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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Petit remontage pour un gros oubli, des plus essentiels :-X.... Dans l'histoire des organisations militaires privées, on peut dire que certaines se démarquent plus encore que des aventuriers hauts en couleurs (sauf ceux qui se sont taillés des Etats): les grandes compagnies commerciales européennes des XVIème-XVIIIème siècles, au premier rang desquelles, évidemment, les 2 grandes "Compagnies des Indes" (orientales) anglaise et hollandaise. Ce furent réellement des puissances géopolitiques, des Etats dans l'Etat; la Hollande elle-même, celle dite des "Gueux de mer" qui s'émancipe de l'Espagne des Habsbourgs alors au fait de sa puissance, se constitue d'ailleurs en République autour des cercles d'armateurs-assureurs maritimes (entre autres) qui se réuniront aussi pour former ce qui deviendra la VOC. Les 2 ont disposé d'armées, de flottes, de territoires, et plus encore, en étant non des Etats, mais des entités au sein d'Etats stables, de leviers déterminants sur la politique des dits Etats. Et parmi les dits leviers, on constate que la politique du fait accompli forçant les Etats à suivre fut l'un des plus utilisés.
  2. Tancrède

    Another Pearl Harbour

    Faudrait voir si les unités américaines sont toutes sur Pearl Harbour et Oahu, ou réparties sur tout l'archipel: rappelons qu'Oahu n'est que la 3ème île en terme de taille, même si c'est la plus peuplée et celle où se trouve la base. Par ailleurs sont-ils concentrés sur de grandes bases "à l'américaine" (vastes terrains, casernes....) ou réellement constitués en zones "fortifiées", formant ensemble des lignes de défense solides et protégées des bombardements (j'ai plutôt l'image de garnisons à Hawaï ayant de grandes bases plates, des terrains de manoeuvre....)? Quel est en outre l'éclatement du dispositif, étant donné qu'une partie des troupes au sol sert à protéger/faire le piquet autour des installations navales et des bases aériennes (réparties un peu partout sur l'île, et pas dans des zones optimales pour une défense terrestre). Enfin quelles troupes? 4500 marines, toutes armes confondues (c'est pas tous des unités de fantassins), certes, mais le reste en gardes nationaux? Et des gardes nationaux de 41, pas des Américains motivés par "l'affront" de Pearl Harbour et ayant l'expérience des années de guerre. J'avais lu quelque part que dans le corps des marines, pas énorme à ce moment, seule la 1ère Div était entraînée comme il fallait. Et tous ces facteurs se combinent en dynamique dans le contexte d'une attaque, avec le temps du "choc" qui suit la première vague, et la nécessaire désorganisation qui va avec. Là, je parle des 48h qui suivent la première explosion: que fait la flotte à l'ancre dans l'histoire réelle? Qu'advient t-il si des vagues aériennes poursuivant leur oeuvre (avec sûrement plus de pertes) sont renforcées par un bombardement naval. Mais quand je lance cette idée, attention, entendons-nous bien, je parle effectivement d'un Japon qui, dans la mentalité de joueur de Yamamoto, met le paquet sur l'opération: il fait son banco royal, histoire de couper le noeud essentiel et unique de la capacité d'intervention américaine dans le Pacifique.
  3. Tancrède

    Another Pearl Harbour

    Des PA et des soum basés où si Pearl Harbour est prise (et donc Midway coupée de tout et de toute façon inapte à soutenir des opérations navales conséquentes)? La base la plus proche ensuite est à San Diego (qui est à quoi? 3000-3500 bornes d'Hawaï?): ils ont une sacrée trotte et BESOIN du point d'appui qu'est Hawaï pour faire quoi que ce soit dans le Pacifique. Des campagnes entre Hawaï et le Japon (ou plutôt les Marshall japonaises) lancées depuis San Diego ne seraient ni très fournies en bâtiments ni susceptibles de taper avec une grande fréquence, et pire encore, les Américains auraient bien peu de moyens de se renseigner sur ce qui se passe dans le Pacifique sans points d'appui ou zones couvertes en permanence ou avec une grande fréquence. Les distances sont tout simplement trop énormes au regard de l'endurance des bâtiments d'alors.
  4. Tancrède

    Another Pearl Harbour

    Pourquoi? Les Ricains taperaient à partir d'où? De la Côte Ouest? Les Anglais disaient pas ça de Singapour :lol:? Il me semble surtout qu'à cette époque, la plupart navires US sont plutôt sous-équipés côté DCA; les cuirassés et croiseurs lourds le sont, en tous cas, ce qui renvoie à l'inutilité absolue de l'attaque (la vraie) sur Pearl Harbour étant donné que pour pouvoir partir en opérations, la plupart des navires auraient du passer en refonte partielle pour s'en voir équipés.
  5. Tancrède

