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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Diversité des uniformes jusqu'en 1914
Tancrède a répondu à un(e) sujet de aigle dans Histoire militaire
La réputation ne peut jouer que pour un nombre restreint d'unités (les Gardes et quelques autres parfois) dont le renom et le fait de les savoir "en face" lors d'une bataille (avec la peur des les voir surgir, qui mène parfois à les voir partout: cf les Anglais à Waterloo, encore persuadés d'avoir fait face à la Vieille Garde tant l'assaut de 5 malheureux bataillons éreintés de Moyenne Garde, à 1 contre 5, leur a foutu les jetons :lol:), permet de les reconnaître. L'apparence joue beaucoup: les bonnets à poils (pas si spécifiques à la Vieille Garde), les coiffures hautes, les épaulettes.... Donnent un air plus imposant, grandissent. La cavalerie lourde cuirassée a toujours travaillé le brillant de ses armures pour créer un tel effet, depuis qu'il y a des cavaliers cuirassés (cet effet est mentionné par des souvenirs de plusieurs nations face aux cuirassiers et carabiniers impériaux): les cataphractaires de l'antiquité, tout comme la chevalerie, produisaient cet effet, qui s'est poursuivi à l'époque classique. Ainsi pendant les Guerres d'Italie ou la guerre de Trente Ans, alors que pourtant l'obsolescence du "système d'armes" cavalier cuirassé était manifeste et coûteuse. On a quand même spécialisé une cavalerie lourde blindée (pour l'affrontement contre les autres unités de cavalerie plus que pour briser des rangs d'infanterie), aux XVIIème siècle, qui est demeurée jusqu'en 1914. Il s'agissait donc d'un fer de lance dont on estimait que l'efficacité valait encore le coup. Et l'effet psychologique était réel. Les Polonais, jusqu'au début du XVIIIème siècle, avaient leurs propres hussards ailés: une cavalerie lourde d'élite nombreuse, très blindée, avec de hautes coiffures et des ailes énormes dans le dos. L'effet sonore pendant une charge massive était paraît-il dantesque. Oui pour la crasse, mais c'était rarement au-delà du reconnaissable: les intempéries et la fumée étaient nettement plus cause de confusion, de même que l'état émotionnel ou la panique d'une ou plusieurs unités qui fuient en foutant le bordel dans les unités qui suivent. L'uniforme restait quand même la plupart du temps reconnaissable (moins quand on s'est mis à systématiquement faire des campagnes d'hiver: boue, neige, brume, pluie et blizzard n'aident pas), de même que le principe des batailles de ligne qui contraignait quand même l'immense majorité des unités à garder la cohésion, avec des bas officiers et sous-officiers dont 90% du boulot était de garder ce monde là groupé. Avec, toujours à ne pas oublier, les enseignes d'unités!!! Point de ralliement essentiel: d'ailleurs, les armées de la monarchie facilitaient plus le boulot avec des drapeaux pleins de couleurs et très différenciés.... La République, avec son uniformité tristounette, a du créer de la confusion :lol:. Pour la note, à Waterloo, dans l'armée française, il n'y avait apparemment pas 20% de chaque unité qui avait un uniforme un minimum complet. Pour essayer de retrouver l'uniformité et quelque chose approchant une apparence d'armée, la capote grise (le manteau, petits saligauds) fut en fait souvent l'uniforme de la campagne des Flandres. -
Imposer un budget équilibré, est-ce possible ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Non, pas de naïf: je pointe juste que beaucoup sous-estiment ENORMEMENT les mécanismes que j'ai rapidement brossé dans le processus de pensée et de décision du "politique" au sens large, opinion publique comprise (qui est l'arène du politique). Voir en France comment s'est cyniquement prise la décision de l'introduction des 35h, avec une Aubry et un Strauss Kahn qui savaient parfaitement à quel point c'était une connerie et combien ça allait coûter.... On est 15 ans plus tard: ça coûte toujours cher et personne n'est réellement, foncièrement revenu dessus. Hé, j'ai pas proposé de système, juste pointé une des déformations majeures de la perception politique et des prises de décision, rien d'autre. Ben oui, mais le problème, c'est le fric: il n'appartient pas aux scientifiques et ils ne sont parés d'aucune légitimité pour décider de son usage.... Sans compter qu'ils ne sont pas forcément toujours, si on parle d'investissement destiné à rapporter, les plus aux faits de la "conversion" de la recherche en produit "industrialisé" valable, ou les plus prompts à s'orienter vers des recherches rapportant à une (relativement) brève échéance. Je n'ai évidemment qu'une expérience modérée dans le domaine, mais ce que j'ai vu dans la recherche publique pharma, et surtout les gens (à côté d'une brillance purement scientifique certaine.... Mais aussi de "chercheurs" plus syndicalistes qu'autre chose), m'a parfois fait dresser les cheveux sur la tête. -
COS ,quatrième composante des FAF
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Forces spéciales et clandestines
Sauf si l'évolution vers l'aéromobile se fait sous la forme d'une toute petite brigade (un bataillon renforcé au max) dont le but est l'intervention pure style prise d'aéroport/cavalerie aérienne, le reste des régiments paras étant de fait reconvertis en infanterie légère stricto censu (une autre brigade, une répartition dans les existantes, ou un faux semblant les voyant entrer pleinement dans ce rôle sans changer d'appartenance théorique, la BP demeurant en théorie?). Quand à l'appui blindé, c'est un peu le thème en discussion, par exemple avec le CRAB de Panhard qui apparemment s'inscrit dans une autre approche, celle du blindé léger "utile" dont 3 tout prêts au combat sont faits pour être amenés dans un seul A-400M. -
Diversité des uniformes jusqu'en 1914
Tancrède a répondu à un(e) sujet de aigle dans Histoire militaire
Supposer que les soldats ont des "cours", c'est surestimer l'enseignement militaire à cette époque, ou plutôt le regarder à travers nos critères d'Etats développés modernes. La diversité des uniformes est énorme, mais sert aussi et surtout à pouvoir s'y retrouver un peu dans sa propre armée avant même de pouvoir différencier les armées (considération primordiale, mais qui vient APRES): c'est de fait un système de "command and control" sur un champ de bataille sans aucun système de visualisation autre que les yeux pour pouvoir ordonnancer un combat essentiellement en ligne avec des effectifs d'armées de campagne qui dépassent au minimum les 40 000h en général. Des armées aussi désormais permanentes, et dont le mode de combat principal repose sur le fait de manoeuvrer aussi vite que possible de façon aussi ordonnée que possible, et ce malgré: - un encadrement somme toute peu nombreux (sous officiers et surtout officiers) - une part d'unités fraîchement levées voire de milice (les Etats d'alors allant jusqu'à doubler leur armée lors d'une entrée en guerre), donc peu réactives et peu entraînées à avoir cet oeil là - des soldats pros (les permanents ou ceux encadrant les unités fraîches) qui ne sont pas vraiment non plus excessivement formés, même s'ils ont de la bouteille dans l'armée, et surtout qui n'ont, depuis les bas échelons pendant une bataille, qu'un faible champ de vision sur leur situation - encore une fois, des batailles et mouvements de dizaines, parfois centaines de milliers d'hommes, avec pour seul moyen de perception directe l'oeil et de transmission directe la voix, les autres étant essentiellement des estafettes (qui se perdent, ont une info partielle, périmée ou fausse, sont tuées....), le son des instruments (vite confus) et quelques signaux visuels par fanions entre quelques échelons de commandement (inaccessible moyen pour les unités élémentaires). Et juste un cerveau à la fois pour décider à chaque échelon de commandement. Bref, ordonnancer en temps satisfaisant une telle masse d'hommes qui doivent pouvoir aussi "se reconnaître" entre eux un minimum (ne serait-ce que pour arriver à garder les rangs ou les regrouper s'ils ont cassé), c'est plutôt coton, surtout dans l'extrême fumée et la confusion des combats. Il faut aussi garder à l'esprit que, pour les unités de bataille (moins pour les "légers", mais dont peu en fait sont strictement faits pour agir uniquement hors d'une bataille), l'uniforme est aussi important que les enseignes, drapeaux, cornettes et fanions en tous genres: ils sont des points de ralliement, des façons de se reconnaître à bas échelons, ET des moyens de "comprendre" ce qu'on voit pour les chefs. -
la marine française et le traité de Washington de 1922
Tancrède a répondu à un(e) sujet de ARPA dans Histoire militaire
Surtout que dans la priorité des menaces, la menace ET terrestre ET voisine de l'Allemagne occupe l'essentiel de l'attention: tout le reste est secondaire. Et l'Italie n'est pas vue comme un adversaire potentiel réel avant le milieu des années 30. Au moment du traité, il me semble que France et Italie sont même plutôt ensemble à se plaindre de ce qu'on les réduit à la portion congrue. Cette conférence, il faut quand même le remarquer, concerne certes les armements navals, mais surtout, en filigrane, une conférence internationale où se déroulent des négos, estimations, jugements, intimidations, essais de rapprochements.... Entre les participants. C'est un état des lieux de la réalité des rapports entre puissances et un moment d'accélération, de "concentration des moyens" dans le courant sinon permanent des relations et négociations diplomatiques: pour paraphraser le vocabulaire militaire, c'est à tous les sens du terme une "bataille diplomatique" avec juste un volet naval en particulier (qui contraint de ce côté à en ressortir avec un accord signé sur cet aspect des choses) dont le résultat n'est que le reflet du jeu plus général qui se joue. -
COS ,quatrième composante des FAF
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Forces spéciales et clandestines
Pour le COS, je sais pas, mais pour d'autres.... Ne pas dissoudre l'unité ;)? -
la marine française et le traité de Washington de 1922
Tancrède a répondu à un(e) sujet de ARPA dans Histoire militaire
La France était exsangue, déjà consciente d'être perçue comme agressive, et parano quand à l'inévitable redressement allemand (qui restait un pays plus industrialisé, avec des ressources minières 10 fois supérieures, et plus encore une population quasi deux fois plus nombreuse). A ce moment, le soutien anglais était considéré comme l'objectif principal de la diplomatie. -
Marine Australienne: modernisations, acquisitions et exercices navals.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Asie / Océanie
