-
Compteur de contenus
18 697 -
Inscription
-
Dernière visite
-
Jours gagnés
166
Tout ce qui a été posté par Tancrède
-
Tout comme les "terroristes" visent rarement un attentat symbolique (ça arrive, comme le 9/11) mais plus à entretenir un climat d'insécurité qui, plus que la terreur, vise à décrédibiliser l'autorité ciblée auprès de sa population. Et c'est là qu'est l'os et l'expression "one man's terrorist is another's freedom fighter": sans sombrer dans le relativisme absolu, tout mouvement dit "terroriste" pense être le "camp des gentils" comme ceux du côté des Etats combattus (sauf peut-être les dirigeants qui sont parfois des ordures corrompues sans idéal et/ou de vrais "monstres froids" un tantinet cyniques, preuve d'un ancien idéalisme trop battu en brêche). Mais l'usage de cette sémantique est vieille comme le monde: les Romains, César en tête, appelaient "traîtrise méprisable et lâche" la guérilla menée par les Gaulois sur ses arrières ou toute embuscade, surtout si ça marchait, et quand il recourait aux mêmes méthodes, il se félicitait de son astuce, de l'ingéniosité romaine et de l'habileté "civilisée" (par opposition aux "barbares") de tels "stratagèmes" (terme antique décrivant toute action recourant à la ruse, à la déception et à la surprise). Autre exemple: la stratégie anglaise pendant la Guerre de Cent Ans reposait sur la "grande chevauchée" soit un raid à travers la France, généralement de la Manche, lieu de débarquement, jusqu'aux provinces anglaises du Sud Ouest, afin de décrédibiliser le pouvoir royal français, fragile, auprès de populations subissant des dévastations et pillages sans conquête (dont les Anglais n'avaient pas les moyens). Le roi français devait consacrer l'essentiel de ses moyens (très comptés vu l'absence d'impôt permanent) à "mettre en défense" les provinces du royaume, et à disperser ses effectifs sur les lieux les plus politiquement demandeurs, à rallier les seigneurs locaux qui jouaient "la bascule" avec les Anglais en tablant sur cette faiblesse, et à essayer de concentrer des troupes quand il le pouvait, des troupes qui étaient de ce fait contraintes de rechercher l'affrontement en rase campagne quelles que soient les circonstances, vu que l'attitude anglaise les rendait difficilement attrapables (pas de point de fixation), ce que favorisait en outre la mentalité de la caste guerrière/chvaleresque, jusqu'à l'imbécilité crasse, cause tactique des défaites fréquentes en bataille. Mais cette tactique de ravages calculés, fréquente dans l'histoire, est-elle autre chose que du terrorisme? Ce que faisait Alexandre aux villes et populations qui lui résistaient trop (Thèbes, Tyr, peuplades d'Asie centrale) était-il autre chose? L'effet dissuasif et décrédibilsant sur les autorités adverses (regardez, ces mecs ne sauront pas vous protéger) est la même chose, mais avec les moyens d'un Etat. Un Etat, généralement disposant de plus de moyens, peut se permettre de le faire plus rarement; mais au final, l'usage de la bombe A au Japon par les ricains est la même chose: il est aujourd'hui acquis que cet usage n'était pas destiné à éviter des pertes américaines massives pour conquérir Honshu (ces rapports ayant été truqués en multipliant les estimations par 10 ou plus), mais pour servir d'avertissement à des adversaires potentiels en général, et aux Russes en particulier, et ce en sacrifiant 2 villes entières. N'est-ce pas la même chose que du terrorisme?