    Another Pearl Harbour

    Je pensais plutôt à un scénario défensif après la prise de l'île, si elle est possible: atteindre la côte ouest est encore plus dur pour les Japonais que pour les ricains, et pour aucun bénéfice particulier vu la faiblesse de ce qu'ils pourraient envoyer si loin. En tout cas, même les décideurs japonais d'alors verraient la vanité de penser pouvoir porter un "coup décisif" aux USA, et s'ils en auraient besoin, ils ont avant tout besoin (et pour but) de conquérir les colonies anglaises et néerlandaises du pacifique qui sont leur objectif pour la "sphère de coprospérité asiatique".... Essentiellement prendre les réserves d'hydrocarbures locales. Autre bénef: rompre la ligne du Pacifique leur donne les moyens de couper l'effort américain en Chine (soutien aux nationalistes.... Sérieusement ralenti par l'obligation de passer par l'autre côté), d'isoler les Philipines (plus faciles à prendre encore) et de rendre les Anglais encore plus prudents vu qu'ils ne pourraient compter encore plus que sur eux-mêmes jusqu'à un horizon totalement indéfini, alors même que l'Afrique du Nord accapare leur attention et que leur priorité absolue devient dans ce cas de figure la préservation des Indes à tout prix et loin devant toute autre priorité. C'est en effet à cela que tout se résume, en définitive: - que peut faire la flotte du Pacifique dans les 2-3 jours qui suivent l'attaque aérienne initiale? - quel est l'état des défenses terrestres? - quelles sont les pertes américaines dans un raid du 7 décembre reconfiguré et prolongé les jours suivants? - quels dégâts minimum peuvent infliger des attaques nippones poursuivies, et sur laquelle la flotte combinée vient foutre une deuxième couche? - comment sont configurées les défenses terrestres américaines? Il ne me semble pas qu'ils aient été très enterrés/bunkerisés à ce moment, malgré l'importance de la garnison, ni que le niveau de préparation soit encore au top (et le Corps est encore assez réduit en taille) La conquête de l'intégralité de l'archipel est moins prioritaire que celle de Pearl Harbour elle-même: je connais mal/pas du tout la géographie de l'endroit, mais la base est sur Oahu, là où se trouve aussi Honolulu, et il s'agit de l'île la plus peuplée, mais pas de la plus grande. Soit une concentration militaire quasi absolue alors même que la base vient d'être frappée par surprise à un stade de préparation inégale, voire, dans certains aspects, merdique.
  6. Je connais mal la Guerre du Pacifique, aussi m'adréssé-je à ses fanas.... Et si l'opération du 7 décembre 41 n'avait pas été qu'un raid aéronaval sans grand impact autre que symbolique, mais bien une invasion? Voilà la thème: les Japonais décident de réfléchir et, outre le risque correctement estimé de ne pas couler les PA américains, ne voient qu'une solution pour porter un coup décisif, prendre les îles Hawaï: - est-ce dans leurs moyens? Je sais qu'ils sont très limités côté transports logistiques et flotte de commerce, mais n'ont-ils pas de quoi acheminer plusieurs vagues d'assaut et par la suite un contingent conséquent? - côté capacité à balancer sur Hawaï, à cette date, le Japon n'a t-il pas encore de la réserve? Les opérations ultérieures en Mer de Corail, à Guadalcanal et dans les Aléoutiennes ont quand même montré qu'il y avait de quoi bricoler un "poing" conséquent, assez pour porter un rude coup contre un adversaire dont la garde est plutôt basse - l'opération est-elle si difficile face à une Amérique certes 10 fois plus productive et 2 fois plus peuplée, mieux organisée et avec tout son potentiel encore à développer (contre un Japon déjà en surdéploiement), mais qui n'est, en cette fin 41, pas prête à la guerre, même à Hawaï où tout est sur le "pied de paix"? - le différentiel de capacité est quand même soumis à la géographie: Hawaï est loin, très loin. Mais surtout bien plus loin des USA (y'a rien entre Hawaï et la côte ouest) que des bases avancées du Japon dans les îles Marshall entre autres: dès lors qu'on parle d'une invasion, ça implique une plus grande proximité pour le transport de troupes (rotations facilitées et étalées dans le temps) côté japonais, et des USA astreints à tout amener par voie de mer dans une croisière longue, ce qui les contraindrait à un effort industriel et organisationnel long avant de pouvoir faire quelque chose, et à une planification et une organisation tactique prévisionnelle à la fois complexe, longue et surtout non fondée sur une expérience des opérations combinées qui s'est bâtie sur la campagne du Pacifique.... Qui n'a été possible qu'en COMMENCANT à partir de Pearl Harbour, seul point de concentration possible pour de grandes opérations, à relative proximité du théâtre. Donc en bref, les conséquences d'une prise de Pearl Harbour sont énormes et offrent une plus grande chance au petit Japon de porter un coup très rude qui donnerait une plus grande fenêtre de temps, en astreignant le géant ricain à une longue période d'impuissance via la géographie qui le priverait d'un point de départ, de concentration et de relais logistique absolument et catégoriquement irremplaçable. Mais cela se résume à une question, et une seule: était-ce à la portée du Japon? Ce qui se décompose en deux aspects de base, ceux des belligérants: - ce que le Japon peut faire: partir du point de vue d'une opération de ce type veut dire que le Japon fait un banco royal de ses ressources de guerre, foutant une plus grande part de sa mise dans cet "investissement" stratégique. Il y a donc une opération aéronavale au moins aussi grande (avec peut-être des objectifs un peu différents), suivie le lendemain d'une poursuite des bombardements (donc un ravitaillement en munitions acheminé avec les PA), mais surtout une offensive navale plus "classique" (au canon) qui accompagne l'événement (face à une flotte du Pacifique momentanément sans aviation), en prélude à une opération de débarquement qui doit suivre dans la foulée. Complexe, l'opération est-elle infaisable? Le Japon peut-il s'offrir ce banco? Quelles sont les chances de réussite? Hawaï n'est pas un tout petit archipel, il y a de la surface pour débarquer, surtout si une flotte déployée appuie l'opération après un 7 décembre à l'issue duquel les ricains sont sans aviation, loins de tout soutien immédiat, en train d'essayer de réparer les dégâts, et surtout sans indication sur le fait de savoir si ou non les Japonais continuent la danse. - ce que les USA ont à Pearl Harbour, et ce qu'ils peuvent faire en étant pris au débotté, en état d'impréparation crasse: combien de Marines? Quel degré de préparation, quels stocks? Quelles défenses sont immédiatement aptes à s'opposer non seulement à une poursuite des bombardements, mais aussi à un pilonnage naval et à un débarquement?
  7. Tout dépend du scénar, et même plutôt à la base de l'angle d'approche d'un événement. Parce que là tu parles surtout des films de la 2ème GM à aujourd'hui. Ce qu'il y a avant est nettement moins traité, et en terme de période et d'aspect, potentiellement plus "exotique".... Mais c'est vrai que la prod historique est de toute façon chère si elle veut donner dans le grand spectacle: même les guerres napoléoniennes n'ont pas beaucoup de transcription à l'écran pour le versant campagnes militaires.... En fait elles se comptent sur les doigts d'une main, même en comptant la guerre sur mer (Master and Commander n'a pas eu de suite malgré l'abondance de la ressource dans la série de bouquins Aubrey-Mathurin, et son statut de classique). Il faut plus compter sur la SF que sur l'histoire comme réservoir de grands investissements potentiels du ciné. Et pour le contemporain, ça manque de "grandes" batailles, on en restera à la petite échelle, Blackhawk dawn étant le "summum" qu'on puisse montrer à l'écran en terme d'échelle avec de la bagarre "visible" au premier plan et en arrière plan.
  8. Tancrède

    [EBRC/Jaguar]

    Ben oui, mais nous on n'est pas à côté des théâtres de déploiement, ce qui induit une problématique en soi; on ne peut pas s'organiser et s'équiper en fonction d'un type de combat dans un endroit particulier par une armée particulière contre un adversaire particulier, tous éléments qui conditionnent la constitution d'un outil de combat. Qui plus est, encore contrairement aux Israéliens, on peut-être appelés à intervenir dans des théâtres très différents (eux n'en ont en fait qu'un seul type), et avec des soldats professionnels plus chers et plus polyvalents. Dur de pouvoir faire aussi bien que les Israéliens (en urbain, face à des milices religieuses, juste à proximité) qui eux consacrent tous leurs moyens à un seul type de lutte qui se passera toujours dans le/les mêmes endroits juste à côté de chez eux. On est juste en face d'un problème qui devient vraiment la quadrature du cercle: - il faut pouvoir envoyer loin, et en plusieurs points simultanément - il faut pouvoir envoyer du qualitativement suffisant - il faut pouvoir envoyer du quantitativement suffisant.... Ce qui déjà n'est pour ainsi dire plus possible sauf dans quelques trous paumés - il faut pouvoir se démerder seuls, commander seuls, encadrer, soutenir.... Ce qui là aussi commence à gratter aux entournures On est vraiment en face d'un choix: soit on trouve un nouveau modèle militaire permettant de faire un minimum tout cela, et à moyens constants au mieux (avec l'éventualité de pouvoir un jour accroître quantitativement sur un modèle sain), et on est encore une puissance autonome, soit on continue en n'améliorant que les plates-formes existantes (ou leurs remplaçantes) et on est des supplétifs ricains à 6-8 brigades (avec la Hollande, supplétif à 1-2 brigades, le Canada et le Danemark dans les mêmes eaux....). Si le dernier cas est l'horizon, autant réduire l'AdT à la taille de l'armée belge pour "contribuer" et garder des savoirs-faires, et que ça coûte pas cher.
  9. Tancrède

    [EBRC/Jaguar]

    Eux ont une problématique différente: - une urgence absolue du combat: c'est à leur porte, c'est fréquent, ça ne passe pas par la pondération de "intervention ou pas" qui chez nous dépend autant de calculs quantifiables que de points de vues sur la politique extérieure - une armée de conscription: c'est moins cher, mais les pertes sont encore plus intolérables.... Surtout dans un pays peu peuplé - pas de projection lointaine: ils peuvent avoir une armée de chars lourds comme nous face à l'URSS: la menace est constante, et elle est direct à la porte: capacité de projection d'unités interarmes israéliennes = pas plus de 100-150 bornes, sans transport intermédiaire :lol: Et par rapport à des armées plus petites, on est en plus nous dans une hésitation permanente, le cul entre 2 chaises d'autant plus espacées que les budgets se réduisent: une réelle capacité autonome d'intervention, ce qui veut dire qualité (autonomie, efficacité....) ET quantité (pour pouvoir peser seuls). Les Canadiens, par exemple, peuvent se doter de chars ou non.... Il leur faut un ou deux bataillons, mais pour la même logique fondamentale: envoyer un ou deux battlegroup de supplétifs aux ricains, rien d'autre. Eux n'ont pas à maintenir une autre forme de posture qui coûte plus cher, ce qui permet d'avoir juste la capacité d'envoyer une petite force modèle (selon les critères ricains) qui seule ne pourrait rien faire du toutù que ce soit o.
  10. Le Birobidjan, il me semblait que c'était un truc plutôt tardif en URSS, ça ne date pas des débuts: c'est plutôt après 45, non? Bon, en plus ça n'a jamais "marché" en tant que "foyer soviétique des juifs", vu qu'ils n'y ont jamais constitué la majorité de la population. De toute façon, ça n'a jamais été une nationalité aux débuts de l'URSS et jusqu'à ce que Staline soit fermement en place. Et la plupart des juifs vivant en URSS n'étaient pas ressortissants du Birobidjan vu que c'était une foirade et un trou paumé où personne n'a jamais voulu aller s'enfermer, en tout cas de son plein gré. Ceci dit, le topic reste obsessionnellement focalisé sur ce point du judaïsme. Je veux bien que dans la ligne du sujet, les diverses sorties et points d'attention sur les juifs restent encore aujourd'hui un des multiples symptômes de l'extrême droite, mais bon. En plus, franchement, c'est plus et de loin l'une des préoccupations majeures des nouveaux radicalismes de droite, surtout si en plus on défalque la partie grabataire de leur électorat et de leurs "personnalités": eux sont comme tous les vieux, centrés sur leurs classiques et leurs disques rayés. Faut suivre la mode, même chez les extrêmes droites: les noirs et les musulmans sont les nouveaux juifs, ces dernières décennies. La preuve: John Galliano a fait un focus sur les juifs, et tout le monde sait que John Galliano est has been depuis longtemps :lol:.
  11. Tancrède

