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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Raaaah, une partie de Diplomacy :lol:! Veux, veux, veux!!!!!!! Concilier l'Italie et l'Autriche-Hongrie relevait pour plus que le très court terme de la gageure de toute façon. Mais on voit quand même là la connerie historique de l'Allemagne d'avoir pris l'Alsace Moselle. Quand aux Balkans, y créer un "axe" solide pour l'Allemagne est difficile: le tropisme de nombre de peuples et pays vers la Russie est réel, et la Russie est hystérique sur cette région. Et évidemment, elle reluque toujours sur Constantinople à ce moment.
  2. Oui, tu soulignes bien le fait que les marchés sont plutôt assez fermés, et en tout cas très surveillés par les Etats.... Et le monde de 1914 n'a pas tant que ça de grands marchés solvables, ni d'ailleurs au final beaucoup de pays: les empires coloniaux sont des chasses gardées (l'Amérique du sud, à certains égards, l'est un peu pour les USA depuis la fin du XIXème siècle) et l'expansion industrielle allemande entre les années 1880 (l'Allemagne ne connaît pas réellement la "grande dépression" des années 1870-1890) et 1914 est réellement très importante, vraiment beaucoup trop pour ne pas déclencher un BESOIN d'expansionnisme commercial. La croissance énorme de son tonnage marchand ne reflète qu'en partie ce fait, de même que sa présence en Chine (le seul "grand marché" encore en partie ouvert à la concurrence). L'empire ottoman n'est que très partiellement un marché intéressant vu son faible niveau de développement. La tension avec la Russie est inévitable en l'état des mentalités, autant que celle avec la France, ce qui ramène aux calculs contraints de guerre sur 2 fronts pour l'Allemagne, et de coordination pour la France et la Russie. Plus encore, une Allemagne ne s'orientant pas sur les mers, et donc réellement hystérique pour conquérir des marchés en Europe et jouer les divisions entre Etats (voire intra-Etats pour l'Europe centrale et orientale) enragerait très vite beaucoup plus de monde, et dans le scénario présenté par Berzerker, un tel comportement aurait toutes les chances de précipiter l'Italie dans l'alliance franco-russe.... Et/ou, et c'est pas du tout invraisemblable, de faire chier l'Autriche-Hongrie suffisamment pour aussi la porter vers cette orbite: faut pas oublier que l'Allemagne du début du XXème siècle est en pleine expansion économique et démographique (et militaire), face à des puissances européennes qui ont pour l'essentiel passé cette phase et sont plutôt en "stabilisation": ça la rend très agressive aux yeux des autres. Et le fait est qu'elle ne peut pas faire autrement que favoriser son expansion économique et donc commerciale. Toute entrave à ce développement serait politiquement suicidaire pour la nation allemande. L'Allemagne n'est pas si libre que ça de "choisir" la Russie aux dépends de l'Autriche-Hongrie: s'entendre avec la Russie est difficile, voire impossible (même Bismarck n'aurait pas forcément pu faire durer plus longtemps son "système" s'il était resté aux affaires et avait vécu) étant donné la nature de la frontière entre les 2, et les sentiments/perceptions d'exposition au danger par les 2 pays. On a une Allemagne réellement paranoïaque à l'idée d'une guerre sur 2 fronts et qui perçoit la puissance russe comme bien plus grande qu'elle ne l'est (ce que tout le monde fait alors), et une Russie qui ne voit que ses territoires européens exposés à la surpuissance allemande et à l'appétit autrichien alors qu'ils sont lointains: rappelons que les Pays Baltes et la Pologne russe sont des centres industriels et militaires précisément développés par Moscou en raison de leur éloignement par rapport au centre russe. Après la Pologne, c'est plus de 1500km de vide avec peu d'axes de chemins de fer, soit un goulot d'étranglement logistique et stratégique dès lors que les besoins sont vaste, et d'autant plus problématiques que la mobilisation russe est lente. Donc la Russie est sur-réactive à ce que fait l'Allemagne parce que tout indique que sauf concentration rapide (essentiellement prépositionnée), tout son occident peut être perdu avant qu'elle ait pu réellement mobiliser. Et dès lors que la Pologne est perdue, il ne reste que beaucoup de vide avant Moscou, soit un obstacle certain (mais difficile à bien défendre pour les Russes vu la faiblesse du réseau ferré et celle des centres logistiques) mais qui complique, voire empêche pour longtemps toute idée de contre-offensive. Bref, le Russe est naturellement parano (pas nouveau :lol:) face à l'Allemagne et à l'Autriche à cause de ces territoires est européens. Difficile de changer cette donne fondamentale. Surtout quand on y ajoute la poitique de "protection", l'importance accordée aux Balkans slaves et orthodoxes.
  3. Oui, ça aurait été mauvais pour le matricule français. Mais faut quand même aussi garder à l'esprit que la marine allemande de haute mer n'est pas née d'un caprice du souverain qui n'est pas un "despote oriental" dans l'Allemagne d'avant 14: il correspond à une expansion brutale de la marine de commerce allemande et par là de la croissance énorme des intérêts commerciaux allemands en général. L'Allemagne willhelminienne est alors en phase d'explosion industrielle, ce que l'Angleterre a connu jusqu'au début de la 2ème moitié du XIXème siècle, et l'expansionnisme commercial en est le corollaire nécessaire, ce qui fuele l'idéologie pangermaniste des milieux financiers, industriels, commerciaux et navals. C'est pas un simple caprice à la mode. Et je ne crois pas que le Bagdadbahn suffise à satisfaire ces milieux en terme de marchés solvables qu'il ouvre. Et c'est cette posture économiquement expansionniste qui emmerde les britanniques qui commencent à voir des Allemands partout outre mer et qui trouvent pas ça marrant vu qu'ils voyaient déjà des Américains aussi débarquer partout. Le développement de la Hochseeflotte est un corollaire de cet axe d'expansion maritime, qui a connu un boost particulier lors de la révolution du dreadnougth puisque tout d'un coup, l'ensemble de ce qui flottait était complètement has been et tout le monde était sur un pied d'égalité. Sauf que des mouvements en ce sens risquent d'emmerder l'Angleterre dans sa méfiance à l'égard de tout hégémonisme continental.... Et la Russie encore plus si l'Allemagne veut asseoir sa domination économique en Europe centrale. On anticipe à ce niveau là, quand même.
  4. Tancrède

    L'armée romaine

    Un autre élément qui me fait penser à cette évolution graduelle de l'armée romaine vers une plus grande structuration en unités et sous-unités spécialisées au sein d'un dispositif interarme complexe, c'est l'alourdissement d'une partie de l'infanterie de ligne qui devient réellement "lourde", notamment en adoptant des jambières et la "manica", une armure pour le bras droit (le gauche ayant le bouclier), sans doute aux alentours des guerres daciques de Trajan (début du IIème siècle) et surtout pour contrer l'armement des Daces, spécialement leur "falx", sorte de grande hallebarde courbée dont le maniement en unité offrait une résistance inhabituelle aux tactiques et dispositifs romains, y compris en bataille rangée. Graduellement, on a donc une infanterie "très lourde" qui se reforme dans les légions et dans les cohortes d'infanterie de ligne auxilliaires, qui est en fait un retour aux "triarii" pré-Marius, pour avoir une ligne "lourde" d'arrêt et de progression en phalange, ligne qui semble ensuite utiliser de plus en plus, puis adopter, la lance d'arrêt, la hasta (grande hampe de 3m). La hasta a toujours été dans l'inventaire romain, mais comme arme en "double dotation", donc elle n'a jamais réellement disparu. Mais son retour permanent indique le besoin face à des unités de cavalerie, et surtout face à des adversaires sur le Rhin et le Danube qui sont plus organisés et à plus grande échelle. Cependant, il s'agit d'une réintroduction au sein d'un dispositif d'infanterie complexe et organique à chaque unité élémentaire, essentiellement la cohorte, mais apparemment, si j'en crois ce que je lis, dans chaque centurie d'une même cohorte. Donc les triarii sont de retour, de même que les vélites ("antesignani" puis "lanciarii"), en tant que spécialité permanente, pour une légion, ou plutôt des cohortes (milliaires et quingénaires) "interarmes". L'aspect du fantassin lourd aux IIIème-IVème siècle est celui d'un type extrêmement blindé, avec cuirasse lamellaire et surtout à écailles, protections aux jambes et aux bras, casque lourd, grande lance et bouclier. Le modèle pilum-gladius "universel" pour l'infanterie me semble d'une part n'avoir jamais été aussi universel que cela même dans les seules légions, et il semble ensuite avoir largement évolué en raison du besoin reconnu de spécialités de temps plein et de la vacuité de l'idée d'un fantassin "bon à tout" face à des adversaires qui eux semblent en progression générale (en quantité, en organisation et en qualité) sur la période du principiat et surtout à partir du IIIème siècle (généralisation des grandes "ligues" de peuples). Si on ajoute en plus l'évolution de la menace perse avec la fin des Parthes Sassanides et l'arrivée des Arsacides (qui développent une vaste armée permanente, avec notamment une composante d'infanterie importante), le tableau est complet. Et l'évolution militaire romaine, outre les retex et l'évolution "naturelle" d'un modèle militaire face à ses besoins spécifiques et les progrès de la réflexion, s'adapte à une montée générale de la qualité et de la quantité des adversaires mais dans le cadre d'une supériorité relative globale qui s'érode (croissance de la taille et du nombre des adversaires, progrès militaires naturellement plus rapides de ceux qui suivent que du leader en place). Le différentiel est toujours net en faveur de Rome, mais il est moindre, sans que l'armée romaine soit réellement en cause: mais beaucoup d'historiens parlent pour cette raison de "déclin", y voient un déterminisme de la décadence.... C'est à mon sens juste que Rome ne pouvait pas garder une marge de supériorité aussi énorme que par le passé: limites de taille, de moyens disponibles, de progrès militaires qui ne peuvent créer de "révolution militaire" suffisante pour assurer une marge de différence constante.... Y'a des limites à tout quand même. Et la crise du IIIème siècle, avant tout économique puis politique, crée un gap dans la puissance romaine pendant un temps suffisant pour que les adversaires de partout en profitent chacun dans leur coin. Les légionnaires et fantassins de ligne romains, et ce qu'on peut en voir dans les siècles ultérieurs et dans la continuité de l'histoire militaire romaine dans l'empire d'orient, offrent ainsi le spectacle d'unités de taille de cohortes/bataillon ayant plusieurs types de fantassins avec chacun un rôle spécifique, et parmi eux, des fantassins très lourds (pour l'arrêt et la tenue de la ligne, la mêlée) et des "médians" (pour le tir courte distance, la mêlée et la contre-attaque) rappelant plus les anciens légionnaires, ainsi qu'avec des "légers", essentiellement des troupes de missiles (pour l'appui et la poursuite). L'interarme existe donc dans l'armée romaine de manière plus intégrée, mais aussi plus liée à des spécialisations permanentes non seulement d'unités élémentaires mais aussi de sous-unités au sein de ces unités de base. On voit aussi se développer une grande souplesse tactique dans la composition des armées de campagne, et même pour une bataille spécifique, le prélèvement et la distribution ici et là de sous-unités (selon leur niveau d'aguerrissement et surtout leur spécialité) pour composer un ordre de bataille ajusté aux besoins et à la préférence tactique du chef.... Toutes choses qui soulignent un haut degré de sophistication, de professionalisme et de standardisation des unités et sous-unités pour qu'un tel "lego" soit possible au niveau des unités comme des sous-unités. C'est pas avec des amateurs qu'une telle chose est possible, chose que souligne aussi, par exemple, la technicité extrême de l'escrime épée longue-bouclier (comme d'ailleurs le combat lance-bouclier) que beaucoup d'historiens présentent comme une "décadence" par rapport à l'abandon du duo pilum-gladius. Je suis en train d'essayer de piger comment fonctionnent (sur le plan tactique) les unités d'infanterie romaines des IVème-Vème siècles, et c'est vachement complexe. Ce qui est sûr, c'est que ça dément totalement le discours des "déclinistes" pointant du doigt la baisse qualitative de l'armée et celle de l'art militaire romain. Mais il apparaît en tout cas certainement que l'évolution militaire romaine est continue, que le "modèle" connaît un progrès technique, tactique et opératif constant (avec des variations de qualité qui dépendent plus du financement, donc de la stabilité interne), et que fondamentalement, les évolutions ne sont que des continuités, ce qui souligne la tendance des historiens à avoir "idéalisé" un pseudo-modèle qui va de Marius au IIème siècle et qui n'a jamais réellement existé. L'armée romaine impériale cherche toujours des campagnes décisives et la bataille en rase campagne, mais elle cherche cependant à préserver ses hommes, ressource rare et chère quand il s'agit de troupes professionnelles aguerries et que les ennemis sont toujours plus nombreux, toujours plus organisés et opèrent de façon de plus en plus simultanée/rapprochée en de multiples points des frontières. Le modèle, évolution "naturelle" d'une armée professionnelle, surtout avec un long temps de présence sous les drapeaux, favorisent une spécialisation croissante des unités, puis des sous-unités, et une polyvalence de leur agencement tactique, tout en gardant une grande mobilité opérative (ce qui dépend des troupes et de la planification à l'échelon d'une campagne/d'une province) et stratégique (ce qui dépend de l'administration militaire impériale). Alors un modèle professionnel, et la spécialisation croissante qui va avec (pour maximiser les effets tactiques dans chaque aspect), a ses défauts propres (notamment la moindre "remplaçabilité" des unités, leur chèreté relative accrue) comme ses qualités. Mais ce que je lis de l'historiographie est une condamnation absurde de ce modèle par une insistance constante et disproportionnée sur ces défauts, avec une exaltation pareillement disproportionnée des qualités du "modèle" plus généraliste et polyvalent qui le précède, et qui omet largement les (parfois) énormes défauts de l'armée romaine post marienne et celle du début du principat, mais surtout qui nie la qualité croissante des adversaires qui s'organisent à plus grande échelle, progressent aussi tactiquement, sont plus nombreux (effectifs de leurs armées ET le nombre "d'entités" adverses organisées, en plus des petits raids permanents un peu partout) et globalement rognent la marge de supériorité romaine sans que l'armée elle-même soit en cause (on va plus vite quand on cherche à rattraper un adversaire connu que quand on doit innover soi-même). Les possibilités d'accroître la capacité romaine à résister étaient tout simplement trop limitées: l'effectif de l'armée ne pouvait être augmenté suffisamment, et la marge de progression/adpatation technico-tactique ne pouvait avoir un rythme suffisant pour garantir une même supériorité romaine qu'auparavant, à la période où Rome avait des adversaires moins nombreux, moins organisés et souvent "sous-développés" ou trop limités tactiquement. Cela s'observe au "taux de réussite" des campagnes et batailles: Rome reste en tête, mais c'est plus juste pour elle, surtout en raison du niveau de sollicitation sans cesse croissant et du différentiel quantitatif sur chaque front, et il me semble que déduire un affaiblissement militaire, voire une "décadence" militaire, de ce fait est réellement absurde. Tout comme est absurde l'attention disproportionnée accordée à "l'infanterie lourde" dans un modèle militaire complexe, profondément intégré comme outil tactique interarme et recherchant ses effets par cette conception; ce serait comme mesurer la puissance des armées actuelles à leurs effectifs de chars ou à leur nombre de "divisions blindées" ou mesurer la puissance des armées médiévales à leur nombre de chevaliers (les Flamands, les cités lombardes, les Suisses, les Espagnols ou les Hussites auraient pu contester la pertinence de la chose), soit une négation de la complexité de la chose militaire, de ce qui fait le résultat d'une bataille ou d'une campagne (les circonstances, le commandement, la nature d'une société et son organisation, la pertinence d'une combinaison de "systèmes d'armes"....). Ainsi, la légion cesse d'être pour moi très vite sous le Principiat l'alpha et l'omega de l'armée romaine au profit d'une réflexion (en grande partie empirique et locale, au niveau d'une province ou d'un front) fondée sur le professionalisme militaire en général, ce qui se voit avec l'alignement de l'auxiliat sur le "modèle militaire" légionnaire et l'intégration de dispositifs "complets" (autour d'une légion ou d'une cohorte d'infanterie lourde, milliaire ou