-
Oui mais il ne faut pas voir les choses comme des faits séparés l'un de l'autre, surtout dans les cas des mouvements indépendantistes violents basques et irlandais qui, au moins à un moment donné, étaient souvent en plus teintés d'internationalisme communiste (au moins pour une partie de leurs troupes). Les "violents" sont-ils quelque chose de totalement séparé de ces irrédentismes "légalistes" ou la branche extrême du mouvement, parfois en désaccord, voire en rupture, parfois comme extension des modes d'action? Les deux mon général ;).... Et les catalans ont été violents à un moment donné, et même à plusieurs moments de leur histoire (pendant la Guerre d'Espagne y compris). D'autant plus qu'il ne faut pas nécessairement voir la chose "non violente" comme un choix plus moral, mais tout connement comme une décision faite par des individus à un moment donné, parce qu'à ce moment, ces décideurs ont été d'accord pour y voir leur option la plus efficace. Ils auraient pu verser dans le violent si leur jugement à cette époque avait été différent: c'est un choix de méthode opéré plus froidement qu'émotionnellement, pas un choix moral. Pour les basques, comme pour les Irlandais d'ailleurs, le choix fut différent, et ce surtout avec les années 70 où ces mouvements étaient teintés par le communisme qui rendait leurs aspirations nettement plus incompatibles avec l'ordre établi, donc une solution légaliste hautement improbable en termes de probabilités de succès. Surtout face à un pouvoir qui, même devenu démocratique, était activement anticommuniste dans un cas comme dans l'autre, et les opinions l'étaient largement aussi. Et c'est là qu'il est moralement difficile de voir que beaucoup de mouvements dits "terroristes" sont faits d'idéalistes, au moins à la base, mais que "idéalisme" ne veut pas forcément dire "louable", et surtout qu'un idéal est une chose absolue qui implique souvent que la fin justifie tous les moyens et sacrifices. Donc jugement moral à part, il s'agit encore une fois juste d'un choix de moyens au regard d'une situation, celle du mouvement et celle de la zone ciblée, notamment le rapport de capacité entre les 2.
-
Effectivement, mais en termes de résultats concrets, la différence est nulle, et ce d'autant plus que cela démontre une posture de volonté identique à celle du terroriste: le résultat vaut tous les "dommages collatéraux", et cela entretient l'inquiétude dans l'encadrement des mouvances ciblées. Soit, le but n'est pas de la terreur (sauf dans le créneau ciblé des cadres al qaidiste, supposément), mais de l'élimination dans cet exemple, seulement la différence est faible pour ce qui est de l'aspect moral et pour les victimes et ceux qui regardent, surtout dans le cadre des "guerres bâtardes" qui sont le lot dominant pour longtemps, où l'imbrication des soldats, adversaires, populations civiles et partisans de l'un ou l'autre camp (s'il y en a que 2) est une donnée de base (la différence dans les faits est plutôt une discussion sur le sexe des anges). Ou alors, quelque part dans les hautes sphères, il existerait un quota, un chiffre en-deçà duquel les morts sont des "dommages collatéraux" et au-delà duquel c'est une "bavure". Mais même dans ce cas, si le type d'incident se répète encore et encore, la différence de fait s'amenuise et l'effet contre-productif, comme souvent les actions terroristes (à commencer par le fait de s'aliéner la population en question qui est un des buts de guerre autant qu'un moyen de la gagner), cet effet donc s'accroît de façon exponentielle, ce qui est de mauvaise politique, donc de mauvaise stratégie, même si évidemment l'idée d'avoir de temps en temps un colis fedex envoyé aux pontes d'un mouvement idéologique avec dedans les burnes et les oreilles de certains de leurs potes puisse être fun ;) (façon "Russes au Liban"). Richard Clarke disait il y a quelques semaines que ces actions de drones ne valaient pas leur coût en termes de victimes collatérales parce que, dixit the man himself "on en a buté plein, des n°3 d'Al Qaida, ils en ont vraiment beaucoup des n°3 et ils les font vite apparemment" :lol:. Un peu accrocheuse quand même, non ;) :lol:? Mais elle visait ce but, parce qu'au final, c'est ça: la seule réalité est la guerre et donc l'opposition des volontés, le reste n'est que déclinaison tactique, optimisation des ressources, recherche de l'effet maximum, soit presque une "stratégie des moyens". Quand dans tone exemple un Etat applique une tactique de terreur via des bombardements massifs, quel point commun avec l'action de petits groupes faisant péter des civils, sinon juste l'objectif