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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. C'est vrai que beaucoup d'images sentent un peu le réchauffé, quelque part entre ce qu'on a déjà vu dans Le 5ème élément et la 2ème trilogie de SW (la planète semble très "Coruscant"-ienne); même les textures des fringues, de l'image, des "peaux" d'aliens.... Semblent direct sorties du même studio et de la même cinématographie que Le 5ème élément. Et l'acteur jouant Valérian semble d'emblée insipide, invisible et de second plan, véritablement inexistant, comme un mannequin faisant un parcours imposé et servant de prétexte/faire-valoir, ou carrément de remplissage de vide: Besson est à fond dans le girl power apparemment. Ce peut être une option légitime, mais il va falloir que le scénar soit bon et que la Laureline choisie puisse porter le film sur ses épaules. Et elle m'a l'air un peu rigide, inexpressive, pas vraiment le genre qui bouffe l'écran et emballe les coeurs. Ce qui est tout le contraire du personnage, toujours entre la colère déterminée et la gaieté primesautière, sans beaucoup de juste milieu.
  2. Pour les militants, c'est certain: la question reste de savoir si les militants sont assez nombreux pour faire en sorte que l'opinion accepte trop de revirements rapides si spectaculaires, surtout après quelques mois/années d'usure du pouvoir et d'abus de tels comportement: comme toutes choses, ça lasse vite. On développe une tolérance à la chose d'un côté, mais un certain ras-le-cul (qui s'articule en défiance) de l'autre, et tout le point est de savoir ce qui se développera le plus et le plus vite. Vu ce qui risque de passer comme lois et politique, je penche plus pour le raz-le-cul. On a tous besoin de changement et de nouveauté rapidement, et trump ne change pas. Sinon, c'est leur moment puisqu'ils ont "perdu", mais les journalistes font maintenant plus d'encarts sur le collège électoral et le décalage vote des Etats/vote populaire (qu'ils ne feraient évidemment pas si la situation était inverse: ne pas trop attendre de l'espèce humaine), présentant son absurdité, le pourquoi de ses origines.... Mais aussi essayant d'expliquer l'étrange arithmétique qui décide du décompte, notamment le fait que la pondération des voix par Etat a atteint un seuil de disproportion assez choquant (exemple: si une voix de Californie comptait autant qu'une voix du Wyoming, la Californie aurait 199 grands électeurs, et pas 55, pour les 3 du Wyoming); le problème est bien réel, et devrait être adressé d'une façon ou d'une autre, mais ils devraient aussi souligner que beaucoup d'Etats pencheraient vers une nouvelle sécession s'ils étaient ainsi rabaissés et écrasés par les grands Etats, ce qui souligne bien, ou rappelle, que les USA sont dans le principe une fédération d'Etats, donc de 50 "peuples" (en quelques sortes mais pas au plein sens du terme; devrait-on dire "populations"? "Tribus"?), et non un pays à 50 régions. Je vais t'en foutre une quinzaine sur la gueule, espèce de muppet à toque! Et après on ira se faire un thé citron avec des muffins..... De quoi tu te rappelles le plus?
  3. Plus l'environnement médiatique est contraint, mieux ça marche; plus il est libre, plus ça se voit.
  4. Toujours, mais quand c'est à ce point, aussi directement et visiblement contradictoire, y'a comme une couille dans le potage qui usera à force, lassera, fera vite baisser ce qu'une part significative de son audience sera prête à lui accorder comme bénéfice du doute. Passer de "c'est un connard qu'il faut condamner à mort" à "mon ami de 30 ans" (ou inversement) en quelques minutes, y'a que la marionnette de Chirac aux Guignols dans les années 90 qui a pu faire passer ce genre de pilule. Les politiques et chefs de grandes entreprises ont un caractère de psychopathe qui, entre autres, n'a aucun sens de la honte, mais quand même, y'a aussi une audience dans l'équation.
  5. Le problème du "Common Core" n'est pas le principe ou le contenu des programmes (sauf pour certaines tendances politiques), c'est l'industrie du test scolaire qui en a découlé, qui pourrit les cursus, stresse les enfants très au-delà de ce qui est nécessaire, n'a que peu de pertinence (la plupart son inutiles), détourne l'enseignement au profit de mauvais réflexes (on éduque pour les tests beaucoup plus que pour former des élèves et instruire: c'est, dans les petites et moins petites classes, le principe des "bêtes à concours") et crée une logique pernicieuse et auto-alimentée du "toujours plus" dans cette testomanie. Le moteur en est la dite industrie: des entreprises spécialisées qui trustent la concoction des tests, les standards qui en découlent (mauvais), leur analyse et les "conclusions" qu'il faut en tirer. Cette industrie a explosé avec le common core, et, comme toujours aux USA, est désormais très active en matière de lobbying auprès des institutions politiques nationales et d'Etat, mais aussi des profs et des boards d'écoles, ce qui a définit un nouveau confort de fonctionnement qui leur profite.... Mais pas tant que ça aux élèves. Et c'est sous cet angle que la critique du common core a une légitimité.... Et c'est donc évidemment sous cet angle que l'opposition au common core a peu ou pas de publicité et de soutien. Ceci dit, tous ces sujets sont désormais bien futiles face à l'événement du jour qui apporte une note bien plus grave (à tous les sens de l'expression) à notre monde: Leonard Cohen vient de mourir .
  6. J'ai pitché la série quelques pages plus haut: j'avais bien tripé sur le premier épisode, mais en fait pas tant que ça, vu que j'ai lâché en cours de 2ème épisode et ça m'a jamais manqué de voir la suite.