quingénaire) dans chaque commandement autonome. Le modèle général reste celui d'une armée d'infanterie, mais d'une infanterie professionnelle en général et non d'une infanterie "de ligne" avant tout fondée sur ce "légionnaire universel" idéalisé. La combinaison des spécialités d'infanterie (et d'une certaine polyvalence de capacités et d'emploi de chaque spécialités d'infanterie) est le vrai axe de développement de l'armée romaine, dans une recherche permanente d'optimisation (humaine, matérielle, organisationnelle) de chaque spécialité et de juste emploi en diverses synergies tactiques (adaptés aux situations). Seul un professionalisme très poussé permet cela, surtout quand on voit la technicité des dispositifs et des armes et systèmes d'armes, à tous échelons, des armées du IVème siècle (et d'après en orient), soit dans une période présentée comme "décadente". Ainsi la légion dès le début du principiat sert plus de réservoir pour fournir des cohortes aguerries (5 ou 6 par légions), dont une qui devient milliaire (la 1ère avec ses 800h) pour des task forces plus concrètement employables dans une guerre de manoeuvre et une bataille de mouvements articulés et coordonnés, essence du combat romain. "Manier" une formation de 5500h organisée en 10 sous-unités sur un champ de bataille est soit une illusion soit condamne à une bataille linéaire très statique, seulement valable si on peut toujours choisir les conditions de l'affrontement, contraindre l'adversaire à venir à soi et/ou si l'adversaire est similaire, toutes conditions qu'il est illusoire d'espérer rassembler quand on commence une campagne. Surtout qu'une armée ne se résume pas à une légion donc implique au moins autant d'unités auxilliaires et d'autres légions. Donc la structure interne des dispositifs de campagne et de bataille doit inclure, pour une guerre mobile, des grandes unités de manoeuvre subalternes (des "brigades", quoi) semi autonomes, plus mobiles et aguerries, correspondant aux plus hauts standards d'entraînement, ce qu'une légion impériale, même à l'apogée du système, ne peut être de façon homogène vu qu'il s'agit d'un organisme très différencié (en niveau d'aguerrissement, mais aussi de plus en plus en spécialités). De fait, la multiplication des cohortes et ailes milliaires, des corps mixtes infanterie-cavalerie, des détachements temporaires qu'on installe sur de nouvelles zones sans les renvoyer dans leurs légions d'origine, des "légions de campagne" sans doute constituées de cohortes venant de différentes légions et rassemblées pour une campagne, la création d'unités supplémentaires loin des frontières.... Soulignent autant le besoin de garder des troupes à toutes les frontières que celui de prendre les meilleures unités et sous-unités pour une campagne offensive et mobile, en plus des besoins d'unités "de réserve stratégique" et de contrôle interne à l'empire contre les séditions. Un autre détail me semble aller dans ce sens: les "cohors equitata" (milliaires ou quingénaires) sont de ces task forces de plus en plus spécialisées et adaptées à une politique d'emploi: il s'agit de corps mixtes infanterie-cavalerie (une cohorte d'infanterie et des turmes de cavalerie), et on y note que les fantassins eux-mêmes sont montés, aussi bien pour le déplacement entre théâtres et en campagne que pour le combat, ce qui en fait une infanterie montée spécialisée dans le combat mobile et une recherche de coordination tactique avec la cavalerie, dans la droite ligne de ce mode de combat ancien qui voyait des fantassins légers entraînés à monter en croupe des cavaliers et combattre à pied en binôme avec eux (les cavaliers germains de César faisaient ça, et avant eux la cavalerie ibère). Il s'agit une fois de plus de la recherche de systématisation et d'optimisation propre à l'armée romaine. Donc de fait, et ce dès le début du principiat, on voit une différenciation de "qualité" (ça veut pas dire que les "moins bons" -jugement relatif- sont des "mauvais" -dans l'absolu et comparé aux adversaires) entre les unités choisies pour les campagnes et celles choisies pour rester en garnison (et mener éventuellement des campagnes "locales": expéditions punitives, raids, petite conquête, intimidation....). Cet usage présent dès le début du principiat est une constante et sera entériné dans l'organisation militaire au cours du IIIème siècle, et surtout après Dioclétien et Constantin, dans ce "modèle tardif" fondé sur une division de l'armée en Schola Palatinae, unités palatines, comitatus et limitanei (caricaturée en "armée à 2 vitesses" fondée sur une armée "mobile" et une "statique"). On peut voir symboliquement (et assez concrètement) cette division du travail dans la légion du principiat: les cohortes 7 et 9 ("les bleus"), et 2 et 4 (les encore peu aguerris), voire la 6ème, restent "à domicile" pour garder la maison, les autres (3, 5, 8, 10, et surtout la 1ère) sont employées prioritairement pour aller faire campagne. La légion n'est pas un truc monobloc homogène en qualité, mais un organisme général progressif. Si on y ajoute le facteur nécessaire de "division du travail" en types d'infanterie ("arrêt, attaque en ligne et mêlée", "tir rapproché, assaut et manoeuvre", "tir, harcèlement et mouvement rapide" comme "spécialités"), cela complète le tableau qui s'accorde avec la présentation des cohortes quingénaires et milliaires des IIIème et IVème siècles par Végèce: des "bataillons" interarmes complets. L'évolution de ces spécialités a du se faire au niveau de chaque cohorte puisqu'elles étaient les unités "clé en main" que prélevaient les chefs pour composer une force de campagne.
  5. Tancrède

    L'armée romaine

    Bon, le sujet semble peu intéresser mais je poursuis mon blabla qui me permet de formaliser ce que j'apprends de sources un peu trop diverses: en fait, je fais ici mes petites synthèses de lecture :lol:.... J'essaie d'avoir une visualisation relativement complète de la continuité de l'évolution de l'armée romaine, afin de voir qu'elle n'a que très rarement connu de "révolution", de changement brutal au cours des siècles, et juste une évolution incrémentale sans réelle rupture en terme d'innovation tactique, matérielle, humaine ou organisationnelle. On pourrait dire que la professionalisation de l'auxilliat sous Auguste en est une des plus importantes, de même que longtemps avant l'ordre manipulaire, et, de façon très discutable, certains aspects des réformes de Marius (qui ne sont pas la "révolution" souvent présentée). Un des aspects qui me turlupine est celui de l'évolution sous le Haut Empire et comment, à travers la tourmente du IIIème siècle, l'armée romaine a pu passer du modèle "légion-auxilliat" qui semble clair (sans doute parce que le moins mal documenté), voire figé (mais il n'en est rien) sur un certain temps, au modèle "Schola Palatinae-comitatus-limitanei" du IVème siècle, et ce de manière incrémentale, sans réelle rupture. Cela implique donc de voir comment l'armée a évolué entre Auguste (fin du Ier siècle av JC - première moitié du Ier siècle après JC) et les prémisses de la "crise du IIIème siècle", donc on va dire jusq'aux règnes de Caracalla et Septime Sévère (premier quart du IIIème siècle), donc pendant cette période "stable" de l'empire romain, son apogée sous le Principiat. En terme d'évolutions structurelles fondamentales, on peut voir quelques grands courants: - resserrement des légions sur le "coeur de métier" d'infanterie de ligne/lourde et de bataille rangée - montée très rapide de l'importance (rôle, considération, quantité) et de la professionalisation de l'auxiliat (avec montée corollaire en statut et en paie) - tendance corollaire à accroître le recours aux "numeris", complément de forces barbares, recrutés par groupes sous l'autorité de chefs tribaux, payés moins chers et plus "consommables", sans formation ni équipement complémentaire fourni par Rome. Donc des troupes "jetables". - montée de l'utilisation de l'auxiliat comme "déclinaison" en plus petit du modèle légionnaire: nombre de zones de garnisons, non couvertes par des légions (ou plutôt par une "armée légionnaire", soit une légion plus ses unités auxilliaires rattachées), le sont par des combinaisons d'auxilliats formant des "armées complètes" en plus petit (une ou plus cohortes d'infanterie lourde type légionnaire plus des unités de cavalerie et d'infanterie légère) - tendance continue et croissante à l'utilisation de "task force" plutôt qu'à la mobilisation de légions ou de contingents auxilliaires complets, autant par l'impossibilité de totalement dégarnir des zones frontières que par le besoin de forces mobiles et de mix de forces ajustés aux besoins d'une mission, à la conception tactique du chef et à l'évolution de la pensée militaire romaine. - double évolution corollaire de la précédente: cela sédimente plus les éléments d'unités qui restent en garnison, surtout dans les légions (cohortes les moins aguerries et celles de formation, qui deviennent de fait un mix entre unités de garnison, réservoirs de forces et bataillons de dépôt), et cela accroît l'élitisme interne aux unités (d'abord incarné par la croissance de la première cohorte qui passe à 800h dans le courant du Ier siècle après JC), créant ou recréant une dichotomie de fait dans la troupe censément homogène. La qualité reste élevée (elle ne connaîtra une baisse que dans les affres du IIIème siècle, par fait des guerres civiles et des difficultés financires de l'empire), mais il y a une séparation graduelle dans l'usage qui se traduit dans l'organisation et la conception tactique/opérative romaine, fait qui incite au nivellement, à la distinction et surtout à la spécialisation. Les premières cohortes, particulièrement, sont l'élément de choix qu'on prélève dans une légion pour composer des task forces et bases d'expéditions, de même que les cohortes les plus solides. Cela rejoint le mouvement qui voit la montée constante du nombre d'unités permanentes mixées infanterie-cavalerie (cohors equitata), quingénaires (env 500h) ou milliaires (env 1000h), et de cohortes d'infanterie et ailes de cavalerie milliaires, qui semblent devenir des formats préférés pour l'emploi par rapport au modèle d'armée centré autour d'une légion type. Le nombre d'unités temporaires (mix d'unités, y compris légions, assemblées pour une campagne) semble aussi augmenter. - cette spécialisation en interne (des unités romaines), que la tendance pré et post marienne avait réduite en raison des besoins de son temps, se voit dans la légion en particulier, et peu ou pas dans l'auxilliat puisqu'il repose sur des unités essentielles plus petites (donc plus aisément agrégables et manipulables pour composer un mix de forces) et à la base faites pour être spécialisées (infanterie lourde et d'assaut, troupes de missiles, cavalerie lourde et légère). Dans la légion, on voit ainsi les cohortes "solides", la première en tête, être plus souvent employées hors de leurs zones, voire fréquemment, vu les distances, être établies définitivement sur les nouvelles zones, la légion d'origine ayant charge de reformer ses sous-unités vampirisées (ce qui cessera de se faire pendant le IIIème siècle). Mais surtout, on voit une spécialisation en interne de métiers s'affirmer, surtout dans la légion, mais aussi dans l'auxilliat: les exploratores et speculatores (la reco et le rens) deviennent des métiers plus strictement définis (et exigeant une spécialisation accrue, donc une permanence) auxquels correspondent de plus en plus souvent des effectifs fixes (10 speculatores à temps plein par légion semble la première constante) puis des unités dédiées (surtout pour les exploratores qui deviennent des unités de reco dans la profondeur). Certaines tâches des speculatores leur sont retirées: le rôle de renseignement, liaisons et opérations spéciales en interne de l'empire est repris par le "service secret" impérial des frumentaires, ce qui les convertit en éléments rens et FS d'une zone d'opérations donnée, et leur rôle de garde du corps (des procurateurs impériaux, légats et tribuns) échoit à des soldats spécialisés, un "cursus" d'élite de gardes du corps (les singulares; il existe aussi des "secutor" qui semblent être un rang inférieur, pour la protection des tribuns). Enfin une part non négligeable de l'infanterie légionnaire semble se spécialiser toujours un peu plus et de façon plus permanente dans le rôle d'infanterie légère légionnaire, compensant la "disparition" des vélites lors des réformes de Marius. L'usage doit avoir été qu'il y a toujours eu des légionnaires ayant en charge ce rôle de fait dit "d'antesignani" ("qui marchent devant les enseignes" -donc en fait devant les signifer des centuries de ligne), donc ne marquant pas de rupture énorme avec la période pré-Marius. Mais ces antesignanis (qui outre leur emploi en bataille adoptent pour ce faire un équipement plus léger et une ration supplémentaire de javelots) semblent graduellement avoir été assignés à cette tâche en permanence (plutôt qu'avoir un supposé "légionnaire universel" adoptant un rôle ou un autre à la demande) en raison des spécificités du métier (tirailleurs aux côtés de l'infanterie, infanterie plus mobile pour la poursuite, accompagnement/feu d'appui pour la cavalerie) et du besoin constant d'un effectif conséquent pour cet emploi en plus des auxilliaires (dont une bonne partie de l'infanterie est de "la lourde"). Le fait est qu'ils semblent avoir été une élite parmi les légionnaires (loin de l'image du "fantassin léger" moins glorieux que le "fantassin lourd"); dès le Ier siècle, le terme "antesignagni" (désignant plus un emploi) est remplacé par celui de "lanciari" (désignant donc des troupes dédiées à ce job) et semble correspondre à un corps permanent au sein de la légion (ce qui veut dire que des centuries, des manipules ou des cohortes entières sont dédiées à cet emploi), formation trop rigide et unitaire qui a besoin de souplesse et reconnaît la spécificité d'autres métiers que le prétendu "fantassin lourd universel" (sans doute un fantasme). Les lanciarii (armés de la "lancea" et non du pilum) évoquent ainsi l'élite de l'ancienne armée macédonienne, les Hypaspistes: des fantassins d'élite mobiles, équipés plus légèrement que la ligne de bataille, mais aptes au combat en unités constituées et articulées (pour l'assaut, donc avec lance et épée) aussi bien qu'à l'emploi en tirailleurs. Leur emploi comme gardes du corps est aussi évoqué, même si ce terme dans l'armée romaine peut simplement indiquer qu'ils "accompagnent" le chef (et/ou forment sa réserve d'emploi), terme qui indique qu'il s'agit d'unités "choisies/préférées" et employées plus fréquemment. Ce dernier fait souligne que l'homogénéisation croissante de l'armée romaine (un fait acquis dès le Ier siècle) entre légions et auxilliaires voit une division du travail, dans l'infanterie, s'opérer non plus sur critère "légion ou pas" mais simplement sur la taille des unités et sur leurs spécialités: l'infanterie auxilliaire a en effet peu de différences avec la légionnaire, sinon par la taille des unités élémentaires (la paie et le statut sont différents, mais cela s'estompe graduellement.... Surtout pour le statut) et sans doute une aptitude initiale de la légion au combat en grande unité de manoeuvre permanente, aptitude qui a du très vite perdre sa pertinence en raison de l'habitude de composer des armées adaptées pour une campagne et de la professionalisation générale de l'armée (ce qui fait que des cohortes bien pro de niveaux comparables peuvent vite être habituées à bosser ensemble pour une campagne). Au final, j'ai plus l'impression de voir une évolution continue de l'armée romaine, sans rupture particulière, et ce fait me renvoie à la fausseté des impressions d'historiens parlant de "décadence" et indiquant des regrets du modèle "légionnaire" idéalisé jusqu'à l'absurde, avec un "fantassin universel" qui n'a jamais existé, ou qui n'a pu exister que parce que les adversaires étaient soit nettement moins bons à une certaine époque (donc l'exigence d'excellence dans chaque spécialité moindre), soit d'autres romains (donc ayant les mêmes qualités et défauts). A noter aussi que la durée des campagnes à la fin de la république (les guerres civiles) a pu renforcer cette illusion, les légions guerroyant en permanence (mais avec des unités auxilliaires aussi permanentes qu'on mentionne moins mais qui remplissaient bien des rôles cruciaux) ayant accumulé une énorme expérience et pouvant mieux gérer une certaine versatilité (soit par l'aptitude individuelle des légionnaires soit par une division du travail de fait permanente au sein de la légion). La professionalisation généralisée par Auguste, avec l'accroissement des durées de carrière à 20 ans puis 25 ans sous Claude), a permis ensuite de capitaliser ces évolutions et de les appliquer à un modèle militaire général incluant aussi les auxilliaires, soit une armée qui se pensait non plus à partir de la seule légion mais d'un effectif 2 à 2,5 fois plus important et organisant la division du travail sur cette base. Est-ce que ça semble clair, cohérent, ou j'encule les mouches?
