Aller au contenu
Fini la pub... bienvenue à la cagnotte ! ×
AIR-DEFENSE.NET

Tancrède

Members
  • Compteur de contenus

    18 697
  • Inscription

  • Dernière visite

  • Jours gagnés

    166

Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. "Si on voulait" est souvent subordonné à "si on pouvait": pas si facile, au sol, au milieu du bordel, de "soutenir" une entité ou une autre quand c'est aussi nébuleux: ça se fait comment? Filer du fric aux portes paroles visibles, ce qui est un chèque en blanc? Constituer une structure avec un minimum d'oversight (comptabilité essentiellement) qui aura le risque d'être instrumentalisée par divers biais et surtout de ne pas former le coeur d'une force politique organisée mais plus un tiroir-caisse pour les activités que divers groupes peuvent avouer au grand jour? Pas si facile de "soutenir" quelqu'un dans ce genre de situations. Et là en fait se pose la question: quelles sont les forces organisées ayant une taille significative qui existent en Syrie hors de la structure actuelle du régime? Comme dans d'autres endroits, les barbus ne sont-ils pas un peu les seuls à mailler une portion importante du territoire et de la population? Quand on dit "les Alaouites", "les chrétiens".... Qu'est-ce que ça représente en terme d'organisation effective, d'entité politique potentielle?
  2. A voir quand même: Etat client ou pas, quand tu refondes un ordre dans un pays, celui-ci doit être viable si tu veux que le dit pays fonctionne (et dans le cas de l'Irak, garantisse non seulement que le pétrole coule, mais qu'il le fasse de façon croissante et surtout avec garantie de le faire sur des années de façon crédible), et pour qu'un pays aie cette viabilité, il faut une stabilité réelle imposant donc un niveau de consensus suffisant, une sorte de "pacte social" acceptable par la majorité des parties en présence dans le pays visé. La seule alternative, sinon, c'est de rester soi-même l'occuper et assurer cet ordre et sécuritaire et social, deux choses qui coûtent des masses de fric, qui immobilisent des actifs concrets (militaires pour commencer) dont l'absence limite la marge de manoeuvre ailleurs. Sur une coute période, un Etat intervenant peut faire ça pour de bonnes raisons (c'est un "investissement" dans la stabilité, censément un intérêt) et de mauvaises (lobbying des grandes compagnies ayant des intérêts dans la guerre et la reconstruction, plus ce que le pays cible a à offrir; les coûts sont assumés par le contribuable), mais c'est une logique qui ne peut tenir longtemps vu l'ampleur des coûts impliqués qui ne sont déjà pas, même pour une seule année, à la portée de tous les pays (même pour les USA, faire ça, et de façon trop partielle, en Afghanistan, c'est très cher.... Et encore plus ces dernières années évidemment). Et dès que tu fais de la coalition (et une vraie coalition, pas comme en Irak), le jeu devient nettement plus compliqué et contraignant. Alors une Syrie où y'a pas de ressources mais, dans le cadre d'un tel scénario, que du fric public de reconstruction qui impliquerait sans doute des financements des pays voisins pour la partie "intérêt de court terme" et "que" la stabilité régionale comme intérêt fondamental (vraiment un enjeu, perçu par tous fondamentalement, mais difficile de le percevoir pour le court terme quand les marges de manoeuvre sont restreintes), ça semble un jeu très compliqué avec comme seule issue une large coalition y allant pour longtemps, où la Russie et les pays du Golfe devraient être nécessairement impliqués, ce qui doit pas vraiment faire bander les Ricains.
  3. Pour l’Afghanistan mis a part les cultivateurs de pavot et une petite classe moyenne au alentour de Kaboul et deux ou trois autre villes, je n'ai pas le sentiment que se pays soit devenus le perle de l'Asie centrale, par contre on a un sentiment anti-occidental encore plus exacerbé. Un peu caricatural et surtout incapacitant: à ce compte là, on ne fait rien du tout. Refonder un pays est de toute façon bordélique, pourri, dangereux, hasardeux.... La première phase sera toujours un moment plus ou moins long de grande instabilité, de faible visibilité, de corruption et d'opportunismes, de peu de cohésion, de reformation plus ou moins vaste des coalitions de groupes sociaux sur lesquelles seules un nouvel ordre, au début précaire, peut se refonder. L'alternative est de laisser les populations en question se massacrer. On peut critiquer les pays qui interviennent pour refonder un tel ordre, et surtout les méthodes, leurs détournements, la faiblesse d'une direction politique extérieure, le manque de moyens alloués à une telle ambition et/ou leur gaspillage, mais pas le faire de façon "facile" en pointant et caricaturant tout et son contraire parce qu'il n'y a aucun résultat garanti et absolument AUCUNE méthode connue pour en trouver un satisfaisant. Parce qu'à l'arrivée, c'est "on intervient ou pas", sans juste milieu, avec des massacres si on le fait pas et d'autres violences si on le fait. Le gouvernement Kharzaï est faible, corrompu (selon des critères de pays stables), manque de légitimité et ses bases de pouvoir sont très limitées. Mais c'est quoi, ou ça aurait été quoi l'alternative? Facile de formuler une situation idéale sur le papier avec un candidat parfait et propre. Dans la réalité, faut composer avec le fait de savoir qui a un peu de pouvoir, quelques factions au moins qui le suivent (dans un Afghanistan politiquement, géographiquement et socialement atomisé en petites entités), des moyens armés, peut obtenir un consensus minimal avec un certain nombre d'autres factions.... Et à partir de là, faire ce qu'on peut (là, la critique peut commencer à apparaître si et seulement si elle n'est pas formulée à partir de principes abstraits). Pour une Syrie "année zéro" partant d'une chute du régime Assad, quelles seraient les perspectives? Qui seraient les candidats? Quels seraient les groupes solides pouvant rebâtir un ordre assurant une stabilité réelle dans la majorité du pays? Comment éviter leur mise en concurrence immédiate et leurs querelles? Quelle force a le "nationalisme syrien" par rapport à ces appartenances de groupes (géographiques, religieux, ethniques et sociaux)? Et surtout deux questions: - que se passe t-il sans intervention extérieure dans un tel scénario? Les groupes propres à la Syrie peuvent-ils s'accorder, seuls, entre eux pour rétablir rapidement une situation stable? Y'a t-il même l'ombre d'une chance pour que des intervenants extérieurs, non étatiques ou des Etats agissant "discrètement" et/ou pour des "mandats limités" (genre zones de sécurité humanitaires), ne se mêlent pas dans les faits un poil beaucoup de ce qui se passe dans le pays? - que se passe t-il en cas d'intervention "officielle et déclarée" d'une coalition extérieure pour "solidifier" la période de transition? Parce qu'une chose semble claire pour tous les Etats qui se penchent sur la situation: le bordel dans ce coin est un risque. Et il est tout aussi clair qu'un éventuel "après Assad" verra de l'intervention extérieure, la question étant en fait plus de savoir par qui et sous quelle forme: mais plus ce sera sous le manteau, moins ce seront des intervenants "recommandables" (nature des intervenants, et/ou motifs et méthodes des intervenants). L'avantage d'une intervention officielle et déclarée est d'exposer au grand jour une bonne partie du pourquoi et du comment, et de donner un cadre d'action: les intervenants sont alors comptables, dans une certaine mesure, de leurs conneries et de leurs méthodes, intérêts et agissements.
  4. Trop rare, trop cher. La dernière fois que les Russes ont fait quelque chose de spectaculaire au MO, c'était pas envoyer à des cellules terroristes au Liban des pièces détachées de certains de leurs copains histoire de les dissuader de retoucher à leur personnel diplomatique (années 80)? Une inspiration pour Vlady....
  5. C'est aussi le pays développé avec la plus mauvaise couverture santé, un niveau de polarisation de richesses et d'inégalités sans équivalent, à l'enseignement unique ou partagé du créationnisme dans les écoles de bon nombre d'Etats, aux études de plus en plus inaccessibles (et qui dans bien des cas ne mènent à rien, ou en tout cas à rien d'équivalent au niveau d'endettement à vie consenti pour elles), à la scène politique la plus immature et polarisante qui soit (et ça s'améliore pas).... Réalités complexe avec en filigrane le fait que les USA se préparent, à moins d'un changement radical, des clivages majeurs débouchant sur un climat social et politique potentiellement explosif. Difficile de maintenir une économie poussée et encore plus une recherche avancée de grande échelle dans un tel contexte. Et ça, ça repose sur l'évolution des mentalités, le regard que chacun porte sur son voisin, la capacité au dialogue (social, économique, sociétal, politique) entre les entités du pays, le niveau de consensus national, du regard que chacun porte sur son avenir et celui de ses gamins.... Facteurs qui dépendent plus des mentalités collectives des grands groupes sociaux que de quelques milliers de chercheurs dans des universités et labos du haut du panier (dont les projets ne sont financés que quand les perspectives sont bonnes et le calme intérieur garanti). Amérique, Amérique, terre de contrastes (pour citer les guides touristiques sur.... Tous les pays :lol:). La question est: jusqu'à quel niveau les contrastes sont-ils acceptés?
  6. Ce clip vient des USA aussi: http://www.youtube.com/watch?v=erEq2HtrM84 Les "Real republican rela women of real America" :lol:(on reconnaît entre autres Kate Beckinsale dans cette parodie): aux tarés ultra conservateurs qui se disent "libertaires" mais on un problème avec certaines libertés (en fait beaucoup). Il y a quand même beaucoup de facteurs qui n'ont rien à voir avec une "mentalité" particulière, et liés à un développement historique particulier. Le fait qu'ils soient plus de 300 millions (comparés à nos 65 par exemple) sur un pays continent bourré de ressources naturelles n'est pas anodin, entre autres. Et pour la note, les ignorants sans éducation pointés par quelques-uns ici ne sont pas ceux qui vont à Stockholm pour rafler une récompense, et ils ont tendance à être nettement plus nombreux (donc potentiellement nettement plus impactants sur le présent l'avenir du pays) que ceux qui font le dit voyage à Stockholm.