  7. Déjà il faut compter les achats d'armements et autres grands contrats qui font de facto de beaucoup de grandes entreprises et groupements d'entreprises US, déjà fermement implantées à DC par et pour eux-mêmes, des lobbyistes de facto pour l'Arabie Saoudite, et eux aussi financent de multiples fondations, cabinets (avocats/consultants/lobbyistes, quel que soit le mot employé), "non profits" (dont la cause est au moins autant une quelconque oeuvre de bienfaisance ou d'intérêt général que de cultiver le relationnel et l'intermédiation avec tel ou tel bailleur de fond et cause idéolologique, et de financer des campagnes).... Mais il y a eu effectivement, au-delà des montants considérables impliqués, une forte stratégie d'influence et de colonisation des esprits, des réseaux et des "amitiés" à Washington par l'Arabie Saoudite et, plus largement, le "lobby saoudien", expression que j'emploierais pour qualifier tous ceux, individus, groupes et organisations, qui, de près ou de loin abondent dans le sens d'une stratégie moyen orientale fondée sur les monarchies pétrolières. Ce qui est un large filet: intérêts pétroliers et pétrochimiques, entreprises d'armement et de sécurité, mouvances idéologiques interventionnistes de toutes eaux qui veulent absolument bouger les lignes sur les cartes, néocons et tout ce qu'il peut y avoir d'anti-iraniens, tout ce qui se rapporte à la lutte anti-terroriste qui ne voit étrangement que l'Iran et, au mieux, des problèmes importés en AS, lobbies pro-Israël.... Le tout forme un ensemble indistinct incarné par des think tanks, fondations, groupes plus ou moins formels, parutions, cabinets de lobbying.... Où tous ces gens se mêlent et se fréquentent en circuit assez fermé, avec pour résultat principal une mentalité absolument unique et univoque sur la vision du Moyen Orient et de la "question terroriste". ¨Politiques, chercheurs, industriels et prestataires de services, représentants étrangers, activistes, exilés et toutes sortes d'intermédiaires, tous baignent dans le même bouillon, fréquentent les mêmes soirées, favorisent les carrières des copains, promeuvent leurs visions consciemment et inconsciemment. Et le 11 septembre a cristallisé ce qui était déjà un fonctionnement et une mentalité dominante pour en faire des monopoles: qui n'est pas de la bonne opinion est ostracisé, qui n'écrit pas le bon article ne verra pas son contrat prolongé ou se retrouvera en dernière page avec 3 lignes à écrire.... Et évidemment, comme souvent quand un tel milieu se crée, il s'agit moins de mises à l'index ou de campagnes hostiles que de regards déçus, des critiques accrues, des invitations déniées, ou un ton retenu pour ne pas froisser des gens qu'on fréquente au quotidien (une forme d'autocensure pernicieuse).... Petit à petit, la divergence d'opinion diminue, la peur de contrarier devient la norme sans dire un mot, le tout aidé par le financement de ses organismes, sans qu'il y ait d'engueulade, juste un peu moins de fric l'année suivante, moins de conférences, moins de postes proposés, d'enquêtes sponsorisées, d'accès aux bonnes soirées où les jobs futurs se décident.... Rapidement, et souvent sans même s'en rendre compte, on ne recrute que les analystes et chercheurs partageant cette opinion unique. Le pire étant qu'il n'y a pas besoin de tant d'argent que ça quand on parle des think tanks et organismes de recherche pris dans l'écosystème général de Washington. Mais de fil en aiguille, et de façon accélérée depuis 2001, c'est ce qui s'est passé, pour arriver à un pur vase clos où une orthodoxie et une seule est imposée de facto aussi rigoureusement que de jure et en apparence, ça a l'air du monde le plus ouvert d'esprit et libre de parole qui soit. Mais une seule vision du Moyen Orient y est promue, et qui dévie est déconsidéré dans le monde des "penseurs sérieux". Et c'est à ce milieu que les politiques s'alimentent pour leurs (souvent maigres) connaissances du sujet: ils peuvent parler à autant de monde qu'ils veulent, mais ce sera toujours le même avis, sous mille formes et mille angles différents. Pour ça, je doute que ça coûte plus de quelques centaines de millions par an (3 ou 400 millions à tout péter, sans doute nettement moins), auxquels il faut ajouter, évidemment, tout le substrat bien plus cher (mais à fardeau partagé par les grandes entreprises US et les monarchies golfiennes) mentionné plus haut, qui favorise cet environnement et, par extension, ceux qui mettront leurs intérêts dans un plus vaste et noble contexte intellectuel. Mais le fait est là: ces quelques centaines de chercheurs et assistants, "d'experts" et analystes, ne coûtent pas bien cher. "Ecraser tous les autres" sur ce segment précis du marché, dès lors qu'il y a tout le reste des énormes intérêts qui de toute façon convergent dans la direction promue, c'est vraiment cheap, puisque l'endroit est prédisposé à entendre ce bruit là et à exclure tous les autres.
  8. On notera que dans le cadre de ce programme, l'Arabie Saoudite n'est pas considérée comme un pays étranger.... Sinon il n'y a plus d'activité de "recherche" et de "relationnel" en matière de politique étrangère à Washington. Et les ventes d'armement s'effondrent.
  9. Rien de comparable: le vote noir est garanti aux démocrates simplement parce qu'il n'y a pas d'alternative et que, comme souvent aux USA, ça devient un fait culturel et héréditaire (le changement de la "southern strategy" a été difficile pour une génération de sudistes pour qui le seul nom de "républicain" conjurait la guerre de Sécession et Lincoln); il y a certes une dimension de protection-redistribution et de participation au niveau local (beaucoup d'élus et de militants noirs), de même qu'une colonisation via les trois piliers des communautés noires (les femmes-matriarches dans cet environnement souvent sans pères, les leaders associatifs et les églises, surtout), mais c'est à mille lieues de ce que pouvaient être les "political machines" (d'ailleurs aussi républicaines) du XIXème siècle, surtout celles de New York, Boston et Chicago, grandes villes de forte immigration (plus les villes industrielles de l'actuelle rust belt, comme Cleveland, Detroit, Cincinati, Buffalo...). Les "political machines" ont graduellement disparu avec le rôle sur-développé des "bosses" locaux, moins par la lutte anti-corruption que par les changements socio-économiques, mais aussi techniques (communications, transports.... Permettant une démocratisation du contact et court-circuitant beaucoup de réseaux plus pyramidaux). On notera cependant que l'actuel fonctionnement du parti démocrate à Chicago est, de notoriété publique, ce qui se rapproche le plus d'une "political machine" à l'ancienne, de même que, dans de très nombreux endroits mais à plus petite échelle dans ces endroits, le fonctionnement du parti républicain dans le vieux sud. Ce clientélisme très pyramidal où l'on use beaucoup de moyens (souvent les moyens de l'Etat ou de l'échelon fédéral, mais aussi l'argent du parti) pour fidéliser une clientèle politique (ce qu'on a pu voir dans les émeutes de la banlieue noire de St Louis, où les quartiers ethniques sont mis en coupe réglée pour exploiter la pauvreté à l'extrême via le système judiciaire et policier). Tamany Hall n'est plus.