fondamental d'atteindre le moral et de décrédibiliser le régime censé protéger les dits civils? Aucun modèle, là, juste un objectif, et la déclinaison de moyens pour l'atteindre, en l'occurrence des moyens et organisations très différents. D'où cette conclusion, peut-être abrupte dans sa formulation: le terrorisme n'existe pas comme phénomène autre que déclinaison tactique. On le juge comme une fin, y plaquant de la morale et du jugement et surtout en refusant de le considérer, alors que ce n'est qu'un moyen. Combattre ne mouvance dite "terroriste", ce n'est pas autre chose que faire la guerre dans la pratique, que ce soit sur les plateaux et dans les villes afghans, ou dans les rues de grandes villes occidentales: la posture à avoir est celle de la guerre, et il est assez grave de voir les Etats occidentaux cantonner la chose à des sous-structures le plus souvent juste policières, ou à les traiter par l'armée, simplement parce que le terrain change, alors que c'est une vision unifiée qu'il faut avoir. Opérer le distingo que ce n'est pas de la guerre parce que la guerre c'est entre Etat et ça obéit à un forme juridique (refrain entendu depuis l'Algérie), c'est un tantinet con et ça devient ridicule quand ça conditionne la nature, le fond et la forme de la réponse à ces mouvements, qu'ils soient organisés ou non, territorialisés ou non. Y'avait une grille d'analyse dans le DSI Histoire et Stratégie sur l'Afghanistan: la clé en était la souveraineté. Au temps des grandes guerres, elle était confondue avec des Etats bien délimités et solides, mais aujourd'hui, il faut reconnaître que ceux qui en ont ou la veulent peuvent n'être pas tous des Etats, loin de là: et la souveraineté, c'est infiniment plus que juste d l'action armée. Il s'agit de volonté d'imposer une règle de droit, parfois très différente, sur un territoire donné et à une population donnée, ce qui implique de la violence, mais aussi l'imposition d'une autorité, d'une règle commune, d'une garantie de sécurité, d'une justice, de services.... Les Talibans la jouent comme ça, mais aussi la nouvelle génération de cartels mexicains, le Vietminh et les Tigres Tamouls en leurs temps, les Moros aux Philippines, les Chans et Karens dans la péninsule indochinoise, les communistes en Colombie.... Al Qaida ne recherche rien d'autre, seulement avec une vision "internationaliste" qui la fait aspirer fondamentalement au monde entier parce qu'il s'agit d'une idéologie universaliste, mais comme le disait le comique Bill Maher "et moi j'ai envie d'être adopté par Angelina Jolie, mais je sais que c'est peu probable" :lol:.
-
Et justement je pointe qu'il n'y a que des actions terroristes, pas des mouvements, ou alors toute organisation politique est terroriste puisqu'il s'agit d'une tactique possible qu'aucune "morale" n'empêchera jamais puisque les organisations politiques sont par essence amorales. C'est en grande partie une question d'échelle puisque: - tu fais la guerre dont tu as les moyens. Les petites organisations n'ont juste pas d'autre choix, au moins dans un premier temps: dès qu'elles ont plus de latitude, elles utilisent d'autres tactiques, voire abandonnent celle de la terreur - tu pratiques l'économie des forces, donc recherche le maximum d'effets les plus décisifs possibles (ou ce que tu penses comme tel) pour le coût le plus bas possible Les alliés ont utilisé le bombardement massif comme arme qu'ils pensaient efficace? La Convention a utilisé la terreur de masse, notamment en Vendée? Le principe est le même, l'échelle change, mais le fait reste: face à une situation qu'ils ne peuvent résoudre, au moins pendant un temps, par la seule voie de l'action militaire, ils sont désarmés, et même s'il s'agit d'Etats, ils n'ont pas, à un moment et un endroit donné, les moyens de faire autrement en attendant de pouvoir y aller avec des armées. Le recul permet de dire que les bombardements alliés étaient une double erreur, puisqu'il s'est agi d'un gâchis de ressources et d'une inutilité militaire/politique. Mais ce n'était qu'une des armes dans leur arsenal, elle a juste pas fonctionné. C'est pourquoi au final, je maintiens: le terrorisme n'existe pas autrement qu'en tant que tactique employée par une entité politique, une parmi d'autres, du moins pour ceux qui ont le choix. Le juger en terme de critères moraux ou de classification de "mouvements" conduit à des erreurs de jugement graves, donc de stratégies pour s'y opposer: il s'agit de politique, donc il s'agit de guerre, pas d'une catégorie différente. Faut arrêter de balancer qu'il y a "complication" dès lors qu'on essaie de sortir des poncifs.
