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Dilution du pouvoir des états vs montée en puissance des intérêts privés
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Exemples de lois ou ensembles de régulations d'aujourd'hui qui favorisent ces "féodalités" modernes: - le lobbying légal et organisé: c'est de fait créer un "parlement des puissants" où on détient des droits de vote en fonction du nombre de billets qu'on y met, qui permettent de monopoliser du temps d'attention de décideurs, de façonner leur environnement de perception des problèmes, d'exercer diverses formes de pressions sur eux (communication institutionnelle, corruption/chantage aux fonds de campagne, et plus encore de plus ou moins contrôler le processus d'information du décideur politique sur l'immense complexité des problèmes dans tous les domaines. Plus on autorise ce domaine du lobbying à se structurer, à grandir et à s'organiser, plus ou crée une "cour" qui devient un monde en soi pour les dirigeants, nettement séparé du "monde réel". Et ce "monde" devient une partie de fait du processus gouvernemental, avant tout au niveau de l'analyse et de la perception, de l'information en général d'un gouvernement qui devient structurellement dépendant de ce processus pour s'informer, disposant de moyens propres limités, souvent moins écoutés (voire des "chapelles" plus ou moins subjectives, des lobbies en soi), et qu'il a tendance à de moins en moins financer (commodité budgétaire, corruption....) vu que "le privé" fournit par lui-même ces moyens. Ceux qui vantent les mérites du lobbying professionnel et organisé me rappellent ces "grandes figures" des cours européennes qui écrivaient des "manuels" du courtisan idéal, mû avant tout par le goût du service et n'oeuvrant que modérément pour son intérêt personnel..... Une figure mythique aussi réaliste qu'un banquier honnête. - la législation sur les OPA/OPE.... et le contrôle des concentrations capitalistiques en général: pouvoir racheter des entreprises sans aligner soi-même beaucoup de cash (souvenir du cas Arcelor-Mittal) et en se repayant sur la bête rachetée, influer pour modifier sans cesse les pourcentages d'un marché contrôlé (notamment aux USA les lois antitrust) et la définition même de ce qu'est un marché particulier proprement dit, ce qu'est une entente, un cartel, un oligopole.... C'est un des plus grands enjeux qui soit actuellement, et depuis 30 ans, le combat est perdu pour l'intérêt général au profit de ce qui n'est rien moins que la version moderne du droit de guerre privée. D'autant plus, et c'est particulièrement vrai en France (mais aussi en Chine), qu'une grande entreprise dominante, multi-secteurs et multinationale, c'est un "donneur d'ordres" qui a de fait un impact économique et financier (donc social et politique) infiniment plus grand encore que sa seule activité directement contrôlée: c'est une foultitude de fournisseurs, sous-traitants et prestataires de service qui ont un degré plus ou moins important de dépendance à son égard, sorte de vassaux modernes. Combien de sous-traitants peuvent réellement se passer, en France particulièrement, d'un grand donneur d'ordre? Dans le domaine militaire, combien de boîtes petites et moyennes qui n'ont qu'une activité partiellement militaire peuvent dans les faits survivre ou ne pas être gravement amputés par un contrat avec l'Etat et/ou un grand contractant? Si 20% de ton CA disparaît, même seulement pour un an, tu morfles durablement, voire définitivement, même si ce n'est "que" 20%. Tu ne peux pas dire non à quelqu'un qui dispose de ce poids dans ton CA, surtout à l'heure d'une extrême subdivision du travail (externalisation à toutes les sauces) et d'une relative indifférence à une division internationale d'une chaîne de production. En France particulièrement, il y a ainsi une extrême concentration du "pouvoir économique" au profit de grands "donneurs d'ordres" entretenant une pyramide féodalo-économique qui dépend beaucoup trop de leur "patron". - la régulation avant tout financière et la transparence, ainsi que le sujet de la gouvernance.... Et plus encore, ces choses qui doivent être soumises à un régulateur d'un échelon correspondant à la mondialisation, même a minima, au niveau de "grandes zones" régionales. Dernier enjeu pour contrôler et donner des règles aux orientations et flux de capitaux. Ce sont à mon sens les 3 domaines majeurs sur lesquels la puissance publique des Etats doit se pencher. Au niveau international, ce ne peut être que par la création de règles et de quelques organismes d'arbitrages, de notation et de régulation. Mais au niveau des Etats ou groupes d'Etats, cela implique un contrôle de toutes les réalités physiques de ces business. Sinon, pour revenir à un des exemples d'Akhilleus: Je sais plus quelle célèbre figure des Marines s'était, après sa retraite du corps, élevé en politique contre le fait qu'il voyait l'USMC comme la bonne à tout faire de l'UFC, faisant de cette conquête coloniale de fait (en moins direct) une politique commerciale. Mais c'est l'un des exemples simple, visible et parlant de "l'usage" par un intérêt privé du lobbying auprès d'un Etat, pour s'en servir. C'est moins cher et moins "exposant" que de le faire soi-même. On pourrait mentionner tout simplement la politique moyen-orientale des USA et certains projets de recomposition du Moyen Orient dans ce registre. Mais l'autre option, "faire soi-même", est en train de redevenir une option de bien plus grand accès et bien plus grande capacité que l'emploi de quelques officines internes à certains business (les grandes compagnies pétrolières qui ont depuis longtemps de véritables services actions en interne: j'ai un exemple récent à faire crever de rire.... Ou frémir) ou l'embauche de "spécialistes" en micro-groupes. La structuration et l'expansion constante du marché de la "sécurité" a donné aujourd'hui et donnera toujours plus un vaste réservoir de capacités très complètes et compétitives qui étaient encore récemment le quasi monopole des Etats: renseignement dans ses parties "passives" (veille, bases de données, croisement/recoupement d'infos, collecte et analyse systématiques de sources "ouvertes", capacité d'enquête....) et "actives" (création de réseaux, corruption, manipulation/chantage/intimidation, effractions, écoutes/espionnage informatique, lobbying, opérations de désinformation, attaques informatiques, opérations para-militaires....), guerre électronique, opérations spéciales, opérations conventionnelles.... Le tout avec des moyens croissants en quantité et en variété, ce qui accompagne autant la croissance du nombre d'intervenants que la croissance de leur taille, par croissance interne ou concentration de grands acteurs. Parallèlement, ces structures de "sécurité" savent organiser leur opacité (sécurité interne, loi du silence imposée, installation dans des pays "accomodants"....) tout comme leur lobbying auprès d'Etats pour sa garantir une relative impunité, un "accès" permanent à de hauts niveaux d'accréditation (membres ou ex-membres de leurs boards -ou de leurs rangs- à de hauts postes, contrats durables avec les Etats -combien de personnes de "l'intelligence community" aux USA sont du privé?-, corruption et/ou "relationnel"....). Mais surtout, ils s'adossent de façon de plus en plus permanente à de grandes structures capitalistiques, autant par le jeu économique (stratégies de développement, d'expansion de marchés, ou simple opportunisme) que par des concertations bien pensées: dans ce registre, la proximité avec les compagnies d'assurance (les grandes structures financières à fort volant sécuritaire qui ne sont PAS sous examen fréquent comme les banques) est en train de devenir une constante. Historiquement, ça rappelle le rapprochement de castes guerrières avec la noblesse de cour et/ou les grands propriétaires terriens dans l'Europe ou le Japon féodal, mais aussi en Chine, ou encore la constitution en véritables "entités féodales" des grands propriétaires terriens en Amérique du sud au début du XXème siècle, avec aspect clanique et surtout l'entretien d'armées privées. Rappelons qu'en Argentine, au Brésil et ailleurs, de tels groupes sont encore une réalité, même si évidemment l'échelle n'est pas internationale (il n'empêche qu'il s'agit de grandes fortunes et d'un lobby ultra puissant dans ces pays). A comparer aussi avec la situation russe où de grands oligarques, groupes mafieux ou grandes boîtes sont souvent liées étroitement, voire ont constitué, des "pôles sécuritaires" importants via la nébuleuse du mercenariat et des entreprises "de sécurité" russes. A quand de grandes concentrations capitalistiques, gabarit multinationales ou groupes de multinationales, disposant d'armées privées permanentes (ou rapidement mobilisables) dans certaines régions (tout en jouant les "honnêtes entreprises" dans d'autres) autour de cellules centrales de grandes taille et capacité maintenant des capacités de renseignement/action spéciale complètes et de grande taille, des capacités d'entraînement et de logistique, un certain volant de personnels "de sécurité" permanents, des moyens de guerre électronique? Bref, des entités féodales capables d'agir dans l'espace mondial (mais avec des variations régionales) dans un spectre complet de capacités jusqu'ici "étatiques", et à une échelle bien plus qu'anecdotique vu la taille de ces concentrations de capitaux. Le tout dans un monde multipolaire, où les "gendarmes du monde" ont perdu en capacité de contrôle, peut-être en absolu (réduction des moyens) mais sûrement en relatif ("rattrapage" technique, économique et militaire, relativisation de bien des avantages militaires, capacités anti-accès), et sont exposés à un jeu international plus équilibré et agressif sur fond de lutte accrue pour les ressources et les marchés. Certains diront que c'est déjà le cas, mais c'est encore balbutiant, il n'y a pas encore de tels pôles réellement permanents et unifiés/intégrés à un niveau autre qu'embryonnaire, et le poids des grands Etats est encore grand, mais la tendance semble plutôt claire, et moins le poids des Etats "poids lourds" sera grand relativement au jeu international, moins leur "usage" par de telles multinationales sera suffisant pour favoriser leurs intérêts, donc plus elles prendront de domaines et moyens d'actions directement en main. -
Dilution du pouvoir des états vs montée en puissance des intérêts privés
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Tu veux dire le risque d'une sédition des troupes en Angleterre même, sous influence de la compagnie lésée? Je sais pas si le fonctionnement interne et les rapports de force en Angleterre auraient permis à la situation d'aller jusque là, ou même si c'était alors possible. Mais d'un autre côté, les groupements commerciaux dont les compagnies à charte ont joué un rôle dans la "révolution" de 1688. -
Dilution du pouvoir des états vs montée en puissance des intérêts privés