  7. Les Hachémites serviraient à quoi en Arabie Saoudite? Une légitimité théorique et très lointaine au mieux, une vague histoire pas très à leur avantage, et surtout pas de soutiens dans le pays: quels liens claniques ou cliéntélistes ont-ils, quels relais de pouvoirs y ont-ils? Les Ricains, dans ce scénario, devraient tout faire et tout financer, et donc nécessairement en se servant largement dans la manne du pays. La dynastie installée de cette façon aurait d'un côté une dépendance totale aux ricains, et de l'autre aucun relais de pouvoir direct, aucune emprise propre sur aucun pan de la population, donc serait dans la main, de ce côté, des religieux pour l'essentiel, et d'une pyramide d'élites corrompues (et perçues comme telles) au soutien de valeur équivoque et acheté à prix d'or. Et tant qu'à faire, ce scénario impliquerait aussi une présence massive et permanente de troupes US partout en Arabie Saoudite vu que c'est pas l'armée saoudienne qui servirait à grand-chose (elle est pas faite pour fonctionner), que la Garde Nationale (dont la capacité réelle est celle d'une police musclée) y est plutôt liée au régime Séoud, et en son sein, la garde tribale (la seule vraie force militaire du pays, qui sert surtout à protéger la famille royale de sa population) est organiquement, claniquement inséparable de la famille Séoud. Je vois pas trop comment la population saoudienne prendrait la chose, ni surtout comment l'opinion musulmane réagirait autrement que par une hostilité unilatérale. Le pays entretient quand même un certain pan (suffisant pour un calme majoritaire) de sa population dans un système économique viable et même en expansion continue, et un copain qui en revenait me disait que "l'industrie" des grands instituts de formation fait partie du deal de soutien avec les ricains, et que c'est assez impressionnant de voir l'ampleur de cette usine à diplômes. Et il faut regarder ce à quoi ils se comparent: niveau de vie, couverture santé, sécurité, niveau de "libertés".... Sont peut-être pas forcément terribles dans pas mal de cas, mais comparé aux pays auxquels eux peuvent se comparer (en tout cas la part de la population sur laquelle le régime assure sa stabilité, qui est tout sauf négligeable), l'impression semble être plutôt favorable. Les indices de stabilité divers et variés (pas tous émanant du régime) semblent quand même indiquer des fondamentaux nettement meilleurs qu'ailleurs dans la région. Peut-être qu'il ne faut pas mésestimer l'effet particulier d'une monarchie (surtout avec une aura religieuse) sur la population: c'est un peu plus qu'un "régime" dans la perception d'au moins une partie d'une population. Il semble en plus que depuis quelques années, le régime ait lancé pas mal de programmes (santé, logement....) pour améliorer les conditions de vie des pans les plus défavorisés de la population: la corruption sera certainement de mise dans de tels programmes, et ils n'atteindront certainement pas les objectifs affichés, mais à l'arrivée, ça fera de toute façon un pourcentage plus élevé de la population qui aura quelque chose à perdre, aura des options et un peu plus de confort....
  8. Ils estiment que l'Etat ne suffit pas ou plus? Mais ce qui sera marrant à voir, ce sont les moyens qu'ils mettront en place pour "assurer" (comme le mot est délicieusement vague) leurs approvisionnements.
  9. Tancrède

    L'armée romaine

    La plupart des reportages télés sur les armées anciennes (et souvent modernes d'ailleurs) sont truffés de conneries, la seule variation étant la mesure de leur ampleur; elles reposent sur des clichés, des mélanges d'époques, un mix raté de vieilles visions de l'armée romaine (plutôt très mal appréhendée dans l'historiographie jusqu'aux 30-40 dernières années) et de quelques découvertes archéologiques récentes très ponctuelles et surtout mal mises en perspective (tel "reenactor" ou archéologue déduisant mille et un délires d'ampleur gigantesque d'un simple détail d'armement, sans cohérence avec d'autres découvertes et faits établis; un peu comme les fanas milis qui te diront que l'adoption de tel nouveau modèle de grenade a changé le cours de la Ière Guerre Mondiale). Ce genre de trucs pue les habituels délires sur le Teutoburgenwald, qui s'accompagne du préjugé favorable sur la "guérilla" apparemment souvent chez les journalistes, scénaristes et romanciers le mode de guerre absolument invincible qu'aucune armée n'aurait jamais su contrer. Amusant quand on sait à quoi est due la défaite du Teutoburgenwald (trahison d'une part, incompétence de Varus d'autre part), et quand on sait aussi ce qui s'ensuivit pour les Germains, à savoir la série d'expéditions punitives romaines qui n'ont apparemment pas été aussi embarrassées par la Forêt Noire et la couverture boisée d'Allemagne de l'ouest et du nord et ont fait payer au centuple les pertes du Teutoburg. Clichés, visions superficielles et déconnectées de toute temporalité et toute précision de lieu, visions très partielles à partir de situations ponctuelles. La "barbarisation" de l'armée romaine est un thème issu de la fausse vision de "la décadence de l'empire romain" qui teinte encore trop les visions fondamentales de l'histoire romaine. Merci à Gibbons et à ses élucubrations du XVIIIème siècle. Déjà cela ne concerne que l'occident romain, ensuite pendant une période très courte (après Andrinople et avant la grande migration des Vandales et Alamans), et pas de façon aussi aisée ou univoque. Rappelons que la déposition de Romulus Augustule en 476 par Odoacre est un non événément absolu à l'époque: l'empire d'occident n'est plus dans les faits depuis longtemps, sa vraie chute pouvant être datée des années 410-420 quand la situation, intialement due à une brève crise au sommet de l'Etat (qui culmine avec l'assassinat de Stilicon) et à la mauvaise réaction suite au passage du Rhin par les Alamans et Vandales, devient irréversible. D'ailleurs que fait Odoacre: il envoie comme une formalité les insignes impériaux à celui qui est appelé simplement "l'empereur" à Constantinople, qui règne sur un empire romain en très bonne santé (qui va d'ailleurs pas tarder à reconquérir une bonne partie de l'occident et de l'Afrique aux Vème-VIèmes siècles). La déposition d'Augustule est un repère (artificiel) pour les historiens, pas pour les contemporains. La "crise" en occident est à voir sur les années qui vont d'Andrinople (378) ) à l'assassinat de Stilicon et au passage du Rhin (406-410), soit une période très courte qui voit Théodose en orient "refiler le bébé" de la courte crise dans les Balkans à l'occident qui, en raison d'une petite crise passagère au sommet, se trouve en très mauvaise posture pour répliquer face à l'urgence et sans le soutien de l'orient. La crise initiale a privé l'occident d'un volant de réserves suffisant pour réagir (et d'une direction ferme au sommet) à temps alors que Théodose lui avait pu reconstituer suffisamment de réserves (lors notamment de la grande réaction antibarbare) pour avoir de la marge de manoeuvre.
  10. Tancrède

    L'armée romaine

    L'histoire de la légion, puis de l'armée romaine (dès Auguste, il vaut mieux parler de l'armée en général que de la légion en particulier, quoiqu'elle soit aussi un "objet" intéressant en soi), est celle d'une adaptation permanente, et c'est pourquoi il faut parvenir à mieux cerner ce qui ressort de l'adaptation généralisée, systématisée à l'échelle de l'ensemble de l'armée, et ce qui ressort des adaptations locales suivant la zone d'emploi, donc essentiellement la géographie et l'adversaire. Suivant l'endroit, le dispositif militaire n'est pas le même: le dosage légion/auxilliaires n'est pas le même, la composition du mix tactique n'est pas la même, la prévalence de certaines armes n'est pas la même. Les auxilliaires sont en fait la masse la plus adaptable et évolutive, étant faits d'unités plus petites, donc permettant de composer des armées de campagnes/de front plus différenciées, et c'est leur rapide professionalisation et mise au standard d'entraînement et d'aptitude à la manoeuvre interarme des légions qui pointe ce fait: à ce stade, et en raison de son alourdissement en matière d'équipement dès Auguste (adoption notamment de la Lorica Segmentata, la cuirasse lamellaire, très efficace mais aussi impactant la souplesse manoeuvrière) tout comme en raison d'une certaine fixité des frontières qu'il faut pouvoir garder sans renoncer à la conception romaine de la guerre, fondamentalement agressive sur les plans opératifs et tactiques, la légion, comme dit plus haut, est plus là pour fournir des cohortes de haut niveau et des groupements tactiques "clé en main" que pour être engagée en entier. La légion comme système tactique de manoeuvre a en fait vécu. A t-elle réellement existé après la période de Marius? Sans doute dans les affrontements entre Romains (batailles très linéaires et statiques), mais l'adoption définitive et structurelle de l'ordre en cohortes de 3 manipules (qui signe en fait la fin de "l'ordre manipulaire" qui a implanté cette idée fausse du "damier" pour l'armée impériale.... Qui correspond plus aux Guerres Puniques) est le signe que l'unité d'emploi pratique est un "bataillon", plus commode à manoeuvrer et dont la coordination tactique en bataille est assurée par le professionalisme des cadres (c'est avec Marius que les centurions et leurs officiers sont "sortis de la ligne" et encadrent les rangs) et soldats et des "EM intermédiaires" (constitués par les tribuns et surtout les centurions dont les suppléants, officiers et sous-offs au besoin encadrent directement les unités et sous-unités combattantes). Les légions des guerres civiles et de la guerre des Gaules sont en grave sous-effectifs, ce qui, avec leur longue continuité sous les drapeaux, permet un combat plus mobile, des unités de manoeuvre plus maniables que des énormes "machins" de 10 cohortes. L'évolution aux Ier et IIème siècle renforce cet aspect, ce qui se voit autant par la constitution de l'auxiliat comme 2ème composante permanente que par sa croissance continue en nombre d'unités et surtout en effectifs: les cohortes auxilliaires sont de plus en plus nombreuses à être milliaires (dans la 2ème moitié du Ier siècle), les cohors equitatae (mixtes) sont plus nombreuses.... Même si elles restent minoritaires, ce changement accompagne le doublement milliaire de la 1ère cohorte dans chaque légion: de fait, on peut y deviner le dégagement, au sein de la troupe généralement fixe, d'une certaine "élite" destinée à fournir des task forces clés en main. Même si les unités milliaires, cohortes et ailes de cavalerie, doivent plafonner à 20% des unités, on peut y voir la constitution des "réserves stratégiques" de manoeuvre qui évolueront plus tard en troupes palatines et du comitatus, la