Je ne généralise pas: la petite nuance est que je donne la tendance très majoritaire, ce qui, appliqué à "l'objet" général qu'est l'armée, qui représente une certaine masse humaine aussi bien à un instant T qu'en flux (recrutements, mobilité interne, personnels qui resignent ou partent), est précisément pertinent, sauf à faire une étude individuelle pour chaque personnel, ce qui serait un peu laborieux. Même si quelques spécialités attirent encore du monde, suffisamment au moins pour pouvoir sélectionner et prendre du bon, elles ne pèsent pas grand-chose au regard des besoins de l'immense majorité des spécialités, tant quantitativement que qualitativement. Et cela, c'est une tendance constatable et explicable. Sur le préjugé lui-même, il est encore plus constatable dans les sociétés anglo-saxonnes, et pas qu'à notre époque (dans l'Angleterre des XVIIIème et XIXème siècles, il est très présent et connu): les USA qui chantent sans arrêt les louanges des braves soldats, sont peut-être les plus ambivalents à cet égard. On acclame le soldat, mais de loin et tant que ça coûte rien. On admire, mais on n'en veut pas comme voisin, et si un lorgne sur la fille de la maison, on décourage vivement et agressivement (c'est pas tout le monde évidemment.... Juste la majorité). On les trouve super, beaux, forts et tout et tout, mais on veut pas les embaucher quand ils ont fini leur temps, leur infligeant de fait sans l'avouer un stigma quasi équivalent à celui des ex-taulards. Je regardais pas plus tard qu'hier un talk show américain où le représentant des diverses associations d'anciens combattants établissait ces faits simples et devenus plus alarmants depuis le 11 septembre vu le niveau de sollicitation des armées US et le nombre de vétérans qui ne resignaient pas et se retrouvaient donc revenus à la vie civile: il pointait le divorce total entre la société US et son armée, malgré les apparences médiatiques du contraire. Et il rebondissait là-dessus pour pointer les faits réels du recrutement. Pourtant, là on parle de l'armée super équipée et patriotique qui fait les trucs cools avec les gadgets cools. L'Australie est un cas encore plus emblématique à cet égard, étant donné qu'il s'agit d'un pays qui n'a fondamentalement pas de menace réelle majeure à son encontre (en tout cas territoriale, la seule réellement compréhensible par le public), pas de sentiment de menace dans la société, et une militarisation très très faible. Le pays s'est donc construit, dans la longue durée, comme une entité "séparée", portant encore plus l'accent sur les "valeurs civiles" de réussite individuelle.... Ajoute à cela la mentalité/culture moderne/individualiste/hédoniste/citadine, une prospérité certaine et durable avec de bonnes perspectives, le décalage croissant entre ce qu'offre la vie civile et les contraintes (en un certain sens anachroniques) de la vie militaire (particulièrement celles de l'embarquement pour de longues durées), et le reste est évident. Un fait un peu anecdotique mais révélateur: l'Australie a une forte proportion de hauts diplômés et la maintient ainsi, afin de tempérer un peu les niveaux de salaires des CSP+ (un peu) et surtout de fluidifier ce créneau du marché du travail. Bref, un peu plus qu'ailleurs, cette tranche socio-économique est un peu sur un siège éjectable et toujours en train d'actualiser son CV. C'est précisément ce niveau de qualification (en termes de niveau d'éducation) qui est demandé et manque beaucoup dans la marine et ailleurs dans les forces australiennes.... Pourtant, quand la crise a (un peu) frappé le pays, s'il y a eu un afflux brutal de candidats pour les bas niveaux de qualifications, il n'y en a pas eu à ces niveaux là, malgré le surnombre structurel de ces hauts profils sur le marché du travail déjà en temps de croissance. Pendant quelques temps, les perspectives économiques (donc de stabilité de l'emploi et de perspectives d'emploi) ont été revues à la baisse, mais ça n'a pas impacté le moins du monde ces populations pour ce qui concerne le fait d'envisager l'armée, pourtant très demandeuse, comme alternative. Oui pour y aller, mais face aux contraintes du job, à la paie, à une vie qui peut souvent devenir assez routinière la majorité du temps (par opposition au "désir d'aventure" qu'on les hormones a 18-20 ans, l'aventure s'apparentant plus à l'idée qu'on s'en fait dans les séries télés :-[).... Y'a beaucoup, vraiment beaucoup d'arrêt en cours de route et/ou de démotivation/résignation, avec un enthousiasme très douché. Surtout quand on compare aux slogans des campagnes de recrutement :lol:. Je sais plus d'où ça vient, mais ce slogan anglo-saxon sur l'armée (et il me semble la marine en particulier) m'a toujours fait marrer: "il you can't take the joke, don't enlist" (je laisse deviner ce qu'est la "joke" en question :-[). -
Imposer un budget équilibré, est-ce possible ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Le problème là-dedans, c'est que ce que tu appelles "force" ou "volonté politique", ça ne vient pas tellement du caractère personnel. Pour en être arrivé où ils en sont dans un système politique qui, comme les autres systèmes politiques, ne fait pas de cadeau aux gentils et aux indécis, ce sont des prédateurs au sang froid. La "force" n'est pas à assimiler mystiquement au caractère dont on a l'impression que le personnage public est plein: Margareth Thatcher n'avait pas une paire de couilles plus grosse que celle de Sarko ou d'un autre, ça c'est se laisser abuser par l'image publique projetée. La "force" d'un dirigeant, c'est son capital politique: Reagan en a eu parce qu'il a surfé sur la vague d'une révolution conservatrice qui lui donnait une marge de manoeuvre énorme en terme de majorités parlementaire, de cash flow pour faire des deals (qui ont d'ailleurs fait exploser la dette américaine comme jamais dans son histoire) en interne avec sa propre majorité (et donc la garder sous contrôle). De Gaulle, et c'est vraiment loin de l'image publique, a pu compter sur une caisse de parti énorme dont il n'a jamais laissé le contrôle à quiconque, ce qui lui a permis de garder le contrôle de son parti, fait qui s'ajoute à l'aura personnelle que les circonstances et l'histoire lui ont permis de gagner auparavant, qui lui assurait un fond de popularité (donc de votes) pas vraiment facilement reproductible. Il était de ce fait, même cash flow à part, un candidat sans équivalent pour un parti qui ne pouvait donc que se rallier à lui, bon gré mal gré. Thatcher, elle, a profité d'un reflux travailliste analogue au reflux démocrate américain, ce qui lui a donné une marge de manoeuvre importante et lui a permis en plus d'asseoir plus de contrôle sur son parti. Mais elle aurait dégagé en 2 temps 3 mouvements au bout d'une mandature s'il n'y avait pas eu les Malouines. Et accessoirement, détail que les légendes politiques oublient facilement, son gouvernement a pu compter sur le début de l'arrivée en masse des royalties du pétrole de la Mer du Nord; plus facile de baisser massivement les impôts et de mener des politiques économiques conformes aux intérêts de ses potes (donc d'avoir tout plein de fonds de campagne et de soutiens divers des grands intérêts économiques, donc beaucoup d'élus dans la fouille) sans risquer de s'aliéner son propre parti (toujours prompt à bouc-émissariser qui devient impopulaire et n'a rien à offrir), surtout face à un parti adverse explosé et dans les pâquerettes, tout en continuant cependant à beaucoup dépenser où on veut parce que M. Or Noir fournit le cash flow, ce qui permet donc d'avoir un impact socio-'économique (en fait très keynésien) dans les secteurs et régions qu'on veut bastionner politiquement. Qui en France pourrait bénéficier de circonstances pareilles? On a trouvé du pétrole récemment? L'un des deux partis régnant a explosé? L'un des deux partis régnant n'est pas lui-même le fruit d'un compromis bancal entre des courants ne parvenant pas à s'imposer nettement? Un candidat quelconque a remporté une guerre ou sauvé les apparences dans une guerre mondiale, ou a trouvé tout autre moyen de s'assurer un fond de popularité personnelle le rendant irremplaçable? C'est pas le caractère personnel qui y changera quelque chose.... Au moins, dans le passé, on avait encore l'option de faire exécuter ou assassiner ses rivaux politiques (alliés ou ennemis: tout le monde est un rival en politique), ça permettait de faire de la place. Mais ce moyen de se faire du capital politique n'existe plus.... Dommage :lol:. -
Marine Australienne: modernisations, acquisitions et exercices navals.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Asie / Océanie
Oui, mais c'est la première fois que la ville concentre l'absolue majorité des populations: la campagne ou la petite ville ne sont plus le cadre de pensée que de minorités anecdotiques. L'essentiel des populations se vit et se pense en grande ville (ou n'aspire qu'à cela). Le cadre culturel rural n'existe pour ainsi dire plus dans les pays développés: ce n'est pas un référent, un endroit "normal" où vivre, sauf pour des populations très réduites, et surtout qui ne sont pas mises en valeur mais plutôt pointées du doigt, comme tout ce qui n'est pas la grande ville. Il n'y a pas d'envie de campagne (sauf pour la retraite), il n'y a pas d'envie de petite ville, il n'y a pas d'envie de quoi que ce soit d'autre que la grande ville, hormis pour de courtes périodes de temps, essentiellement les vacances ou une année sabbatique. Et n'oublie pas que pendant TRES longtemps, jusque récemment, l'armée et la marine étaient les moyens de sortir de leur environnement, rural ou citadin, et de "voir le monde" et/ou de trouver d'autres opportunités, voire de s'élever socialement (par le butin jusqu'il y a pas si longtemps, ou en tout cas l'espoir du butin, puis par le statut prestigieux d'armées mises en valeur). Aujourd'hui, rien de tout cela ne subsiste à un degré significatif dans les pays développés, et si ce n'est dans l'absolu, c'est par comparaison avec les opportunités de la grande ville. Ne reste que "l'envie d'ailleurs", de quelque chose de différent, ou de "grand", qui ne compte réellement que pour une minorité de recrues. Et plus tu vas haut dans l'échelle des qualifications de base, plus les contraintes dépassent les opportunités dans l'esprit des recrues. -