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Les grands disparaissent en tant qu'entités géopolitiques internes avec la Fronde: ils perdent la capacité et l'autonomie dont ils disposaient en tant qu'entités féodales, ne peuvent plus réellement lever de troupes par eux-mêmes (ils sont propriétaires de régiments, mais n'en disposent pas), n'ont plus d'aptitude ou de crédibilité pour négocier avec des puissances étrangères, ne contrôlent plus de provinces et surtout perdent leurs immenses réseaux de clientèles régionales et nationales qui sont préemptés, achetés ou pris par l'Etat central et forment la première administration centralisée du royaume. Ils ne sont plus que de grands propriétaires terriens disposant d'un certain accès et d'un certain entregent, d'une priorité dans l'attribution de certaines fonctions, de "réseaux" de relations étendus (un certain "pouvoir" de parrainage qui est important) et finissent par regagner une autre forme de pouvoir au sein du nouvel Etat central dominant, sous forme de "clans" familiaux étendus et de "caballes" politiques, en somme des partis, mais leur poids propre ne peut plus passer par la menace de l'usage d'une force armée, par le contrôle de territoires de fait sécessionnistes aux dépends du roi, par la négo avec des Etats étrangers et une capacité à la guerre civile ou à une contrainte exercée sur le monarque. La contrainte est devenue influence, la lutte potentiellement physique est devenue jeu politique "moderne" ou "pré moderne".... Dans un jeu avec ces règles, ceux qui ont le poids qui s'apparente le plus à une contrainte directe exercée sur le monarque sont ceux qui disposent du fric en masses importantes, soit en argent frais soit en quantité de titres d'emprunt public (dont on négocie le taux ou un changement de taux en cours de route contre quelque chose), soit encore en charges vénales (ou groupements de charges) ou en privilèges commerciaux dont on négocie la revente à l'Etat (qui ne peut les reprendre arbitrairement). Fondamentalement, les grands aristos qui peuvent financer des régiments (surtout les permanents), voire plusieurs, pourraient s'en servir dans certaines circonstances pour retenter une "fronde" féodale (et donc braver l'interdiction légale -théorique- de disposer de leurs troupes), mais le règne de Louis XIV a aussi imposé dans les faits comme contrepartie une armée permanente directement payés par les finances publiques qui est largement plus grande que les unités permanentes non directement "royales". Et il contrôle les arsenaux (désormais bien plus grands) directement. Le règne de Louis XIV transforme la féodalité territoriale, économique et celle des attributions de grandes charges, en une féodalité administrative: peu de "grands" (qui n'ont plus ce "titre" informel après que par courtoisie) réussissent vraiment la transition, et l'on voit ainsi plutôt des pôles de "grands de fait" se constituer autour de familles comme les Colbert, les Louvois, certains grands fermiers généraux.... Après la fronde, seul Turenne maintient une clientèle réellement importante, assortie d'un certain contrôle sur un territoire (petit) donné (le sien, en tant que prince souverain de Bouillon), et ce fait ne lui survit pas. Dans le réseau multi-pyramidal tentaculaire qui articule la France et se substitue à la chaîne féodale, Louis XIV est désormais le patron plus ou moins direct de toutes les clientèles, le "capo di tutti capi" :lol:, ce qui lui donne sa puissance (pas si absolue que ça, loin de là) bien plus que les lois théoriques, les coutumes, les prérogatives royales, le statut du roi ou la propagande. C'est l'aboutissement de la politique entamée par Richelieu et poursuivie par Mazarin qui légua ces "patronages" multiples au roi qui en pris la charge directement et ne la lâcha jamais, à l'inverse d'un Louis XV qui n'a que très partiellement pris en charge cet aspect des choses, avant tout par indolence; l'Etat comme institution était bien implanté, mais les prérogatives de ces patronages, il les délégait à un factotum, 1er ministre de fait, qui pouvait ainsi gérer et redistribuer du pouvoir pour son propre compte (celui de sa faction). Louis XIV n'a JAMAIS laissé faire ça, et c'est ainsi qu'il faut comprendre que Louis XIV a, à partir de 1661, dirigé par lui-même et refusé un "principal ministre" ou un "surintendant des finances". Malgré toute l'importance de Colbert et Louvois, l'immensité des attributions de leurs différentes fonctions, ils ont toujours eu besoin du contreseing du roi, de son approbation, et toujours subi sa surveillance et son assiduité à savoir et comprendre ce qu'ils faisaient dans le détail. L'épisode de Fouquet avait été la leçon finale. Oui, clairement dans le cas des compagnies anglaises et hollandaises; la confusion vient plus du degré ultérieur d'interpénétration de l'Etat et de ces compagnies dans la prise de décision de long terme, qui engage fortement et durablement un Etat pour longtemps et impacte directement sa position et sa posture internationales. Le monopole vient avant tout initialement du risque impliqué par les transports longue distance de l'époque et la nature des "implantations commerciales" qui impliquent un aspect diplomatique et militaire, local et international. Seul le monopole pouvait permettre la grande taille des entreprises qui donnait les moyens d'économies d'échelles et ceux d'avoir la masse critique pour se permettre avec efficacité de telles entreprises, mais surtout seul le monopole permettait la visibilité à moyen et long terme pour limiter les coûts d'assurance maritime, ceux de réassurance (ou "assurance crédit") de fait payés pour limiter les dégâts potentiels d'entreprises incertaines, limiter ceux des variations de prix entraînés autant par la faible stabilité de ces activités de "grand commerce" que par le risque d'une guerre des prix en cas de situation concurrentielle.... Les chantiers navals britanniques et hollandais sont en très grande majorité privés ou opérés par des entreprises privées à cette époque. Et oui le pouvoir de telles compagnies en interne est énorme, notamment dans le cas anglais où il s'agit véritablement de l'épine dorsale du commerce, et donc de la finance, des plus gros fournisseurs uniques de cash (que les petits opérateurs commerciaux ne peuvent égaler individuellement) au système politique, que la séparation entre fonction publique (et parlementaire) et intérêts privés n'existe pas, que le souverain anglais est plutôt faiblard au XVIIème siècle et strictement cantonné à certains pouvoirs au XVIIIème.... La East India Company dans ce jeu est de loin la plus grande, avec la Compagnie de Smyrne/du levant qui vient loin derrière, et celles des Indes occidentales aussi. Le fait est que le roi, ou même un premier ministre fort, ne pouvait pas révoquer la charte de ces compagnies pour la "filer à un autre": il s'agit d'investissements et de moyens permanents colossaux. Révoque la charte, et qui prend la place? Personne n'a le quart du dixième du cash disponible, et encore moins les moyens pratiques établis (entrepôts, stocks, administration, arsenaux, flottes, personnels de tous niveaux de qualification, réseaux de clientèles établis....) pour prendre la place ou même le faire en quelques années. Il faut longtemps, et surtout à cette époque (espace-temps plus grand, économies plus fragiles), pour établir de telles structures; les acteurs de ces "marchés" ne sont absolument pas interchangeables et substituables. Le temps n'est pas neutre dans cette affaire, et il fait arriver à une taille si énorme de ces compagnies, et surtout une imbrication si profonde dans les mécanismes de décision politique, que tout le processus de perception de l'intérêt général et de décisions le favorisant est faussé avec une part disproportionnée des intérêts de ces types d'acteurs. La compagnie des Indes avait ses propres troupes pour conquérir et contrôler ses propres colonies: les troupes royales quand il y en avait étaient très très minoritaires. La conquête des Indes au XVIIIème siècle est caricaturale à cet égard, avec les 3 armées des "présidences" du sous-continent. Attention, la question n'est pas de dire que ces compagnies n'ont pas AUSSI rapporté à leur pays d'origine, y compris au sens de l'intérêt général, mais de dire qu'elles ont ORIENTE les axes de développement de leurs pays, favorisé une certaine perception de l'intérêt national aux dépends d'autres, potentiellement meilleures voire plus profitables, ou moins profitables immédiatement (aux acteurs commerciaux), mais impliquant corollairement moins de coûts annexes, notamment en terme de guerres et de tensions internationales, d'occupations permanentes, d'abus en tous genres compliquant la tâche de long terme et contraignant à une occupation toujours plus vaste et plus coûteuse, impliquant toujours plus avant dans la politique interne des régions conquises. Et cette orientation, cette surimposition d'une perception de l'intérêt national trop fortement coloré par des intérêts privés, s'est faite aux dépends d'une perception différente, potentiellement plus équilibrée, et surtout représentant un consensus différent dans un pays: leur voix portait trop fort en proportion, par rapport aux intérêts d'autres acteurs privés, qu'il s'agisse de la population et des groupes qui la composent, d'autres acteurs économiques, de groupes recherchant une posture moins aggressive sur la scène internationale (et concourant de ce fait à un équilibre européen différent, avec moins de guerres ou des guerres durant moins longtemps....). C'est pas si déconnecté que cela: la plupart des business majeurs ont besoin d'un pays d'ancrage sur lequel ils pèseront précisément parce que bien des attributs de la puissance leur échappent encore en propre, et que c'est un biais pour aussi peser sur d'autres Etats. Par ailleurs aucun business n'est déconnecté du besoin d'implantations physiques, d'un marché avec des gens dedans pour acheter, de bassins d'emplois, d'Etats qui prennent en charge le plus possible de coûts (infrastructures, coûts sociaux, éducation, bonus pour l'implantation, sécurité, voire moyens militaires....). Ils ont besoin de plusieurs types d'ordres politiques organisant les populations (certains business ont besoin d'une certaine instabilité, ou ont aussi besoin d'Etats qui connaissent une certaine instabilité/faibles) de façon plus ou moins stable (mais ils ont besoin de grands Etats stables, de vastes marchés type pays développés où la stabilité politique -donc un certain niveau de consensus social- est un acquis). Et surtout, faut pas voir ces acteurs toujours comme des penseurs de long terme: ils réfléchissent souvent à très court terme, ce qui est l'une des principales raisons de mauvais comportements répétés et du bordel qu'ils créent partout (quand on regarde "à plus grande échelle"). On peut voir beaucoup de choses dans l'actuel "LIBOR-gate": intérêt d'un gouvernement britannique à masquer le mauvais état de ses banques et à leur faire faire du cash pour combler, incapacité à les renflouer en raison d'une austérité destructrice, d'un gaspillage de feu la rente pétrolière et d'un endettement astronomique, intérêt des banques à cacher leur état réel et leur façon de fonctionner, très loin d'une économie "de risque", de "création" et "d'investissement", collusions/interpénétration des élites économiques et politiques.... C'est un secret de polichinelle qu'EURIBOR fonctionne de la même façon et fait l'objet des mêmes ententes frauduleuses (ainsi sans doute que la plupart des indices). Les conversations fameusement enregistrées entre ces dirigeants de banques pourris (les cons oublient eux-mêmes qu'ils ont signé des contrats d'assurance impliquant l'enregistrement de TOUTES les lignes fixes de leurs locaux) sont TRES révélatrices. On y voit notamment les mulitples problématiques induites par la "sphère financière" dite spéculative et la place financière de Londres qui, en tant que globalité/secteur économique, est de fait un acteur politique (très peu de monde au sommet, soit de petits groupes assez peu nombreux pour être des interlocuteurs pouvant s'entendre et exercer des pressions directes et informelles sur un gouvernant), qui a des besoins, des contraintes, des intérêts à faire au maximum passer pour "l'intérêt général", des moyens.... Les financiers peuvent -et ils le font- faire le chantage à la désimplantation, mais ce n'est pas non plus un processus qu'ils peuvent envisager facilement: une place telle que la City, dans tous ses aspects, ne se reproduit par ailleurs du jour au lendemain, pas sans des coûts extrêmes, beaucoup de temps, d'efforts, de concessions et de négociations.... Même cette "industrie", la plus dématérialisée et "rapide" du monde pour ses flux, ne peut être séparée de bien des réalités concrètes. Elle ne peut "se déplacer" en quelques clics. -