  6. Non, pas grand chose, et il s'en cache pas d'ailleurs, quoiqu'il n'a pas précisément pensé à la guerre de Cent ans: il est plus dans l'histoire médiévale anglaise, et particulièrement dans la guerre des deux roses (qui se passe pendant la grande "pause" entre les deux périodes majeures de la guerre de cent ans) qui est son inspiration principale pour A song of ice and winter. Mais bon, on peut comprendre que les guerres féodales se ressemblent toutes au final, ce qui est d'ailleurs la raison principale soulignant que au moins au début de cette guerre, les "nations" et "sentiments nationaux" existent bien peu par rapport à la centralité des entités féodales et de leur pyramide sociale (autant dans les rapports de force concrets que dans les référents inconscients et la façon de réfléchir des décideurs), la faiblesse des Etats centraux et le fait déterminant absolu de l'intérêt individuel. Quand on parvient à réellement mesurer cela à sa juste valeur, on comprend mieux le fait exceptionnel et révolutionnaire, la difficulté et l'effort titanesque dans le temps que furent la construction d'Etats centraux stables, à commencer par "l'oeuvre capétienne". Et ça permet de mesurer le danger du détricotage graduel des dits Etats actuellement, le risque que ça fait courir. Entre la chute de l'empire romain et la Fronde, en France, il y a eu plusieurs phases de hauts et de bas en la matière, avec comme sommet l'Etat carolingien sous Pépin le Bref et Charlemagne, puis quelques "petits" sommets très brefs sous Philippe Auguste et St Louis (seule période un peu durable), Philippe Le Bel, Charles V, Charles VII, Louis XI, François Ier et Henri IV (tous ceux-là très brièvement pour l'essentiel: une partie de leur règne seulement, parfois très courte). C'est ce qui arrive quand l'Etat pèse trop peu relativement aux autres "acteurs" du jeu.... Il doit peser au moins autant que les plus grands d'entre eux réunis (face aux banques aujourd'hui par exemple, ou aux grandes clientèles électorales organisées, cette position est trop faible). Bon, pour garder l'analogie initiale, on pourrait voir les Lannister en Anglais :lol:, les Targaryens en Impériaux à l'aguet, les Tyrells en Bourguignons, Les Martels en Navarrais/Gascons, Les Arryns en Provençaux et Tolousains (qui en font le moins possible dans ce bastringue), les Tullys en agrégats de domaines entre Chartres et Orléans (qui en prennent vraiment plein la gueule par tout le monde :lol:), les Starks en Flamands qui veulent être dans leur coin.... Mais ça fait bizarre d'imaginer les Baratheons en Valois :lol:. Ou alors Daenerys Targaryen est une version space de Charles VII :lol:, avec son armée d'eunuques et de Dothrakis comme Ecossais et gendarmes d'ordonnance :lol:.... Je vais arrêter le roquefort, moi, je dois mal le digérer....
  7. Pas de problème si ce quelqu'un est étatique: la marine s'en charge.... La FOS, c'est la marine aussi, non :lol:?
  8. Tancrède

    L'armée romaine

    La légion est une organisation poussée en interne: par fonction/grade, par métier spécialisé, par distinction d'ancienneté, par qualité en tant que soldat, il y a une importante hiérarchisation qui sert autant à distinguer les soldats méritants et remplir les fonctions nécessaires à cet organisme complet et complexe, qu'à offrir différents chemins de carrières aux corps qui la composent, en dehors des hauts officiers, de rang équestre ou sénatorial, qui eux sont dans le "cursus honorum". On ne peut ainsi dire qu'il y a juste des "légionnaires" et des "centurions". La carrière est plus vaste, l'organisation plus complexe. Les soldats en tant que corps On a pour le "corps" des soldats, 5 grands types: - les milites: le soldat de base, le légionnaire type, fantassin sans spécialité - les discens: le soldat expérimenté, ayant passé un certain nombre d'années dans la légion, et sélectionné pour commencer un cycle d'entraînement/formation à une spécialité - les immunes: le soldat avec une spécialité (et une paie) supplémentaire qui l'exempte des corvées les plus lourdes pour remplir cet office précieux - les principales: les sous-offs - les Evocati: les vétérans ayant rempilé "Milites" (origine de "militaire") est le terme général pour définir le soldat de base, le fantassin sans spécialité supplémentaire, soit la plus grande part des effectifs (aussi surnommé "caligati", du nom de leurs chaussures, les caligae.... On peut traduire ce surnom par "godillots"; et c'est de là que l'empereur fou Caligula tient son nom qui veut dire "petite godasse"). C'est le légionnaire vraiment de base. Le terme "peditatus" qu'on peut rencontrer aussi définit plus largement tout fantassin, pas forcément légionnaire, mais on appelle souvent dans les rangs un fantassin "pedes" (attention aux sonorités :lol:), par opposition aux cavaliers, les "eques", à ne pas confondre avec "equites", qu'on traduira inexactement par "chevaliers" et qui définit la 2ème classe sociale de la société romaine après le rang sénatorial, l'ordre dit équestre qui tient son nom du fait que sous la République d'avant les guerres puniques, il s'agissait de la classe dont les revenus permettaient à ses membres de s'offrir un cheval et un équipement de cavalier (donc avec obligation pour leur conscription de servir comme cavaliers). Le milites légionnaire de base vient directement du "dilectus", la procédure de recrutement (dans les légions en garnisons permanentes et à quelques endroits en Italie au début du Principiat, ce sont aussi des bureaux/conseils de recrutement fixes) qui sélectionne les candidats sur critères physiques, sociaux/juridiques et intellectuels (savoir lire et écrire), sous l'autorité d'un "dilectator", un officier vétéran ayant cette spécialité, assisté des membres du "probatio", un effectif de soldats dédiés à cette tâche et formant le jury. L'armée post marienne pouvait sélectionner par lots ou par tirage au sort (les volontaires aptes étaient bien sûr acceptés), le contingent de recrues potentielles étant largement supérieur aux besoins; le dilectus est une obligation pour tout homme de 18 ans, qui accompagne le recensement de la population romaine, même si ses prérogatives ont été accrues sous Auguste pour englober aussi le recrutement de l'auxiliat. Pour les légionnaires cependant, il s'agit réellement d'une obligation pour tout citoyen romain que de se faire recenser et examiner, même si une proportion réduite sera effectivement sélectionnée pour cette conscription partielle (la procédure d'urgence, exceptionnelle, voit ces bureaux passer au "tumultus": examiner et recruter tous les hommes valides, y compris esclaves au besoin). Le bleu qui sort du dilectus est le "tiro", qui va entrer dans la phase d'entraînement longue et difficile du légionnaire (et les auxiliaires à partir d'Auguste s'aligneront sur ce modèle) sous l'autorité de "doctores" (les légionnaires vétérans spécialisés dans la formation à une discipline ou une autre: pour le combat, on a entre autres les "campidoctores"). Une fois entraîné, il est un "milites/miles/miletis" (le terme "miles gregarius" existe aussi, sans doute pour définir les garnisons fixes) et intégré officiellement dans les rangs combattants d'une légion, ce qui est marqué par le serment prêté à cette occasion (cérémonie religieuse) à la République et à l'Empereur, et par la remise de son "diploma" (certification et début officiel de son service, qui sera terminé, rendu et archivé à son retrait de l'armée). Mais c'est encore un bleu, donc assigné à des cohortes spécifiques de soldats peu expérimentés et en phase d'aguerrissement (ce sont les cohortes jugées les plus faibles dans une légion): dans l'ordre, la 9ème et la 7ème sont celles qui couvrent cette phase (habitude fut prise plus tard de les laisser en garnison quand la légion était requise pour une campagne lointaine et qu'on ne pouvait dégarnir totalement un camp) et sont placées en 2ème ligne au début d'une bataille. La 2ème et la 4ème ont généralement ceux qui ont passé depuis peu cette phase d'aguerrissement (ce sont donc 2 cohortes jugées moins solides et en cours de consolidation, donc placées en première ligne), et la 6ème est formée des meilleurs de ces soldats jeunes et relativement peu expérimentés (donc ceux qui dépassent la moyenne, le meilleur tiers des jeunes soldats). La légion est donc organisée comme un grand système de progression organique à l'ancienneté et au mérite, et les cohortes reflètent ce fonctionnement interne, avec la 1ère, dite "miliaire" (800h) qui en constitue l'élite, faite de vétérans très aguerris et de rempilés, aboutissement de la carrière de ceux qui restent soldat, mais aussi de chaque "corps" interne à la légion (centurions, sous-officiers, non-combattants); les plus anciens et les meilleurs y vont. Pour le soldat de base, il existe (en plus de distinctions particulières et de la possibilité d'entrer dans une spécialisation) un statut de "gradé" qui est généralement le premier marchepied vers les spécialisations, un premier grade de sous-off et éventuellement plus tard le centurionnat: la position de decanus. C'est le caporal ou le sergent, celui qui est placé (par élection généralement) à la tête d'un contubernium, le groupe de combat élémentaire de 8h. Il y en a donc 10 par centurie. Les discens sont les soldats ayant passé un nombre donné d'années dans la légion et ayant été sélectionnés pour devenir des spécialistes: leur paie ne change pas mais ils sont désormais exemptés des corvées lourdes qu'ils remplacent par leur temps de formation. Le nombre de spécialités est mal connu, mais il est assez important, vu les besoins internes d'une légion, et il inclue des spécialités combattantes aussi bien que non combattantes: porte enseigne, clerc, comptable, archiviste, musicien, artilleur, sapeur-ingénieur-architecte, maître d'armes (pour devenir instructeur dans une spécialité), infirmier, fantassin de marine, cavalier légionnaire, arpenteurs-métreurs, experts-bûcherons, étapier/ouvreur de chemins, chasseur, éclaireur/messager, spécialiste renseignement, fourrageur/intendance, cuistot, cordonnier/maroquinier, couturier, armuriers (de tous types), charbonniers, ferronnier/maréchal-ferrand/orfèvre, police-militaire/prévôté, charpentier/menuisier, carrier/tailleur de pierre, sourciers, .... Les spécialités sont nombreuses et offrent souvent divers degrés/échelons d'expertise, formant une hiérarchie en soi dans certains cas où les effectifs sont nombreux et/ou la spécialité particulièrement considérée: les porte enseignes ou les musiciens, par exemple, sont des corps en eux-mêmes, et plus encore, les infirmiers, pharmaciens, médecins (de divers degrés et grades) et vétérinaires forment un vrai corps médical particulièrement soigné et distingué (la médecine militaire romaine, quoique pas sans son lot de bouchers, n'a pas d'équivalent en occident avant la fin du XIXème siècle). Les discens sont sélectionnés à partir d'une certaine ancienneté qui les rend éligibles pour commencer l'entraînement, mais une recrue ayant déjà un savoir-faire, surtout un rare, peut être promue nettement plus rapidement, voire immédiatement en cas de besoin. Les corvées lourdes et barbantes auxquelles discens et immunes échappent sont essentiellement: le terrassement, très présent dans la vie du légionnaire (un camp de marche à faire chaque soir et défaire chaque matin, mais aussi les fortifications de campagne, les travaux de siège....), la coupe d'arbres, la garde de nuit, celle au rempart et la patrouille ordinaire. On imagine aussi les trucs genre corvées de chiottes (les latrines d'un camp légionnaire sont un sujet d'attention vu la concentration humaine dans un petit espace), corvées de pluche.... Nombre de ces travaux à faire en masse sont encadrés par des experts (les bûcherons sélectionnent les arbres et montrent comment faire, les soldats coupent, les sapeurs disent où creuser et comment, les soldats exécutent....). Les Immunes représentent tous les soldats et sous-offs exempts de corvées pour diverses raisons: - distinction pour comportement recommandable, octroyé en récompense: plutôt rare que ça arrive juste pour ça, en tout cas de manière permanente (on peut être dispensé de corvée pour un temps ou ponctuellement) - statut/grade de sous-off (ne concerne pas les soldats du rang, donc) - spécialiste d'un métier donné, après la phase de "discens" - les Evocati: les vétérans ayant terminé leur contrat et rempilé pour un nouveau service Les Principales sont les sous-offs. Ils se distinguent entre autres par une paie et demie ou double paie, par des fonctions particulières, leur grade évidemment, des privilèges et des éléments d'uniformes particuliers (surtout dans les rôles combattants où ils doivent être repérables). On trouve: - les cornicens: ce sont les musiciens, ceux qui sonnent le salut et signalent les ordres (ralliement, charge, manoeuvre, marche....). Ils marchent en tête de la centurie, mais ce sont aussi des soldats aguerris et expérimentés, et des sous-offs de plein droit, servant donc souvent à assister le centurion et encadrer la troupe. Le corps de musique dans la légion a aussi sa hiérarchie, les cornicens se distinguant entre eux selon le "rang" de leur centurie, et une hiérarchie des instruments (dépendant entre autre du temps de formation) existe: au-dessus du cornicen se trouvent le tubicen (3 par cohorte, donc 1 par manipule) puis le buccinator (ceux qui rythment la vie, la marche et les tâches de la légion au quotidien, "l'horloge" de la légion). - les tesserarius: c'est le second de l'optio, le 3ème gradé d'une centurie, l'équivalent du sergent. Il a la charge d'organiser et commander les rondes de garde, surtout de nuit, il est le "gardien" du mot de passe et il marche en tête de la légion, avec le porte enseigne et le musicien (le centurion est à l'avant droite, l'optio à l'arrière gauche). - les cornicularii: ce sont les adjudants/assistants des officiers (centurions et officiers supérieurs), chargés notamment des tâches administratives. Il y a 5 "grades" dans cette carrière (pour ceux qui n'en sortent pas en devenant optio ou spécialiste): cornicularus centuriae (ceux d'une centurie, qui se distinguent entre eux selon le rang du centurion), cornicularius tribuni (attachés au niveau cohorte légionnaire ou auxilliaire, et/ou à un tribun), cornicularius praefecti (rattaché à un préfet de cohorte détachée d'une légion ou d'une auxilliaire autonome), cornicularius praesidis (attaché à un procurateur impérial), cornicularius legati legionis (ordonnance d'un légat de légion). - les Aquilifer (porteur de l'aigle d'une légion), imaginifer (porteur de l'image de l'empereur dans une légion), vexillifer (porte enseigne d'une "task force" ou d'une centurie d'évocats), vexillarius equitum (porte guidon d'une turme de cavalerie légionnaire) et signifer (porte enseigne d'une centurie ou manipule): le corps des porte enseignes, très important pour le moral (avec dimension religieuse des enseignes), et l'esprit de corps, la signalisation sur le champ de bataille. Ils sont le point de ralliement visible, mais aussi ceux chargés de montrer la voie, de pousser à l'attaque en se portant en avant (le taux de mortalité peut y être élevé). Seuls des soldats confirmés et vétérans y sont admis. Par ailleurs, ils sont les "banquiers" et trésoriers des unités. - les Optios/optiones: c'est le second au commandement d'une centurie, sélectionné par le centurion qui le forme pour prendre sa place (s'il est promu, prend sa retraite ou meurt au combat). En bataille, il joue le rôle de sergent