    [EBRC/Jaguar]

    Ce ne sont des "raisons à la con" que si tu regardes par le petit bout de la lorgnette opérationnelle. Déployer autrement dans un cas de figure de ce type peut te coûter beaucoup politiquement, sur beaucoup de plans, ce qui rend parfois "l'investissement" guerrier moins intéressant, voire contre-productif. S'implanter au sol en Lybie, ça aurait sûrement simplifié la mécanique des choses, mais ça aurait compliqué toutes les autres, coûté nettement plus (là où les vrais coûts sont sentis, les vrais coups sont subis), ça aurait pu être très mal vécu par certains, très instrumentalisé par d'autre et nous revenir largement dans la gueule sous de multiples formes (et au final, ça affaiblit notre position de négo en consommant plus de bargaining chips, c'est aussi con que ça). Et ça nous aurait fait dépendre d'autres décisionnaires (voire la débilité du cas des bases au Kirghizistan), chose qui n'est non plus jamais gratuite. Envisager ce genre de choses sur le seul aspect de la meilleure commodité opérationnelle, c'est ne pas regarder le problème dans son ensemble.
  12. Un autre exemple de la perception tronquée de la menace et du focus disproportionné sur l'idée de bataille "décisive" et l'affrontement "symétrique": l'Army américaine. Elle n'a en effet eu comme expérience institutionnelle longue que des "grandes guerres" (et des grandes guerres TRES spécifiques), pas l'intégralité du spectre guerrier au sol des USA, et il n'est pas étonnant qu'une absurdité surspécialisée comme la RMA ait émané d'elle et de l'Air Force. L'inconvénient pour les USA est donc dans cette optique de l'avoir séparé du Corps des Marines qui s'est lui chargé aussi bien de grandes guerres (particulières) que d'une foultitude de "petites" guerres et situations complexes très différentes: quand on regarde le XXème siècle, je ne sais plus quel est le chiffre, mais le nombre d'interventions des marines hors des "grands" conflits est proprement hallucinant. Le différentiel est plus compréhensible pour les Européens qui, même à leur période coloniale, avait tous une menace terrestre surimportante à leurs portes (sauf l'Angleterre en 1914, mais qui du coup n'était pas du tout prête à la guerre continentale). Cela renvoie par exemple aux focus culturels, politiques et militaires dans le récit antique, sur les forces "star", phalanges ou légions. C'est particulièrement sensible dans la Rome du Haut Empire qui a une nouvelle contrainte militaire double: garder un empire, le pacifier et surveiller/pacifier ses abords, et se tenir prêt à la "grande" guerre, pour laquelle leur culture militaire et leurs contraintes les portent à la recherche de la bataille décisive. Mais de fait, la menace et l'activité militaire dominante, c'est la conservation intérieure et la "petite" pacification des provinces et frontières (qui atteint souvent une certaine taille et de toute façon une haute intensité), ce pourquoi leur armée légionnaire se double structurellement d'une armée dite "auxilliaire" mais dont les unités sont tout aussi professionnelles et surtout infiniment plus utilisées. La moyenne d'espérance de vie des légionnaires, malgré une Rome restant très guerrière et prise dans des grandes guerres (où les auxilliaires servent autant), augmente nettement après le 1er siècle. Et on voit une armée légionnaire qui, à l'année, sert proportionnellement moins et se spécialise toujours un peu plus vers la seule grande bataille (équipement, mentalité, entraînement). En conséquence, et, ironie, en raison de l'évolution de l'optimisation du combat, les légions servent moins en tant que telles et sont utilisées partiellement, par morceaux (besoin de souplesse, impossibilité de vider les frontières pour une campagne....), si bien que la recomposition du IIIème siècle voit une armée plus fondée sur le modèle auxilliaire que légionnaire, désormais totalement inadapté. On avait vu la même chose chez les Grecs, pour d'autres raisons: - les Guerres du Péloponèse ont vu peu, voire quasiment pas, de combat d'hoplite, ne correspondant pas à la réalité complète de la guerre - les guerres des Diadoques ont vu une évolution concurrentielle en vase clos: les armées, toutes de même types, se sont surspécialisées pour la grande bataille.... Jusqu'à ce qu'on voit (via l'arrivée des Romains) que la "grande bataille" pour laquelle ils s'optimisaient était en fait uniquement la "grande bataille" contre des armées identiques. Encore une perception faussée de la guerre et de la menace. - les guerres médiques ont porté, dans leur récit, le focus sur la seule phalange, quand il y avait en fait 5 à 7 fois plus de troupes d'autres types dans les armées grecques que les phalangistes. Cette perception faussée a fait mal quand l'irruption des macédoniens dans le jeu leur a montré qu'une armée complète professionnalisant TOUTES les composantes (et en ayant une meilleure phalange) leur foutait une raclée. Ces cas montrent qu'on peut vite se leurrer sur la perception des menaces réelles et prioritaires, et se focaliser sur son propre modèle sans le questionner, celui-ci étant vu de façon déformante via de multiples raisons (intérêts, préférences, idéologie....). Et toutes les situations rencontrées qui ne sont pas réellement dangereuses et/ou pas PERCUES comme de grandes claques, sont mésinterprétées par le prisme de ces mêmes oeillères.
  13. Oui, et comme toute forme de pouvoir cherchant à aller toujours un cran plus loin et couvrir toujours un spectre plus large, une organisation aux intérêts et moyens sans cesse croissants prendra toujours le domaine de la violence, à un stade ou un autre. Ca peut partir de ce domaine, ou ça peut y accéder plus tard. Je renvoie à certaines époques qui sont parties de l'action armée pour constituer des Etats là où il y en avait (une faction se taillant un fief et/ou le rendant de plus en plus indépendant, un envahisseur sans Etat, une révolution de Palais....) ou là où il n'y en avait pas/plus (s'imposer face à d'autres concurrents, acquérir la surface nécessaire pour imposer une autorité....): - les Grecs mycéniens décrits dans l'Iliade sont clairement dans un tel processus (dans leur réalité historique) - les vikings, peut-être le meilleur exemple: de fait, la période viking (VIIIème-XIème siècle), voit des raids qui sont pour l'essentiel des expéditions privées, permettre à des entités réduites, rarement le fait d'un petit roi ou d'un autre, acquérir du capital politique, des loyautés guerrières et du fric. Au fil de la période, les raids sont de plus en plus grands, de plus en plus structurés (la petite entreprise reste aussi, mais domine moins), autant parce que les acteurs grandissent (donc veulent plus, ont besoin de plus) que parce que les pays agressés réagissent comme ils peuvent (dans le bordel post Louis Le Pieux). Mais "au pays", en Scandinavie, cette évolution veut dire que le "marché" se structure autour d'acteurs de moins en moins nombreux et de plus en plus grands, et ce processus va jusqu'au point où ces acteurs deviennent un nombre d'acteurs limité à quelques grandes factions qui peuvent lever des armées et s'affronter entre eux jusqu'à ce qu'un puisse s'imposer durablement. Norvège (par Harald Hardradi, revenu plein aux as de son temps de service à Constantinople, puis Knut le Grand) et Danemark sont nés ainsi. La Suède, qui a connu plus d'émigration (vers la Russie surtout), plus de commerce et moins de raids seulement guerriers, a eu un processus plus lent et "pluriel" qui lui ont occasionné une période de conflits internes plus durable (jusqu'à la fin du XIIème siècle). - les ligues de peuples des grandes migrations/invasions correspondent aussi à ce processus: Francs, Lombards, Goths (Wisigoths en