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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Et si c'est vrai et ça persiste, ces "obstacles", et évidemment si ça aboutit, tu auras le concert des vocalises dramaturgiques médiatiques pour dire "regardez, encore une fois on fait tout pour que l'Europe capote", des "on "ne veut rien de grand en Europe", ou encore des "ces Etats, quels égoïstes à courte vue" et autres conneries sans nom ni imagination, certaines sincères et brâmées par des idiots utiles et idéologues, d'autres par des aigris qui auront perdu une occasion, et surtout d'autres par du spin bien organisé pour désigner du bouc émissaire (et devinez qui est le pays bouc émissaire habituel et désigné :lol:). Ceci dit si ça foire, on peut se demander quelle sera la position d'Enders dans EADS; en combien de temps d'expédition des affaires courantes sans grande capacité à mener son CA devrait-il présenter sa démission?
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Et surtout parce que dans un tel cas de figure, l'Etat français est dans le deal en éternelle position défensive/de recul par rapport à l'agenda de la nouvelle entité qui se fout éperdument d'où se trouve ses sites de production et de combien d'emplois ils représentent, alors que l'Etat doit tout faire pour maintenir (même pas accroître) l'emploi, surtout industriel/à haute valeur ajoutée. Quitte au besoin à y sacrifier ses intérêts en matière d'équipement des forces, notamment par le fait d'avoir ce dont il a réellement besoin, dans les quantités, délais et conditions dont il a besoin (du moins ceux qu'il peu se payer parce qu'il a aussi de son côté sa part de merdages) et au prix le plus pertinent (qui n'arrivera jamais face à un monopole en position absolument dominante). Vu les préoccupations qu'on peut attendre d'un CA tel que celui de BAE, l'Etat devra aussi mettre plus et plus fréquemment la main à la poche pour les investissements, régulièrement ou à chaque fois que le nouveau géant dira "on voudrait bien développer ça, mais on s'est un peu trop servi ces dernières années et on a pas l'intention de changer cette habitude, mais si vous voulez vos armes et vos emplois, ben faut payer, et pas seulement le prix de vente, et après, faut mettre toute la diplomatie et toutes vos bargaining chips pour exporter ces trucs en plus".
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Oui, c'est plus encore qu'un problème de gouvernance: il faut y ajouter la problématique des positions de négociations et celle de la nature des marchés d'armement européens concernés par la création d'un tel géant. Avec pour résultat un effet majeur sur la définition de la doctrine/composition des forces, le coût des matériel et leur utilité réelle par rapport à une stratégie bien pensée de l'Etat. Ca ne devrait pas être le cas, mais quand il y a un seul offreur, c'est à ça qu'un Etat en est réduit. Et l'Etat a la double obligation d'avoir un appareil militaire efficace maintenant et une capacité d'en produire des efficaces demain et après demain. "Efficace" voulant dire aussi bien "performant" que "adapté" à une stratégie qu'il a défini lui-même.
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D'une façon absolument neutre et objective? C'est pas l'impression que ça donne. Tu parles dans un absolu indifférencié, tant du point de vue du marché concerné (comme s'il y avait beaucoup de concurrence, seule créatrice de la dynamique souhaitée) que du point de vue du secteur (point fondamental des intérêts stratégiques de la nation, pour les productions disponibles, la capacité à long terme de chercher et produire....). Ces 2 points ne sont pas présents ou sous-jacents à la présentation que tu en fais tant c'est un énoncé général d'abstraction économique. Les considérations sur le nombre d'emplois existent, mais sont à mettre entièrement au second plan par rapport à ces impératifs. Et franchement, le besoin de cash des actionnaires principaux aux dépends de l'investissement nécessaire pour l'avenir devraient être la priorité à foutre en queue de liste. Evidemment, il faut composer avec, mais j'ai pas l'impression que la position de BAE et le lobbying qui l'accompagne intègre de près ou de loin d'autre préoccupation que celle-là. Ou un modèle stratégique tourné vers le fait d'avoir le plus de certitudes possibles de conserver les capacités clés de recherche et production dans l'avenir, donc de garantir le potentiel militaire de long terme. Soit voire au-delà du calcul à la petite semaine. Différence entre la temporalité dans laquelle doivent se penser les Etats et la seule que veulent voir les gros actionnaires d'une entreprise. Et ma question principale, plus haut, était de se demander s'il n'était pas temps de regarder si ces 2 logiques étaient encore compatibles, particulièrement sur un marché aussi crucial que l'armement, et plus encore dans la situation européenne où la concurrence n'existe quasiment plus, sauf à sacrifier des intérêts fondamentaux et de moyen/long terme en achetant extra-européen. Et dans un marché sans concurrence envisageable, cela place qui en position de force pour dicter les critères fondamentaux de l'offre? L'entreprise qui a un marché captif ou l'Etat qui sacrifie son intérêt immédiat ou son intérêt de long terme, les 2 étant pour lui des impératifs aussi cruciaux à leur façon? Encore une fois ce n'est pas UN groupe industriel seulement: c'est un ensemble de capacités de production et de recherche dans le secteur le plus vital pour une nation, donc non seulement la capacité à produire à un instant T doit exister, mais encore plus la certitude que cette capacité existera encore à un horizon éloigné. Tout doit être fait pour garder cette capacité, et les préoccupations de quantité d'emplois (ou "l'intérêt économique" dela nation en général) ou de redistribution massive de dividendes (attention à ne pas répliquer en confondant sans le dire "dividendes massifs" et "rentabilité" qui sont deux réalités très différentes) passent franchement loin au second plan. La part du hasard et des caprices d'avidité d'une gestion d'entreprise ne répondant qu'aux desideratas des membres du CA doit être réduite au minimum, ou à défaut, faire l'objet d'un compromis clair et net où aucun intérêt de l'Etat ne peut être sacrifié. Ca peut sembler extrême de le formuler comme ça, mais on n'est plus à une époque où il y a multiplicité de l'offre. J'ai pas l'impression que la splendide gestion de BAE ces dernières années ait été dans l'intérêt supérieur de la nation britannique qui se retrouve sur beaucoup trop de plans à la ramasse et en état de dépendance fondamentale. Enfin dernier point: un seul offreur sur le marché européen, c'est pas vraiment une bonne formule pour "l'intérêt national" ou "l'intérêt européen". C'est JAMAIS une bonne formule parce que les seuls concurrents possibles sont extra-européens, ce qui veut dire qu'il n'y a pas de concurrence parce que précisément le maintien des emplois et de la capacité devient dans une telle dialectique l'autre partie du coût réel de tout achat de matériel important auprès d'un acteur extérieur, soit, surtout combiné à la logique managériale, une menace directe sur le pan des capacités de productions concerné. Autant dire qu'il n'y a aucun recours et donc achat forcé, que le produit soit bon ou non, réponde aux exigences d'une doctrine militaire pensée avant tout par les décideurs stratégiques et tactiques ou non. Et la définition des "matériels utiles" (donc de fait de la doctrine) est plus souvent issue des labos et CA qu'autre chose. Tout comme le prix. Ou à externaliser/subordonner les décisions concernant les intérêts stratégiques de nations aux besoins et desideratas d'un conseil d'administration. Un vrai labo pour l'UE.... Ah non, c'est vrai. Pour qui a passé quelques temps à voir comment les processus de décision fonctionnent à Bruxelles, c'est déjà le cas.
