où il est normal qu'il soit et dont il comprend les codes, les données et où il peut trouver son accomplissement (essentiellement, cela revient à survivre et se reproduire et se traduit par: se défendre/tuer, prendre/empêcher que l'autre prenne....), le sentiment de "puissance" qui va avec (on a tous le besoin fondamental d'être le roi de notre petite -ou moins petite- montagne, généralement un domaine d'expertise, l'envie d'une situation....), et au sens large du terme, son plaisir (à l'activité guerrière plus qu'à tuer, mais tuer est, dans ce cadre, un plaisir, ou une partie du "plaisir général" de la guerre: dans ce cadre uniquement pour ceux qui sont équilibrés, ailleurs aussi pour d'autres). C'est pas un univers mental facile à installer, et c'en est surtout un dont il est difficile de réellement revenir à moins d'être profondément équilibré. Il est intéressant d'étudier le Bushido à travers la grille de la psychologie: c'est un des ensembles les plus aboutis en la matière, notamment dans le fait de s'abandonner totalement à un univers où la vie peut s'arrêter à chaque seconde et de l'accepter profondément (soit une soumission) pour trouver la paix de l'esprit et profiter de la vie à chaque seconde. Mais grosso modo, toutes les civilisations ont eu une période à dominante guerrière (culturellement), et certaines en gardent plus de traits (ça ne les rend pas nécessairement meilleures/plus aptes à la guerre, plus efficace au combat), ou ont été "arrêtées" à ce stade de leur développement (notamment celles qui ont été conquises/colonisées/très influencées et en partie acculturées: elles ont adopté les traits du colonisateurs et restent attachées à ce qui était encore le dernier point de leur culture avant lui: Japon, castes guerrières indiennes, Zoulous, Maoris....), et ces traits sont au final souvent proches, quelle que soit la civilisation, même si il y a aussi une dimension liée au niveau de développement qu'elles avaient atteint à ce moment, certains gardant plus une tradition guerrière tribale vouée au pillage clanique (Arabes, tribus nomades d'Asie centrale, Pachtouns....), d'autres ayant vu cette mentalité évoluer au sein d'Etats sédentaires et plus structurés et devenant une mentalité féodale, d'autres encore ayant vu cet esprit perdurer à travers la modernité (et se réfugier dans l'esprit de caste des armées professionnelles; fermé, mais généralement plus tellement au sens d'une caste auto-reproduite par le sang). Il est très utile d'examiner l'histoire récente prussienne puis allemande, ce pays ayant la particularité d'être le seul réel militarisme européen qui ait existé récemment: la caste des officiers pendant la période 1866-1918 est réellement un cas à part tant elle est placée non seulement au pinacle de la société, mais surtout culturellement comme l'essence de l'esprit national, ce qui confère à sa mentalité une énorme importance dans la posture internationale du pays, influe sur son comportement.... "La Prusse est une armée qui a un Etat", selon Voltaire: l'Allemagne des débuts aussi, et en terme de mentalité, ça se sent. Au final, pour les individus comme pour les divers "profils" de civilisations (ou de stades de civilisations) mettant en avant la vocation guerrière, le "plaisir" à la guerre correspond au fait de tendre vers l'établissement de l'état de guerre comme la "normalité", et la réussite ou la mort à la guerre comme les seules voies de l'accomplissement personnel. Quand on est dans cet état d'esprit, le plaisir se prend quand on "réussit" dans cette activité ainsi normée en tant que code de valeur et grille de lecture de la vie: survivre/tuer, prendre (surtout dans les cultures guerrières plus "primitives", claniques/tribales: c'est la façon "normale" de vivre et gagner sa croûte comme Gengis Khan le dit :lol:), ou vaincre à un sens plus "militaire" du terme. L'objectif de prendre est dans la mentalité guerrière plus "primitive", où la guerre est plus à l'échelle d'individus, mais aussi dans la motivation personnelle du soldat jusque récemment (il entre dans la mentalité que c'est son univers, donc prendre fait partie de ses besoins), l'objectif de vaincre/servir est déjà un cran plus sophistiqué puisqu'il en appelle à une mentalité liée à un Etat constitué et plus ou moins solide: il est en partie en germe dans la mentalité féodale qui cependant reste fondamentalement centrée sur l'individu et n'accepte réllement de service qu'à un supérieur immédiat, celui à qui on prête serment personnellement et avec qui on va au combat (et évidemment, cela ne va pas si souvent de soi, l'individualisme comptant beaucoup: l'histoire médiévale européenne ou japonaise le montre). Cette mentalité de "vaincre/servir" monte quelques crans plus haut avec la modernité et les Etats permanents (et leurs armées permanentes), et admet beaucoup plus d'abstraction, d'idéal théorique de dévotion/service/soumission pour le côté individuel. Un des trucs, par exemple, qu'on comprend mal avec l'Afghanistan, est la persistance en de nombreux endroits d'une culture guerrière qui a toujours existé là-bas, surtout dans les zones les plus tribales en terme d'organisation sociale, souvent liée à un relatif isolement, à la petite dimension des populations rassemblées à un endroit donné: beaucoup de gens y baignent dans une tradition où la guerre est l'état normal des choses depuis toujours, et faire la guerre est la seule façon digne de mener sa vie (et de gagner sa croûte). Comme autres pistes pour comprendre le fait, on peut examiner les périodes suivant des guerres longues: la reconversion de soldats/guerriers, dans des pays normalement structurés et plutôt pacifiés et revenant à cet état, mais après une guerre très longue qui a nécessité une forte mobilisation (amenant des conscrits-ou équivalents- très longtemps sous les drapeaux, des engagés y voyant leur avenir et des "professionnels" ou guerriers de castes) et répandu les valeurs guerrières très profondément par la seule durée du conflit, a TOUJOURS posé un énorme problème. Parce qu'au final, ceux qui entrent réellement dans cet univers ou y baignent longtemps n'ont que peu de chances d'en revenir (ça veut pas dire qu'ils sont en majorité des psychopathes) réellement. Quelques exemples: - les almogavres à la fin du gros de la reconquista (début du XIVème siècle): ce sont des populations guerrières absolument incapables de devenir des fermiers. - les samouraïs, bushis et ashigarus japonais après la première grande stabilisation du XVIème siècle (sous Minamoto je crois) représentent des effectifs trop importants de guerriers: ils sont voués à la