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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Un chiffrage à la louche du cycle électoral a donné autour de 8,5 milliards de dollars injectés par les campagnes législatives et exécutives nationales et d'Etat, en "hard" (campagnes) et "soft" (PACs, SuperPACs...) money; les contributions individuelles plafonnées, ont représenté nettement moins de 2 de ces milliards (et sont allées en majorité dans les infrastructures des campagnes), et plus de 80% de l'argent au global est allé dans les médias, en publicité. Difficile de s'étonner que le sujet fondamental de l'argent ne soit pas ou peu traité dans les médias, et quand il l'est, avec un fort biais et/ou une tendance à l'atténuation de l'urgence ou de l'impact. Si on y ajoute les montants souvent évoqués de "pub gratuite", surtout pour Trump (un équivalent de 3 milliards de dollars juste pour lui, sans même compter -difficile à chiffrer- le "travail" des médias sociaux sur "l'objet" Trump), on obtient le portrait de l'écosystème malsain qui s'est créé pour s'imposer à l'attention du pays: la personnalité politique cherche à faire le buzz par l'outrance, la sur-présence et le n'importe quoi, les médias renforcent ce fonctionnement parce que ça fait de l'audience, et l'argent des candidats vient encore plus alimenter ces principes, à l'exclusion de tout autre. Et il n'y a quasiment aucune autre offre concurrente tant les dits principes dominent les priorités des principales parties prenantes. C'est encore pire avec l'élection présidentielle, si iconique et psychologiquement dominante, dont il faut qui plus est maintenir le "suspense" jusqu'au bout, au besoin en "soutenant" artificiellement un candidat qui décroche trop.
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De ce que je mesure, c'est plus une affaire de démocrates qui ont perdu dans les grandes largeurs que d'un Trump qui a gagné: il a réussi à mobiliser juste suffisamment de monde qui ne votait pas/plus, et à ne pas faire fuir trop de monde qui votait républicain de toute façon, pour être moins nul que des démocrates en déconfiture qui eux ont réussi l'exploit de faire activement fuir beaucoup de gens. HRC a eu 6,6 millions de voix de moins qu'Obama en 2012, et 10 millions de moins que lui en 2008 (et Trump 1,5 millions de voix de moins que Romney, pourtant un candidat impersonnel, pas enthousiasmant, perçu comme méprisant); à un moment ou un autre, ça devrait faire réfléchir et arrêter de faire foutre le blâme sur ceux qui ont voté pour un tiers candidat. C'est juste que, même malgré la masse d'attaques anti HRC et les fausses équivalences entre les crasses et casseroles de l'un et de l'autre, le produit vendu n'était pas bon, ou en tout cas convaincant. Quand on y réfléchit ainsi, le DNC n'a pas été foutu de remporter le Congrès depuis 2008 (avec une élection tous les deux ans!), ils n'ont fait que céder du terrain ou, au mieux, grapiller ici et là quand ça ne compte pas. Si le DNC, mais aussi les instances du parti dans un grand nombre d'Etat, ne change pas radicalement de personnel dirigeant et de braquet rapidement, ils vont continuer sur leur lancée, qui ne les verra gagner que modestement, au mieux, les années de backlash contre des républicains qui, tout aussi minables, refuseront de se réformer aussi longtemps que possible. Le tout sur fond d'une vie politique américaine de plus en plus atomisée, polarisée et violente. Vu de l'extérieur, ça veut dire que la première puissance mondiale va avoir un problème de gouvernance qui ne risque que d'aller en s'aggravant à moins d'un sérieux changement de cap dans le parti le plus récemment et spectaculairement vaincu. Depuis mardi, ce sont les démocrates, et eux ont l'avantage d'un boulevard qui leur est ouvert via l'évolution démographique et les préférences de la grande majorité de ceux qui s'abstiennent de voter le plus souvent.
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Ca de toute façon: l'outrage pour ce genre de choses est mille fois plus représenté dans les médias que les problèmes socio-économiques. Mais je ne verserais pas autant que toi dans l'équivalence des deux camps sur ce sujet: l'un vise à protéger les siens (avec de meilleurs éléments empiriques pour prouver la pertinence de ses propositions), quand l'autre est purement idéologique et promeut un gaspi de fric pur et dur (ces "thérapies", quelle que soit leur méthode et outre leur principe scandaleux, sont d'une débilité sans borne et ne donnent aucun résultat.... Principalement parce que même leurs prémisses sont débiles). Sinon, en politique étrangère, j'en ai entendu une bonne: un commentateur, en voyant la liste des noms que Trump pourrait placer aux postes en matière de sécurité nationale (département d'Etat, NSC, agences de renseignement, chairman of the joint chiefs....), a dit "il a dit qu'il voulait nettoyer le marais (nb: de Washington), alors pourquoi confier le boulot aux serpents?". Quand on voit revenir des noms comme John Bolton (ultra néo-con, et l'un des plus stupides), on peut effectivement se demander.
