Aller au contenu
Fini la pub... bienvenue à la cagnotte ! ×
AIR-DEFENSE.NET

Tancrède

Members
  • Compteur de contenus

    18 697
  • Inscription

  • Dernière visite

  • Jours gagnés

    166

Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Tancrède

    Votre brigade idéale

    L'un des remèdes les plus simples de toute façon (mais pas facile), qui enlève à ces problèmes une bonne partie de leur poids, serait la réunion physique des brigades interarmes, les réservoirs, sur de grandes bases, ou à tout le moins, donner une réalité concrète aux bases de défense en concentrant leurs unités autour d'un grand terrain d'exercice, à des distances réellement très courtes: la commonalité des terrains d'entraînement et la cohabitation au quotidien, l'usage commun des mêmes infrastructures et matériels.... Feraient des brigades réservoirs autant de "corps" de référence (mentalités, travail de coopération entre spécialités/métiers, entre officiers, fréquence élevée de ces pratiques autant que de la vie commune....), comme chez les Marines (dont certaines bases comptent autour de 20 000h: les 7 à 8000 d'une brigade française devraient y arriver). Vu que la logique va aller à plus de concentration (trop d'implantations, trop de bases de défense), autant réellement bien le faire et faciliter la vie aux unités et si possible pour longtemps. Après, ça ne marche pas pour tous les types d'unités projetables ni tous les niveaux d'interarmisation: les brigades ne peuvent pas être des armées complètes, bien évidemment, et certaines "cocktails" de corps expéditionnaires peuvent impliquer un mix issu de plusieurs brigades (ce à quoi, comme aujourd'hui, seuls des exercices communs réguliers et une période de préparation opérationnelle peuvent remédier si on veut absolument éviter la dispersion de certains moyens -comme le parc de chars- sur trop de bases). C'est pourquoi il faut déterminer quelles capacités interarmes doivent correspondre aux réservoirs de forces.
  2. Tancrède

    Votre brigade idéale

    Et on s'aperçoit que les équipes professionnelles de clubs bien financés, tout comme les ligues qui ont les moyens, offrent généralement un niveau de compète supérieur au jeu entre équipes nationales depuis pas mal de temps (le schéma est moins vrai dans les pays où le foot est moins financé et où donc l'équipe nationale bénéficie d'un plus grand niveau d'attention, porte plus d'enjeu et d'importance.... Comme ce fut le cas en Europe jusque dans les années 60-70); une équipe nationale peut encore bien performer si elle bénéficie des bons moyens, mais surtout d'un "patron" fort et de temps (négocié par les clubs dont l'agenda a généralement priorité), mais c'est tout. Ajoute en plus la baisse du facteur patriotisme dans beaucoup de pays développés, surtout quand il est en compétition avec ce qui fait le beefsteack des joueurs à l'année (l'équipe nationale n'offre plus tant de capacité de tremplin que ça pour les joueurs confirmés), et le facteur temps passé ensemble qui joue plus que largement en faveur, dans la grande majorité des cas, des équipes pro permanentes (certaines peuvent merder, évidemment, mais c'est pas statistiquement un nombre terrible de cas). Le "melting pot" de joueurs de talent rassemblés ponctuellement ne produit pas de miracles par simple vertu de son existence: on oublie qu'aujourd'hui, le haut niveau en foot est plus dans les grandes ligues que dans les coupes entre nations, quel que soit le niveau d'attention et de crisallisation des passions qui ont un effet multiplicateur sur le ressenti de qui les regarde.
  3. Tancrède

    Votre brigade idéale

    L'un des nombreux problèmes à arbitrer avec ce genre de visions est ce qui doit être organique et permanent, et ce qui est utilisable sous forme de "lego", de "plug and play": une MEU des Marines, c'est environs 2200h (avec quelques micro variantes de composition) tout compris (environs 1100h dans un bataillon interarme formant l'élément sol, 300h composant l'élément logistique/soutien, 200h pour l'élément commandement -qui a les fonctions et spécialités "supérieures" dont certains groupements au sol- et autour de 600h pour l'élément aérien), et 1600 si on met l'élément aérien à part pour une unité organique pouvant être entretenue à l'année comme nouveau "pion" de référence qu'on voudrait imposer comme base d'un système d'armée. Et une MEU, chez les Marines, c'est pas une unité permanente: c'est une unité très chère et lourde en moyens dimensionnants. Pour chaque homme déployé, il y a un ratio d'équipements, de puissance de feu, de capacités "chères" (rens, guerre électronique, coordination des feux, appui aérien, soutien....) bien plus élevé qu'ailleurs, et un temps de montée en puissance important (6 mois environs) pour une période de dispo équivalente. Fonder une armée sur de telles unités rendues permanentes (juste un bataillon interarme/interarmée, la définition n'étant pas la même chez les Marines) coûterait vite très cher même si ce serait éminemment souhaitable (ce pourquoi les marines n'en ont à tout moment de l'année que 7, ou 3+3+1). Evidemment, ça va decrescendo avec de plus grandes unités: un bataillon interarme intervenant seul a besoin de plus de moyens dimensionnants proportionnellement qu'une brigade intervenant seule.... Donc la question reste: quel échelon de référence? C'est là définir la capacité qu'on souhaite attribuer à une armée: si on veut pouvoir à tout moment envoyer l'équivalent de 3 de tels bataillons autonomes plus garder la capacité d'envoi d'une "brigade" de manoeuvre se fondant lui-même sur 2 ou 3 de ces bataillons, ça veut dire plus de matos et d'unités "chères" (avions, hélicos, unités de guerre électronique/coordination des feux/FS-commandos/commandement, navires de transport et d'assaut....) que si on veut pouvoir envoyer à tout moment 2 "brigades" de ce type. Donc là-dedans, arrêter un format de "brigade idéale", je comprends mal l'intérêt fondamental en soi, sauf si on détermine que cet échelon brigade est l'échelon de référence pour le format de ce qu'on veut pouvoir envoyer, auquel cas la dite "brigade" n'est pas un échelon d'organisation structurel de l'armée, mais un format type de corps expéditionnaire (ou de subdivision d'un corps expéditionnaire), soit un format opérationnel type correspondant à un cahier des charges global pour l'armée (comme les MEU). Ou alors on est dans une armée qui a tous les moyens, un USMC disposant soudain d'un budget en explosion et qui fait en sorte qu'une MEF puisse entièrement se subdiviser en MEU (ce qui en fait nettement plus que les 3 actuels par MEF.... En tout cas pour les MEF I et II).
  4. Tancrède

    Votre brigade idéale

    Le commandement n'est pas une chose abstraite: il s'agit d'une courroie de communication entre le haut et le bas (dans les deux sens) et avec les échelons similaires, et d'un filtre pour l'information utile (celle qui va vers le haut et celle qui va vers le bas: encore plus crucial vu l'importance des moyens de renseignement actuels et le flot énorme d'infos venant de multiples sources: en ce sens, ce sont des flics essayant de fluidifier un système routier engorgé). Plus encore, il s'agit d'un échelon de prise de décision, essentiellement en matière d'orientation de l'action et d'allocation de ressources et de priorités. A chaque échelon correspond une "charge" donnée de tels moyens dont l'un des grands intérêts est précisément d'appartenir à l'échelon de décision le plus bas possible (pour la rapidité d'allocation). On imagine que ce n'est pas forcément valable tout le temps et dans toutes les circonstances, et encore moins à toutes les époques. Mais il est vrai que l'échelon opératif (et encore plus le stratégique) ne fonctionne plus vraiment dans la même temporalité que l'échelon tactique, et que lui n'a pas à favoriser nécessairement la plus grande vitesse pour la prise de décision de ses grands choix d'action, puisque celles-ci sont séquencées pour obéir à un plan plus vaste et de plus longue haleine. J'imagine cependant qu'arbitrer l'allocation de ressources et de priorités sur fond de réalités changeantes (ne serait-ce que les pertes qui constituent autant de diminution des moyens disponibles à allouer) entre 6-8 "pôles de décisions" (chacun incarné par un officier supérieur dont on imagine le "lobbying", la personnalité difficile, l'angle de vue sur la situation globale....) n'est pas forcément l'idéal, même en ayant une surabondance de moyens de cet échelon à fournir.
  5. Tancrède