  10. Truc amusant: le site gouvernemental canadien de l'immigration a crashé plusieurs fois dans la nuit de mardi à mercredi, et dans la journée de mercredi, croulant sous les demandes d'information et démarches d'Américains en panique . Moins marrant pour les démocrates: les Républicains contrôlent désormais 69 des 99 chambres hautes et basses des législatures d'Etats, plus 34 gouverneurs. Si l'establishment démocrate continue à garder le même cap pour la prochaine élection, à promouvoir la même ligne dominante libérale (sens européen)-sociale, avec suremphase sur le "libéral", ils vont continuer à perdre et à mobiliser peu.
  11. Le recentrage de Fox (dans des proportions qui restent à déterminer) est inévitable: l'audience meurt, ce qui fait perdre du monde à Fox à un rythme plus élevé que les autres chaînes (parce qu'ils saignent aussi vers les altermédias, comme les autres) et leur offre un avenir proche assez bouché (avec une moyenne d'âge pareille pour l'audience, c'est une question d'urgence). C'est encore plus impératif parce que la tranche 18-40 ans, le coeur de cible de tous les médias, est l'ensemble le plus "liberal" de l'histoire des USA (pour les moins de 30 ans, c'est dans des proportions gigantesques); il serait irresponsable et stupide pour les fils Murdoch de ne pas recentrer. Et ce d'autant que Breitbart, Drudge et les autres excités bouffent le marché de la droite dure et de la droite "différente" (au sens "Forrest Gump different" ), avec en plus la possible "Trump TV" qui arrive (sous un autre nom sans doute) sous l'égide de Jared Kushner, monsieur Ivanka. Pas la peine de mentionner The Blaze (l'ensemble multimédia de Glenn Beck), il est en train de s'effondrer par manque d'audience et gestion minable. Je maintiens pour Kelly; si elle quitte Fox, c'est qu'elle aura négocié plus ailleurs, pas parce qu'elle va être virée. J'entends bien, mais ces chiffres de "probabilité de victoire", c'est justement le genre de trucs qu'on ne peut PAS faire dire aux sondages, mais que les journalistes exigent quand même parce que ça vend, ou ils s'imaginent que ça vend, et ils aiment mettre ce genre de "certitudes" mathématiques dans leur propos pour avoir l'air de gens sérieux. Beaucoup de sondeurs se sont piqués au jeu, à mon avis avant tout pour répondre à cette demande et, comme dans des cas de sondeurs médiatiques comme Silver, parce que ça pouvait les aider à se faire de la pub et à se "stariser" (c'est aussi un risque accru si on se plante évidemment, mais sur le moment, ça rapporte des contrats et des contacts, ça fait monter votre cote, et ça flatte l'ego), même si leur background mathématique leur fait évidemment savoir que c'est une extrapolation ridicule. Même si un sondage avait donné 75% de chances de victoire Trump lundi soir ou mardi matin, ça aurait autant été de la connerie que la proportion inverse pour Clinton: on ne peut réellement mathématiser ça (trop de facteurs non pris en compte, voire non quantifiables). C'est juste délirer en prétendant être scientifique. Simple; Washington est fait pour voter establishment et/ou démocrate: un quart à un tiers de gens très riches, très CSP+ et dépendant entièrement du "business" politico-socio-financier de la capitale, et 2/3 d'électorat populaire (surtout noir) avec un taux de pauvreté à faire peur, et sans représentation politique nationale pour gérer ses propres affaires (pas d'élus votants au Congrès, une mairie avec très peu de pouvoir sur sa propre agglomération). Clinton était sa candidate idéale: l'establishment affairiste avec l'étiquette démocrate.
  12. Juste qques remarques sur les sondages (après avoir paveté, je fais pas plus): - les sondages ne se sont pas gourrés, dans la limite de leur marge d'erreur d'en moyenne plus ou moins 3% (ça dépend des Etats: le niveau d'urbanisation, la taille de la population et sa dispersion jouent énormément: ça détermine la taille du marché et l'intérêt d'y avoir des infrastructures de sondage développées ou non): ils ont clairement affiché les positions à chaque instant T, et la tendance, et sont généralement tombés assez juste (même si, quand on veut un résultat exact, la marge d'erreur n'est pas suffisante puisque beaucoup s'y joue). Ce que les journalistes en ont fait a été en revanche en-dessous de tout, surinterprétant, plaquant des "conclusions en recherche d'arguments", affichant leurs préférences et certitudes pré-mâchées - ce sont des sondages: il ne faut pas leur faire dire ce qu'ils ne peuvent pas dire. Ils ne donnent que la situation générale observable de l'endroit sur lequel on se concentre à un moment donné. - on a les sondages qu'on veut bien payer: tous les médias veulent LEUR sondage, et ils le veulent quotidiennement, pour meubler le vide de leur propos. Ca coûte cher. Donc si on veut cette fréquence, on réduit l'exigence, et faut pas s'attendre à une marge d'erreur très fine. Chose étrange, les campagnes avaient leurs propres dispositifs de sondage, qui coûtaient beaucoup plus cher, et dont la marge d'erreur et la pertinence jour par jour était nettement plus grande.... Et ils indiquaient la même chose, qui inquiétait l'équipe Trump au point de la panique jusqu'il y a deux semaines, et a commencé à inquiéter l'équipe Clinton depuis la semaine dernière, au point de la panique ce WE. O le monde est un mystère.... En fait pas tant que ça.