serre-file en se tenant à l'arrière de la centurie (le centurion est devant) pour tenir les rangs, et de liaisons avec le niveau cohorte et/ou les centuries voisines. Sinon, il est l'officier exécutif du centurion, il se charge de nombre de tâches administratives et d'inspection. Les optios ont aussi un certain nombre de titres potentiels, permanents ou temporaires, suivant des fonctions spécialisées auxquelles ils peuvent être assignés en plus de leur tâche principale: superviser un poste de garde (optio custodiarum), la prison du camp (carceris) ou un atelier légionnaire (fabricae), attaché à l'EM (optio praetorii), en charge de la police militaire (statorum).... Chaque centurie a ainsi 5 officiers et sous-officiers "hors effectif", plus un corniculaire (pas présent dans le dispositif de bataille) pour l'encadrer dans un déploiement, avec en-dessous 10 decanus/"caporaux" (j'utilise le terme "caporal" qui vient du "cap d'escadre", ou "chef d'escadre" ou "chef de chambrée" qui a longtemps désigné approximativement ce rang). Voilà l'encadrement de base des unités combattantes légionnaires romaines (l'auxilliat se calque vite dessus). Les unités de cavalerie fonctionnent de façon similaire, avec des appellations et effectifs parfois différents: système ternaire fondé sur la turme de 30h dirigée par un décurion, équivalent cavalier du centurion, assisté par 3 sous-offs (optio, tesserarius et signifer/vexillarius; graduellement, ils ont pris des noms spécifiques à leur arme). A noter que la petite cavalerie interne à une légion est organisée en turmes chacune commandée par un centurion surnuméraire (signalant la dominante fantassin et leur rôle d'éclaireur/messager/garde du corps, pas de cavalerie de bataille) assisté d'un optio et d'un vexillarius (qui commandent chacun une file de 10h plutôt que de commander la turme groupés avec le centurion). Les Evocati sont les soldats vétérans parmi les vétérans: ils ont terminé leur temps de service (16 ans plus 4 en affectation plus "légère"/moins dangereuse sous Auguste) et rempilé. C'est avant tout chez eux que se recrutent les centurions et optios (ainsi sans doute que qu'une bonne partie des sous-offs), mais ils sont généralement nettement plus nombreux que cela et sont en grande partie des hommes de troupes qui sont concentrés dans certaines formations (la première cohorte d'une légion surtout) et répartis pour solidifier d'autres unités (pas répartis en petit nombre, mais rassemblés dans une ou plusieurs centuries particulières dans des cohortes: les vexillatio), ainsi qu'évidemment utilisés dans les corps de spécialistes (il est ainsi fréquent que le sommet de la hiérarchie de chaque spécialité soit occupé par des évocats très expérimentés). L'Evocati qui reste soldat de base a double paie. L'Evocat est un corps en soi, avec à sa tête un préfet (Praefectus Evocatii), le "patron" des vétérans, qui est généralement aussi un centurion de la première cohorte. Autre manière que le statut de distinguer les soldats: la paie. Il y a 4 types majeurs de paie ordinaire en plus des récompenses ponctuelles diverses: - le "tiro", recrue à l'entraînement de base, touche une demi-solde - les "simplares": les soldats touchant la solde ordinaire, de 225 deniers par an sous Auguste (900 sesterces), 300 deniers (1200 sesterces) à partir de Domitien. C'est la paie du légionnaire, du discens et de l'immunes "normal". A noter que la solde du cavalier légionnaire de base est de 262 deniers sous Auguste (à comparer avec la solde du fantassin auxilliaire de base, de 75 deniers à la même période, et qui restera toujours à 1/3 de celle du légionnaire de base). - les "sesquiplicarii": les soldats touchant une solde et demie. Ce sont les Cornicen, les tesserarius et les beneficiarus. Ces derniers sont soit des soldats distingués pour un acte particulier (rare, la récompense ponctuelle étant plus fréquente), soit surtout des soldats ou des légionnaires non combattants assistants les gradés (centurions et officiers supérieurs) dans des tâches administratives, comme ordonnance.... - les "duplicarii": ceux qui touchent double solde (des cas particuliers ont pu toucher une triple solde). On trouve là les Optios, les Aquilifer/Imaginifer/Signifer/Vexillifer (porte enseignes de différents niveaux), les cornicularii et les campidoctores (le sommet des intructeurs militaires). On y trouve aussi les Evocatii qui restent légionnaires de base (dans des centuries différenciées). A noter que la paie n'est pas entièrement perçue: elle inclue des déductions diverses et des bonus. On peut ainsi avoir, sur la solde annuelle de 225 deniers du fantassin sous Auguste: - 60 deniers déduits pour la bouffe règlementaire (non comptant les donations extérieures, extras payés par un chef, et évidemment ce que le soldat chasse, pêche, paye ou vole lui-même) - 50 pour l'équipement, l'armement et le fourniement dont le légionnaire est donc propriétaire de plein droit (ça encourage à bien s'en occuper), mais aussi pour payer la mule (1 ou 2) à laquelle chaque contubernium a droit pour porter diverses affaires (et le butin) qui ne sont pas prises en charge par le train légionnaire. - il existe nombre de formes de donations privées, souvent du fait des familles ou notables locaux, mais aussi du fait de l'empereur pour une raison ou une autre; annuellement, on peut en estimer une moyenne à 25 deniers (basée sur la donativa de 75 deniers tous les 3 ans). Sans compter évidemment les récompenses ponctuelles lors d'une campagne ou pour fait méritoire. - il y a enfin la "praemia", la prime accordée au soldat qui termine son service (en plus du don de terre qui est fourni à ceux ayant reçu "l'honesta missio", cad que leur service est reconnu sans faute majeure): 3000 deniers (équivalent de 13 années de solde) Cette paie théorique n'est donc pas qu'une unité comptable représentant le coût du soldat: le légionnaire reçoit régulièrement (2 fois par mois je crois) une paie en argent directement, pour environs 115 deniers par an, mais le reste, au moins en partie, est sa propriété (l'équipement et l'armement surtout). Le Corps Médical est un peu à part quoiqu'en partie intégré à la troupe, interpénétré avec elle (notamment pour certaines spécialités, jusqu'à un certain niveau, d'immunes), surtout à partir d'Auguste: - l'hôpital militaire de la légion (valetudinaria), et donc la hiérarchie médicale de permanents et non permanents, est sous la responsabilité de l'optio valetudinarius, un officier médical qui ne reporte qu'au préfet de camp. - Il doit cependant composer avec le Medicus (avec majuscule), un chirurgien professionnel issu du civil (généralement issu d'une grande académie) qui signe pour un temps court avec la légion; il est à la fois le praticien en chef et un consultat médical pour gérer les affaires sanitaires de la légion. Ce statut échappe quelque peu à la hiérarchie militaire parce qu'il est aussi social, ce qui place le Medicus sur un certain pied d'égalité avec les tribuns. - Sous ces 2 officiers, il y a 10 medicus ordinarii ("ordinarii" s'apparente à "distingué", donc ici "officier") qui ont un rang équivalent à celui d'un centurion de cohorte: chacun est affecté à une cohorte en tant que praticiens et décideur des affaires médicales. Leur rang de centurion peut indiquer que ce stade de la spécialisation doit être accessible à l'élite des soldats ayant pris la spécialité médicale, donc des vétérans confirmés ayant bénéficié d'une formation en interne, principalement empirique (mais avec une forte transmission de savoirs codifiés dans l'armée) et inspirée des Medicus présents, et d'une énorme expérience pratique. - On trouve aussi des spécialistes, notamment des chirurgiens, des ophtalmologistes (medicus chirurgicus et ocularis) et des dentistes/arracheurs de dents, de même que des vétérinaires, qui ont un rang aussi équivalent au centurionnat (à plus bas échelons). Le nombre est indéterminé, mais sans doute conséquent (vu qu'il y a 10 medicus ordinarii), et une partie significative de ces spécialistes semble plus provenir du cursus interne à la légion (donc à l'origine des soldats), même si à ce niveau, il doit s'agir de gens ayant beaucoup d'ancienneté (des Evocatii?) et/ou un savoir-faire préalable à l'engagement. - En-dessous, on trouve des infirmiers permanents (et sans doute spécialisés) ayant rang de principales, et des non permanents, qui sont des soldats "immunes": tous sont en charge des soins quotidiens (bandages, concoction et application/administration des baumes, mélanges d'herbes, tisanes crèmes et cataplasmes, lavements, traitement des blessures et maladies bégnines....), de faire les brancardiers, d'être la main-d'oeuvre de l'hôpital pour les tâches moins médicales (jardins médicinaux, conditionnement des herbes, lavage des bandages et draps, hygiène générale, coupe du bois de chauffe....). Les tâches de pharmacien semblent plus se faire à ce niveau. Répartition Pour les proportions, c'est difficile à estimer et sans doute très variable (ne serait-ce que l'effectif d'evocatii qui dépend de la mortalité et de l'exposition au combat d'une légion), mais on peut tirer des moyennes pour le principiat, dans une légion qu'on fait tourner autour de 6000h effectivement enrôlés (apparemment, la "centurie comptable" de 100h est encore une réalité administrative, sans doute pour commodité de chiffrage, mais la centurie en tant qu'unité est à 80h plus son encadrement): - 8 officiers supérieurs: le légat, le tribun laticlave, le préfet de camp (issu du centurionnat) et les 5 tribuns angusticlaves. S'y ajoute éventuellement un questeur, et on peut éventuellement y compter en plus le Medicus. - 60 centurions, plus un nombre indéterminé de centurions supernumerarii (dont 4 pour les 4 turmes de cavalerie légionnaire), servant pour des commandements temporaires, un rôle de conseil/expertise (notamment dans le renseignement) ou un rôle de formateur/doctore. A noter que le haut du panier du corps médical a rang de centurion (dont le chef équivalent au primipile) - 354 sous officiers en centurie (le "groupe" de 5h allant avec le centurion: optio, tesserarius, signifer, cornicen et cornicularius), 12 en turme (2 sous-offs combattants et un corniculaire), 3 porte enseignes de légions (plus tard aussi un par cohorte), peut-être 27 en plus (pour chaque manipule dans les cohortes 2 à 10) et un nombre indéterminé de supernumerarii pour des tâches diverses (notamment les corniculaires attachés aux officiers généraux). Peut-être jusqu'à 500h, pas tous combattants (les corniculaires), mais 250 au moins sont des combattants. - autour de 500 immunes pour fait de spécialité. Avec en plus un nombre indéterminé de discens. - les Evocatii sont les plus inchiffrable, la proportion la plus variable suivant le moment et/ou le lieu: on peut, juste pour la forme, décréter qu'une légion a une moyenne de 10% de tels vétérans (à certains endroits, ce doit être beaucoup plus) qui ne vont pas vers le centurionnat ou des postes de sous-offs, soient autour de 500-600h. - difficile de savoir quel est l'effectif non combattant d'une légion qui est cependant enrôlé: clercs autres que corniculaires, spécialistes, artisans et ouvriers divers, conducteurs de chariots, cuisiniers et personnels d'intendance, professions de santé à temps plein, architectes, ingénieurs, fonctions religieuses.... Beaucoup doivent d'ailleurs être d'anciens légionnaires ayant poussé leur spécialité très loin et s'étant réengagés à ce titre non combattant. Mais ils sont l'effectif dédié à sa spécialité à temps plein. Le chiffre peut tourner n'importe où, sans doute dans une fourchette de 200 à 400h. Les servants d'armée professionnels (essentiellement donc l'intendance et le transport) sont appelés "calones"; il est à noter qu'ils forment un effectif combattant d'appoint, ayant une formation (et un équipement règlementaire) de base comme fantassins légers (et pas mal d'expérience à l'usage) afin d'assurer leur propre protection, celle du camp et celle du train de la légion. - Sur un effectif combattant de 5240h (hors centurions et sous officiers) "du rang", si on enlève les Evocatii, les immunes (ceux parmi les combattants) et les discens, il doit rester quelque part autour de 4000 soldats "corvéables". C'est la main d'oeuvre de la légion, celle qui se met au boulot lors des grands travaux de siège, de fortifications.... Se répartissant entre unités qui veillent et protègent, et celles qui travaillent. Ca c'est le portrait interne de la légion. On notera ainsi le "taux d'encadrement" opérationnel et sa gradation: - 7 officiers généraux, plus un issu du centurionnat (le praefectus castrorum) - 59 centurions en unités (officiers "bas" et "moyens") - 250 sous-officiers combattants environs (qui recouvrent un champ grossièrement équivalent à celui qui va de sergent à sous-lieutenant/lieutenant) - 632 decanus ("caporaux") pour les 620 contubernia (60 dans chacune des 9 cohortes normales, 16 dans chacune des 5 centuries doubles de la 1ère) et les 12 groupes de 10 des turmes de cavalerie Le tout pour 59 centuries (dont 5 doubles) organisées en 10 cohortes (dont une "milliaire") et 4 turmes de cavaleries. Le Centurionnat (affaire à suivre) Les centurions étaient jadis nommés par les tribuns qui distinguaient du rang les plus expérimentés, mais favorisaient aussi des clients de leur famille ou tissaient des réseaux de vétérans. D'autres étaient élus par leurs hommes. La réforme marienne eut la particularité de les distinguer en tant que corps d'officiers professionnels permanents. Si la nomination par un tribun (ou plus gradé) pouvait demeurer, de même que l'élection, la norme était la sélection en interne, par les centurions eux-mêmes, qui repéraient dans leurs centuries des soldats expérimentés et les prenaient sous leur aile. De fait, une part de ce fonctionnement reposait sur un certain entrisme: un fils de centurion était ainsi souvent coopté par un autre. De même, les notables municipaux non sénateurs et non chevaliers avaient aussi un accès privilégié au centurionnat par le biais de cette sélection-cooptation pas seulement fondée sur un "mérite" abstrait: le patronage est une chose normale à Rome et dans la plupart des cas, ce recrutement ne sacrifiait pas la qualité étant donné les exigences du dilectus et le niveau d'éducation des enfants de ces petites élites.
  9. Oui, j'avais oublié ce coup là, surtout à Calais, LA base-porte d'entrée qui sera entretenue à grands frais par la couronne anglaise. Un certain effectif dans la période 1417-1430 effectivement.... Y compris l'unité la plus illustre: la première compagnie d'archers écossais qui fut la plus ancienne unité de la maison du roi. Ben, tu peux le voir au ciné et à la télé: Braveheart est pour cet angle de vue là d'une connerie poussée à l'extrême (à part ça, c'est un bon film d'action avec des belles images et des moments drôles), de même que le dernier Robin des Bois ou encore Le roi Arthur dans sa dernière mouture en date. On projette un regard contemporain sur une époque différente, ce qui est complètement à côté de la plaque pour comprendre les motivations, les aspirations, les communautés de références, les différences.... Des individus et des groupes qui existaient alors réellement. Entre autre chose, ça fausse largement la "vision" qu'on peut avoir de la guerre à cette époque: la raison de la faire, ce qui motive les différentes troupes, donc la manière de la faire, la force réelle des différents types de troupes (qui dépend de leurs origines sociales et du "système" militaire qui les encadre)....