    Votre brigade idéale

    La question est moins celle des capacités C3 que celle des décideurs eux-mêmes: une des rares constantes fondamentales dans l'histoire militaire est qu'il est illusoire d'espérer qu'un décideur, quel que soit son échelon, puisse bien commander/articuler/coordonner plus de 3-4 éléments autonomes directement. Du sous-off avec 3-4 troufions jusqu'au général avec 3-4 corps d'armées sous ses ordres, la règle est la même. Et plus on veut être proactif ou réactif, et agir vite, plus cette règle doit être respectée. Avoir un chef coordonnant 10-20 unités directement, sans échelon intermédiaire, poserait beaucoup plus de problèmes de pertinence, de cohérence et de rapidité dans l'action (parce qu'il ne pourrait précisément que se concentrer sur 3-4 à la fois), sans parler des tendances inévitables du commandement, qui deviendraient caricaturales: le chef, selon les cas, verserait dans beaucoup trop de micromanagement, ou à l'inverse beaucoup trop de délégation (cad un détachement trop grand par rapport aux unités commandées). L'équilibre est déjà dur à trouver avec 3-4 éléments de manoeuvre, mais faire ça peut revenir tout aussi bien à dire qu'il n'y a pas besoin de chef et que tes 10-20 unités n'ont qu'à être autonomes, parce qu'un chef essayant de diriger un tel paquet sera soit dans la configuration de se donner le temps et les moyens de commander à chacune en essayant d'avoir une vision d'ensemble (ce qui exclut toute temporalité utile pour la décision, façon QG français en mai 40), soit dans celle de devoir laisser la totalité de la bride sur le cou aux chefs des 10-20 unités en espérant qu'ils puissent et commander leur unité et se coordonner entre eux (soit une table de réunion virtuelle, sur les ondes, avec 10-20 intervenants égaux essayant chacun d'avoir raison et de montrer que leur unité, leur action et leur vision est la plus primordiale).
  6. Tancrède

    Votre brigade idéale

    Personnellement, et contrairement aux apparences il s'agit de plus que d'une question cosmétique, je suis pour le fait de nommer "brigade" toute formation expéditionnaire apparentable au premier échelon d'une grande unité de manoeuvre interarme, et ce faisant jarter le terme "division" du vocabulaire pour les grandes unités opérationnelles agissant au niveau opératif(la division devenant l'unité réservoir telle que nos actuelles soi-disant brigades interarmes). Difficile de définir un format trop arrêté pour une armée expéditionnaire dont le rôle est par essence d'aller dans des théâtres très différents face à des adversaires très différents, mais le point est précisément pour moi de partir du principe que la brigade idéale n'a pas de format idéal :lol:, l'idéal étant d'être adapté et adaptable à une situation donnée. Cependant, le dimensionnement exige certains formats standards, des ratios d'unités et de capacités relatifs les uns aux autres, parce qu'il y a une doctrine, des exigences, des nécessités, de cohérence et de cohésion (le lego absolu n'existe pas et/ou n'est pas souhaitable parce que difficilement efficace).... Le battlegroup, ou bataillon interarme -sans doute aussi la compagnie interarme-, est ainsi un des rares échelons essentiels (un "pion" de manoeuvre et de politique étrangère) à l'aune desquels on peut calibrer une capacité standard d'unité de projection pertinente au format relativement fixe (adaptable à la marge selon les types de théâtres, d'unités et d'intervention), de même qu'une capacité globale de l'Adt, dimensionnée à partir d'un nombre de tels pions projetables. Ce sont donc des pions devant pouvoir être autonomes. La brigade, dans cette optique, devient le premier échelon pouvant gérer plusieurs de ces pions, et à notre époque, cela peut vouloir dire aussi bien plusieurs compagnies interarmes ou plusieurs bataillons interarmes (ou un panachage plus complexe); en terme de vocabulaire, j'imagine que de ce fait, une telle brigade serait l'équivalent d'un GOIA (groupement opératif interarme) :lol:, vu la sinistre et déplorable habitude de l'EMA de trouver des acronymes aussi imbittables que peu accrocheurs. Donc pour moi, la brigade idéale, c'est avant tout un Etat-Major permanent pouvant gérer un groupement de plusieurs formats possibles dans une certaine gamme d'interventions et d'unités: grosso modo, un EM issu d'une division donnée (les actuelles brigades-réservoirs, avec donc une spécialité dominante: amphibie, montagne, lourd/blindé, aéromobile, "polyvalent"). Les bataillons ou compagnies interarmes (ou autres) sous son commandement seraient des unités d'un niveau d'autonomie donnée en capacités (rens, log, décision/tactique, portées et puissances de feu) et endurance (durée), et l'échelon brigade ajoute, outre la capacité de commandement/décision opératif (ce qui inclue des dimensions autres que celles du strict combat: coordination interarmées, cadencement des opérations, renseignement de théâtre, interactions civil-militaires....), une gamme de moyens propres à appuyer, soutenir et prolonger/exploiter l'action tactique afin d'obtenir un résultat opératif/stratégique. Cette gamme inclue aussi bien des niveaux de spécialités et de capacités supérieurs (renseignement, SF, logistique/soutien, artillerie "lourde", aéromobilité) que des métiers propres à cet échelon. Mais une chose sûre est que, et ce surtout dans une "petite" armée expéditionnaire, cet échelon brigade doit être tout sauf un format arrêté et gravé dans le marbre: c'est un EM "étoffé" pouvant fournir un cadre d'action aussi bien pour un groupement d'une compagnie interarme et d'une ou deux sections interarmes que pour 2 à 3 bataillons interarmes avec une gamme de soutiens et appuis très importants pour une opération longue, de même qu'un plus "simple" sous-échelon dans le cadre d'un corps expéditionnaire de la taille d'un corps d'armée (avec donc plusieurs brigades). L'un des corollaires conditionnant une telle évolution est de renforcer certaines évolutions actuelles autour de nos actuelles brigades-réservoirs interarmes (ce que j'appelle "divisions") pour en faire de véritables réservoirs de capacités pouvant fournir chacune un nombre donné d'unités projetables de formats types.
  7. Le journaliste ayant mené cette interview a opéré un travail plus large à partir de cet exemple, qui commence à faire tache dans les médias: à travers ce soldat, il étend l'étude à la Seal Team Six et aux FS en général, puis aux forces armées, montrant la réalité de ce qui arrive aux soldats, y compris d'élite, pendant et après la vie militaire, loin des clichés avec lesquels certains se rassurent et la bonne conscience dans laquelle on peut se draper: un taux de divorce terriblement plus élevé que la moyenne, une reconversion professionnelle incroyablement difficile pour ne pas dire impossible, des problèmes particuliers pour les familles (surtout dans les FS qui, sans processus analogue au Witness Protection Program, peuvent faire face à diverses conséquences des missions menées; le problème se pose déjà pour le soldat en question dont le nom risque de devenir public), de terribles niveaux de stress post traumatique débouchant sur des problèmes dangereux (niveau très élevé d'alcoolisme, surconsommation d'antidépresseurs, taux de suicide très important, violences familiales, comportements borderline divers....). Là, la particularité de l'article est de pointer ces phénomènes connus et l'habituelle quasi absence de prise en charge sérieuse par les armées, et de montrer qu'ils touchent les unités spéciales encore plus que les unités régulières, loin des idées qu'on peut se faire sur ces soldats particuliers (plus "solides", plus "matures"....): s'ils sont à la pointe des qualités et avantages dans le domaine militaire, il semble qu'ils soient aussi les premiers à souffrir des inconvénients, défauts et problèmes. Y compris dans le traitement qu'ils reçoivent à la sortie. Passage édifiant sur le traitement que reçoit ce soldat, en termes purement matériel: Ou encore ce commentaire d'un des camarades du soldat: Sur la vie de famille et le "soutien psychologique" dans les forces: But his wife's concerns, and her own narrative, convey a faithfulness that extends beyond marital fidelity.
  8. Que d'ironie, de sous-entendus et de double sens dans cette phrase :lol:. Désolé, pas pu m'empêcher quand j'ai lu :-X.
  9. C'est des nuls: pas même foutus de se faire des bestioles au sang acide! En plus la garde au sol du blindé est clairement insuffisante: l'essieu se casse si facilement ;).
  10. Très vite et très facilement décrété, typique des discours idéologiques. Comparaison nulle et non avenue: ce sont des pays avec une monnaie, une politique (du moins une à la fois), une structure économique et un gouvernement, pas un ensemble hétérogène avec plusieurs politiques, gouvernements et types d'économies, où une politique monétaire unique draine certains pays pour en alimenter d'autres plus qu'elle ne favorise tout le monde. Tout comme beaucoup d'économistes (dont 2 prix nobels) nient de plus en plus le fait que la libre circulation mondiale des capitaux bénéficient aux économies en général (mais plutôt à une portion précise des dites économies; essentiellement, ce qu'on appelle le "1%" aux USA), il est loin d'être dit qu'un bilan économique d'une union monétaire et donc essentiellement financière de l'UE soit si profitable à l'ensemble des économies de la zone euro (et par ensemble je dis aussi bien les pays qui composent l'union que leurs économies en général, pas leur "portion" internationalisée/interfacée avec les grands flux mondiaux). Attention cependant: je ne décrète pas catégoriquement le contraire du slogan béni ou-ouiste/bisounours/européiste, je signale simplement que ce discours tel qu'il existe est extrêmement partial et partiel, fondé en partie sur rien du tout, en partie sur un intérêt politique/idéologique, et en partie sur l'intérêt supérieur d'une certaine portion de l'économie, et que ce qui manque, c'est une vraie analyse d'économétrie et d'économie politique COMPLETE pour quantifier la chose et réellement mesurer la pertinence des affirmations des uns et des autres, ce qui n'a jamais été fait (à dessein ou non, je laisse ça aux complotistes). En l'occurrence, comme la monnaie unique est en place, ce qui pose plus problème, plutôt que de décréter que par essence ses avantages sont supérieurs à ses inconvénients, c'est que les coût de "sortie" de l'union monétaire (et leurs conséquences économiques de court terme) s'ajoutent à la perte potentielle des avantages d'y être, et font, au moins pour l'instant, clairement pencher la balance en faveur d'un maintien dans l'union, sous réserve cependant que certains sujets soient traités entre les pays concernés (ce qui n'est toujours pas fait et devient aussi urgent que difficile avec le temps).
  11. Tancrède