Gaule puis en Espagne), Vandales, Burgondes, Saxons.... Se sont constitués en grandes factions puis Etats avec plus ou moins de durabilité (l'Etat vandale en Afrique n'a pas duré longtemps) mais étaient à la base des bandes armées sans territoire fixe (ou en tout cas mis en valeur) ni activité économique. Et à la base, il s'agissait de multiples micro-peuples très divers, certains nomades, certains sédentaires (chasseurs cueilleurs). Les Francs, les Alamans étaient les peuples celtes et germains qui avaient toujours été entre Rhin et Elbe, par exemple. Les Saxons étaient pour l'essentiel des peuples des bouches de l'Elbe et du sud du Danemark qui étaient en contact avec Rome depuis Auguste (et souvent alliés avec Rome contre leurs voisins); au IVème siècle, ils ont commencé à se structurer en plus grand et à faire, en plus grand, ce qu'ils faisaient depuis toujours: des raids de pillage. Mais il leur fallait aller toujours plus loin et prendre toujours plus vu qu'ils étaient plus grands et qu'il fallait plus pour tout le monde et plus pour que leurs élites puissent acquérir plus de contrôle, fédérer plus de monde et s'affronter entre eux pour qu'il n'en reste que quelques uns. L'Angleterre fut leur cible. - les Hongrois aux IXème-Xème siècles font la même chose avec leurs raids toujours plus grands et toujours plus importants qui vont toujours plus loin (jusqu'à Lyon)* Tous ces exemples sont dans les faits des armées privées (liées à des individus, des familles, des chefs de factions), fonctionnant selon un système non étatique et purement individuel/féodal, dont le but ultime est un fief qui devient un Etat pour ceux qui réussissent. Et ce processus arrivant chez des "pré-nations"/proto Etats qui commencent au niveau individuel et y reste par une forme ou une autre de féodalité d'essence individuelle et/ou familiale, arrive aussi, sous des formes un peu différentes mais avec les mêmes principes, au sein de grands Etats organisés (ou d'Etats féodaux se composant et se recomposant en interne sans cesse); l'empire parthe perse, l'empire macédonien (et ses successeurs), l'empire romain le montrent bien, de même que l'histoire russe, celle de l'Allemagne, ou celle des Etats occidentaux d'Europe, entre autres. Le Japon est pas mal non plus dans le genre, avec le premier Bakufu qui est clairement une montée et une structuration croissante de contractors militaires prenant l'ascendant sur la structure étatique incarnée entre autre par la noblesse. L'Italie des XIVème-XVème siècles, très partiellement féodale, juste avant le volet international des guerres d'Italie (le XVème est véritablement une 1ère guerre d'Italie, mais sans trop d'emmerdeurs étrangers), offre le même spectacle d'Etats structurés changés par l'apparition et la croissance d'acteurs militaires privés. C'est pourquoi la privatisation de la violence actuellement offre un champ d'analyse et de prospective très vaste, quand on ne le regarde pas isolément. D'abord, et surtout dans l'exemple américain, ils ne datent pas d'hier. Ensuite, il ne faut pas les regarder tous seuls; les petites SMP d'il y a 10 ans ont grandi, et avec la taille (et les perspectives) vient une autre logique, notamment celle du lobbying donc de l'action politique et d'une "communication"/légitimation dans beaucoup d'aspects de la société, ainsi que toujours plus de champ de l'activité militaire qui sont couverts (y compris le monde du renseignement). Les sociétés qui grandissent englobent toujours plus de domaines, les sociétés spécialisées se joignent à d'autres spécialités (ou les rachètent ou sont rachetées par elles), ces activités se joignent à tout le spectre "sécurité" (gardiennage, surveillance, investigation privée, production de matériel....) en touchant donc aussi des aspects grand public (donc des marchés énormes et durables, moins soumis à un contrat particulier); la tendance à l'outsourcing les voit grapiller toujours un peu plus côté militaire. Et avec ça, la taille de certains devient considérable, à des niveaux où l'argent n'est plus seulement de l'argent, mais du pouvoir. Et comme toutes sociétés, elles se joignent à des domaines et acteurs plus ou moins proches, via différentes logiques; mais l'adossement de grandes boîtes de sécurité/contractors à des structures financières énormes comme les compagnies d'assurance ou de transport maritime semble une tendance durable. Sans compter parfois le fait que nombre de patrons de ces milieux ont des intérêts, des ambitions, des convictions qui croissent et veulent parfois plus que juste un peu d'influence pour renouveler et étendre leurs marchés (voir le fondateur de Blackwater, Eric Prince, et ses "convictions" politiques et religieuses). Passé une certaine échelle, ce ne sont plus juste des chefs d'entreprises. Et quand tu vois d'autres pans d'un pays avoir des factions de taille croissante qui exercent un certain contrôle sur des pans d'opinions, des territoires.... Tu te rappelles que le pouvoir recherche le pouvoir et que les grands se fédèrent toujours un peu plus. 30 ans d'exemption fiscale des mouvements religieux, par exemple, en ont fait des entités sociales, médiatiques, politiques et capitalistiques d'importance: les Mormons ne se sont pas emparés de Las Vegas en arrivant les mains dans les poches, de même qu'ils ne bâtissent pas des "Eglises" hors de l'Utah qui sont des centres communautaires gigantesques aux aspects de palais, avec de la seule bonne volonté, ou qu'ils n'envoient pas des missionnaires (avec plein de moyens) dans le monde entier juste par le miracle de la foi. Les Evangélistes avec leurs "universités" énormes, leurs églises-supermarchés géantes, leurs missions, leurs chaînes de télés, leurs lobbies, leurs think tanks, leurs maisons d'édition, leurs actions sociales de grande échelle, leurs parcs d'attraction.... Sont pires encore (et la scientologie, c'est gravissime mais TRES riche et très présent). Et ces organisations, entre autres, sont du pouvoir, ont des affinités avec d'autres organisations de tous types et tailles, ont une emprise sociale et territoriale, des personnes placées un peu partout, des gens qui les écoutent, des chefs d'entreprises de toutes tailles qui font partie de leur "famille".... Et pas mal de participations dans beaucoup de business, y compris des SMP. Ce sont plus que des sommes d'individus: ce sont des organisations vastes, puissantes, avec des leviers de pouvoir importants et croissants, qui dans le cas des religions approuvent toujours un peu moins l'évolution des temps (nettement plus radicaux qu'il y a 40 ans, et plus nombreux), sont de plus en plus "frontaux" dans le débat public, refusent de plus en plus tout compromis (propre des prosélytes et radicaux: tout le monde doit faire comme eux). Ils concourent de l'affaiblissement graduel de l'Etat dans la société américaine. Et ce dans un contexte de fragilité de la société et de l'économie américaine, et surtout une tendance de long terme à la polarisation graduelle des richesses et à la concentration capitalistique de l'activité économique. Mais là on a de l'idéologie; à côté de ça, tu as les "groupes" traditionnels du business américain, entre autres, les identités régionales....