Dilution du pouvoir des états vs montée en puissance des intérêts privés
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Histoire militaire
Juste un petit bémol: la compagnie française n'a jamais pesé lourd, et venait en fait d'une initiative et d'une volonté étatique: l'Etat en a toujours eu le contrôle, notamment par le fait qu'elle devait régulièrement la refinancer: elle n'a jamais trouvé suffisamment d'investisseurs privés, le "capitalisme de la fonction publique" en France étant un business plus rentable et sûr, avec en tête du dispositif la Ferme Générale, et ses développements outre-mer, ainsi que sa politique, ont ainsi essentiellement été fonction des desideratas de l'Etat. Mais si tu veux à cet égard un lobby privé interne surpuissant à la même époque en France, prend la Ferme Générale, qui a pesé TRES lourd dans la politique française des XVIIème et surtout XVIIIème siècle, et rarement pour le meilleur. C'est vraiment le "pouvoir de la finance" tel qu'il était sous la monarchie, très différent de celui des Anglais ou Hollandais, mais au final aussi déterminant dans les décisions politiques (même s'il s'agit plus de la politique intérieure que de la diplomatie quoique de fait, le pouvoir de la Ferme Générale ait indirectement pesé lourd dans ce domaine). Cela renvoie aussi jusqu'au lobby des Publicains à Rome, et distingue ainsi une forme "parallèle" du poids d'intérêts privés groupés dans la conduite politique d'un pays, au point souvent de menacer sa stabilité, ses intérêts réels et justement perçus (masqués sous des prétextes), sa défense, sa politique extérieure (et ce qu'elle entraîne comme conséquences), sa sécurité voire son existence même. En plus évidemment de réduire la puissance publique "centrale", la décision politique, en la soumettant à des acteurs opérant avant tout pour leur intérêt privé. Au final, les grandes familles de patriciens romains dont la rivalité va se polarisant et déchirant la société romaine sont réellement de tels acteurs, autant par l'impact social, donc politique, de leur poids croissant dans la décision de l'Etat romain que par leur expansionnisme extérieur qui déséquilibre la société romaine et n'est opéré que sans cohérence ou vision précise justement parce qu'il ne raisonne qu'à partir de l'intérêt privé de ceux qui manipulent le Sénat et lui imposent leurs décisions qui ne sont fonction que de leur intérêt. Historiquement, au final, la pluralité et la lutte contre toute forme de concentration de "poids" politique, de pouvoir, ainsi que l'affirmation d'une puissance publique qui assortit ses prérogatives théoriques (légales) de moyens réels dans tous les domaines, est la seule façon d'imposer une loi à ces "féodalités", qu'elles soient claniques, territoriales, fondées sur des castes, guerrières ou capitalistiques (ou religieuses....). Les lois antitrust aux USA sont un exemple plus récent (et leur démantèlement progressif) de cette lutte (manifestation spectaculaire par l'éclatement de Bell en "baby bells"), de même que l'abolition par Philippe Le Bel du droit de guerre privée et sa politique d'interdiction graduelle de battre monnaie à tout autre acteur que le roi, ou la commise des territoires continentaux des Plantagenêts par Philippe Auguste. L'érection de monopoles nationaux en est un autre, de même que tout simplement le monopole de la violence légitime (et légale). Pour les puissances financières, on peut rappeler que les premiers dispositifs de contrôle des activités Parce qu'il faut bien se rendre compte qu'aucune loi dans un aucun domaine n'a de poids si le pôle étatique n'a pas dans le même domaine un contrepoids réel et/ou une justice disposant des moyens (légaux/juridiques et physiques/techniques) de veille, d'enquête, d'arbitrage, d'autorisation/sanction et d'application (moyens policiers) suffisants. Et l'autre chose dont il faut se rendre compte, surtout aujourd'hui, est que notre définition "de principe" du pouvoir est très insuffisante: dire que le pouvoir se limite à l'exécutif/législatif/judiciaire, c'est passer complètement à côté de la plaque. Alors pour ne pas verser dans la tyrannie de l'Etat (qui est tout sauf la seule tyrannie possible), l'effet inverse, il convient, notamment dans les domaines de l'information/connaissance/débat en général, dans le domaine économique comme dans le domaine de la circulation des biens, des personnes, des capitaux et de l'information/savoir, que "la part de l'Etat" y soit strictement définie et fasse place à des acteurs privés. Mais l'impératif corollaire est qu'ils soient NOMBREUX. Ce qui renvoie au fond à la définition d'un marché vertueux par Adam Smith et les principes de libre accès, d'information non biaisée et d'atomicité, en particulier. Le problème des 3 domaines de pouvoir (qui s'ajoutent aux "3 pouvoirs" régaliens traditionnels) décrits précédemment est que l'Etat doit y être avant tout régulateur et arbitre (autant que faire se peut se concentrer sur ce rôle), mais aussi prescripteur, autant pour favoriser (et en maintenir la perception) l'intérêt général dont il est le seul organisme dépositaire (et qui a un intérêt fondamental à le soutenir) que pour "peser" dans ces activités, comme acteur au sein de la "bataille", jouant dans ces aspects, autant que possible, le "participant" comme les autres en n'établissant pas une position dominante. Problème qui a toujours existé mais encore plus aujourd'hui: ce jeu ne se joue pas en circuit fermé dans un pays: il est ouvert, et les acteurs étrangers s'invitent de multiples façons, qui se résument essentiellement à deux grandes familles de modes d'action: - entrer dans un pays en y devenant soi-même un acteur, mais un qui a aussi de la "réserve de puissance" à l'extérieur - peser sur les décisions de l'Etat hôte en fonction de son "poids" propre et de son habileté, pour fausser le jeu à son avantage, mais aussi peser sur son Etat d'origine ou tout autre Etat "utilisable" pour faire pression sur le dit pays hôte Sous une forme ou une autre, ce jeu a toujours existé entre la puissance publique d'un pays (pas "la puissance publique" en général, ce qui sera une abstraction théorique tant qu'il n'y aura pas un gouvernement mondial unique) et les puissances privées du pays et de l'extérieur. Quels sont les acteurs historiques de ces "puissances privées"? Inclure les féodalités de tous types, internes à un Etat central (clans, chapelles, corps, familles....) ou à un pays est légitime puisque l'une des manifestations les plus durables de la puissance a toujours été le contrôle de pans de l'économie (territoires, noeuds ou axes de communication, part donnée d'une activité -surtout une cruciale comme la finance-, type de ressource ou production importante, bassin d'emploi/proportion de la population active....) ne serait-ce que pour le seul aspect de la masse de cash et de moyens que ces pans procurent à leur titulaire, individu, "clan" ou groupe d'un autre type. Aujourd'hui, les multinationales et grands groupes de divers types sont parmi les plus lourds de ces féodalités, poursuivant cette longue histoire de la lutte entre centres et périphéries, acteurs privés et acteurs publics. Peut-être faudrait-il y ajouter les "grands groupes" d'acteurs économiques "illégaux", soit les maffias modernes, qui sont avant tout des acteurs économiques. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
J'ai parlé y'a pas longtemps à un banquier (banque "d'investissement"; en bref un boursicoteur professionnel de haut vol qui joue avec des centaines de millions) qui était là à me vanter les mérites immenses de la dette allemande comme achat par rapport à la dette française, décrétant que l'Allemagne était "fiable" et n'avait jamais fait défaut tandis que la France si (apparemment dans son esprit, les années 1790 c'était hier et la République de Weimar et ses défauts de paiement n'avait pas existé, et ces précédents lointains semblaient justifier quelque chose), entre autres clichés débiles sur la "rigueur germanique" et la "légèreté latine", et bizarrement le gars n'analysait aucun des fondamentaux de l'économie allemande actuelle (et de la démographie, des perspectives sociales, de son niveau d'endettement.... Qui la foutent dans les fait dans une situation plutôt identique à la nôtre voire par certains côtés pires). Depuis ce jour (bon en fait depuis plus longtemps, mais c'est pour le style :lol:), j'ai de très sérieux doutes sur la soi-disant objectivité de professionnels de haut niveau, et leur capacité à correspondre à l'image qu'ils veulent donner. Tout comme on peut avoir de sérieux doutes sur la compréhension de l'économie par les traders (qui est souvent bien mauvaise, mais le drame c'est que ça n'a que très peu à voir avec leur métier). Mais le fait de refuser d'assurer ou de rendre les cotisations d'assurances inabordables, ou encore les prestations plus partielles, pour une catégorie de gens qu'on délimite par soi-même, c'est de fait créer une catégorie qui se trouve par cet acte désignée comme telle, d'une part, et plus encore, c'est accroître les difficultés et le stigma social porté sur cette catégorie. Ca n'est peut-être pas à l'origine fondamentale, mystique et psychologique du racisme, mais c'est de fait un facteur fondamental et de base qui lui donne une réalité concrète et un impact mesurable qui eux ne feront qu'accélérer un cycle de fonctionnement du racisme dans une société. Mais ce qui est hautement récusable, c'est cette idée que les assureurs se réfèreraient à des "critères objectifs", des "réalités observables" qui seraient des normes indéniables. Un autre exemple existe depuis une trentaine d'années en banque avec le micro-crédit: les organismes qui s'y consacrent ont constaté des taux de remboursements des bénéficiaires de ces petits prêts à buts productifs qui était infiniment plus élevés que ceux accordés en banque "normale". 