    1529 Vienne Tombe

    J'ai deux sources pour une évaluation du corps des janissaires dans la période 1500-1550 (environs), plus quelques trucs dans des articles de magazines historiques (mais eux je connais pas leurs sources). Mais il y a un problème pour ce qui est des évaluations lors de sièges, qui viennent plus (du moins dans les récits et ouvrages occidentaux) d'observateurs adverses et de chroniqueurs (donc du camp chrétien, qui connaît mal l'armée ottomane, peut vouloir gonfler les chiffres, n'a pas forcément les bonnes données, évalue à la louche, distingue mal les corps adverses....), et un problème plus grand encore pour ce qui est de la façon dont on donne le "label" dans beaucoup d'écrits: les janissaires et sipahis, comme adversaires (encore plus quand on écrit après une victoire), c'est plus cool pour se faire mousser. Ou plus prosaïquement, nombre d'observateurs européens peuvent qualifier les fantassins turcs de janissaires (ou même juste les fantassins réguliers) et les cavaliers de Sipahis. C'est encore plus chiant dans le cas des Sipahis, puisque la cavalerie semi-permanente provinciale porte aussi le label (les diverses unités d'élite de Sipahis de la Porte n'ont pas le monopole du mot "Sipahi"), avec en plus un autre qualificatif. Ce sont ces "armées provinciales" qui forment la majorité de l'effectif combattant ottoman. Et pour l'artillerie, il faut distinguer le corps d'artilleurs permanents de la main d'oeuvre avec laquelle on le booste au moment d'une campagne importante. Par ailleurs, le corps des Janissaires en général est à "ventiler" quand on parle d'effectifs: il comporte aussi des unités de non combattants (logistique, matériel, administration/soutien) qui lui sont propres et font d'ailleurs une de ses forces en ce que le corps envoie des unités autonomes lui donnant une organisation opérationnelle extrêmement élaborée pour l'époque (ce qui se voit notamment dans l'ordre de ses campements, l'hygiène, le bon niveau de soutien....). Et au global, il est encore plus difficile de différencier, dans une campagne donnée, les temporaires des permanents, et ce d'autant plus qu'intervient le problème des sources cité plus haut. Les chiffres que j'ai ne sont pas des chiffres de campagne mais des estimations (en partie sourcées, en partie reconstruites) de l'effectif du corps comme unité permanente: ils ont leurs limites, mais sont plus des lissages sur des périodes données, auxquels je tens plus à me fier au moins comme base de réflexion. En tout cas, ils donnent l'ordre de grandeur de ce qui fait la marge de manoeuvre militaire/policière du sultan dans son empire, ce qu'il contrôle directement; même en prenant une fourchette large et en disant que le corps des janissaires représente entre 10 et 20 000h, et les Sipahis entre 5 et 15 000, on voit ce que ça pèse à l'échelle de l'empire, qui a plusieurs fronts simultanés, et même s'il y a un effort particulier comme à Vienne, plusieurs armées doivent être mises en campagne, avec chacune au moins un noyau de troupes du sultan (autant pour que ces armées aient une élite que pour "peser" politiquement dans un empire de nature féodal, et affirmer son contrôle), sans compter un reliquat qui reste au centre politique de l'empire et/ou qui assure les communications (et les arrières) du sultan s'il est en déplacement. Si on évoque même un maximum de 30-35 000 fantassins et cavaliers contrôlés directement par le sultan, on mesure à quel point ça fait pas si lourd au regard de la taille de l'empire ou même des exigences d'un seul théâtre d'opérations comme celui de la zone Vienne-Budapest: le problème des ressources rares, quoi. C'est encore pire quand on imagine qu'on est à l'époque de l'infanterie pique/hast-arme à feu, qui exige des concentrations croissantes, donc des armées très compactes où le besoin d'aligner un max de puissance de choc et de feu explose: on peut moins disséminer une ressource rare et comptée, alors qu'on est encore dans des guerres où le siège compte plus que la bataille parce que le contrôle des places est l'enjeu essentiel.
  12. Tancrède