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Ca ne change pas grand chose au résultat (rien du tout en fait) ce coup-ci, mais c'est en revanche très différent pour le "mandat" que les élus républicains au Congrès ont commencé à prétendre avoir dès mercredi (et comment les politiques qu'ils vont lancer risquent d'être reçues), et ça change énormément de choses pour les prochaines élections, par ce que ça indique, notamment que la candidature Trump -et non Trump lui-même - a été pour un certain nombre un moyen pour une fin (et cette fin n'est pas le prétendu "programme" de Trump, si quelqu'un arrive à en discerner un), soit encore une fois la grenade envoyée sur Washington. Qui risque de ne s'avérer être qu'une grenade d'exercice: un "bang", de la fumée et rien d'autre. Les Républicains vont faire des pieds et des mains pour ne pas se remettre en question dans les 2 à 4 ans à venir, et continuer à être les héraults de "corporate America", et beaucoup va dépendre des démocrates: persisteront-ils dans leurs errements corporatistes actuels avec des hochets sociétaux pour continuer à jouer dans "l'identity politics" symbolique (toutes choses qui leur rapportent beaucoup de fric pour l'outil de vente et l'attention médiatique), ou commenceront-ils à refabriquer un produit qui fait venir suffisamment de monde? Une audiovisuelle (faut que je la retrouve); j'ai formulé hâtivement. Pour être plus précis, il a activement supporté, comme un certain nombre d'autres caciques républicains, tous ces groupes et parfois entreprises qui promeuvent des "thérapies", cursus, méthodes et techniques de "conversion" des gays, dont un, dans son Etat de l'Indiana, mettait particulièrement en avant un traitement par électrochocs.
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Un autre détail amusant pour les résultats électoraux, particulièrement dans les 4 Etats de la Rust Belt si décisifs: le vote syndical. Clinton l'a emporté avec 51% contre 43% à Trump, soit une marge très faible pour un candidat démocrate. Les électeurs non syndiqués sont allés à Trump par 49 contre 46%. Sinon, une ventilation du vote par tranche de revenus, histoire d'éviter de trop présenter la chose comme un retournement massif des "travailleurs" en faveur de Trump (limite principale: ce ne sont que les votants, donc ce n'est qu'un portrait partiel de l'Amérique électorale par tranches de revenus. Autre limite: les tranches décrites recouvrent des réalités très différentes selon le lieu, l'ethnie, l'environnement sociétal....): - en-dessous de 30 000$ par an (approximativement le seuil de pauvreté officiel): 51% à Clinton, 43% à Trump - 30 000 à 50 000$ par an (au-delà de l'officiel, c'est le plus souvent aussi l'univers de la pauvreté, surtout en environnement urbain et surtout dès lors qu'il y a au moins un enfant): 51% à Clinton, 42% à Trump Note: 50% de la population américaine adulte est en-dessous de cette barre des 50 000$ par an, et ne représentait que 36% des votants en 2014 - 50 000 à 100 000$ par an ( ce qu'on peut encore appeler "classe moyenne", en étendant la définition): 46% pour Clinton, 50% pour Trump - 100 000 à 200 000$ par an: 47% pour Clinton, 48% pour Trump - 200 à 250 000$ par an: 48% pour Clinton, 49% pour Trump - 250 000$ par an et plus (= le "1%"): 46% pour Clinton, 48% pour Trump Note: 22% de la population américaine adulte est au-dessus de la barre des 100 000$ par an, et représentait 30% du vote en 2014 Il faut par ailleurs prendre en compte le poids de l'argent dans l'orientation du vote (un facteur multiplicateur de puissance du vote "du haut"), et plus encore dans le choix des politiques une fois le vote passé (une sorte de "vote de tous les jours" du billet vert), mais aussi l'accroissement de ce poids depuis 40 ans. Ce n'est pas un déterminant absolu, mais il parle très fort, et il est surtout constant, là où une "insurrection" électorale est plus souvent un one-shot-event. En 1980, le plus gros contributeur de campagne avait mis 1,7 millions de dollars dans le cycle électoral (inflation prise en compte), et en 2012, Sheldon Adelson et sa femme avaient mis 105 millions (plus