30 ans de réalité statistique constatée sur ces populations défavorisées, en pays riches comme dans le tiers monde, et pourtant les banques traditionnelles non seulement continuent à refuser de prêter "à ces gens là" (stigma social et/ou racial), mais en plus continuent à garder les mêmes comportements de prêts qu'auparavant, avec des taux de défaut plutôt élevés, et plutôt croissants. La rationalité du choix existe peut-être à un niveau moins avouable et au nom de calculs moins publiables, mais l'exemple du banquier cité plus haut, ainsi que d'autres, m'incitent plus que largement à douter de "l'objectivité" des arbitrages. Peut-être pas dans l'intention des individus qui font le calcul et prennent la décision, mais dans les faits si, c'en est: c'est un stigma concret à effets réels et handicapants qui part d'une suranticipation fondée sur.... Du flanc. En écartant le fait des assureurs racistes ou sectaires à titre individuel (il ne faut jamais mésestimer la réalité du guichet, du contact initial), il faut bien se rendre compte que, intention ou non, c'est de fait de la discrimination, et qu'elle est fondée sur des calculs proprement stupide. Je n'attaque même aucunement le principe de pouvoir estimer des probabilités réelles de profit ou non, je dis entre autre qu'il s'agit d'une très mauvaise mise en équation de la question, qui conduit autant à une discrimination concrète (qui engendre un cycle néfaste qui coûtera aussi de l'argent), qu'à un calcul économique stupide, fondé sur de mauvais choix de données et de critères (plus globalement d'une compta analytique plutôt foireuse): mauvaise nomenclature/segmentation des populations, mauvais calculs de probas, critères de référence non pertinents et/ou trop partiels (en plus d'être partials, mais ça c'est plus "sentimental").... Une métaphore anecdotique pour illustrer le principe, via le prêt bancaire dont on dit qu'il n'est accordé qu'aux riches: c'est partiellement faux, dans le monde réel, le banquier ne l'accorde qu'à ceux qu'il perçoit comme riches ;). La nuance est très forte, et on pourrait faire (et là j'ai des exemples concrets) une histoire du changement radical de mentalité aux USA dans ce domaine entre les années 60-70 et aujourd'hui, qui a fortement nui à leur capacité d'innovation et surtout d'entrepreneuriat, avec comme principal fautif les banques, qui ont largement perdu un savoir-faire énorme dans l'estimation concrète des potentiels et des projets. Le changement est autant de mentalité dans la profession que de choix critères de référence/arbitrage et de capacités de "jauger" projets et individus (je ne parle même pas de la capacité à la "prise de risque"). Et l'effet réel se constate sur l'aptitude globale à lancer des projets économiques, à l'innovation, mais aussi sur l'augmentation constante des défauts de paiement et non remboursements, des fraudes.... Un fait illustré par des constats statistiques sur plusieurs décennies, mais dont les banques ne tiennent pas compte, se référant toujours à des critères dont beaucoup doivent plus à des préjugés qu'à la réalité: le fraudeur au prêt type aux USA est blanc, cadre, petit patron ou ayant une activité (complémentaire ou de plein temps) à son compte, soit le type même de gens à qui les banques VEULENT prêter en priorité à conditions favorables, et continuent à vouloir le faire. Les montants impliqués sont atterrants, mais elles continuent et font du lobbying pour obtenir des régulations facilitant toujours plus leurs orientations. Alors évidemment, ce public est aussi le plus rentable quand il ne s'agit ni de fraude ni de défaut, donc il reste un public de choix pour une banque, mais ce public est lui jugé comme une catégorie globale malgré un taux de retour qui n'est pas spectaculaire et présente une proportion statistiquement importante de défauts et fraude, preuve d'une mauvaise catégorisation, de mauvais référentiels, de critères mal choisis, d'une faiblesse dans l'analyse et l'estimation.... Bref, de mauvais calculs, et qui pis est, de mauvais calculs persistants pendant des décennies. C'est de fait pas du bon business, ça repose en bonne partie sur des préjugés complètement arbitraires dans ce qu'on classe "à risque" ou non, un déni de réalité durable, et donc une forte part de psychologie. Avec un impact corollaire important sur l'économie, et surtout une participation active à une réalité discriminatoire dans les faits, qui engendre elle un cycle bien réel d'exclusion générateur à terme de problèmes persistants et bien plus grands. -
Les forces armées terrestres russes
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Asie / Océanie
Ca ne vaut que dans un affrontement symétrique massif, où l'affrontement est à courte distance et recherché par essence, et où des armées organisées et sophistiquées opèrent sur terrain très "balisé" et quasiment en front continu (où la ressource humaine -le fantassin débarqué surtout- est comptée), avec une grande importance de l'attrition dans un temps très court.... Type OTAN-PAVA. Dès lors que le combat est plus "dilué" dans l'espace, plus mobile, face à un adversaire pas forcément porté sur une chaîne logistique surdéveloppée et/ou qui dispose d'un vaste réservoir de troupes, tu veux tirer plus loin, plus fort et pour tuer/incapaciter tout de suite. -
Embuscade en Guyane ! 2 militaires français tués
Tancrède a répondu à un sujet dans Actualités terre
Non, mais parce que les problèmes y sont gigantesques: des méthodes de ce type n'ont rien de "culturel": ce sont les méthodes de forces de police qui sont dépassées par une tâche titanesque et ne peuvent se permettre de mettre plus de formes. Plus t'es dans l'urgence permanente, plus t'es brutal parce que t'as moins d'options et de temps, c'est quasiment arithmétique comme rapport. Plus ils reprendront la main sur les gangs de leurs grandes villes (pas garanti), plus la brutalité s'infléchira pour de nombreuses raisons (pressions diverses, nationales et internationales, pour le respect des droits, besoin de pacifier la sphère civile, pressions civiles pour moins de brutalité, d'arbitraire et de "dégâts collatéraux"....). Certaines polices européennes, y'a encore pas si longtemps, n'étaient pas non plus connues pour leur grand respect des formes ou leur tendresse. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Déjà poser ça comme un jugement "froid et dépassionné" fondé sur le simple intérêt financier "impartial", c'est très exagéré parce que ça revient à croire à la capacité humaine (et pire encore, d'une organisation humaine) à l'objectivité. Déjà gros doute. Ensuite ça suppose que la quantification de ce "facteur" est "juste" ou même "possible", ce qui implique quand même un degré de subjectivité et de pifométrie fondamentale qu'on peut déguiser comme on veut sous des apparences de "calculs", mais qui reste du niveau de l'empirisme de l'homme de Cro-Magnon essayant d'estimer ses besoins en viande de mammouth pour un plan comptable quinquénal. Enfin ce genre d'attitude, loin d'être neutre dans le problème présenté, est du ressort de la prophétie auto-réalisatrice et multiplicatrice: on anticipe une difficulté, et ce faisant on la crée ou on l'amplifie radicalement, transformant une vague appréhension en fait, un ressenti plus ou moins estimé en authentique problème public et handicap d'une ou plusieurs catégories de gens (généralement comme cela qu'on crée un cercle vicieux). -
et si vous me racontiez la guerre de 100 ans ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Le schisme n'a pas une telle importance pour la guerre de cent ans parce que tout simplement l'Eglise a très manifestement perdu de son poids politique et géopolitique autour de cette période, ce que le comportement de Philippe Le Bel à l'égard de la papauté avait amplement démontré. Ca ne veut pas dire que le pape ne pesait pas encore d'un poids très lourd, particulièrement quand on voit la position, le "poids" d'un pontife comme Jean XXII vis-à-vis de la couronne de France dans les années 1320, très affaiblie (fin des capétiens directs avec 3 monarques "faibles" pour différentes raisons). L'onction de l'Eglise pèse lourd, son poids financier est énorme, son importance via ses implantations dans chaque pays, sa part dans la structuration (hiérarchique, organisationnelle, politique....) des dits pays, sont énormes, son impact culturel et donc politique est difficilement mesurable mais fondamental, son importance dans le paysage économique national, régional et local reste capitale (en ce sens, les divers échelons de l'Eglise dans un pays en font des acteurs féodaux de plein droit, ce qu'ils étaient d'ailleurs dans la féodalité initiale et avant dans le système carolingien). Mais l'Eglise, comme les royaumes, connaît des divisions internes, et tous les papes n'ont pas la même autorité; l'importance même de cette "multinationale" profondément implantéelocalement et nationalement, et quadrillant l'Europe, en fait aussi un organisme difficilement unifié, qui n'agit pas comme un seul homme et recèle d'ailleurs bien des ambitieux qui veulent "monter" dans le cursus clérical, et/ou s'affirmer localement comme potentats avec qui il faut compter, et/ou qui, venant de grandes familles, "oeuvrent" avant tout pour eux et leur famille et veulent tel bénéfice ecclésiastique pour renforcer leur propre position individuelle (ca de tant d'aristocrates qui sont "abbés laïcs" ou touchent les bénéfices d'une position ecclésiastique sans être dans les ordres) ou appuyer la "politique" de leur clan. Comme organisation sociale et économique, l'Eglise appartient pleinement au système féodal et représente un enjeu. Ce qui est d'ailleurs montré au plus haut niveau, et ce niveau a posé justement problème, par la tiare pontificale elle-même qui était l'enjeu de pouvoir pour les grandes familles romaines (Orsini, Colonna....) aussi bien que le "turf" privé qu'elles défendaient (leur seul point d'accord) de toute ingérence étrangère. Mais au XIVème siècle, face à l'affirmation de royaumes plus stables et unifiés sur de plus longues périodes de temps (résultat de la "concentration" graduelle de la féodalité, jadis jeu concurrentiel puis progressivement résumé à très peu d'acteurs de grand poids dans chaque pays, voire sous certains monarques, un seul), en raison de ses propres problèmes, notamment la corruption et le trustage de la papauté par les familles romaines, l'Eglise n'a plus la même emprise sur les royaumes d'Europe qu'auparavant. Une sorte de victoire posthume de Frédéric II et des Hohenstaufen (qui avaient perdu l'affrontement dit des Guelfes et des Gibelins), en somme, mais un reflet de la réémergence de pôles nationaux durablement forts comme résultat, après plusieurs siècles d'émiettement féodal du pouvoir et de la stabilité, état de fait qui venait de la décadence du système carolingien. A cette époque, le pape pesait nettement plus lourd par rapport à des souverains eux-mêmes très faibles dans leurs propres pays (sauf le St Empire jusqu'à Frédéric II, tant que l'empereur disposait en propre du plus important domaine féodal, essentiellement le défunt "royaume de germanie"). Même Philippe Auguste avait du s'incliner devant le pape plusieurs fois, notamment après que celui-ci ait jeté l'interdit sur le royaume de France: essentiellement, cela voulait dire qu'aucun prêtre ne célébrait plus la messe, n'enregistrait les naissances, ne célébrait les baptêmes, n'enterrait les défunts en terre consacrée avec les rites funéraires, ne faisait la charité, n'actait l'équivalent du cadastre, ne sanctionnait de transactions commerciales.... Ca rendait vite beaucoup de monde mécontent, et la grogne remontait vite la chaîne féodale jusqu'à un roi qui se rappelait alors qu'il n'était pas omnipotent et qu'il pouvait être très