  14. Pour le tenir oui, pas tellement pour le prendre, si on parle d'Etat ou de régions, surtout fragilisés: regarde les Talebs, regarde les narcos au Mexique, regarde les FARCs, regarde le degré de contrôle dans nombre d'Etats africains.... La population elle-même est un enjeu ET un moyen. Oui et non, il ne faut pas raisonner à monde parfait et constant: le monde est un bordel, et tant de choses s'y jouent à rien, surtout à très haut niveau où tout peut se jouer à une question de personnes (exemple type, la révolution de Palais). Sans compter que foutre à bas un Etat fragile ou une de ses composantes régionales peut être très facile, et ça n'implique pas nécessairement, pour garder le contrôle au moins pendant une période, d'être un BON remplaçant (les Djandjawids contrôlent leurs régions, ils n'ont pas pour autant besoin d'être de bons patrons n'y de ne pas dépendre/être soutenus par un voisin plus costaud). Ca se vérifie surtout quand tu vois le délitement de beaucoup d'Etats; on pourrait faire quelques scénaris types pour une évolution sur 100 ans des USA. Certains verraient une renaissance de l'Etat US, d'autres un maintien des choses, d'autres enfin une affirmation graduelle d'une autre forme de féodalité, corollaire de l'affaiblissement de l'Etat fédéral, avec des séparatismes géographiques, l'intervention de pays étrangers et/ou la montée de groupes privés (multinationales, mais aussi mouvements sociaux, religieux, idéologiques.... Tous pouvant être joints par divers types de liens; regarde les Mormons par exemple) qui acquèreraient des pans d'autorité/souveraineté (droit de lever l'impôt? D'avoir une force armée? De battre monnaie? De gérer les routes?) qui pourraient se structurer autour de territoires "détenus" (propriété foncière, emprise politique, monopole local sur la finance ou l'immobilier, maîtrise des services essentiels....). Les formes sont multiples, et l'histoire de la guerre civile romaine montre que même une entité politique solideet immense peut se féodaliser en interne (les grands acteurs deviennent plus puissants que l'Etat) et se recomposer (et l'unité n'est pas garantie à la fin: avec Auguste, ça a réussi, au IIIème siècle, ça a été plus dur, au Vème, ça s'est planté). Sur ce point spécifiquement (j'ai digressé avant), il ne faut pas voir l'acteur féodal comme seul à tous les points du processus; détruire tout ou partie d'un Etat, prendre cet Etat ou une de ses parties, et garder le dit fief, aucune de ces choses ne se fait seul. Le dit acteur "féodal", dans le cas de ce fil avec une armée privée, est juste le meneur d'une tendance, ou le poids additionnel (plus ou moins conséquent) qui change l'équilibre existant, aggrave les déséquilibres existants, change l'équation. Il rallie d'autres forces (de gré ou non), surfe sur des tendances (perte de crédibilité d'un Etat ou d'un gouvernement, délitement de l'esprit public, égoïsmes divers, temps de crise, changements de mentalités....), compte sur une part d'apathie/inaction et/ou la désorganisation ou la trop grande faiblesse des oppositions potentielles.... Pour oeuvrer. Tout cela lui procure des forces, des moyens, une assise et des opportunités qu'il n'a pas par lui-même tout seul. Il accélère une tendance, voire la renverse, ou fait osciller les plateaux d'une balance à l'équilibre fragile (mais qui a encore plusieurs possibilités d'en retrouver un, plusieurs futurs possibles), mais il ne le fait pas seul: il donne l'impulsion qu'il faut au moment qu'il faut. Ce qu'il ne faut pas imaginer, c'est une SMP, même avec 20 000h, prenant du jour au lendemain les USA sans avoir prévenu personne ;). Ca, effectivement, c'est délirant. Et après, rien ne garantit le succès d'un acteur en particulier, et rien ne garantit un succès durable, mais ça n'empêche pas de tenter, et ce faisant de foutre un sacré bordel rendant une tentative ultérieure plus probable encore. Mais pour rester sur les USA, quand je vois des grandes villes ou des Etats ne plus pouvoir financer leurs infrastructures et recourir au mécénat privé non pour des musées ou des stades, mais pour des appros en eau potable, des écoles.... Je pense que le mot "féodal" peut commencer à s'appliquer. Dans un pays où le processus législatif et le système électoral sont à ce point dans les mains de grandes "factions" (dont beaucoup juste capitalistiques), c'est une évolution très possible, surtout quand on superpose le fait à l'évolution territoriale du pays (qui contrôle quoi, comment "marchent" certains Etats et certaines grandes villes....) et à la "structuration" de sa société et de sa scène publique (plus conflictuelle, des pans d'opinions de plus en plus fermés dans quelques logiques fondamentales, des mouvements sociaux/religieux puissants, dont certains peuvent être près d'une taille critique dangereuse....). Juste un exemple d'un potentiel "acteur féodal" émergeant: une mouvance religieuse à forte empreinte au sol (et médiatique/politique), représentant des intérêts économiques importants, se met à avoir des liens de plus en plus structurels avec de grandes structures économiques et financière (parts de capital détenus, intérêts communs, personnes aux postes clés....), ces structures donnent entre autres dans le domaine de la sécurité, donc aussi de SMP importantes, secteur qui se concentre de plus en plus (grandes sociétés de gardiennage et/ou entraînement, services divers aux armées, flottes aériennes....), dont certaines sont purement militaires (y compris des services dangereux) et donnent aussi dans le renseignement dans tous ses aspects (écoute, technologie, base de données, tri de données, renseignement humain, capacité d'opérations "sales", capacité pro de désinformation -cellules de com de crise....) joint à une puissance médiatique certaine (médias contrôlés, sociétés de com....). Toutes ces choses existent aujourd'hui à divers degrés d'évolution. Ajoutons que les services fédéraux, à commencer par l'armée, répondent aussi à de telles logiques puisqu'ils sont aussi faits d'individus, de loyautés, d'ambitions et de tendances/groupes (sociaux, religieux....). Ajoutons enfin que certains groupes peuvent aussi compter sur divers types de "forces irrégulières" potentiels: groupes survivalistes, mouvances extrémistes diverses (voire gangs), "groupes citoyens" et milices locales en tous genres (anti-immigration, anti-Etat fédéral....), sectes armées.... Ces regroupements, de plus en plus structurés avec le temps, ont un poids politique croissant, donc une "part de marché politique" dans un ou plusieurs Etats, une ou plusieurs grandes villes, et au niveau fédéral, via des élus, des hauts fonctionnaires, des concessions de marchés publics, et des lobbies et think tanks en tous genres. Dans un contexte d'affaiblissement de l'Etat fédéral (moins de moyens, moins d'autorité, moins de crédibilité....), de l'esprit public, de la cohésion de l'espace nord américain, le cap du contrôle direct peut être franchi, avec une capacité armée privée pas négligeable à laquelle s'ajoute, dans un Etat contrôlé, la Garde Nationale et les réservistes du coin éventuellement, plus peut être même les implantations militaires qui s'y trouvent. Ajoutons que l'armée elle-même peut y répondre diversement suivant la situation ou le degré de dégradation de l'Etat, y compris ses propres divisions en interne. Ca peut prendre la forme d'un fief indépendant taillé dans les USA, ou d'un fief dans les USA, et qui en prend le contrôle, vraisemblablement partagé avec d'autres acteurs similaires et/ou d'autres types d'acteurs, mais dans tous les cas, ce n'est plus de fait le TOUT que forme les USA via l'Etat qui contrôle, mais bien des acteurs internes de type féodal qui, dans la logique des organisations, répondent au final à une personne ou à un petit groupe de personnes. Et non, ce n'est pas de la science fiction; l'histoire humaine, en tout cas des organisations humaines, est faite de ça, et quasi uniquement de ça. Regarde l'évolution de la république romaine et de son armée: au départ, il s'agit bien de l'armée contrôlée par le Sénat, à la fin de la République, il s'agit d'armées privées qui ont juste besoin de la sanction du Sénat pour être levées (et encore s'en passe t-on de plus en plus souvent, d'abord