que les contributions individuelles de campagne combinées des électeurs et militants de 12 Etats). Il y a dans ce décompte un affinage développé des hautes tranches de revenus, qui ne souligne d'ailleurs qu'un partage plutôt "équitable" des riches électeurs entre les deux candidats. La chose devient importante, cependant, quand on se penche plus sur le phénomène de l'abstention, surtout sur les dernières décennies: il a été courant de croire, aux USA, que les préférences des abstentionnistes étaient relativement bien reflétées par les choix des votants. Cela ne tenait en fait que si on se limitait aux grands labels politiques ("liberals", "conservateurs", et rien de beaucoup plus fouillé): si on examine des choix politiques plus précis, la divergence est beaucoup plus grande, et favorise lourdement les politiques plus fréquemment mises en avant côté démocrate (aider les gens à se syndiquer, sauver l'école publique, réforme et aides pour le système d'assurance-maladie). Ce constat souligne une vérité ancienne: les gens modestes votent moins. Il fait émerger quelque chose que la scène médiatique et politique US refuse obstinément de voir ou d'accepter: dans une Amérique qui n'est plus, depuis au moins 2 décennies, un pays de mobilité sociale significative (un choc culturel encore nié dans l'idée que les USA se font d'eux-mêmes), les problèmes les plus déterminants sont très souvent liés à la classe sociale. En utilisant ce filtre plus précis que les grandes étiquettes politiques, des chercheurs ont décortiqué le vote de 2012: en apparence, les abstentionnistes étaient partagés relativement équitablement entre Obama et Romney (et les votants probables étaient, peu avant l'élection, partagés à 47-47 entre les candidats), mais dès lors que les questions se focalisaient sur les politiques et non les étiquettes, le décompte était de 59 pour Obama et 24% pour Romney. L'étude de ces populations révèle aussi que, encore plus que chez les votants, beaucoup d'Américains sont pour une taxation plus aggressive des hauts revenus. En 2012, 80% de ceux gagnant plus de 150 000$ par an ont voté, contre 47% de ceux gagnant moins de 10 000$ par an. Ce fait est vérifié et proportionnel dans toutes les strates de revenus: plus on gagne, plus on vote. C'est de toute façon une constante de la démocratie, mais la proportion a cependant beaucoup augmenté depuis 1988, ce qui est aussi la période à laquelle les divergences d'opinion entre les votants et les abstentionnistes ont commencé à s'accroître. Le différentiel, y compris de comportement électoral, reflète beaucoup de choses, certaines matérielles (les gens modestes ont moins de possibilité, parfois de temps, d'aller voter, l'accès au suffrage peut être restreint.... Aux USA, l'ensemble des restrictions au vote, passives et actives, atteint des proportions ayant un vrai impact sur le vote: c'est par exemple le seul pays développé où l'inscription sur les listes n'est pas une formalité, et est en plus politisée), mais la plupart d'ordre plus psychologique, à commencer par ce trait marquant dans la culture américaine depuis le milieu du XXème siècle: une perte d'espoir, une perte de croyance en le système et en ses élus, en toutes les institutions, publiques et privées. Qui réussit à taper dans le réservoir des non votants, même un peu, ramènera un électorat disproportionnellement en colère, pour raisons économiques et/ou culturelles/psychologiques. Trump a troqué quelques millions (peut-être 2, peut-être jusqu'à 3 ou plus) d'électeurs républicains habituels (qui se sont abstenus, et dans bien peu de cas, ont voté Clinton -beaucoup moins que ce qui avait été anticipé) contre un peu plus d'ex-abstentionnistes (surtout conservateurs ou nationalistes de culture) en colère. Et a réussi à taper en plus d'ex-électeurs d'Obama, surtout indépendants plus quelques démocrates, même si ce fut par un plus petit nombre. Et, encore une fois, c'est Clinton qui n'a pas su mobiliser et a perdu beaucoup d'électeurs démocrates, et des électeurs indépendants (dans les 6 millions de vote qu'elle avait en moins par rapport à Obama 2012, c'est approximativement du 