guerre, ne savent rien faire d'autre et sont en plus trop nombreux pour tous recevoir des terres ou de quoi s'établir. Les tentatives d'invasion de la Corée furent l'exutoire idéal. Encore une fois après les dernières grandes guerres civiles et l'établissement ferme de Tokugawa Ieyasu, il a fallu se démerder avec de vastes effectifs pas vraiment intégrables. - les grandes compagnies pendant la guerre de Cent Ans ont posé de nombreux problèmes à chaque fois que la guerre connaissait une accalmie: les envoyer se faire massacrer en Espagne ou les massacrer soi-même furent les 2 solutions employées par Charles V et Du Guesclin - la noblesse violente des premières croisades représentait 2 ou 3 générations de nobles (et moins nobles) n'ayant connu que la guerre au XIème siècle, vers la fin de la période de recomposition post-carolingienne et les débuts de "consolidation" des grands domaines féodaux en nombre sans cesse décroissants (et taille croissante); des guerres locales pour la plupart, mais des guerres quand même. Tous n'avaient baigné que là dedans toute leur vie - la Grèce au lendemain des guerres du Péloponèse devint un exportateur massif de mercenaires, de professionnels de la guerre de tout rang et de contingents entiers alors qu'au début de ces guerres, elle avait assez peu de mercenaires, juste des armées citoyennes et quelques endroits de Grèce culturellement liés à certains types de mercenariats (les plus célèbres étant les archers crétois, sans doute l'une des institutions et organisation sociale les plus comparables à la Suisse de la fin du Moyen Age et de l'époque moderne). - L'Italie du XIIIème au XVIème siècles voit ainsi la croissance constante, jusqu'à la conquête espagnole, d'une catégorie sociale de guerriers professionnels qui seront en fait une solution pendant très peu de temps et l'un des coeurs des problèmes de la péninsule pour l'essentiel. Un pan entier de la population est voué à la guerre, y trouve son état normal (et donc, comme partie de ce tout, son "plaisir", son accomplissement) et en plus de façon organisée et privatisée, ce qui en fit un danger dont Machiavel se désola. - la Suisse, comme la Crète, a développé pareillement dans sa population le goût de la guerre, tant pour faire face aux Habsbourgs et aux Bourguignons que pour occuper une jeunesse en grande partie désoeuvrée et/ou sans grandes ressources (croissance démographique vs ressources limitées), et n'a pu, après les mobilisations de grande échelle nécessaire à sa survie, faire "désapprendre" la chose, créant ainsi une tradition guerrière auto-reproduite. Cependant, elle eut une solution: l'exportation organisée des combattants comme activité économique :lol:. La Souabe fit d'ailleurs de même à la même époque, ainsi que d'autres régions d'Allemagne; les Lansquenets et Reîtres en furent le produit. On peut multiplier les exemples de ce style à l'infini, mais le point est que la vocation guerrière et la culture de guerre, moyens par lesquels on établit pour un individu ou une population la guerre comme état "normal" de l'être (et donc où on trouve son plaisir), ne sont pas des univers mentaux qu'on peut assimiler à d'autres et dont on peut si facilement revenir. Cela se voit sous d'autres formes dans les sociétés contemporaires avec le problème de réadaptation des soldats; pour des pays pacifiés, même une guerre limitée procure ses proportions énormes de troubles difficiles. Si des guerres majeures, moins "sécurisées" (par une supériorité militaire sans appel, sans un pays dont on sait qu'il est inatteignable par l'ennemi), avaient lieu, l'occident réapprendrait la chose à un degré infiniment supérieur, avec des difficultés de "retour" bien plus grandes.
  13. Y paraîtrait que ce serait un mythe datant des premiers contacts, où ce genre de trucs seraient arrivés (mais uniquement quand c'était les premières fois) parce que les insulaires croyaient que les Européens sur leurs navires étranges étaient du genre divins.... Evidemment ils ont déchanté ensuite, mais chez les marins (baratineurs de première et colporteurs de ragots, on s'en doute), le mythe est resté.... Tu parles d'une erreur/méprise ancienne devenue un cliché :lol:.
  14. N'a t-on pas instinctivement une compréhension limitée, ou connotée, du terme "plaisir", comme lié à une activité de loisir, futile et sans objet autre que la distraction? En le prenant dans un sens plus large et plus complet, notamment le fait de prendre plaisir à ce qu'on fait (ça veut pas dire qu'on aime tuer, massacrer et faire souffrir, le "plaisir" dans un tel contexte étant aussi accompagné d'autres sentiments comme le remords ou un sentiment d'inévitables oeufs qu'on doit malheureusement casser pour faire son "omelette"), on peut évoquer une sorte de plaisir "collectif", d'ordre civilisationnel, lié à l'accomplissement de soi, d'une vocation guerrière.... Les populations germaines et celtes dans les zones non développées d'Europe (par opposition à certaines parties des Gaules engagées dans un processus d'urbanisation, de division sociale du travail, d'organisation économique, de hiérarchisation sociale, de monétarisation de l'économie, de "militarisation" du fait guerrier.... Au moment de la conquête romaine) méprisaient ainsi le travail manuel et l'activité agricole (non sédentaire et réservée aux femmes, aux esclaves et à certaines catégories réduites de serfs ou assimilés) au profit des hommes libres dont la "franchise" sociale était liée à une vocation, une tradition et une vie principalement liées au fait guerrier. Les nations celtes et germaines faisaient sans cesse la guerre (une guerre plutôt "réelle" au sens clausewitzien) à leurs voisins, dans des raids de conquête certes de choses matérielles et immatérielles (le "plaisir" est au final une de ces choses immatérielles; pour une tradition guerrière, c'est l'accomplissement de soi), mais dont la nature est aussi d'être systématiques, annuelles: il y a une saison de la guerre, et que ça ait été préparé, on va la faire, sans réellement planifier des buts de guerre précis (genre quantité de butin à rapporter....) parce que ces retombées matérielles et immatérielles de la guerre sont une conséquence plus qu'une cause dans ce qui est la façon "normale" de vivre pour ces cultures: on fait la guerre parce que c'est le métier des hommes libres (de différents statuts sociaux) et élites, c'est la façon "normale" de gagner sa vie et de se réaliser. Pour les vikings (au moins entre les VIIIème et IXème siècles), les Hongrois (IXème siècle), les Huns, les peuples germaniques et autres des grandes invasions.... C'était la même chose.