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USMC, équipements individuels, protection et armement.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Amérique
Pourquoi? FELIN est tout pourri? -
:lol: :lol: Bien vu; pan dans ma gueule :lol:! J'ai cependant un peu l'impression de plus voir une administration, un service trop organisé et "en place", où on fait carrière de façon trop régulée/ordonnancée, manquant de souplesse sous bien des aspects. Une partie "obscure" complémentaire et directement sous l'autorité des ambassadeurs (avec un élément central pour le ministre, sa "marge de manoeuvre") aurait beaucoup de sens, même s'il est vrai qu'à bien des égards, un certain montant de fric à dispo des décideurs sur place leur donnerait en soi déjà de la marge de manoeuvre, de même qu'une autre conception de la continuité du service, des équipes et des individus en place dans un endroit, quelque part aussi une "culture" du renseignement spécifique à la diplomatie et répondant moins aux logiques plus internes d'un "grand corps" tel que celui de la carrière de diplomate.
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Juste un petit truc pour montrer ce que veulent dire les termes de plus en plus évoqués de "Citizens United" (l'arrêt de la Cour Suprême sur le financement électoral, notamment voté par 2 juges connus pour avoir reçu des fonds issus des institutions financées par les frères Koch) et de "SuperPACS": les sommes engagées dans la campagne par les SuperPacs (organisations concentrant des donations sans plafonnement et totalement opaques) de Karl Rove (ex spin doctor en chef de Bush Jr) et des frères Koch dépassent au jour d'aujourd'hui les 700 millions de dollars, avec les frères Koch qui financent par ailleurs un nombre énorme de campagnes électorales parlementaires et autres instituts et fondations, et s'étant par ailleurs déclarés prêts à dépasser à eux seuls le milliard de dollars dépensé pour la campagne. On voit par ailleurs le développement à outrance de multiples tactiques de communication électorale comme le matraquage médiatique de dernier moment (appelée "blitz campaigning") dont l'effet électoral a déjà été vu dans les dernières élections (surtout de gouverneurs) en date, de 2010 et 2012. Les chiffres de ces 2 seuls SuperPacs, les plus gros, n'incluent pas les autres Super Pacs (notamment celui de Sheldon Adelson) et surtout, n'incluent pas le financement de la campagne de Mitt Romney proprement dite (bref, le pognon récolté en propre à l'organisation républicaine) qui dépasse largement les 300 millions de dollars (pour comparaison, la campagne de John McCain en 2008, campagne sans SuperPacs -juste des PACs plafonnés- ou autres financements à côté, a avoisiné les 330 millions). Les SuperPacs démocrates n'avoisinent même pas 15% de ce total hallucinant déjà proche du milliard de dollars, les fonds de campagne démocrates étant relativement comparables à ceux du parti républicain. A noter pour les PACs et SuperPACs, qu'il faut, pour retrouver les chiffres, cumuler ceux qui sont au niveau fédéral, et ceux qui sont organisés au niveau d'Etats ou le cumul de ceux d'Etats (les associations de gouverneurs démocrates et républicains étant assez conséquentes, même si le fond des seconds est plus de 2 fois plus riche que celui des premiers). Ajoutez: - la grande manoeuvre actuelle, partout dans les Etats à majorité électorale/gouvernorale républicaine, des "Voter ID", qui, essentiellement, vise à exclure du vote une portion de l'électorat, soit disant au nom de la lutte contre la fraude électorale, mais qui étrangement semble cibler tout ce qui semble avoir un profil d'électeur démocrate probable. Autour de 20 millions d'électeurs sont concernés par ces politiques, même si heureusement ce total ne sera pas atteint. - la complication du processus de vote, dans ces mêmes Etats, qui semble cibler outrageusement les comtés notoirement démocrates: diminution du nombre de lieux où voter, restriction des horaires d'ouverture (surtout sur les créneaux horaires où les électeurs plus statistiquement démocrates votent) et restriction des "early votes" (votes faits avant les élections, qui vont commencer très bientôt), notamment ceux des militaires outre mer. Ces faits font partie d'un mouvement qui, quelque part, est une suite logique de ce qui s'est passé aux USA ces 30 dernières années: dérégulation, "financiarisation", extrême polarisation des richesses, radicalisation déséquilibrée du débat public, idéologisation d'une part de l'électorat, organisation peu spontanée de la droite dure, décadence des médias d'information vers une médiacratie où le poids conjugué de la course à l'audimat (et des audimats ciblés bien plus qu'un "grand public" monolithique), de l'info-spectacle-émo-sensationalisme (on choisit plus sa chaîne, ni même le ton, mais les faits qu'on veut voir, vrais ou faux) et des annonceurs orientés et lobbyistes/"special interest groups", a pulvérisé l'information. Ces tendances aboutissent depuis quelques temps, et de façon accélérée depuis le lendemain du 11 septembre (et son instrumentalisation massive), à ce qui est de fait une OPA hostile et graduelle de franges politiques et groupes d'intérêts sur la scène publique américaine et sur la législation. La politique version "ère Bush-Cheney-Rove", elle même une évolution caricaturale de ce que l'ère Reagan avait lancé, était encore artisanale et "à couvert" à côté de ce qui se fait maintenant. Cela fait 3-4 ans que le "schéma" peu innocent de cette tendance commence à être décomposé, expliqué et exposé au public américain de façon un peu convaincante et surtout un peu efficace, avec au centre, comme élément électoral visible, le mouvement dit du "Tea Party", initialement assez spontané et divers mais très vite récupéré et instrumentalisé pour propulser une nouvelle forme d'extrême droite dure qui a de facto pris le contrôle de l'agenda du parti républicain, transformant le mouvement (qui n'a en fait eu "d'authenticité" réelle que pendant ses quelques premiers mois d'existence, mais capitalise toujours sur une image de "grassroot movement", issu "de la base"), et ce avant tout par l'argent, en outil électoral principalement fait d'idiots utiles, élus comme militants. Le cycle électoral de 2010 a été la première étape "au grand jour" de cette "nouvelle scène" politique. Les frères Koch (qui représentent à eux deux une fortune supérieure à celle de Warren Buffet) sont au coeur de cette évolution dont ils ont apparemment fait leur grand objectif dans la vie (qui serait prêt à foutre autour d'un milliard de dollars