40-60 entre démocrates et indépendants). Donc je dirais que Clinton a beaucoup plus perdu l'électorat que Trump ne l'a gagné, surtout si on prend en plus en compte le fait de l'abstention importante (dont une proportion doit être vue comme des démocrates et indépendants non-mobilisés, n'y croyant plus, ou dégoûtés). On trouve une corrélation directe entre le niveau de participation et le type de politiques appliquées (notamment sur le salaire minimum, l'assurance-maladie pour les enfants et la lutte contre les pratiques bancaires abusives, surtout en matière de prêts -un véritable fléau aux USA), et une toute aussi directe entre une participation basse et un accroissement des inégalités de revenus. La disproportion sociale de la participation électorale est le facteur le plus aggravant de l'inégalité de revenus et de la concentration durable des richesses, un fait vérifié dans tous les pays développés, et qui n'est nul part aussi criant qu'aux USA, où les taux d'abstention, mais surtout où la disproportion sociale dans le vote, sont sans équivalents parmis les pays comparables (la différence de participation entre le quintile le plus riche et le plus pauvre est en moyenne de 8,4% dans l'OCDE: il est de 23,6% aux USA). Cela souligne entre autre la différence entre qui Bernie Sanders est arrivé à sortir du bois, et qui est allé voter pour Clinton. Je dirais que s'il y a eu un effet "working class" pour Trump, il a été minime (beaucoup moins que ce qui est prétendu) et très partiellement décisif, et que le principal moteur de cette portion réduite d'abstentionnistes républicains qu'il a su mobiliser est avant tout culturel/identitaire. Son électorat est plus riche que celui de Clinton, et sa plus grande force -ou chance- a sans doute été de ne pas faire fuir autant d'électeurs républicains traditionnels que ce qui avait été anticipé (CSP + blanches, femmes blanches mariées, blancs éduqués), voire de bien mobiliser le vote religieux (82% de participation chez les blancs considérés tels). En revanche, il y a eu un effet "working class" (blanc et noir) qui a joué de façon décisive en défaveur de Clinton, qui n'a pas sur leur parler et les mobiliser.
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Ils ont choisi à un moment, et s'y sont tenus; dans les derniers mois, il paraît que la plupart des prêcheurs et leaders de communautés maintenaient la mobilisation tant bien que mal en disant, pour l'essentiel, "oui, c'est un sale type, un menteur et il fait tout ce que nous condamnons, mais....". Et le "mais" renvoyait à un nombre très réduit d'appâts: essentiellement les nominations à la Cour Suprême (sous 2 angles: il va peut-être/sûrement nommer ceux qu'on veut, et surtout, "pour éviter que HRC nomme SES juges") et Mike Pence comme vice-président actif. Trump avait pu les rallier au début, avant que beaucoup de gaffes et ses horreurs n'arrivent, mais ce qui a le plus travaillé en sa faveur du côté évangélique, c'est la peur/haine de HRC, et la personnalité de Mike Pence, le gouverneur chrétien fanatique qui a activement légiféré (ou essayé de le faire) pour la persécution anti-gay (promouvant notamment dans son Etat que le "traitement" des gays par électrochocs les rendrait "normaux", autorisant la légalisation du renvoi pour cause d'homosexualité....), pour le créationnisme dominant et les prières obligatoires à l'école, la lutte contre l'avortement par tous les moyens possibles.... Mike Pence était et reste la principale garantie pour les évangéliques, et la peur de HRC et des méchants "liberals" a fait le reste: pour beaucoup d'entre eux, après beaucoup de temps et de mandats majoritaires républicains où ils se sont estimés floués (parce que jamais assez n'était fait à leur goût, y compris sous leur ex-chouchou George W), la candidature Trump, dès lors qu'elle est apparue comme ayant une chance de victoire, est devenue, surtout dans la rhétorique des prêches, la dernière planche de salut avant que l'évolution démographique et culturelle (les moins de 35 ans sont les générations les plus "liberals" de l'histoire des USA) n'amoindrisse définitivement leur poids électoral.