Imposer un budget équilibré, est-ce possible ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Oui, et là c'est bien une caricature voulant être parlante.... Et faire de la dérision :lol:. Mais le fond est quand même: - que le volet consommation implique que cette action porte sur une masse critique de population, nécessaire pour l'effet multiplicateur (qui doit par ailleurs avoir des critères géographiques dans la dite nation, mais aussi porter sur des tranches d'âges plus précises, choses que l'on peut affiner aujourd'hui) - que le volet investissement porte sur des industries et secteur dont l'effet d'entraînement est supérieur à d'autres: si tu proposes de faire des hypermarchés partout, c'est pas du BTP "lourd" ou demandant du travail évolué, et ça sert pas à grand-chose avec une demande en berne, de l'essence chère pour y aller et des produits de conso en grande partie importés :lol: Par ailleurs, le raisonnement de Keynes a une partie datée aujourd'hui, et c'est précisément ce qui demande de l'affinage en ciblant des secteurs, pans de population.... Particuliers. Lui raisonnait à partir d'économies nettement plus "complètes" et autosuffisantes (elles sont leur propre premier marché dans la plupart des secteurs économiques moteurs), couvrant en plus grandes proportion la majorité des secteurs économiques qu'aujourd'hui, et tant qu'à faire plus "labor intensive": l'effet d'entraînement était donc plus grand pour une dépense moins différenciée et ciblée. Par ailleurs, il raisonnait à partir d'Etats moins endettés fondamentalement, donc ayant en cas d'urgence plus facilement recours à l'emprunt et une plus grande propension à chercher à éponger le plus gros d'une dette sitôt l'alerte passée. Il n'a jamais prôné l'endettement exponentiel que je sache. Il raisonnait enfin dans un monde -et c'est lié au fait mentionné d'économies plus "complètes" et autosuffisantes- où le développement économique était plus rare, donc la situation des pays occidentaux plus éminente à cet égard: malgré tous les affrontements commerciaux, les pays étaient fondamentalement moins pressés par la concurrence et moins contraints à l'interpénétration organisée des marchés dans un système commercial mondial négocié. C'est pas que ça annule le potentiel de l'effet multiplicateur, mais ça en change pas mal de paramètres. -
Marine Australienne: modernisations, acquisitions et exercices navals.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Asie / Océanie
Ben y'a plusieurs trucs: - le métier militaire n'a pas beaucoup de prestige dans les pays développés. Y'a même souvent un préjugé jamais dit du genre "c'est pour ceux qui n'ont pas pu trouver un vrai job". Ca finit toujours par venir dans les pays optant durablement pour une armée pro, surtout ceux qui n'ont pas réellement de menace concrète - on est dans la civilisation de l'indivualisme matérialiste: la réussite et tout ce qui va avec (la vie "qu'il faut", les signes extérieurs qu'il faut, l'idée qu'on se fait du bonheur) sont TRES éloignés de ce qui constitue la carrière militaire - cette même civilisation est urbaine: la vie est en ville dans nos esprits. C'est là qu'il se passe des trucs, c'est là qu'il y a du mouvement, qu'on peut faire "ce qu'on veut", se "réaliser".... C'est pas que ce soit vrai ou non, mais c'est implanté à divers degrés chez tout le monde, et surtout chez les jeunes. Etre loin de la ville, c'est être loin de la vie en somme. - être connecté aux autres, ne serait-ce que par le village virtuel, c'est le même chose: être connecté au monde. Pas qu'on ait envie de voir tant de monde que ça (les gens sont de plus en plus profondément asociaux tout en étant plus connectés/connectables qu'à aucune autre époque; c'est le zapping social), mais qu'on veut pouvoir l'être. - confort, hédonisme.... Sont des pré-requis; et même les standards minimum, les plus modestes, s'accordent mal avec les contraintes militaires. - la sous-marinade en particulier, requiert des personnels plus qualifiés que la moyenne, même de la marine. Ces mêmes personnes sont celles qui ont de très bonnes options dans la vie civile. Pourquoi aller se faire chier pendant des semaines sous la mer avec toujours les mêmes voisins de chambre? Niveau de vie, contraintes, options, animation dans la vie.... C'est mieux dehors. -
L'un des problèmes pour moi est que l'occident est, en parlant sur le plan des distances politiques et militaires (déconnectées en partie de la géographie/topographie stricte) plus "vaste" comme zone de conquête que l'empire achéménide et les confins allant jusqu'à l'Indus (sauf les zones montagneuses): plus vaste parce que moins développé, moins peuplé, moins interconnecté et surtout moins unifié par un méta système impérial qui a, entre autre manifestations, des routes et des systèmes de communications capables de réduire les distances dans cet espace qui est en grande partie un très vieil espace de civilisations habituées à se fréquenter directement et indirectement (avec en plus de vastes zones de plaines connues et reconnues: même quand il y a obstacles, il y a des passages connus, des aménagements....). Géographiquement, politiquement, économiquement, l'ouest est moins développé, moins mis en valeur, et bien peu connecté hors par la mer. En fait, l'espace occidental méditerranéen en tant que globalité n'existe pas encore: ce sont des foyers de civilisations nombreux, plus ou moins isolé, plus ou moins développés, avec au mieux des civilisations bourgeonnantes au niveau local/régional et un vague embryon d'interconnexion, débroussaillé par les Grecs et les Phéniciens sur certains axes et certains lieux. Mais ce sont Carthage dans un premier temps, et surtout Rome dans un second, qui le feront naître. En 335, la puissance carthaginoise repose sur un premier début de perception de cet espace, à travers des comptoirs/colonies de taille réduite en Hispanie, des zones plus ou moins tenues/connues/développées (Sardaigne, côte libyenne et algérienne, morceau de Sicile) et surtout un réseau de routes commerciales et lieux d'échanges qui commencent à devenir très denses (au sens où les flux y sont constants, donc où l'info circule vite). Pour le reste, du point de vue du conquérant, c'est un espace immense et mal connu: immense parce que mal connu et parce que très découpé géographiquement (distances, tracé des côtes et zones vides non aménagées séparant les zones habitées), politiquement, culturellement, "informationnellement" (moins de savoir et d'info = plus de mythes et de mystère).... C'est en fait une zone où il y a 1000 petites puissances à poutrer séparément, 50 moyennes, 4 ou 5 grandes régionalement/localement (Rome/latium, Samnites, Syracusains, Ombrie) et une "grande" stratégiquement (Carthage) pour un conquérant essentiellement terrestre. Et pas mal de moyennes et les grandes, Alex ne peut les laisser un peu intactes "derrière lui" s'il veut aller plus loin. En Orient, il y en a une seule énorme, organisée territorialement et continument terrestre sur laquelle Alex dispose d'un avantage tactique rendant le mat possible en un "coup", plus 100 petites/moyennes locales sans capacité de menace sur la conquête principale, et éventuellement quelques possibilités de soulèvement au niveau satrapie, qui sont gérables. Evidemment, s'il veut aller plus loin à l'est, ça se complique, comme la campagne de l'Indus le montre: aucune union politique, pas de bases proches, des zones impériales plutôt vides dans cette région (ce qui sera le premier problème des Séleucides face à la première monarchie nord-indienne unifiée).... Cette campagne, malgré ses victoires, est lente, laborieuse, problématique, et hasardeuse même une fois un succès acquis (directement remis en cause). A mon avis, elle devrait servir d'indicateur sur ce qui attend Alexandre à l'ouest. Militairement, les Indiens ne faisaient pas le poids, même le royaume du Porus, mais tant les handicaps macédoniens (épuisement, distances, lignes de ravitaillement, éloignement, non connaissance de la zone) que l'endroit rendaient la tâche peu réaliste. Encore une fois ensuite: l'ouest rapporte moins à court terme. Et on ne doit jamais sous-estimer ce que l'immense cash de l'empire achéménide (en or et argent, mais aussi en terres et postes à distribuer) a offert à Alexandre, à savoir les moyens de tenir la Grèce au calme, d'acheter les consciences et les ambitions, de maintenir le système impérial perse, de récompenser continuellement son armée et ses généraux, d'ouvrir des marchés (notamment à l'agriculture macédonienne) et même "d'investir" (colonies, écoles, travaux publics....). Faire ça à l'ouest peut être possible, mais moins vite et en moins grand. Enfin il y a le facteur de la recherche de gloire que tu mentionnes: pour moi, c'est délicat. Délicat parce que c'est une vraie motivation, n'en déplaise aux historiens marxistes qui ne voient que du matérialisme partout. Mais une motivation difficile à quantifier, surtout pour une culture grecque en général et de ce Grec là en particulier, qui semble plus "cartésienne" ;) que d'autres. Une conquête ne se fait pas sur des rêves, l'ambition n'est pas éthérée, et surtout pas quand il est question non seulement de conquérir espaces et richesses, mais de les conquérir parce qu'une partie énorme de cet espace et de ces richesses sert à gagner de la marge de manoeuvre et du "capital" (politique, foncier, monétaire, commercial....) pour "acheter" la paix civile en Macédoine, en Grèce et dans les territoires importants qui seront conquis. Bref, il faut offrir des trucs à ceux qu'on domine et dont on a besoin (les autres, on les tue ou on les tient sous la sandale par la seule force), et constamment. Et on conquiert aussi pour les focaliser sur un truc, les contraindre à y aller pour ne pas les avoir dans son dos. Bref, si tu veux conquérir mettons le sud de l'Italie, il te faut aussi le nord rien que pour satisfaire tes macédoniens, quelques Grecs et les latins que tu buteras pas :lol:. Et ça, Alexandre en est plus que conscient, et à mon avis, l'historiographie nous a implanté malgré nous, même aux plus cyniques d'entre nous, une image d'un rêveur avide avant tout de gloire et d'espaces infinis. Non que ça ne soit pas présent chez lui, mais pas dans les proportions que même notre esprit critique pense cantonner à une quantité raisonnable. Oui, il utilise l'imagerie de la conquête et tout le marketing possible pour capitaliser sur l'effet mythique/mythologique/destinée/faveur des dieux auquel ce monde croit et lui aussi. Oui cette croyance le motive aussi, mais je ne le vois pas lancer des objectifs lointains en se fondant avant tout sur cette croyance sans se conformer d'abord aux réalités du business de la conquête qu'il connaît mieux que tout autre. C'est pourquoi j'insistais autant sur l'importance des objectifs fondamentaux de conquête: au-delà de ce que dit l'historiographie (totalement non contemporaine d'Alexandre et/ou écrite par nombre de détracteurs ou de fanboys illuminés) sur la volonté de "venger son père", l'idée d'assouvir le "rêve grec" de revanche sur la Perse, l'envie de mettre ses pas dans ceux de son autre ancêtre Achille (ou plutôt Dynosysos pour aller en orient).... Je reste plutôt dans le courant de pensée qui veut qu'Alexandre avait un projet impérial de se substituer à Darius dès le début, sans remettre en question l'empire en unifiant le monde grec (Anatolie comprise), que c'est pas un truc qui lui est venu en cours de route, en découvrant l'immensité de l'empire et son organisation exceptionnelle, loin de l'image décadente que les Grecs répandaient sur la figure du "Perse efféminé". Mais je vois pas par où commencer....