dans une seule campagne?), et sont juste le fer de lance d'un mouvement d'une bonne partie de l'élite économique américaine. Evolution inquiétante, il ne faut pas non plus la sous-estimer en partant du principe que "la démocratie se rééquilibre" ou que "toute action entraîne une réaction": il y aurai certes une réaction, et elle s'est déjà faite sentir ici et là, mais les chiffres en jeu (et avant tout le fric), les tactiques en jeu, les dispositifs et législations qui correspondent à ce nouvel environnement politique déjà aujourd'hui, ne sont pas à mésestimer tant cet ensemble est de nature à représenter un "game changer" de très très grande puissance. Malgré toutes les bourdes de la campagne Romney, le temps qu'il reste encore (une éternité en politique), les restrictions sur le vote de nombreux pans de population, la proportion obligatoire de déçus d'Obama (usure du pouvoir) et surtout la puissance des dispositifs électoraux (moyens absolument gigantesques, tactiques et organisations en place, importance du matraquage de dernier moment....), ces bourdes ne garantissent aucunement une victoire d'Obama, et d'une, et une majorité démocrate au Parlement, et de deux. Même une victoire démocrate sur tous les plans ne garantit pas une capacité à réformer le fonctionnement du système politique et électoral. Et la question peut devenir pour l'Europe, entre autre: quelles perspectives si une Amérique plus structurellement radicale et ploutocratique devient la nouvelle donne? Note: pour ceux qui veulent voir le démontage du système de façon ludique, je conseille la récente série HBO (pas politiquement neutre mais modérée) The Newsroom, d'Aaron Sorkin (le producteur et scénariste-dialoguiste de la longue et très récompensée série The West Wing), une série focalisée sur un "20h" fictif dont les journalistes décident soudain de faire du vrai journalisme, et dont le fil rouge de la 1ère saison s'attaque aux multiples aspects de cette évolution politique américaine, pour conclure la saison sur un résumé de la Tea Party, fortement différenciée des principes républicains, et qualifiée de groupes des "Talibans Américains" (ce qui a fait quelques remous).
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Marrant comme les fanas de l'opération omettent le simple fait que ce ne serait plus vraiment "nous", ce machin, et que "nous" n'auriont plus grand chose à dire là-dessus. Où est l'intérêt stratégique de la France? Quels choix fera ce bidule géant dans le sens d'intérêts français? Il n'y a absolument AUCUN argument sorti jusqu'ici qui ait montré quoi que ce soit en ce sens. Seul argument avancé: "être un géant". Youpi. Un géant qui servira ses propres intérêts (ceux de ses grands institutionnels, en fait), sans concurrence européenne aucune capable de rivaliser, donc un acteur plus puissant que ses clients qui en seront les prisonniers de fait, sans alternative sinon acheter hors Europe et ce faisant abîmer ce qui reste de leur base industrielle.
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et si trafalgar n'avait pas eu lieu ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Uchronies
Personnellement, je n'arrive toujours pas à comprendre en quoi Traflagar est une "bataille décisive": les Anglais pouvaient se permettre d'encaisser une défaite (taille de la flotte), et une victoire pour la France n'aurait rien changé pour Napoléon vu qu'après, la flotte française n'aurait toujours pas été assez conséquente pour garantir une quelconque capacité à franchir la Manche et envahir l'Angleterre (qui plus est à maintenir les lignes de communication), ou à desserrer l'étau naval anglais sur les côtes françaises et à plus longue distance. Et de toute façon, à cette date, une invasion de l'Angleterre n'était plus vraiment dans les tiroirs et il était déjà vraisemblable qu'il fallait pour Napoléon regarder vers l'Europe centrale. Une victoire navale aurait-elle même eu un effet diplomatique/stratégique pour convaincre les candidats à la 3ème coalition de ne pas poursuivre plus avant? J'en doute fortement. Le différentiel naval était alors trop grand, la flotte française pas encore assez mature (trop peu d'officiers capables, trop peu d'équipages formés pour se payer une série de victoires contre les Brits), pour avoir une quelconque capacité à être un pion de nature à porter des coups à ampleur stratégique, à être un game changer. L'effort naval britannique était alors énorme, avec encore de la réserve, alors que la marine française ne pouvait pas être suffisamment financée, souffrait toujours de la déplétion radicale de cadres issue de la révolution, et manquait, comme toujours, de populations maritimes (les façades maritimes n'étaient pas assez peuplées par rapport aux populations maritimes anglaises). Tout au plus cela aurait pu permettre d'ouvrir une fenêtre d'opportunité pour que les Espagnols reprennent Gibraltar, ce qui, franchement, ne m'apparaît pas non plus comme un mouvement de nature à changer énormément de choses dans le cours de la guerre. Ca aurait emmerdé l'Angleterre, compliqué un peu leur accès à la Méditerranée sans réellement la leur fermer, sans plus. -
N'est-ce pas un tantinet l'essence du renseignement? Le renseignement britannique est né de la systématisation et de la centralisation progressive de l'usage par le service de renseignement de la Navy d'entretenir des correspondances savamment entretenues avec les réseaux financiers et commerciaux de leurs implantations outre-mer et de leurs missions diplomatiques: les attachés navals britanniques dans les ambassades/consulats/missions/représentations étaient le centre de ces réseaux relationnels. Les services anglais modernes sont nés d'une professionnalisation et d'un rapprochement progressif de ces réseaux de la Navy et du Foreign Office. Les grandes heures du renseignement français sous la Monarchie viennent aussi de correspondances discrètes/secrètes autour des réseaux diplomatiques et personnels de tout ce qui pouvait être "de confiance" (ou contraint) à l'étranger.
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Quelques questions/pistes de réflexion: - pourquoi un tel différentiel de budget dans le domaine du renseignement entre la France et d'autres grands pays? - quel est la réalité de la culture du renseignement dans les élites dirigeantes, vu sous l'angle des professionnels et comparé à d'autres pays? - peut-être une question qui me travaille beaucoup: pourquoi aucun service/réseau/moyens de renseignement n'existent sous la tutelle du Quai d'Orsay qui me semblerait le lieu le plus évident pour en avoir un?