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Pour la note, le même discours était tenu à droite dans les années 70-80 à l'encontre des Japonais (plus occasionnellement les Coréens et quelques autres). Mais l'un des trucs principaux à noter pour cette élection en général, et pour la Rust Belt en particulier, c'est qu'une certaine proportion (et une décisive) des gens qui ont voté Trump avaient voté Obama les deux dernières fois. De même que, encore une fois, il faut vraiment moins s'efforcer de plaquer nos raisonnements trop univoques pour expliquer la réalité qu'apprécier le fait que le résultat de cet élection est complexe: il faut notamment faire autant attention à ceux qui ont voté qu'à ceux qui n'ont PAS voté: Clinton a perdu 6 millions d'électeurs par rapport à Obama.... Flash info: ce ne sont pas que des noirs. Qui plus est, et c'est particulièrement sensible dans la Rust Belt, il y a un grand nombre de bulletins remplis entièrement ou majoritairement pour le côté démocrate.... Mais avec la case présidentielle laissée en blanc (Michigan: près de 100 000 bulletins 100% démocrates mais sans nom coché dans la case présidentielle. Et Clinton y a perdu par moins de 13 000 voix). Clinton a quand même largement gagné le vote des gens/foyers gagnant moins de 50 000 dollars/an, ce qui souligne: - que le vote working class/underclass n'est pas si trumpiste que ça - qu'il y a beaucoup d'abstention chez ces électeurs, y compris pas mal d'abstention volontaire (cad gens qui auraient voté s'il y avait eu des candidats plus estimés, et surtout un meilleur candidat démocrate), et pas mal de bulletins "sélectifs" comme exemplifiés plus haut - qu'il y a une partie du vote Trump qui est clairement le fait de déçus d'Obama et/ou de méfiants à l'encontre de Clinton assimilée à la continuité d'un système qui les a floués et à "l'establishment politics", ce qui est plus du vote protestataire vu que Trump reste largement, y compris dans une portion conséquente des gens qui ont voté pour lui, un candidat impopulaire La part des gens qui ont voté POUR lui par conviction est nettement plus réduite: il a su se faire une base dont on peut estimer à la louche qu'elle pèse autour de 25% des votants (30% serait un absolu maximum), cad 13-14% du corps électoral, le reste étant du vote républicain (mieux amené aux urnes que prévu, en grande partie par peur/haine de Clinton et par instinct grégaire d'appartenance au parti), du vote protestataire (qui se retournera quasiment à chaque élection) et du vote de déception à l'encontre d'Obama, le tout s'ajoutant à la sous-performance de Clinton (abstention et votes partiels). Cette base de 25% des votants propre à Trump est en grande partie faite de l'électorat "alt right" qui était jusqu'à présent sans grande unité au sein de l'électorat républicain, et en partie de l'électorat religieux évangélique (dont les leaders ont fait beaucoup de contorsionnisme pour arriver à garder leurs ouailles derrière moumoute-man), et la relative unité qu'il a pu créer a permis quelque chose de nouveau: remobiliser des électeurs de cette droite "white nationalist" dont beaucoup ne votaient plus. Ce qui les distingue, quelle que soit leur CSP, n'est pas de voter autant pour des raisons économiques ou sociales, que pour des raisons culturelles et identitaires (nationalisme, racisme pour un certain nombre, opposition à la "culture war" de la gauche...).
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Inculte? effectivement ! Tu devrais savoir que Caton l'ancien terminait toutes ses déclarations par "il faut détruire Carthage". C'était son point final en fin de phrase.
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Un sondage amusant réalisé cette semaine indique qu'en cas d'élection Trump vs Sanders, Sanders l'aurait emporté haut la main. On peut factoriser un certain niveau de dégradation du à une campagne difficile et négative, mais on doit aussi prendre en compte que la participation eut été plus élevée avec Sanders, et surtout, le facteur le plus décisif, que Sanders l'emporte largement sur Trump chez les indépendants, que Clinton a perdu (42 vs 48) et n'a pas fait venir en assez grand nombre. Une part considérable de l'électorat a voulu envoyer une grenade sur Washington: beaucoup d'électeurs Trump le détestent ou ne l'estiment pas, et environs 2/3 des gens ayant voté mardi pensent qu'il n'a ni le tempérament ni les capacités pour un tel poste..... Mais une partie d'entre eux a quand même voté pour lui. Ce qu'on peut en déduire, c'est qu'il y a plus de gens qui auraient préféré que la grenade envoyée sur Washington ait une paire de lunettes, des cheveux blancs mal coiffés et un accent de Brooklyn.