  13. Comme l'évoque Joab, les définitions de républicains et démocrates ont beaucoup changé: depuis toujours, ces deux partis sont des ensembles très vastes, rendus nécessaires par l'élection à un tour, qui ont abrité des groupements politiques plus ou moins difficilement compatibles entre eux. On notera aussi qu'il n'y a pas UN parti républicain et UN parti démocrate: il y en a un de chaque dans chacun des Etats, et au niveau national, on a le Republican National Committee (l'organisation principale de campagne et de collecte nationale), résumé en RNC, et le Democratic National Comittee, l'équivalent démocrate, résumé en DNC. les organismes formels de coordination des partis de chaque Etat, qui chapeautent toutes les entreprises communes des partis partageant l'étiquette démocrate ou républicaine (et il y en a beaucoup, à commencer par les RCCC ET RSCC, et DCCC et DSCC, les organismes de campagnes et collecte pour les élections à la Chambre et au Sénat: Republican Congressional Campaign Committee, Republican Senatorial Campaign Committee.....). La majorité de ces "entreprises communes" sont les campagnes, évidemment, qui nécessitent un certain degré d'organisation, et donc de permanence. Mais la force politique vient avant tout de l'échelon d'Etat et local des partis, véritables baronnies (parfois le local est bien plus fort que le niveau d'Etat), mais comme dans toute logique de pouvoir, il y a affrontement, et l'échelon national a pris son autonomie via l'expertise requise pour y opérer, la proximité du pouvoir national (des grands médias, des cercles de décision et des plus grandes sources de pognon), la permanence, la capacité que cela donne en interne du parti (les nominations et les budgets, la maîtrise des processus interne et la promotion ou dévalorisation de tel ou tel -soit l'influence).... Et c'est cet "establishment" permanent qui s'est pris une volée de bois vert dans cette élection, même si les establishments de l'échelon d'Etat aussi (largement complices puisque partie intégrante de l'échelon national) ont pris leur part. Quoiqu'il en soit, la division idéologique entre les partis a largement changé ses lignes depuis le XIXème siècle: à l'origine, le parti républicain est une scission du parti whig (hérité de la division politique historique de la vie politique anglaise, entre tories conservateurs, patriotes et autoritaires, et whigs libéraux, affairistes et cosmopolites) opérée entre autres par Abraham Lincoln (le parti whig a vite cessé d'exister après aux USA), qui a amené une forte dimension de progressisme à la vie politique américaine, initialement sur la question fondamentale de l'esclavage, mais aussi sur des questions monétaires et commerciales, ainsi que les modalités de la politique d'expansion à l'ouest (distribution des terres, niveau d'implication de l'Etat, affaires indiennes.... Plein de patates chaudes de la vie politique du XIXème). Ce nouveau parti était beaucoup plus intransigeant sur la question de l'esclavage, mais aussi économiquement très marqué, appuyé sur les milieux d'affaires de l'industrie du nord, protectionnistes et axés sur le secteur sidérurgique et les biens de consommation, là où les démocrates du sud étaient libre-échangistes et axés sur la banque et l'industrie textile découlant de la culture du coton. Avec une culture aristocratique et ploutocratique plus marquée. Par la suite, après la guerre de sécession, les deux partis ont évolué à partir de ces "points de départ", mais il faut plus se fixer sur les électorats et les grands courants d'idées que sur les partis eux-mêmes: ce sont eux qui ont bougé entre les partis. le progressisme socio-économique, notamment, a été plus un fait républicain que démocrate jusqu'au début du XXème siècle, avec Théodore Roosevelt qui en fut sans doute l'incarnation en son temps: Woodrow Wilson marque le tournant par lequel le progressisme devient plus le trait dominant des démocrates, alors que les républicains deviennent au même moment plus lourdement dépendants de milieux d'affaires aimant peu cette tendance. Le New Deal ancre définitivement le progrès socio-économique chez les démocrates, alors même que la "cause noire", apanage des Républicains, commence à se développer chez les démocrates du nord. Jusqu'aux années 60, le vote noir est très majoritairement républicain, mais à partir de l'après-45 et de la déségrégation balbutiante via Truman, les démocrates commencent à prendre une lourde part de la chose, d'autant accrue que leurs tensions internes créées par le New Deal (les démocrates traditionnels du sud n'aiment pas totalement ce "big government", même s'ils en touchent des bénefs) rendent l'électorat noir plus nécessaire. Dans les années 50, les démocrates font toujours un peu plus campagne vers les noirs, accroissant leurs tensions internes, et kennedy incarne le début de la transition que Johnson entérinera définitivement avec le civil rights act. La réponse est la "southern strategy" de Nixon, qui récupère l'électorat sudiste, complétant l'inversion majeure de la vie politique américaine pour ce qui est du contenu idéologique des partis et des électorats qui les composent. On ajoute ensuite, par ce biais des sudistes anti big government, un affaiblissement continu des progressistes socio-économiques républicains (appelés les "Rockefeller republicans" dans les années 70) que le nouveau conservatisme idéologique triomphant de William F Buckley et la "révolution reaganienne" vont achever au profit d'une droite "dure" d'autant renforcée que la légalisation de l'avortement a créé une extrême politisation des milieux religieux (jusqu'alors peu engagés depuis la guerre de Sécession et la prohibition) qui s'organisent massivement et s'ancrent très fortement et radicalement à droite. Et à l'arrivée, il n'y a plus grand chose du parti de Lincoln et des composantes initiales des républicains, sauf les milieux du big business. Côté démocrate, les dixiecrats, religieux et populistes sont partis, ne laissant