très mortel. Mais au XIVème siècle, les clergés nationaux n'étaient plus si facilement contrôlables par une papauté affaiblie, et les rois avaient beaucoup plus de cartes dans leurs manches et d'emprise sur leurs pays. Alors l'Eglise garde beaucoup de pouvoirs et d'influence, mais elle ne "manipule" pas des leaders, même si un pape ou un cardinal doué et suffisamment riche et/ou ayant quelque chose à offrir au dit leader peut toujours vendre son soutien parce que selon les cas, il peut encore valoir beaucoup, ponctuellement ou durablement. Mais dans le cadre de la guerre de Cent Ans et du Schisme, se déclarer pour un pape n'était pas toujours la première priorité d'un souverain temporel, un "en place" ou un "prétendant" (qui prétend avec une armée derrière lui ou une coalition de potentats), mais c'en était quand même une: "être avec" un pape ou l'autre voulait dire avoir pour soi, dans son pays ou son territoire, une partie au moins du clergé local (lui-même plus ou moins divisé et souvent "mouvant" dans ses allégeances, afin de s'assurer sa survie et/ou du pouvoir dans son coin), donc une emprise sur les populations, de la légitimité aux yeux d'une partie de ces populations et de la pyramide sociale de la région/du pays.... Mais dans l'état de la papauté à ce moment, ce n'est pas à surestimer dans beaucoup de cas: c'est nécessaire de s'affilier à une des deux papautés, mais chacune des deux est au moins autant en demande de reconnaissance par ces Etats ou potentats locaux. Faut imaginer une chrétienté divisée en deux (de façon plus ou moins mouvante) sur le plan organisationnel, territorial, hiérarchique, économique: les ressources de l'Eglise vont vers deux caisses, les évêchés se vendent au plus offrant et donc gardent plus du denier du culte et des rentes des biens de l'Eglise pour eux (en attendant de voir à qui en reverser), chaque évèque, chaque cardinal, les grands abbés et dirigeants d'ordres ecclésiastiques sont nettement plus autonomes et moins sous contrôle (quand ces postes ne sont pas directement tenus par un seigneur ou un proche d'un roi), définissent leur propre intérêt, donc leur propre politique.... En temps de division, le centre pèse moins et les parties pèsent plus: on voit en plus l'échelon "intermédiaire" des clergés nationaux s'affirmer face à la papauté. En France, c'est la tendance dite "gallicane" qui, concrètement, voit les évèques et archevèques français se concerter plus souvent: ils sont pas toujours d'accord, ils peuvent être liés à un "parti" ou un autre (dans la querelle bourguignons-armagnacs par exemple; le procès de Jeanne d'Arc et la personne de Pierre Cauchon sont des épisodes hautement révélateurs du fonctionnement interne de la hiérarchie ecclésiastique et de ses factions), mais ils se pensent plus comme une entité particulière et s'organisent plus comme tels. Ce fait a initialement émergé entre autre face au "monopole de la tiare" par les grandes familles romaines. Faut pas se méprendre; bien qu'encore puissante, la papauté est à cette époque, et même avant le schisme proprement dit, très affaiblie par rapport à ce qu'elle était encore un siècle plus tôt. Dans la lutte entre le souverain spirituel et les souverains temporels, le premier a déjà perdu. Auparavant, s'il désavouait un souverain, celui-ci pouvait, si les circonstances s'y prêtaient, perdre son trône et sa vie. Bien que ça ait pris le temps, ce fait a été rappelé par la fin des Hohenstaufen, et explique en grande partie la terrible férocité avec laquelle la papauté a poursuivi les héritiers et proches de Frédéric II (qui ont connu des fins assez atroces) alors qu'ils ne représentaient plus un danger politique. Au XIVème siècle, sauf dans certains pays plus divisés et plus petits, et encore en jouant extrêmement finement et en payant très cher suffisamment d'alliés et de soutiens, le pape ne pouvait plus faire ça: quand Philippe IV fait baffer (et battre) Boniface VIII, c'est grosso modo le fond derrière la forme (la baffe). Qui aurait pu alors imaginer qu'un tel acte soit possible, et surtout qu'il n'y ait aucune répercussions ni aucun moyen d'en avoir pour l'Eglise? -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca, ça sonne pas du tout comme une classe politique traditionnelle. Ca, ça sonne beaucoup plus comme une classe politique traditionnelle :lol:. Raah, les catholiques y z'ont un pays, le Vatican, mais qu'y z'y retournent au lieu de venir bouffer le bon pain azyme des Français :lol:(citation).... -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Surtout que relativiser en disant "y'a des racistes partout, fin du problème", ça souligne aussi l'absence de quantification du problème: entre des extrêmistes voyants et parfois violents mais groupusculaires et des mouvements organisés d'une certaine taille (voire capables de peser de façon importante sur la politique d'un pays), on est pas dans la même dimension. Entre l'occasionnelle et toujours honteuse manif violente et raciste bi-annuelle d'un tel groupe et des manifs régulières qui franchissent la barre des médias sur une base mensuelle, y'a aussi un monde. Entre des manifs de cette sorte qui sont l'alpha et l'omega de ce que fait un tel groupe et d'autres manifs similaires qui ne sont que la partie émergée des actions d'un autre groupe extrêmiste, encore une fois on est pas dans la même dimension de problèmes, tout comme le fait de savoir si de telles manifs sont le brouhaha bruyant et impuissant de groupes extrêmes somme toute "folkloriques" et regardées comme une curiosité ou une nuisance habituelle, ou savoir si elles ont une approbation totale ou partielle dans une part plus ou moins importante de la population. Bref, "il y a des racistes partout", ça marche pas pour expliquer la chose et décréter que c'est au final pareil partout. Et la question sur ce fil devient: qu'est-ce que ces manifs et leur fréquence, ou leur importance (quelles qu'elles soient) traduisent en Israël? Quelle réalité reflètent-elles? -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca choque (en occident) quand ça se passe dans un pays développé avec liberté d'expression, mentalité cosmopolite et tout le toutim des démocraties. Israël n'est pas particulièrement pointé du doigt dans ce genre de comportements: les USA, l'Angleterre, la France, l'Autriche, les Pays Bas, l'Allemagne, la Belgique.... Ont aussi droit à leurs quarts d'heures d'infamie mondiale quand il y a ce genre de trucs. Si, régulièrement.... Mais bon, là c'est la force de l'habitude :P :-[, ça frappe moins le regard (s'il y avait des banderolles "vive Israël", là, les newsies sauteraient de partout :lol:.... L'effet "nouveauté"). Et quoiqu'on en dise, condescendance ou non, les journalistes comme le public s'attendent pas à autre chose des pays du Golfe: les drapeaux israéliens ou américains cramés, les "mort à l'occident" dans des manifs haineuses au Moyen Orient.... au 20h, ça fait partie du paysage. -
Réalisme des films de guerre
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gran Capitan dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Pfffff: lui, c'est un général, et en plus un au cinéma.... Il s'y connaît quand même vachement mieux que nous !!!! -
Doctrines des opérations spéciales
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rob1 dans Forces spéciales et clandestines
Disons que là le risque est toujours de se mettre à enculer les mouches, ce qui souvent se traduit dans les logiques de chapelle internes aux forces, à se réserver des missions, à en refuser d'autres, à justifier des budgets en plus ou en moins.... Et l'enculage de mouche sera ce qu'on entend par le terme "stratégique", qui peut quand même souvent servir d'attrape-tout. A factoriser en plus, et là je me fonde sur ton exemple, avec la perception au moment de l'opération: dans l'absolu du recul historique, avec ce qu'on sait aujourd'hui de la capacité réelle de l'Allemagne dans le nucléaire, oui, certes, l'opération ne fut pas d'une importance immense. Mais comment les Alliés, au moment de l'opération, voyaient le développement d'une bombe nazie? Croyaient-ils que l'Allemagne était bien plus avancée qu'elle ne l'était en réalité? Que savaient-ils de la chose? Même s'ils soupçonnaient son absence de réelle aptitude à déboucher rapidement, n'ont-ils pas là déclenché une opération préventive à moindre coût (ça coûte pas cher au final un tel raid) pour faire pencher les orientations allemande en termes d'allocations de ressources vers des voies autres que le nucléaire (= prendre un problème potentiel très en amont de sa réalisation effective)? A mon sens, l'un des aspects "stratégiques" des FS est le rapport coût-bénéfice (qu'on ne devrait jamais perdre de vue) disproportionné, autant par la disproportion des effets (enfin quand ça marche) relativement aux moyens engagés que par la "faiblesse" de la perte en cas de foirade et l'immense polyvalence de l'outil dans une gamme de types de missions très large. Ajoute aujourd'hui le niveau extrême de disponibilité et la rapidité de réponse quel que soit le lieu et les circonstances d'une mission, et tu as un outil proprement unique.... A condition que ces avantages ne connaissent pas une inflation constante analogue à celle des matériels majeurs et grandes unités militaires, qui rendraient les FS de moins en moins employables, absolument irremplaçables et encore plus une chapelle à part entière, définissant ses spectres de mission (et créant un vide croissant entre les FS et les forces conventionnelles), rognant des budgets, des effectifs, des moyens dédiés en les justifiant toujours un peu plus par une "doctrine" précise et circonscrite.... Certainement, mais va t-on parler "d'importance opérative", avec la mise à la mode à toutes les sauces de cet "échelon" de l'art dit opératif? Les FS sont censées être l'élément de souplesse, pouvant couvrir un large spectre d'opérations. La nébuleuse des "types" d'opérations est telle que bien peu de créneaux précis peuvent être dégagés et il serait à mon sens illusoire et surtout contre-productif de chercher à trop le faire, ce qui répond plus à des logiques de turfs et de chapelles. Les Ricains sont plus enclins à le faire par culture et surtout vu la taille de leur dispositif militaire et de renseignement. On serait mal avisés de le faire en Europe vu les effectifs qu'on se paie. Mais entre "stratégique" et "opératif", ou "de théâtre", une opération spéciale peut souent se résumer à une action commando pratiquée dans un contexte particulier sur une cible particulière dans des circonstances bien précises. Change un poil un de ces facteurs, et c'est un "banal" raid commando. Vu à plus large échelle, et c'est là où une "doctrine" commence à avoir un intérêt, c'est quand tu disposes de suffisamment de tels éléments pour appliquer un systématisme dans le choix des cibles, le timing des opérations et le séquençage des actions pour peser sur le cours des événements de façon disproportionnée aux moyens mis en oeuvre, ce qui réclame une pensée spécifique, un commandement/sous-commandement spécifique, une doctrine et des modes opératoires spécifiques, mais si et seulement si tu as un pool permanent de moyens dédiés qui est 1/ suffisamment important, et 2/ dont l'importance ne vampirise pas par ailleurs les moyens "normaux/conventionnels" de mener le conflit. Cela peut inclure notamment de ne pas