  15. Pas de convaincre, d'imposer, de faire. Contrairement aux récits historiques nationalistes post unification et aux récits trop rapides, la Prusse n'était pas vraiment super populaire dans le monde germanique, sauf auprès d'une certaine partie des élites. Et l'alternative était une Autriche se contentant (avec approbation des populations concernées et des élites dites traditionnelles et/ou nationalistes à leur échelle non germanique) d'un "patriarcat" plutôt relâché du monde germanique éclaté. L'unification allemande s'est faite par la force essentiellement, ou la menace de la force, et un certain degré de veulerie chez des élites plutôt enclines à rejoindre le plus fort du moment, dans des Etats de toute façon peu démocratiques (cad des Etats où les avis des populations comptent assez peu ou pas du tout dans la décision). Cependant, beaucoup trop d'autres points sont différents: - quoiqu'on dise, il y avait un degré de compatibilité culturelle germanique bien plus élevé qu'entre les nations européennes actuelles - compatibilité accrue par les modes de pensée de l'époque, et surtout le nationalisme moderne qui, même si les désaccords graves, profonds et potentiellement violents existaient pour s'opposer à la Prusse, ne remettaient pas pour autant en cause l'idée germanique elle-même, la culture commune issue du romantisme, répandue par le développement de la culture populaire "allemande" (non plus locale), surtout iconographique et écrite (développement de l'alphabêtisation, de la presse moderne et baisse des prix drastique des livres, développement urbain massif et du réseau routier et ferroviaire qui accélèrent la transmission), et portée par une unification linguistique croissante avec la création du Hochdeutsch. - ce nationalisme avait aussi un point focal d'opposition: la France (et un petit peu l'Autriche dans un premier temps pour les pro-Prussiens), soit l'ennemi fondamental désigné dans l'acte de naissance du nationalisme germanique. - des pouvoirs forts et de nature plus ou moins autoritaires, qui, malgré les divergences d'idéologies dominantes (essentiellement conservatisme et nationalisme germanique), avaient une culture commune quand aux processus de décision politique et le rapport aux populations (notamment face aux tendances insurrectionnelles urbaines du monde ouvrier naissant). - une croissance industrielle, commerciale et démographique importante qui aidait à porter le projet en relativisant une partie des oppositions (ou leur virulence) via le développement d'une classe moyenne Le cas peut être fait pour l'Allemagne du Sud, catholique, Bavière en tête, qui a été encore plus forcée que les autres dans l'unification prussienne. Mais là encore, la communauté/proximité de logiciel culturel existait bien plus que dans l'Europe actuelle. Pour l'Italie, c'est plus ou moins la même chose, avec un dosage différent des facteurs, à commencer par l'ennemi désigné, l'Autriche, l'occupant, qui a porté le nationalisme italien, qui fut de même quelque chose de pas toujours très populaire suivant les régions (la moitié sud n'a pas tellement eu son mot à dire) et surtout qui n'a pas vraiment demandé leur avis aux populations passé l'opposition à l'Autriche. L'unification italienne est avant tout une série de coups de force sur fond de communauté culturelle certaine et de proximité linguistique importante (suivie par une unification linguistique). Et même là, l'unification n'est pas forcément solide: comme en Allemagne encore jusque dans l'entre deux guerres, y'a des morceaux qui se sentent toujours pas allemands ou italiens (et encore aujourd'hui, certaines questions restent sur le tapis), et ce alors même qu'on était dans des ères de nationalismes puissants (et de consciences collectives autrement plus costaudes qu'aujourd'hui), de récits historiques lénifiants qui formataient les esprits.... Si tu veux unifier, il faut d'un côté la force (celle de la contrainte, celle d'un relatif consensus national, d'un pacte social tacitement accepté, ce qui ne vient que d'une culture réellement prégnante et puissante) et de l'autre la peur d'un ennemi bien concret et aussi immédiat que possible (je crois pas que le thème "la Chine ennemi commercial" soit suffisamment efficace). Rien de cela ne sonne super démocratique. Aucune union ne peut être solide et durable sans cela. C'est pas pour rien que les consciences nationales européennes ont mis des siècles à se faire et établir des compromis fondamentaux un peu solides. Les logiques de fonctionnement des groupes humains ne sont pas si faciles à comprendre et sont encore moins facilement manipulables; celui qui essaie risque, même à vouloir bien faire, de se prendre un massif effet boomerang dans la gueule. Et il y a ce facteur de la langue, véhicule essentiel et matrice culturelle et mentale (ceux qui croient que la langue n'est qu'une commodité et que tout le monde dit la même chose de la même façon avec des mots qui sonnent pas pareil passent réellement à côté de la plaque): les unifications réussies sont passées par une langue unique ou dominante (qui veut dire à terme l'écrasement des autres, comme tout confédéralisme devient vite un fédéralisme et un fédéralisme tend toujours vers plus d'unitarisme; c'est une constante pour tous les constitutionnalistes), donc de fait un "écrasement" culturel (qui finit toujours par être ressenti comme tel) et plus encore, dans les premières décennies, à une stratification sociale divisant l'Etat fédéral concerné en populations qui maîtrisent (pas juste parler) la langue dominante (celle du pouvoir) et celles qui ne la maîtrisent pas. C'est tout aussi inévitable et très peu démocratique, et cela implique de facto une perte (qui devient vite un sentiment de perte) culturelle. Il suffit déjà d'en voir les prémisses dans l'évolution sur moins de 30 ans du fonctionnement du multilinguisme dans les institutions européennes; pour l'essentiel des langues, on ne traduit plus qu'en dernier recours et pour la forme. Français et allemand sont déjà graduellement marginalisés comme langues de travail (pour l'allemand, il a déjà 3 longueurs d'avance en la matière), et seul l'anglais émerge, favorisant donc disproportionnellement ceux qui le parlent de naissance et font leurs études supérieures en anglais, ensuite ceux dont la langue est structurellement plus proche de l'anglais (langues scandinaves hors finnois, langues germaniques), et enfin les couches de population qui étudient sérieusement l'anglais (cad qui apprennent à réellement maîtriser la langue dans le contexte particulier de certains métiers, à haut niveau: juridique, business, politique). Bref, rien là non plus de très "respectueux" des cultures, et rien de très démocratique dans l'accès aux hautes fonctions de niveau européen, et rien de terrible dans les équilibres internes des instances de décision (disproportion de certaines populations = plus de pouvoir, plus d'allocation de ressources et plus de focus sur les intérêts de ces populations, mieux représentées). L'enseignement ne compense que très peu (sauf pour les élites essentiellement) à moins, inévitablement, de voir tendre vers le monolinguisme plus ou moins rapidement, avec éventuellement conservation des langues locales à titre folklo, donc moyennement encouragé. Terme clé: "a été". Ca commence à dater, et la tendance est plutôt baissière côté "prise en compte des intérêts". L'industrie du lobbying professionnel et l'intégration d'un système proto-gouvernemental avec un système de lobbying ne se sont pas formés en un jour. Aujourd'hui, les métiers de cette sphère représentent plus de 20 000 personnes (plus que l'administration bruxelloise) dans la ville de Bruxelles: tu crois que ce serait le cas si c'était pas une industrie rentable? Il faut un peu de temps pour établir les ponts, passerelles, mécanismes et logiques dans lesquelles ce genre de biosphère fonctionne. Tout comme la mémoire institutionnelle et la formation d'un "système-commission" qui pense et vit en partie par lui-même, forme ses propres objectifs, parvient à définir et imposer une partie de son agenda. Ca n'apparaît pas du jour au lendemain. C'est vraiment sur les rails depuis la 2ème moitié des années 90. La proximité est aujourd'hui plus grande avec Bruxelles: on peut parler d'inceste permanent. Le rêve est comme la passion et les sentiments, l'ennemi de la démocratie ;) et le lit des dictatures, les apparentes comme les planquées. La démocratie ne vit que par l'examen dépassionné et la raison. :-X.