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Imposer un budget équilibré, est-ce possible ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Ou en ciblant des domaines d'activité et types de PME particuliers, en créant des ressorts permettant à la recherche de mieux et plus se "convertir" en entreprises, de faire passer des starts ups au stade de PME, de faire croître les PME, de dédier et organiser en grand des bassins d'emploi pour certains secteurs (en organisant les conditions de développement une "filière" d'amont en aval).... Donc oui, d'investir au sens propre, ce qui passe aussi bien par des investissements publics dans divers domaines (infrastructures, formation, investissement direct et commandes dans les dits secteurs et acteurs, financement de cash flow....) que par des cadres fiscaux et règlementaires spécifiques, des structures semi-publiques, des incitations au priver.... A noter que tout investissement est un risque et qu'il est donc dans une certaine proportion destiné à foirer, qu'il soit public ou privé. Mais dans ce cas, il faut passer la vision artificielle incitant à dire que quand l'Etat investit, c'est mal et ça foire, tandis que quand le "privé" le fait, c'est du "risque". Dans le genre biaisé, y'a pas mieux, et c'est pas pour autant que le taux de réussite est meilleur (d'autant plus qu'il faut les juger sur des critères pas entièrement équivalents: la durée est différente par exemple). L'avantage de l'Etat est de cibler un secteur d'activité de façon systématique et sur une longue durée (pouvant s'offrir des échecs et maintenir la barre). Oui, c'est l'un des "arguments" phare de la révolution reaganienne: tout ce que dépense l'Etat est issu d'un vol, il dépense mal et le "keynésianisme" consiste en essence à jeter des masses d'argent à des improductifs et dans "le social". S'inventer un ennemi débile et sur mesure et le caricaturer est plus commode, et c'est la base du storytelling politique. -
A noter: j'ai beaucoup modifié le post précédent au fil des souvenirs et de quelques infos et précisions récupérées, donc il faut (désolé) le relire pour avoir mon point au global. A noter quand même que les élites aux armées sont renouvelables rapidement: les familles sont nombreuses, le processus éducatif (notamment guerrier) constant, même si évidemment, l'expérience accumulée disparaît avec la mort des cadres en campagne, surtout dans une armée carthaginoise dont les cadres font des carrières longues, accumulent beaucoup d'expérience et forment des équipes (surtout de commandements de tous échelons) solides ayant mis en place une coordination très efficace. Ceci dit, s'ils ont subi pas mal de revers tactiques en Sicile, il faut noter qu'à l'arrivée, les Syracusains ne les ont pas battus et n'ont pas entamé leur territoire, preuve s'il en est qu'ils savent mener la guerre dans l'ensemble et, sinon l'emporter nettement dans une bataille ponctuelle face à une phalange grecque, ou du moins qu'ils savent ne pas perdre. Il faut à cet effet penser au récit antique (surtout grec et romain) comme complètement dominé par le récit de la bataille rangée, négligeant totalement le reste, sauf quelques sièges notables, ce qui nous donne une vision déformée de la guerre à cette époque (voir le flou total dans les campagnes d'Alexandre pour tout ce qui concerne les combats de pacification et de conquête après les grandes batailles, et surtout la phase longue dans les zones montagneuses, qui fut très dure, lente et coûteuse en hommes). Les Carthaginois employant nettement plus ce type de guerre dans une stratégie différente, "non grecque", beaucoup a pu être passé sous silence dans le récit, surtout en plus vu que Carthage a disparu après et n'est donc passée à la postérité que via ses ennemis. Mais essentiellement, avant Hannibal, les chefs carthaginois ne comptent pas sur la bataille rangée et visent à gagner autrement. Ensuite, si Alex veut prendre la Sicile et se faire des colonies, ou carrément un empire, je doute honnêtement que les Syracusains se rallient à lui: il s'agit d'un Etat ambitieux et clairvoyant qui n'accepterait pas forcément la domination macédonienne (qui a tendance à n'être pas lointaine) et lutterait vraisemblablement vu qu'il serait là acculé.... Au besoin en s'alliant à l'ennemi carthaginois. Donc il faut que tu décides de ce que veut fondamentalement Alexandre dans ce scénario: - faire des "coups" et du butin pour consolider ce qui est voué à rester un espace avant tout grec-continental avec des colonies et/ou Etats clients outre mer. - faire comme Athènes en plus grand: un royaume, sa zone de domination immédiate dans le voisinage et des colonies bien tenues outre mer - créer un "empire occidental" pour donner de façon durable un pendant à l'Empire achéménide, pouvant s'opposer à lui dans une nouvelle donne géopolitique de longue durée (et pas seulement pouvoir faire le mat dans les circonstances exceptionnelles de ce qui fut une aventure, un coup de dés jouant le "tout ou rien")
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Disons quand même que l'appro peut se faire via l'Adriatique (ne serait-ce qu'entre la Molossie amie-cliente et Brindes), mer plus "contrôlable" et où Carthage peut moins facilement soutenir une flotte de surveillance importante. Surtout si les Athéniens sont dans la boucle. Mais Carthage me semble effectivement le gros morceau de l'affaire, moins en raison de sa capacité militaire terrestre de bataille proprement dite qu'en raison: - de sa situation géographique (de la cité et de ses possessions et intérêts) - de sa flotte - de sa façon d'alors de faire la guerre au sens large: pas de recherche de la bataille, mais un mode opératoire très "guerre du Péloponèse", fait de raids, de sièges terrestres-maritimes, d'opérations coups de poing.... C'est très mobile, et ils sont rôdés à cela. Alexandre a donc 3 possibilités stratégiques: - faire mal à leur commerce maritime: les Grecs du Péloponèse et les Carthaginois se détestant au-delà du possible, et vu les demandes vraisemblables de contribution d'Alexandre, on peut supposer qu'un versant gréco-athénien de la guerre peut être lancé, sollicitant donc durement la marine carthaginoise et restreignant sa marge de manoeuvre, surtout ce qui serait dispo pour des opérations visant à couper les lignes d'Alexandre et/ou à frapper sur ses arrières (bases maritimes de transit, points d'appui....) - attaquer la Sicile, le seul objectif terrestre de taille des Carthaginois, qui les contraint précisément à une guerre terrestre plus classique mobilisant des effectifs qu'ils n'ont pas ou pas facilement, et surtout face à la qualité de l'outil macédonien. A noter cependant que le terrain sicilien est accidenté et difficile. - foncer sur Carthage: encore plus de contrainte directe à réagir. Ces objectifs sont-ils engageables d'emblée? Oui pour la guerre maritime. Pour les autres, il me semble que commencer par le sud de la botte italienne a son intérêt, mais il faudrait surtout dans un premier temps "sponsoriser" le camp qui tient Rome occupée: les Samnites. Sont-ils accessibles à cette mise en clientèle (sinon faut les conquérir)? Ou alors les Socii de Rome: petits, ils peuvent être appuyés par un petit corps d'armée macédonien envoyé pour former un corps de bataille destiné à fixer l'attention et les moyens, alors limité (même si le potentiel démographique est déjà significatif) de la ville. Juste le temps qu'Alex lui-même se charge de Carthage. Le but étant là d'user Rome et d'empêcher Carthage de l'utiliser, de la financer. Petites précisions sur l'orbat carthaginois de cette époque: - il faut différencier les mercenaires purs et durs qu'ils engagent des "alliés/clients" de leurs zones d'influence. Ces derniers sont comme les Socii de Rome: ils sont payés, mais la motivation/engagement est plus forte parce qu'au moins pour les alliés de longue date, il s'agit d'un partenariat pas forcément mal vécu, surtout quand en fait ces Etats clients sont liés particulièrement à des familles carthaginoises comme les Barcacides, très présents hors de la cité. Ainsi pour les Libyens, et au moins toujours une certaine quantité de Numides. A cette époque, côté mercenaire, Carthage recrute de l'étrusque (donc du phalangiste), du grec (sans doute surtout des Peltastes, désormais des fantassins légers pros et très équipés qui semblent avoir formé la majorité des mercenaires grecs après les guerres du Péloponèse), de l'ibère (pas encore allié, la conquête n'est pas encore faite) et du baléare. A noter aussi que le contingent de mercenaires grecs ne peut être énorme: les Grecs et les Puniques se détestent cordialement, et même si après les guerres du Péloponèse, les mercenaires grecs sont nombreux et pas forcément regardants, il y a de l'embauche partout (surtout chez les Perses qui paient bien). Donc oui, du peltaste grec, mais pas forcément en contingents importants. Des Gaulois sont aussi mentionnés, fournissant une infanterie de choc motivée qui semble s'accorder avec la tactique carthaginoise de mouvement. Un dernier contingent significatif: les mercenaires issus de Campanie (hostiles à Rome, leur voisin), semblent avoir fourni surtout de la cavalerie, et avant tout de la cavalerie lourde/de choc (pas forcément toujours très blindée, mais résolument faite pour le choc et la mêlée). - les alliés-clients devraient donc plus être appelés auxilliaires que mercenaires: il faut les voir comme des contingents de milices fournis par des alliés, et dont beaucoup sont de bonne qualité (ainsi de l'infanterie lourde libyenne et phénicienne, estimée selon les moments entre 4000 et peut-être jusqu'à 10 000h mobilisés à un moment donné, même si ce dernier chiffre est sans doute exagéré, ou un maximum absolu). A noter cependant que l'essentiel de l'infanterie lourde ne tient pas la comparaison avec une infanterie grecque solide, encore moins macédonienne. Mais uniquement pour ce qui concerne une bataille rangée "classique", un choc d'infanterie de ligne. Les alliés libyens et phéniciens d'Afrique, c'est vraiment à noter, fournissent une infanterie faite de combattants de grande qualité (attestée par la richesse de leur équipement qui est, pour une grande part, un blindage conséquent, réservé dans le monde antique à ceux qui ont la qualité pour en user); on peut donc supposer que leur force se situe dans l'assaut et la manoeuvre, pas dans la tenue d'une ligne de défense ou l'attaque en ligne (ou échelons) à la grecque. Ce sont aussi les Libyens et Phéniciens qui fournissent les chars de combat. Les Sicules (autochtones de la Sicile) sont aussi fortement sollicités comme alliés (fournissant donc des contingents "miliciens") et mercenaires (pour les zones non contrôlées par Carthage), formant sans doute des unités combattant à la grecque sans toutefois avoir semblé se signaler par une qualité très notable dans ce type de combat (on va dire de médiocre à correct). Ils ont du faire partie de ces effectifs fournissant du nombre à l'infanterie de ligne, éventuellement des petits contingents de fantassins légers et éclaireurs, et sans doute surtout de quoi tenir les remparts des villes prises ou contrôlées pour ne pas pomper sur les armées de campagne. - au moment de l'invasion d'Agathocles (fin du IVème siècle, une vingtaine d'années après le début de ce scénario), Carthage semble avoir pu lever, solliciter ou recruter un total avoisinant les 40-50 000h pour la défense de la Tunisie punique. - particularité: ils employaient aussi des chars de guerre, et des effectifs allant jusqu'à 2000 chars sont mentionnés pour cette époque. Mais surtout, ils semblent reposer sur la manoeuvre d'infanterie légère et de cavalerie, appuyée sur un noyau d'infanterie lourde d'élite, pour l'attaque. En défensive, qu'ils essaient d'éviter, les Carthaginois n'opèrent que depuis des hauteurs et/ou des camps fortifiés (ils montent des camps de campagne fréquemment, peut-être toutes les nuits), ce qui traduit à la fois une faible espérance de voir leur ligne d'infanterie lourde tenir, mais aussi le fait qu'ils en tiennent compte et que cela ne les dissuade pas d'envoyer des expéditions lointaines contre des armées ayant elles une infanterie lourde hellénique solide. Ils doivent donc reposer sur un dispositif interarme dont ils pensent qu'il a des chances raisonnables