faussement appelée "armée mobile" dans le modèle dit tardif. Qu'on constate les chiffres: à la petite trentaine de légions aux Ier-IIème siècles correspondent autant d'auxilliaires en effectif dès Auguste, puis rapidement autour de 200 000h (jusqu'autour de 225 000 à certains moments). Mais répartis en quelque chose comme 350 unités environs, cohortes de tous types et ailes de cavalerie. L'apogée se situe sous Septime Sévère, avec 33 légions (plus de 180 000h) et peut-être 440 unités auxilliaires (plus de 250 000h), sans compter les unités de fédérés barbares (les anciens numeris) et la Marine. La division tactique du travail, dès la professionalisation de l'auxiliat, n'est plus la même, l'armée romaine fonctionnant à une autre échelle où le rôle l'emporte sur le statut ou l'origine. Ainsi, pour l'auxiliat, on a: - les ailes de cavaleries "génériques": un cavalier lourd type, sorte de légionnaire monté (avec un armement différent) - les cohortes d'infanterie: de fait une infanterie analogue aux légionnaires, faite pour opérer seule, comme coeur d'une armée non légionnaire (donc la même chose en plus petit), ou sur les ailes d'une légion - les fantassins spécialisés: troupes de missiles (archers, javelinistes/vélites et frondeurs, et plus tard, des arbalétriers) - les cavaliers spécialisés: cavalerie très lourde (cataphractaires et clibanaires) et légère (javelinistes et archers montés, servant aussi à la reco) - les unités mixtes: les cohors equitatae, donc le nombre n'a fait que croître, sont en partie un mystère. On ne sait pas exactement si leur mix tactique incluait un combat combiné ou si les cavaliers de ces unités servaient à former une petite cavalerie pour ces "mini armées" en détachement autonome. Par ailleurs, il semble que beaucoup de cohorte affichant un nom apparemment d'infanterie avaient aussi des turmes de cavalerie et étaient donc de ce fait aussi des "equitatae", ce qui peut souligner que la cavalerie de ces unités (moins payée que celle des Alae) était faite pour des engagements plus réduits et un rôle analogue à la cavalerie légionnaire (reconnaissance, accrochages, poursuite, messagerie). Le "bataillon", la cohorte donc, devient le pion tactique de base, et trouve une taille adaptée (entre la cohorte normale et la milliaire). Et c'est plus au sein de l'auxiliat qu'il faut voir l'évolution militaire romaine: on crée des unités, on en mixe (cavalerie-infanterie), on en accroît la taille, et surtout on compose des mix tactiques adaptés aux combats et aux adversaires. La spatha, l'épée longue, est adoptée via les auxilliaires qui combattent plus souvent à l'échelle de groupements de l'échelon cohorte, ou à plus petits échelons, et elle prouve sa plus grande versatilité au point de changer l'ordonnancement de troupes: elle réclame plus d'espacement pour l'escrime afin de pouvoir aussi foutre de grands coups de taille. Et là on entre dans le matériel romain: le gladius moyen (gladius hispaniensis) est surtout une arme d'estoc. Il n'est pas inapte à la taille mais son tranchant est plus fait pour les petits coups qui blessent et aggraver les coups d'estocs en retirant la lame. En bataille, dans une escrime en ordre relativement serré, il n'est pas fait pour atteindre toutes les cibles (surtout les membres, trop éloignés) surtout face à des adversaires protégés. Et dans des affrontements en petits groupements ou en ordre dispersé, il n'est pas optimal face à des barbares, ce qu'est la spatha en donnant de l'allonge et l'option de grands coups de tranchant, et en étant plus maniable que les gourdins et haches (très efficaces contre les armures, et pas chers) des Germains et Celtes. Par ailleurs, il faut noter un fait vite oublié: les tranchants des lames s'émoussent assez vite dans une bataille: la capacité à frapper de taille avec assez d'élan (donc avec de la place) permet de garder une capacité de blesser importante. Quand elle est couplée avec l'usage de la pointe que garde la spatha, ça laisse plus "d'endurance" au matériel romain qui par ailleurs est de meilleure qualité (aciers damassés). Le gladius ne permettait pas d'avoir une grande force d'impact dans la taille (juste trancher ce qu'on peut, avec une portée courte) et reposait uniquement sur l'estoc. Il est donc moins versatile et correspond par ailleurs plus à un combat en formation (et une plus serrée), donc à une bataille en ligne, plus statique. De même, l'adoption d'une lance plus universelle (la lancea) correspond à l'adaptation à un combat contre des barbares en progression (elle a une lame en feuille de saule, contrairement à la hasta, l'ancienne lance d'arrêt, et elle est plus solide que le pilum), et ne fait pas renoncer au lancement de javelots et missiles de courte portée (qui eux deviennent plus petits, jusqu'à être des dards, ou, pour les grands, sont en large dotation dans des troupes de missiles spécialisées). L'armée romaine telle qu'on la voit sous César vient en fait d'une adaptation au combat contre la phalange macédonienne, généralisée dans le monde méditerranéen au moment de la conquête romaine: le gladius offrait un avantage contre la courte épée grecque, surtout dans une mêlée où le légionnaire avait plus d'espace que le phalangiste pour frapper (1h par mètre pour Rome, 2 pour les phalangistes), et le pilum couplé à la manoeuvre (frapper les flancs surtout, pour aller au contact) était là pour distordre l'ordonnancement d'une phalange invincible de face. C'est ce modèle, correspondant à un type d'adversaire donné, que beaucoup d'historiens érigent en "apogée universel" alors qu'il ne s'agit que d'une période et d'un adversaire donné. Tout modèle a une certaine versatilité, mais elle n'est pas absolue. Et la plus grande versatilité du soldat romain, c'est son professionalisme, l'aptitude à la manoeuvre en unités, la souplesse d'emploi, la discipline. Pas une formule tactique précise à la pertinence limitée dans le temps. Le légionnaire tel qu'il est trop idéalisé, celui des 2 derniers siècles de av JC, n'est pas un fantassin lourd, mais plus une évolution du peltaste grec tel qu'il s'était affirmé pendant les guerres du Péloponèse (où on avait vu quasiment aucun combat de phalange): de plus en plus protégé et surtout professionnel, il a défait des phalanges et constitue l'essentiel des vastes contingents de soldats et mercenaires grecs qu'on voit partout en Méditerranée (avant la conquête macédonienne). Rome n'a jamais pu à l'origine aligner de vastes contingents de phalangistes vu le manque de moyens, et a compensé en développant ce fantassin "médian", mais surtout en optimisant au maximum ce qu'on pouvait tirer de ce fantassin. L'ordre manipulaire vient directement de cette approche. L'alourdissement progressif (mais encore relatif) vient des besoins rencontrés, tant dans les guerres puniques que dans celles contre les Macédoniens et Grecs, mais aussi, ultime évolution pré-impériale, contre les Germains. Il est joint à un besoin de plus en plus drastique d'auxilliaires permanents quand les guerres sociales donnent la citoyenneté à toute l'Italie (et donc font des Italiens des candidats aux légions et non plus des troupes d'autres types), ce qui "spécialise" les Romains qui sont désormais tous les Italiens. La professionalisation de l'armée amène le besoin d'auxilliaires fiables ayant un même degré de professionalisme, pour un combat cohérent. Quand, des siècles plus tard, l'empire commençant trouve une certaine fixité de frontières, ce fantassin tel qu'il a évolué n'est plus si adapté dans ses immenses formations lourdes que sont les légions, organisme complexe et progressif dont l'alignement en entier sur un champ de bataille correspondait à un autre type de guerre, contre des adversaires étatiques et structurés de façon équivalente, de niveau civilisationnel comparable. Et il ne correspond plus à l'évolution de l'art militaire romain qui recherche plus de mobilité. Pour ce faire, la cohorte, ultime évolution républicaine, est plus l'unité tactique essentielle.
  11. Shawn Ryan patronne le produit: il a quand même quelques bons trucs derrière lui (The Shield et Chicago Law notamment) même si The Unit constitue aussi un passif lourd en matière de bouse militaire peu crédible qui se prend très au sérieux.
  12. Et surtout pour les JO: ils ont beau être absolument non essentiels.... Ils sont immensément populaires, et ils sont une institution, comme un rituel qui a lieu tous les 4 ans (tous les 2 avec les JO d'hiver), c'est ça la force du CIO: ils sont pour l'instant incontournables, donc une manne garantie très recherchée par les grands sponsors, et un bénéfice politique multi-secteur (moment de répit et de concentration de l'attention nationale pour plusieurs mois, surtout un, afflux brutal de fric pour une saison, afflux énorme de fric permettant de financer des projets urbains dont les emprunts sont mieux négociés via ce gage, beaucoup de monde qu'on peut satisfaire et radiner dans sa clientèle, de fric qu'on peut aiguiller vers ses caisses....). Un politique ne laisse pas ce genre de trucs lui échapper. Pour caricaturer, c'est un peu l'équivalent au Moyen Age de découvrir une super relique de saint dans un bled (ou de la "fabriquer" un petit peu, faire circuler des histoires de miracles....): tu attires l'attention, tu peus radiner l'évèque du coin dans le business, obtenir la construction d'une église plus grande (voire d'une cathédrale dans certains cas), gérer un afflux de pèlerins et demandeurs, ce qui permet d'aménager les routes alentours et de faire de la ville un point de passage plus régulier (si elle est pas trop mal située), d'y construire des infrastructures pour capitaliser sur ce changement (remparts pour sécuriser, entrepôts pour favoriser le transit et la négo de marchandises, place de marché, auberges....). L'histoire de St Jacques de Compostelle n'est pas sans évoquer ce fonctionnement, et le grand livre de Ken Follett, Les piliers de la terre, décrit beaucoup de ces mécanismes (quoique l'exemple mis en dynamique dans le bouquin se passe d'un miracle particulier et se focalise sur l'effet de la construction d'une cathédrale). L'activité amène l'activité et l'attention amène l'attention, mais dans un monde hyper-médiatique, les événements qui focalisent tant d'attention qu'ils dépassent le flot ambiant ne sont pas si nombreux: rien qu'en sport, pourtant le truc "universel", combien de championnats du monde font même le 20H? Quasiment aucun. Du coup, tu as les "événements" comme les JO ou la Coupe du Monde de foot. Eux radinent du monde, sont rares et donc, aussi "immatériels" qu'ils semblent, tant qu'ils focaliseront à ce point, ils seront des "objets" économiques très matériels et très "essentiels". En d'autres termes, ils sont du pouvoir pour qui les contrôle (CIO et FIFA).