  16. Ca serait déjà moins dérangeant si les institutions européennes avaient des moyens d'enquête et documentation propres suffisants pour contrer le système de facto d'information via les lobbies, qui est de facto et de loin la première source de documentation des décideurs, outre les faits inhérents au lobbying de monopoliser le temps des décideurs autant que possible, de créer un univers entriste grande différence avec les pays sans lobbying institutionnalisé: c'est la différence entre artisanat et industrie), et d'installer des passerelles de carrière entre fonctionnaires, décideurs et secteur privé (sans compter évidemment le facteur de corruption, de financement des campagnes -généralement indirect- et de collusion d'intérêts). Ces moyens propres n'existent que très très peu, voire pas, ce qui place le fonctionnement de Bruxelles encore au-delà du pourrissement du système de Washington: ce serait encore plus effectif si les élections européennes étaient de plus grande conséquence (c'est pour l'instant pas vraiment les élections les plus "chaudes") et donc les campagnes opérées partiellement ou totalement à un niveau européen, ce qui impliquerait des moyens énormes, et donc un rôle mille fois accru des lobbies qui oeuvreraient par ailleurs toujours un peu plus pour une adaptation des systèmes de financement des campagnes à leurs objectifs. Je ne partage vraiment pas la vision du lobbying professionnel et institutionnalisé comme une "participation des acteurs": pour connaître assez bien (et sur certains aspects intimement) le fonctionnement de la chose, je ne crois pas qu'appeler ça une "participation" a quoi que ce soit de louable, ni qu'un terme aussi neutre reflète fidèlement le cloaque totalement anti-démocratique de cette activité. Le lobbying, c'est un parasitage d'un fonctionnement institutionnel démocratique, c'est un droit de vote à l'année (et non pas tous les 4 ou 5 ans) qui est entièrement proportionnel aux sommes investies (et non pas "une personne un vote"). Et ça n'a strictement rien à voir avec le fait "d'informer" le gouvernant: ceux qui croient sincèrement ça ne font pas carrière dans le lobbying, ou n'y resteront pas longtemps. Non, pour métaphoriser rapidement, je dis que les incompatibilités sont dans la carte mère, pas dans les logiciels et applications que tous les européistes s'évertuent à mettre en avant comme les points les plus fondamentaux. Les pays européens ne sont pas les mêmes ordinateurs avec différents logiciels: ce sont des macs, des PC, des ataris :lol:.... Avec des systèmes d'exploitation très différents, et qu'on essaie de forcer en un même réseau via des logiciels rustines qu'on appelle "institutions". Je sais que la politique, c'est l'art de faire durer les carreaux cassés, mais y'a un moment où on se rend compte que tout le monde se les gèle. Elle le sera à la puissance 3 ou 4 étant donné qu'elle est un méta-système indirect émanant avant tout de systèmes eux-mêmes déjà indirects en pratique et eux-mêmes dans une phase problématique de leur histoire question consensus social, représentativité, accessibilité, parasitage, interaction avec les populations.... Les institutions européennes n'ont pas vraiment de ce que les ricains appellent "accountability", et pire encore, la perception de cette absence d'emprise par les populations est encore bien pire et s'ajoute à l'éloignement (physique et mental) de ce méta-gouvernement. C'est là qu'il faut se rappeler qu'une constitution n'est qu'un bout de papier et strictement rien d'autre: la réalité d'un ensemble humain est ce qu'on pourrait résumer très globalement par "culture", ou "esprit", ou encore "sentiment commun" (au final, peut-être la res publica), et la réalité de sa gouvernance est d'un côté une acceptation tacite mais profonde par tous (ou en tout cas presque tous) du dit gouvernement et des règles surtout non écrites de son fonctionnement, et de l'autre une pratique acceptable du pouvoir et de ce qu'il implique comme culture commune aussi bien des gouvernants que des gouvernés. Une constitution est une formalisation partielle et théorique de la partie formulable de telles réalités, pas, comme il a été d'une part imposé de fait et d'autre part essayé par écrit, un exercice de style résultant de compromis entre les fantasmes de père fondateur de certains, les commodités des gouvernants nationaux et les desideratas de groupes divers (mais du haut de la pyramide alimentaire) partageant des appétits et certaines consciences de caste qui sont elles totalement transnationales. Et des compromis souhaitables auraient été en fait nettement plus solides si les identités nationales et sentiments d'appartenance n'avaient pas été pointés du doigt et affaiblis autant par l'histoire que par des travaux de sape actifs venus de divers horizons. C'est pas moi, mais Jean Monnet, qui a dit que "si c'était à refaire, je commencerais par la culture". Résultat de ce qui a été effectivement fait, les "avancées" ont pris le risque de se mettre les cultures à dos et de les rendre antagonistes. Pour les exercices de comptabilité, oui, et c'est bien le moins pour ce qui n'est au final qu'une administration somme toute pas énorme et n'adresse qu'un nombre limité des fonctions d'un Etat (tu peux pas être encore bien enfoui dans la saleté inhérente au pouvoir quand t'es pas dans les grands deals internationaux impliquant à fond tous les domaines de l'Etat à la fois; défense et géopolitique en général....). Alors oui, la transparence pour les "petits" budgets de Bruxelles est certainement plus grande que celle de Paris et d'autres capitales et n'a sans doute que la Suède à regarder d'en bas. Mais Bruxelles n'a pas pour fonction principale d'être une caisse de fonds publics dans laquelle on peut taper: elle est là pour faire des règlementations, et c'est là qu'est le vrai fric, que se trouvent les vrais enjeux de pouvoir. Quoique l'allocation de fonds publics soit à l'occasion peu exempte de reproches (et le niveau national est aussi à fond dedans); ceux qui en doutent devraient juste aller prendre des vacances aux Açores: c'est très sympa pour quelques jours, et les infrastructures publiques et prestations sociales sont hallucinantes. Les écoles sont prodigieuses, tout est payé pour tout ressortissant des îles.... Et le papa poule des îles, qui lui assurent un certain niveau de capital politique, s'appelle Barroso. Quelle pertinence et quel sens des priorités dans l'allocation des fonds européens, ces îles si cruciales pour l'économie et représentant une population si énorme qu'elle est incontournable . Et là est mon point, le cloaque se trouve dans le processus de décision et la nature/l'orientation des décisions prises, et l'opacité dans ce domaine n'a rien à envier à celle des gouvernements, bien au contraire, puisque Bruxelles n'a en fait que peu de comptes à rendre aux opinions publiques directement. L'avantage d'être un méta-système: on a le niveau étatique pour l'accuser de puer quand on a soi-même pété.
  17. Bah, perso, je trouve que dans la plupart des cas, le mystère, l'effet choc, part après le premier visionnage. Il faut attendre longtemps après le premier visionnage pour qu'un peu de l'effet revienne. Chacun son truc.