  10. Les alliances n'ont pas grand-chose à voir avec les sentiments de ceux qui les décident, et personne ne raisonnait ainsi sur des "nations" supposées: si des clans écossais avaient régné à Londres, ils auraient eu la même politique que le royaume anglais vis-à-vis d'un royaume d'Ecosse indépendant, et les recherches d'alliés auraient été les mêmes. Et les clans écossais entre eux ne s'aimaient souvent pas beaucoup, de même que certains voyaient leur intérêt avec l'Angleterre comme d'autres dans le royaume d'Ecosse (où ils se voyaient chacun affirmer leur position, donc aux dépends des autres). Qui sommes-nous pour les juger moralement? Un clan écossais est alors comme un grand féodal ou une nation: il recherche son intérêt et sa sécurité, et raisonne pour lui-même. C'est notre vision nationaliste a posteriori qui tend à nous faire dire "mais qu'est-ce qu'ils étaient cons et mesquins à se taper dessus ou à se faire des coups de pute", ou encore "ce clan là s'est allié avec les Anglais, ce sont donc des traîtres et des collabos". Le clan était la communauté de référence pour eux bien plus que l'Ecosse, et les Lowlands n'avaient pas beaucoup d'intérêts communs avec les Highlands. L'idée de nation telle qu'elle fonde nos raisonnements est totalement inadaptée à cette époque: dans l'oeil d'un Ecossais, le roi d'angleterre est le voisin plus puissant et envahissant du sud, pas un "Français", un "Anglais" ou un Patagon. C'est sinon un Plantagenêt dans l'oeil du même écossais: les clans et les familles, de même que les entités géopolitiques féodales (essentiellement avec une armée), ça, le contemporain comprend, voit et analyse. On peut même comprendre certaines compréhensions régionales (l'Ecosse en tant qu'entité/royaume a ainsi un peu de réalité pour l'Ecossais d'alors, mais pas plus. Le reste est essentiellement immatériel. On peut voir des embryons de "conscience" nationale conjuguant les intérêts et les habitudes (y'a ceux avec qui on est habitués à s'engueuler et se foutre sur la gueule, et on développe des limites à ces conflits, des formes acceptées, on deale ensemble et on sait "comment ça marche"), mais c'est pas franchement démesuré. La réaction à l'invasion anglaise en France, de même que ce qu'avaient réalisé Louis VI (face à l'empereur germanique) et Philippe Auguste (contre les Plantagenêts et l'empire germanique), a créé un seuil plancher pour ce tout petit embryon de conscience nationale. Mais l'intérêt privé domine la mentalité des féodaux, de même que la conscience d'appartenance à un domaine plus réduit que le royaume a infiniment plus de réalité concrète.
  11. Le point peut sembler étrange mais il est réel: sur l'étendue de cette guerre de cent ans, le trône de France lui-même a rarement été réellement en péril: la puissance du roi de France l'a été, sa capacité à maîtriser son royaume et à poursuivre l'oeuvre capétienne d'unification centralisée du pays. Mais le trône lui-même, même à l'heure des premières grandes victoires d'Edouard III et de son fils, le très fameux "prince noir", ne l'a jamais été dans les faits. Tout ce qui était à leur portée, et sans doute le seul vrai point de leurs ambitions, était de reconstituer un "empire plantagenêt" (pas forcément plus anglais que le précédent) qui aurait été de fait un autre empire féodal condamnant le royaume de France à de nouveau être un agrégat de grandes féodalités avec un roi plus ou moins faible à sa tête. L'oeuvre capétienne était menacée, leur trône non. Le retour de la guerre en 1415 est une autre affaire où là le trône a été en péril, mais ce fut en fait le fruit du hasard: la folie du roi Charles VI, l'assassinat de ses 2 fils aînés et la faiblesse apparente du 3ème (Charles VII), et surtout la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, ont créé la fenêtre d'opportunité dans laquelle Henry V d'Angleterre a pu s'engouffrer avec des forces pas plus importantes que celles de ses prédécesseurs et qui n'auraient par elles-mêmes pas permis d'accomplir une telle oeuvre. Donc contrairement aux apparences et au raisonnement le plus intuitif, le principal danger pour le dauphin/"petit roi de Bourges"/roi de France dans cette deuxième moitié de la guerre de cent ans, c'est le Bourguignon, pas l'Anglais, qui est certes immédiatement menaçant et peut commencer à asseoir sa conquête, à transformer l'essai aventureux de son coup de poker de 1415 en ralliant les vassaux et villes de certains territoires, mais qui n'a pas encore les moyens de peser durablement, contrairement au Duc de Bourgogne qui maîtrise solidement d'immenses et riches territoires, et en contrôle ou influence beaucoup d'autres qui sont ses alliés/clients ou qu'il peut menacer. Et ce face à un dauphin mineur, avec peu de soutiens et un territoire réduit au sud de la Loire et à l'est de la de nouveau vaste Acquitaine des Plantagenêts. Si Henry V n'était pas mort prématurément en 1422, avant d'avoir pu gagner un réel contrôle durable sur d'importants territoires, il aurait pu en être autrement. La taille réduite des armées et la relative faiblesse des moyens détenus en propre par des souverains féodaux en est la première cause: un Etat féodal a une fiscalité réduite dans les faits, et reposant en grande partie en temps de guerre sur des contributions exceptionnelles votées par les corps constitués des pays (villes, corporations, Eglise, voire papauté pour une croisade). Les rentrées fiscales permanentes sont plus réduites et ne suffisent jamais à même assurer le train courant des Etats, et certainement pas des armées permanentes. Ces Etats féodaux sont en permanence endettés jusqu'au cou. Une fois une armée levée, ils visent le butin, les rançons principalement (les rançons de grands seigneurs peuvent représenter des sommes énormes), le pillage, les contributions forcées en terre étrangère et la conquête de domaines nouveaux (essentiellement pour les répartir entre leurs fidèles histoire d'éviter qu'ils se barrent ou trahissent). Et le "modèle militaire" édifié par Edouard III coûte cher: les corps d'archers professionnels coûtent une blinde à solder et surtout à soutenir dans le temps (les masses de flèches qu'il faut fabriquer et acheminer, la bouffe....) et ne sont pas à traiter comme des mercenaires ou des miliciens. Il s'agit de levées des hommes libres ayant un certain statut (la yeomanry, sorte de petite notabilité) et un certain niveau de revenus (assimilé à la possession d'une terre d'une superficie suffisante pour alimenter une famille et constituer un capital). Qui plus est, si tous les hommes libres et propriétaires sont astreints à l'exercice au longbow, ceux choisis pour les campagnes ne sont qu'une partie réduite de ce contingent: il s'agit des plus grands et des plus forts (généralement entre 1,7 et 1,8m), ceux qui peuvent manier les plus grands longbows qui seuls ont la portée et la puissance de pénétration nécessaire pour permettre la tactique anglaise de position défensive couverte par des tirs croisés en masse, avec haute cadence de tir. Cette élite est réduite, rare, et donc chère, et doit avoir un temps de formation en unités constituées, donc encore de la dépense. Et l'armée obtenue a des possibilités tactiques et opératives très définies, donc limitées: - elle est de petite taille, donc pour occuper des territoires conquis, il faut en détacher des éléménts, ce qui la réduit d'autant et offre surtout une capacité limitée de contrôle territorial. Et face à une troupe adverse, elle a besoin d'une certaine masse concentrée pour assurer ses cadences de tir qui sont son seul vrai atout. - elle est mobile, mais très dépendante de son train de munitions - elle a besoin de rester mobile et très renseignée parce que ses possibilités tactiques sont surtout limitées à une défense sur position forte: en rase cambrousse, elle est très vulnérable car les archers ne sont pas des combattants très efficaces en configuration d'infanterie autre que celle de leur spécialité, et les proportions d'armes dans cette troupe n'offrent que peu de masse pour d'autres types de combat. Faite aux 2/3 d'archers, une armée anglaise de ce temps a peu de chevaliers et hommes d'armes, ou même de "billmen"/vougiers/piquiers à mettre en oeuvre. C'est au global un outil de guerre stratégiquement/opérativement mobile/offensive, et tactiquement statique/défensive, dont une bonne part des succès a bien plus tenu à la connerie collective de la chevalerie française, aux divisions extrêmes des féodaux français et à la connerie individuelle, et parfois la faiblesse de leur autorité, de monarques français particuliers. Il faut noter cependant que les Plantagenêts ont eu sur cette période quelques excellents chefs tactiques (le prince noir, Bedford, Clarence) et 2 grands chefs "stratégiques" (Edouard III et surtout Henry V), dont une bonne part de leur force venait surtout de l'autorité du roi anglais sur sa noblesse (niveau d'unification de l'Angleterre, un peu supérieur, et surtout les terres conquises qui offrent "du jeu" à répartir aux féodaux: le roi de France en a peu) et de la faible part numérique des chevaliers et féodaux emmenés dans les expéditions, face à des Osts français composés eux en majeure partie de levées féodales de chevaliers et hommes d'armes.
  12. Même pas tant que ça: oui, il l'a pressurée, mais il en a fait de même pour toutes ses terres. Richard coeur de lion a beaucoup fait ça pour faire la seule chose qu'il aimait faire, à savoir la guerre. Et le prix de sa rançon à Léopold d'Autriche a aussi pas mal pompé sur les ressources angevines. Mais la "vache à lait", c'étaient plutôt les terres en France, domaines bien plus riches que l'Angleterre de la fin du XIIème siècle, assez peu peuplée et assez peu développée dans l'ensemble. Encore une fois, contrairement aux images que les Anglais veulent absolument se donner, leur île n'était pas vraiment le centre de la puissance angevine, ne fournissait pas la grande part de leurs ressources ni ne fournissait de très importants contingents de leur armée. Ca c'est ce que leur littérature de fiction (et ses succédanés en films et séries), Robin des bois en tête, nous a enfoncé dans le crâne. Mais l'Angleterre leur fournissait une couronne de roi et une terre exempte de vassalité au roi de France, ainsi qu'une zone peu accessible à des raids rapides du roi de France. On peut voir l'importance de ce fait à l'aune de la propagande qu'ils bâtissent autour de la lignée et de son trône, construisant notamment les premières pierres du mythe arthurien (alors pour ainsi dire inexistant) dont ils se réclament les héritiers (pour égaler la "parenté" du trône de France dont le "héros" mythique est Charlemagne, alors la grande figure de l'imaginaire européen). Et attention, cette première guerre de cent ans qui se termine avec la commise forcée des terres angevines par Philippe Auguste n'a pas pour enjeu le trône de France: Richard Coeur de Lion pas plus que son père n'ont visé la couronne de France. Eux étaient dans l'optique d'un "empire angevin" durable, quoiqu'il est douteux qu'ils aient eu une vision "géopolitique": les mentalités du temps pensaient plutôt en termes de vision dynastique. Ben, il était angevin: sa terre a lui, là où il avait toujours vécu, c'était plutôt entre Rouen et Angers (avec Chinon en plus, aussi un centre important de "l'empire angevin"). Pas oublier non plus qu'outre son père (Henri II le Lion a été la grande figure des Plantagenêts) et un certain attachement à la parenté normande, l'illustre ancêtre de la famille, qui a laissé un énorme héritage et une empreinte au sol considérable, c'est Foulques Nerra ("le noir"), l'un des grands noms de la famille des Comtes d'Anjou (une brutasse qui a beaucoup, beaucoup tapé sur ses voisins et beaucoup aggrandi son domaine), de Touraine et de Maine. Et cette famille, c'est pas n'importe laquelle dans les grands clans féodaux d'alors, même avant la jonction de l'héritage normand et de l'angevin: les Angevins de cette dynastique dite des Ingelgeriens, c'est aussi la dynastie régnante à Jérusalem depuis 1131. C'est le père d'Henri II, Geoffroy V, qui conquiert la Normandie en 1144 et épouse l'héritière unique du trône normand d'Angleterre, la dite "impératrice Mathilde", fournissant à son fils les moyens de conquérir l'Angleterre en 1153: l'ouvrage est parachevé quand le même Henri pique la bourgeoise du roi de France, Aliénor d'Acquitaine (la maison d'Acquitaine est alors l'un des autres très grand clans féodaux), qui amène en dot l'Acquitaine, la Gascogne, le Poitou, les Comtés de Périgord, de la Marche, de Limoges et d'Auvergne (tous d'anciens domaines féodaux indépendants, fondateurs du royaume), soit près d'un tiers du royaume de France. Il s'offre en plus la Bretagne pour la bonne bouche. Au début du règne de Geoffroy V, soit en 1144, les grands domaines féodaux restants sont: - celui du roi de France, soit l'île de france et l'Orléanais, plus une enclave à Bourges - le duché de Normandie avec l'Angleterre dans le paquet - le duché de Bretagne, plus dépendant de la couronne que réellement partie du royaume - l'important Comté de Toulouse qui va du Rhône à la Gascogne - l'énorme pôle "d'Acquitaine", en fin de concentration - le pôle angevin (Maine, Anjou, Touraine) - des fiefs mouvants de moindre importance qui recouvrent une grande superficie mais n'ont plus de dynasties régnantes durables et sont de fait "mouvants", allant et revenant dans le giron de la couronne: comtés de Blois, des Flandres, de Ponthieu, de Vermandois, de Boulogne et de Champagne, Duché de Normandie plus une collection de plus petits domaines avec une tendance prononcée à l'émiettement par le jeu des héritages et des donations, surtout du fait d'un roi de France qui a besoin de terres à distribuer à des fidèles et la crainte de créer plus de féodaux puissants, tout en ayant peu de moyens disponibles pour contrôler durablement cette masse de territoires du nord, du centre et de l'est (entre autres parce qu'il passe son temps à se poutrer avec les ducs de Normandie). A l'époque pivot de la fin du règne d'Henri II le Lion, en 1189, il n'y a plus réellement que 3 "pôles" principaux, 3 "poids lourds" dans la géopolitique du royaume: le pôle plantagenêt, immense, le pôle capétien, et le pôle toulousain. Et il suffit du règne de Philippe Auguste (1180-1223) pour foutre le pôle français des Plantagenêts à bas (essentiellement entre 1204 et 1214). La 2ème Guerre de Cent Ans, celle dont Gibbs veut parler (1337-1453), est une affaire qui inclue fondamentalement les succédanés de celle-là (les Plantagenêts, malgré leur évincement de l'essentiel de leurs possessions françaises, se pensent avant tout comme seigneurs français et voient là leurs axes d'expansion naturels) et y ajoute une nouveauté: l'ambition pour la couronne de France, rendue possible par la fin de la dynastie capétienne directe et les droits d'Edouard III qui en découlent puisqu'il est le petit fils de Philippe Le Bel. Y'a t-il eu une réelle ambition fondamentale de faire valoir ces droits? Oui sans doute, mais le principal est de conquérir des terres, de faire du butin par pillage, rançon et contributions forcées, de rallier des seigneurs féodaux de France.... La couronne semble hors d'atteinte sur le plan pratique, donc la revendication est plus à cet égard une position de départ pour négocier et obtenir quelque chose d'important en échange. En 1415, en revanche, et alors que la légitimité de la revendication n'existe plus (Henry V, plantagenêt de la branche Lancastre, n'a pas de droit issu du sang à la couronne de France), la possibilité pratique existe (victoire détonnante d'Azincourt qui accroît encore le bordel de la guerre civile en France, Paris à portée de main une fois prise par les Bourguignons, folie du roi, minorité d'un dauphin en fuite qui a peu de soutiens d'un parti armagnac en désarroi), et Henry V va sauter dessus pour se faire proclamer héritier de Charles VI (renonçant donc de facto à la revendication de "droits" théoriques) en épousant sa fille et imposant de force les termes du traité qui a l'étrange particularité d'accepter la loi salique (puisque, en tant "qu'héritier" proclamé de Charles VI, il le reconnaît comme roi et donc reconnaît la lignée Valois) et de la nier en même temps (puisqu'il se place comme héritier par sa femme -et le droit de conquête- en niant la légitimité du dauphin ou d'un autre concurrent dans un ordre de succession mâle). Mais à ce moment, il a gagné, donc il a tendance à avoir raison :lol:, et son fils, le tout petit Henry VI, sera proclamé roi de France et d'Angleterre à sa mort en 1422 (à 1 an :-[), et sacré en 1431 (2 ans après la campagne de la Loire de Charles VII et Jeanne d'Arc, qui aboutit au sacre de Rheims, seul vu comme authentique) alors qu'il est un peu trop tard pour ça.
  13. Impressionnant.... Mais un duvet de cheminot.... Ca sent pas un peu le cheminot en fin de journée, ou comme l'haleine du cowboy qu'aurait bouffé les chaussettes du trappeur, ou pour recoler au sujet (et citer Blackadder), ça sent pas un peu comme un fond d'armure à la fin de la guerre de cent ans :lol:?