en recrutant autant d'auxilliaires qu'on veut, puis en levant des légions), et cette sanction est-elle même l'objet d'un jeu politique entièrement aux mains des clans les plus puissants, qui "tiennent" le vote d'un nombre réduit de grandes portions du Sénat. C'est une "féodalisation en interne" des institutions, pas en fragmentation territoriale totale, quoique ça finisse par ça. Et encore, avant même la guerre civile, les grands acteurs "contrôlent" des territoires même s'ils restent nominalement tous dans la république (Pompée a l'Espagne et le sud de l'Italie ainsi que l'accès aux ressources d'Egypte, César a les Gaules, Scipion l'Afrique....). Ils contrôlent de même des routes commerciales, des parts de certains marchés ou des pans entiers de l'économie en même temps que les nominations aux cultes publics et des pans d'opinion (César en particulier tient véritablement la Plèbe), des quartiers de Rome, des masses de vétérans.... Bref, des acteurs internes détenant les leviers qu'il faut dans toutes les formes de pouvoir, et disposant d'armées privées, renversent l'Etat sans pour autant que, vu de l'extérieur (autres pays), la République change beaucoup. Pourtant, la guerre civile change véritablement le monde antique.
  15. Non, du tout; j'ai mis moi-même les templiers dans le sujet dès le premier post. Et j'essaie de circonscrire quelque chose, ou plus exactement de "classifier" un phénomène particulier, de dégager une forme donnée d'armée non étatique au milieu d'un ensemble plus vaste d'organisations non étatiques ayant des forces armées/des moyens de violence. Pas évident. Mais ça me semble important à notre époque où ils deviennent une composante si énorme de la violence prévisible: il peut être intéressant de cerner les différentes logiqus à l'oeuvre, qui impliquent différentes façons de faire la guerre, différents types et niveaux de volonté de la lancer et de la poursuivre, donc différentes manières d'y faire face efficacement.
  16. Les ordres militaires religieux furent même les seules armées permanentes en Europe au Moyen Age. Mais les Templiers sont entrés dans l'activité bancaire de par leurs activités, pas de par un manque de fonds: dès le début, ils ont été bien dotés (à leur échelle) via le soutien actif du comte de Champagne, l'un des plus riches seigneurs d'occident (grande époque des foires de Champagne). Et très vite, ils ont cumulé les donations privées (souvent sous forme d'héritage) de toute la chrétienté, et le soutien très actif de nombreux seigneurs féodaux et souverains, en plus de celui de l'Eglise. Les dons étaient monétaires et en nature, l'essentiel sous forme de terres qu'ils ont beaucoup mis en valeur. Et par leur implantation internationale et même multicontinentale, ils ont développé leur propre flotte et donc leur propre commerce (faisant jouer la concurrence avec les thalassocraties italiennes, surtout Venise, Gênes, Pise et Amalfi), ce que les privilèges, statuts et facilités (autre forme de donations et aides, notamment de l'Eglise) qu'ils recevaient leur facilitaient (exclusivités commerciales, détention de ports d'attaches contrôlés, statut fiscal souverain....). Toute activité bancaire à cette époque n'était que le reflet d'une grande puissance commerciale, agricole et "industrielle" (essentiellement le textile, la grande industrie du Moyen Age), pas l'inverse: seuls ceux dont l'activité dégageait du cash flow en masse pouvaient se lancer dans la banque, et encore fallait-il qu'il s'agisse d'entités bénéficiant d'un "réseau" largement implanté géographiquement, avec un niveau de confiance/sécurité solide, et des moyens de transport assurant des lignes régulières: cela seul permettait d'apporter confiance, sécurité et surface financière pour jouer à l'assureur/garant et au prêteur/usurier. La Hanse (confédération commerciale de nombreuses "sociétés") et surtout les grandes compagnies lombardes (réseaux familiaux étendus) et grandes familles vénitiennes et gênoises étaient les seules autres entités internationales pouvant jouer à cela, en plus de quelques individus particuliers. Et tous reposaient avant tout sur une capacité industrielle, commerciale et agricole importante. Il a fallu attendre le quatrocento pour que des entités avant tout financières, dépendant moins d'autres activités, existent, mais même elles reposaient encore sur une activité industrielle, commerciale et agricole certaine, avec toujours le textile comme base ou des corporations des grands "métiers" ou "arts": les familles comme les Médicis, aux XIVème-XVème siècles, faisaient reposer leur assise financière autant sur un capital, un réseau et un nom acquis que sur la possession et le contrôle des regroupements des grands "arte", à commencer par les "arte della lana", les lanistes ou industriels textiles, dont la plus connue est alors "l'arte di Calimala". Pour les templiers, ils ont été banquiers en fait quasiment dès le début (en fait autour du milieu du XIIème siècle), face à l'afflux rapide de donations qui les mit à la tête d'un énorme capital foncier, industriel et monétaire qu'ils mirent vite en valeur: le désintéressement individuel, la durabilité de l'entité (pas liée à une dynastie ou un individu), son étendue (sur plein de pays, donc économiquement moins soumis aux aléas conjoncturels en plus d'offrir une "marque" de confiance sur toutes les grandes routes, donc une garantie pour sa monnaie fiduciaire), son statut juridique, "l'appeal" de la marque (garanti 100% anti-infidèle, vous irez au Paradis si vous donnez" :lol:), la sécurisation de ses lignes de com et leur régularité.... En faisaient un acteur incontournable dès le début, aidé en cela par la position centrale de la Champagne, son caractère de noeud du commerce européen, et le soutien plus qu'actif des Comtes de Champagne. Mais je vois pas en quoi les Templiers seraient le "parcours inverse" d'un groupe privé devenant un proto Etat? De fait, ils l'ont toujours été, avec un caractère ambivalent étant donné qu'ils étaient une entité "privée" multi-implantée en Europe, avec un statut juridique souverain (mais pas réuni comme une "puissance" complète parce que totalement dispersés), et un Etat féodal au Levant, y compris après la chute de St Jean d'Acre (il reste des îles contrôlées). Ils sont un peu bâtards, étant une sorte d'Etat à un endroit, une multinationale à un autre. Plus dur, l'ISI me semble un Etat féodal extrêmement divisé à l'intérieur d'un Etat.
  17. Un petit "détail" amusant sur cette guerre; malgré un commerce prospère, les jeunes USA ne sont pas extrêmement riches au regard de dépenses telles que celles d'un effort de guerre sérieux. Et quand on en vient aux moyens du gouvernement, c'est la cata. La guerre de 1812, malgré la faiblesse relative des moyens à mettre en place, l'a reflété, et l'homme qui a littéralement sauvé l'effort de guerre américain dans ce conflit était.... Français. Il s'agit de Stephen Girard, né Etienne Girard, qui a migré aux USA au moment de la guerre d'Indépendance pour y développer son activité d'armateur. Devenu prospère, il est aussi devenu banquier, et l'un des plus grands (par les savants calculs dont ils ont le secret, les historiens de l'économie estiment qu'il est le 4ème homme le plus riche de l'histoire des USA -l'une des bases étant le rapport de sa fortune au PIB du pays à son époque); au moment de la guerre de 1812, il a commencé comme l'un des premiers garants et souscripteurs des bons de guerre US. Dans le courant du conflit, face à l'urgence et aux manques, face au désistement d'autres banquiers, il a à un moment garanti 95% de la garantie des bons de guerre émis. Si l'argent est le nerf de la guerre, ce monsieur a vaincu les Anglais :lol:.
  18. Tancrède