que les progressistes du nord (la part minoritaire des démocrates qui étaient anti-esclavage) et la récupération des minorités ethniques (les noirs dans un premier temps, puis les latinos et asiatiques) puis des femmes (la cause féministe a été embrassée dès le début par le parti démocrate en phase de changement sous Kennedy, alors que le vote des femmes est plus un fait républicain initialement.... Mais n'est pas allé plus loin). Et depuis, les deux partis ont forcé le trait dans ces registres, jusqu'à l'absurde souvent. l'élection de mardi assure que le parti républicain va renvoyer son nécessaire examen interne aux calendes grecques: pour les démocrates, il vaudrait mieux commencer maintenant, parce que leur évolution depuis Clinton les a placé en porte-à-faux: pousser "l'identity politics" (cultiver les minorités ethniques, les femmes, les LGBT, le multiculturalisme....) très loin tout en ayant une politique économique ultra-libérale mal compensée par trop peu d'argent public, ça ne marche que pour une frange aisée en réduction, et ça fait perdre la base ouvrière ou ex-ouvrière (surtout blanche). L'idéal béni oui-oui de la mondialisation riante et du multiculturalisme tribal merveilleux avec économie entièrement tertiarisée et micro-industries vertes, et qui diabolise l'homme blanc, étrangement, ça parle pas assez. Surtout à l'homme blanc. Il y a des périodes très variables post-prison, selon les Etats, voire des cas définitifs ou impliquant des séries de conditions très exigeantes, voire punitives. Souvent pour cibler les populations noires et latinos dans certains Etats. Pour la note, Scarborough est devenu anti-Trump pendant les primaires et l'a dit haut et fort; il a voté Clinton en tirant la langue. Kelly ne va pas se tirer de Fox, dont elle est devenue la présentatrice vedette, ou si elle le fait, c'est qu'on lui aura proposé mieux que les 15 millions annuels qu'elle s'y fait, et que les 20 millions qu'elle va négocier vu qu'elle est en fin de contrat et que Fox veut la garder, surtout en période post Roger Aisles, l'ex patron historique viré il y a 2 mois pour harcèlement sexuel répété, chantage, espionnage et autres horreurs.... Mais surtout parce que les fils de Rupert Murdoch qui ont repris la chaîne en main veulent la "normaliser" et changer son audience dont la moyenne d'âge est de plus de 65 ans (elle crève en temps réel, peut-être plus vite qu'elle ne quitte la chaîne pour d'autres médias). Mais encore une fois, sur les mouvements d'électeurs, il faut garder à l'esprit qu'on a eu là un concours d'impopularité, accru par la campagne très longue et très négative (cela fait fuir les électeurs): peu de gens ont voté hors de leurs tropismes naturel, et la différence n'a pas été faite, dans les 4 Etats de la Rust Belt qui ont fait la différence, par les quelques déçus d'Obama qui ont été voter Trump, mais par le fait que Trump a mobilisé un peu plus de républicains qui ne votaient plus (en moyenne plus ruraux et de classe populaire) que dégoûté de républicains qui votaient (en moyenne plus urbains/banlieue proche et aisés), et que cette marge a suffi face à une Clinton qui a peu motivé les démocrates et pas beaucoup les indépendants. Et dans l'ensemble, dans ces 4 Etats à profil comparable (Etats anciennement industriels qui ont beaucoup souffert), et qui restent fondamentalement démocrates (Ohio, Pennsylvanie, Wisconsin et Michigan), ça s'est joué à un cheveu sur fond de mobilisation faible, soit pas de quoi en déduire des grands courants de fond de la société. Ces derniers existent bien et sont l'enjeu majeur de la politique américaine d'aujourd'hui, mais ils se sont juste peu manifestés, ou en partie manifesté dans le refus d'aller voter de beaucoup à gauche.
  14. Clairement, les "indépendants" (terme fourre-tout pour ceux ne s'inscrivant pas avec une appartenance à un parti) se sont le plus abstenus, aussi bien des "vrais" indépendants (cad qui votent alternativement pour les deux partis) que ceux tendant vers un parti (et votant toujours pour lui ou presque) mais pas au point de s'inscrire sous son étiquette, mais aussi des "décartés" (ceux ayant abandonné l'étiquette). Non, l'équivalence n'est pas vérifiée ces dernières décennies; à une autre époque, c'était le parti démocrate qui avait de telles pratiques, et on peut dater la rupture assez clairement à la période de la "southern strategy" de Nixon, cad "l'OPA" hostile du parti républicain sur le vote démocrate des Etats du Vieux Sud, le parti démocrate ne pouvant plus faire le grand écart entre le progressisme socio-économique du New Deal et les droits civiques d'un côté, et la posture des "southern democrats" (anti-Etat fédéral, pro-libertés individuelles et droit des Etats, ségrégation et soutien actif aux blancs....) de l'autre. Cet électorat des "dixiecrats" est aujourd'hui le bastion et la force dominante dans le GOP, celui qui propulse les plus durs des conservateurs et les plus tarés des populistes agressifs (Ted Cruz est l'incarnation de cette tendance), mais c'est aussi la région d'une certaine culture de la politique des élites locales plus "aristocratiques", utilisant des méthodes plus douteuses (la Caroline du Sud serait l'Etat champion pour ces choses, au moins en réputation). Et la période post-guerre de Sécession (ségrégation, "Jim Crowe Laws", et toute une posture des institutions locales et d'Etat, et de la population, pour rabaisser les noirs) a fait rentrer dans les moeurs une certaine attitude et beaucoup de savoirs-faires pour une politique du fait, un tripatouillage constant de la loi, des attaques constantes sous tous les angles partout où lois, règlements et pratiques se décident (jusque dans les associations de parents d'élève et les églises). La mentalité a depuis atteint tout le GOP. Au XIXème siècle et au début du XXème siècle, on t'aurait dit que cette mentalité et ces méthodes étaient la marque de fabrique du parti démocrate. A croire que ça suit ce "southern caucus" où qu'il se trouve.