    1529 Vienne Tombe

    Relis ce que j'ai écrit ;): j'avance le fait que l'intérêt de Soliman est de raser la ville et de faire en sorte qu'elle ne puisse se reconstituer en tant que base majeure pour ne pas qu'elle serve de plate-forme contre lui, ET parce qu'il me semble que passé la conquête de la ville, il n'aurait pas réellement les moyens de lancer une conquête ultérieure à partir de Vienne, précisément en raison de la surextension de l'empire ottoman. Un autre signe de cette surextension et de la sur-sollicitation des moyens ottoman est la nature même de l'empire: malgré quelques endroits de haut développement urbain et économique, l'empire est globalement sous-développé et sous administré dans notre regard (même si c'est mieux que beaucoup de pays européens d'alors, sinon la plupart: on est en 1529, les colonies américaines des Espagnols sont encore peu explorées et rapportent peu, la bureaucratie des Habsbourgs est encore balbutiante, la somme des impôts récoltés par le roi de France est très supérieure à ce que touche Charles Quint en montants absolus.... Juste pour recadrer). Et l'empire, outre ses adversaires nombreux, coûte cher à maintenir (surtout relativement aux ressources dont l'Etat dispose), autant par son faible développement global que par sa nature féodale dans l'organisation; maintenir la paix civile avec des potentats féodaux n'est pas un système très efficace dans le long terme, et seule l'organisation centrale et la taille de l'empire dotent l'Etat central de moyens comparativement importants, du moins quand il y a un souverain fort et que la Porte est encore dans une période faste, avant tout parce qu'expansionniste (c'est en bonne partie ce qui achète la paix: on conquiert pour redistribuer à des potentats toujours gourmands et des ambitieux). Mais, relativement aux moyens et technologies, aux distances, et du coup à l'espace-temps de cette époque, l'empire atteint un seuil critique de capacités mobilisées pour se maintenir: conquérir devient plus dur. Et là on parle de conquérir dans une Europe centrale, voire occidentale, très densément peuplée par rapport à l'est, plus mise en valeur et organisée.... Donc des morceaux plus durs et chers à prendre et à garder, et ce à une distance certaine du centre. Encore une fois, l'empire ottoman est féodal, et au final, les moyens propres réellement sous le contrôle du sultan sont assez réduits, même si dans l'absolu, ils représentent, côté militaire, une énorme puissance par rapport aux moyens permanents des souverains chrétiens: le corps des Janissaires (12-13 000 hommes à tout péter) et celui des Sipahis (5000h), qui forment l'essentiel, avec l'artillerie (moins de 2000h) et la flotte "centrale", des moyens propres du sultan (le reste vient des vassaux), pèsent tout de suite beaucoup moins lourd au regard de la taille de l'empire, du nombre de fronts importants, du taux de perte dans une campagne (surtout les pertes hors combat), du nombre de places stratégiques à tenir soi-même (pas confiées aux vassaux) et du niveau et du nombre des adversaires. Ca fait une armée permanente propre au sultan d'environs 20 000h: le reste est fait de troupes semi-professionnelles appartenant aux vassaux, de troupes irrégulières (de faible valeur) et de levées paysannes (qui semblent plus avoir servi comme main d'oeuvre que comme combattants).
  13. Ouais, faudrait se mettre dans l'idée, à défaut d'avoir lu Frieser et de savoir que la Blitzkrieg n'a jamais existé comme concept militaire ou ensemble doctrinal (ou même tactique), que le mot "blitzkrieg" est juste un terme de communication pour dire, essentiellement "on fonce et on emballe l'affaire rapidos". Aucune tactique spécifique, aucun concept militaire simple ou compliqué, aucune alchimie géniale de l'art de la guerre, juste un tic de langage et un outil de communication pour se donner un semblant de style à peu de frais (après tout, le terme a été inventé par un écrivain raté, Goebbels, pour des besoins de com), et dire qu'on va vite et que c'était fait exprès et prévu d'avance parce qu'on est géniaux :lol:. "On" étant ici le belligérant faisant sa com. Pour connaître les résultats concrets de l'opération sur l'adversaire, et non seulement sur les positions reprises: a t-on une évaluation fiable du dommage causé au potentiel de guerre disponible du dit adversaire? Et sur sa capacité à le renouveler?
  14. Tancrède

    1529 Vienne Tombe

    J'entends bien, mais Budapest me semble plus adaptée pour ça: il y a pour les Autrichiens d'autres bases potentielles que Vienne qui ne sont pas loin, dans cette Europe centrale très peuplée, mais surtout, même en sécurisant Vienne, Budapest doit absolument rester aussi une implantation permanente majeure pour les Ottomans, comme garnison (pas juste de défense, mais aussi une réserve de troupes mobiles et un lieu de concentration), place forte/verrou et base logistique. Et comme je l'ai indiqué, soutenir cette place ottomane de Vienne coûterait beaucoup de ressources, soit essentiellement une énorme charge nette EN PLUS de moyens consacrés à Budapest qui ne peuvent réellement être diminués (au lieu de constituer une économie en éloignant Budapest du "front"), et ce d'autant plus que, au bout d'un saillant, Vienne, et plus encore l'axe Budapest-Vienne, serait vital, et donc une cible permanente à faible distance de l'ennemi autrichien, plus tous les autres qui se joignent à la fête, dont les Bavarois, voire aussi les Suisses, sans compter l'Italie qui, à ce stade, est plus fermement dans la botte habsbourgeoise et pourrait être plus facilement mobilisée, au moins pour sa partie nord, face à cet ennemi directement aux portes (Milan et Venise pourraient y trouver un terrain d'entente commode, avec la férule impériale en plus pour les y "aider", et l'incitation papale qui, malgré tous les troubles d'alors, ne peut rester neutre dans l'affaire). Le contrôle du col du Brenner deviendrait plus stratégique que jamais, et de là, une "base" chrétienne serait une menace constante sur le flanc sud du saillant ottoman. Bavière, col du Brenner, Bohème, Tyrol: 4 axes de menace permanent (avant même de savoir ce que ferait le duo polono-lithuanien, le poids lourd du nord est). En bref, je me demande, questions de faisabilité à part, si le seul choix logique réel de Soliman après la prise de Vienne, ne serait pas de la raser jusqu'aux fondations, avec son "réseau péri urbain", son hinterland (l'ensemble de bourgs et villages concourant de la micro économie urbaine, de "l'écosystème" de cette grande ville) et de disperser autant que possible sa population, se prémunissant d'un usage par l'adversaire (au moins à brève échéance) sans avoir à consentir un investissement démesuré pour la conserver. On est vraiment là en face d'un problème d'analyse de la capacité logistique, de la capacité "de projection", de l'empire ottoman, et donc de celle de sa capacité à poursuivre encore son expansion: n'était-il pas là déjà à un stade de surextension?
  15. J'ai juste entendu la mention d'un lance missile (ce qui, pour un journaliste, même américain, doit recouvrir aussi bien un lance roquette léger qu'un lance grenade à mon avis, et pas un ATGM) sur NBC, MSNBC, ABC et CBS (pas regardé ailleurs, mais en ce qui concerne les Networks, quand un mentionne un truc, les autres disent la même chose).
  16. Tancrède