  14. Ben ça n'a jamais été réellement contesté par les historiens sérieux qui sont toujours exigeants même si, évidemment, à des époques comme le XIXème, ils sont un peu victimes de leurs époques malgré eux. Cependant un fait certain reste tout le temps: les historiens sérieux sont rarement lus par le grand public, et les "historiens" grand public sont rarement sérieux. Sinon, Clemenceau disait que l'Angleterre est une colonie française qui a mal tourné, ce qui est un peu vrai (même si c'est pas une colonie de "l'Etat français"), et le ministre des affaires étrangères britannique disait au moment de la guerre en Irak que l'Angleterre était un pays fondé il y a presque mille ans par les Français :lol:. Même l'invasion de 1066 est déformée dans l'imaginaire britannique: ils insistent sur le fait que ce seraient les "Normands" en faisant tout ce qu'ils peuvent pour assimiler les Normands aux Vikings. En 1066, les Normands étaient des sujets du roi de France avec une part réduite d'origine viking (ils sont pas arrivés par centaines de milliers, et c'était pas une région vide à l'époque de Rollon), parlant une langue d'oïl et sans différence notable avec les régions voisines, et complètement dans le même moule de coutumes. Et l'armée de Guillaume le Conquérant avait en plus une proportion réduite de Normands proprement dits: environs 1/3, le reste étant principalement fait de Poitevins, d'Angevins et de Bretons (plus quelques groupes d'Ile de France, "prêtés" par le roi). Les guéguerres de seigneurs ont fini, avec la polarisation des affrontements autour de "camps" de plus en plus vastes, par surtout créer un sentiment diffus mais réel de différence: les "anglais" (même si les armées "anglaises" de la première guerre de cent ans avaient bien peu d'anglais, et celles de la 2ème avaient encore entre 1/3 et la moitié de continentaux) ont fini par être assimilés à ceux qui foutaient le bordel et pillaient. Ce genre de sentiment est ce sur quoi la monarchie capétienne, à travers son histoire, a beaucoup travaillé, pour être plus que les premiers des seigneurs féodaux et réellement le "roi" (même juste symboliquement) pour tout le royaume. Philippe Auguste (mais aussi son grand père, plus dans le symbolique: un de mes préférés, Louis VI dit "le gros") a été le premier à porter un grand coup en ce sens, notamment parce qu'il a acquis en propre l'essentiel des terres françaises des Plantagenêts et d'autres terres, gagnant ainsi un grand pouvoir. On considère que la guerre contre l'empereur, le roi Plantagenêt d'angleterre et le comte de Boulogne, qui se conclut par le "dimanche de Bouvines" et la victoire de la Roche aux Moines, est le moment de naissance du sentiment national: c'est peut-être exagéré, mais il y eut alors un vrai sentiment de menace avec la prise de conscience corollaire, dans une part de la population (surtout au nord de la Loire) sans doute plus limitée aux populations urbaines et notables, d'une différence entre ceux qui étaient sujets du roi de France (visés par tous les voisins) et ceux qui ne l'étaient pas (et voulaient s'inviter de force). La victoire et le travail de propagande qui suivirent ont commencé à transformer l'essai. Et on peut voir à ce titre le trucage juridique de l'exumation de la loi salique pour faire passer Philippe VI comme roi comme n'ayant pas uniquement été motivé par des intérêts de clientèles et réseaux d'amitiés féodales autour des Valois, mais bien aussi par une importance certaine accordée au fait que "France soit gouvernée par France et Angleterre par Angleterre". Mais dans le système féodal, la possession d'un vaste domaine royal par le roi est dure à faire durer (notamment par la répartition des domaines entre les enfants; pour ceux du roi, ce sont les apanages, et leur tendance à la transmission héréditaire), et du coup, y'a des hauts et des bas pendant longtemps parce que chaque monarque doit tout faire pour disposer d'une "masse de manoeuvre" de territoires et richesses qu'il détient et contrôle en propre. Le début de l'histoire capétienne, jusqu'au début du XIIème siècle, c'est celle d'un seigneur qui a du mal à avoir un contrôle durable sur son propre domaine d'Ile de France et de l'Orléanais, avec tout plein de ses vassaux directs qui gouvernent les domaines de ces terres et essaient de les garder pour eux et les transmettre à leurs enfants: ce sont les "barons brigands" qui foutaient le bordel en Ile de France, rançonnaient les routes commerciales, asphyxiaient Paris.... Bref, le 93 et d'autres lieux étaient déjà pleins de cailleras :lol:. On a donc à cette époque des rois de France qui essaient de se démerder face à leurs grands féodaux de France qui n'oeuvrent que dans leurs intérêts, et face à leurs "petits féodaux" directs de leur propre domaine royal, dont les ambitions les empêchent de disposer de suffisamment de richesses et de force pour peser à l'intérieur du royaume (parce qu'il faut du fric et des troupes pour ne serait-ce qu'arbitrer les conflits entre grands féodaux). Les moyens dont disposent le roi féodal sont à la fois immenses sur certains plans (soutien de l'Eglise, pouvoir symbolique, échelon ultime de jugement et d'arbitrage entre les grands, pouvoir de ban, droit de commise, droit de dévolution....), et très faibles sur beaucoup d'autres (avant tout les moyens concrets en fric, en terres à distribuer, en hommes d'armes disponibles et finançables). L'autre grand nom pré-guerre de cent ans, c'est Philippe le Bel, le "roi de fer", qui a aussi beaucoup fait dans ce domaine de l'unification. La Guerre de Cent Ans a progressivement permis aux rois de France d'imposer l'idée d'un impôt permanent (donc d'un embryon de système fiscal, donc d'une administration autre que centrale avec possibilités d'inspection et de contrôle local sur certains plans) à partir duquel on a pu bâtir un début d'Etat moderne, et surtout une armée permanente qui est née officiellement en 1435 avec les premières grandes ordonnances en la matière et la première troupe permanente (hors des petites unités de garde dites de "la maison du roi"), fondée sur les compagnies de la gendarmerie d'ordonnance, première rationalisation et systématisation à partir d'une partie du système féodal. Dans cette guerre, l'Angleterre était avantagée par sa petite taille (surtout de population), son insularité (pas de problèmes majeurs sur d'autres frontières), la fin de ses conflits intérieurs pour quelques temps (mise au pas des Gallois et quand à soi avec les Ecossais au XIIIème siècle, quand l'Angleterre est réduite à n'être qu'une île) et le niveau de contrôle exercé par Edouard III (c'est d'ailleurs entre autres pour garder sa mainmise sur son aristocratie qu'il déclenche une guerre extérieure: distribuer des terres conquises pour les empêcher de lorgner sur les siennes). S'y ajoute l'avantage tactique de l'arc gallois, mais surtout de l'organisation d'une forme de conscription depuis Edouard Ier qui procure des archers efficaces (archery laws). L'organisation militaire qui en découle est elle mieux contrôlée par le roi (mais chère: les monarques anglais ont besoin de sommes énormes pour les petites armées de la guerre de cent ans) et moins dépendante des caprices de la chevalerie féodale. Avec comme énorme multiplicateur de forces, l'état inverse de la France: beaucoup plus grande et diverse, elle est plus divisée en quasi Etats puissants où le roi proprement dit, après la mort de Philippe le Bel, est en fait par ses ressources propres moins puissant que son adversaire plantagenêt, et handicapé par un système fiscal moins développé et un système militaire qui est arrivé à un degré d'inaptitude stratégique (ce qui est rageant quand on pense que les hommes eux-mêmes, les individus, et peut-être les unités tactiques élémentaires de la chevalerie, sont les meilleurs combattants et systèmes combattants de base de cette époque). Y'a pas vraiment de "langue diplomatique" en Europe, à part peut-être le latin, mais évidemment, les belligérants de la guerre de Cent ans parlent tous français (ou plutôt la même variante), donc ça simplifie. A signaler qu'en plus, la forte présence européenne de la dynastie dite "angevine" à cette époque (rois de Naples, de Hongrie -même de Pologne pour cette branche-, souverains de Provence....), répand aussi l'usage du français.
  15. M'emmerdait pendant que ma compte cuisait: 2kg de pommes, ça met un moment à compoter :lol:.
  16. Déjà changer les prémisses: les "Anglais", ça n'existe pas réellement à ce moment. Il y a une couronne d'Angleterre qui appartient à la famille Plantagenêt, grands féodaux français qui ont recueilli au XIIème siècle (par héritage) les domaines des ducs de Normandie, dont l'Angleterre (conquise en 1066). C'est l'époque, depuis les Ducs de Normandie, de la "première guerre de cent ans" qui se conclue dans les faits entre 1204 ("commise" d'une bonne partie des territoires plantagenêt par Philippe Auguste) et 1214-1217 (batailles quasi simultanées de Bouvines et la Roche aux Moines, puis conquête de l'ouest de la France), avec le roi Jean dit "sans terre" pour l'occasion (le méchant prince Jean de Robin des Bois) comme dindon de la farce, et plus formellement sous Saint Louis avec la bataille de Taillebourg et le traité de Paris en 1259. C'est une guerre féodale, pas nationale: l'Angleterre appartient à "l'empire Plantagenêt" qui est, comme le normand, essentiellement basé en France et répond à une logique féodale. Contrairement à ce qu'aiment fantasmer les Anglais, Henri II dit "le lion" et Richard dit "coeur de lion" n'ont quasiment jamais foutu les pieds en Angleterre et ne parlaient pas un mot d'anglais.... Et ils se foutaient bien d'être des "rois anglais" (comme ils se foutaient d'être des sujets français :lol:): ce sont des "grands" féodaux: ils se pensent comme des seigneurs autonomes (aspirant souvent à la domination ou l'indépendance), et la définition nationale n'existe alors pas en Europe: tout au plus, les "nations", dans l'esprit des gens d'alors, ce sont les régions auxquelles ils appartiennent, avec à certains degrés dans quelques parties de la population, une vague conscience "d'appartenance" à un roi. Un picard se définira comme picard bien avant de se dire sujet du roi de France, et si tu le traites de "français", il pourrait mal le prendre :lol:. "Français", à cette époque, ce sont les habitants de l'île de France et du domaine royal proprement capétien (Ile de France, Chartres et Orléanais). Le reste du royaume, ce sont des territoires dont le suzerain est vassal direct du roi de France, qui n'est que le "primus inter pares" (premier des égaux) des grands féodaux, initialement élu par eux (élection d'Hugues Capet en 987). L'histoire de la dynastie capétienne, c'est justement d'imposer le roi comme plus que ça. Les Plantagenêt, eux, sont les seigneurs d'Anjou (grosso modo Anjou et Maine initialement, puis accru au Poitou) qui ont, par alliance familiale, recueilli l'héritage normand (une "super Normandie", plus l'Angleterre), puis par mariage d'Henri II avec Aliénor d'Acquitaine (fraîchement divorcée de Louis VII de France), tout le sud ouest; ces deux derniers sont les parents de Richard Coeur de Lion et Jean Sans Terre, les 2 adversaires de Philippe Auguste. "L'empire" ainsi créé et dont ils ont tenté de faire une entité durable, est bien peu anglais: sa capitale, donc celle de l'Angleterre, est plutôt à Rouen ("l'échiquier" dont le ministre anglais des Finances est par tradition "chancelier", se trouve à Rouen), mais dans cet empire, l'Angleterre a la double particularité de n'être pas une terre vassale du roi de France (donc ses seigneurs ne le sont pas non plus pour cette partie de leur terre) et d'être en plus un royaume, donc d'offrir une couronne indépendante aux Plantagenêts, par laquelle ils peuvent se mettre sur un échelon égal avec le roi de France qui, par ailleurs maîtrise et possède par lui-même moins de terre que ces dangereux vassaux. Les Capétiens sont ainsi moins puissants que leur vassaux qui possèdent en propre, après Henri II le Lion, près de la moitié du royaume dont les Capétiens ne sont que les suzerains, ce qui est parfois très théorique. La 2ème Guerre de Cent Ans, celle dont tu parles, est encore une guerre féodale à ses débuts, et dans sa dernière partie (après la 2ème invasion de 1415), on voit généralement une affirmation, un caractère plus "national", des deux côtés: cette guerre est considérée comme la période d'émergence du fait national, principalement par antagonisme des deux belligérants (la logique du "avec eux ou avec nous", sans position intermédiaire). Elle commence par la fin de la dynastie capétienne "directe" (avec les 3 fils de Philippe IV le Bel qui se succèderont et n'auront pas d'enfants) et le "choix" de la branche cadette des Valois (via Philippe VI) pour lui succéder, ce qui offre l'occasion aux Plantagenêts, depuis longtemps confinés en Angleterre (et avec une bande côtière allant de La Rochelle au pays basque pour tout territoire français, territoire nommé "Acquitaine" et dont l'héritier anglais est traditionnellement duc), de refuser de rendre l'hommage féodal au roi (par lequel ils reconnaissent leur vassalité) et de demander l'héritage de la couronne de France dont le jeune Edouard III d'Angleterre dit être l'héritier. Le fait n'est pas faux puisqu'il est le petit fils de Philippe Auguste par sa mère, soit une parenté plus directe que celle de Philippe VI qui n'est que le neveu de Philippe Le Bel. Mais c'est à ce moment qu'on sort très commodément la "loi salique" disant que les droits ne se transmettent que par les mâles. Cette histoire n'est pas qu'un prétexte au début de la guerre: c'est un "coup" légitime que tente un grand féodal pour s'imposer, c'est un "droit" fondamental qu'il revendique et qui est alors très justifié, mais il y a évidemment bien d'autres causes fondamentales à une guerre. L'une d'entre elles, et pas la moindre, est l'ambition énorme d'un jeune roi longtemps écrasé par le régent Philippe Mortimer qu'il a fini par faire exécuter, la culture guerrière, individualiste et égoïste de ces grands seigneurs, et l'état des finances d'Angleterre qui ont besoin de butin et de terres à imposer (et répartir pour satisfaire les soutiens à la couronne). Les "Bourguignons" sont l'autre grande féodalité, plus récente, à la fois interne et externe au royaume: il s'agit d'une branche cadette des Capétiens, puis après son extinction (sous Jean II le Bon, donc déjà dans la guerre de 100 ans), d'une branche cadette des Valois, qui a gardé en apanage le duché de Bourgogne (notre Bourgogne, grosso modo) et la Comté de Bourgogne (qui sera plus tard dite "franche"; c'est la Franche Comté) qui est terre d'empire, les deux étant issues de l'ancien royaume de Bourgogne, entité qui a englobé longtemps avant le sud est de la France, la Suisse et le nord est de l'Italie (c'était le royaume burgonde). Ce à quoi, par stratégie matrimoniale, acquisitions guerrières, donations et apanages, ils ont graduellement ajouté un tas de terres en France et dans l'Empire, dont l'Artois, une bonne partie des Flandres, du Brabant et du Hainaut, de la région de Boulogne, le Vermandois, le Comté de Namur, les Comtés de Hollande et de Zélande.... Ils reconstituent graduellement l'ancienne "Lotharingie" le long du Rhin (après la mort du dernier duc en 1477, la majorité de cet héritage ira aux Habsbourgs qui, par alliance avec les couronnes réunies d'Espagne, donneront à l'héritier des deux lignées, Charles Quint, une puissance fabuleuse: l'Espagne tient de la Bourgogne, par exemple, son symbole militaire, les branches noueuses croisées, et son ordre de chevalerie le plus élevé, la Toison d'Or). Ils sont déjà un parti puissant à la cour de France pendant la première moitié de la guerre de Cent Ans, mais c'est le changement dynastique à la tête de cette féodalité bourguignonne qui donne un élan différent, plus ambitieux et plus seulement français (cela devient un vrai projet d'Etat indépendant, ce que permet son immense richesse): à l'arrivée, c'est quand le fils de Charles V (celui qui reconquiert l'essentiel de la France dans les années 1360-1370 contre les Anglais, avec Du Guesclin), Charles