  15. Je m'interroge plus sur la situation du pouvoir américain dans la période actuelle et pour l'avenir visible dans les nouvelles circonstances, pas sur les débuts de la présidence Trump et le défoulement de la frustration des djeunz pro-Clinton, qui est effectivement de la réaction épidermique "à chaud", nécessaire pour une certaine proportion de gens dans les quelques jours suivant l'événement traumatique. Plus ça sort maintenant, mieux c'est d'ailleurs. Ce qui m'inquiète plus en revanche, c'est la tendance lourde à la tribalisation que j'évoque dans plusieurs de mes derniers posts, et qu'on voit dans les moeurs, la socialisation, sur internet, dans les modes de consommation de médias en général (ce qui se voit dans l'impact sur les grands médias à l'audience en chute libre), la polarisation toujours plus poussée de la vie politique au point de voir ce niveau destructeur d'obstructionnisme à la sauce GOP dans les 6 années écoulées (et un McCain -pourtant censé être un "sage" et un "modéré"- qui annonçait encore la semaine dernière que si Clinton était élue, le Sénat bloquerait toute nomination à la Cour Suprême pendant 4 ans).... Il y a de moins en moins d'éléments et d'institutions structurantes qui unissent, et de plus en plus d'incitations de toutes sortes, passives et actives, à la tribalisation, et les institutions politique, présidence en tête, sont à la fois un réceptacle et un moteur de la chose, là où l'affrontement et son niveau d'intensité sont les plus manifestes, et où la conséquence en est une gouvernance de merde, un blocage, des rapports de force directs, sans préambule, pour tout et rien, et, toujours, une oligarchie qui impose ses mesures sur ce fond de division extrême. Oui et non.... Ce qui est un des problèmes d'ailleurs: abstention et non inscription sont très peu étudiées, surtout par rapport aux votants qui sont sur-étudiés, et pas sous tous les angles pertinents. L'une des choses qu'on constate est d'abord l'extrême disparité selon les Etats, ce qui permet de voir que le niveau d'inscription et le niveau de participation sont en partie très significative liés au cadre, selon que globalement, il encourage ou décourage la participation au processus politique. Ce n'est certainement pas un facteur (ou la famille de facteurs) unique ou absolument dominant, mais c'est une large part du problème, qui n'a fait que croître. Par ailleurs, on soulignera que l'appauvrissement d'une population est souvent synonyme d'une baisse de la participation (ce qu'on voit depuis la Rome antique), pour différentes raisons, notamment la résignation et la perte d'espérance (et la très faible croyance dans les promesses des politiques), les plus grandes contraintes (moindre mobilité, pas de possibilité de s'absenter du travail, peu de temps....) et le fait de tomber dans la catégorie ciblée par les mesures discriminatoires déjà évoquées. En ce sens, la campagne de Trump a su "parler" à une portion des "non-votants", qui étaient en fait surtout des "ex-votants" républicains déçus par le processus et les fausses promesses (ils risquent de regretter, de ce côté), plus une marge variable, mais réduite, de déçus d'Obama. le tout dans un électorat blanc et surtout mâle de la Rust Belt. Le reste de la victoire est du score de républicain (dans des Etats rouges de toute façon) en sous-performance par rapport à Romney et McCain, et un bananage complet d'une Clinton qui n'a jamais réussi à dire pourquoi il fallait voter POUR elle, ou ce POUR quoi elle faisait campagne, au lieu de seulement voter CONTRE Trump. Avec autant d'impopularité pour ces deux candidats que l'Amérique n'aime pas (rappelons que la moitié au moins des électeurs de Trump ne l'aiment pas et ne croient pas en lui: ils détestent plus Clinton, ou détestent plus le statu quo), les petits flux et les mobilisations réduites, mais réelles, d'électeurs additionnels, suffisent à faire la différence. Les quelques centaines de milliers de nouveaux électeurs que Trump a pu mobiliser sur les 4 Etats clés de la Rust Belt (Ohio, Pennsylvanie, Wisconsin et Michigan) ont suffi, dès lors que Clinton perdait 6 millions d'électeurs d'Obama.
  16. Une perspective que je partage: https://fabiusmaximus.com/2016/11/10/myths-about-election-2016/#more-100409 Les politiques prévisibles pour Trump: - celles qu'il a clairement annoncées, souvent de façon contradictoire: tronçonnage des impôts pour les riches (note: et accroissement du fardeau sur les modestes, notamment via le développement des impôts indirects, surtout à la consommation, ce qui est fait depuis 40 ans), plus de dépenses militaires, plus de moyens et d'action en Syrie, écrasement des syndicats (ce qu'il en reste), retrait des accords de Paris - celles qu'il fera sans doute, au moins en partie, pour rallier la majorité républicaine au Congrès: vider de sens l'accord nucléaire avec l'Iran, vendre de grands espaces dont l'Etat fédéral est propriétaire (ou le transférer gratuitement aux Etats qui eux le revendront à vil prix à leurs insiders), déréguler à tout va (mais évidemment là où ça arrange les donneurs), s'attaquer à la Fed, revenir au "trickle down economics" ou "reaganomics", taper dans le budget de l'éducation, démolir l'IRS (un moyen d'accroître les possibilités d'échapper à l'impôt -pour ceux qui peuvent se payer des fiscalistes- sans nécessairement baisser les impôts), fuir le New Deal pour mieux revenir au "Gilded Age" ("l'âge plaqué-or", surnom de la période allant de la reconstruction à la 1ère GM, où les inégalités et la polarisation des richesses ont atteint un sommet..... Retrouvé depuis une quinzaine d'années). - les plus "patate chaude": poursuivre l'immigration massive de fait, renoncer à l'ACA/Obamacare, s'en prendre au "filet de sécurité" social, moins dépenser (encore moins) en infrastructure, passer de nouveaux grands accords commerciaux comme le TPP. Ce sont des défis politiques pour un Trump qui aura besoin de sa majorité, et ne trouvera pas forcément une alternative à gauche sur ces sujets (l'idéologie corporatiste/néolibérale/globaliste -beaucoup de noms souvent idéologiquement teintés- étant dominante au Congrès): il devra choisir, et n'a pas vraiment la latitude politique pour traiter ces sujets de la façon qu'il a martelée dans sa campagne. On peut noter que l'une des raisons du rebond de Wall Street hier est précisément cette nouvelle équation pour Trump où la soi-disant "disruption" qu'il est censé porter ne fait pas illusion, et la finance américaine a répondu. La loi Dodds-Franks (un essai très limité, quasi-inexistant, d'encadrement des pratiques financières, très loin des slogans sur un rétablissement de Glass-Steagall) et le Consumer Financial Protection Bureau qu'elle a créée (cette agence a été littéralement montée par Elizabeth Warren, qu'Obama avait nommée spécialement pour la tâche), seront sans doute les premiers à partir: c'est déjà ce qui est anticipé par les banquiers, apparemment.