    1529 Vienne Tombe

    En fait je vois mal en quoi: A cet endroit, le Danube est une bonne barrière (faut voir à quoi il ressemble au niveau de Budapest: c'est pas un petit machin facilement traversable: il est profond, large, il y a à cette époque peu ou pas de ponts, et les courants y sont terribles), et Budapest est le verrou idéal, ou plus précisément, la partie "Buda" (rive occidentale), et même en particulier dans cette portion, la partie dite "Obuda", qui est de fait la citadelle, une ville dans la ville sur un promontoire haut et abrupt dont la disposition permet de contrôler très facilement un point franchissable vers Pest et la rive orientale (où se trouve l'actuel Pont des Chaînes). Contre des attaques venues de l'ouest, Buda est un sacré morceau (comme le montre l'histoire des sièges autrichiens, nombreux entre 1529 et 1686), facilement soutenable pour qui tient la rive orientale (elle sans relief: Pest est un endroit complètement plat). Bien sûr, prendre Vienne offre une potentielle base logistique, mais une coûteuse, éloignée des frontières ottomanes d'alors, et au bout d'un long saillant qu'il faudrait surgarnir de troupes rien que pour le garder, vu les densités de populations européennes autour, et les distances (longues côté ottoman, très courtes côté chrétien). Qui plus est, le coin est moyennement mis en valeur, surtout après la campagne de 1529, ce qui rend une armée ottomane très consommatrice de logistique dans ce lieu, et contraindrait Vienne à avoir besoin de stocks faramineux et régulièrement entretenus (l'axe logistique Vienne Budapest deviendrait absolument vital et une cible constante pour les Habsbourgs: campagnes militaires majeures régulières et raids constants seraient une norme chère à contrer). Ce qui fait que je vois mal la ville devenir un tremplin de conquête à l'est tant les contraintes dépassent les opportunités: au mieux, ce serait un abcès de fixation (et stratégiquement, il est cher à entretenir pour ce genre d'utilité; Budapest vaut mieux pour ce rôle). C'est vraiment la limite logistique d'un empire ottoman qui peut avoir atteint un stade de surextension, moins à cause des distances en soi (il va plus loin -par rapport à la capitale et/ou aux grandes bases- en d'autres régions) que des distances tempérées par d'autres facteurs: relief, climat, disponibilité du ravitaillement, et surtout la densité de populations adverses: l'Europe centrale et occidentale est un endroit plus segmenté et surtout plus peuplé, ces deux facteurs se combinant quand on parle de "distances militaires" et de la dégradation du ratio de puissance avec la distance, fait connu de la projection. Malgré son important noyau professionnel et un certain volant semi féodal rapidement mobilisable (en tout cas à l'époque de Soliman, la nature féodale de cet élément est supportable vu la marge de manoeuvre de ce souverain très fort), l'armée ottomane reste fondée sur un large élément provincial qu'il faut mobiliser (notamment sa logistique, la "main d'oeuvre"), conscrire, et concentrer à chaque saison de guerre. Comme bientôt l'armée espagnole, l'armée ottomane est déjà un lourd machin bureaucratique taillé pour un empire vaste et hétéroclite: c'est lent. Surtout juste après le ravage (1526) puis la perte de Budapest, verrou essentiel du Danube. Je crois pas: c'est une chose de jouer l'alliance ottomane tant que l'ottoman est loin et le Habsbourg près. C'en est une autre de faire la même chose quand l'ottoman est soudain tout près: François Ier reste un souverain chrétien dans une Europe chrétienne, qui plus est encore catholique (la Réforme se développe, mais pas encore de façon si radicale ni encore beaucoup à l'échelon étatique), et il y a bien des raisons idéologiques, culturelles, émotionnelles et pragmatiques pour que, quand Soliman arrive à des distances aussi courtes de l'Europe occidentale, cet aspect "realpolitik" exagérément célébré ou condamné de la politique extérieure française reprenne sa juste place. Surtout que la pression habsbourgeoise s'affaiblissant et une amorce de "coalition chrétienne" pouvant se profiler, François Ier aurait des difficultés s'il la jouait trop perso à ce moment, surtout quand en plus ses fils sont détenus à Madrid. Henry VIII a eu du mal à choisir une politique extérieure constante, et s'il y a un réchauffement avec la France suite à Pavie et à sa rupture avec les Espagnols, il ne faut pas l'exagérer vu ce que son "retour" en foi catholique ultérieur (période Jane Seymour) rappelle, et surtout vu son animosité personnelle avec François Ier et son tropisme pour une réitération de la guerre de cent ans (via Calais que les Anglais ont toujours), tant il est encore dans le moule mental médiéval et l'accroissement territorial sur le continent, qui passe par la France.
  17. Dans la gamme des massacres couplés aux paranos diverses des ayatollahs d'un 2ème Amendement fantasmé, un ex-policier du LAPD a apparemment pété un câble et tué et blessé plusieurs personnes (au moins 3 morts), notamment d'anciens collègues et des membres de leurs familles, avant de se diriger vers les zones montagneuses de Californie. Dans sa panoplie, un fusil de sniping lourd (si, si, un .50) et un lance missile, et contrairement à beaucoup de dézingués analogues, lui est qualifié pour s'en servir! Toujours en fuite, il semble que cette personne ait littéralement fondu un fusible en invocant une "perte de foi dans le système".
  18. Donc on ne sera pas prêt quand la Zombie Apocalypse arrivera? Du coup je change de tactique.... Longue non-vie à nos (futurs) seigneurs zombies!
  19. Tancrède