VI, sombre dans la folie, que deux partis à la cour s'affirment et que le royaume fraîchement réunifié sombre dans la guerre civile. D'un côté, on a les "Armagnacs", qui étaient initialement les partisans de Louis d'Orléans, frère de Charles VI et rival de Jean Sans Peur, duc de Bourgogne, à la Cour; après l'assasinat de Louis en 1407, c'est le Comte d'Armagnac, connétable de France (mélange de Mindef, de CEMA et de chef opérationnel, avec une part d'autorité de Premier Ministre) qui prend la tête de ce "parti" contre Jean Sans Peur. Il est le beau père du nouveau duc d'Orléans, Charles, et rallie une bonne partie des grands féodaux et princes du sang. La folie du roi et la minorité du dauphin permettent de faire pourrir le conflit qui est très engagé quand Henry V d'Angleterre (issu de la maison de Lancastre, branche cadette des Plantagenêts montée sur le trône après la Guerre des Deux Roses: cette branche n'a plus du tout de légitimité dynastique sur le trône de France) débarque en 1415 et remporte la victoire d'Azincourt sur une chevalerie française sans ordre, sans autorité, sans commandement et sans unité. La guerre civile continue, avec des épisodes sanglants comme l'insurrection bourguignonne dans Paris en 1418 (dont le jeune et tout nouveau dauphin, futur Charles VII, réchappe de peu) où Bernard d'Armagnac est tué et la ville passe à Jean Sans Peur, et surtout l'entrevue du Pont de Montereau en 1420 où Jean Sans Peur est à son tour tué. Ce dernier événement scelle la division irrévocablement et facilite encore la tâche de l'Angleterre: le fils de Jean Sans Peur, Philippe, commence réellement à vouloir bâtir un Etat bourguignon puissant, s'intéressant moins à la couronne de France et s'alliant franchement avec l'Angleterre. Je renvoie au début: c'est une guerre féodale qui devient lentement nationale: le genre de comportement que tu décris est complètement étranger à la mentalité du temps. Les seules choses qui changent, ce sont les seigneurs qui se voient attribués des terres dans des zones conquises, prises aux féodaux de l'adversaire (s'ils n'ont pas eu le bon goût de se rallier au vainqueur et d'amener quelque chose dans la balance) ou à l'adversaire lui-même. Et la "culture anglaise", ça n'existe pas vraiment à ce moment: chaque région d'Angleterre a sa culture, ses us et coutumes (qu'il faut entendre par "droits coutumiers"), même si l'île a un degré d'unification juridique un peu plus élevé que celle de la France. Peu d'unité linguistique, comme en France. Les seuls gens issus du peuple qui peuvent avoir émigré sont des individus, essentiellement des mercenaires ou soldats, qui se sont distingués suffisamment pour être anoblis et recevoir un don en terre (ça représente pas grand monde). L'intérêt du SOUVERAIN PLANTAGENET pour des territoires en France et du butin, et la fin de son statut de vassal du roi de France, voire si possible la couronne elle-même. Difficile d'avoir des certitudes sur les effectifs en bataille: les chroniques sont souvent des monuments contradictoires de Lyrisme et d'exagération, répondant entre autre à des logiques de flatterie politique du vainqueur. Sans compter l'orientation nationaliste des "travaux" des siècles ultérieurs, surtout le XIXème. Il est difficile d'obtenir un compte fiable de toutes les troupes: si les mercenaires et engagés professionnels peuvent être plus facilement estimés (il y a des rôles de paie), les levées féodales sont elles carrément inchiffrables: chaque seigneur a un effectif différent, certaines troupes ne sont pas recensées car "négligeables" selon les décideurs (les milices de communes et "bonnes villes" par exemple), il n'y a pas de recensement et encore moins de suivi de l'attrition en cours de campagne (maladies, blessures, morts, désertions) ou de décompte précis des garnisons et détachements qu'on laisse à certains endroits. Ajoute que dans une armée très féodale, le nombre de non combattants peut être énorme, chaque seigneur décidant de qui est dans sa suite selon sa fantaisie et ses moyens: dans certains décomptes, peut-être pas si délirants que ça, tu peux en fait inclure un grand nombre de gens qui n'ont rien à voir avec des soldats ou servants d'armée (pages, échansons, domestiques divers, palefreniers, astrologues, cuisiniers personnels....). Et côté français, l'armée est essentiellement un host féodal, la levée du ban et de l'arrière ban, donc encore plus difficile à chiffrer que l'anglaise qui -et c'est la première raison de ses victoires- est une armée plus professionnelle (donc unifiée sous un chef), avec une faible proportion de nobles et féodaux. L'armée française à Crécy peut avoir compté jusqu'à 50 000h (la plus importante de cette guerre), mais sur ce chiffre, peut être la moitié seulement étaient des combattants, voire nettement moins encore. En face, l'armée anglaise, moins difficilement chiffrable, a pu osciller entre 14 et 16 000h. Les deux flottes se rencontrent au tout début à la bataille dite de l'Ecluse où les amiraux français adoptent une tactique un peu con qui entraînera la défaite complète. mais il y a une guerre navale pendant toute la guerre, avec un important effort français, centralisé autour du "Clos des Galées" à Rouen, un véritable arsenal et base navale créé par Philippe Le Bel et redéveloppé pour la guerre par Philippe VI. Un autre clos des galées sera créé à Harfleur. C'étaient les seuls ports fabricant des navires spécifiquement pour la guerre. Celui de Rouen fut le principal arsenal français jusqu'à François Ier qui l'abandonne graduellement quand il fonde le Havre pour le remplacer (nécessaire vu l'augmentation des tonnages et le développement de l'artillerie navale). Une flotte de guerre à cette époque, ce sont des "nefs" proches des nefs médiévales de transport, à rame et à voile, d'un bon gabarit et emportant des archers et des troupes d'infanterie: passé le stade du bombardement par flèches (y compris incendiaires), l'essentiel du combat se fait par abordage, et ces combats sont terriblement meurtriers (un bateau coule et emporte avec lui tout son monde, et un blessé est souvent jeté à l'eau) et particulièrement peu appréciés par la noblesse (ce qui explique le peu d'emphase mis sur cet aspect de la guerre dans les récits, et donc dans notre vision du conflit) pour cette raison et pour le manque de distinction qu'ils autorisent. Pareils. 1000 endroits, 1000 situations: tout dépend du comportement de l'envahisseur, du comportement du seigneur local et du fait de savoir si du soutien va venir ou non: l'envahisseur veut du butin, ou veut tout ravager pour décrédibiliser le roi de France dans sa stature de protecteur aux yeux des populations, mais surtout des notables et élites nobiliaires locales (c'est la stratégie dite des "chevauchées" seule accessible au roi anglais vu la petite taille des armées de l'époque). Dans les couloirs de destruction d'une chevauchée, fait pas bon être un pégu. Beaucoup de zones ont été désertées par les morts et l'exode des paysans vers des villes ou des zones moins accessibles (tels les habitats troglodytes dans certaines régions, ou des hauteurs). A certains endroits, il peut y avoir de la résistance, si des atrocités particulières ont eu lieu ou que c'était juste pas le bon moment, mais rien de coordonné à grande échelle, c'eut été impossible à cette époque (les distances sont bien plus grandes, les gens refermés sur leurs bleds, les communautés souvent petites). La "résistance populaire", à part des petits actes de brigandages et représailles, tu peux plutôt la voir dans pas mal de grands (et moins grands) sièges de places fortifiées (identité urbaine, conscience de ce qui va se passer, beaucoup de monde en un seul endroit, peur commune de perdre ce qui est accumulé en ville....): là il y a d'innombrables exemples de résistance populaire (dont évidemment Orléans est le plus célèbre, ou celui des Bourgeois de Calais). Imaginer une "guérilla" telle qu'on la conçoit aujourd'hui, c'est hors de propos à une échelle plus que locale. Seul Bertrand Du Gesclin a mené quelque chose dans ce goût là à grande échelle, ce qui a permis de reconquérir une première fois le royaume. Y'en a eu plein, surtout des raids de pillage maritimes, avec quelques grands noms de "corsaires/pirates" notamment et quelques projets de débarquement en Angleterre. Mais le dernier truc dans ce goût là, c'était sous Philippe Auguste dont le fils, Louis VIII "le lion" a débarqué en Angleterre, pris Londre et bien failli être sacré roi d'Angleterre en 1217. Si Jean Sans Terre avait pas clamsé, il l'aurait été. Complètement hors de propos pour ce qui concerne le peuple. C'est une guerre féodale, pas nationale. A la rigueur, seul le ralliement d'un grand féodal au roi anglais peut-être vu comme de la "collaboration", en tout cas de la "trahison", au sens où nous l'entendons. Donc on peut dire, avec beaucoup de réserves, que certains ducs de Bretagne, seigneurs de Poitou et de Gascogne, mais surtout le souverain de Navarre (Charles dit "le Mauvais", encore un Capétien) et le duc de Bourgogne, ont "collaboré". Encore une fois, on ne peur regarder une logique féodale ainsi, à travers nos yeux de citoyens d'un Etat moderne: il n'y a pas vraiment d'Etats sur une période de temps aussi longue, juste des souverains successifs avec chacun leur logique. La "guerre de cent ans" n'est pas une guerre continue, mais une période avec des moments de guerre et de longs moments de paix, ainsi que pas mal de moments un peu entre les deux. Et il n'y a aucune logique continue pendant tout ce temps.
  17. J'ai pas une carte des reliefs en tête, mais c'est pas plutôt cloisonné, ce côté là pour qui vise le nord? Il me semble que c'est dans l'axe est-ouest via Budapest que tu rentres dans le coin praticable de l'Autriche, pas depuis le sud.... Mais bon, je suis pas sûr tout d'un coup. Mais il me semble que si tu veux viser dans le coin Zagreb-Lubljana, c'est quand même vachement montagneux direct très près de la côte (les Alpes dinariques continuent les Alpes sans vraie interruption) et sur une profondeur pas négligeable; c'est pas super tentant pour débarquer et tenter de percer, surtout pour des planificateurs pas trop aventureux tels que les ricains. Ceci dit quelle que soit la configuration, bien plus que le terrain, le problème est politique/opératif si l'option est retenur et tentée pour avant 44: - problème potentiel avec l'oncle Joe, ça c'est clair - quelle attitude pour Tito? Parce que lui pour le coup est vitalement nécessaire (y compris militairement: il pèse lourd déjà en 43) et carrément incontournable.
  18. Va falloir attendre que Loki intervienne: c'est lui qui connaît chaque centimètre carré des théâtres de l'époque (relief, nature du terrain, composition chimique, hygrométrie, météo jour par jour....) et l'orbat théorique et réalisé de chaque section des armées en présence :lol:. Mais à première vue, on part là d'un débarquement en Albanie pour doubler l'avance via l'Italie. Cette dernière risque de butter sur les Alpes, difficilement franchissables par de grandes formations blindées. Du coup, pour "passer" par ce front, il faudrait traverser les Balkans, soit un nombre d'axes limités, pour foncer sur la plaine hongroise et de la viser le nord ouest.... Ce serait pas faire une jonction avec les Russes, et donc un poil redondant? Je connais mal le déploiement de l'avance russe sitôt la frontière occidentale de l'Ukraine passée, mais ils étaient pas déjà un peu présents dans ce coin là? Du coup, il me semblerait que ça poserait plus de problèmes que ça n'amènerait d'avantages (notamment le fait que ça simplifierait pas un peu la vie -de toute façon très compliquée à ce stade- des Allemands?), sans compter que politiquement, ça pèserait moins d'apporter un renfort sur un même front que d'en ouvrir un deuxième. La seule opportunité pour que ça soit utile, à première réflexion, serait de parvenir à le faire en 43 ce débarquement: ouvrir une série de têtes de ponts sur la côte albanaise et dalmate (de toute façon la Grèce est à éviter vu la nature de sa frontière nord et nord ouest) et parvenir à s'accorder politiquement avec Tito pour trouver l'appui nécessaire (vu que là y'a pas encore eu les mois d'accumulations de moyens d'Overlord), et de là lancer tout ce qu'il y a à lancer tout en tenant le front italien qui a l'avantage d'être étroit et avec des Allemands sur le recul. Mais c'est vraiment un terrain de merde pour faire de la guerre blindée: peu de grands axes, beaucoup de cloisonnement et une guérilla yougoslave massive (et efficace) qui aurait de ce fait beaucoup son mot à dire dans la négo, quoique le "communisme" de Tito pourrait bien s'accorder de cet allié encombrant mais de poids pour mieux dire merde à l'Oncle Joe. C'est étrange, mais plus j'y réfléchis, plus ça semble, si la chose était décidée, le genre de scénario qui s'orienterait vers une complication prématurée des rapports occidentaux-URSS, avec du coup un impératif peut-être plus grand de signer une paix plus rapide et moins inconditionnelle avec l'Allemagne, tout dépendant de l'attitude russe quand à une présence massive des anglo-américains en Europe centrale, le "glacis" voulu par Staline.
  19. Faut quand même voir quelles sont les sous-marinades "sérieuses": enlève celles des pays avec arsenal nucléaire (qui reportent les données du conflit, ou plutôt du non-conflit, sur un autre registre rendant les forces classiques sans objet), et que reste t-il de suffisamment dangereux pour réellement dissuader de toute projection? Certains sont sans doute ou seront à l'avenir dangereux, certes, mais ponctuellement: on voit pas de flottes de dizaines de SM réellement performants courir les océans. Donc un danger très relatif, ne serait-ce que par les effectifs disponibles: de ce côté, les stratégies anti-accès de pays non nucléaires (pour l'instant l'Iran et pas grand-monde de plus) seraient plus un avenir crédible comme menace, avec ou non une composante sous-marine "de proximité" incluse dedans. Mais les moyens SNA permettent quand même de s'offrir une marge de sécurité suffisante pour considérer l'action vers la terre comme ayant encore de quoi donner. Tout ce qui peut envoyer de l'hélico, du drone et du missile (plus l'artillerie dans certains cas) pour appuyer la dite action reste un besoin prioritaire et un impératif pour toute intervention. D'autant plus qu'en terme d'importance pour les capacités, les théâtres dits "du tiers monde" et ceux en général de pays instables sont le premier intérêt: quand on veut "défendre l'ordre mondial" (sous entendu l'actuel ordre mondial) qui est l'ordre des choses que nous avons intérêt à défendre, être capable d'aller remettre de l'ordre est de fait la priorité, bien plus que l'idée très théorique d'avoir à être capable de prendre d'assaut les plages chinoises. Quand tu fais ainsi le tri des ennemis potentiels en enlevant les nucléarisés, ça laisse de la marge pour justifier la pertinence des moyens de projection.... Mais pour 90% de ces ennmis, le PA "à l'américaine" semble désormais effectivement souffrir du syndrôme overkill/trop cher/pas risquable des cuirassés: il offre des possibilités uniques, mais le prix les vaut-il? Ben, si ces cons avaient maintenu les unités pros sur les Malouines et les avaient renforcées avec d'autres pros, au lieu de les remplacer par des conscrits, on aurait peut-être vu jusqu'où la volonté britannique était inflexible, et surtout jusqu'où le bricolage logistique de l'intervention aurait tenu, vu qu'en l'état des choses, au moment de la reddition, les Brits semblaient plutôt au bord de la rupture de ce côté.
  20. C'est plus vraiment le cas au XVIIIème siècle: l'agriculture y est la plus moderne d'Europe (avec celle des Pays Bas) et y cause un exode rural important (mouvement dit des enclosures) qui permet le développement "industriel" et surtout fournit les bataillons de l'émigration vers l'Amérique (en même temps qu'une urbanisation rapide et incontrôlée). Ne pas oublier qu'au moment des guerres de la révolution, l'Angleterre (avec le Pays de Galles et l'Ecosse), c'est 11 millions d'habitants, plus une Irlande autour de 5 millions; l'explosion démographique a commencé vers 1740.