-
Sauf si pour ce faire, tu liquides du monde pour le passage: si c'était si simple de refoirdir du "terroriste", ou même de simplement savoir qui en est un "vrai", ça se saurait ;). Pour la note, quand un drone ricain bute 18 civils pour choper 3 barbus, créant au passage la nouvelle génération de terroristes/insurgés dans ce coin là (vengeance, rage, obligation sociale), faisant le jeu des terroristes qui savent mieux spinner sur ce fait et aliénant les populations civiles pour lesquelles ils dépensent par ailleurs un tas de fric afin de se les gagner, y'a comme qui dirait un problème un poil plus compliqué que de croire que l'alternative est entre "être bien intentionné" et "être pragmatique et efficace". Les Etats ne sont JAMAIS bien intentionnés; ni forcément mal d'ailleurs. Ils font du business. Le terrorisme est juste fonction de l'échelle, des moyens, de la situation: c'est un choix de moyens dans ce qui est possible et dans ce qui est estimé comme "rapportant" le plus en terme d'impact et de résultat. Si l'arme dite de la terreur est vue comme la plus génératrice d'impact, à tort ou à raison, un mouvement comme un pays l'utilisera. S'il leur semble que la lutte armée visant des objectifs purement militaires est dans leur intérêt, ils le feront. Il ne faut pas confondre la guerre psychologique, en l'occurrence l'action visant "la terreur", avec le terme trop générique qualifiant des mouvements politiques qualifiés à tort et à travers de "terroristes". Une action est terroriste, pas un mouvement (sauf les hooligans s'ils se mettaient à utiliser des bombes, vu que eux veulent le bordel pour le bordel :lol:), et en cela elle ne reflète qu'un choix tactique.
-
Attentat en Norvège / Archive
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Mat dans Politique etrangère / Relations internationales
Apparemment, c'est un plafond légal en Norvège: pas de peine de plus de 21 ans. -
C'est beaucoup dire, à mon sens, que "l'avenir" est à eux. 3 limites: - il s'agit surtout d'une posture défensive dans un environnement maritime connu, et si possible cloisonné par beaucoup d'obstacles, balisé par de nombreux capteurs et multiplicateurs de force locaux (aviation, drones, missiles basés à terre, champs de mines....). Là effectivement, le danger est grand dans des stratégies d'interdiction qui peuvent faire mal et surtout dissuader des marines de haute mer, imposant des distances d'engagement suffisamment grandes pour que celles-ci ne puissent envoyer leur purée aéronavale à un coût et pour un effet pertinents - gérer ces "essaims" suppose un degré d'entraînement et de coordination élevé qui suppose des coûts de formation continue importants, mais surtout une architecture réseau dont il n'est pas sûr qu'elle soit disponible, du moins à bas coût, et surtout, dont il est sûr qu'elle deviendra la cible principale de toute tactique navale, et une vulnérabilité en soi, donc un truc à protéger pour très cher - ces "essaims", il va en falloir réellement beaucoup: ça va pas se faire avec quelques dizaines de petites unités pour être réellement dangereux De tels navires sont des courtes pattes faits pour le hit and run: peu d'équipages, peu de places pour de l'emport de munitions et des réserves, ils ne peuvent remplacer une blue water navy. La question est de savoir si de tels systèmes peuvent devenir suffisamment efficaces et dangereux pour que l'effet dissuasif d'une blue water navy ne soit plus un outil naval si pertinent que ça à moins d'en avoir une très nombreuse (et donc une justification sérieuse pour un tel investissement). Quand on pense que les ricains n'ont pas osé envoyer leurs PA dans le Golfe Persique pour la Guerre du Golfe par crainte des mines, des petites embarcations suicides et de poussières navales quasi artisanales, préférant bombarder de très loin pour un effet marginal très coûteux, on se dit que de telles méthodes ont effectivement de l'avenir, mais pour avoir la paix dans ses propres eaux.