  13. Lourd à manier pour un politique: il faudrait du consensus là-dessus (avec un socle ferme des deux côtés de l'Assemblée qui n'est pas capable de se mettre d'accord sur la couleur de la merde), il faudrait, à un instant T d'une telle pression, pouvoir coordonner ce genre de réponses, il faudrait que les boîtes ne soient pas si grandes qu'elles ne puissent par tenter le coup du "chiche?", et surtout il faudrait qu'il n'y ait pas tant de recours possibles: limitation des alternatives dans certains cas ententes de cartels de fait dans la plupart des marchés avec peu d'intervenants, risques de rétorsions différentes, et surtout.... L'Europe. Il y a un échelon supérieur maintenant, pour ce type d'arbitrages, pour le lobbying.... Le pouvoir dicrétionnaire de l'Etat, même à supposer qu'il puisse avoir une majorité ferme et durable sur de tels sujets (une qui puisse échapper aux pressions notamment locales ou de financement) et qu'elle puisse se mettre en ordre de bataille, n'est plus ce qu'il était. Le France n'est pas le régime du docteur Mahatir, et elle n'est même plus un pays totalement maître de lui-même. Ajoute le fait que faire ce coup là sur un géant commercial étranger risque de faire venir le pays d'origine dans le problème (emmerde Pfizer, et tu as l'Oncle Sam sur les bras), et ça dresse le tableau. Parce que beaucoup de politiques ne regardent pas les choses jusque dans le détail ou espèrent "que ça va passer" sans anicroches trop publiques, parce que surtout c'est plus facile de mobiliser sur un truc visible avec méga investissement qui amène tout de suite beaucoup de monde et de fric. Mobiliser pour des vrais projets de longue haleine correspond souvent à des trucs moins bandants dans l'immédiat, qui radinent peu de fric dans un temps court, et surtout emballent beaucoup moins: bénéfice politique à tous égards bien moindre.
  14. Seconde partie pour ceux que l'armée française du XIXème siècle intéresse.... Parler de l'articulation politique-militaire et du haut commandement à cette époque, c'est parler avant tout des officiers. Et parler des officiers à cette période qui couvre grosso modo les années allant de 1815 à 1870, c'est parler avant tout des sous-officiers. Pourquoi? Un chiffre simple: les 2/3 du corps des officiers en moyenne viennent du rang, et on n'explique ni le fonctionnement en général du commandement, de son articulation avec le politique, de ses profondes divisions internes (au sein du corps des officiers, entre les grands chefs, entre les armes; divisions qui remonte jusqu'à l'organisation de l'armée et la relation au politique) et de ses échecs plus ou moins spectaculaires, mais aussi des divisions internes de l'armée en général, sans examiner cette composition assez unique en Europe (seule l'armée russe a alors un certain pourcentage, très limité, d'officiers issus du rang). Avant toute chose, on peut remarquer un point particulier: la figure du militaire, mais surtout de l'officier, n'est pas forcément très populaire sur cette période en France, ce que peut indiquer le faible taux d'engagés volontaires dans une armée qui est de fait une armée de métier. Cela varie avec les périodes, mais entre les années 1820 et les années 1850, l'officier n'est pas vraiment très considéré socialement, ni populaire (avec entre autre effet un vrai problème de recrutement de qualité), ce qui a pu avoir tendance à favoriser une impression de déclassement, accru par la composition aux 2/3 "populaire" du corps (= stigma social), à laquelle le corps a réagi par un certain isolement culturel méprisant à l'égard de la société civile (notamment caricaturée par la vision d'une société fondée sur le seul argent, très en phase avec la période de la monarchie de juillet). Divisions entre les officiers issus du rang et ceux issus des Ecoles (essentiellement St Cyr et Polytechnique, plus les écoles d'application du Génie, de l'artillerie et de l'EM, les 3 seules écoles d'application d'alors) qui viennent en immense majorité des classes aisées, divisions entre les grandes figures du haut commandement (mais existant en fait aussi à tous échelons où les places et promotions sont chères dans une armée de carrière "surpeuplée" et dont la moyenne d'âge augmente), divisions politiques entre monarchistes légitimistes, monarchistes constitutionnels, bonapartistes, républicains et "socialisant", divisions sociales (nobles, bourgeois et couches populaires), divisions entre religieux et anticléricaux (majoritaires: l'armée est alors très peu religieuse, souvent décrite comme "voltairienne", les aumôniers y sont rarissimes et interdits dans la plupart des unités), divisions entre régions d'origines, divisions entre armes et corps.... Les clivages ne manquent pas dans l'armée française d'alors, en tout cas dans sa partie "permanente", principalement le corps des officiers. A la restauration, conséquence de la période précédente, le pays se retrouve avec 446 officiers généraux de haut rang (dont 3 colonels généraux et 10 maréchaux!); sous Louis-Philippe, ce chiffre est encore de 283, ce qui reste surdimensionné par rapport à la taille des armées. Et surtout dans une armée professionnelle, cela entraîne très tôt une concurrence accrue pour les postes et l'influence, des luttes déchirantes sur tous les sujets, donc la constitution de clans, la "fortification" de petits domaines féodaux dont la croissance du nombre des directions sous le Ministre témoigne. Gouvion St Cyr créera un corps d'EM permanent, avec son école d'application, dès 1818, mais la réforme est mutilée très tôt et continuellement si bien que les 2 ans de stages en unité de combat qui vont dans la formation des officiers.... Sont les seuls de leur carrière où ils auront à commander des hommes. Le corps forme avant tout des ordonnances et des rédacteurs dans les EM et les directions centrales, puis reprend les tâches du corps des ingénieurs géographes en 1831, pour dresser ce qui devient les "cartes d'Etat Major".... Sans que ces cartes répondent à des spécifications militaires (ils les font pour tous les services de l'Etat) vu leur connaissance quasi inexistante des besoins pratiques des unités combattantes. Le corps d'EM est donc de fait.... Une chapelle pure et dure, fonctionnant en circuit fermé. L'armée française post-1815 doit faire avec une foultitude d'héritages, y compris dans ce domaine: 25 ans de changements ont constitué un corps d'officiers aux recrutements très variés, voire bordéliques dans l'ensemble, et s'y greffe le retour d'émigrés et de fils d'émigrés et de royalistes. Une phase d'épuration éloigne les trop compromis et trop militants, ainsi qu'un peu de trop plein, mais c'est à partir de ce corps initialement divisé que tout va se composer, dans une France qui cherchera pendant 55 ans sa stabilité politique, avec toutes les divisions internes que cette situation suppose. Dès la réforme de 1818, il est prévu qu'un tiers des places de sous-lieutenants soit réservé aux sous-officiers (2 ans de service comme sous-off), les 2/3 restants étant "alloués" aux diplômés des Ecoles spéciales militaires. Les promotions sont aux 2/3 à l'ancienneté et 1/3 au "choix du roi" (plutôt donc du ministère, donc on imagine le processus et ses biais internes) jusqu'au grade de lieutenant-colonel; au-dessus, c'est entièrement un processus de "choix du roi". Quel que soit le régime, cela changera peu, Soult ne faisant qu'aménager le système sous Louis-Philippe, en 1832 (1 an de service comme sous-off suffit désormais). Ce système crée déjà des tensions politiques extrêmes, les monarchistes ultras et conservateurs hurlant dessus. En interne, on crée dès l'abord une concurrence dure entre officiers issus du rang et ceux des Ecoles, qui de fait à cette époque est une concurrence sociale entre les couches populaires et les classes aisées. Par ailleurs, Soult sécurise la fonction d'officier pour éviter les épurations politiques suite à un changement de régime ou de majorité: les officiers ont un statut très protégé (qui deviendra ensuite celui de la fonction publique) qui durera jusqu'en 1974! De fait salutaire à une période de changements politiques brutaux, cette disposition crée aussi potentiellement (et dans pas mal de cas effectivement) des effets catastrophiques, surtout quand elle se joint au vieillissement des militaires de carrière (qu'elle encourage) et à la relative stagnation de la taille de l'armée. Pour les officiers issus du rang, notamment, c'est une sécurité de l'emploi inespérée, un vrai enjeu de vie qui explique leur présence et leur constitution en lobby interne. Malgré les proportions fixées, le corps est vite constitué aux 2/3 d'officiers issus du rang, et ce de façon très stable sur toute la période. Il s'agit de l'effectif global cependant: les armes savantes sont à plus des 2/3 encadrées par des officiers issus des Ecoles, de même que l'intendance (entre 80 et 90%) et évidemment le corps d'EM, à 100% fait d'officiers diplômés. En revanche, l'infanterie a 50% d'officiers issus du rang, la cavalerie 70% (chiffre le plus étonnant dans cette "arme noble" dont la réputation d'esprit "bourrin" vient peut-être de là :lol:), la gendarmerie plus de 80% et l'infanterie de marine 85%. Pourquoi? Simplement par la taille des armées, cad le niveau de besoin: les écoles restent relativement petites et leurs promotions sont limitées, bon nombre en plus des diplômés atteignant plus souvent de hauts postes sont victimes d'épurations, les accroissements d'effectifs des troupes lors de crise obligent à recruter dans le rang (une promotion de grande école ne s'accroît pas rapidement: elle est peu élastique à la demande), mais il faut aussi noter le problème de la vocation dans les élites. Les Ecoles sont de haut niveau, et on est à une époque où le Bac est déjà un diplôme de haut niveau: les effectifs de volontaires, au regard de la taille des besoins de l'armée, sont faibles. Politiquement en plus, les changements politiques provoquent épuration mais aussi démissions parfois massives: la noblesse légitimiste quitte l'armée en très grand nombre en 1830, et même la noblesse en général, quoique sur-représentée par rapport à sa population, ne représente que moins de 10% du corps. Mais pour les élites en général, l'armée n'est pas vraiment la voie royale: les démissionnaires en cours de carrière sont fréquents, l'armée dans bien des cas étant une passade de jeunesse, une situation d'attente (pour hériter, épouser ou trouver un travail en se faisant des relations). Et les écoles sont chères et exigeantes: seules les classes aisées peuvent se les offrir et ont le background éducatif pour les réussir, mais ces avantages les orientent vers d'autres débouchés, même si elles prennent initialement cette voie (ce qui s'observe dans l'histoire des promos de l'X). Il n'y a que pour les couches populaires que devenir officier est une promotion sociale. Et pour les Ecoles, les bourses n'ont qu'un effet très limité pour les formations pointues, de même que le financement total des études par l'Etat dans ces filières après 1848. Seule St Cyr voit la part des boursiers issus des classes populaires grimper à de hauts niveaux. A noter aussi que selon le grade, la proportion d'officiers issus du rang varie, mais 75% des sous-lieutenants en viennent en moyenne. Les hauts grades présentent des proportions inverses, et quand on arrive en haut, les officiers issus du rang sont l'exception qui confirme la règle (Bazaine en est l'archétype, mais même 5% des colonels et lieutenants colonels seulement viennent du rang). Quoiqu'il en soit, cela crée deux groupes d'officiers dans ce qui est censé être un corps, et cela se voie notamment dans la formation, l'éducation, qui forme la base de 2 écoles de pensée radicalement différentes, et donc opposées. Les diverses politiques d'instruction des officiers issus du rang ne seront pas très réussie: si l'armée permet, surtout à partir des années 1830 avec les premiers grands systèmes scolaires, d'alphabêtiser et instruire la troupe à grande échelle (écoles régimentaires), aucun système satisfaisant ne pourra être créé pour donner aux officiers issus du rang une vraie formation d'officier (manques de budget, absence de vrai corps enseignant adapté à cette tâche particulière, peu de matériels et livres, et surtout déplacements constants: changements de garnisons des unités -déjà "l'aménagement du territoire"-, mobilité des officiers et surtout campagnes extérieures). Ajoutée à la division interne du corps et aux certitudes acquises "sur le tas" par ces officiers, avec en plus un niveau politique qui ne veut pas trop voir les officiers réfléchir à de grandes questions d'organisation (très vite politique) ou s'habituer à savoir critiquer, on comprend mieux le mépris anti-"intellectualiste" de cette masse immense du corps des officiers. Ajoutons-y l'isolement du corps d'Etat-Major (issu uniquement des Ecoles, mais en plus "à part" au milieu des officiers issus des écoles en général, et à part dans l'armée) dont l'enseignement d'application est purement théorique et la carrière sans commandement effectif d'unités de combat, et qui pourtant est le premier fournisseur d'officiers généraux (les 3/4 d'entre eux en viennent; en Crimée, plus de 80% des généraux en viennent), et on peut imaginer que le corps des officiers ne pense pas vraiment de la même façon. Ajoutons les querelles de personnes, chapelles et ambitions pour le haut niveau, et on peut dire "la bonne ambiance". Sur le plan opérationnel, entre les corps savants à écoles d'application parfois trop théoriques, et les corps "pratiques" aux officiers peu éduqués, le haut commandement isolé dans ses étoiles gagnées en EM et les querelles d'origines et de schémas de pensée différents, l'idée d'un "combat interarme" est tout aussi extra-terrestre que celle d'une camaraderie quelconque ou d'une pensée pertinente de l'armée en général.