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Qui omet totalement les points qui font débat: - la gouvernance: on arrive là dans le débat sur la place des Etats dans la décision au sein d'un tel acteur hypothétique du secteur, et là y'a clairement des arpenteurs de CA professionnels qui veulent pas de l'Etat dans ce qui n'est pourtant pas un secteur commercial comme les autres - la vision qui sous-tend cette gouvernance: la direction de BAE n'a pas vraiment démontré sa capacité à agir dans l'intérêt national, au point d'y sacrifier pas mal de sa capacité à gérer l'avenir. L'intérêt des Etats, qui offrent beaucoup de choses à de telles boîtes (accès privilégié à des technologies et à des marchés "sécurisés", cofinancements de programmes....) n'est tout simplement pas le même qu'un tel géant: les Etats seraient à la merci d'un tel fournisseur unique qui lui n'obéirait, si la fusion se faisait aux conditions de BAE, qu'aux intérêts décidés dans un conseil d'administration qui ne vise que des profits, et, l'histoire récente le prouve, des profits de court terme. Le "pont" entre la vision "d'arsenal" dont les Etats ont besoin et celle de profitabilité (parfois immédiate) à laquelle les entreprises répondent ne semble plus si évident à construire. L'Etat britannique a t-il réellement bénéficié de l'évolution de BAE ces 20 dernières années? A t-il gagné ou plutôt perdu? C'est peut-être aussi la question à se poser, parce que la réunion des 2 entités placeraient les Etats participant face à une évolution similaire. L'article semble exclusivement obnubilé par l'idée de créer ce "pion" industriel abstrait en négligeant complètement la question simple de savoir pour qui ce pion roulerait et, par rapport aux intérêts des Etats, comment il mènerait sa barque. C'est un peu tout le point: l'Etat doit rester le grand décideur dans un secteur pareil, et avec un système de production privé, cela ne peut être que s'il y a un minimum de concurrence au sein du même turf. L'industrie européenne de la défense, si elle veut voir le jour, ne peut se permettre d'avoir un seul acteur, comme elle ne peut se permettre d'en avoir trop.
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Tu réponds pourtant à ta propre question: elle ne le fait pas pour la même raison que les USA ne se pressent pas trop pour reprendre le vol habité avec un objectif plus lointain que la banlieue terrestre (même pas la lune): c'est très cher, et pour encore un moment, y'a pas de grandes raisons ou d'intérêt majeur de le faire. Ca c'est fait dans les années 60 parce que tout d'un coup, c'était devenu un enjeu politique qui justifiait ces coûts. Puis ça s'est ralenti pour des raisons de coût et parce que, passé quelques voyages lunaires, l'objectif politique avait été atteint et la répétition ne servait à rien, sans qu'une autre justification puisse prendre le relai. Pour la Chine aujourd'hui, ça semble être un objet politique d'intérêt; à voir s'il se maintiendra au regard de leurs autres impératifs. Pourquoi l'UE ne le fait pas? Simple: c'est une chose, et une gamme de coût, que de développer les technologies, c'est une toute autre gamme de coûts, et de ce fait une toute autre chose, que de les mettre en oeuvre dans un grand projet avec un objectif donné, genre la lune, Mars ou ailleurs. Pas du tout la même gamme d'investissements, loin s'en faut. Y'a t-il une seule raison valable justifiant des investissements publics de cette ampleur? C'est beau la découverte, le rêve.... Mais ça coûte, et qu'on le veuille ou non, ça doit rapporter quelque chose aussi à relativement court terme (pendant la guerre froide, ça rapportait sur bien des plans: symbolique, politique, crédibilité, retombées économiques dans un Etat encore largement conçu sur inspiration keynésienne....). Là, c'est pas le cas, alors chaque picaillon est compté, et tout ce qui est financé sérieusement, c'est le lancement de satellites parce que ça rapporte et les autres retombées servent. Accueillir les Russes à Kourou, ça rapporte du fric et ça met dans une bonne position de négo avec la Russie. Je ne crois pas que le terme "mendier" soit le bon, parce qu'en l'occurrence, c'est pas la Russie qui est tant que ça en position fondamentale de force dans un deal conçu ainsi: le terrain est français, les installations russes sont en quelque sorte "à la merci" des Français et Européens qui sont les tôliers, et les Russes, pour l'activité qui se déroule à Kourou, n'ont pas énormément de trucs à offrir dont les Européens aient un besoin vital. Pour d'autres technologies visant d'autres programmes, où les Russes peuvent avoir un avantage, le fait pour l'instant que les Européens ne semblent pas avoir de grandes ambitions pour des projets spatiaux à portée plus large et en fait essentiellement politique/symbolique (ça ne changera que quand on trouvera un moyen de mettre la lune, Europe, Mars ou la ceinture d'Astéroïdes dans un circuit d'exploitation économique), ne fait que renforcer leur position de négo. Le seul avantage des Russes dans le deal, c'est ce qu'ils ont déjà bâti, pas leur technologie: ils ont un "capital acquis" de structures, engins et lanceurs qui existe, donc n'induit pas de coûts supplémentaires, ce que précisément les Européens n'ont pas envie de commencer à construire parce que précisément ils n'ont pas envie d'investir les sommes colossales qui vont avec. C'est comme préférer être locataire que propriétaire: pas le même montant concentré dans le temps. Faudrait te mettre dans le crâne que PERSONNE ne veut ce genre de programmes: pour l'horizon encore visible, ça ne rapporte rien du tout. On ne peut ni estimer de retombées à court terme, ni à moyen terme. C'est une chose de critiquer des politiques à courte vue parce qu'ils ne veulent rien faire qui n'aie de retombées avant la fin de leur législature, c'en est une autre de critiquer des politiques qui décident de ne pas se lancer dans ce genre de trucs parce qu'aucune retombée avant 20-30 ans au moins n'est envisageable. Parce qu'en attendant les exigences des rêveries, y'a un peu d'autres trucs en cours de route, genre crise financière, pauvreté, économies en panne, infrastructures insuffisantes ou croûlantes, sécurité publique.... Ou défense :lol:. Et la pratique ne rapporterait rien ni économiquement ni politiquement aujourd'hui à l'Europe (à la Chine, ça rapporte un peu politiquement, un peu à l'extérieur et surtout à l'intérieur), donc le faire ne démontrerait en fait aucun "pouvoir". Des mots creux: "l'aventure spatiale humaine", c'est du baratin de campagne publicitaire pour emballer un lyrisme sentimentaliste. On fait ce qui est utile, on alloue des ressources où c'est utile à un horizon satisfaisant. Il y a certes un intérêt pour la recherche fondamentale et les domaines scientifiques dont l'horizon est indéterminable, mais ça a un coût. Ne penser et n'argumenter qu'avec ces termes lyriques "d'ambition", de "rêve".... C'est aussi comme ça qu'on a justifié des guerres et conquêtes coloniales pour éviter les problèmes plus pressants. C'est un peu la même chose que Pierre le Grand décidant de consacrer une part hallucinante des ressources de son pays à l'édification de St Pétersbourg: les centaines de milliers d'hommes mobilisés de force, les millions ayant du subir un surcroît d'impôts et prélèvements forcés, tous ceux qui ont du subir à un degré ou à un autre l'effort de construction mais aussi tout ce qui n'a pas été fait en raison de ce drainage de ressources, et enfin les 30 à 40 000 ouvriers morts sur ce chantier inhumain, seraient sans doute peu émus par tous les touristes s'émerveillant aujourd'hui devant la beauté de la ville qui eux se disent que ça devait valoir le coût. Si les Russes avaient eu leur mot à dire à l'époque, face au "rêveur" Pierre le Grand et ses "ambitions", la ville n'aurait pas été faite, et ils s'en seraient sans doute beaucoup mieux portés. On est aujourd'hui dans des régimes où les citoyens ont leur mot à dire et pas à se sacrifier pour des ambitions de "rêveurs" couvrant des décennies ou des siècles. Ca fait des avancées plus lentes, mais plus consensuelles et généralement plus durables.