cantonner les éléments FS à un "créneau" qu'on cherche à trop définir, la coopération avec les autres forces pour des objectifs plus "conventionnels" devant rester de mise. Aux USA, ont peut voir la différence d'approche entre le versant "Army" et les Marines, ces derniers étant moins hiérarchisants et définissant un champ de "capacités spéciales" assez vaste auquel bon nombre d'unités conventionnelles sont aptes, histoire de moins essayer de normer trop précisément le domaine, et de moins séparer les champs d'action. Détruire les avions allemands au sol en Afrique = anéantir toute chance pour l'Afrikakorps de disputer la supprématie aérienne aux alliés et de combiner attaque au sol et offensive blindée à haut tempo = donner plus de chances aux troupes anglaises = augmenter de beaucoup (par rapport aux moyens engagés) les probabilités de réussite sur ce théâtre = faciliter la sortie de théâtre des Allemands qui ne dispersent plus les moyens alliés sur plusieurs zones d'opération, ramenant le conflit dans la forteresse assiégée d'Europe. C'est "stratégique" dans l'intention. Mais on est là dans l'enculage de mouche de la définition de ce qui est "stratégique", surtout dans le cadre d'une guerre mondiale multi-théâtre, mais contre 1 (bon, 2) adversaire. Dans un tel contexte, tout théâtre est un aspect de la guerre parce que pour chaque camp, il appartient à une stratégie globale et n'est pas seulement pour lui-même (dans une telle guerre, chaque théâtre est une subdivision de la guerre, et toute fin de conflit périphérique rapproche du combat final). Mais si tu pousses trop le bouchon, la seule action spéciale stratégique aurait été des opérations à Berlin dès le début, non :lol:? Là on est dans le problème de l'ampleur du conflit: si la 2ème GM doit être l'étalon de mesure, alors il n'existe aucune arme (sauf le nucléaire), aucune unité (en-dessous de l'échelon "armée") et aucun système d'arme ayant un impact "stratégique". A l'échelle de la 2ème GM, tout est petit et particulier, d'importance locale ou tactique et rien de plus. Sur le plan pratique, les opérations spéciales ressemblent souvent à des actions militaires plus ou moins "de base": entraîner des guérillas locales peut être fait par des unités d'infanterie lambda ou des FS, c'est le contexte, la politique générale présidant à ces actions, leur coordination avec d'autres, les délais/l'urgence, l'importance qu'on y accorde, éventuellement la difficulté des circonstances, le besoin de discrétion.... Qui changent tout, même si parfois le niveau d'exigence en terme de capacités propres de l'unité concernée n'est pas forcément des plus élevés. La récupération d'otages est particulièrement emblématique dans ce domaine d'ailleurs, vu qu'elle est pratiquée par des unités de tous types, jusqu'aux plus pointues et secrètes, et montre que ce sujet est devenu un enjeu politique. C'est d'ailleurs au final ce qu'on devrait voir comme une alternative au mot stratégique, trop connoté dans nos esprits comme étant lié à une guerre au sens classique: l'importance politique d'un sujet donné, la vision politique qui préside à une action ou une série d'actions "spéciales", la priorisation de la chose, les conditions de la réussite.... Plus facile de l'appeler "stratégique" dans le cadre d'une "grande guerre" où le contexte militaire est général et permanent pour une longue durée. "Action non conventionnelle", "action spéciale", "commando".... Beaucoup de flou dans les champs couverts par ces termes qui reflètent au final bien mal la complexité immense de la réalité et de sa perception, donc des priorités qu'on donne et des séries d'actions qu'on planifie. Ca renvoie au flou des termes de "politique" et de "stratégie" qui sont en eux mêmes des quasi synonymes. Ca devient un peu ridicule de vouloir trop classifier ces choses dès lors que le réservoir de moyens dispo ne représente que quelques centaines d'hommes. -
Un champs de bataille de l'âge de bronze découvert
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Histoire militaire
Lesquelles? Les femmes bouffant les foetus? Les sacrifices rituels avant un premier stade de "civilisation" (où les humains sacrifiés étaient des droits communs condamnés à mort)? A noter cependant qu'on peut quand même en savoir un minimum sur les formes d'organisation et les coutumes de ces peuples via l'étude des populations européennes restées plus longtemps à ces stades de développement et en contact irréguliers avec des sociétés plus avancées: une bonne partie de la "Germanie" et de l'est et du nord des Gaules était encore pour ainsi dire à "l'âge du bronze" pendant la conquête romaine, de même que pas mal de populations du nord du Danube, celtes, germaines ou thraces, au moins dans un premier temps. Les Thraces du nord, notamment, ont ensuite connu un développement rapidedans les premiers siècles après JC, au contact (hostile) de Rome, et s'unirent (relativement) dans des entités organisées et sophistiquées (ce sont les Daces). De même pour quelques populations germaniques comme les Marcomans ou les Chérusques (pour ces derniers, ce fut une tentative au final foirée sous Arminius qui ne put jamais capitaliser sa victoire du Teutoburg). Mais grosso modo, les tribus germaniques entre Rhin et Elbe que répriment fréquemment Rome et dont elle joue de leurs divisions sont encore au Ier siècle après JC très proches de l'âge du bronze, de même que les Bataves et les peuples celtiques et germaniques du nord des Gaules. Ce sont souvent, basiquement, des chasseurs-cueilleurs semi-nomades vivant en petits clans plus ou moins en guerre permanente, sans centralisation institutionnelle ou physique (villes), sans conception culturel du travail organisé (économie de survivance, "culture guerrière", agriculture ponctuelle et minime, non permanente....). Il y a un vrai contraste avec l'espace gaulois entre Seine, Garonne et Rhône, qui a déjà passé, par contact avec Rome et surtout les Grecs, pas mal de stades de civilisation par lui-même (sédentarisation, défrichement, monétarisation, commerce, routes, "grand commerce", urbanisation, systèmes politiques plus complexes répondant à des groupes humains plus vastes, division du travail poussée, systèmes militaires naissants....). On peut voir ce fait au travers des différences entre les "corps" de druides des différentes régions, la différence des pratiques, notamment les sacrifices. -
comment sa se fait qu'on se fritte plus avec les Anglais depuis la Crimée ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
"Politiquement" compte pour l'essentiel: la démographie et l'économie comptent moins, non dans la réalité, mais dans la perception des décisionnaires de l'époque. Ce ne sont pas des choses encore étudiées en grand détail ni disposant de vraies méthodes de calculs et d'estimation fiables, et surtout elles ne sont pas vraiment une préoccupation susceptible d'étude par les diplomates et agents. On étudie les armées et flottes adverses, éventuellement les arsenaux et réserves disponibles de matériels et munitions, le niveau de préparatifs, parfois les infrastructures en des points-clés (sur les points de passages des frontières, les grands ports) et certains flux de marchandises quand des concentrations semblent se faire, mais guère plus, et encore pas d'une manière régulière (sauf pour l'étude des armées et flottes proprement dites). Et la culture comme les préoccupations des diplomates et services de renseignement (pas encore réellement organisés/centralisés dans des bureaux tels que nous les concevons, ni disposant de méthodologies, formations, centres d'intérêts étudiés, d'approches systématiques....) les amènentà ne prendre en considération que les aspects proprement politiques, en fait essentiellement les personnes: on étudie les dirigeants et décisionnaires de haut niveau (ou de plus as niveau ponctuellement, dans un endroit donné si une situation l'exige), directement ou indirectement, ce qui peut impliquer de s'intéresser à leur entourage, à leurs subordonnés, à leurs propriétés ou leur organisme de rattachement, mais toujours pour deviner les intentions, les réseaux, les tendances des discussions, les changements de regroupements politiques.... Bref, d'anticiper (et d'influencer) ce qu'un pays va faire, mais via ceux qui prennent les décisions seulement. Manque de moyens pour une autre approche, culture hiérarchique et traditionnelle, dédain pour d'autres domaines plus terre à terre, disciplines scientifiques encore balbutiantes voire inexistantes.... Y'a un peu de tout ça, mais avec pour résultat une appréciation du coup limitée de la posture d'un pays, qui par certains aspects permet, notamment en Angleterre, de faire persister des attitudes traditionnelles exagérées par rapport à la France, encore perçue comme le danger majeur pour l'équilibre continental tels qu'ils le souhaitent, ce que ni le PIB français réchappé de la période révolutionnaire, ni la démographie du pays (en effectif de population et plus encore en taux de natalité), en absolu comme en relatif aux autres pays (notamment à une Angleterre qui dépasse largement dès 1815-1820 les 20 millions d'habitants, sans même compter ses colonies et expats). Ce qui fait voir la France comme "tenue en respect", c'est la coalition entre les puissances conservatrices, qui semble relativement solide malgré toutes leurs divisions, le seul point de consensus. Et cette façon de regarder et d'anticiper change très lentement au XIXème, même avec la formalisation du renseignement, surtout militaire, qui ne commence à venir qu'avec le développement d'EM centraux permanents prenant la mesure de l'impact de l'industrialisation et de la mobilisation générale sur la guerre, et développant les domaines d'études qui vont avec. On voit qu'en 1870, seul l'EM prussien prend réellement de telles données en compte, mais au final très partiellement, et plus encore, uniquement pour des raisons pratiques ponctuelles, essentiellement afin de dresser des plans de mobilisation et de concentration en divers points du territoire, en aucun cas pour conduire des études générales sur un pays, surtout un autre pays que le leur, afin d'en déduire son potentiel réel et ses intentions. Même entre 1870 et 1914, ça n'est que très partiel et pas super développé, mais plus encore, ça n'entre qu'en partie dans la perception des dirigeants et des personnels de renseignement, de la diplomatie ou des armées: on commence certes à mesurer les productions d'acier et de charbon, ainsi que de quelques industries spécifiques (armement surtout), le potentiel de renouvellement des effectifs mobilisables, les réserves d'or, certains flux de marchandises (le tonnage marchand essentiellement), le "moral" d'une population, la stabilité du régime (ça c'est quelque chose de très étudié au XIXème, mais uniquement par certains aspects, souvent déconnectés de bases quantifiées et d'aspects pratiques rigoureusement étudiés).... Mais les seuls domaines réellement étudiés dans ce qui commence à devenir des enquêtes approfondies et actualisées en permanence, sont liés à l'aspect pratique des opérations militaires et des politiques d'armement, et uniquement vus sous le prisme opérationnel des EM. Le fait n'est que très partiellement compensé (mais il l'est quand même en partie) par les corps diplomatiques, surtout les ambassades, où les personnels sont longtemps en place, chargés de s'intéresser à leur pays d'implantation de façon informelle, où les ambassadeurs sont des personnages très politiquement introduits, véritablement cruciaux et très au fait des coulisses politiques et des réalités locales. Ce qui explique notamment des mauvaises estimations générales dans les attitudes de moyen terme d'autres pays, la persistance à haut niveau de préjugés culturels, le maintien concomittant d'un certain niveau de "surprise", des approches qui nous semblent plutôt "amateur" par bien des côtés, des bévues hallucinantes, des points de focus un peu "snobs" et élitistes, des erreurs d'interprétation et d'appréciation parfois gravissime, des surréactions et anticipations plus paranoïaques que nécessaire, souvent déconnectées de réalités quantifiées.... L'un des points célèbres de ce genre de visions est la prise au dépourvu des alliés face à la révolution russe, et la courte vue des services allemands dans leur participation à ce même événément, mais aussi la reluctance culturelle des Anglais à un rapprochement durable avec la France, même après 1918; cette reluctance a posé des obstacles bien réels, rendu la diplomatie plus difficile, faisant perdre du temps et du capital politique pour retrouver des terrains d'entente qui n'avaient pas fondamentalement changé.... Voir la France comme une menace pour l'ordre européen dans les années 20 fut une des pires bévues des Anglais, et là on se situe bien au-delà d'une perception "juste" des intérêts nationaux. -