  15. Faut pas tant caricaturer les politiciens: le fait est qu'ils n'ont pas de position de négo face aux grandes entreprises, et c'est particulièrement vrai en France avec la faiblesse de la taille moyenne des boîtes et leur situation très majoritaire de dépendance quasi absolue (fournisseur/prestataire de service, client "contraint", micro-concurrent ou sous-traitant), et en plus le relatif faible nombre d'entreprises. Un pôle d'activité est nécessairement d'autant plus précieux pour un bassin d'emploi, et il se trouve qu'il a souvent une ou plusieurs multinationales qui y pèsent lourd et dominent une bonne part des autres boîtes plus petites du coin; la position de négo est claire et sans appel, surtout face à une atmosphère générale à la délocalisation, une conjoncture locale, nationale ou mondiale morose.... Ajoutes-y le côté "poids lourd international" de certaines boîtes, tant par leur secteur d'activité (plus ou moins crucial à divers titre) que par leur seule taille, et ce sont aussi des pressions directes sur l'échelon national, soit pour renforcer le chantage aux politiciens locaux (mais aussi à d'autres types de décideurs publics type patron d'université), soit pour en contraindre des récalcitrants, et tu as le tableau. J'avais lu en passant une formulation marrante: il y a encore 15-20 ans, Total prenait ses ordres à l'Elysée, il y a 10 ans, ils discutaient avec l'Etat, aujourd'hui ils lui imposent leurs règles. Lois antitrust claires et respectées, règles de concurrence, financements ou régime favorable aux activités naissantes, aides à la recherche (et politique cohérente de recherche), fiscalité "visible" sur 10-15 ans (l'une des plus grandes fautes des politiques, entièrement imputable à leur nullité: incapacité à se mettre d'accord sur un plancher commun en matière de règles et de montants pour l'imposition, quitte à rendre une part minimum variable selon les majorités), ce sont les grandes choses qui manquent pour rééquilibrer le jeu, avec des armes qui restent dans la balance des Etats: autorisations de mises sur le marché (bref, la "patente" pour avoir le droit de vendre ses produits, prendre des intérêts), inspection fiscale et juridique (notamment sur les règles de concurrence et d'abus de position, l'évasion fiscale....), les contrôles douaniers accrus sur les produits d'une boîte donnée.... Il y a des moyens de frapper tant qu'un pays est un marché important. Parce que sinon, il ne restera bientôt aux Etats qu'à accepter de prendre leurs ordres dans des CA, ou à l'inverse, à frapper les CA au missile de croisière :lol:.
  16. Ben que les grandes pharmas, surtout telles qu'elles se recalibrent en ce moment (rachat de boîtes faisant du générique parce que le cash est là, importance de l'investissement dans le marketing -avec une bonne partie de lobbying- et la commercialisation/distribution en général, énormité de la part de la recherche dans les trucs "utiles" comme les antidépresseurs, recherche sur les "premiums" pas énorme), rachètent du brevet dans les universités françaises (qui ont leurs structures propres et leurs pépinières de start up) sans laisser la possibilité à ces universités de pousser la recherche quelques crans plus loin (avec des brevets qui, développés ainsi, rapporteraient plus), à des stades de développement où les coûts et délais ne sont pas encore trop prohibitifs. Mais attention, ces brevets tels qu'ils sont rachetés représentent déjà pas mal de temps et d'argent public, ainsi que les possibilités d'avenir de chercheurs et équipes motivés et les possibilités de créer des petites PME innovantes viables (racheter de force et assez tôt, c'est les tuer dans l'oeuf et empêcher ces chercheurs d'être leurs propres patrons). Le chantage est opéré au niveau de l'activité de leurs implantations dans les régions (débouchés majeurs, pourvoyeurs d'activité locale), ce qui entraîne directement une pression sans contrepartie pour les politiques locaux et nationaux, et facilite par ailleurs le fait d'éviter de l'investissement public productif dans la recherche, et d'éviter aux grandes pharmas des immobilisations (bref, des sites de recherches) pour ces stades de recherche initiaux, tout comme ça leur évite de négocier avec des PME innovantes un peu solides en meilleure position de négo. Mieux valent des serfs que des vassaux costauds en somme. C'est de fait la même chose que le chantage aux subventions publiques contre implantation d'activité ou maintien d'une activité existante: là, c'est pas directement de l'argent public, mais le principe est le même. Sinon, autre exemple lu dans RAIDS: le Cap Vert a accepté l'implantation permanente d'une plate-forme, un hub logistique sur son territoire et destiné aux sociétés de sécurité maritime pour la lutte anti-piraterie. Bref, en d'autres mots, une base militaire privée. Le fait qu'il s'agisse d'un des Etats les plus faibles de la région est indicatif, les autres pays du coin refusant pour l'instant de voir des armées privées opérer dans leur bac à sable. La stratégie est donc d'implanter la base dans le pays le plus facilement soudoyable/influençable.
  17. Ca a des parfums de Moyen Age, à chaque fois que l'autorité d'un Etat central était remise en question, et particulièrement (mais là ça se trouve à d'autres moments qu'au Moyen Age) quand un "ordre" durable s'effondrait (ordre romain, ordre carolingien....): les intérêts privés imposent (aux autorités locales/régionales) ou prennent directement en charge la "défense" de leurs intérêts, mais surtout sans le moindre frein, ce qui impose un non ordre absolu d'abus, de guerres d'intérêts, de conquêtes pures et simples des ressources et marchés et de racket de fait (sous de multiples formes, il n'y a pas que l'impôt forcé direct en argent ou nature: forcer à se fournir ici plutôt que là, à exécuter corvées et travaux, à se référer à l'autorité du prétendant plutôt qu'à celle en place pour tout acte....). Au final, si on regarde ces périodes sous un tel angle, la fin de l'ordre carolingien par exemple voit le "libre marché" s'imposer, avec des grands propriétaires engageant des contractors militaires privés, s'acoquinant avec eux ou se faisant voler par eux pour prendre tout ce qui peut être pris, établir un ordre local auquel rien sinon la force armée ne peut s'opposer. Et il n'y a pas de police, de justice ou d'armée centrale. Mais ce libre marché ne l'est en fait pas puisqu'il ne trouve jamais de point d'équilibre, et en tout cas aucun acceptable pour beaucoup de parties prenantes, sauf quand les principaux acteurs du marché commencent à se structurer durablement en entités féodales de grande taille qui, ô surprise, reprennent dans leur domaine les prérogatives d'un Etat et les imposent (du moins quand elles n'en abusent pas trop). La principale ressource d'alors est la terre (sauf dans certaines régions plus "industrialisées" et/ou "commerçantes"), les villes fortifiées et suffisamment importantes pour avoir des réserves de toutes sortes, un réseau administratif appréhendant leur environnement et un statut de place de commerce/noeud routier, étant plutôt rares et convoitées. Cette histoire des JO, c'est un peu pareil: de grandes sociétés capables d'imposer des conditions de plus en plus exigeantes aux Etats profitent d'une bargaining position importante (la négo initiale des JO où les villes candidates font la queue) pour imposer ce qu'elles veulent, y compris, et là ça commence à devenir terrible, une mesure de pouvoir de police pour chasser la concurrence et extorquer tout ce qu'elles peuvent extorquer, jusqu'aux petites choses les plus ridicules. On voit là l'importance du pouvoir de prescription, de définition de normes sociales (notamment ici la propriété intellectuelle dans une acceptation très très large): celui des grandes compagnies a beaucoup grandi pour que ce fait ne fasse pas plus scandale. Au lieu de propriété foncière, ces grandes entités cherchent à imposer leur intérêt dans des domaines moins directement "physiques": propriété intellectuelle, marchés.... Mais les règles sont les mêmes: chantage pour démolir impôts et régulations, recours à tous les moyens possibles, y compris la force (dans certains pays, c'est bien plus cash que ces "escouades" de surveillance des labels), abus de position dominante (au mépris des règles d'une concurrence saine qu'ils s'efforcent de démolir).... Le fait simple à constater est que les Etats ont dans bien des cas de moins en moins de moyens de négocier avec des entités capitalistiques de cette taille (voir le scandale de la recherche pharmaceutique universitaire en France et la vente forcée de brevets).