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Chine-Japon : dégradation spectaculaire des relations.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
Il me semble plus inquiétant de se poser la question de la stabilité intérieure de la Chine: la croissance ne suffit visiblement pas à équilibrer cette situation, en partie en raison du niveau effrayant d'inégalités de répartition des richesses (corruption, avidité des nouvelles élites, système légal douteux, système administratif/étatique peu efficace dans bien des domaines....). Et on commence à entrer dans une ère (croisons les doigts) où les pays industrialisés seront peut être un peu plus méfiants à l'égard de la Chine et essaieront de rééquilibrer les rapports industriels et commerciaux, alors même que la question monétaire tendra plutôt à être normalisée, rendant bien des choses moins facile pour Pékin. Bref, il va falloir pour eux se poser la question d'une meilleure organisation interne et d'équilibres nouveaux à trouver, ce qui peut supposer beaucoup de sujets de crise potentiels, tant parce que les réponses ne sont pas évidentes que parce que les bénéficiaires des équilibres actuels n'ont pas forcément très envie de perdre même un peu de leur assise (ce qui peut entre autre, l'histoire le montre, se traduire par une fuite en avant dans la radicalisation, le populisme, une politique extérieure agressive comme exutoire....). Et pas plus qu'une guerre mondiale n'est un scénario acceptable pour qui que ce soit (rien que parce qu'elle serait un tantinet nucléarisée), une Chine en crise interne ne semble une perspective enthousiasmante. -
Il en a détruit certains, pas totalement démoli d'autres (laissant une part de population après lui avoir prélevé de quoi la "punir"), selon les cas, mais réutiliser, ça c'est rarement fait: la campagne des gaules est mobile, et les seuls moments où une troupe romaine campe pour un long moment, c'est essentiellement pendant les hivernages. Et pour ça, ils préfèrent naturellement faire un camp (qui est aussi une ville romaine, donc quelque chose de crucialement important pour le moral, la mentalité et la religiosité des Romains) qui sera adapté au format de la troupe qui hiverne, à ses besoins opérationnels et stratégiques (positionnement surtout). Et dans beaucoup de cas, les hivernages/périodes de remise en condition d'unités se sont fait autant que possible en "pays ami", soit chez les tribus fermement alliées mais surtout dans la "provincia" (Gaule Narbonnaise, la Provence). Non, pas vraiment. Seuls les Perses (à partir du changement majeur de dynastie, quand l'empire parthe arsacide devient l'empire perse sassanide) ont développé un grand art de prendre les villes, inspiré de l'art gréco romain. Les machines de guerre et le matériel nécessaire étaient inaccessibles même aux proto-Etats et ligues temporaires des peuples germaniques et autres du temps des grandes invasions/migrations. Les Daces, en revanche, étaient une autre affaire: art des sièges peu développé parce qu'ils n'étaient pas "expéditionnaires" mais des royaumes/Etats en phase de consolidation; en revanche, ils avaient bien des cités fortifiées (et très bien fortifiées) et savaient en organiser une défense méthodique. Rappelons que les Daces ne sont pas étrangers au monde grec étant donné qu'il s'agit ethniquement de populations liées aux Thraces/de "type" thrace. Très difficile de le dire pour qualifier la situation en général: le "modèle" sur lequel on les envisage semble avoir été la réunion d'une cohorte d'infanterie, une quingénaire (480 soldats du rang) ou une milliaire (à centuries doubles, comme la première cohorte d'une légion, soit environs 800 soldats du rang, ou à 10 centuries simples), avec une troupe de cavalerie (4 turmes -30h- pour une cohorte quingénaire, 8 pour une milliaire, soient 240h). Mais les cas semble nombreux et il est difficile de décréter un moule unique: - il y a des unités equitata conçues comme telles en permanence, quingénaires ou milliaires. Leur croissance permanente semble correspondre au besoin de créer des légions "en plus petit", des mini armées complètes pour servir d'élément central (que viennent appuyer d'autres unités auxilliaires si besoin est) dans des zones militaires entre les légions trop espacées (ou des zones où la sollicitation au kilomètre de front est très fréquente). Il s'agit d'une troupe faite pour être plus autonome. Mais cet usage correspond aussi au développement dans l'art romain de la guerre de campagnes plus mobiles, donc avec des armées de plus en plus articulées en éléments semi-autonomes très mobiles, très complets, au plus petit échelon "interarme" possible. - il y a nombre d'unités théoriquement d'infanterie (qui n'ont pas le nom d'equitata) mais qui ont un corps de cavalerie organique - il y a beaucoup d'unités dont on peut aussi supposer qu'elles sont temporaires, des task forces réunies en assemblant infanterie et cavalerie (mais aussi parfois d'autres types de troupes, surtout de missiles) pour une opération, une campagne, un poste à tenir.... Certaines deviennent permanentes dans les faits, d'autres aussi de jure, et d'autres enfin sont dissoutes après avoir servi leur but - pour compliquer encore, la présence de cavalerie dans des unités à dominante infanterie peu correspondre à d'autres réalités suivant les unités: un contingent de chevaux destiné à servir pour que des légionnaires fassent le service de patrouille dans une zone, de prélèvement de l'impôt (charge de l'armée), de reconnaissance/escarmouche/commando (exploratores, speculatores).... Ou pour monter une partie de l'infanterie en groupes d'intervention/appui mobiles (donc de l'infanterie montée). Et en plus il y a le besoin omniprésent de messagers dans toutes les unités, qui explique la présence fréquente de chevaux (pas forcément de cavaliers spécialisés), ce qui complique la vision globale. Dans les cohors equitatae et autres cohortes avec un contingent de cavalier organique, cependant, on parle bien, semble t-il de cavaliers, pas de fantassins montés: ils servent de messagers le plus souvent, de patrouilleurs, à la reco.... Mais ce sont des cavaliers, des combattants à cheval, et même s'ils ne sont pas aussi bons que les cavaliers des ailes/alae de cavalerie (qualité de l'entraînement? Aptitude à opérer de façon coordonnée à un niveau supérieur à la turme de 30h?), ce sont bien des combattants professionnels de bon niveau, opérant en conjonction avec l'infanterie dans ces unités interarmes. On voit d'ailleurs, surtout en Orient (grandes zones planes), un certain systématisme dans les unités auxilliaires d'infanterie, infanterie lourde ou légère, d'avoir une partie de l'effectif monté (mais restant des fantassins). Cette habitude gagne les légions telles qu'elles se reforment au IIIème siècle, quand elles deviennent des unités de taille bataillonnaire d'environs 1000h.