-
Le principe de base du cuirassé, en fait du cuirassé type Dreadnougth (parce qu'il faudrait en fait le voir comme un changement radical du navire de ligne, qui ne garde de cuirassé que le nom par rapport aux précédents), c'est une artillerie ultra-lourde sur une plate forme très protégée et dont le but est de porter TRES loin, ce qui nécessite un tonnage important (dont 1/3 va à la cuirasse elle-même, tant le nouveau joujou est cher) et des systèmes de visée différents, et par ailleurs une taille conséquente étant donné le monde qu'il faut pour faire fonctionner tout ça, dernière donnée qui change radicalement avec le personnel nécessaire par tonne de navire aujourd'hui. Porter loin et précis, aujourd'hui, est une réalité découplée du tonnage, à moins que les futurs railguns ne nécessitent tant de poids annexe (munitions, énergie, taille de l'engin) que ce fait redevienne crucial, si tant est que le coût soit suffisamment bas pour réellement justifier une nouvelle révolution navale en ce sens (y'a pas que le coût de l'obus lui-même, loin de là). Le blindage physique n'est pour l'instant plus à l'ordre du jour par rapport aux "blindages systèmes" et à la défense missiles.
-
La dimension sera déterminée par le nombre de capteurs nécessaires, l'autonomie voulue (et plus un navire est grand, plus tu le veux long à la peine pour "rentabiliser") et surtout la production d'énergie nécessaire à tous les systèmes d'armes et capteurs de l'avenir: il en faut du jus pour tous ces machins, railguns compris. Le truc chiant étant la logique auto-entretenue qui vient avec: plus un navire a des systèmes pointus et porte de la capacité, plus il faut le protéger, donc plus il faut empiler de systèmes bouffeurs d'énergie mais aussi d'escortes (donc des programmes en eux-mêmes) pour ce faire.... Ajoute la peur du changement, les logiques segmentées de chaque secteur de réflexion militaire et les intérêts bien sentis des industriels qui penchent naturellement vers le "principe identique, mais en ajoutant de la taille, du poids et des systèmes" (le "plus" vs le "mieux" ou le "nouveau"), et la course à la taille pourra reprendre avec des "destroyers" qui, peut-être, jaugeront 15 à 20 000t d'ici 30 ans (10 000 aujourd'hui, soit plus que beaucoup de croiseurs légers et moyens de la 2ème GM).
-
S'il faut commencer par écarter les facteurs moraux, le "modèle" terroriste est une chose qui n'existe pas: regardez au plus simple et constatez que tout terrorisme, qu'il soit idéologique (extrêmistes religieux, radicalismes politiques) ou politique/identitaire (indépendantismes/régionalismes), est le fait d'entités qui se veulent et se pensent comme des futurs gouvernements, souvent juste à l'état groupusculaire/microbien au tout début. Et que fait un gouvernement pour obtenir ce qu'il veut face à une situation jugée aussi détestable pour lui qu'inamovible, il fait la guerre! Et le terroriste fait la guerre dont il a les moyens, cherchant à maximiser l'impact de son action par rapport à la faiblesse de ses capacités opérationnelles. L'impact psychologique d'actions dites "de terreur" est sa version du "shock and awe" destinée à entretenir l'insécurité sur les arrières de son adversaire, à saper la crédibilité du dit adversaire auprès de sa base. S'il pouvait taper des centres de décision en étant certain que ça aurait un impact sur la structure de l'adversaire, 2 conditions qui ne vont pas de soi, il le ferait. Il cherche à atteindre un objectif politique: les groupes Irgoun et Stern se sont signalés par de telles actions mais aussi pas mal d'Etats, notamment dans la conquête et l'occupation coloniales (Américains aux Philippines, Anglais en Malaisie, Français en Afrique noire, surtout au tout début....) et il n'y a aucun Etat, en fait, qui n'y ait pas eu recours à telle ou telle période, y compris récente. Obtenir le plus d'effets décisifs possibles pour le moins d'effort/coût possible est une des logiques inhumaines et inévitables de la guerre. Supposer de la gratuité ou de la