    1529 Vienne Tombe

    Le croissant ne sera jamais inventé, et du coup, j'aurais pas de petit déjeuner à cause de toi, salaud.... Ah, si, tiens, y'm'reste du cheesecake. Tout dépend du fait de savoir si Soliman a de quoi exploiter la prise de la ville et la garder, donc prendre un assez large territoire assez exposé: la conquête ottomane est lente et assez méthodique encore à cette époque, donc on peut supposer que ce mouvement de Soliman a été préparé, si du moins c'est une opération de conquête (je connais mal le contexte exact dans l'opposition Habsbourgs-Ottoman), et non un raid (massif) plus destiné à frapper les Habsbourgs pour les forcer à réagir là, donc une opération dans le contexte plus général de l'affrontement des deux puissances impériales du moment. Mais la carte de cette époque m'indique quand même que saisir Vienne et une certaine surface autour, c'est moins enfoncer un coin dans la chrétienté que créer une enclave qu'il faudra défendre en y mettant énormément de moyens. Surtout que là, et c'est la conséquences majeure, les Habsbourgs vont mobiliser radicalement leurs ressources sur cet axe principal de politique extérieure, et sans doute radiner des alliances plus solides en raison de la nature de la menace, surtout avec des pays ayant moins de bif direct avec les Austro-Espagnols-Impériaux (les Rosbifs, avec le fantasque Henry VIII rêvant d'une grande guerre qu'il n'a jamais eue dans la vraie histoire, sont en tête de liste). De même, une plus grande coalition des principautés allemandes, pour le motif opposé (la proximité), risque d'apparaître, et ce malgré le processus déjà engagé de la Réforme qui se répand dans une partie des Allemagnes. Beaucoup dépend ensuite de la complexe situation de la Pologne (déjà dans la préfiguration du futur "commonwealth" polono-lithuanien, donc un poids lourd de l'endroit) et de sa position. Mais si y'a des chances que la papauté appelle quand même à la défense de la chrétienté (quoique la papauté et les Habsbourgs en 1529, c'est pas l'amour fou), sinon même à la croisade, ça n'a plus le même écho, surtout si elle ne peut financer en partie. Quand à la France.... Ben, là y'a du jeu: François Ier peut négocier et obtenir beaucoup plus, même si au final, il ne peut faire autrement, une fois Vienne tomber, qu'entrer dans la danse contre les Turcs. L'Europe est encore un espace clos et lié avec certaines barrières, et un Turc faisant péter le verrou viennois n'est plus un lointain et potentiel allié, mais un empaffé avec une armée permanente maousse juste de l'autre côté des Alpes (c'est fou comme les opinions sont relatives à la situation :lol:). Donc le point est pour Paris de vendre un contingent qui sert à la fois de concours militaire et de garantie (une telle armée serait donc aussi "otage") contre des velléités de profiter d'une mobilisation excessive des troupes habsbourgeoises à l'est. Et qu'obtenir? Le retour des princes otages à Madrid (suite à l'échange d'avec leur père prisonnier après Pavie) d'abord: ça rendra Henri II moins chiant et morose de rester moins longtemps :lol:. Ensuite quelques rétrocessions de frontières et peut-être un règlement de la question bourguignonne. Après.... Mais s'il y a un truc qu'il ne faut pas imaginer, c'est une Europe faisant corps contre l'envahisseur. Selon toute vraisemblance, le Turc sera renvoyé outre-Danube et relativement vite (distances courtes, densités fortes, ressources disponibles) à moins que réellement, un jeu diplomatique terrible fasse bouger la tectonique des plaques européennes (vraiment douteux) au point de provoquer des ralliements fermes et/ou des neutralités absolues (voire favorables aux Turcs) à un Soliman qui, de son côté, peut aussi commencer à être en surextension malgré la top forme de l'empire à ce moment.
  20. Comment même commencer à expliquer à quel point c'est n'importe quoi, à commencer par cette séparation imaginaire comme quoi il peut y avoir un domaine économique séparé du politique, qui permettrait de dire "l'économie c'est OK, voyons maintenant la politique": un Chilien -issu de l'élite ulrariche- m'expliquait le Chili de Pinochet de la même façon: fascinant de stupidité et de superficialité ignarde, splendide raisonnement de tour d'ivoire, incroyable exemple de raisonnement segmenté, par petites cases. Tout comme le fait d'imaginer que parce qu'il peut y avoir des courants d'opinions au sein d'une vaste organisation, c'est presque pareil qu'une démocratie ou c'est la même chose parce que nous aussi on a des courants d'opinion. Là, faut vraiment lire, sinon y'a même pas de conversation possible. C'est comme dire que tous les êtres humains sont identiques parce qu'ils ont tous un trou du cul. Euh, faut se renseigner sur la Chine avant de dire des choses pareilles. La faiblesse (ou plus précisément la nullité, ou l'inefficacité à un moment donné) de la gouvernance/des décisions prises (je prends le terme au sens de "governance" en anglais) n'est pas du tout la même chose que la faiblesse du pouvoir: on parle de choux et de carottes, là. Un dictateur peut avoir un moment de bonnes décisions économiques, politiques ou autre; ça ne fait pas de la dictature un pouvoir fort ou durable, et ce d'autant plus que comme c'est un système qui tend à user rapidement son capital politique, les bonnes décisions sont généralement plus ou moins vite amoindries, voire nullifiées, par le coût de maintien du système (cf la Tunisie). Surtout qu'il faut largement relativiser le phénomène: - les statistiques chinoises sont plus que largement truquées et fausses depuis longtemps - les chiffres de croissance (assortis des bonnes photos ops aux bons endroits, et des semi villages Potemkine que sont les grands centres urbains modernes) et autres résumés trompeurs donnent un faux visage sans rapport avec la réalité, notamment quand on voit que dans les faits, si la Chine n'a pas au moins 10% de croissance, elle est de facto en récession - la proportion de population qui vit bien à l'occidentale est beaucoup plus réduite qu'on ne le dit, et encore plus quand on y ajoute la part de ceux qui vont (ou ont déjà) commencer à déchanter parce que les premières générations du développement sont aussi celles des enfants uniques qui n'ont que peu d'épargne, pas de systèmes sociaux, et des familles entières à charge. L'autre proportion qu'on qualifierait de "classe moyenne" émergente (à tous les stades de moyens), n'a rien de ce qu'on en dit par ailleurs. Et il faut rapporter le tout à l'immense majorité qui regarde la croissance sans y toucher. Et quand l'expansion cesse d'être faramineuse, la richesse se polarise à vitesse grand V, sans compensation, accroissant les déséquilibres déjà moins que supportables.
  21. Je faisais pas de comparaison; l'exemple romain était là pour illustrer, par quelque chose de connu (ou qu'on croit connu), un fonctionnement similaire qui indique POURQUOI des décideurs font ce qu'ils font, agissent comme ils agissent. En l'occurrence, la rationalité de César, avant tout individuelle et clanique, et ensuite romaine, l'a conduit à ces actions là. Il a besoin de la guerre des Gaules comme simple levier pour obtenir ce qu'il veut, mais déjà il lui faut inventer les Gaules (sinon, conquérir un empilement de tribus/nations celtiques indépendantes ou féodalisées, ça aurait rapporté politiquement beaucoup moins, ça aurait nécessité une autre stratégie et d'autres moyens, rapporté un pactole différent et sans doute moindre....); le déroulement de la guerre une fois que cette guerre a été "définie" (et là, il FAUT être César pour obtenir les moyens voulus, réussir les opérations, les penser, exploiter leurs résultats à tous les niveaux, les "vendre" à Rome et les faire fructifier en capital politique....) est là aussi l'occasion d'un "double front" (dans les Gaules et à Rome) infiniment complexe, et une fois une première sorte de "victoire" obtenue (parce qu'il faudra véritablement plus d'un siècle à Rome pour réellement conquérir les Gaules), il se lance dans sa vraie priorité, à savoir le pouvoir à Rome, qui passe par la guerre civile vu l'état de la république romaine et de sa structure de pouvoirs. Le pouvoir, c'est pour César son succès personnel (affirmer sa "virtus", planter son nom dans l'histoire, assouvir ses envies), la pérennité et la primauté de sa "gens" (famille au sens large) et de la clientèle nombreuse qui lui est associée (à ce stade, à Rome, une clientèle de famille patricienne représente plusieurs pyramides de milliers de gens), la victoire des populares et l'établissement fixe de leur programme politique, et enfin, quand tout cela est acquis et consolidé, une "certaine vision de Rome". A chacun de ces objectifs correspond une politique, des priorités et des décisions et actions; et concilier ces objectifs est rarement facile, voire possible. Donc s'il faut en sacrifier un ou plusieurs (ou une partie de chacun d'eux), tu pars dans le sens inverse de la liste que j'ai donnée; en l'occurrence, la "certaine vision de Rome" est ce qui prend en premier. Dans l'exemple présent, ça a été la guerre civile (devant les yeux du monde méditerranéen du Ier siècle av JC), ou plutôt les guerres civiles, jusqu'à l'avènement final d'Auguste et sa victoire sur Marc Antoine. Techniquement, ça représente une quarantaine d'années où Rome s'est déchirée, où les ressources ont été drainées, où des Etats vassaux se sont émancipés, où des adversaires (Parthes en premier) se sont lancés sur les conquêtes romaines.... Le pouvoir fonctionne de la même manière partout dans ses logiques fondamentales (individualités, clans, hiérarchies de clientèles, systèmes de dons, service contre service et patronnages, réseaux....) à