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Surtout que l'essentiel de ce qui est écrit l'est dans des caisses de résonance: ce n'est même pas vraiment du "langage écrit", mais de la conversation (je suis généreux sur l'emploi du terme) juste transcrite en caractères écrits. Nulle mise en forme, nulle réflexion, de la pure immédiateté, aucune articulation des idées, aucun raisonnement construit, aucune recherche d'organisation de la pensée et du propos (qui clarifie les idées pour soi et pour l'autre, qui segmente la pensée en éléments débattables plutôt que d'accepter ou rejeter en bloc un propos, qui donne un fil rouge et une problématique à un propos, qui aide à l'autocritique et à la critique constructive, qui étend le champ des possibles dans sa propre réflexion et dans la discussion....), et évidemment une forme stylistiquement minable, ce qui ne serait qu'un souci de coquetterie intellectuelle si ce n'était pas aussi le signe d'une absence de recherche du débat: c'est le règne de l'aggressivité (intentionnelle ou non, ce qui compte peu si c'est ainsi que c'est perçu par l'autre, qui répond du coup sur le même ton), de la quête de la victoire sur l'autre plutôt que d'aplanissement réel des différents (99% des disputes, si on met bien les choses à plat, sont sans fondement, et les positions sont souvent bien plus proches qu'on ne le réalise), d'envie de "faire mal" à l'autre, d'envie de faire du prêchi-prêcha sans capacité à accepter la critique ou à revoir sa propre position.... Soit juste une valorisation de son propre égo et de sa propre opinion pré-formée, une recherche vaine de catharsis pour son besoin de défoulement (dans la plupart des cas à base d'insultes et d'affirmations péremptoires mal écrites passant pour du raisonnement ou des faits). Et qu'observe t-on de cette nouvelle "civilisation de l'écrit" sur les médias sociaux: en immense majorité des caisses de résonance tribales entre gens d'accord sur tout ou presque, mais qui en viennent à toujours trouver un moyen de s'engueuler quand ils ne sont pas en train de pointer des doigts sur les "ennemis", et quelques espaces communs où ça s'engueule et s'insulte direct, dans le cadre de "camps" déjà formés. Et je ne suis même pas sûr que cette forme de "communication" soit un exutoire satisfaisant pour les nerfs, vu que ça a tendance à accroître l'énervement. La version mondialisée et permanente de l'occasionnelle querelle d'ivrogne au bar du coin.
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turquie La Turquie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de madmax dans Politique etrangère / Relations internationales
En tout cas, RTE est sérieux avec ses politiques de grands travaux: plein de ponts sur le Bosphore (au point qu'on se demande s'il va rester un peu de Bosphore), et un joli programme pour construire 174 nouvelles prisons pour tout le monde qu'il a arrêté (selon l'adage commercial "no parking, no business"). -
J'ai comme dans l'idée que Trump lui-même va aussi très mal comprendre le message qui a été passé par ce vote. Depuis 4 jours, je vois des commentaires de toutes tendances (en grande partie des gens qui se gouraient dans les grandes largeurs) affirmer de grands postulats sur "ce qu'a dit l'Amérique" (mais bon, quand on commence son raisonnement avec une telle abstraction généralisante, on a déjà foutu en l'air toute possibilité de raisonnement), et, pour être généreux, on va dire qu'il y a une ou deux semaines à accorder aux gens pour se remettre du choc et commencer à émettre des pensées cohérentes. Une remarque sur Trump qui m'a fait à la fois hurler de rire et étonné: cette campagne présidentielle a été, dans les faits, le premier entretien d'embauche de sa vie! C'est la première fois de sa vie qu'il a du demander un job..... Ca sonne si zarbe.
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Pourquoi Atlantic City, la ville qui pue l'éternelle dégradation.... Trump n'y possède plus rien depuis un bail.... Depuis qu'il a un peu foiré quelques trucs. Tu m'emmerdes avec ta propale: je suis déjà à fond dans la création de centres d'IVG au Canada, sur la frontière: les clientes américaines risquent d'affluer. Et je vais les faire casquer. Mais ça sonne bien, ton truc; reste à savoir qui sera la main d'oeuvre, parce qu'avec 11 à 14 millions de Mexicains virés, ça va pas laisser grand-monde capable de faire le job et voulant le faire.... Une filière clandé d'importation de Mexicains sous le mur, ça te dit? Du moment qu'on verse un pourcentage à Ivanka, ça devrait passer.
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Valérian et Laureline
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Conan le Barbare dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Qu'est-ce que t'as contre des réfugiés économiques sans morale qui essaient de gagner (mal)honnêtement leur vie en volant et troquant tout et son contraire, tout en bibinant tout ce qui contient des degrés d'alcool? T'es spatioxénophobe, ou quoi? A ta place, j'aurais honte . Les Shingouz, c'est le coeur et l'âme de Valérian & Laureline. Sans eux, il manque vraiment un truc au récit. Et pis y faudrait caser M. Albert, mais dans une aventure sur Point Central, ça risque de pas trop se faire.... -
T'en veux une brouette pleine..... Pour aller acheter une baguette?