  18. Last Resort, je vais regarder: c'est tout pourri et sentimentaliste, mais y'a plein de trucs militaires à l'écran, de la violence gratuite et des filles très regardables :lol:. Et on risque pas la méningite. Le même processus qui fait qu'on aime tous les GRANDS films et séries, mais ceux qu'on revoie sans arrêt, ce sont les séries B :lol:. Puis on peut toujours croiser les doigts pour que Shawn Ryan arrive à caser un peu plus de lui-même dans l'histoire :-[.
  19. Non, ça c'est de la facilité: tu votes pas pour un parti parce qu'il tient à 100% tes vues et aspirations: tu votes pour ce qui s'en éloigne le moins, et pour être plus réaliste encore, tu votes pour le moins pire. Les vrais fans qui embrassent plus des 3/4 d'une plate-forme politique sont une petite minorité. Et ceux qui se tiennent pour "souverainistes", ou "anti-Europe des banquiers".... Et qui parviennent à le porter en proposition électorale (distinction fondamentale), cad ont un parti, des moyens, des organisations affiliées et un relatif accès aux médias (beaucoup de conditions très difficiles à réunir) sont pour l'instant aux extrêmes du spectre ou en marge au sein de leur propre organisation (les médias, reflet caricatural de la société, et surtout aujourd'hui, ne retiennent que ceux qui gueulent fort, sans nuance et si possible ont un peu l'air d'hurluberlus). Les Français votent essentiellement pour ce qui concerne la politique nationale, et votent le plus souvent par défaut, comme d'ailleurs la plupart des autres pays européens (ce qui renvoie à l'alternance quasiment systématique à chaque élection et la montée aux extrêmes qui sont devenues des tendances majeures et constantes un peu partout en Europe), pour celui qui n'est 1/ pas au pouvoir ou se distingue suffisamment de celui qui y est et qui est 2/ le moins éloigné de ce qu'ils pensent. La préoccupation européenne, au-delà de quelques grands mots de principe, pèse peu dans la décision de vote quand tous ces facteurs ont été pris en compte. Et ce encore plus quand les programmes électoraux sont des torrents de contradictions promettant tout et son contraire et alignant les généralités pontifiantes. C'est un défaut d'offre électorale et le verrouillage de l'accès au "marché politique" qui tient ce vote: construire un parti est long, dur, cher et accessible à peu de monde. Le faire accéder à une existence pas trop caricaturale et un peu conséquente dans les médias et les élections locales est quasiment mission impossible. Franchir le cap des élections nationales relève de l'odyssée. C'est pourquoi l'élection présidentielle, par exemple, et les référendums, font partie des rares soupapes pouvant un peu soulever le voile qui couvre l'immense et croissant décalage entre les aspirations des différentes parties de la population et ce qui sert d'offre politique, qui est de fait un marché oligopolistique et verrouillé. La démocratie est beaucoup plus que des institutions: la conscience d'appartenance, la majorité des préoccupations qui sont conjointes, une culture politique commune qui font parler le même "langage", des visions du monde compatibles, des visions de la place de l'Etat compatibles, des cultures juridiques et de procédure compatibles, des perceptions proches.... Sont en fait l'essentiel puisqu'elles permettent une scène politique commune, un débat à l'échelle européenne, chose qui n'existe pas aujourd'hui et n'a pas vraiment de fondations. Des institutions politiques de type démocratique sont une conséquence de cela; en Europe, c'est l'inverse qui existe. On met les institutions (et encore, faut voir leur réalité) et on les fait fonctionner avec une agora réduite aux intérêts privés organisés, aux dirigeants et à un corpus de fonctionnaires et experts réunis dans une institution dont la mémoire et la pratique institutionnelles n'ont pas grand-chose à voir avec la démocratie. Il n'y a pas une société européenne, il y a 27 sociétés européennes qui se perçoivent comme telles, et sans arène publique commune ni aucune culture commune pour cette arène publique (ce qui suppose une éducation et un fond communs de perception des problèmes et des diverses grandes façons de les gérer); on pourrait imparfaitement résumer cela par le terme de "culture politique" qui semble un truc vague et qui est en fait l'essentiel, couvrant le sentiment d'appartenance, les façons de débattre et décider, les ententes tacites, les fondements acceptés par la majorité pour la vie politique (par exemple la place de la religion, l'idée du service public et de la place de l'Etat, la perception du soi collectif et de sa place dans le monde, du rôle qu'il a à y jouer....), et sur ce plan, il y a 27 cultures très différentes en Europe. Envie de discuter de la place des religions ou d'une religion dans l'Etat et la vie publique avec un Slovaque, un Polonais, un Italien ou un Grec? Tu vas voir la différence: et ça c'est pas de la différence du niveau d'un programme politique à une élection, c'est le genre de différence qui préside à la formation d'une vie et d'un espace politiques. Quand aux institutions européennes, étudie un peu leur fonctionnement et les prérogatives du Conseil, de la Commission et du Parlement, ainsi que la place des lobbies dans la boucle institutionnelle telle qu'elle fonctionne réellement (et l'absence de moyens du Parlement et de la Commission pour se distancier d'eux dans leur processus de décision); c'est assez moyennement "démocratique". Sans compter évidemment que les institutions européennes, c'est de la démocratie indirecte représentant essentiellement, en terme de pouvoir, des gouvernements eux-mêmes procédant d'un système de démocratie indirecte.... De la démocratie indirecte au carré? Quand on y ajoute le verrouillage des systèmes démocratiques par des castes en grande partie auto-reproduites, on ajoute encore une dimension d'éloignement entre la "base" et le niveau politique décisionnel. Y'a rien de plus facile que simuler un fonctionnement démocratique des institutions et la pluralité. Après tout, pour prendre un exemple caricatural, la RDA avait plein de partis, évidemment tous faux (dont un ou Mme Merkel était une personne très en vue) sauf un. Aujourd'hui, combien de pays sont des démocraties en théorie et des oligarchies (ou autre chose) dans les faits? Y'a une différence entre le fait d'être dans un Etat de droit (plus ou moins relatif) et dans une démocratie. Et le genre d'accusations faciles que ta phrase reflète confond justement ces 2 notions, plaçant comme alternative absolue à une démocratie plus ou moins imparfaite le fait d'être totalement privé de certains droits essentiels et de l'impression générale qu'il y a pas un flic ou un indicateur de police politique derrière chaque citoyen, des procès arbitraires et un plan quinquénal.