quelques différences près (notamment l'hérédité: familiale, clanique, partisane....) qui dépendent plus du degré de développement et de la taille du pays. Mais là, c'est parler dans l'absolu et l'abstrait, sans quantifier: tel ou tel aspect est plus prononcé dans l'un ou l'autre système, ou l'un ou l'autre pays.... Cependant, un système démocratique fait participer plus, implique plus les citoyens (et surtout une bien plus grande proportion d'entre eux) à un degré au moins minimum (plus encore, il leur donne un sentiment de participer) et à plusieurs échelons (local, régional, national). Et les choses y vont beaucoup plus vite: un dirigeant a des comptes à rendre, malgré tout le degré de pourriture que peut atteindre un système démocratique tenant encore debout, et le système peut plus se renouveler (dans ses orientations, son organisation et ses personnels), malgré une tendance naturelle à la sédimentation des élites. Les engueulades y sont en majorité étalées en place publique, ce qui laisse moins d'abcès puruller, et la régularité d'élections pas trop biaisées permet des transitions (qu'elles soient heureuses ou non, c'est autre chose) qui, sans cela, seraient retardées et ne pourraient passer que par des affrontements de clans pouvant aller jusqu'à un affrontement physique. La démocratie n'a rien de parfait ou de satisfaisant (pour paraphraser la rengaine, c'est vraiment le "moins pire des systèmes"), mais elle civilise les affrontements, les contraint dans un cadre plus durable et permanent (l'état de droit avant tout) qui en retour offre plus de visibilité et de probabilité de stabilité à long terme (plus propice aux affaires car on peut se projeter dans l'avenir, ce que les acteurs économiques, chacun à leur échelle, veulent avant tout). Elle offre aussi plus d'opportunité de participer à la vie politique et économique, à la plus grande proportion de population possible (en Chine, quelle proportion de la population -hors, dans chaque catégorie sociale, d'une micro minorité de gens exceptionnels qui l'emporteront contre toute probabilité- a réellement même une chance ou une opportunité de se bâtir une vie meilleure?). C'est vraiment un truc où il ne faut pas raisonner en grandes abstractions: de fait, une démocratie (et ce qu'elle présuppose: instruction, information, débat contradictoire, Etat de droit), malgré toutes ses pourritures, offre plus d'opportunités à une plus grande portion de population, et surtout plus de contrôle sur les élites dirigeantes dont elle contraint et contient les logiques de fonctionnement bien plus qu'aucun autre régime. Les choses y vont plus vite, sont moins figées, les conflits se résolvent (au moins partiellement) plus vite et sont contenus dans certaines limites. C'est pourquoi il faut différencier le POUVOIR (qui est la même chose partout dans ses fondamentaux et ses principes de fonctionnement) du SYSTEME dans lequel le pouvoir évolue; et un système démocratique est là pour contenir le pouvoir, évacuer autrement beaucoup des conséquences de ses logiques de fonctionnement, encadrer les autres.... Et crée aussi souvent des logiques particulières à la démocratie, qui s'ajoutent au mix. C'est pas parce qu'on trouve des similarités dans les structures de pouvoir partout que les pays sont comparables. Très vrai: disons symboliquement qu'il y a un "pactole" que les factions au pouvoir se partagent (aux dépends d'autres factions, et surtout de larges pans de population), et tant qu'il est là en suffisance, les affrontements sont plus softs, voire mis sous le tapis. Les contradictions réapparaissent dès que le pactole diminue et/ou qu'il ne croît pas assez vite au regard des besoins et appétits des dites factions, et/ou que d'autres factions manifestent leurs appétits (ou des classes sociales, régions et pans de population jusqu'ici ignorées ou trop "rationnées"). Beaucoup d'experts disent que la Chine a mangé son pain blanc, à cet égard. L'augmentation des salaires (pour le tiers "développé" de la population) et les revendications sans cesse plus nombreuses et violentes qu'on voit un peu partout (dans les 2 autres tiers) qui forcent à rétrocéder à certains endroits ou à mobiliser plus de moyens de contrôle social et politique, s'ajoutent aux besoins croissants du pays dans tous les domaines (y compris les besoins de l'Etat, notamment militaires et policiers) et le tout dans un contexte international de crise, et où le reste du monde a commencé à réagir à l'expansion chinoise. Ca fait un gâteau moindre (ou ne croissant pas assez vite) à se partager.
  22. Primo, il aurait fallu en être capable (stratégiquement, opératiquement, tactiquement, diplomatiquement, politiquement: beaucoup de grandes qualités à réunir en une seule personne -ou peu qui s'entendent bien), et n'est pas Jules César qui veut Secundo, sans la conquête des Gaules, il n'y aurait pas eu de Jules César, donc pas de guerre civile débouchant sur une telle structuration unifiante du pouvoir, du moins pas dans le même temps. Et seule cette logique très particulière, non seulement créée/établie par César, puis ensuite poursuivie et développée par un autre géant, Octave/Auguste, a pu déboucher sur une autre conception de la logique romaine, de "l'Orbis" et de la "pax romana". Ces choses là n'étaient ni inscrites dans les astres, ni inévitables, et encore moins par essence dans le logiciel romain ou d'inévitables fatalités induites par la nature de l'espace romain tel qu'il était Tertio, il a fallu d'abord "inventer" une Gaule comme objet politique (c'est une construction purement intellectuelle de César, dont la conquête s'est en plus poursuivie pour pouvoir la conquérir: une conquête ultérieure, si on observe la logique romaine, aurait pu se contenter d'une consolidation du sud de l'actuelle France, d'ailleurs préférée à l'époque autant par les optimates (les adversaires de César) que par la majorité des populares (la "faction" politique à laquelle appartenait César), et les aspirations des Romains les portaient plus vers l'Orient, nettement plus riche et prometteur en terme de conquêtes qui rapportent, plutôt qu'un occident (Gaules, Bretagne, Germanies) sous-développé, non urbanisé et sans grandes réserves de métal précieux Je ne redévelopperais pas mon point, il est fait. Je précise seulement que le terme "irrationnel" n'a rien de valable en terme de politique étrangère ou de politique en général d'ailleurs: le comportement d'un pays en politique extérieur est plus souvent qu'autre chose le reflet, la conséquence, de ses logiques internes, et plus elles sont en confrontation, plus, vu de l'extérieur, cela peut sembler "irrationnel", ou "incohérent", ou encore "dangereux", mais ces termes sont impropres parce qu'ils placent un jugement de valeur sur des faits qui, eux, n'ont ni morale ni idéologie. Les rationalités internes à la Chine ont pour conséquence le comportement extérieur hasardeux actuel, et c'est précisément ça le reflet d'un pouvoir faible: ton raisonnement par d'un fait considéré comme acquis, à savoir une direction unifiée, univoque et n'oeuvrant que pour un présupposé "bien commun" vu de la même façon par tous, avec le même niveau de priorité accordé par tous. Cela a pu être vrai (et l'être encore en partie) sur certains sujets et dans certains cas, mais ça l'est toujours un peu moins quand la vision de ce qu'est l'intérêt commun diverge, quand le niveau de priorité à accorder sur tel ou tel sujet diverge, et surtout quand les intérêts de clans (et leurs situations internes) divergent (même pour mener une même politique, ils peuvent se disputer mortellement pour savoir QUI va la mener et acquérir le capital politique qu'elle rapporte si elle marche, et ces luttes elles-mêmes peuvent faire foirer la dite politique, l'handicaper, ou prendre complètement le dessus sur toute autre chose). Les individus raisonnent à leur échelle, sont faillibles, ont des priorités (individuelles, familiales, professionnelles, de clan, de faction.... L'intérêt supérieur de la nation peut en être plus ou moins proche ou éloigné, et il est rarissime que des gens au pouvoir y soient dédiés avant tout et soient prêts à y sacrifier beaucoup) souvent contradictoires qu'ils accomodent au mieux. La "rationalité" est présente, mais laquelle? En l'occurrence, les rationalités internes (les luttes de clans, pour simplifier, les intérêts personnels/de réseaux/de clan) sont prioritaires et, apparemment, de plus en plus concurrentes; et quand une telle situation arrive, la politique étrangère (du moins certains sujets à certains moments) en prend souvent un grand coup parce que, dans l'ordre des grandes priorités, si les incompatibilités internes sont trop grandes, elle est moins prioritaire (mais là encore, faut pas la regarder comme un bloc unique: les sujets consensuels, ou moins "in-consensuels" sont encore traités comme il faut, d'autres ne sont même pas mis en question.... Le business continue en permanence), parce que chacun des clans présents au plus haut niveau vise avant tout à garder et consolider son pouvoir (fric, ressources, réseaux à entretenir et développer, "pans" d'économie, d'administrations et services publics, ou de territoire à garder, positions pour soi, les siens, ses "clients"....). Et ces féodalités en Chine sont des choses immenses, recouvrant des pyramides de relations et de possessions d'une taille et d'une complexité infinies: c'est dur à entretenir, c'est dur à concilier et à garder ensemble.... Bref, chacune a aussi ses propres rationalités à observer. Le résultat, au sommet, est que les rationalités des "échelons inférieurs" contraignent absolument le comportement et la "rationalité" de l'échelon de