  18. La Marine a été mobilisée pour un débarquement prévu sur les côtes allemandes.... Et pour lequel jamais les troupes terrestres n'ont jamais pu être distraites.... D'ailleurs, l'aiguillage du matériel, des vivres et des munitions était totalement imprévu et a donc été improvisé.... Avec pour seul effet d'en amener trop peu dans les ports d'embarquement et d'en distraire beaucoup plus du front est où ils manquaient déjà beaucoup. Bref, la flotte a été faire des ronds dans l'eau, du blocus mal ficelé, a eu quelques accrochages et pas grand chose d'autre. Seules les batteries flottantes ont été très utiles en étant amenées sur la Seine pendant le siège de Paris.... Et évidemment la division bleue qui a elle beaucoup servi.
  19. Vrai pour les moins de 300 000 soldats professionnels et d'active (autour de 270 000 sur les frontières, même plutôt moins vu que via le bordel d'organisation ferroviaire et logistique, les régiments, en théorie de 2000h -hors formations de dépôt- était plutôt autour de 1200-1300), moins vrai pour les réservistes récents (vrai pour la qualité individuelle, plus inégal pour l'action en troupes organisées), et faux pour les gardes mobiles/nationaux et autres troupes "secondaires". Difficile d'opposer facilement cela aux presques 600 000 Prussiens et alliés concentrés aux frontières, avec en réserve presque autant de troupes instruites mobilisées si besoin était; l'obligation militaire dans la Prusse d'alors est massive (pour tout le monde sans exception et pour 20 ans de services différenciés) et de bonne qualité pour une guerre à grande échelle. Un temps dans l'active, un temps dans la réserve, un temps dans la Landwehr de 1er échelon et un pour la Landwehr de 2nd échelon (garde, patrouilles intérieures et fortifications). Le tout pour tous les hommes de 20 à 40 ans (8 ans dans l'active et la réserve, 12 ans de Landwehr), avec sélection précoce des cadres et aiguillage vers les écoles de cadets et écoles de formation et d'application. Le taux d'encadrement des unités prussiennes est largement supérieur aux unités françaises non permanentes, et ils ont eux un échelon stratégique professionnel de direction de la guerre. Ce n'est pas le scénario alternatif le plus aisé/accessible, mais fondamentalement oui, et cela aurait même pu être très efficacement, et à effectif égal, fait si l'équipement français avait compris: - d'autres généraux avec une autre mentalité - un EM professionnel ayant fait un plan de campagne - une organisation du terrain découlant de ces plans et organisant communications, mouvements et matériels/ressources pour le mettre en pratique - une cavalerie dont on se serait souvenu que sa première mission était le renseignement: le déficit de la cavalerie française d'alors (et ce alors qu'elle est une des mieux entraînée, montée et motivée) est constaté à travers toutes les campagnes du Second Empire, dont le revival napoléonien n'a pas fait du bien aux petites têtes fragiles et impressionnables des cavaliers qui se sont crues à Eylau sous Murat pendant 20 ans (donc répétant la même connerie qu'à Eylau, érigée en vertu militaire). Improvisé, cela aurait coûté plus de monde, mais c'était largement faisable vu l'espace-temps des campagnes de cette période: quand on voit que les Prussiens juste après Sadowa ne sont pas dans la position de force qu'on croit (ce que Bismarck essaie de faire comprendre à un Moltke pas encore stratège et trop général) alors qu'ils sont à moins de 200 bornes de leurs dépôts ferroviaires, on comprend que ces énormes armées à pied souffrent très vite, sont lentes et pataudes.... Les armées prussiennes de 1870 dans l'est français ont eu les mêmes problèmes que celles de 1792 au même endroit: pas assez de routes par rapport à l'effectif, intendance qui ne peut suivre suffisamment passé la fin des chemins de fer, maladies.... Le Chassepot en a beaucoup tué, mais on oublie vite la dysenterie, le typhus, la grippe, le froid, la faim, la gangrène (les balles Minié et la mitraille favorisent cette emmerdeuse).... Qui mettent hors de combat encore des masses stratégiquement significatives de troupes. Donc le "couloir des invasions" entre la frontière rhénane, la Champagne, la Lorraine et Paris reste encore à cette époque un espace de manoeuvre capable d'une très forte attrition, un terrain difficile donnant du temps et de la place pour manoeuvrer, où on peut se perdre, mal se coordonner (donc créer des espaces pour frapper des corps et armées en détail....). La question est moins catégorique: la réponse est "oui, mais". Oui, mais pas assez (pas oublier que l'EM n'est pas une personne, mais une organisation faite de plein de sous-groupes, donc plein de cerveaux qui s'accordent plus ou moins bien), oui mais pas au même degré selon les gens, oui mais les budgets n'étaient pas toujours immédiatement dispo.... Napoléon III, contrairement à sa légende noire et à sa capacité très limitée (réelle et reconnue par lui) à être un chef opérationnel, était le plus grand innovateur de l'armée: il a voulu les canons à rechargement par la culasse et les obus percutants (d'ailleurs adoptés par le gouvernement provisoire dès octobre 1870, avec production immédiate), et ils étaient prévus.... Pour 1863-64. Tout comme il voulait un système militaire à la prussienne (l'organisation du service universel avec 3-4 types de service successifs), une formation systématisée des officiers, un corps d'EM renouvelé.... Mais les réformes ne se font pas toutes en même temps, elles prennent du temps, certaines sont très amendées, d'autres sont arrêtées, d'autres encore sont mal appliquées par la résistance institutionnelle.... Et les budgets n'autorisent pas tout tout de suite. Le choix à été fait de la priorité au Chassepot, pour en disposer d'1,2 millions d'exemplaires en 1870, même si la résistance institutionnelle de l'armée (et quelques autres facteurs moins importants) a empêché de l'accompagner d'un passage aux cartouches métalliques (la cartouche reste en papier). C'est vraiment la guerre où la France a manqué d'un corps d'officiers généraux à la hauteur (et à un degré moindre, de suffisamment de cadres qualifiés): malgré certaines carences matérielles (compensées par celles d'en face), la troupe était meilleure (même si les réserves instruites manquaient) et mordante, le terrain pouvait jouer pour la France, les appros étaient suffisants (petit problème, ils ont manqué PARCE QU'ILS N'ETAIENT PAS LA; merci aux généraux prévoyants méprisant l'organisation logistique et la planification), l'armement d'infanterie supérieur.... Il y avait tout ce qu'il fallait pour infliger aux Allemands des pertes insupportables (déjà qu'ils sont pas passés loin du point de rupture autour de janvier-février 1871 dans des conditions de supériorité absolue) et l'emporter dans un combat défensif.
  20. Parler de la guerre de 1870 sur un autre sujet m'a fait m'intéresser un peu sur cet aspect de jonction politique-militaire et de fonctionnement des hauts niveaux décisionnels, ceux de l'organisation de l'armée comme la décision opérationnelle, sous le Second Empire. C'est terriblement complexe et difficile à simplifier, autant parce que les organisations et leurs domaines d'action sont difficiles à exactement circonscrire que les interactions sont nombreuses et le rôle des individualités et petits groupes (coteries) est grand. De façon amusante, j'avais examiné un peu en détail la façon dont ce processus de décision militaire était né et avait grandi en Israël, posant des problèmes que l'Etat hébreu n'est toujours pas capable de résoudre aujourd'hui. L'organisation militaire du Second Empire est comme souvent au XIXème siècle aussi en grande partie une organisation politique et sociale, et une organisation sécuritaire: son fonctionnement, sa nature, est de force forcée une incarnation du régime, même si d'un régime à l'autre, la plupart des organisations formelles peuvent avoir les mêmes noms et la plupart des mêmes personnels (chefs, cadres et troupes), et fondamentalement être les mêmes en apparence. Ce qui change est plus difficilement visible dans beaucoup de cas: latitude d'action, "pouvoir" (de pression, de résistance aux décisions....) et champ de compétences, position politique de négociation par rapport aux composantes du pouvoir légal, position/image dans la société (dont peuvent dépendre la motivation de la troupe et des officiers, leur loyauté, leur dévouement, la désertion....), composition du corps des officiers et fonctionnements internes (groupes/chapelles, cercles d'amitiés, hostilités/rivalités, voire franches divisions, modes de promotion, éducation....) et ses liens avec les diverses strates de la société civile.... Sous les mêmes apparences formelles, la réalité peut être très diverse et le fonctionnement de la décision en matière militaire, générale comme opérationnelle, peut varier du tout au tout. L'armée du Second Empire est encore fondamentalement celle héritée des réformes de Gouvion St Cyr (et de Soult) sous la Restauration, avec évidemment des changements formels (réformes, innovations militaires) et informels (origines des cadres, nouveaux types de troupes, instauration de "systèmes" de fait, "culture militaire" née des guerres et garnisons, changements de régimes politiques et leurs impacts, constitution/transformation des groupes internes à l'armée) survenus entretemps. La première caractéristique de l'armée est celle de la conscription universelle partielle de fait; terme contradictoire? Pas vraiment. La conscription est officiellement abolie (et la population préfère ça), mais si l'armée choisie est une armée professionnelle, donc de "volontaires", l'insuffisance des vocations amène un système complémentaire fondamentalement lié à la conscription. Il s'agit du fait que tous les hommes en âge de servir sont recensés et examinés, et tous les aptes sont ensuite tirés au sort, avec possibilité, en cas de sélection, d'acheter une dispense (si on peut aussi trouver un remplaçant apte), achat évidemment accessible seulement à certaines catégories sociales. Le but est de combler la différence entre l'effectif fourni par le volontariat et celui fixé comme objectif par le gouvernement. C'est l'armée des "bons" et des "mauvais" numéros (d'où l'expression "tirer le bon numéro"), un système injuste et de plus en plus mal vécu au fil du siècle, qui n'est pas sans impact sur l'armée via un certain enkystement du système et le caractère fondamentalement orienté "ordre" du commandement, que les officiers soient républicains ou monarchistes; ce fait permet aux classes aisées de lutter contre toute évolution du recrutement pour s'épargner une mobilisation de leur jeunesse, et toute protestation violente est étouffée avec le concours d'une armée dont les dirigeants luttent par principe contre le désordre, qu'ils aiment ou non la chose. Mais cet enkystement a aussi une autre conséquence: la constitution de toute autre force, de toute "seconde armée", une "armée" qui aurait donc de la troupe et des cadres, pour disposer de réserves militaires plus vastes en cas de conflit majeur aux frontières, est systématiquement torpillée et sabotée par tous les moyens possibles par le corps des officiers, un cas terrible de résistance institutionnelle qui s'ajoute aux luttes politiques (en lien avec elles) sur ces sujets. Garde Nationale, Garde Mobile et Réserve Militaire en feront toutes les frais: jamais ce problème d'une "force d'urgence", d'une réserve de mobilisation instruite, ne sera résolu, et le conservatisme d'une armée toujours plus professionnelle et méprisante à l'égard de ces unités renforcera toujours un peu plus ce fait (notamment en s'assurant que toute réserve soit mal formée et équipée). Ce qui rejoint la commodité politique: la réserve est impopulaire et coûteuse (infrastructures, équipements, coûts d'entretien, et surtout cadres permanents nombreux), donc elle devient systématiquement une variable