  20. Ce modèle de pensée là implique que pour 1 personne qui fera comme toi, 4 ou 5 autres dans le monde en paieront les pots cassés au moins: c'est aussi inévitable que la "mondialisation". Et l'effet retour sera tout aussi inévitable, tout comme les replis identitaires. Bonjour: - la pollution supplémentaire induite par ce circuit économique - l'inefficacité dans l'allocation des ressources pour une économie impliquant de telles boucles - la définition des prix dans un marché donné opérée sur base des 10-15% de la production mondiale qui sont exportés et concentrent l'essentiel de la spéculation du dit marché. - la surinsistance sur les cultures d'exportations (moins le pays est développé, plus ce sera de la monoculture) et leurs effets destructeurs sur les économies locales hors pays développés Non, ça c'est la bonne petite caricature absolutiste habituelle pour ceux qui ont du mal à argumenter et ne sont pas capables de sortir de leurs certitudes. Il s'agit de définir un seuil de couverture suffisant sur un certain nombre de marchés jugés cruciaux, et donc une capacité d'autosuffisance minimale pouvant être redéveloppée en cas de besoin. Et devine quoi, personne d'autre que l'Europe (parmi ceux qui le peuvent) ne pense autrement. Regarde un peu l'ensemble des taxes et barrières non tarifaires dans le monde, compare à celles de l'Europe et reviens sur terre. La question est celle d'une équivalence relative (et pondérée par certaines réalités locales) dans le jeu commercial. Juste à titre indicatif; la Grèce d'avant l'UE était un pays certes peu développé, mais sans dette, avec des finances publiques gérées correctement et une population très active même si évidemment encore dans un modèle économique dominé par une agriculture en partie vivrière et des activités maritimes elles très développées. Pas le grand développement, mais de quoi commencer à y parvenir à un rythme gérable. L'intégration à l'UE a signifié une mise en dépendance totale d'un flot constant d'aides refilées sans surveillance par des instances européennes très idéologisées à une classe politique grecque ayant évité de régler ses différents grâce à un afflux d'argent qu'elle était libre d'utiliser sans contrôle. 30 ans de ce régime donnent un résultat probant, autant pour la classe politique grecque et son aptitude à prendre des décisions utiles que pour une population précipitée artificiellement dans le développement et l'urbanisation et qui se réveille soudain sans la pompe qui alimentait ce faux système. Bravo l'Europe. Par rapport à quoi? Une non puissance vaguement confédérale faite de 27 intérêts et perceptions différentes du monde? Tant que les eurofantasmeurs français seront incapables de se rendre compte que ce dont ils rêvent revient dans les faits à une France boostée par les chiffres de 26 autres pays, ils prouveront leur totale inaptitude à comprendre ce qui fait une communauté politique et une culture. Et continueront de ce fait à proférer des certitudes issues d'un raisonnement sur carte. Aaaaaah, le "sentiment qu'il faut faire progresser": un curseur de plus sur lequel on peut influer, comme un taux d'intérêt.... C'est là que beaucoup d'eurofantasmeurs peuvent commencer à se rendre compte qu'un pays, c'est un peu plus que des structures administratives, et que cet item du "sentiment", ça ne se crée pas, ça ne se décide pas: c'est de l'histoire, ce sont des cultures, ce sont des langues, ce sont des pratiques et des façons de voir. Et ça ne s'oriente pas parce que les europhiles ont décidé en regardant une carte que l'Europe était une chose logique de toute éternité et que ceux qu'étaient pas d'accord avec eux étaient des cons arriérés qui ne voyaient pas l'évidence.
  21. Le pire exemple en matière d'entrave au vote est la Floride où le gouverneur, qui semble être non seulement une ordure sans scrupule mais aussi un simple taré, a établi un bulletin de vote qui cette année fera plus de 10 pages (et coûtera de l'argent pour être envoyé dans les cas de vote par correspondance), simplement en foutant 10 propositions référendaires de changements mineurs de la constitution de l'Etat (fausses ou non, leur but n'est pas d'être là pour réellement changer quoi que ce soit). Et ces 10 pages sont du texte juridique intégral, bien dense et peu compréhensible, histoire de prendre du temps pour l'électeur moyen (qui n'y pigera rien évidemment), de le confondre (le bulletin, des cartes à tamponner aux USA, est assez indigeste) et de décourager le vote. Et ce fait prend un sens supplémentaire quand on y ajoute les truquages d'horaires d'ouverture et la limitation du nombre de bureaux de vote dans les endroits plus démocrates: il faudra faire de la route pour en trouver (ça décourage), se garer sera impossible, les files d'attente seront longues, alors que les horaires seront restreints et que chaque électeur devra passer une plombe pour comprendre ce à quoi il dit oui ou non en même temps qu'il devra choisir ses candidats à toutes les élections en cours dans un bulletin peu lisible. Déjà aux élections précédentes, le parti républicain local s'était signalé dans ce genre de trucs (cf l'élection Bush-Gore), notamment en créant des bulletins-papillons où il était très dur de comprendre pour qui on votait (on pouvait poinçonner la case d'un républicain en pensant faire celle du démocrate....).
  22. Pour revenir au sujet, quelqu'un saurait-il grosso merdo à combien peut-on évaluer le coût à l'année d'une brigade interarme, juste pour un ordre d'idée, combien coûte son équipement en somme globale? Et surtout, de quel ordre serait l'augmentation de son "coût annuel" si on augmentait drastiquement sa battle readiness? J'essaie de voir comment par exemple pourraient évoluer la structure et la gamme des coûts d'une unité interarme MEU-like (comme unité de garnison isolée d'un côté, et dans le cadre d'une grande base où plusieurs unités de ce type seraient concentrés), surtout si on voulait lui donner le même genre de disponibilité que dans le corps des marines. De même, je me demande combien pourrait coûter une brigade servant de réservoir de forces faisant le tuilage entre les FS et les forces conventionnelles, soit un rassemblement d'unités d'infanterie (3-4 RI) et d'appuis et soutiens adaptés qu'on mettrait à un standard de dispo et battle readiness élevés (et qui pourrait être la brigade cadre de la réforme fictive qu'on a évoqué plus haut).