direction nationale, et encore plus celle de son comportement international: si les confrontations sont trop nombreuses, trop importantes, les incompatibilités trop grandes, ça pose des problèmes, même si vu de l'extérieur, on dira "la Chine déconne et se comporte de manière irrationnelle", ce qui est aussi superficiel qu'égocentrique pour décider quelle est la "rationalité" qui prévaut. Et ça, c'est la marque d'un pouvoir faible. C'est la nature même du pouvoir, mais les démocraties ont cet avantage (ou ce moindre désavantage, selon les vues et les cas) de fonctionner plus vite via la publicité de la majorité des affrontements et l'implication des citoyens via le vote, aussi partiel soit-il. Le fait même d'un vote et de comptes à rendre est souvent mésestimé à cet égard: la démocratie (dans une société instruite et informée avec Etat de droit et débat contradictoire) a ses dérives, mais cet avantage est souvent aussi énorme que complètement oublié. On y est trop habitué, et quand on compare avec d'autres pays pas ou peu démocratiques soi-disant "efficaces", on ne voit en eux que ce qu'on veut y voir, et dans le cas de la Chine, c'est encore plus caricatural qu'ailleurs, comme cette vision d'une direction chinoise "efficace et pragmatique" :P :lol: qui ne résulte que d'un travail de communication/propagande d'un côté, et d'une mode médiatique de l'autre. Ou comme la vision de leur croissance qui, bien que réelle en partie, est complètement faussée dans l'imaginaire surtout occidental, tant on oublie (si on essaie de la connaître réellement) la réalité du fonctionnement de la Chine, sa réalité socio-économique, sa réalité politique, et le fait que cette image et les soi-disant statistiques publiées émanent d'un ministère de la propagande. Tout ce que je lis et vois sur la Chine m'indiquent au contraire un pouvoir de plus en plus affaibli et désuni, où le compromis est de plus en plus dur, et une confrontation croissante entre pouvoir central et pouvoirs provinciaux. Les pays qui agissent agressivement sont bien plus souvent des pays à graves problèmes internes que des pays unis solidement qui se trouvent soudain une idéologie consensuelle d'expansion (il y a de telles phases, mais elles sont rarissimes); historiquement, ça n'a jamais été démenti.
  23. Je ne mets pas en cause les individus eux-mêmes ou leur "valeur" métaphysique en tant qu'être humain, ni encore leur valeur professionnelle en tant que techniciens (quoique précisément ce soit un des problèmes: les officiers généraux sont des techniciens d'une spécialité qui, à leur niveau, est devenue une chapelle aussi bien qu'une paire d'oeillères), mais le fonctionnement du "système" du haut commandement, et les comportements qu'il impulse en conséquence, ce en quoi je suis loin d'être le seul (et la plupart des critiques sur lesquelles je me fonde viennent d'officiers généraux).
  24. Tous les pays font ça, mais parvenir à ce degré là d'un tel usage de la politique extérieure n'est déjà plus si fréquent, avant tout parce qu'on arrive dans les limites de ce qui est parfaitement maîtrisable, et on se met autant à la merci d'un incident qu'on se met dans une position où reculer devient très difficile (parce que équivalent à "perdre la face"), ce qui indique que quelque part dans l'un des deux gouvernements (ou les deux), quelqu'un a poussé un cran trop loin pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la politique étrangère et encore moins avec ces cailloux pelés. Quelle autre raison qu'un détournement des problèmes de politique intérieure? Même la Chine a rarement poussé si loin pendant une période si soutenue ses "coups de sonde", sans franchir une étape ultérieure. Quand on évoque de la "politique intérieure", faut pas penser immédiatement un truc immédiatement en lien avec l'opinion publique (ou plutôt dans le cas de la Chine, l'opinion publique des catégories sociales représentant quelque chose pour le pouvoir, ou, plus intangiblement, le "momentum" dans la sphère médiatique, le buzz du moment, ce qui tend à plus accaparer l'attention du moment). La politique intérieure en Chine reflète aussi ces quelques grands "clans" ou "féodalités" qui se partagent le pouvoir au sommet, et qui représentent autant des courants politiques différents (et plus ou moins opposés) que des groupements d'intérêts concurrents: combien de coups d'Etat dans ces hautes sphères depuis la révolution culturelle? Ils ne sont pas nécessairement violents et prennent plus l'aspect de révolutions de palais feutrées, mais l'un des principes d'un pouvoir faible est précisément que les changements de politiques sont des émanations des changements de direction (que ce soient les dirigeants qui changent ou le poids politique), si bien qu'on peut plus parler de coups d'Etat que de réorientations des politiques en place, et encore plus quand on souligne la concurrence en Chine entre les pouvoirs provinciaux et le pouvoir central. La question de "coups" de politique étrangère n'est pas tant à la base une question de boostage d'ego national qu'une question de quelle "tendance" semble avoir les rênes en interne et essaie d'asseoir son pouvoir via un axe politique ou un autre, notamment en politique étrangère: c'est pas le gouvernement chinois qui fait ça, mais une tendance dans le gouvernement qui essaie ce genre de trucs pour gagner du "capital politique" face à ses concurrentes, et ça, c'est un des signes d'un pouvoir faible. Quand César conquiert les Gaules, c'est pas pour booster l'ego romain, punir les Gaulois (qui n'existent pas: César a "inventé" la Gaule pour l'occasion) ou "pour la gloire et le profit de la république", mais pour gagner le capital politique (fait de prestige religieux et politiques, de soutiens, de troupes, de fric....) pour s'imposer à Rome face à ses concurrents. Là, la question n'est pas d'aller jusqu'à la guerre ni de résoudre une situation de politique étrangère; mais le degré où cette chose est poussée rend la chose peu contrôlable, voire même risquée, signe que quelqu'un à Pékin a poussé un cran trop loin et qu'à ce stade, d'autres sont forcés de suivre et de faire le damage control en même temps. C'est précisément parce que c'est une épée à double tranchant que la présente situation indique que quelqu'un a sérieusement engagé un truc sans réfléchir suffisamment (ce qui indique un manque de marge de manoeuvre), et que la direction chinoise doit être tout sauf univoque (sauf publiquement évidemment; là, y'a pas le choix, tout le monde est ensemble, uni, s'aime et se respecte, et n'oeuvre bien sûr que pour le bien supérieur de la patrie adorée :P). . Cependant, les équivalences sont à limiter entre Chine et Japon: le Japon est une démocratie où infiniment moins de choses sont discrétionnaires et peuvent rester dans l'ombre aisément, et où existe un débat public autant qu'une opposition publique des tendances politiques. It's game of give and take :lol:: des deux côtés, au moins pour les opinions professionnelles et raisonnables, on sait qu'il faut éviter d'acculer un adversaire et toujours lui laisser une porte de sortie (ce pourquoi on évite généralement de franchir trop de caps, et on laisse toujours des courroies de transmission discrètes): donc des deux côtés, on doit AUSSI réfléchir aux moyens de régler la chose (qui est apparemment allée un peu trop loin, hors de contrôle par certains aspects: du fait de qui ou de quoi?) de façon "honorable" pour tout le monde. Mais plus ça va loin, plus c'est dur.
  25. Ca y est, l'affaire a franchi le cap des "Beltway media" pour devenir un des débats chauds du moment: l'audience de confirmation de la nomination de John Brennan devant la Commission du Renseignement, hier, a donné lieu à une rafale de mises en questions sur les exécutions discrétionnaires par la CIA, là où il n'y aurait du y avoir qu'une intronisation routinière. Depuis le début de la semaine, cette question était devenue la patate chaude du moment, aux côtés de la violence par armes à feu, de la guerre civile dans le parti républicain et des questions budgétaires, emblématisée par le terme "drone war", en référence au large usage de drones dans ce mode d'action de la CIA, avant tout en raison de la publication fortuite par NBC d'un mémo interne de la Maison Blanche qui, par une interprétation discutable de la Constitution (notamment celle du terme "menace imminente"), indique que la politique du président Obama a tendu vers l'établissement de dangereux précédents autorisant de facto l'exécution discrétionnaire d'individus à n'importe quel moment, y compris, ce qui permet au débat de devenir pleinement politique, de citoyens américains. Le Congrès semble avoir donc repris la main, rebondissant sur la vague médiatique: la question n'est pas celle des drones, qui ne sont qu'un vecteur nouveau (quoique cette technologie et sa disposition par les services de renseignement change aussi, par sa boucle décisionnelle et la rapidité de son usage, bien des problématiques et logiques de fonctionnement en place), mais bien celle d'un problème de libertés publiques, d'institutions, de responsabilité, de risques graves.... Soit déjà le même genre de problématiques qui avaient présidé à la création de la Commission sur le Renseignement dans les années 70 (en réponse aussi à des programmes d'assassinats par la CIA et aux risques de "politique étrangère parallèle" avant même l'ère Reagan). John Brennan, un "company man" pur et dur devenu un intime du président Obama, a donc du affronter une audience résolument agressive et une mise en cause de ce nouveau mode de fonctionnement de l'action des services de renseignement américains. Flippant à bien des égards....
×
×
  • Créer...