de pouvoir, si bien utilisé, l'emporter. Ce sont des phéniciens hellénisés, très cosmopolites, très éduqués et très renseignés (un exemple: les Carthaginois ont entretenu un célèbre espion dans l'expédition d'Alexandre, qui les a renseigné pendant longtemps sur les mouvements et intentions du conquérant), et ce sont des marchands dans une thalassocratie, qui n'envoient donc pas des expéditions chères à la légère ou par un appétit terrestre de conquêtes territoriales. Ils doivent donc être parfaitement conscients des qualités tactiques grecques et ont du concevoir en partie leur outil pour pallier à leurs propres manques et s'opposer à la tactique des armées helléniques. - les Puniques fournissent eux-mêmes un effort militaire propre conséquent: ils arment principalement la flotte qui est de recrutement citoyen. Mais sur terre, ils ont aussi une phalange lourde bien équipée (dont cependant seule une partie réduite semble pouvoir être envoyée outre mer; il doit donc falloir voir le reste comme une milice de défense et manoeuvre dans la zone de Carthage, pas forcément de grande qualité), avec à sa tête un "bataillon sacré" estimé à 2500h (jusqu'à 4000h peut-être: les estimations supérieures sont sans doute des exagérations), et qui lui a conquis une grande réputation de qualité, de motivation (et doit constituer l'un des seuls éléments d'infanterie lourde notables par sa qualité).... Une cavalerie lourde citoyenne existe aussi (peut-être jusqu'à 2000h), et sa qualité est attestée (équivalent monté du bataillon sacré, en efficacité et en statut), au même titre que la cavalerie légère numide, réellement terrible quand bien employée. Les carthaginois fournissent aussi l'encadrement des unités alliées et mercenaires, et c'est là une particularité: des officiers avec sans doute une petite troupe personnelle à chaque fois (les unités alliées et mercenaires étant mentionnées comme ayant aussi un élément carthaginois), ce qui permet de dire qu'ils doivent avoir un moyen rôdé de coordonner l'action opérative/tactique, et que leur dispositif composite reposant sur des forces nationales, alliées et mercenaires a pu être travaillé pour opérer de façon cohérente. Hannibal a procédé ainsi, malgré l'extrême diversité de son armée qui fonctionnait "comme un seul homme": est-il acceptable de penser qu'il n'a fait de ce côté que poursuivre une tradition punique? Il semble que même avant l'affrontement avec Rome, l'armée punique se signalait par une bonne capacité aux manoeuvres complexes et rapides, donc un niveau de qualité/coordination aux hauts échelons (au moins quand il y avait un chef à la fois bon et sachant gérer ses alliés) qui n'est pas à négliger. - la flotte de guerre est difficilement estimable à cette époque: 600 navires sont mentionnés pour la seule invasion de la Sicile au IVème siècle, mais ce chiffre peut être exagéré, et/ou inclure indifféremment des unités de pur transport, des navires loués, des petites unités, aussi bien que les trirèmes et quinquérèmes puniques. A noter cependant: en 341, 340 ou 339, Carthage s'est pris une branlée monumentale en Sicile aux mains de Timoléon de Syracuse (le remplaçant tempéré et éclairé de Denys de Syracuse, célèbre tyran de la ville). Cette bataille s'inscrit dans une guerre de plus de 60 ans en Sicile, essentiellement contre Syracuse, qui se termine alors sur un match nul et un statu quo avec l'ouest restant aux Puniques et l'est à Syracuse (et aussi beaucoup de cités plus ou moins libres) qui a amené un mouvement de repeuplement grec de la ville (faisant venir des contingents du Péloponèse). Sur le plan pratique, la bataille mentionnée, Crimissus (ou Crimisos) a vu périr brutalement une bonne partie de la troupe proprement carthaginoise, dont une portion du "bataillon sacré" (fait de l'élite de la ville), soit un contingent renouvelable, mais pas forcément à très court terme: la ville est peuplée et jeune, mais reste une ville. Historiquement, depuis leur grand réformateur militaire du VIème siècle, Magon, les Carthaginois ont reposé de façon croissante sur l'outsourcing militaire précisément en raison des saignées des longues guerres qu'ils ont mené, notamment en Sicile. Autre impact tactique de ce conflit encore "chaud": Timoléon de Syracuse a fait une OPA hostile sur les mercenaires ibères de Carthage. Ce contingent là n'est donc pas forcément dispo ou renouvelable. Mais dans toute conquête de la Sicile, Syracuse est un morceau à croquer, et un coriace. Même si Timoléon meurt en 337, et que la ville retourne à une oligarchie brutale, sa domination ne faiblit pas et sa capacité guerrière demeure (que le futur tyran Agathocles multipliera après 317). Pour revenir sur l'armée carthaginoise, il est à noter que la proportion de citoyens n'est donc pas faible, et que ceux-ci, quand ils sont aux armées, élisent leurs chefs (donc aussi choisis sur critères opérationnels: les citoyens de la ville ne votent pas, seuls ceux présents dans une armée le font). Les réformes de Magon interdisaient aussi la consommation d'alcool par les soldats en temps de guerre (fait encore attesté au moment des guerres puniques), ce qui en dit long sur le professionalisme de cette partie de l'armée, qui encadre aussi le reste et doit donc prendre ce genre de choses plutôt sérieusement. Au global, la capacité de bataille rangée carthaginoise existe, et pas en nombre anecdotique ou limitée à des corps expéditionnaires (la défense de la cité doit être pour le coup conséquente), mais ce n'est pas comme ça qu'ils conçoivent la guerre: eux calculent plus sur la manoeuvre stratégique, les raids, les sièges et opérations combinées sur des cités portuaires, les blocus, le combat naval. Il faut donc les contraindre au combat terrestre pour Alexandre, ce qui impose la Sicile et/ou la Tunisie. Fondamentalement, ils ne comptent pas sur la bataille rangée, et quand ils la font, ils en ont une approche différente de celle des Grecs: cavalerie (lourde -punique et campanienne- et légère -numide), infanterie légère (surtout lybienne/phénicienne et des frondeurs baléares, appuyée par un élément d'infanterie lourde/de choc choisi parmi les puniques et les celtes) et chars de combat agissent ensemble, de façon coordonnée. Le tout coordonné depuis un point d'appui où se trouve la ligne (sur laquelle ils comptent moins): une hauteur avec ou non un camp fortifié. Il faut noter que Carthage n'est pas un potentat "provincial" malgré des limites tactiques sur certains plans: il faut éviter de voir ces fronts occidentaux comme systématiquement de moindre difficulté que le "grand conflit sérieux" à l'est face aux Achéménides. Carthage, notamment, est une puissance géopolitique ayant depuis longtemps appris à calculer et penser "en grand" dans le temps et l'espace, vu son aire de rayonnement et l'habitude de guerres multi-théâtres. Ses déboires en Sicile n'ont pas remis en cause sa puissance (malgré la tentative d'invasion d'Agathocles) et attestent seulement de la qualité de l'adversaire syracusain comme puissance locale de taille conséquente (on parle en termes d'effectifs tournant dans l'ordre des 50 000h à un moment donné) reposant sur des proportions conséquentes d'effectifs de qualité, mais surtout une maîtrise de leur territoire bien mis en valeur et organisé, une sophistication réelle dans la compréhension de la guerre et de la stratégie notamment venue d'un cosmopolitisme héllénistique qui rappelle qu'il y a un "espace grec" culturel qui est un monde où hommes, savoirs et biens circulent beaucoup. Parmi les leaders syracusains, Rappelons que Timoléon est un aristocrate corinthien à la base. La conversion au modèle macédonien n'arrive qu'à partir de 255, avec le général mercenaire spartiate Xanthippe.
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En fait l'orbat carthaginois n'a pas beaucoup changé dans l'absolu: un corps pas si réduit qu'on a bien voulu le dire d'infanterie lourde citoyenne, dont le niveau qualitatif semble cependant pas si exceptionnel. A l'époque des guerres puniques, ils fonctionnent selon le modèle macédonien qui sévit dans toute la Méditerranée, donc en 335, ils doivent être comme Rome, une phalange classique, et sans doute moins rôdée dans le Péloponèse. La disponibilité de la cavalerie numide si cruciale dépend de l'état des relations avec ce royaume alternativement ennemi ou client. Le reste sont des milices locales et surtout des mercenaires: à cette époque, Carthage n'est pas encore en Espagne, donc n'ont pas réellement accès à ce réservoir de fantassins lourds et de duos cavaliers-fantassins légers. Ils ont de l'infanterie africaine, des frondeurs baléares, sans doute quelque chose en Sicile.... Rien d'aussi rôdé que l'armée macédonienne (surtout celle-là) ni d'aussi sophistiqué comme dispositif interarme (et chacune de leurs "armes" ne doit ni avoir la quantité ni la qualité de l'outil d'Alexandre). Et comme ils n'ont pas vraiment la base territoriale et la population pour pouvoir choisir entre le frontal et le long conflit indirect, je dirais que si Alex voulait très fort conquérir la Sicile sans avoir la flotte carthaginoise sur le dos (qui elle est déjà redoutable et vaste, même si le super port/base de la cité n'est pas encore complet), il foncerait sur la Cité punique elle-même directement. Le facteur maritime est difficile à évaluer: la flotte macédonienne, côté combat, est-elle de taille face à Carthage? Les Grecs, athéniens en tête, peuvent-ils être contraints de se charger de ça, au moins pour permettre un débarquement? Si Alex a pu réunir une flotte suffisante pour envahir l'Orient (et on imagine avoir de quoi protéger les transports), il faut noter qu'il a licencié l'essentiel de la flotte sitôt arrivé, ce qui en dit long sur ses moyens avant de se saisir du fabuleux butin des premières satrapies conquises. La Sicile est un objectif majeur, oui; mais aussi, si on parle ressources, ce sud de l'Italie raisonnablement peuplé, parsemé de cités grecques/hellénisantes et très mis en valeur. Il est d'ailleurs l'enjeu de l'affrontement de plus de 50 ans (qui vient alors de commencer) entre Rome et les Samnites: les plaines agricoles du sud de l'Italie sont alors une cash machine (déjà ou potentiellement selon l'endroit) au même titre que la Sicile. A noter quand même pour la zone Illyrie-Panonnie: il y a alors pas mal de mines d'argent et quelques-unes d'or là-dedans. Assez pour justifier une conquête en bonne et due forme? Je sais pas. Mais il faudrait savoir, dans ton scénario, quel est l'aspiration fondamentale d'Alexandre: veut-il se faire un nom, faire des campagnes et du butin pour affermir son Etat macédonien grec, asseoir sa réputation et se donner de la marge de manoeuvre en acquérant du cash dont il a besoin vu l'hyperextension militaire macédonienne (=pas tant d'ambitions territoriales que "faire un coup")? Veut-il des nouvelles colonies pour alimenter la machine de guerre macédonienne dans sa croissance et rester du coup dans un schéma politique plus grec (un heartland, des Etats clients grecs frontaliers et ses colonies outre mer)? A t-il un dessein impérial visant donc à former une entité occidentale plus unifiée capable de "peser" durablement face à l'empire achéménide (par opposition à sa conquête historique qui était un coup de dés au bon endroit au bon moment)? Si ce dernier cas est visé, alors le but est aussi territorial (pas que sur base des ressources immédiatement/rapidement dispo): profondeur stratégique, taille, population, maîtrise du commerce maritime en Méditerranée occidentale, établissement de circuits commerciaux terrestres entre au moins la Grèce, les Balkans et l'Italie, établissement de colonies de peuplement/vétérans macédoniennes.... Militairement, dans la botte italienne, les Samnites me semblent alors plus emmerdants potentiellement que Rome (l'Etrurie, elle, était mal organisée, a été abaissée par Rome, et n'avait de toute façon que de la phalange classique): malgré sa ressource démographique et sa volonté politique, Rome n'a alors pas une armée terrible, et contrairement aux Samnites, elle n'a pas l'option de faire durer un conflit refusant la grande bataille et profitant du terrain. Pas contre un adversaire comme Alexandre qui débarquerait avec quelque chose comme 40-50 000h qu'il pourrait approvisionner durablement par mer.