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Arabie saoudite, le pays et son influence internationale
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Il a allongé combien? -
Sauf que le protectionnisme fait risquer une guerre commerciale: le camp d'en face réplique. Et dans le système économique actuel, les pays sont très vulnérables à ça, surtout évidemment ceux qui ont un haut degré d'ouverture. Pour l'infrastructure, oui ils ont bien besoin de s'y atteler, mais petit problème: s'il veut lancer des plans à 1, 3 ou 5 trillions, tout en opérant sa massive baisse des impôts d'environs 5-6 trillions (dont la moitié profite aux 10% au top), va vite y'avoir comme un petit écueil.
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Valérian et Laureline
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Conan le Barbare dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Ca va faire comme le dernier Mad Max, ce film: le titre, c'est le nom du gars, mais le film est entièrement sur la nana. -
Valérian et Laureline
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Conan le Barbare dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Pour être plus précis, ça a beaucoup varié dans l'histoire de la série: y'a eu toute une première période où c'était Valérian qui menait plus la barque, avec un profil de héros classique rendu un peu anti-héros par des réalités complexes, avec Laureline un peu plus en remorque qui prenait sa place via le titillage moral de Valérian sur ses contradictions et celles de Galaxity. Ensuite, ils ont vraiment chargé la barque toujours un peu plus en sens inverse, avec un Valérian devenant de plus en plus une buse incapable de faire quoi que ce soit, complètement con, faible et incapable, et à la remorque de Laureline et des événements. Ils se sont ressaisis ensuite pour rééqulibrer un peu, mais je trouve que Valérian n'a jamais vraiment récupéré, devenant dans l'ensemble plutôt insipide. De toute façon, le plus fort, c'est Monsieur Albert. -
C'est pour ça que beaucoup d'entre eux ont malgré eux un certain tropisme pour Trump: son "âge d'or", c'est les années 80, quand pour ces Républicains, tout allait bien.... Dans leur imagination, l'Amérique était au top avec un président très à droite qui amenait une révolution culturelle, "greed was good", et leurs bites fonctionnaient encore. Sinon, nouvelle intéressante: le changement au parti démocrate pourrait commencer à se mettre sur les rails. Le nom de Keith Ellison a été évoqué pour diriger le DNC: c'est un représentant (à la Chambre) du Minnessota, noir et musulman, très progressiste et un des premiers à s'être déclaré pour Bernie Sanders. Evidemment, pour l'instant, le nom n'a été qu'évoqué, et même s'il était nommé, rien ne dit qu'il ne serait pas "encadré" par des cadres dirigeants establishment et une majorité des instances faite des mêmes têtes qu'avant. Mais 3 jours après l'élection, c'est peut-être un signe. Tu préfères le baba aux muffins?
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Des chiffres très intéressants qui mesurent beaucoup de choses sur l'électorat qui aurait du voter Clinton et ne l'a pas fait: elle a perdu le Michigan (l'un des 4 Etats de la Rust Belt qui ont décidé l'élection) par une petite marge de 11 000 voix. Mais, outre l'abstention, plus importante côté démocrate, 95 000 personnes ont rempli leurs bulletins de vote en cochant les candidats démocrates ou affiliés.... En laissant la case présidentielle en blanc. J'essaie de trouver le cumul de ce type de vote pour tout le pays, mais ce comportement a apparemment été commun dans les 4 Etats clés du nord est.
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Valérian et Laureline
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Conan le Barbare dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Hé, ne rabaisse pas les Shingouz: leur évident faible pour Laureline ne leur fait pas non plus lui céder des trucs gratos.... Elle a juste de meilleurs prix. -
J'ai vu passer quelques intéressants reportages essayant de mesurer l'impact des médias sociaux sur la campagne. l'un des points frappants s'inscrit dans le débat sur l'argent dans les campagnes, et le soudain revirement décrétant que les milliards de dollars nécessaires.... Ne le sont plus, que Donald Trump aurait prouvé le contraire; c'est éminemment faux. On peut pointer les presque 3 milliards de dollars de pub gratuite que lui ont fait les médias (par comparaison, Clinton en a eu nettement moins) simplement parce que son nom fait du buzz, ce qui a conduit à des trucs du genre la caméra de CNN interrompant dès le début une intervention -rare dans les médias qui l'ignoraient sciemment- de Sanders alors qu'il venait de percer de façon spectaculaire (et ils ne sont jamais revenus sur lui), pour se fixer, avec le sous-titre "breaking news" sur un pupitre vide que Donald Trump était censé occuper