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[Afghanistan]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de g4lly dans Politique etrangère / Relations internationales
N'est-ce pas une manière de souligner sans le dire que le "turnover" des désertions doit rester très important, ce qui reflète sans doute une autre proportion de l'armée qui doit pas être super motivée, disciplinée et/ou tenue en état de combattre (sans parler de l'encadrement). Après tout, il semble en plus que, idéologie et motivations individuelles quand à qui sera le vainqueur quand l'ISAF sera plus là, les talibans paient mieux leurs troupiers que l'Etat afghan et l'ISAF ne paient les recrues locales. Ajoute les divisions internes aux troupes afghanes qui doivent avoir une organisation théorique (très "militaire" et en apparence proche de n'importe quelle autre armée d'Etat) mais surtout une organisation réelle en factions reflétant les groupes tribaux et/ou ceux liés à un chef particulier qui se retrouve (alliances politiques réelles ou d'apparence obligent) avec un grade et son effectif de combattants reconverti en unités militaires (avec un nom, un numéro, une structure....), et tu as le tableau de ce que ce doit être, et qui n'empêche pas que ces chefs ont leurs propres impératifs qui se juxtaposent (et se surimposent) à ceux donnés par un commandement central censément unifié et "militaire": contrôle de leur propre zone d'influence, protection de leurs populations à "protéger", avancement de leurs intérêts (culture de came, drainage de budgets négociés pour des travaux dans leur coin et/ou leur compte en banque, entretien de leur clientèle).... Ce sont des "officiers" avec qui le commandement central doit négocier pour qu'ils fournissent un effort occasionnel (hommes/unités alloués temporairement) dans le sens de la stratégie globale de l'Etat afghan qui lui dispose d'une "réserve" centrale au final réduite de troupes réellement pleinement à sa disposition pour "penser et agir national", au niveau du pays considéré comme un Etat. C'est d'autant plus complexe et impossible à gérer que l'Etat lui-même est à la fois une coalition des groupes qui s'y trouvent, donc un compromis permanent aux intérêts communs limités, et un clan (Kharzaï) avec ses propres intérêts territoriaux, tribaux, économiques.... A développer pour continuer à exister et garder une marge de manoeuvre un peu supérieure à ses rivaux, ce qui n'est possible que par le financement étranger. Au final, quelle est la proportion de troupes afghanes: - réellement disponible et efficace, cad des troupes ayant pu limiter la désertion et commencer un processus d'accumulation d'expérience suffisant? - réellement disponible pour agir dans le sens d'une stratégie "nationale", soit le tout plus que les parties? L'essentiel doit être des troupes locales/tribales/claniques reconverties en unités et vouées surtout à protéger/servir leur zone d'intérêt (donc soit à rester dans un endroit soit à "être négociée" entre les factions du pouvoir pour servir un temps donné sur des opérations "nationales") Ceci dit, sur l'opération sur Camp Bastion, apparemment, l'attaque semble avoir été, au niveau du combat d'infanterie, techniquement impressionnante: on est décidément loin de l'image militaire des talibans qui sévit encore aujourd'hui, malgré ce qui se passe depuis 2006. -
C'est un parti pris fréquent de décréter ce qu'était le "projet" des pères fondateurs, si tant est qu'il y en ait eu un: la plupart d'entre eux n'étaient pas d'accord. Entre Franklin, Washington, Adams, Hamilton et Jefferson, on a déjà au moins 4 "projets" très très différents, qui revendiquent pourtant tous le "libéralisme". Par ailleurs, la constitution américaine, dès le début, a prévu que le "projet" serait amendable pour s'adapter aux réalités à venir.... La preuve, y'a plein d'amendements :lol:. Ca ferait mal à beaucoup d'Américains de savoir que dans le "projet" initial, leur "droit" à porter les armes (ils oublient d'ailleurs systématiquement la condition sine qua non qui accompagne ce droit) n'existe pas: ils parlent du 2nd Amendement comme si c'était un article de base de la constitution, sans même faire attention au nom la plupart du temps. Prétendre retrouver le "projet" initial revient à la même chose que du fondamentalisme: une poursuite illusoire et obsessionnelle de quelque chose qui n'a jamais existé.
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Les USA n'échappent pas aux schémas assez inéluctables qu'on peut voir à travers l'histoire: ce n'est pas une nation d'extra-terrestres (même s'ils sont tous persuadés qu'ils arrivent :lol:). Cette évolution ploutocratique ne gardant plus que les apparences de ses initiales institutions est aujourd'hui une vraie possibilité. Beaucoup dépendra de la mobilisation de la population, comme ce qu'on a pu voir dans le Wisconsin depuis un an, et des limites de ce que le financement privé et le groundwork des diverses forces du côté conservateur peuvent faire pour se rallier des pans de populations conséquents aux bons endroits.