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Imposer un budget équilibré, est-ce possible ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Et ça, ça valide ou ça invalide une analyse économique quelconque? Ca valide ou ça invalide une action politique? C'est de la mauvaise gouvernance, un Etat faible, des dirigeants sans force parce que sans marge de manoeuvre par rapport aux clientèles qu'ils entretiennet, soit le point que pas mal ici ont essayé de soulever. En aucun cas ça ne montre une quelconque pertinence d'une analyse économique, parce que j'ai jamais entendu un économiste d'inspiration kéynésienne dire que balancer des fortunes dans l'entretien de masses de fonctionnaires avait un effet multiplicateur important sur l'économie ni n'ai entendu personne ici le dire. Et juste par curiosité, tu peux me dire BORDEL DE MERDE à quel moment j'aurais dit que la dépense de l'Etat en France me semblait pertinente et bien gérée, que ce niveau d'endettement était une bonne chose, que la dépense publique n'était absolument pas à réformer et à réorienter? Sérieusement, ça m'intéresserait de savoir quand j'aurais dit ça, parce que j'ai plutôt l'impression que comme toujours, tu te parles à toi-même en lisant dans les posts qui ne vont pas dans ton sens uniquement ce que tu veux lire pour pouvoir répliquer à un contradicteur inventé et dont tu peux du coup dire en toute bonne foi qu'il délire dans de quelconques sphères éthérées de "trucs scientifiques" bien abstraits. Note bien, c'est plus pratique et ça évite de se compliquer l'existence. Mais il se trouve que ça énerve un tantinet quelques personnes de se voir attribuer des positions qu'ils n'ont pas, de subir des grandes déclarations fondées sur de l'absolu, du "tout ou rien", du "blanc tout noir", de se voir asséner des grands principes complètement déconnectés de la moindre réalité concrète et ce à répétition. Tu me rappelles le montant de l'endettement des institutions financières privées autour de 2008-2009? L'explosion au-delà du supportable de l'endettement public dans une très courte période de temps a aussi un peu à voir (même si de toute façon, c'était déjà un problème, aucun doute là-dessus). Quand aux délires disant qu'il aurait fallu les laisser s'effondrer plutôt que les sortir de la merde, je crois qu'ils n'émanent que de personnes qui n'ont pas vraiment compris sur quoi repose l'économie et l'effet que des cascades bancaires en faillite aurait eu (en tant qu'entrepreneur, je sais exactement quel effet ça aurait eu sur pas mal de mes activités et bien plus encore sur celles de pas mal de clients). Quand à parler de la pertinence des directions prises par l'investissement privé pour l'économie d'un pays, y'a suffisamment qui a été écrit dans les 2 dernières pages pour justement parler de cette notion "d'investissement" en général avant d'aller plus loin. -
C'est un scénario qui fait baver, mais y'a un truc qui me chiffonne dans les prémices, et je crois que si le scénario peut être développé, c'est uniquement en en faisant abstraction, et ce fait est qu'Alexandre ne pourrait pas partir à l'ouest en laissant derrière lui l'Empire Perse intouché. C'est la seule puissance qui ait alors une capacité de projection significative, elle a alors des coffres sans fonds et pas de problème interne majeur. Et elle a en plus toutes les raisons de vouloir faire mal à la Macédoine, même si évidemment une expédition à l'ouest lui évite des problèmes qu'elle ne perçoit cependant pas comme majeurs (rappelons que la première phase du débarquement d'Alexandre a été jugée comme du niveau d'un problème de "police", à gérer par un ou deux satrapes locaux.... Evidemment, le Granique a changé le niveau de DEFCON perse :lol:). Alors un départ d'Alexandre dans ces conditions est pour le Roi des Rois une occasion unique de frapper fort le dernier emmerdeur de Grèce: certes, à supposer que le schéma opérationnel et l'orbat de l'expédition soient les mêmes, il resterait tout juste les moyens au vice roi macédonien, qui qu'il soit, de tenir la Grèce et d'envoyer un flot continu de renforts. Mais avec des Cités et Etats grecs qui étaient encore peu de temps avant des entités farouchement indépendantes mais en même temps des Etats clients de la Perse pour ce qui concerne l'action géopolitique (la plupart des dirigeants étaient sur les ardoises de Darius qui payait bien), et qui, ça c'est certain, détestent les Macédoniens presque autant qu'ils détestent les Perses (avec cependant une priorité aux Macédoniens qui sont 1) Des voisins et 2) Déjà chez eux dans tout le Péloponèse), avec cette constante politique, l'occasion pour le Perse devient trop tentante pour ne pas donner lieu à au moins une action massive d'incitation par tous les moyens possibles à un soulèvement généralisé de la Grèce, avec envoi de fonds illimités, levée de mercenaires dans les Cités grecques d'Anatolie, et peut-être même l'envoi direct de troupes, sinon impériales, au moins issues des satrapies occidentales. Donc à moins d'en faire magiquement abstraction, je vois pas comment Alex peut choisir d'aller à l'ouest, surtout avec en plus la puissance politique, culturelle et psychologique de l'idée d'invasion de la Perse par les Grecs, un des seuls éléments qui permet de mettre un peu les autres Grecs dans le bain, qui imprègne les mentalités de beaucoup de Grecs. Donc je recommande d'en faire magiquement abstraction ou de trouver un subterfuge. Sinon le scénar, s'il doit être un peu réaliste et vivant, intègrera vite un soulèvement généralisé de la Grèce, voire une implication directe et ouverte de l'empire achéménide. Peut-être l'expédition serait plus simple si elle empruntait une voie terrestre continu en commençant par une conquête unifiante des Balkans. Elle aurait des axes terrestres continus et impliqueraient cependant de rudes clients avant d'arriver en Italie: les populations et entités illyriennes. Même si le royaume de Bardylis, qui en avait concentré une grande partie, était de fait devenu plus ou moins un Etat client macédonien, les moyens de les tenir sont réduits, et l'entité peut éclater, auquel cas ça fait un grand bordel peu réductible parce que fait de multiples centres (et accessoirement de très bons guerriers). Autre problème, dans les Balkans ou en Italie ou ailleurs: l'or n'est pas si abondant, et surtout pas dans des quantités comparables à ce qui se trouve chez les Perses à l'Empire si développé, et surtout si organisé qu'il permet de vastes concentrations de richesses renouvelables. C'est quand même en grande partie la saisie de ces stocks de fonds ET de l'administration qui permet de continuer à les accumuler sans interruption qui a permis à Alexandre: - de sans arrêt extrêmement bien rémunérer ses troupes, donc de les motiver et de les installer dans des colonies fondées sans problèmes - d'en recruter de nouvelles et de solliciter sans cesse plus des levées en Macédoine et de les équiper - d'acheter et d'entretenir les loyautés de chefs, rois, officiers, villes et toutes entités de pouvoir - de faire en sorte que l'empire conquis continue avec juste un changement de direction Tous moyens énormes sans lesquels Alex devrait oeuvrer à l'ouest, qui plus est un occident qui n'est lui pas du tout unifié (ou plutôt organisé dans un méta système impérial permettant de gérer à moindre coût de si grandes superficies si diverses et faites d'autant d'entités autonomes), donc nécessitant des troupes d'occupation et des directions locales nombreuses alors même qu'il ne s'agit pas souvent d'entités économiquement développées, valant le coût de la conquête (même s'il le faut pour raison géographique/stratégique). A mon sens, sa conquête, même si elle se faisait au fil de victoires incessantes, serait nettement moins spectaculaire et bien plus longue, quand bien même il prendrait jusqu'aux colonnes d'Hercule. Comme opposition difficile pour des entités militaires organisées, qui y a t-il? Les Illyriens potentiellement, ou en tout cas une partie d'entre eux. Ensuite les peuples gaulois de Cisalpine peuvent être des alliés ou des emmerdeurs. Les Etrusques sont plutôt sur la fin. Mais vient Rome, qui a ce stade peut compter sur un potentiel de 170 000 citoyens, dont seulement une partie est cependant mobilisable et équipable et dont l'effectif est gonflé/doublé par les alliés/protectorats. En fait, l'armée romaine n'est alors pas bien terrible: on se situe avant le changement majeur qu'est l'adoption de la manipule et de l'armement samnite réarrangés. Seul le potentiel démographique la différencie de ses voisins..... Voisins qui d'ailleurs à partir de 340, se soulèvent contre Rome dans une guerre sociale (de socii, les alliés). Au moment de ton invasion, Rome est donc dans la merde, d'autant plus que ce soulèvement des alliés se fait dans le prolongement de la première guerre contre les Samnites qui ne fut pas une glorieuse réussite pour les fils de la louve et qui annonce surtout un LONG conflit contre ces voisins aussi emmerdants que coriaces. Toute conquête du milieu et du sud de l'Italie (la partie intéressante) sera dure et longue, non parce que les batailles rangées seraient difficiles pour Alex, mais parce que cette région est faite de nombreuses entités politiques qui sont cependant très organisées et sophistiquées, ont une grande conscience de peuple (donc une volonté politique), couvrent un terrain difficile peu propice aux grandes batailles.... Et représentent en plus une population importante dans un petit espace très découpé (4 à 5 millions d'habitants entre l'Etrurie et le sud de la botte). On se souvient du temps qu'on du passer les macédoniens à "pacifier" (et en fait conquérir pied à pied) les zones montagneuses au nord de la perse (en fait toutes les zones de l'est de l'Anatolie jusqu'à l'Hindu kush), essentiellement en créant des "unités de montagne" et d'infanterie légère à partir des phalangistes et fantassins légers macédoniens et de locaux recrutés et formés, et en multipliant les commandements autonome. C'est cher, long, frustrant, coûteux en hommes. Plus à l'ouest, l'autre morceau chiant, c'est l'Hispanie: aussi plein de petites entités politiques autonomes, dans une géographie difficile, des distances pas petites, et pleines de peuples belliqueux et pas manchots quand il s'agit de cogner. Le sud des Gaules est alors moins peuplé et surtout fait de petites entités nettement moins développées/organisées. En fait dans cette histoire, les distances, l'absence d'union politique même sur un seul théâtre régional, le butin nettement moindre (surtout pour le partage, la motivation, les loyautés....), les terrains souvent difficiles pour conquérir de petites entités.... Rendraient l'expédition nettement plus problématique pour moi que la "conquête de l'est" qui, s'il est aux mains d'un Etat gigantesque.... Est au main d'UN SEUL Etat organisé qui peut être frappé au centre.