d'ajustement budgétaire. Tout au plus permet-elle, selon la conjoncture, de réduire les effectifs d'active à une période où la politique étrangère se veut apaisante. Et le système a aggravé le mécontentement au fur et à mesure de la croissance de taille de l'armée, et ce d'autant plus que le remplacement devient une industrie; des sociétés, associations et agences se créent pour trouver des remplaçants remplissant les critères de l'armée (aptitudes physiques/mentales et le fait d'être déchargé d'obligations militaires), faciliter la signature de contrats de gré à gré, acheminer les remplaçants à travers le pays (vers le département de recrutement).... Avec même des contrats d'assurance contre le "mauvais tirage". Ce secteur économique, condamné par les officiers, a pour effet d'amoindrir largement le volontariat, vu qu'un engagé ne touche pas la prime fournie à un remplaçant. La structuration de ce système en vient à créer des différences accrues entre régions riches (où les dispensés sont nombreux) et régions peu ou pas favorisées (qui fournissent un effort disproportionné de conscrits), entre villes et campagnes (qui fournissent plus de monde), différences qui tranchent et radicalisent encore plus le paysage politique. L'obligation militaire, enfin, était liée à une interdiction de mariage, facteur accroissant le mécontentement: on ne pouvait se marier qu'après le dégagement d'obligations militaires, ce qui renforçait le clivage riches-pauvres, impactait la démographie et empêchait une portion conséquente de la population de "s'établir" et de commencer une vie et une activité avant 27 ans en moyenne. Et la croissance de l'armée passe par deux mesures tout aussi mal vécues: l'accroissement du contingent levé, et l'allongement du service dû (qui passe vite de 6 à 8 ans, plus une période de réserve), avec en plus une élévation constante du prix du remplacement qui mécontente les strates les moins aisées des "classes moyennes" (petits notables, paysans un peu à l'aise....). Si le corps des officiers est contre le système de recrutement, et ce en partie en lien avec les divisions politiques, il ne recoupe pas celles-ci: grosso modo, et c'est ce que les officiers finiront par avoir sous Napoléon III, l'armée renforcera sa professionalisation, donc encourageant le volontariat et un recrutement par tirage plus difficile à éviter (conditions financières et conditions de proximité géographique ou de famille, dissolution des systèmes d'intermédiation). Tout en continuant à épargner les plus riches et à renforcer les clivages régionaux, ce système renforce l'écartement armée-nation en insistant sur le professionalisme, le rempilage et le service de longue durée. Accessoirement ce professionalisme amène aussi un vieillissement du corps des sous-offs et de celui des officiers: un effectif global qui évolue peu et un encouragement au rempilage (et on rempile avec son statut/grade précédent) limitent les perspectives d'évolutions donc accroissent les rivalités et "clans" internes tout en faisant grimper la moyenne d'âge, ce qui encourage le conservatisme et les chapelles permanentes au sein de l'armée. Accessoirement, la troupe restant en majorité faite de conscrits "à mauvais numéros", elle n'est pas toujours très enthousiaste et apprécie inégalement les soldats de métiers, aussi bien les soldats engagés (entre 12 et 20% de la troupe environs) que les sous-officiers (souvent plus âgés et d'autant plus durs qu'ils sont mécontents du peu de perspectives) et officiers (une caste de plus en plus à part). Il est amusant de noter qu'armée (avec la récente armée d'Afrique et la Légion) et marine (qui inclue déjà les troupes de marine et fusilliers marins) doivent compter une moyenne de 100 à 150 000 professionnels engagés volontaires, soit le chiffre que De Gaulle évoque encore dans L'armée de métier en disant qu'il est une relative constante dans l'histoire récente. Une autre conséquence de cet enkystement et de l'évolution du corps des officiers en petit monde en soi (fait inévitable, mais qui peut prendre beaucoup de chemins) est l'enfermement, alors commun en Europe, dans une certaine culture militaire qu'il est du coup difficile de remettre en cause; survalorisation de la bravoure et de l'élan sur la culture scientifique et "l'intellectualisme" de plus en plus nécessaires (un fait commun en Europe, où la Prusse fait figure d'exception), petit fonctionnement interne népotique et entriste.... L'armée française a cependant la particularité de favoriser un très large recrutement d'officiers issus du rang, ce qui a bien des avantages mais aussi de terribles inconvénients, surtout quand on en arrive aux hauts niveaux de décision et quand ce fait renforce démesurément le travers culturel de "l'opérationnel" vs "l'intellectuel", créant un faux et dommageable fossé entre l'officier combattant et l'officier d'Etat-Major, ce dernier étant culturellement torpillé et rabaissé dans l'armée où il ne pèse rien. Cela se sent dans l'organisation de l'armée où le corps d'EM est minuscule, et pire encore permanent: des officiers qui, après quelques expériences réelles, s'orientent vers le travail d'EM et n'en sortiront jamais plus, et qui sont peu nombreux (une armée microcéphale) et sans grande perspective de carrière passé certains grades. Ajoutons pour la bonne bouche l'interdiction ou la sévère censure (celle de droit et celle de fait) à l'encontre de la réflexion tactique, opérative et stratégique, autant pour des raisons politiques (sujets comme le recrutement, la formation, la vie en caserne -décriée et condamnée par la religion, donc très politique-, la politique extérieure, la colonisation, le "système militaire" à adopter, la condition militaire....) que pour des raisons de culture interne à l'armée. L'anti-"intellectualisme" et la censure se conjuguent donc pour faire en sorte que la pensée militaire s'atrophie, que le conservatisme aveugle et borné s'affirme, qu'une culture militaire "lyrique et nostalgique" s'affirme, que quelques sujets d'applications seulement puissent être sujets d'abondantes publications sans pour autant avoir d'effet sur l'organisation (la médecine militaire en est un exemple tragique, mais aussi les avancées scientifiques, malheureusement cantonnées à des domaines d'application étroitement pensés). L'officier écrit, parfois beaucoup même, mais sur certaines choses seulement qui deviennent des marottes, des obsessions et les sujets auxquels la culture ambiante le cantonnent pathologiquement: histoire militaire sous l'angle lyrique et nostalgique (surtout de l'empire), campagnes coloniales et récits ethnographiques sont la majorité du genre. Et on regarde par le petit bout de la lorgnette, avec de très grosses oeillères: on ne s'est jamais autant intéressé à l'histoire militaire de l'empire, et pourtant ce fut pour n'en retenir que des aspects limités, flattant l'imagination, aucunement pour un regard critique et moderne (travail d'EM, organisation logistique, anticipation, mouvements à grande échelle....). La culture militaire des officiers français évolue alors fortement, le scientisme se limitant beaucoup à certains domaines très précis, incapable de mise en perspective tactico-opérative (sûrement pas stratégique), de réflexion organisationnelle, de lutte contre les mentalités d'armes (chacune a sa culture).... A bien des égards, l'armée française en souffre encore aujourd'hui. L'organisation au sommet Le Ministère de la Guerre au XIXème siècle a en quelque sorte suivi l'évolution vers la professionalisation de l'armée, ce qui se traduit vers une organisation toujours plus poussée vers la spécialisation (ce qui veut dire des chapelles concurrentes toujours plus "féodales"). Les grandes "directions" sont: - les "opérations militaires": bureau du ministre qui régente les mouvements de troupes en métropole, donc une fonction terriblement politisée - "affaires d'Algérie": il s'agit donc d'un rôle aussi politique qu'administratif et militaire, l'Algérie étant une "province" du Ministère de la Guerre - "personnels" - "comptabilité" - "Artillerie" et "Génie", de simples bureaux, deviennent 2 directions autonomes, ce qui traduit autant l'importance (justifiée) de ces domaines que leur constitution en chapelles internes avec moyens permanents, corps d'officiers dédiés (donc des petits mondes en soi), influence au sein du Ministère, monopole de l'information sur leur domaine.... Sous leur égide se trouvent deux simples comités: les fortifications, et surtout (tragiquement), le matériel. Moindre importance, moindres moyens. - le "Dépôt de la Guerre": cartographie, études historiques, veille des autres armées (section "statistiques militaires", en fait le renseignement militaire).... Une direction un peu fourre-tout et dont la faiblesse (budgets, priorités, effectifs) traduit l'isolement des officiers d'EM et la "voie de garage" que leur petit nombre et leur "statut" représentent. - il y a d'autres directions, mais aussi un rôle important joué par les fonctionnaires civils, véritable chapelle interne sans uniforme (la direction "comptabilité" est la seule confiée à un civil cependant). Le point n'est pas d'énumérer l'exacte nomenclature, mais de souligner que le Ministère se segmente en chapelles qui veulent toutes acquérir le statut de directions (il n'y en a que 2 sous la Restauration), ce qui alourdit le système et marque la délimitation de "territoires" internes qui, sous le couvert de leur "expertise", sont en fait des camps retranchés et des enjeux de pouvoirs et de carrière, des petits ministères en soi. Une direction, cela veut dire des moyens propres, des prérogatives légales, un statut pour son patron, des cercles et pyramides d'alliés, d'obligés et d'affiliés, un accès à l'information et des moyens pour la filtrer.... Soit des moyens propres pour ralentir et orienter le processus de décision. Plus il y a de directions, plus il y a nécessité de tractations, débats, négos, concessions, délais.... Ca fait autant de clientèles à satisfaire, de guéguerres à subir, de querelles d'ambitions, d'idées et d'intérêts, de lobbies internes.... Et donc plus de difficultés à diriger, ou au moins à coordonner, mais plus encore à penser. Comment un ministre peut s'imposer face à de tels camps retranchés, chacun un monde en soi, fermement lié et tenu par des règles avant tout non écrites qui s'imposent aux écrites, qui suivent leur ligne interne, leur intérêt, leurs organisations et dynamiques internes. Fixer des règles théoriques est une chose, les imposer en est une autre, qui sera toujours aléatoire: plus on donne des moyens propres à une organisation (nécessaire pour faire un travail correctement), plus on lui donne la latitude pour constituer un pôle de pouvoir interne ("pouvoir" en général et/ou "pouvoir" dans sa branche d'activité), que les règles théoriques le permettent ou non. Et on n'obéira pas au ministre et au président parce qu'il faut obéir au ministre ou au président: il y a mille et un moyens de n'obéir qu'en apparence en dénaturant l'ordre si on ne l'approuve pas ou qu'on souhaite lui apporter des modifications plus ou moins drastiques. Et quand on n'est pas dans une dictature, il y a en plus plein d'autres gens et organismes à aller voir et avec qui négocier pour faire un peu plus ce qu'on veut. Plus grave encore dans la France du XIXème, le Ministre n'a pas développé de services propres centralisant la réflexion et les choix, quelque chose pour avoir un tableau clair, pour organiser planification, prospective militaire, réflexion, renseignement, pour concevoir des plans, coordonner l'activité des directions.... Vu que les directions étaient censées être ça à la base avant de croître en entités importantes et rivales, donc à part. Et l'absence d'une formation militaire supérieure (condition d'un corps d'EM important) maintient les écarts culturels de chapelle. Suite au prochain numéro.... Dédié à l'EM et aux commandements.