  21. L'importance d'Anvers pour les Anglais était surtout un fait au temps de la marine à voile; et pour les distances de cette époque, l'importance du port d'Anvers, à la fois comme port commercial mais surtout comme port militaire (seul grand port militaire en eaux profondes de la Manche) avec en plus des défenses naturelles le rendant peu sensible à des attaques navales, le faisait considérer avec paranoia. L'importance commerciale d'Anvers a diminué au XVIème siècle pour des raisons principalement politiques, et le port n'a jamais regagné une importance telle qu'il soit un concurrent dangereux pour Londres. C'est le rôle militaire et le rôle commercial POTENTIEL (s'il était aux mains d'une grande puissance volontariste et capable de n'être pas intimidée par Londres.... Grosso modo suivez mon regard :lol:) qui ont fait que les Anglais appelaient Anvers "un poignard pointé sur le coeur de l'Angleterre". Militairement, après ça, le temps de la vapeur et l'accroissement de la portée des canons ont changé les rayons d'action des flottes et diminué radicalement l'importance d'Anvers dans les calculs anglais, surtout vu l'importance relative commerciale et militaire des Anglais sur mer au XIXème (désormais écrasante et sans rival possible). Il est amusant de constater que les Anglais ont failli redéclencher une guerre européenne pour cette raison en 1830 quand la France a lorgné sur la Belgique émancipée.... Alors même qu'on était à la période de transition navale où précisément le port d'Anvers (raison pour eux d'avoir soutenu la création d'un grand royaume de Hollande en 1815 avec la Belgique dedans) perdait sa dangerosité réelle pour eux et qu'ils n'avaient déjà plus de concurrent naval. Et le principe de neutralité lié à la création de cette Belgique fut le seul traité contraignant qu'ils signèrent, avec toujours cette raison à la base.... Et qui les mena à l'intervention en 1914, pour une raison qui n'existait plus vraiment depuis presque un siècle :lol: (évidemment, l'hégémonisme allemand a joué bien plus, la violation de la neutralité belge n'offrant que le prétexte).
  22. Le problème avec de tels axes de développement, c'est que la puissance militaire n'apporte pas grand-chose pour en contrer les tendances les plus néfastes (du point de vue occidental), sauf si on se case résolument dans l'optique de jouer les gendarmes du monde pour "failed states" et qu'on joue cette carte complètement en écartant de ce fait l'idée d'avoir un outil fondamentalement préparé à affronter, même hypothétiquement, la Chine. Il faut garder à l'esprit aussi qu'il s'agit plus de 3 axes fondamentaux, de 3 tendances-types dont on a ici la représentation maximale, pas ce qui risque réellement d'advenir (pas oublier qu'il s'agit de 3 "principes" d'évolution, et surtout que ce document de la CIA est un document politique: il a plus que quelques raisons pour être sensationaliste).
  23. Attention.... Gibbs je te hais, tu me fais soudain voir que le titre est mal formulé :-X, grrrr.... Quand je dis "la jonction politique-militaire", je ne parle pas du fait que les 2 doivent converger pour être une seule et même chose, je parle plus exactement du "point de jonction" entre domaine "politique" et domaine "militaire" et la façon dont on le traduit en termes d'organisation, d'encadrement civil du militaire, de hiérarchie formelle et de processus de décision (et chaîne de commandement sur le plan le plus concret), de répartition des attributions et prérogatives, de la façon de rendre chaque degré d'une hiérarchie responsable et comptable de ses choix dans une proportion juste et pertinente.... Le tout sous l'angle de savoir comment on obtient un bon niveau de pertinence stratégique et d'efficience de l'organisation. Déjà, si on regarde de près les démocraties occidentales actuelles, on note que ce point de jonction (qu'on peut voir, symboliquement, via le fait de savoir à quel "moment"/niveau on passe du costard à l'uniforme très galonné, et de ce dernier au treillis :lol:) n'est pas le même, que l'encadrement civil ne couvre pas les mêmes champs de compétences, de responsabilités et d'action.... Même s'il y a une similarité apparente et dans les faits une certaines convergence répondant à des conceptions plutôt pas trip éloignées. Mais il n'en est pas de même partout, et surtout, si on regarde l'histoire, et pas que des régimes monarchiques, on peut voir qu'il y a d'autres formes d'organisation, de systèmes de décision et de conduite de l'action, dont on pourrait s'inspirer pour adopter aujourd'hui des façons plus pertinentes d'aborder les problèmes stratégiques/militaires et d'y répondre.
  24. Faut pas oublier quand même qu'il n'y a pas de modèle général dans l'espace, et surtout pas de modèle permanent dans le temps: les archontes athéniens n'étaient pas choisis par hasard, il me semble, et il faut garder à l'esprit qu'il y en a 9, dont 3 qui comptent vraiment, au 2ème rang desquels est "l'archon polemarchos" (après l'archon eponymos, le magistrat principal), le "roi/magistrat de guerre", soit le chef militaire de campagne, sorte de mélange de CEMA, de connétable et de chef opératif. Mais les réformes/révolutions de Périclès introduisent entre autres les strategoi (un par quartier/Phyle), dont un a le titre de strategoi polemarchos pour le désigner comme "primus inter pares". L'archon polemarchos est à ce stade devenu un rôle symbolique. Tout comme le titre de polémarque à Sparte a cessé d'être celui typiquement du "roi de guerre" (Sparte ayant un roi/magistrat et un roi/magistrat de guerre) pour devenir un pur grade opérationnel désignant le chef d'une mora, équivalent d'un bataillon, plus souvent une task force autonome (accompagnée d'unités alliées/vassales) qu'une subdivision d'une armée de campagne (ça arrive aussi, mais très rarement) étant donné que Sparte n'est capable d'envoyer que très peu de forces de citoyens spartiates au sens plein, vu l'obligation de garder la majorité des troupes à domicile (pour tenir le territoire contre les soulèvements d'hilotes et/ou d'alliés). De fait, ces polémarques, surtout après les guerres du Péloponèse et la tentative d'hegemon spartiate, doivent être aussi des chefs opératifs, des gouverneurs militaires, des négociateurs multi-sujets et des diplomates, soit des politiciens (et non plus de simples exécutants, de haut niveau ou non), comme tout chef militaire ayant un commandement indépendant. A comparer avec Rome, qui voyait de même tout commandement indépendant comme un rôle politique, donc appartenant, dans une subdivision très intelligemment normée, à un commandement supérieur qui n'était pas dévolu au centurionnat (les techniciens/exécutants professionnels du combat) mais à des officiers supérieurs qui étaient aussi des magistrats, cad des politiques: préfets et tribuns angusticlaves (à la fois des rôles d'EM et des rôles de chefs de task forces) sont ainsi les premiers grades/magistratures du cursus honorum pour la classe équestre, tribun laticlave et questeur (impliquant aussi rôles d'EM et commandements détachés) sont les premiers grades de celui de la classe sénatoriale, légat, prêteur/proprêteur et consul/proconsul sont les grades supérieurs réservés uniquement aux sénateurs siégeant. La tendance romaine à mettre des professionnels du combat uniquement date de l'époque de Gallien (années 260 globalement) et correspond surtout à un double besoin qui n'a rien à voir avec l'efficacité opérationnelle: - éloigner les élites des commandements par peur des séditions (ce qui se comprend) en plaçant des exécutants spécialistes à la tête des commandements autonomes qui le deviennent moins puisque la correspondance entre le "niveau impérial" et ces commandements s'accroît, traduisant autant un contrôle plus paranoïaque qu'une relative incompétence en d'autres domaines de cette élite militaire croissante. C'est grosso modo mettre quelques échelons de plus au centurionnat. - faire des économies: c'est sans doute le premier motif de cette tendance sans cesse croissante. Un officier équestre ou sénatorial coûte nettement plus cher dans la "grille salariale" de l'armée romaine qu'un centurion, même de très haut rang (le sommet des centurions, le primus pilus et le préfet de camp -grades "anoblissant" donnant accès à l'ordre équestre- gagnent à peine autant qu'un tribun angusticlave). Dans la crise économique et monétaire du milieu du IIIème siècle, aggravée par le bordel dans l'empire et la réduction du territoire effectivement contrôlé, c'est une mesure nécessaire. La tendance s'était déjà vue, particulièrement sous les Sévère, avec la plus grande faveur accordée à l'ordre équestre au détriment des sénateurs, mais le motif devait en être nettement plus politique que d'économie. Le résultat est cependant d'avoir graduellement dissocié les élites économiques/sociales/politiques des commandements militaires et politiques importants (ce qui accompagne la réduction du rôle politique des sénateurs dans l'administration impériale, transformant graduellement ceux-ci, pour la partie politique de leur rôle, en une classe de magistrats urbains limités à l'administration pratique des grandes villes): c'était se priver des personnels les mieux formés, ceux ayant une compréhension profonde et une implication permanente dans le "grand jeu" total de la politique. Un exemple remontant à la République: on peut examiner la magistrature de Cicéron en Anatolie avant les guerres civiles, et voir que ce grand personnage, qui avait sans doute eu une éducation militaire soignée comme tout sénateur romain, n'était pas un grand tacticien/technicien du combat, mais un remarquable stratège et chef opératif, précisément parce qu'il comprenait que la guerre est une chose totale à ne jamais dissocier de la politique (cette distinction étant en fait totalement artificielle et linguistique) et, en termes pratiques et opératifs, une bonne approche/pensée pour un commandement est le premier, et depuis toujours le plus puissant des multiplicateurs de forces. Sa magistrature fut un succès (si elle ne l'avait pas été, sa carrière ne s'en serait pas remise, étant donné que Cicéron n'était pas un sénateur très riche ou d'un clan puissant) parce qu'il a su comprendre les enjeux de son théâtre d'opération, ses dynamiques, ses adversaires, et où et comment taper, donc comment utiliser les forces à sa disposition. Plus largement, il a compris comment le faire à moindre coût (donc cela suppose de comprendre quels sont les besoins réels pour obtenir le résultat réellement satisfaisant: dans son cas, cela a été de ne pas rechercher de "victoire définitive" sur son théâtre, de ne pas mener de guerre complète ou de grandes opérations) afin de répondre à des objectifs stratégiques plus larges en séparant et fixant les adversaires locaux pour dégager le plus possible de forces disponibles et aller porter assistance à un autre commandement romain dans la province d'à côté, en Syrie/orient, où le rapport de force et la situation puaient franchement. Ce genre de compréhension et de décision, en l'absence de possibilité de débattre avec Rome vu les distances, ne peut être prise que par un "niveau politique", quelqu'un qui comprend les enjeux locaux et les plus larges à la fois et peut prendre ce genre d'initiatives de son propre chef. Il risque beaucoup ce faisant, et engage l'Etat romain à un niveau conséquent, en fonction d'une situation stratégique qui ne pouvait être prévue à l'avance, même vaguement. C'est pas un exécutant/technicien qui peut ou sait faire ça, c'est pas un exécutant qui a le droit/la légitimité de faire ça, c'est pas un éxécutant qui a la marge de manoeuvre/d'autonomie pour faire ça, mais quelqu'un qui saisit les enjeux plus larges, mesure les équilibres politiques, peut être un acteur militaire, politique, financier et diplomatique de haut échelon, et surtout qui peut assumer sa décision après, devant le Sénat, parce que ce sont ses pairs et qu'il leur rend des comptes sur les bases d'une compréhension commune de ce niveau de décision. A cet échelon de décision, tout choix militaire, même un qui n'engage dans les faits que des forces réduites (mais à un endroit et à un moment donné, et dans des circonstances qui font que l'impact est de plus grande portée), est politique et ne peut être pris en charge que par quelqu'un qui maîtrise toutes les données de ce choix ET peut (capacité, légitimité) en assumer les conséquences par sa fonction. Evidemment, "assumer" à Rome, ça peut aussi pouvoir dire, dans les cas extrêmes, avoir à aller prendre un bain tiède avec un couteau très très aiguisé :-[. Le fait est que tout commandement, passé un certain échelon (représenté soit par la taille des forces en jeu dans l'absolu, soit leur importance relativement à une situation/un théâtre), de même que tout niveau de commandement dans l'institution qu'est l'armée (là on parle plus du niveau "fixe" de décision stratégique/opérative et du niveau où le "concept stratégique", le format, la préparation et la forme des armées se décide), ne peut répondre à une définition aisée et facilement définissable de la "fonction militaire". On est à cheval entre ce que nous séparons artificiellement comme "politique" et "militaire", et qui implique en fait une approche plus ou moins complète où diplomatie, politique, administration, justice, négociation, finances, économie, social, sécurité civile, police et opérations militaires proprement dites interviennent dans des proportions variables et totalement inquantifiables. J'ai entendu récemment le CEMA américain dire qu'il voyait émerger la première génération de jeunes officiers trouvant normal d'être en interaction permanente et structurelle avec des interlocuteurs de tous les services fédéraux américains et divers échelons de services d'Etat et d'organisations équivalentes à l'étranger (justice, département d'Etat, finances....) en plus d'avoir à gérer une pensée interarmée présente jusqu'aux plus bas échelons, ce qui renvoyait, à haut niveau, à une pensée stratégique et opérationnelle qui ne peut plus être le fait de seuls militaires, même structurellement intégrés dans des "joint services" interarmées. Ce qui me renvoie au dernier article de Benoît Bihan dans DSI, sur son idée de ce que veut dire le terme de "mobilisation générale" au XXIème siècle, qui pour lui n'a jamais été autant d'actualité ni aussi nécessaire bien qu'il ne s'agisse plus de mobiliser en grand une population à mettre sous les drapeaux pour une durée courte, mais au contraire de mobiliser l'ensemble des capacités de la nation (dans chaque domaine, une contribution réduite et sans énorme impact sur le dit domaine) pour un effort sécuritaire permanent et de longue durée, dont le militaire n'est qu'un aspect même s'il doit couvrir un spectre plus large qui ne peut être réduit aux opérations militaires stricto censu. Une telle approche n'est plus compatible avec la définition que nous avons actuellement du "militaire" et du "civil", ce qui se traduit entre autre par une vision différente de ce "point de jonction" flou et indéfini entre "politique" et "militaire", avec un casse tête auquel il faut répondre pour ce qui concerne les aspects bien pratiques comme la répartition des rôles, l'articulation de la décision, les processus de décision et de choix, les hiérarchies pratiques.... Pour ce qui concerne juste les forces armées, cela appelle entre autre à sérieusement réenvisager ce qu'est un officier général, et plus encore ceux placés aux grands postes, aussi bien les chefs "opératifs"/de théâtre que les grands commandements et fonctions en métropole. Où s'arrête la politique "civile" et où commence la politique "militaire" puisqu'il faut bien une répartition pratique des rôles en terme de buraux, responsabilités et ressources (aussi imparfaites soit-elle)? Où commence l'échelon purement tactique où le militaire est "juste" un technicien permanent du combat et des armées? Comment répartir et encadrer l'autorité, la responsabilité et l'autonomie de décision sachant qu'il faut trouver un juste équilibre entre latitude d'action et responsabilité (ne pas avoir une fonction de décideur, quel que soit l'échelon, qui n'ait que des coups à prendre pour ses choix, ou qui en soit trop exempt)? Le fait est que c'est délicat, c'est très mal définissable, certains facteurs fondamentaux varient dans le temps (comme les actuels désintérêt et méconnaissance de la sphère publique et des gouvernants pour le domaine militaire/sécurité/stratégie), ce n'est jamais une nomenclature parfaite, mais qu'il faut le faire et qu'il y a des répartitions qui sont nettement plus imparfaites que d'autres, comme ce que nous avons actuellement. Je ne préconise pas un retour à Rome, je cite juste Rome en exemple illustrant une forme d'intégration et de continuité entre l'échelon de décision d'Etat et l'implémentation opérative puis tactique, dans une chaîne hiérarchique fondamentalement plus souple, pertinente et adaptable que la nôtre (même si non copiable dans la forme pour des raisons de différence d'époque et de différences dans la forme de l'Etat et certains de ses principes).
  25. Où le Strategos d'une cité était-il choisi par tirage au sort ? Parmi tous les citoyens votants ou un pool de candidats limité? A noter aussi que l'éducation de tout grec était, contrairement aux images qu'on peut avoir, extrêmement guerrière, ce qui en faisait quand même des gens un tantinet concernés par la chose.
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