et qu'il avait quitté; aucun événement, rien de notable, mais ils étaient restés 15 minutes à déblatérer des platitudes et des conneries avec cette image en fond. Ce phénomène sur les grands médias s'est retrouvé aussi dans les médias sociaux, où Trump a bénéficié d'une pub gratuite gigantesque qui a plus que compensé ce qu'il n'a pas dépensé (et pas réussi à récolter) via sa campagne. Et ces médias sociaux ne sont pas des "gatekeepers" comme le sont, ou sont censés l'être, les médias: pas d'expertise, pas de fact-checking, pas de vraie modération, pas d'encadrement, et au contraire une incitation au conflit là où les tribus diverses se rencontrent, ou à la pensée unique là où elles se réunissent entre elles, chacune de leur côté. Facebook a renoncé cet été à tout travail éditorial par des humains, lâchant ses derniers vrais filtres, ce qui a été dans le sens générique d'une explosion, sur toutes ces plates-formes, des fausses informations (rumeurs, inventions, demi-vérités, infos non vérifiées ou vérifiables) déjà si répandues (genre "le pape s'est officiellement engagé à soutenir Trump"); si une démocratie solide dépend d'un système d'information libre, qu'est-ce qui se passe quand le flux d'info est un flot constant de n'importe quoi où trier le vrai et le faux est impossible? Dans l'exemple précité du pape soutenant Trump: le démenti du Vatican a eu 33 000 "shares", mais le mensonge initial en a eu plus de 868 000. Ca résume beaucoup de choses: depuis cet été, Facebook est officiellement la plus grande plate-forme au monde de dissémination de fausses informations. Et Facebook a été le plus puissant outil de campagne de Trump (même si twitter est plus rapide et amusant pour les news), dans une Amérique où, désormais, 62% des habitants disent s'informer par les médias sociaux. 44% des adultes tiennent leurs informations de Facebook, 20% de la presse écrite. Le point ici est de souligner que les nouveaux médias ne viennent pas corriger le système "ancien" avec de supposées vertus; ce serait même en fait le contraire, comme toute l'illusion du modèle de pseudo-gratuité si promu dans la "nouvelle économie" (plus si nouvelle, mais on continue à utiliser le terme). La pub et sa diffusion virale sont gratuites.... Mais surtout si on a une notoriété déjà très établie, et plus encore, si et seulement si on s'enfonce dans un type de propos toujours plus provocateur et outrancier se foutant de toute mesure, et surtout de toute réalité.... Ce qui peut être un peu dérangeant dans le cadre d'une campagne électorale, déjà par essence en proie à un mauvais équilibre entre démagogie, attaque, outrance, propositions plus ou moins utiles, information et propos sensé, entre mensonge et vérité. Les médias sociaux semblent en fait pousser tous les vices des "vieux" médias à outrance, sans aucun "fact-checker", sans "gatekeepers", sans expertise, sans contrôle, ne laissant s'exprimer que les passions concurrentes et détachées de toute réalité, de tout souci même minimal de décence, de toute incitation à la réconciliation ou au débat fondé en raison.... Atomisation de la société, tribalisme.... C'est ce que cultive cette scène médiatique; on segmente l'audience pour mieux fidéliser la cible et l'intégrer dans une caisse de résonance avec des sujets du même type, et les espaces de rencontre entre tribus sont moins nombreux, et le lieu d'une hostilité brutale encouragée par les tenanciers dont c'est l'intérêt, plus encore que sur les grands médias, d'entretenir cette conflictualité qui fait du buzz.
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Valérian et Laureline
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Conan le Barbare dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Comment tu détermines que les persos de la bédé ont du charisme? Surtout que ce sont plus des anti-héros (malgré le profil héros classique de Valérian, qui est là pour être tourné en dérision et placé en face de ses manques face à des problèmes plus bordéliques que prévu), des gens plus "normaux" dans un univers surdimensionné. Ils se fondent plus dans le paysage qu'ils ne sont "charismatiques", à mon sens. Ce sont leurs choix et actions qui parlent. -
Se remettre des coups sur la gueule? Et puis.... Tout le monde aime les gâteaux. Surtout gratuits (merde, j'aurais du préciser, dans la phrase, que c'était ma tournée). Pour le temps de latence, j'illustrais la méthode Trump: on dit tout et son contraire, parfois dans la même phrase. Re-exemple: Et si tu continues à me faire des remarques, Nemo, I'm gonna grab you by the pu**y!!!! Mon meilleur ami de 30 ans à moi que j'ai. Personnellement, je n'aurais pas les couilles de faire ce genre de revirements permanents et instantanés (et j'ai vu ça en vrai, à l'Assemblée).... Enfin je crois pas que ce soit une affaire de couilles. C'est plutôt une histoire de quelque chose qui manque dans le cerveau.... Ou l'âme.