  21. Et au nombre, ne l'oublions pas celui-là :lol:. Conséquence du travail d'EM, mais aussi de l'organisation militaire en général, les Prussiens/Allemands ont comme qui dirait un tantinet plus de monde à balancer. Oui, et ils ont pas brillé dans les 2 occasions; la première tentative fut même carrément lamentable. La 2ème, spectaculairement laborieuse. Difficile de le présenter ainsi selon moi: la canon, surtout en concentration EST l'arme fatale: en 1870, il représente l'immense majorité des pertes françaises qui a un fusil infiniment supérieur qui n'a pas inversé la tendance.... Mais en 1870, cela laissait quand même beaucoup de possibilités encore à la France (surtout avec un avantage "anormalement" spectaculaire en fusil), avant tout en raison de la dilution de l'espace temps du théâtre d'opération: malgré ces premiers armements modernes (fusil à chargement par la culasse et balles "Minié" côté français, canons en acier rechargés par la culasse et obus percutants côté allemand) et l'importance de leur dotation en ligne (niveau industriel), le théâtre d'opération est encore de fait immense à l'échelle d'armées de campagne entièrement à pied une fois l'acheminement par train opéré jusqu'aux abords des zones d'opération. Et les effectifs ne sont pas encore ce qu'ils seront en 1914, ni les réseaux ferrés si denses ou les portées d'artillerie plus importantes que simplement "tactiques" (1 portée de Chassepot et demie pour l'artillerie prussienne). Le canon est l'arme absolue, mais uniquement sur des masses concentrées qu'on voit encore largement à l'oeil nu, ce qui donne encore énormément de lattitude à un EM de niveau "opératif" pour éviter son feu, diluer son dispositif.... Et ces dispositifs sont lents: ils sont à pied, ils se comptent en centaines de milliers d'hommes alors que les communications sont à la voix, aux messagers et aux signaux visuels (vite inutiles aux abords d'une bataille vu qu'on est à la dernière génération d'armes faisant beaucoup de fumée), ce qui les rend patauds et assez lourdauds, et ce d'autant plus que ce sont des lourdauds avec peu de "capteurs" et des capteurs à transmission lente aux cerveaux: la fonction "renseignement" est limitée en quantité et en qualité, et évidemment en capacité à transmettre l'info rapidement. Il est plus compliqué d'évaluer de visu ce que fait une armée de 100 000h (plus de subdivisions, mouvements plus durs à analyser....) pour un cavalier léger que d'évaluer une armée de 40-60 000 (plutôt la moyenne lors des guerres napoléoniennes). Du coup ce qui suffisait (déjà difficilement, et avec beaucoup d'erreurs) à la période précédente ne suffit plus du tout ce coup là, ce qui accroît la lenteur de déplacement opératif des armées et laisse encore une fois plus d'options au général par rapport à une artillerie adverse qui n'est une arme absolue que sur un "champ de bataille" qui reste encore un carré de terre très restreint (pas totalement observable à l'oeil nu, mais pas loin). C'est la dernière grande guerre qui a encore des "champs de bataille" à échelle "humaine". 1914 sera la rupture aussi à cet égard.
  22. N'exagérons rien dans la formulation: la France était alors une puissance encore très importante et en croissance/développement rapide, mais son développement était moindre par certains facteurs fondamentaux, comme la démographie, la législation sur la propriété foncière (partage des terres agricoles entre héritiers = agriculteurs qui font peu d'enfants ET limitation de l'exode rural par maintien subséquent de plus d'héritiers sur de petites propriétés = moindre développement industriel/urbain par moindre division du travail et moins de possibilités d'émigration/population des colonies à développer), la faiblesse des ressources minières non compensée par un développement analogue au Japon (politique commerciale fondée sur un rapport optimisé entre importations et exportations), faiblesse de la stabilité politique et du consensus social de base jusqu'à la IIIème République (limite entre autre la confiance dans l'avenir pour l'investissement ou la natalité), mauvais dialogue social et politique (c'est l'Allemagne qui a le mieux géré ce facteur à cette époque, et de loin).... Le déclin français était relatif aux autres grandes puissances qui ont connu un grand rattrapage; à cet égard, c'est plutôt la période entre les traités de Westphalie et la Révolution qu'il faut voir comme une période d'avantage français disproportionné (transition démographique engagée plus tôt, stabilisation politique interne....). C'est voir cette période comme non exceptionnelle qui fait artificiellement/exagérément penser à un déclin au XIXème.
  23. Je crois pas que la parenté germanique et l'affinité culturelle ait réellement joué, quoiqu'elle puisse faire partie du tableau de fond de la manière de réfléchir des dirigeants anglais d'alors. Ceci dit, la reine ne décidait alors de pas grand-chose en termes de choix de gouvernement de cette ampleur, certainement pas de la paix, de la guerre et des alliances. Et les préférences personnelles pour les choix d'alliances sont rarement entrés en ligne de compte quand il s'agissait de prendre des décisions: affinité ou non, ça n'aurait jamais empêché les brits de décider de faire la guerre à l'Allemagne, et surtout pas à la Prusse, pas vraiment populaire en Allemagne même et contre qui l'Angleterre a failli 2 fois lancer une guerre pendant le Congrès de Vienne, en 1814 et 1815. Le problème était plus d'avoir des bases de raisonnements pour percevoir les dangers à leur juste mesure et dans un temps satisfaisant. Mais le fait est que les dirigeants anglais à cette époque voyaient encore la France comme le danger majeur (potentiel surtout) pour l'équilibre européen, avec la Russie. Les statistiques et analyses prospectives étaient sous-développées et reposaient sur un nombre de données d'intérêt vraiment trop limité pour tracer une "realpolitik" suffisamment fondée aussi sur de telles données qui auraient eu une tendance à rééquilibrer fortement leur vision: la démographie au jour J de la guerre leur faisait encore voire la France comme le "poids lourd" du continent (38 millions d'habitants contre 32 à la confédération d'Allemagne du Nord -ou avec les Etats du sud, je suis pas sûr) même si ce poids était relativisé et la part de la France dans la démographie européenne était désormais très moyenne. Cependant une vision dynamique, essentiellement fondée sur la natalité, l'espérance de vie et le taux de mortalité infantile aurait déjà montré les tendances à moyen terme qui pointaient pour un boom massif et continu de la natalité allemande et une stagnation (et donc un vieillissement corollaire) française. Si on y ajoutait une compréhension des économies et de leurs perspectives (simplement par la disponibilité des ressources et le développement des marchés nationaux), et qu'on y avait accordé une importance justement mesurée, l'évidence aurait pointé à un déséquilibre immense entre Prusse et France pour les productions industrielles, qui aurait été de nature à inquiéter les Anglais. Mais les critères de jugement de la puissance et des intentions qui découlent de tels facteurs n'étaient pas vraiment adaptés. La perception culturelle, la persistance de certains réflexes, ce sur quoi la perception des menaces était faite, les façons de collecter le renseignement.... Tout concourait côté brit à un maintien des perceptions traditionnelles, désormais de moins en moins adapté à une juste perception des réalités et des menaces, toutes choses favorisant un attentisme dangereux (avec l'insularité) moins en phase avec l'époque, dont les rythmes d'évolution étaient soudain incroyablement plus rapides que ceux des mentalités et des façons de voir et analyser la situation.
  24. Hé, c'est la guerre! Et dans la guerre, la première victime est toujours la vérité (ou ce qui essaie de s'en approcher): en temps normal, on a des subjectivités normales (dont la contradiction permet un peu de perspective). En temps de guerre, on a des subjectivités exacerbées. Elles sont juste plus exacerbées là où il n'y a pas d'infos contradictoires, de débats, mais ça veut pas dire que les pays à info pluraliste et contradictoire n'ont pas aussi des subjectivités et qui plus est en colère dans ces moments là (ce qui fait choisir un camp). Si tu essaies d'avoir la vérité ou quelque chose qui s'en approche, faut se cantonner aux événements d'il y a au moins 40 ou 50 ans: plus récent, c'est encore trop à chaud :lol:.
  25. Peut-être parce qu'elle nous choque plus vu qu'on s'attend à mieux dans des pays avec infos libres et contradictoires (je rappelle qu'il y a aussi des émissions de débats où les réalités sont détaillées et sans réelle "propagande"), mais en attendant, ça reste ce qu'il y a de moins pire: j'ai pas trouvé les médias chinois moins pétants d'hypocrisie (ou même seulement un peu plus hypocrites), et les médias russes ont aussi des côtés Pravda à l'occasion qu'on ne trouve pas chez nous.
×
×
  • Créer...