  17. C'est un peu aussi pire, voire plus... Pour m'autociter: 25,5% de 54-55% pour Trump: moins de 60 millions d'électeurs sur un total de 231 millions, dont 200 millions d'inscrits sur les listes. Légalement, ça ne change rien (la majorité des suffrages exprimés Etat par Etat est pour lui, c'est la règle), mais quand on en arrive à ces proportions, de façon si soutenue, après une campagne si divisive (et désormais plus de 20 ans de politique particulièrement polarisante), avec si peu de votants, on peut se demander si, à force, le système de légitimation du pouvoir n'en prend pas un grave coup, ou plutôt un coup de plus dans une longue série. Le fait que le vote populaire soit différent du vote par Etat n'est pas tellement le point: c'est un débat aux USA, mais il y a une vraie acceptation (du moins une suffisante) du fait que la légitimité de l'échelon fédéral vient des Etats, perçus comme des "nations" acceptant de mettre un certain nombre de fonctions en commun, et la tension entre ceux penchant plus vers le pouvoir des Etats et ceux voulant plus pour l'échelon fédéral est une ligne de débat politique "normale" aux USA. En revanche, je m'interroge sur la force politique de dirigeants élus par une si faible part du pays, de manière aussi répétée, alors même que la société et la scène politique s'atomisent et se tribalisent de plus en plus en camps retranchés, en identités concurrentes.
  18. Digressions à part, je viens de réécouter JD Vance, l'auteur d'un bouquin qui fait événement, Hillbilly Elegy, qui évoque loin des fantasmes et raisonnements tout faits sa culture d'origine, celle justement des classes populaires blanches des "flyover states" (les "Etats qu'on survole", sous-entendu, "ceux qu'on évite en allant d'une côte à l'autre"), des Apalaches aux Rocheuses. Son commentaire, surtout en réaction à l'élection, concerne surtout les zones rurales ou le domaine "périurbain lointain", qui fut le ressort de mobilisation qu'il y a eu à droite pour Trump (il a certes eu moins de voix que Romney, mais en composition, son électorat est beaucoup plus lourdement rural, ce qui souligne qu'il a perdu pas mal de conservateurs et républicains urbains); et l'un de ses points est que chez ces gens, beaucoup des caractères qu'on leur prête en les foutant dans un seul sac, sont erronnés, notamment le racisme, ou en tout cas la proportion de racistes de tous degrés (de l'arrière-fond de préjugé léger que TOUT LE MONDE a, jusqu'à l'expression ouverte et agressive façon David Duke/Stormfront.... Qui est paradoxalement plus un phénomène urbain et péri-urbain, plus des zones rurales spécifiques). Il souligne en fait par là l'extrême différenciation, et aux USA plus qu'ailleurs, entre les "bulles d'informations" dans lesquelles les groupes socio-économiques et populations géographiques vivent: on le comprendra plus difficilement en France, mais la bulle si critiquée de Washington et des grands médias a aussi une composante inévitable de par la géographie physique, sociale et économique du pays. Les médias que regardent les gens des zones rurales, surtout des Etats du centre/non côtiers, ne sont pas ceux des côtes et des zones densément urbanisées: ils n'ont pas autant de choix, regardent beaucoup plus de programmes locaux, consomment moins de médias, sont moins informés.... Pour illustrer la chose, Vance soulignait que ses propres parents, qui avaient suivi la campagne de Trump sur leur bouquet habituel, n'ont jamais vu les interventions controversées comme ses premières déclarations sur les Mexicains. En revanche, ils ont vu Trump (Clinton ou ses grands "seconds" et supporters ne sont jamais venus chez eux) dans un meeting, qui parlait de la crise massive des opioïdes dans leurs communautés, évoquait peu les non blancs.... Ironique quand on sait que Clinton a détaillé des politiques beaucoup plus crédibles sur ce problème énorme des opioïdes et son lien avec le système de santé et le poids du "Big Pharma", mais le message que eux ont entendu sur leurs problèmes venait de Trump, et ils ne savaient rien du programme d'HRC. Y'a t-il faute de grandes parts de l'électorat qui ne se documentent pas assez sur l'offre politique? Certainement. Mais la première faute incombe toujours à celui qui demande à être élu, notamment dans sa façon de formuler son message, de l'adresser aux populations qui doivent/veulent l'entendre, et dans sa crédibilité quand il le fait passer (laquelle repose aussi en partie, il est vrai, sur beaucoup de subjectivité de celui qui regarde). Le point est de souligner que la division du pays est aussi celle de ses environnements informationnels, très nombreux, très différents, formant réellement des cultures et sous-cultures très diverses, réellement éclatées, avec tous les jours un peu moins de "tronc commun", ce que le déclin des grands médias ne fait que souligner et accélérer. On parle là d'identités différentes, ce qui devrait nous rappeler à quel point, depuis les révolutions politiques des XVIIIème-XIXème siècles, nous avont été dépendants d'un nombre réduit de grands médias nationaux (qui remplacèrent l'Eglise, les religions d'Etat, et/ou le culte autour d'un souverain) pour servir de "table commune" de référence. Le tribalisme actuel, qu'on voit au travers de politiques micro-identitaires (culture victimaire, exaltation de certains groupes et vilification ou ignorance d'autres....), amplifiées par le fonctionnement du marché politique (qui segmente l'électorat pour mieux cibler les parties "compatibles" et atteignables), aggravé par la nouvelle hiérarchisation socio-économique (et la moindre mobilité sociale qui l'enracine), semble donc aussi s'incarner dans notre scène médiatique dont il renforce la segmentation, l'atomisation, à la base due aux évolutions techniques et économiques.