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Chine-Japon : dégradation spectaculaire des relations.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Perry dans Politique etrangère / Relations internationales
La Chine comme le Brésil (qui commence à connaître quelques problèmes aussi) et d'autres pays ont besoin d'une croissance à deux chiffres (comme la France a besoin de d'environs 2% au moins) pour garder leurs équilibres internes et réellement "progresser", surtout vu l'état, en Chine, de la stabilité intérieure. Ajoute le facteur "tous les chiffres qu'ils publient depuis 15 piges sont du n'importe quoi répondant à des besoins de propagande", et tu as le tableau dont l'actuelle situation avec le Japon est une conséquence: un besoin d'exutoires face à une situation intérieure qui doit être salement tendue, et pas depuis hier. -
Emeutes et évolutions dans le monde Arabe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est parfaitement déniable, et on voit nombre d'autres pistes pour des Etats qui pourtant s'industrialisent, s'urbanisent et s'individualisent (ou même qui se "démocratisent" sur certains plans pour produire quelque chose de radicalement différent que ce que nous appelons démocratie). On voit aussi nos propres démocraties évoluer, et pas forcément vers plus de démocratie. Personnellement, sur le terreau actuel de nos démocraties, je vois beaucoup d'évolutions qui tendent à poindre vers un nouveau genre de féodalité (adaptée au mode de vie actuel). Bien sûr que ce sont des game changers, mais la question est de savoir quel "games" sont concernés; et quand on regarde l'histoire du pouvoir et de l'organisation des sociétés et groupes humains, on ne voit là que d'éternels recommencements, et je ne parle pas de cycles longs courant sur des siècles, mais de périodes bien plus courtes, parfaitement sensibles à l'échelle d'une seule vie. -
Totalement intouchable non, mais sacrément quand même, autant via l'évolution du système légal-judiciaire (peu ou pas de condamnation pour la crise financière par exemple, des procès innombrables, sans fin, qui n'aboutissent à rien: un district attorney avait récemment statué que les institutions américaines étaient désormais systématiquement "outlawyered" par les grands intérêts), l'impact de toute la sphère dite du "lobbying", le groundwork républicain au niveau des Etats (où les financements sont radicalement en faveur des organisations qui roulent pour eux, institutions religieuses, communautés diverses et entreprises en tête, qui permettent une emprise assez impressionnante dans beaucoup d'Etats), et sans doute pire que tout, l'évolution de la scène publique, avant tout les médias, qui évitent une grande partie de ce qu'on résume par "accountability" aux USA. Il suffit de voir les rapports distants des discours républicains avec la réalité pour le constater: négation des faits, aucune mise en cause dans les médias mainstream.... C'est ce que les "liberals" appellent maintenant la "bulle" dans laquelle semblent vivre les conservateurs et franges extrêmes de la droite américaine. Ca ne concerne pas une petite partie de la population. Il suffit de voir tout ce qu'on pu lâcher Romney et Ryan sans être repris/contredits par les médias de grande audience: la simple polémique sur les feuilles d'impôts de Romney (celles qu'il ne veut pas publier, à l'encontre de plus de 50 ans de tradition américaine et d'ailleurs de ce qu'avait fait son père) est révélatrice, et renvoie d'ailleurs à son élection comme gouverneur du Massachussets qui l'avait vu aussi tricher dans ce domaine (pour le coup tricher au sens légal: techniquement, il n'aurait pas du être élu puisqu'il ne remplissait pas les critères de résidence et a menti dessus, mais une fois élu, il a fait passer une loi rétroactive pour valider sa position et changer sa domiciliation). Les super élites capitalisent sur ces fonctionnements et ont sans cesse plus de moyens de le faire. Evidemment ça produit des contrecoups, mais ils ne semblent pas forcément suffisants partout, et avant qu'ils puissent réellement peser, s'ils le font, il peut se passer beaucoup de sales choses, dont certaines de grande conséquence. Par ailleurs, faut quand même se rappeler d'un truc, même si Obama est réélu et qu'une majorité démocrate passe: le système de fonctionnement législatif fédéral est aujourd'hui tellement interpénétré avec la sphère des "special interests" (lobbying, système médiatique, financement de campagne, reconversion des hauts fonctionnaires et politiques, fondations et instituts en tous genres fournissant "l'information" au grand public comme aux décideurs....) qu'on peut se rendre compte que là où le simple citoyen a le droit de voter une fois tous les 4 ans, les organisations et entreprises ont de fait une influence bien plus grande sur le décideur en place (démocrates et républicains) et ce qui pourrait s'apparenter à un droit de vote permanent, 7 jours sur 7, et proportionnel aux montants investis. Le transfert massif de richesses vers une frange très réduite de la population dans les 30 dernières années, et vers quelques grandes entités capitalistiques ou sociales (religions notamment) a un effet corollaire de réduction des potentialités/opportunités pour une part croissante des Américains, et la pollution du débat/de la scène publique américaine (peu unifiée désormais, plusieurs "bulles" concurrentes existant) noyée sous un torrent d'infos contradictoires où il n'est plus possible et souvent plus très voulu de faire un tri "unifiant", sont assez terrifiants dans leurs évolutions potentielles. L'un des nouveaux axes des Républicains est de renforcer leur militantisme en faveur des Etats au détriment de l'Etat fédéral (encore plus qu'avant), entités sur lesquelles de grandes concentrations capitalistiques ont plus facilement de l'emprise sur tous les plans: ça vaut pour pas mal d'Etats américains, même certains très peuplés/urbanisés (Texas, Wisconsin, Ohio, Michigan, voire Floride). Cette évolution se voit de plus en plus dans l'éducation (développement du "homeschooling" organisé et idéologisé, financement d'écoles privées orientées, refus des directives fédérales dans l'enseignement, réécriture de l'histoire, démolition de l'instruction publique) et dans l'enseignement supérieur (un exemple: les frères Koch ont commencé à "acheter" le droit de nommer les profs aux chaires d'histoire dans nombre d'universités, y compris publiques!!!!), démolissant toujours un peu plus les fondements de ce qui fait qu'une population (surtout une aussi vaste et diverse que celle des USA) se sent quelque chose en commun. 2 tendances "dystopiennes" deviennent possibles: - structuration de fait et peut-être de droit de la polarisation des richesses, avec l'établissement de plusieurs citoyennetés, bref une aristocratie, une société structurellement à plusieurs vitesses - division des USA, sorte de "confédéralisation", voire éclatement ou même guerre civile.