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Imposer un budget équilibré, est-ce possible ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Là tu espères trop, ou tu crois trop, dans les effets vertueux d'un système: le parasitage par le versant grand public et précisément ce qu'on appelle l'opinion publique est total. L'opinion publique est différente de la population: il s'agit de la scène publique, soit cet ensemble médiatique où s'expriment, dans des proportions caricaturales (et de plus en plus caricaturale en médiacratie), des pans de population particuliers (et très récurrents) et généralement organisés, des faiseurs d'opinions et/ou (quand ce ne sont pas les mêmes) des "experts" et figures visibles. Bref, ce que d'autres appellent la (ou les) bulle, le microcosme.... Et qui, contrairement aux espérances de justice en ce monde ou d'amour de la vérité et de l'honnêteté, n'ont pas réellement de comptes à rendre à court et moyen terme, ont le droit de fait de se contredire sans même l'admettre, de dire toutes les conneries possibles sans qu'on le leur fasse remarquer, et en attendant le jugement dernier ou l'effet boomerang, d'influer réellement sur la perception publique, les courants d'opinion, les sujets sur lesquels l'attention se porte (peut-être le plus grand pouvoir des médias, selon la théorie dite de l'agenda en sciences de la communication).... Alors oui, les conneries se verront, les doigts se pointeront, les vérités se feront jour (en tout cas certaines, et peut-être moins des "vérités" au sens plein que des constats et approximations moins cons/plus exacts).... Mais jamais dans les temps: il y a toujours cette sphère du court/moyen terme qui l'emporte et permet d'orienter une politique, de faire un choix plutôt qu'un autre, de peser où il faut et surtout QUAND il faut pour servir un intérêt donné qui se fout de regarder à plus long terme (parce qu'au bout de ce long terme, il aura de nouveau une tactique de court terme et les moyens qu'il faut pour s'adapter). Si on suppose qu'une telle connerie utile à un moment a été promue par un économiste ou un groupe d'économistes (ou pseudo économistes) aux ordres (ou jouant les idiots utiles), le fonctionnement de la dite bulle fait qu'ils n'auront pas forcément perdu en crédibilité après avoir été mis le nez dans leur caca (il y a toujours mille parades publiques, mille "mais ça n'a pas été fait comme je l'ai dit", "mais la conjoncture", "mais moi je ne parlais que de cet aspect des choses".... Et autres mensonges qu'on peut asséner mille fois et qui l'emporteront sur la vérité); ou bien tout simplement on sortira un nouvel économiste, "expert" ou groupe d'experts pour promouvoir un autre truc. Dans ce système, tout est jetable: c'est la société de consommation ;). Il faut quand même se rendre compte qu'il y a un marché, un référent bien plus utile et rentable que la reconnaissance des pairs, de la "communauté": cette sphère à cheval sur le médiatique, le politique, les instituts de recherche qui n'ont d'indépendance qu'apparente par rapport à leurs financiers, le lobbying proprement dit (cabinets de communication, fondations, associations, cabinets d'avocats, consultants privés, quand ils ne s'appellent pas tout simplement agence de lobbying comme cela arrive parfois aux USA), le registre/secteur associatif et religieux.... Juste un exemple caricatural parmi d'autres aux USA: les "scientifiques" promouvant cette débilité sans nom qu'est "l'intelligent design" sont une communauté numériquement croissante, dûment diplômée, même pas faite que de cons ou de fanatiques (scientifiquement parlant.... Mais alors ils sont très cyniques).... Et ils en vivent TRES BIEN, ayant depuis longtemps établi un "circuit" de publications et conférences, de labos, de prix, d'attribution de labels "garanti evangelist compatible" :-[ et des bourses et prix qui vont avec, et ayant surtout les relais politiques locaux et nationaux pour PESER effectivement sur la recherche (plus de 8 ans d'interdiction de la recherche sur les cellules souches aux USA, ça vient d'un comité d'éthique neutre et jugeant sur critères scientifiques?). Pire encore, ils ont des relais (et ils SONT un relai) qui ont tout simplement permis d'enseigner le créationnisme dans les écoles primaires de nombre d'Etats américains à parité avec la théorie de l'évolution, et dans certains Etats mêmes de n'enseigner QUE le créationisme en faisant interdire toute vision recourant à Darwin. Cette influence s'étend même dans une proportion significative des facs américaines (aaah, les polémiques sur l'université de l'Arizona :lol:), avec du coup, devine quoi, au global? Des tas et des tas de postes, de chaires, de budgets, de publications. Qu'importe si les scientifiques "sérieux" les dénigrent: ils ont la masse critique, économiquement et géographiquement parlant, pour exister, parasiter, influer, peser, prospérer. La vérité dans la communauté scientifique peut exister, même parfois sous forme de consensus absolument dominant ou unanime: c'est pas pour autant qu'elle pèse politiquement, trouve des budgets, influe sur l'opinion publique ou la population ou les dirigeants.... Le thème du réchauffement climatique aux USA (et donc des changements économiques à opérer, des budgets de recherche, d'infrastructures, d'achats publics.... Mais aussi les législations, les programmes scolaires, la taxation, la politique commerciale.... Et toutes mesures visant à s'adapter à cette donne d'une manière ou d'une autre) est assez emblématique de la question, et combien de think tanks, "experts indépendants", bouquins, agences de com, chaînes de télé (FoxNews....), consultants récurrents de plateaux télés, ex-grands noms de la politique locale ou nationale.... Oeuvrent de fait, en connaissance de cause ou par conviction, pour les intérêts de ceux qui s'opposent radicalement à toute évolution économique prenant même partiellement en compte le phénomène des changements climatiques? Dans tous les domaines, c'est pareil, et tu auras toujours un politicien qui dira "I checked out with my scientists, and it adds up: I'm right, my opponent is wrong". Ca rappelle le temps où les Jésuites pouvaient toujours trouver un précédent en droit canon pour pardonner les pires péchés encore et encore et ainsi devenir les confesseurs préférés des puissants :lol: (et devenir du coup eux-mêmes très influents). Certains sont de vrais économistes (plus doués pour vulgariser que pour rechercher, mais y'en a aussi des vrais de vrais), certains ont un diplôme d'économie plus ou moins valable ou plus ou moins justifié, certains ont une activité florissante (ce qui vaut diplôme d'économie auprès d'au moins une partie de l'opinion américaine, et même mieux), certains ont juste la confiance du public (cas de "journalistes" ayant acquis une certaine audience qui vaut légitimité.... Surtout quand ils sont sur une chaîne ou une rubrique business, ce qui en fait des "experts" :lol:), certains sont juste là et font joli. Mais tous sont écoutés: du public en général, d'un public donné (et ciblé par quelqu'un), d'une zone géographique, d'une tranche socio-économique, de certains cercles de décideurs ou de bailleurs de fonds..... Il y a toujours quelqu'un qui veut qu'une certaine chanson soit chantée haut et fort, au moins à un endroit et à un moment donné. Et on trouve toujours quelqu'un pour la chanter. Regarde Ron Paul qui se signale désormais de plus en plus dans la sphère républicaine (et à qui on ne peut pas reprocher de n'être pas cohérent dans son discours -aussi absurde soit-il- et de n'être pas honnête): lui a tous les économistes qui lui faut (et qui, avec la popularité de la campagne Ron Paul, vendent désormais beaucoup de bouquins, de conférences, de temps dans les médias.... Et chopent plus de postes dans des think tanks et universités, donc gagnent du temps d'attention en général) pour dire qu'il faut un retour à l'étalon-or et quelques autres joyeusetés dans le genre. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Ce n'est pas l'intention, désolé si tu l'as compris comme ça; mais pour m'être pas mal penché sur le système américain, et en particulier l'implantation profonde du lobbyisme tel qu'il est, je peux te dire que le dit système ne promeut pas les meilleurs économistes (de quelque bord que ce soit) et a une forte tendance à dégager un "consensus" qui répond bien moins à l'indépendance des scientifiques, à l'équilibre et à la rigueur d'un débat fondé en raison, ou encore à la recherche d'une vérité quelconque utile au pays, qu'aux intérêts de qui finance les think tanks (aussi réputés soient-ils) qui sont les "créateurs de tendance" dans un secteur donné. Un système pourri de 1 à Z qui a corrompu le fonctionnement de la classe politique américaine à des degrés inimaginables (le recyclage des élus notamment, en est un exemple terrible: un élu qui sait qu'il ne fera pas beaucoup de mandats fait TOUT pour plaire à ces gens là et assurer la suite de sa carrière). Je parle donc de la partie scientifique qui est en lien avec le pouvoir sous toutes ses formes, celle qui prescrit, oriente, contribue largement à former l'opinion (celle du public, celle de l'arène publique et celle des cercles décideurs), influe grandement sur les attributions de budgets influe sur leur utilisation, sur les publications et la promotion de livres.... Dans le cas de la science économique, qui ne bénéficie pas en soi de budgets mirifiques ni d'un nombre de "places au soleil" très élevé, la concurrence est encore plus rude et les intérêts que servent très utilement des économistes convenablement mis en valeur sont en revanche énormes. Et ceux-là, aux USA, sont bien souvent ce qu'on classe à la louche en France comme absurdement "ultra-libéraux". Je ne parle pas des chercheurs dans l'absolu, ni de ceux qui seront reconnus visionnaires sur leur grand âge ou post mortem après avoir oeuvré comme d'illustres semi-anonymes au mieux écoutés respectueusement (et très lus par qui rage de voir des réformes utiles mais ne peut rien) mais qui n'auront en aucun cas la moindre influence significative. Je parle en fait de ceux qui sont, comme on aurait dit à une autre époque, "bien en cour". Je ne critique pas la pensée libérale, m'estimant moi-même d'inspiration libérale (comme Keynes d'ailleurs ;)), renvoyant souvent à un Adam Smith qui avait dès le départ inclut un rôle économique significatif à l'état, tant pour compenser les aléas de conjoncture que pour pallier à la part de comportements naturellement néfastes des acteurs économiques privés importants (et dans une certaine mesure, de tout système économique libre fondé sur l'égoïsme individuel). Cette partie des propositions d'Adam Smith, comme d'ailleurs les conditions de base qu'il définit comme essentielles à un fonctionnement relativement vertueux d'un marché en phase avec une société donnée, est souvent "oubliée" par tous ceux qui l'acclament comme le "père" de leur pensée :-[. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Dans ce secteur, il est même plus rentable: - de ne pas tellement s'attacher aux maladies: faire des antidépresseurs et développer la demande pour eux (incitation des médecins à en prescrire, inventer des syndrômes marketing, faire du lobbying pour les rendre remboursable et faciliter leur consommation....) est nettement plus profitable. Ils représentent près de la moitié de la R&D des grands groupes, pour la note. - de plus faire trop de recherche soi-même et de racheter les cash makers que sont les fabricants de génériques (ou des produits de base des génériques) implantés dans des pays en développement ou des pays sous-développés aux contrôles sanitaires peu regardants. Aaaah, les tests sur populations réelles au Zimbabwe (théoriquement sous embargo), c'est si pratique! Les produits biologiques de bases des médocs de la pharmacie du coin qui viennent d'intestins de porcs (et en fait pas toujours de porcs alors qu'il faudrait) chinois élevés dans des conditions ne répondant que de très très loin à un embryon de seuil sanitaire minimal - de racheter les brevets sur des mollécules développées dans des labos de recherche publique universitaire, à vil prix et quasiment de force: aaah, les petits chantages, à l'administration locale et/ou étatique, menaçant de délocaliser si la dite mollécule n'est pas vendue pour presque rien alors que les structures de recherche pourraient développer leurs propres start up pharma et dégager du profit.... - d'appeler "investissement" ce qui relève en fait du marketing et de stratégies de lobbying pour aménager ses grands marchés en fonction de ses besoins, pas de quelque chose d'aussi ridiculement non important que les besoins réels (ou quelque chose qui s'en approche) des populations. Mieux vaut fabriquer sa demande (via les législateurs, les prescripteurs.... Et la pub auprès du public) qu'essayer d'écouter la réalité: comme le disait JB Say (un des pères du libéralisme), "l'offre crée sa propre demande". Evidemment, lui avait en tête quelque chose de plus vertueux. -
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Personne ici n'a dit que la dépense publique à PRETENTION keynésienne en France était bien faite, bien orientée et bien gérée (et donc susceptible d'avoir un effet multiplicateur conséquent pour le court ET le moyen terme): il y a, encore une fois, une énorme différence entre un principe et son implication/management. D'ailleurs, puisque tu mentionnes les défauts dans la politique actuelle du clientélisme, de la corruption, de la lâcheté, de la résistance au changement d'un système établi.... Et tout ce qu'ils entraînent comme conséquences, je signale au passage que ces mêmes logiques de fonctionnement d'un système politique impacteraient de la même façon une politique de l'offre et une réforme drastique de l'Etat à coups de sabrages massifs et rapides: outre les défauts économiques de politiques de l'offre (et les politiques keynésiennes en ont aussi, pas de débat là-dessus), notamment dans leur impact sur la croissance, les perspectives économiques et la stabilité sociale (sachant que la répression à coups de feu dans la foule n'est plus une méthode d'ajustement, comme au "bon vieux temps" du XIXème siècle et même après), des impacts massifs et néfastes sur l'instruction et l'enseignement supérieur se feraient vite sentir, l'abandon accéléré d'activités par l'Etat laisserait des friches économiques en tous genres ayant leur propre effet multiplicateur (en négatif, avec impact économique et social majeur) et des pseudo-solutions privées profitant surtout à des arrangements bien crapuleux et sans grande visée d'efficacité ou de service à rendre autre que remplir des poches intéressées.... Critiquer un "modèle" tel qu'il fonctionne dans un pays et à un moment donné ne remet pas en cause des fondamentaux, pas plus qu'il n'exempte un modèle radicalement alternatif, donc fondé sur une autre école de pensée, de ses défauts propres et fondamentaux d'une part (ce que les pro-libéralistes ont tendance à faire un tantinet niaisement en ne donnant que des vertus à tout ce qui n'est pas le modèle qu'ils critiquent), et d'autre part des mêmes risques de dérives et de mauvaise gestion/gouvernance politique qui peuvent accroître ces défauts et effets pervers propres et en ajouter de nouveaux, tout aussi graves et néfastes pour un pays. Quelle que soit la politique choisie, il faut des gouvernants à la fois assez honnêtes et disposant du capital politique (ce qui les rend "forts") pour l'appliquer correctement; c'est pas des principes théoriques, un "système" fondamental, qui contrebalanceront des mauvais gouvernants. -
Pour avoir personnellement changé ces petites choses que sont la façon de faire des abdos et celle de faire progresser l'endurance de façon significative assez rapidement (et pas me bousiller le dos et d'autres trucs au passage), je confirme que l'entraînement physique dans les armées (et à l'école aussi d'ailleurs, ou dans la plupart des cours d'arts martiaux) est plus qu'obsolète et même en partie très contre-productif: il est lent, gaspilleur d'énergie et de temps, faussement intuitif (beaucoup des bonnes méthodes et des mouvements efficaces sont souvent contre-intuitifs, au moins au début) et très dommageable pour le corps (surtout le dos et les articulations), cause d'ailleurs (avec les problèmes liés au poids porté pour troupes ayant pas mal de temps à passer à pied) de taux de blessures et de séquelles importants. Les ricains le disaient récemment d'ailleurs, sur le seul thème du poids porté, des changements dans la charge emportée par le troufion (place des équipements électriques notamment), de l'ergonomie de cette charge (répartition des poids sur le corps).... Les mouvements à favoriser, les façons de bouger (si tu vas en profondeur, les façons de respirer aussi), les physiques à développer et les méthodes pour y arriver, sont des choses à revoir sérieusement. Pareil pour les méthodes d'apprentissage, d'enseignement.... Ce sont des domaines nettement mieux cernés aujourd'hui: comment faire passer savoirs, savoirs-faires et savoirs-être plus rapidement et plus efficacement, comment motiver, impliquer, inciter au dépassement.... La tradition pour la tradition, les habitudes pour les habitudes n'ont pas que du bon, loin de là. Pas forcément que le principe de base soit systématiquement mauvais (les objectifs fondamentaux restent essentiellement les mêmes), mais la façon de l'inculquer/d'y faire parvenir des individus, des équipes, des unités, elle, doit évoluer radicalement; même si ce ne sont pas encore des sciences exactes, on a dans bien des domaines passé le temps des approximations et tâtonnements à la louche. Disons que c'est quand même préoccupant d'avoir à affiner à ce point: c'est le signe d'une denrée trop rare et d'un fait qui, avec l'inertie dans la durée d'une institution de grande taille, peut décourager les incitations au dépassement (= entériner le fait d'armées pro en grande majorité faites de personnels moyennement, peu ou pas trop motivés et qualifiés). C'est aussi raréfier encore des ressources d'urgence immédiates qui, après tout, fondent des approches comme celles des Marines (every man a rifleman), et qui ont leurs mérites indéniables, de même qu'un effet plus vaste et moins aisément mesurable sur la cohésion, l'esprit de corps, la confiance en interne (l'effet ghetto que tu mentionnes deviendrait trop réel), l'estime de soi individuelle et collective, la stratification d'une armée (et même des seules troupes opexables elles-mêmes).... A un instant T: on peut dans bien des cas le gagner avec un peu de temps, de volonté et de méthodes (bon, de potentiel fondamental aussi). Pour des armées qui doivent désormais raisonner à ressources comptée, il faut cesser de raisonner de façon si écrasante à partir des résultats immédiats d'un individu à un moment, et apprendre à plus évaluer des potentiels et à plus tabler dessus pour les développer. Merde! Faut quand même bien essayer de tendre vers quelque chose, à défaut de pouvoir réellement l'atteindre :-[. Mais je compte quand même sur la force d'un facteur déterminant pour des armées comme celles de l'Angleterre ou de la France: la conjonction de la pression budgétaire et du manque de ressources humaines intéressantes (voire du manque de ressources humaines tout court) alors que les besoins opérationnels ne vont pas beaucoup changer, voire pourraient augmenter. A structures, doctrines, perceptions, modes de déploiement, organisation et façon d'approcher le problème inchangés, maintenir ou accroître juste un peu le potentiel au sol devient budgétairement inaccessible. La contrainte de moyens a quand même une tendance récurrente à rendre moins con, même des organisations sclérosées avec toute leur résistance au changement. Réinvention tactique, changement de perspective sur la façon de faire la guerre.... Deviennent des impératifs pour mieux utiliser l'existant.
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Economie et défense
Surtout, présenter un changement de législation américaine vers un cran de protectionnisme comme le fait fondateur du protectionnisme agressif et du repli économique et commercial des années 30, c'est pire que de la connerie (ou est-ce juste un américanocentrisme débridé :lol:).... Sans compter que c'est pas comme si AVANT cette législation, les Etats occidentaux n'étaient pas déjà à la base protectionnistes (ils l'étaient depuis la grande dépression des années 1870-1890 qui résultait en partie d'un libre échange imposé de manière inconsidérée): là, le texte présente la chose comme le passage de la lumière libre-échangiste :P :lol: à l'ombre ultra-protectionniste. Avec ce côté "innocent" de présenter le "secteur privé" (généralisation absurde reflétant une réalité trop diverse pour être mise dans un même sac, même par opposition au secteur public) comme par essence vertueux et "entreprenant" ou "créateur" (encore une fois, des termes flous couvrant trop de réalités, mais ça sonne bien); de la bonne petite idéologie de bas étage (les keynésiens et néo-keynésiens ont aussi les leurs, on sera tous d'accords) dont les penseurs libéraux un peu plus en recherche de vérités utiles ont honte. Mais bon, après tout le secteur de la théorie économique, avec son édition, ses thinks tanks, ses cycles de conférences, ses postes de profs d'universités, ses chaires, ses budgets de recherches, ses prix, sa sphère médiatique propre, ses postes de consultant et/ou d'intervenant télé, ses articles rémunérés dans des journaux, ses places dans de grandes institutions, ses éventuels postes gouvernementaux ou en entreprise, ses groupes d'influences, ses "affectations" dans des plans médias de longue haleine par des agences de com et lobbies avec agenda chargé.... Au final, ce secteur est un marché :lol:.