    [EBRC/Jaguar]

    Tu nous fait le blues du vendredi soir ;)? Par mon tropisme historique, je peux rester positif: l'armée française a connu bien pire et bien moins de monde, à des époques plus dangereuses.... Et si le besoin renaissait vraiment, elle reviendrait: compte sur la tendance naturelle des humains à la violence :lol:.
  19. Tancrède

    [EBRC/Jaguar]

    Ouah, c'est plutôt cash. En l'état et vu ce qu'on a discuté, il me semble qu'il y a pas photo ni débat: 100 EBRC et 300 CRABs/VBAE, si réellement le choix est posé ainsi.... Mais un volume si limité indique juste une chose: une armée échantillonnaire sans capacité de peser par elle-même sur un théâtre autre qu'anecdotique et microbien. Et accessoirement des véhicules légers/médians qui seront de fait envoyés par petits paquets avec une crainte institutionnelle d'en perdre, ce qui va à l'encontre des principes souhaités.
  20. Ca souligne la systématique focalisation sur le combat -la "bataille physique"- pris isolément du reste, avec une recherche de l'efficience système par système, parfois arme par arme (chacune résultant plus d'un projet de développement isolé que d'une vision d'ensemble choisie qui a beaucoup perdu en capacité de prescription). Ce focus explique entre autres choses l'oubli de l'importance du nombre, complètement mis à l'écart par l'obsession de la "qualité" (qui est un terme absolu et très partiellement vrai dans le champ infiniment plus global de la guerre, et même souvent du combat). Ca révèle quand même le moule intellectuel complètement obnubilé par la "bataille" (concept abstrait quand pris si généralement), celle d'anéantissement, décisive, concept qui ne date réellement au final en occident que du XVIIIème siècle mais pour lequel nous sommes encore formatés, ce qui, via l'accroissement de l'Etat (donc sa subdivision sans cesse accrue en spécialités, dont le domaine strictement militaire comme activité mécanique/technicienne, et le "politique" -déconnecté du fait politique qu'est la guerre), de l'importance de la séparation militaire-civil, de la pacification des sociétés développées (loin de la menace) qui a pour corollaire l'évacuation par les élites du champ militaire, a complètement enfermé la réflexion et la décision militaires, et par là la pensée qui préside à l'action militaire (donc en aval les moyens de mener la guerre). On a des militaires en charge du fait politique suprême qui ne savent pas réellement mener la guerre (ou les très rares qui savent ne peuvent pas le faire) parce qu'ils se sont focalisés pour être des techniciens archispécialiste du combat, et pour être plus exact d'un type de combat (qui semble peu probable). On oublie quand même que ce moule de pensée est né à une époque et dans un contexte géographique (au sens large) particuliers: une Europe petite, avec des pays culturellement et donc matériellement (au sens du développement, y compris militaire) proches, un système international particulier et violent, et surtout une explosion démographique, agricole, routière et urbaine extraordinaire au XVIIIème siècle, tout en gardant une économie fondamentalement rurale (donc avec des réserves alimentaires partout). Le système de pensée stratégique et tactique qui en découle n'a donc de réelle pertinence que là, et pourtant personne n'a voulu le voir dès l'époque napoléonienne partout où ce modèle était invalidé (Espagne, mais surtout Russie) tout simplement parce que les conditions matérielles et spatio-temporelles changeaient. Ce fut pire encore pendant les Guerres Mondiales, surtout la 2ème, ou même pendant les conquêtes coloniales, si méprisées côté analyse tactique/stratégique comme "petits conflits" que personne n'a pris la peine d'en regarder le coût réel ou surtout les conditions économiques, historiques, politiques, démographiques et géographiques qui les ont rendues en apparence si "faciles". Bizarre d'ailleurs que la seule armée occidentale qui ait gardé le souvenir institutionnel d'un modèle différent de guerre pense et s'organise si différemment des autres: les Marines. Or ce modèle de la bataille décisive n'est plus d'actualité pour longtemps: système de dissuasion nucléaire entre grands pays, armées de projection, multipolarisation du monde (notamment au niveau politique et militaire) mais surtout, surtout, l'évolution de la démographie dans son importance et sa répartition. On en revient au Moyen Age et au début de l'époque classique: les enjeux sont les grandes villes, les campagnes sont vides de toute masse démographique critique susceptibles de poser problème (le Vietnam d'aujourd'hui aurait plus de mal à se mobiliser comme contre les USA), sauf évidemment dans certains pays sous-développés. Et les villes à cibler sont immenses: elles n'ont pas de murailles, mais représentent des masses humaines hors de portée de toute armée voulant les conquérir et les contrôler, sauf à les détruire (ce qui enlève pas mal d'intérêt à une campagne militaire, sans compter les menus à-côtés et répercussions politiques :-[). Si on part des chiffres jugés "nécessaires" et qui semblent toujours vérifiés à travers les siècles, il faut une force représentant environs 4 à 5% de la population qu'elle veut "pacifier" pour assurer un contrôle efficace.... Sans garantie de réussite. Même en supposant moins et en multipliant certaines capacités qui peuvent l'être par la technologie, moins de 3% (déjà peu vraisemblable) est une dépense inutile. Imaginez qu'une ville d'1 million d'habitant (aujourd'hui une banalité) nécessiterait un extrême minimum de 30 000h pour être en partie contrôlée, et même plutôt 50 000 seraient nécessaires. Ce simple fait montre que tout adversaire qui se sait désavantagé par rapport à un envahisseur plus développé/gros refusera tout simplement l'idée même de bataille décisive dans sa stratégie de base. Et à l'heure des armées expéditionnaires microbiennes en taille, qu'est-ce que cela dit sur la capacité à faire la guerre malgré le focus sur l'efficience maximale pour une bataille imaginaire? Verra t-on des armées modernes occidentales soit condamnées à l'impuissance, et par là au refus d'engagement de campagne (donc avec perte de crédibilité), ou devoir en venir à des stratégies très dures pour les populations civiles, à savoir encercler une grande ville, et la détruire comme système fonctionnel, essentiellement en coupant ses approvisionnements (qui passent pour les grandes quantités par un petit nombre d'axes, de tuyaux, de relais satellites, de réseaux de câblages), tout comme les assiégeants de l'Antiquité et du Moyen Age empêchaient la bouffe de rentrer et les civils non combattants de sortir (avec des scènes insoutenables de milliers de civils expulsés par les combattants et bloqués par les assiégeants, mourant dans le no man's land)? Hors du contexte centre europe avec l'OTAN face au Pacte de Varsovie, terrain étroit littéralement couvert de troupes du nord au sud, la bataille d'anéantissement et de mouvement, décisive à l'échelle d'une campagne militaire, a t-elle même encore un sens? Et donc les organisations militaires pensées avant tout pour elle?
  21. Une précision sur le principe féodal, sans doute particulièrement visé de ma part dans ce sujet (mais il est pas le seul): de fait, les défaites françaises de la Guerre de Cent Ans peuvent lui être imputées à 100%. La question n'est pas pour les batailles en question du "système d'armes" en vigueur ou des éléments à disposition, mais bien celle de la direction des troupes de campagne et plus exactement de leurs subdivisions, et avec elle la mentalité qui va avec. De fait, l'armée française de ces défaites n'est pas une armée; c'est un Host féodal, soit le rassemblement d'armées privées de grands seigneurs, elles-mêmes composées de sous-groupes des vassaux des dits seigneurs, et ainsi de suite jusqu'au plus bas niveau. Ca a l'air d'une pyramide hiérarchique mais ça n'en est plus une au sens militaire depuis longtemps, et le mouvement naturel s'est accentué avec l'affaiblissement du pouvoir central relativement aux grands domaines pendant la guerre et en fait depuis la mort de Philippe Le Bel. L'une des particularités de la féodalité est l'importance fondamentale du rapport hiérarchique direct d'homme à homme: malgré des désobéissances correspondant à de multiples raisons (incompatibilité d'intérêts, trahisons, ambitions des vassaux faible et considération du seigneur -ces deux dernières réelles ou supposées-....), la règle générale est à un respect global de ce fonctionnement, sauf exception de la relation entre les Grands et le Roi, sommet de la pyramide féodale et en fait niveau de quasi politique internationale dans les faits. On obéit à celui qui est au-dessus, on se fait obéir de celui qui est en-dessous; mais le mécanisme ne marche pas du tout sans ces échelons, et personne ne peut se faire obéir du vassal de son vassal, par exemple, sauf évidemment par contrainte de force. Plus grave, les troubles économiques et la peste noire (avec affaiblissement démographique), la montée des "bonnes villes" (villes libres, à chartes, échappant à la règle féodale) et des "couches nouvelles", la concurrence économique et la quasi disparition du servage, le refus des obligations féodales à tous les échelons, l'enfermement de la noblesse féodale dans une mentalité de caste de plus en plus fermée et rétive au pouvoir central, la montée du coût des armures et équipements de guerre (qui ont pour effet de créer des "tranches sociales" de noblesse, et du ressentiment).... Ont concouru à accroître de beaucoup "l'égoïsme" local et féodal, le refus des obligations, et avec eux une mentalité générale qui ne va pas dans le sens de la construction ou même du maintien d'un semblant d'Etat: et l'exemple vient d'en haut, avec des grands féodaux qui, avec le temps, n'ont fait que chercher à s'enraciner dans le paysage, à rendre leurs fiefs héréditaires et à les renforcer pour s'y comporter de plus en plus comme des chefs d'Etats (ce qu'ils étaient depuis longtemps, mais seulement dans certains cas), Bourgogne en tête. Et en temps de guerre, tous ces mécanismes fonctionnent en 10 fois plus fort face au besoin urgent (dont la faiblesse politique) du roi. Et de fait, les contingents privés formant armée sont des bandes inégales et indisciplinées refusant toute idée de tactique ou de stratégie par mentalité/culture, et plus encore celle de hiérarchie de fonctionnement par jalousie de leur statut et intérêt personnel (voire à Azincourt un Boucicault incapable de se faire obéir de grands féodaux qui lui sont socialement supérieurs et contrôlent réellement leurs contingents). La caste guerrière, faite des meilleurs combattants individuels de son époque, a cessé de savoir faire la guerre. Et le mauvais exemple vient parfois du plus haut comme le montre le rôle néfaste du roi lui-même dans ce registre, Philippe VI à Crécy comme Jean le Bon à Poitiers.
  22. Ca par exemple, je n'y crois pas, vu que tout est fait pour ne pas déployer le Leclerc du tout, ce qui pour moi indique que l'EM, par essence, ne veut pas les déployer et ne le fera pas à moins d'une contrainte absolue (dont on se demande ce que ça peut être). A tout prendre, je préfèrerais voir gicler totalement le Leclerc, exception peut-être faite d'un groupement de 2-3 escadrons fournissant des pelotons spécialisés dans l'appui, centralisé sur un camp de manoeuvre pour que tout le monde passe s'entraîner avec lui de temps en temps (et garder le savoir-faire institutionnel et l'idée de ce qu'un lourd peut apporter). Pour le reste, justement un EBRC et ta formule de régiments de cavalerie sur moule unique avec la double spécialité CRAB-EBRC (et par exemple une "tendance" à opexer des escadrons renforcés, genre 3-4 pelotons CRAB pour un peloton EBRC). Non parce que c'est l'idéal, mais parce qu'on peut espérer que celui-là (EBRC) ne créera pas de réflexe grégaire chez des décideurs rechignant à la dépense de son déploiement et/ou à la peur d'en perdre. Perso, je vois pas l'intérêt de 2 brigades entières à demi amphibies (par rapport aux standards brits ou ricains). Faisons plutôt un ou deux régiments interarmes réellement amphibies (comme Fusilier le demande si souvent, avec des éléments de la Royale :lol:) qui servent "d'ouvre-boîte" de théâtre (genre des MEU), avec le reste qui offre de quoi bricoler un peu plus de masse de manoeuvre. De même pour une unité "air assault" (un truc interarme articulé autour de 2-3 CC), peut-être jumelée avec un petit bataillon parachutiste (2-3 Cies aussi.... Ou une seule unité qui a la double qualification si c'est possible), et le reste des paras pour donner une vraie brigade d'infanterie légère couvrant cette place intermédiaire dont on avait déjà parlé entre réguliers et G+FS (on appelait ça nos "rangers"). Et personnellement, je trouve qu'il faut foutre la paix aux Alpins ;) sous peine de leur faire perdre leur spécificité montagne pour ne l'avoir qu'à demi (la double qualification dans des savoirs-faire si spécifiques n'est-elle pas dommageable?). Donc à l'arrivée, je passe ainsi sur l'équivalent de 5-6 brigades sur moule unique, une de montagne, une "légère", une amphibie (à 2 groupements) et un "truc" interarme "air assaut" (à 2 petits groupements).
  23. Tancrède