Un champs de bataille de l'âge de bronze découvert
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Histoire militaire
C'est juste que les chevaux devaient pas être bien grands, des sortes de grands poneys. -
Un champs de bataille de l'âge de bronze découvert
Tancrède a répondu à un(e) sujet de S-37 Berkut dans Histoire militaire
Les épées sont longtemps restées une chose plutôt rare, le privilège des aristocraties, sauf dans des sociétés très "développées" comme Rome, où un certain niveau de production pouvait en abaisser le coût. Donc tu trouveras en général peu de blessures par épée. -
Guillaume d'Orange avait environs 20 000h (taille totale de la force débarquée), avec environs effectivement 14-15 000 combattants (dont plus de 4000 montés, essentiellement des dragons) et une vingtaine de canons. Mais il avait aussi amené de quoi équiper 20 000 soldats locaux ralliés, et apparemment, y'a eu des volontaires. En fait, cet équipement supplémentaire avait été calculé selon ce que ses partisans sur place avaient levé. Mais il ne faut surtout pas minimiser le facteur expérience: la monarchie jacobite, à cours de fric, avait comme à son habitude licencié sa précédente armée et l'essentiel de l'ordre de bataille anglais était plutôt jeune, avec une grande composante de milice et de régiments récemment levés, face à une armée hollandaise de vétérans, en grande partie mercenaires. Cependant, à ce stade, tout est possible, car contrairement à l'imagerie anglaise, l'invasion n'a pas été accueillie par un grand soutien, sauf dans le nord où une partie des élites s'est ouvertement rangée pour le Hollandais. Y'a surtout eu beaucoup d'attentisme, afin de voir qui allait l'emporter. Pas un pays qui soutient son roi, mais pas vraiment de bienvenue au concurrent non plus. C'est donc une affaire avant tout militaire, et le monarque anglais a refusé l'envoi d'un contingent français par crainte de l'effet sur l'opinion. C'est peut-être là le tournant possible, parce que sans cette aide extérieure, je vois mal la monarchie Stuart tenir le coup militairement avec l'état de l'armée anglaise tant en terme de niveau, de qualité et de moral, que d'effectifs et de loyauté (ce dernier point surtout dans une partie du corps des officiers). Jacques II aurait eu l'occasion de reprendre son armée en main en punissant les officiers douteux ou en les saquant, mais ne l'a pas fait. Une telle action et l'appoint d'un corps français auraient été à mon sens le point de rupture potentiel pour retourner la tendance. Malgré les nombreuses émeutes anti-catholiques dans le pays, on voit par exemple que Londre a acclamé Jacques II, pourtant récemment défait, quand il est revenu à Londres, et que la ville s'était mise d'elle-même en défense (notamment suite aux rumeurs de menace d'une armée irlandaise :lol:). Ce n'est pas que la ville était pro-roi, mais cela démontre que la population attendait un vainqueur ferme, une situation avec un avenir stable et visible, donc l'Angleterre était à qui la prendrait.
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comment sa se fait qu'on se fritte plus avec les Anglais depuis la Crimée ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Ben on peut dire que la méfiance instinctive jusque dans les milieux décisionnaires est restée pendant un moment, voyant les Français comme les expansionnistes potentiels du continents (plus que les autres) alors que la réalité démographique et économique de la France n'était déjà plus un moteur pour cela et que surtout le pays a passé le XIXème siècle à se trouver un peu de stabilité politique, étant du coup moins actif à l'extérieur (sur le continent), et ce d'autant plus que le temps était partout à la remise en question des ordres anciens, avec un "affrontement", sous diverses formes, dans les pays établis, entre traditionalisme et nationalisme (plus le mouvement social/ouvrier qui s'étend avec l'industrialisation), et un certain focus, pas suractif mais réel, entre les pays les plus partisans de l'ordre traditionnel (Autriche et Russie) qui ont un seul point d'accord avec les Anglais: guetter une France qui se remettrait à foutre le bordel. Ajoute en plus la question de l'unification allemande (avec le pôle autrichien, le pôle prussien et les irrédentismes locaux persistants), et le fait que l'Angleterre a elle-même ses propres questions d'ordre intérieur en réaction à l'explosion industrielle, à l'Irlande et aux Indes, plus un tantinet d'expansionnisme colonial, et t'as le tableau. Plus un dernier petit détail: fondamentalement, même si les chancelleries se fondent bien peu encore sur des données comme la démographie, le degré d'industrialisation.... La France post 1815 n'est plus le poids lourd du continent, ce pourquoi les Anglais s'axent sur l'équilibre continental entre des puissances, et un peu moins unilatéralement contre UNE puissance. Faut s'en rendre compte: après 1815, la France n'est plus une menace absolument prioritaire et majeure. -
et si vous me racontiez la guerre de 100 ans ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Meeeuuuu, c'est tout la faute à la chaleur :-[.... C'est elle qui me laisse le temps d'écrire des pavés ces derniers temps d'ailleurs: je travaille la nuit, et la journée est au régime pulco citron (pour ceux qui se rappellent de la pub). -
et si vous me racontiez la guerre de 100 ans ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
La querelle du clergé romain avec la France, et par là entre les clergés "français" et "italien", incarnée par les cours pontificales d'Avignon et de Rome, remonte à avant cela: depuis "l'attentat d'Agnani" (1303) et l'installation du pape dans le Comtat Venaissin, la querelle est radicale. Elle s'inscrit dans la lignée déjà ancienne de la querelle entre le pape et les souverains temporels (l'affrontement Guelfes-Guibelins, entre la papauté et particulièrement la dynastie Hohenstaufen, en avait été le sommet), pour savoir qui a la prééminence, ce que Philippe IV, qui luttait déjà pour établir un Etat central fort (notamment en se servant de fonds d'Eglise), supportait mal, appuyé entre autre en cela par le clergé français dont une bonne part était "gallican" (tendance nationale, courante dans chaque pays hors d'Italie) de conviction ou par opportunisme ou antagonisme contre un clergé italien (romain surtout) trustant la curie et les hautes fonctions. La querelle empira vite, avec prises de positions et décrets tentant de rogner l'autorité de l'adversaire de part et d'autres, jusqu'à ce qu'une bulle papale décrète carrément que tout pouvoir temporel et spirituel procédait du pape et reposait dans ses mains (ce qui aurait pu être assorti rapidement d'un interdit placé sur le royaume: grève totale des fonctions de l'Eglise, excommunications....). Résultat, cet attentat sur la personne de Boniface VIII: Guillaume de Nogaret entre en Italie avec une armée, surprend le pape dans sa retraite d'Agnani, l'accule, et publiquement, le gifle ou le fait gifler. Il est d'ailleurs probable qu'il y ait eu plus qu'une gifle et que Boniface VIII ait été purement et simplement battu puisqu'il en mourut quelque jours plus tard, suite aux blessures et au choc humiliant de l'événement. C'est là que Philippe Le Bel fera nommer un pape pro-français et déplacera la cour papale à Avignon, dans une curie désormais nettement moins dominée par les Italiens. Le grand schisme ne commence que bien plus tard, en 1378, sous Grégoire XI qui redéplace la Curie à Rome: à ce stade, la Cour d'Avignon est condamnée comme "corrompue", alors qu'elle ne l'est pas moins que la romaine, mais ce prétexte sert d'argument politique pour clairement prendre position contre des papes trop influencés par un pays en particulier, ce qui est facilité par la position de la France à ce moment, nettement moins dominante que sous Philippe Le Bel. Résultat, le grand schisme voit 2 cours papales reflétant la division géopolitique de l'Europe, polarisée autour de l'affrontement franco-anglais, ce dont le parti "italien" de la Curie a profité pour ramener le souverain pontife à Rome. La reconnaissance du pape et de l'antipape par divers pays reflète grosso modo les tendances géopolitiques, quoique pour la majorité d'entre eux il s'agisse d'opportunisme et d'intérêt, sans implication dans le conflit ou sans antagonisme profond avec l'un ou l'autre des belligérants: aux côtés de la France, pour la reconnaissance du pape d'Avignon, on trouve l'Aragon (allié actif dans le conflit), la Castille et le Léon (concernés un moment par la guerre), Chypre, la Bourgogne (celle de Jean Sans Peur dont les ambitions sont d'être le parti dominant en France), Naples (lien traditionnel par la famille régnante d'Anjou), la Savoie (dans l'orbite française) et l'Ecosse (très impliquée). Episodiquement, on y trouvera aussi certaines grandes familles italiennes (Colonna, Visconti notamment) dont l'antagonisme avec Venise et le Pape, ainsi surtout que l'opportunisme, n'ont rien de nouveau. Mais tout conflit au sein d'un pays à cette période, nécessairement afin de rechercher appuis et alliés, impliquait de se ranger pour l'un des deux papes puisqu'entrer dans un "camp" était une démarche nécessaire : s'opposer à un souverain reconnu par un des papes implique soit de réclamer l'arbitrage papal (dur, il faut avoir des arguments et des moyens pour prétendre changer l'ordre établi) soit d'aller chercher le soutien d'un autre pape puisque l'option est disponible et que ça facilite l'accès à d'autres alliés et soutiens potentiels. Comme un souverain a besoin au moins d'une onction et du soutien d'une partie de l'Eglise au moins et que l'Eglise est divisée, prendre parti dans la querelle est nécessaire, même si parfois c'est symbolique et d'autres fois ça fait partie des facteurs amenant de réels soutiens. Et pour un souverain en guerre avec un autre, c'est tout aussi nécessaire pour s'allier avec une partie du clergé, disposer de moyens (confiscation de biens et revenus d'Eglise, de postes à confier à des alliés/fidèles....), rallier des ambitieux, garder une légitimité religieusement certifiée, pouvoir chercher des alliés.... Dans de nombreux pays, cela favorise aussi bien les ambitieux (les prêtres qui veulent changer les clientèles en place pour bâtir ou placer les leurs, les seigneurs qui veulent contrôler le clergé local ou en obtenir des revenus....) que les intérêts locaux de tous échelons: les souverains vivent mal le pouvoir "international", "étranger" de la papauté et ses prétensions à la souveraineté universelle, tout comme d'ailleurs les clergés nationaux, autant par conviction et volonté d'être maître chez soi (le clergé est tout aussi "féodal" en mentalité et ambition, voulant de l'autorité spirituelle et temporelle) que par intérêt et ambition. Après, évidemment, chacun accuse le pape de l'autre de corruption, simonie, sorcellerie, hérésie.... -