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Emeutes et évolutions dans le monde Arabe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Des exemples de pays s'étant radicalement transformés dans diverses directions, l'histoire en regorge, et l'idée fausse est précisément d'imaginer qu'il y a une "marche du monde" dont on puisse discerner les tendances et avatars (c'est le fond de l'idéologie ou des idéologies dites "progressistes" que de croire ça: attention à l'emploi du terme cependant, le mot "progrès" étant chargé idéologiquement et tout à fait subjectif, partial et différent chez bien des gens). Après tout, Rome était censée être immortelle et le monde s'effondrer avec elle si jamais elle tombait quand même; comme quoi les certitudes du long terme :lol:.... Après j'ai jamais dit que les salafistes étaient nécessairement une force capable de réaliser son programme-fantasme de califat mondial (ou même limité au monde musulmal ou à sa seule partie arabe). Juste qu'ils étaient une force, donc un élément agissant qui compte dans le mix (de nombreuses façons à de nombreux endroits) et donc mettra ou non sa marque, à divers degrés, dans diverses sociétés: il suffit de regarder la manière dont il a impacté les USA, leur démocratie, leur notion des libertés individuelles, leur débat public, leur politique.... Et en conséquence leur histoire propre, qui par bien des côtés prend des chemins potentiellement très inquiétants. Certes dans cet exemple il a plus souvent servi de ressort à des forces et tendances préexistantes, mais c'est justement là le point: sans ce fait de l'extrêmisme musulman, ces forces auraient pu rester anecdotiques, s'atrophier, être ridiculisées, ou bien se développer autrement, sur un plus long terme, avec des contre-forces se développant parallèlement et à un même rythme (produisant ainsi un débat peut-être plus équilibré plutôt que la radicalisation autiste actuelle). Aucun "modèle" n'est réellement exporté; j'ai du mal à même voir un "méta modèle" réunissant suffisamment de tronc commun (sinon dans de grands abstraits théoriques résumant beaucoup trop de choses en beaucoup trop peu de catégories) pour dire qu'il y a une telle généralisation. C'est l'écueil de la vision de Fukushima sur la "fin de l'histoire", dont lui-même est largement revenu. Ah? Le "contrôle social" de fait (y'a jamais réellement eu, sauf ponctuellement et pour peu de temps dans certains régimes, de telle chose organisée qui fonctionne) se recrée sans arrêt, de même qu'une telle organisation de fait de la société; ça prend d'autres chemins et ça ne va vraiment pas dans un sens unique par des moyens plus ou moins proches, et ça compose de multiples modèles sous de fausses apparences de similarités qui ne sont que des généralisations prises de très très "haut" (trop), genre urbanisation, individualisation, consumérisme, interconnections (il suffit de voir sur ce plan que la toile se recompose de façon tout aussi communautaire qu'un grand pays fait de villages, avec un niveau de contrôle dans ces communautés qui n'a rien à envier à une société "traditionnelle").... C'est déjà une vision artificielle et discutable de voir que ce qu'il y avait jusqu'au XIXème siècle était un "système", un "modèle" qui devait "tenir", là où on peut aussi ne voir qu'un empilement inchiffrable de situations de fait avec quelques tendances discernables sur des aires régionales données. Est-ce du scepticisme? Je ne crois pas; plus j'étudie le passé et le présent, moins je m'accroche aux visions globalisantes/généralisantes (surtout la façon de "décréter" l'histoire en tendances et "temps long", qui date du XIXème siècle et pollue beaucoup trop la façon dont nous apprenons le mode), aux visions toutes faites qui nous sont assénées et aux certitudes qui vont avec. C'est une vision analytique; pas vraiment de regrets. Et plus le temps passe, plus je m'en tape et préfère m'occuper de mon petit cul et de ce qui peut le concerner directement (quand on essaie de se rapprocher de la sanité d'esprit, le patriotisme et autres formes d'identités collectives en prennent un bon coup). -
Emeutes et évolutions dans le monde Arabe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Dans des pays fragiles, un pouvoir disruptif est souvent bien plus qu'il ne faut. Et créer le bordel, c'est créer une instabilité énorme au plan géopolitique: un pays s'effondre, ses morceaux se recomposent (ou sa totalité) sur des bases très différentes. Tu ne lis que partiellement les données, y compris sur l'Espagne et l'Italie. Oui, la France aurait très bien pu faire sans Mai 68 et pour autant ne pas être la "fille aînée bien sage de l'Eglise" qu'elle n'était déjà plus depuis TRES longtemps (faut qu'on arrête en France de voir l'avant mai 68 comme une espèce d'obscurantisme néo-ancien régime, psychorigide et sans avenir: c'est vraiment méconnaître cette époque au plus haut point: je signale que cette façon de voir est précisément une caricature héritée de mai 68). Tout comme elle aurait pu faire avec un autre genre de mai 68 (et d'ailleurs pourquoi pas en 67, en 69.... Ce qui aurait amené d'autres événements, d'autres problématiques....): les événements auraient pu prendre un cours différent, aucune tendance n'est "dominante" (il y en a beaucoup en concurrence), aucune n'est monolithique, le changement du tout au tout n'a rien de certain.... Quand on étudie l'histoire, on voit que la plupart des événements et tendances qu'on dit "inévitables" tiennent en fait à rien, à des micro-événements, des hasards multiples, des enchaînements donnés de circonstances qui auraient pu tourner différemment, se conjuguer avec d'autres pour produire un autre "mélange".... Le point de vue rétrospectif est teinté par deux phénomènes ultra polluants pour l'esprit: - le corollaire inévitable d'une vision rétrospective et de la "sagesse" :P qui va avec, à savoir voir ce qui est arrivé comme la seule chose qui aurait pu arriver, en acceptant plus ou moins de variations mais sur ce thème unique qu'on voit comme inéluctable - en matière politique particulièrement, la "propagande" de l'ordre "nouveau" qui s'installe (qu'il s'agisse effectivement d'un "ordre", au sens d'un régime, ou d'une "culture", d'un "esprit du temps" moins organisé) et le noircissement caricatural de ce qui précède: en somme le syndrôme de "l'histoire est écrite par les vainqueurs". Et quand ça concerne l'histoire récente, c'est encore pire puisque les acteurs sont encore vivants, encore prédominants ou au moins prééminents, le recul à l'échelle sociétale n'a pas encore été pris, l'idôlatrie et l'iconographie sentimentale qui vont avec une transition sont encore prégnants.... Dans le cas de mai 68, la façon de regarder l'événement est encore réellement caricaturale (d'ailleurs des 2 côtés, ceux qui aiment et ceux qui détestent, même si ces derniers ont peu d'écho -ce qui signale entre autre une vision déséquilibrée de l'événement) et profondément stupide. Le fait de la scène publique médiatique telle qu'elle fonctionne encourage encore ce déséquilibre, le recours à une facilité iconographique et sentimentaliste superficielle encourageant la superficialité du regard. Ca ne change pas pour autant la réalité, juste la perception (qui est, certes, une part de la réalité, surtout en politique). -
Emeutes et évolutions dans le monde Arabe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
J'ai pas ce genre de vision sur l'inéluctabilité d'une chose ou d'une autre: tout processus a une grande quantité de choses qui peuvent aller de travers et faire prendre un autre chemin. Au siècle dernier, la France aurait très bien pu prendre un autre chemin (pas forcément pour le pire d'ailleurs), notamment vers un retour en force du conservatisme catholique avec un élément purement réactionnaire. Aujourd'hui, les salafistes ont un pouvoir disruptif énorme dans certains pays, qui peut potentiellement en foutre plus d'un par terre suivant l'enchaînement des événements, les stratégies choisies.... Toute transition dépend de trop de facteurs pour qu'on essaie de discerner des "tendances inéluctables". -
Emeutes et évolutions dans le monde Arabe
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui, c'est un fait que les agités, ceux qui militent "dur" voire pour certains sont prêts à "l'action", sont une fraction ultra-minoritaire et peur représentative (il s'agit plus de profils psychologiques extrêmes que d'un reflet de la population d'une religion); ce qui est plus inquiétant est la portion de la religion qui les soutient en partie, les regarde d'un oeil ayant tendance à pardonner beaucoup de choses, est en accord tacite avec une part donnée de leurs opinions et action à un certain degré.... Et qui représente une proportion nettement moins négligeable, comme on peut le voir sur les questions extrêmes/extrêmement visibles comme les prières de rue, les caricatures et critiques de l'Islam (où on voit la difficulté d'une assise culturelle/référentielle différente à accepter un concept comme la liberté d'expression).... Beaucoup d'entre eux ne sont pas des "extrêmistes" proprement dits, ou une frange de "rigides", ne se pensent pas comme tels, mais donnent pourtant dans les faits de l'écho, de la résonnance, du soutien (et une base de recrutement) à cette "minorité visible".