  23. On peut pas être sûr que la totalité de ces populations sont de tendance démocrate ou plus enclins à voter démocrate, mais on peut avoir beaucoup d'indicateurs pour savoir que la grande majorité d'entre eux l'est avec un bon degré de précision, surtout dans un pays où l'étude et le classement des populations, de même que les études sociétales, sont aussi développés (le profilage racial, le recensement ethnique et religieux, le croisement des bases de données avec la fiscalité par exemple) et où les opérateurs marketing ont une telle latitude pour obtenir des renseignements et profils pour leurs bases de données (qui, comme ailleurs, sont échangées sans le moindre problème): banques, assurances, cabinets d'études marketing et instituts de sondages en général (qui font pas que dans le politique), bases de données clients en général, fournisseurs d'accès internet, sites commerciaux.... Le ciblage de populations n'est pas vraiment un problème. Ajoute les bases de données spécifiques au très développé marché du business politique (cabinets de "stratégie", instituts de sondages et leurs ramifications, organismes d'études politiques....) qui quadrillent le territoire américain, dispose de données dynamiques sur le dernier siècle croisées avec les données socio-économiques les plus diverses, et tu as une lecture quasiment en temps réel des évolutions de comportement politique et des modèles de prévision des votes pour chaque type d'élection et face à toutes sortes de situations données (état de l'économie locale et nationale, sentiment d'insécurité, polémique sur tel thème....). La prévisibilité que ces informations donne atteint souvent de très hauts niveau, laissant un pourcentage réduit de marge d'erreur, pourcentage qui reste encore l'apanage des experts et stratégistes de la politique, les privés et ceux des partis, pour mener et orchestrer des campagnes de tous niveaux. Ceci dit, pour la plupart des comtés, villes ou plus petites circonscriptions où on voit les polémiques de limitation de nombre de bureaux de vote, de restriction des horaires de fermeture, d'entraves de toutes sortes au vote ou au droit de vote ou à la simple disposition des moyens de l'exercer (comme la pièce d'identité), faut pas forcément des campagnes de recherche très élaborées: lis l'historique de vote du comté, regarde les profils socio-professionnels et ethniques, et la marge d'erreur est souvent faible, surtout dans un pays avec si peu de participation électorale structurelle et donc un électorat à 80% sédimenté en général dans les 2 camps. Tu as une petite circonscription de banlieue ou grande banlieue pourrie dans les faubourgs lointain de Miami, à 80% latino, un faible taux d'activité, un haut niveau de criminalité et/ou violence, beaucoup d'antécédents judiciaires pour une partie significative de la jeunesse et un historique de vote démocrate dans les 20 dernières années, tu te casses pas la tête et tu balances ta merde dessus en pouvant être sûr que l'essentiel des gens que tu niqueras seront des électeurs démocrates ou de tendance démocrate. La partie républicaine de cette circonscription, si elle est aussi prise dans la mesure (ça dépend quel type de mesures est employés) peut passer par pertes et profits pour le parti. Multiplies cela par le nombre de circonscriptions et catégories de populations que tu cibles, et l'effet global cumulé atteint largement plus l'électorat d'un camp que de l'autre, surtout si tu tapes vraiment, comme c'est le cas dans ces polémiques, dans les caricatures d'électorat démocrate: les minorités ethniques, surtout dans certains Etats donnés, surtout depuis la fin des années 90 et encore plus depuis la crise, font partie (comme la plupart par exemple des fonctionnaires municipaux et d'Etat) du coeur de l'électorat démocrate et votent à tous les coups démocrate dans des proportions réellement énormes. La communauté noire avec Obama au pouvoir est particulièrement ciblée. Les fonctionnaires sont particulièrement ciblés. Encore un autre moyen parmi d'autres de savoir comment un endroit ou un type de population vote: les comportements électoraux "pratiques": tu notes globalement et localement à quelles tranches horaires les gens vont voter suivant leur affiliation politique, leur tranche d'âge, leur niveau éducatif ou socioprofessionnel, leur secteur d'activité.... Et les républicains ont ainsi montré qu'on pouvait aussi agir là-dessus: limite les horaires d'ouverture le soir parce que telle catégorie dominante dans un endroit est surtout démocrate et vote le soir, et tu as ton effet. Les vieux votent à telle heure et sont conservateurs ici, donc tu maximise l'accès au vote dans ce coin à ces heures là et ferme aux autres.... La fermeture des bureaux de vote le soir est une méthode utile dans un endroit où les jeunes sont actifs et votent plutôt démocrate et les vieux retraités et plus républicains; et c'est pareil pour les fermer le week end. Vu le nombre de procédures "d'early voting", ça compte. Je caricature, mais c'est ce genre de trucs. Applique ça à l'échelle nationale, et tu as un effet qui joue sur un pourcentage significatif. Parce qu'outre handicaper le vote ou l'accès au vote des populations généralement pro-démocrates, tu fais aussi tout pour favoriser celles généralement plus pro-républicaines, et l'effet de contraste peut être impressionnant. Là-dessus se greffe les emmerdements plus anciens des campagnes politiques: des bandes d'emmerdeurs ou de militants affichés peuvent être envoyées dans certains bureaux de vote de circonscriptions démocrates pour aller hurler sur les files d'attentes de voteurs avec des banderolles et autres ("baby killers", "Obama-Hitler"....), de l'intimidation voire des trucs plus violents (lancer des oeufs et autres saletés, aller castagner, provoquer....), ce qui se voit beaucoup dans le vieux sud. L'embauche de professionnels (là encore l'argent permet de changer d'échelle) a récemment permis de systématiser ce genre de pratiques dans certains coins. Sans compter l'effet induit: une circonscription où toutes ces tracasseries se cumulent voit souvent chez un certain nombre d'électeurs un niveau donné de découragement. Une omniprésence médiatique massive de l'autre camp ajoute son effet en convaincant (à tort ou à raison) que voter contre lui ne sert à rien et qu'ils dominent. On ne va pas chercher sa pièce d'identité (déjà faite pour être longue et dure à obtenir, ou chère), on ne va pas voter, on n'incite pas ses proches à le faire, on ne se rassemble pas en groupes/comités politiques locaux, on ne fait pas d'activisme.... Cet effet induit peut jouer là encore sur un pourcentage pas négligeable quand les élections se jouent à peu, et elles jouent nationalement en cumulé, puisque ça fait toujours moins de voix pour un président, ou au niveau d'un Etat pour un gouverneur ou un sénateur. Après ça, tu accrois ton effet en choisissant la méthode: restriction du droit de vote (voter ID, voter registration, polémiques sur le droit de vote des repris de justice après leur libération....), restriction de l'accès au vote (comme le fait de faciliter ou non les congés dans la fonction publique les jours d'élection, d'étendre les horaires ou de les restreindre, de limiter ou non le nombre de bureaux de vote), croisées avec les campagnes locales ciblées pour décider les indécis, inciter à la participation de certains ou au désistement d'autres.... Tout ne joue pas forcément à chaque fois sur beaucoup de monde, mais la multiplicité des circonscriptions, le ciblage et le système de scrutin font que dans beaucoup de cas, localement, ça se joue à quelques centaines de voix, ou quelques milliers. Les cabinets de stratégie des campagnes même nationales font aussi par exemple attention à la météo locale dans les Etats et circonscriptions en ballotage: s'il pleut, ils envoient leurs réserves locales de militants taper aux portes pour rappler aux gens d'aller voter, pour garder le moral dans les files d'attente encombrées des bureaux de vote si elles sont trop longues.... Et ils incitent les médias locaux à faire le même travail (s'ils sont engagés) ou achètent en catastrophe des écrans pub).... Oui, ça va jusque là!!!!!