et si vous me racontiez la guerre de 100 ans ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
Pour résumer les "phases" de la Guerre de Cent Ans, un mini-didacticiel pour avoir grosso modo les grandes lignes: - 1337-années 1360: début de l'état de guerre, période des grandes victoires anglaises, notamment Crécy (1346) et Poitiers (1356). Parallèlement, guerre de succession de Bretagne (1341-1364) et guerre civile espagnole (1366-1369), qui sont parties intégrantes de l'affrontement, en plus de conflits locaux, querelles féodales où interviennent les puissances belligérantes. - années 1360-années 1390: redressement spectaculaire et reconquête par grignotage (sièges, "guérilla" organisée à grande échelle, "opérations spéciales", coups de mains, raids....) de l'essentiel des conquêtes anglaises sous le règne de Charles V, essentiellement par Du Guesclin. La situation bretonne, malgré une défaite militaire, se traduit par une victoire française, et celle d'Espagne est remportée, avec l'appui de Du Guesclin, par le parti pro-français d'Henri de Trastamare; le soutien naval espagnol s'avère crucial, notamment à La Rochelle. Fin de règne difficile pour Edouard III: soulèvements populaires massifs (en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande), guerre frontalière avec l'Ecosse, puis après lui, guerre civile: son petit-fils Richard II sera déposé par le premier roi de la branche cadette des Lancastre, Henry IV. La France retrouve une certaine paix intérieure. - années 1390-1415: la folie de Charles VI et l'affaiblissement de l'autorité royale entraînent rapidement une guerre civile de fait entre les partis Armagnac et Bourguignon, la nouvelle dynastie bourguignonne, issue des Valois, se révélant ambitieuse, fait incarné particulièrement par la personne du Duc Jean dit "Sans Peur", dans les années 1410, il s'agit véritablement d'une guerre civile ouverte. En Angleterre redressement dans les années 1400 sous Henry IV. - 1415-1429: abîme pour la France. La guerre civile emporte tout, et le jeune Henry V d'Angleterre débarque et défait spectaculairement un Host français divisé, sans commandement, ce qui achève de sceller la division dans le pays où le parti Bourguignon l'emporte sans pouvoir cependant s'imposer partout, et surtout pas au jeune dauphin qui s'échappe du Paris bourguignon (1418) et se réfugie à Bourges. L'entrevue du Pont de Montereau (1420) où Jean Sans Peur est tué précipite ouvertement la Bourgogne dans l'alliance anglaise. Henry V se fait proclamer héritier de Charles VI et meurt prématurément, son fils mineur prenant sa suite avec Bedford comme régent. Les défaites militaires s'enchaînent, avec quelques exceptions (Baugé notamment) et la situation arrive à un point de fixation symbolique avec le long siège d'Orléans, porte du "royaume de Bourges". - 1429-1453: redressement et victoire française. Le rôle de Jeanne d'Arc est capital dans le redressement moral du parti de Charles VII qui est sacré roi à Reims à l'issue de la campagne de la Loire qui voit l'armée française lever le siège d'Orléans, anéantir l'armée anglaise à Patay et parvenir à Reims en territoire bourguignon. Le jeune roi peut capitaliser sa victoire, gagner du temps, établir les bases de la première armée permanente de France (ordonnances de 1435) et achever la reconquête, notamment avec les 2 dernières grandes batailles de la guerre, Formigny (1450) et Castillon (1453). L'Angleterre ne garde que Calais qui sera reprise plus tard, sous Henri II, en 1558. Note: désolé, j'ai confondu précédemment sans faire gaffe la guerre civile entre la branche aînée des Plantagenêts et la branche Lancastre avec la Guerre des Deux Roses qui n'arrive qu'au milieu du XVème siècle, à la fin de la Guerre de Cent Ans. -
Ca correspond pas à une partie de l'équipement de protection antifeu? Les cagoules sont pas censées être ignifugées?
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Oui, l'Angleterre a du se résigner à la politique navale de Franklin Roosevelt et à la "chasse gardée" posée sur l'Amérique du Sud par les USA, mais ça n'a pas été apprécié. Ca les a rendu encore plus chatouilleux quand à d'autres puissances s'affirmant dans le voisinage, surtout à une période (fin XIXème-début XXème) où leur économie est plutôt encore en stagnation (grosso modo, stagnation/léger déclin industriel, croissance financière, avec les problèmes politiques internes qui découlent de ces situations) alors que celle de l'Allemagne explose. Surtout qu'on est dans un contexte de relations internationales purement concurrentielles et expansionnistes, sans trop de freins moraux ou institutionnels: l'un des fonds qui imprègne les nationalismes aigus des consciences de cette époque est l'aspect entièrement naturel du droit à affirmer sans restriction son intérêt national particulier sans besoin de chercher un minimum de conciliation et de compatibilité, ce qui rend naturellement l'option de la guerre plus "normale" dans ce fil de pensée, un fait appréhendé sans inhibition trop importante. Seuls les calculs des jeux d'alliances et équilibres, soit une perception estimée des risques et opportunités, apporte une restricton plus conséquente aux comportements trop aventureux. Et le degré d'intoxication nationaliste rend les opinions publiques chatouilleuse et active, de véritables "complices" et des facteurs dans les montées de tensions qui apparaissent lors des crises, des facteurs multiplicateurs de la perception de menace, de paranoia qu'une nation peut ressentir. Ce dernier fait rappelle notamment que les opinions publiques sont alors impliquées à un degré caricatural (souvent un ressort pour les démagogues) dans une certaine dimension de la politique étrangère, un facteur qui influe réellement sur les réactions des gouvernements. Donc tout jeu un peu trop visible visant à "isoler" un pays ou un autre déclencherait, et notamment via les calculs des décideurs, la paranoia ambiante et les mouvements d'opinion qui sur-réagissent à toute nouvelle, un mouvement dans un sens opposé: une Allemagne ayant des axes de développement vers les Balkans et la domination commerciale de l'Europe centrale et orientale (dont on se demande quand même comment elle ferait vu le niveau de protectionnisme arbitraire de nations qui ne négocient qu'au coup par coup, et essentiellement en bilatéral), verrait aussitôt se dresser des doigts accusateurs de partout, se déclencher des accords entre pays méfiants, des attitudes se raidir et des démagogues en tous genres et articles de presse appeler les foules à hurler.... Donc les gouvernements à agir vite. Il suffit de voir la réaction anglaise à la politique navale allemande, ou plus généralement, les réactions populaires, médiatiques et politiques à chaque crise petite ou grande dans la période 1890-1914. C'est pas pour rien que les alliances se sont faites comme elles se sont faites, et plus encore se sont confirmées avec le temps (dans un cadre de nation dont l'égoïsme/égocentrisme fait pâlir nos égoïsmes nationaux actuels pourtant pas piqués des vers). Donc si, pour reprendre le scénario proposé, on a une Allemagne qui décide de ne pas avoir de politique navale militaire trop poussée, il faut voir quelles sont les conséquences d'une telle décision. Parmi quelques-unes que je peux deviner: - on a une expansion navale commerciale allemande qui elle n'est pas contournable: le pavillon allemand sur mer se développe très rapidement, reflétant l'explosion industrielle et commerciale du pays. Mais l'Allemagne choisir, sciemment donc, de ne pas développer une flotte capable de protéger ses axes et intérêts commerciaux maritimes, sans doute dans l'espoir de ne pas irriter l'Angleterre. Quelle réaction de l'Angleterre? Un moindre sentiment de menace de sécurité, mais en même temps une même irritation à voir son importance commerciale encore relativisée. Résultat, des rétorsions commerciales, qui ne peuvent que se traduire par des entraves diverses et variées, des restrictions d'accès aux marchés contrôlés par l'Angleterre.... Quelle réaction des USA? - une expansion militaire terrestre est là ZE élément qui entraîne les réactions les plus rapidement antagonistes: il suffit de voir l'effet diplomatique de l'adoption de la "loi des 3 ans" en France en 1912. Un truc similaire côté allemand bouleverse absolument tout et accélère la sédimentation des alliances: ce serait jeter encore plus vite et plus fort la Russie dans les bras de la France, convaincre une partie des indécis à Londres et raidir une partie des pays balkaniques dans leur rapprochement d'avec la Russie, donc envenimer le contentieux austro-russe. - une politique plus agressive vis-à-vis de l'Autriche-Hongrie est-elle même possible? Outre le fait que le territoire de l'empire est le passage obligé vers les Balkans et la Turquie, je ne vois pas d'autre allié possible offrant la même taille et les mêmes avantages - quelle conciliation avec la Russie est possible? Perso, j'en vois pas: il faut déjà voir à quel point le "système des 3 empereurs" de Bismarck entre 1870 et 1890 était bancal, a du s'obtenir et surtout se renouveler de plus en plus à l'arraché (alors que Bismarck faisait TOUT pour se comporter en potentat le moins agressif d'Europe et ériger un "système européen" équilibré), ce qui reflétait un déséquilibre profond de la géopolitique européenne et une perception de menace montante côté allemand qui était profondément dans la pensée stratégique russe. Seules les relations d'individu à individu du temps de Bismarck ont pu apposer des rustines et faire durer les carreaux cassés pendant un temps, sans changer les tendances profondes. Et la plus profonde était que l'Allemagne était une puissance en expansion sur tous les plans, sauf territorial, et avait besoin de sécurité, de profondeur stratégique, de marchés. - verrouiller plus fermement l'Italie? C'est possible, j'ai plus de mal à évaluer la position et la vision italiennes, mais l'incompatibilité avec l'Autriche est profonde, et il serait difficile de voir l'Italie prendre l'option ferme d'une alliance militaire qui la conduirait à l'affrontement avec la France et l'Angleterre. Sans compter que l'Italie pèse quand même nettement moins que les autres à ce moment (et en cas de guerre, n'aurait pas le soutien technique et matériel allié, mais celui des Allemands qui auraient déjà l'Autriche à soutenir).