  19. Pour faire suite à mon post de la page précédente sur le nombre de voix de chaque candidat par rapport à leurs équivalents de 2012 (soulignant notamment que Trump est environs 1,5 millions de voix en-dessous du pourtant peu enthousiasmant Romney), d'autres chiffres pour se calmer les fantasmes et prendre la dimension de la réalité: - 46,0% des électeurs n'ont PAS voté. - 25,6% du corps électoral a voté Clinton - 25,5% du corps électoral a voté Trump - 1,7% a voté Johnson Il y a 251 millions d'adultes aux USA, mais 231 millions seulement sont éligibles pour voter (enlever les non citoyens résidents -autour de 8%- et environs 4 millions de prisonniers et ex-prisonniers privés de droits civiques), et autour de 31 millions d'entre eux ne sont pas inscrits sur les listes électorales (la barre des 200 millions d'inscrits a été franchie pour la première fois, ce qui est considéré comme positif). 130 millions de votes ont été recensés. A cela, deux conclusions -ou observations, pour être plus modeste- philosophiques: - ces gens, s'ils perdent leur tête, sont-ils encore des gens? Sont-ils encore en mesure de disposer de leur argent? Si la réponse est négative, la loi initiale (malin = fric) est confirmée. - la tête est-elle le siège de l'intelligence, et par là, la raison pour laquelle quelqu'un peut être qualifié de "malin"? Si la réponse est négative, la loi initiale est confirmée. Mais à voir et entendre certaines grandes fortunes et réussites manifestes, j'affirme qu'on peut en douter, à moins de commencer à différencier finement le fait d'être malin du fait d'être intelligent.... Sans même parler du fait d'avoir juste un bol de cocu, qui enlève la nécessité d'une tête... Ce qui tombe bien, puisque les yeux sont sur la tête, donc sans tête, on ne peut voir qu'on est cocu. C'est moins cruel même si ça donne pas l'air plus malin. Ce qui à son tour repose la question désormais éternelle de savoir si c'est la tête qui vous rend malin.... Ce qui implique que je vais avoir besoin d'une aspirine après tant de circonvolutions.
  20. Je m'interroge..... Y'a t-il corrélation entre le fait d'avoir deux têtes et le fait de gagner deux fois plus de fric? Evidemment, quand on pose des questions importantes et pertinentes, aucun scientifique n'a fait d'études sur le sujet. Typique! Gally, enfin, sois sérieux! C'est avec le prof de tennis qu'on fait ça. Ou la prof de yoga. Jadis, c'était avec le palefrenier ou la gouvernante..... Mais le jardinier.... Où as-tu donc la tête?! A côté de ton autre tête?
  21. Et faire des bébés à 11 doigts.... Ou 2 têtes?
  22. Juste pour recadrer quelques choses et refoutre 2-3 patates au fond du sac: - Trump a récolté autour d'1,3 millions de voix de moins que Romney en 2012 - Clinton a chopé autour de 6 millions de voix de moins qu'Obama en 2012 Pour ceux qui veulent absolument parler de révolution politique ou de grand élan de masses ignorées.
  23. C'est particulièrement la marque d'un pays très polarisé, et souligne à quel point l'élection est plus une affaire de confiance en la personne (que du contenu du programme ou des politiques affichées) et de sentiment d'appartenir au même camp que lui: quand c'est celui-là, le "vôtre" qui fait les crasses, c'est bon, c'est le job de chef d'Etat (les décisions "dures" et tout le tralala.... Dans le cas américain, c'est dit avec la larme à l'oeil, un air patriotique en fond sonore, et un discours fait de phrases grandiloquentes et mélodramatiques), mais quand c'est le gars du camp d'en face, c'est la tyrannie, l'occupation, la seconde naissance d'Adolf.... Le tout est autant amplifié par la polarisation que par la chute totale de confiance dans les élites et les institutions publiques et privées du pays (raison pour laquelle Obama a aussi un problème avec beaucoup de démocrates et indépendants sur ce sujet). Mais si les tendances nixoniennes de Trump se confirment, il risque de pousser ce phénomène quelques crans plus loin. Au final, c'est bien de la période de Nixon que ce mode de relation nouveau au pouvoir date aux USA: le Watergate incarne la chose, mais c'est un espace de temps entre les années 60 et 70 qui recouvre la gestation initiale du phénomène en tant que réalité politique (y'avait un terrau fertile, certes, avec le rapport au gouvernement fédéral de certaines populations, mais c'était géographiquement limité). La guerre du VN, la violence face au mouvement des droits civiques, le mensonge révélé lors de l'offensive du Têt, mais aussi la profonde division créée par la question de l'avortement (autour de laquelle s'est structuré politiquement/électoralement/financièrement l'ensemble cohérent des mouvements religieux).... A vraiment amorcé la chose, aidé ensuite par le désenchantement économique et social.
  24. Que 4 se soient fait choper, c'est une honte pour leurs partis, d'ordinaire plus experts. Mais avec la facilité qu'il y a aux USA pour abuser du système, faire du fric (pour soi et pour le parti), se faire prendre donne presque l'impression que ces gens sont des demeurés profonds.
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