    CRAB : concept d'emploi

    Lui, pourtant en tant qu'ex général de cavalerie, semble en plus persuadé que même en cas de conflit "symétrique" face à un Etat puissant et développé, et même si on avait encore des divisions blindées à déployer, le combat blindé de chars n'aura pas lieu, les changements tactiques (notamment la coordination rapide des feux d'appui de toutes origines et le rôle de l'hélico et de l'avion) étant trop importants. C'est à cette aune aussi qu'il dit que le char lourd fait pour le "combat tournoyant" contre d'autres chars est quelque chose de totalement inadapté et beaucoup trop cher. Nous avons selon lui des flottes de chars qui, même s'il fallait se payer un adversaire qui en a, sont complètement inadaptées à la tâche de détruire du char, ou en tout cas beaucoup trop chères (non seulement ces chars "formule 1", mais aussi tout leur environnement, l'organisation qui va avec et le coût de leur soutien surtout en déploiement) pour ce qu'elles apportent. Et à l'aune des conflits vraisemblables, la question se pose de même encore avoir une seule "brigade blindée", le besoin étant plus d'avoir un "char utile" moins cher à l'emploi et au déploiement, qui appuie dans des cas de figures vraisemblables et limités l'infanterie motorisée et des groupements nombreux de cavalerie légère fondés eux sur des véhicules tels que le CRAB. Quels risques? Le territoire est sanctuarisé par le nucléaire, et le risque d'affrontement direct avec les vraiment grands et outillés question méca est nul aussi via la donne nucléaire et un relatif intérêt (pour l'instant) commun à la stabilité. Si cette donne devait changer et que, Dieu seul sait comment, le nucléaire sortait de l'équation, l'affrontement avec des maousses a ceci de particulier qu'il est précédé de montées de tensions longues, sur des années, qui font sérieusement réenvisager le mode de préparation militaire. Par ailleurs, le propre des armées pros, c'est quand même, au-delà de toutes les critiques justifiées à l'encontre de leur façon de penser, de savoir un peu dans quoi ils trempent les pieds et contre qui; dans le cas d'OPEX où un adversaire non nucléaire (et ne menaçant pas directement les "intérêts vitaux" proprements dits, ce qui limite la liste à peu de noms) aurait des masses blindées bien entraînées en défense de territoire et qu'il faudrait absolument aller titiller sans autre choix (ce qui veut déjà dire une mauvaise politique étrangère et/ou un monde salement, mais vraiment salement en crise), on peut penser/espérer que les dits militaires ne se lanceraient pas à l'aveuglette pour foncer en VBL sur des divisions blindées. La RMA a dit beaucoup de conneries, mais le fait de prôner le léger/médian dans des configurations classiques/symétriques ne reposait pas sur de la bêtise, mais sur une insistance sur d'autres aspects: C4ISR, coordination des feux, avions-drones-hélicos, manoeuvre.... S'ils se sont plantés pour tout ce qui concerne les adversaires "asymétriques" (qui sont dans bien des cas tout sauf de la "basse intensité", terme péjoratif et faux sur lequel on est revenus depuis) avec ce modèle pensé comme absolu, ces postulats sont quand même encore pertinents pour beaucoup de cas de figure symétriques. Ben oui, mais on est arrivé au moment où, dans la plupart des scénaris types prévisibles, la quantité n'est plus du tout compensable par la "qualité" (qui est en fait de la spécialisation, dans bien des domaines, contre un type d'adversaire, et le moins vraisemblable), où ce qu'on a encore commence à être échantillonnaire et ne permet pas de peser dans beaucoup trop de cas, et qui fait son taf pour beaucoup trop cher (surtout en regardant le "rendement" tactique, opératif et stratégique).
  24. Tancrède

    [EBRC/Jaguar]

    Et ce qu'on (en tout cas moi) dit, c'est que l'on n'en vient pas au combat antichar tel que tu le décris dans une telle configuration, précisément parce qu'on a des moyens amont: renseignement et reconnaissance sur le terrain déjà, mais avant cela le renseignement "stratégique" (qui fait qu'on est généralement en mesure de savoir où sont les groupements de T-62 et qui en a dans le monde, surtout s'ils prennent le temps de savoir s'en servir et de pouvoir les soutenir sur les vastes distances de l'endroit). Ensuite les distances sur ce théâtre ne sont pas neutres et laissent du temps, sans compter ce qu'elles infligent à une colonne de vieux chars "entretenus" par des guérilléros pas vraiment super formés ou super équipés ni disposant de moyens capables d'entretenir une force mécanisée (et s'il s'agit d'unités soudanaises, ça fait partie aussi du genre de trucs qui se sait et se repère autrement). Enfin il reste les appuis feux plus conséquents, précisément qu'on a le temps d'expédier d'ailleurs si besoin est. Si on n'est pas capables de faire ça et que pour les forces prépositionnées au Tchad, il y a découverte des T-62 en masse et entraînés aux portes de la garnison, c'est qu'il y a beaucoup d'autres problèmes MAJEURS à traiter avant de regarder ce qu'on veut sous blindage et qu'on ne mérite pas, en attendant, de s'appeler "armée". Enfin tactiquement, on se porte à la rencontre de tels raids s'ils arrivent, et on optimise la façon de les combattre précisément en fonction de ce qu'on sait et de ce qu'on peut avoir rapidement: c'est à ça que sert la formation militaire (par rapport à des bandes armées dont l'essentiel n'est pas vraiment faite de foudres de guerre surentraînées.... Et si elle le devient, on adapte dans le temps le dispositif) et c'est à ça que sert le fait d'avoir une armée coordonnée qui n'est pas un alignement d'un type de matériel, mais un outil collectif qui pense des combinaisons d'effets. Adaptés à quoi? A la guerre sur la frontière ou en Allemagne contre les Soviets. Pas grand chose d'autre. La guerre se prépare contre un adversaire particulier, pas contre "quelqu'un" en général, et le principal outil casseur de chars aujourd'hui, pour le cas où il faudrait faire ça, c'est l'hélico, avec le missile AC lancé depuis d'autres véhicules par ailleurs (surtout pour les vieux chars). L'idée de grands combats de masses de chars concentrés est morte et enterrée avec la guerre froide et la fin de la perspective d'affrontement d'immenses armées sur un terrain ultra étroit (centre europe, et encore, juste les endroits plats et non boisés). Ce qui est bizarre, c'est que tu cases des EBRC (qui seront là dans une petite dizaine d'années) avec des F-1 (qui sont en train d'être dégagés). Un exemple parmi d'autres du fait que tu veux ramener la chose à du 1 contre 1, 1 matériel contre 1 autre en rase campagne face à face dans des conditions favorables à l'adversaire.... Alors que l'action tactique proprement dite arrive en toute fin d'un long travail visant à créer des conditions favorables pour optimiser ses propres moyens et taper l'adversaire où et quand il est faible, tu la mets en préambule (par téléportation et cape d'invisibilité?). Alors que l'action tactique professionnelle est par essence interarme, tu nous mets un quasi duel de chevaliers de taille différentes convenant d'un rendez-vous à l'avance dans le bac à sable du plus lourd. Et personne ne sait que cette dizaine arrive dans les mains de bandes armées connues? Personne ne sait qu'ils passent des mois pour apprendre à s'en servir? Personne ne sait ni ne voit qu'ils doivent aligner la logistique qui va avec? Personne ne les voit ahaner dans des centaines de kilomètres de désert (qui ralentissent les colonnes de technicals, donc font exploser leurs besoins logistiques en eau, vivres et carburant, malgré leur capacité d'emport limitée), changer leurs chenilles, avoir des pannes (ce sont des mécanos miracles tout d'un coup)? Et à l'arrivée, ils les manoeuvrent comme des chefs, tirent juste et à haute cadence, se coordonnent comme des pros, sans qu'on ait su que des bandes armées se mettaient à jouer à ça (parce que c'est un peu "visible" ce genre d'évolutions)?
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