  24. Oui, c'est le dernier développement en date: dire que les sondages sont n'importe quoi et.... Inventer les siens en les sortant d'une enquête approfondie de leur cul semble la dernière trouvaille des staffers de Romney. Ils balancent des chiffres qui sont du n'importe quoi mais emballé dans des démonstrations alambiquées histoire de "faire sérieux" (ils doivent embaucher des acteurs pour présenter ces trucs en gardant leur contenance). Et leurs chiffres "démontrant" une autre "réalité" sont purement inventés, à moins qu'ils n'aient des instituts de sondages secrets à l'échelon national ou tout simplement, qu'ils réarrangent les décompositions des affinages de sondages (catégories diverses) pour s'inventer des totaux sans base réelle. J'imagine que les premiers mouvements des démocrates viseront à reprendre tout ce qu'ils pourront dans les lois électorales: Nancy Pelosi est depuis longtemps une ferme militante du financement public des campagnes et d'un strict encadrement et plafonnement des donations privées aux campagnes et autres organisations qui gravitent autour (et qui, comme le "hors bilan" lors de la crise de 2008, sont devenus la majorité, et de loin, des fonds en jeu, loin devant le "principal"). Ils trouveront sans doute du consensus pour ça s'ils arrivent à s'unifier et échapper aux special interests qui les contraignent eux, mais évidemment, ça va dépendre des résultats des élections. Et c'est là que le pouvoir de l'argent, surtout si les campagnes républicaines se détachent de LA campagne républicaine, pour faire élire beaucoup de monde. Il n'est pas encore impossible, loin de là, que l'Amérique se réveille avec un président démocrate et tout le reste républicain, ou avec au moins une des 2 chambres républicaines, sans évidemment compter les parlements d'Etat qui ont beaucoup de marge en matière de définition des conditions de l'activité militante et des campagnes électorales, comme le montre l'exemple (inverse) du Montana. Si les démocrates avaient leur mot à dire au niveau fédéral, cela ne voudrait pas forcément dire de grands changements: on verrait les prochaines élections avec des PACs non fédéraux proprement gigantesques (ce qui commence déjà à être le cas), totalisant des montants énormes par rapport aux campagnes nationales. Sauf accident c'est probable, mais il est toujours étonnant de voir à quel point la marge globale entre les 2 candidats n'est pas énorme et ne le sera sans doute pas à l'élection. C'est un des signes du problème. Ce serait encore plus révélateur si la participation était importante, et pourrait commencer à remuer ce qui reste de scène médiatique un peu préoccupée par la chose. Ca dépendra aussi de tout ce qui concerne les "voters ID" (pièces d'identité nécessaires et longues ou chères à acquérir dans le temps restant), "voters registration" (comme les cas de pans de population dans de nombreux comtés qui ont été "déclarées mortes" et ont du prouver qu'elles étaient en vie), les "disanfranchisement" (perte du droit de vote, comme ce qu'on voit pour de nombreuses personnes, surtout en Floride, depuis un bail) et l'organisation des cartes de bureaux de vote et de leurs horaires d'ouverture. Je rappelle le chiffre évoqué au début du problème des voters ID cette année: on estime que jusqu'à 20 millions de personnes auraient pu ou pourraient être concernées par ces difficultés.
  25. Je m'excuse d'avoir incomplètement présenté le sujet; les USA ne s'invitent pas totalement de force dans le secteur. La première condition pour y aller est de se mettre d'accord avec les Russes et Chinois en se fondant sur l'assomption que ces 2 pays ne veulent pas fondamentalement d'une guerre, mais voient la zone comme cruciale et ont surtout passé le point où même un minimum de confiance est possible pour résoudre le problème, créant une situation où ils ne peuvent pas reculer et ne veulent pas fondamentalement avancer, mais où le statu quo sur le terrain a une dynamique propre qui rend les accrochages et accidents inévitables et la montée des tensions empoisonnante, entre autre parce que, entre les 2 armées, le Kazakhstan n'est pas un espace vide et des choses s'y passent. Les Russes ne contrôlent pas la situation sur le terrain (ils ont une emprise sur le gouvernement proprement dit) et ne veulent ni ne peuvent restreindre/contraindre leur allié. Et les Chinois ne peuvent accepter ce qui se passe au Kazakhstan. Le tout sur fond de 2 armées présentes et somme toute assez proches: la géographie du kazakhstan fait que l'armée russe est essentiellement au nord est du pays et l'armée chinoise au sud est, dans la zone orientale étroite du Kazakhstan étant donné que les villes et zones de ressources y sont plus présentes. La présence américaine vise nécessairement à établir une zone tampon (et zone de contrôle) dans cette partie orientale, suivant un axe nord est - sud est. Le point est que d'emblée, il y a un certain niveau d'accord avec les Russes et les Chinois pour jouer le "garant" d'une résolution de la situation, même si évidemment, une fois sur place, tout peut changer, la situation peut évoluer, la réalité du terrain s'imposer aux parties en présence, l'attitude américaine changer ou se révéler plus gourmande que prévue (réellement ou telle que perçue par les autres), le gouvernement kazakh poser problème au quotidien (et/ou une réaction populaire spontanée ou non) au fait d'être un terrain de jeu pour les "grands" qui décident de leur avenir, les Russes et les Chinois peuvent trouver soudain un terrain d'entente à part, sur le dos des ricains (je sais pas forcément quoi), ou chacune des parties en présence peut avoir un autre problème ailleurs qui change les paramètres en jeu.... Autre précision: la timeline du monde de The West Wing est que le 11 septembre a pu avoir lieu, mais a induit une toute autre guerre contre le terrorisme. Pas de présence en Afghanistan, pas de guerre en Irak, nettement plus d'activisme renseignement-FS, un interventionnisme différent qui a impliqué notamment la présence permanente d'une quinzaine de milliers d'hommes (ricains) au proche Orient (essentiellement à Jérusalem et en Cisjordanie) comme garants d'un processus de paix aux résultats encore très inégaux (campagnes d'assassinats et attentats du Hamas et du Hezbollah, avec morts de soldats et dignitaires américains), interventions limitées en cours dans 2 pays fictifs (un africain et un sud américain).... Chuis pas convaincu étant donné ce que j'ai vu: peu des avions ont été rétrofités depuis l'ère soviétique, le reste est vieux et/ou hors d'Etat (les avions d'attaque au sol, entre autres, ont vraiment de l'âge), et la part de l'aviation offensive est assez réduite dans le parc total. Le tout pour un espace aérien réduit et un pays qui n'a peut être pas très envie de se mettre les USA à dos même dans une démonstration de force symbolique. Pour ce qui est des forces au sol, l'effectif a l'air difficile à réellement cerner et semble en fait nettement plus réduit que 100 000h. Virtuellement oui, il y a de la ressource humaine, mais dans la pratique, les stocks de matériel sont vieux et leur état aléatoire, et le budget (1 et quelques milliards de dollars), ne semble pas fabuleux même en tenant compte de coûts plus faibles. Quel état pour la battle readiness réelle? Et là encore, la taille du pays est un facteur à prendre en compte pour une force si réduite, même s'il faut y ajouter les forces aéroportées (séparées de l'AdT comme chez les Russes) et celles des gardes frontières et du ministère de l'intérieur. Le tout avec une capacité de coordination, de command and control, et de renseignement pas forcément terrible.
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