méchanceté d'intention dans la chose est juste une façon de se gourer en même temps que de se donner bonne conscience sur les actions des Etats "institués". On fait la guerre de ses moyens, et comme dans le règne animal, plus une entité politique est petite et faible, moins elle a de moyens et donc, pour viser un but politique, moins elle se restreint dans l'action. Seuls ceux qui ont beaucoup de moyens peuvent se permettre de mesurer leurs frappes, de se doter de moyens de proportionner et de cibler leur action. Ce n'est pas une justification aux actions de groupes dits terroristes, mais un simple constat sur le fait que beaucoup jugent en terme d'immoralité ce qui est, comme pour tout état, un business par essence Amoral. Les "dommages collatéraux" sur les populations civiles sont-ils moins moralement condamnables que des actions dites terroristes? Les victimes en sont tout aussi mortes et leurs proches désespérés et en rage, et elles sont souvent plus nombreuses eu égard aux moyens utilisés. Les Etats responsables pensent que c'est inévitable et que le jeu en vaut la chandelle, mais sur le plan moral, c'est exactement la même chose. Et le terme de "dommage collatéral" ne rend pas la chose plus supportable si il faut introduire de la morale dans le jugement de cette action: mettre du sucre sur un tas de merde ne permet pas d'appeler le résultat "bonbon". Comme le groupe terroriste se perçoit comme un embryon d'Etat, il entend croître, et s'il y parvient, ses modes d'actions évoluent; plus il croît, plus il se tournera vers un modèle militaire "classique", comme les Tigres Tamouls, le Hezbollah, le VietMinh.... Modes de financement, organisation, processus internes, méthodes d'action, organisation combattante, logistique, équipement, doctrine, tactique, entraînement, attitude par rapport aux populations impliquées mais aussi à ses propres troupes.... Tout change si l'échelle change. Au plan militaire, ceux qui atteignent une certaine taille ET surtout une réduction de l'éloignement en termes de moyens avec leur adversaire, recherchent des modes de confrontation plus "classiques" pour emporter la décision par concentration et "batailles", comme le VietMinh l'a fait. Certains n'y arrivent jamais, d'autres opèrent ces changements trop vite (Sandinistes au Nicaragua par exemple) ou trop lentement, et foirent ou végètent. Mais il est illusoire de juger les "terrorismes" autrement que comme des entités politiques à mon sens, parce qu'ils se voient comme tels. Pas de cruauté gratuite en général, juste la guerre dont ils ont les moyens, ce qui les fait juger cruels et immoraux (en termes humains, c'est parfaitement juste) par rapport à des Etats institués qui, même contestables, peuvent "voir venir" (par le fait d'avoir les moyens) et représentent un ordre établi, donc en théorie le calme qui regarde tout trublion violent comme "le mal". Mais ces mêmes Etats, suivant la situation, là où ils sont faibles, pressés, aux abois, où ils manquent de moyens, ou simplement parce que mesurer leur action n'est pas possible dans tel ou tel cas, ne se comportent pas autrement.
-
Attentat en Norvège / Archive
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Mat dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est en fait quand l'économie repart que les troubles se lâchent: pendant une crise, y'a des ressentiments, des rancoeurs, mais y'a autre chose à faire qu'à râler. 1789 est ainsi arrivé après 2 années de mauvaises récoltes, mais celle de l'année même était bonne et les prix étaient redescendus. Mais comme dit plus haut, la Norvège est un des rares pays d'Europe pour qui la crise est assez indolore, voire insensible, réserves pétrolières bien gérées et exploitées obligent. Ils ont un problème modéré de réaction raciste/exrêmiste en raison d'une petite immigration mais c'est moins sensible qu'en Suède où l'immigration est nettement plus importante dans une économie plus "complète" mais sans manne pétrolière. Cependant faut pas oublier que malgré de l'ouverture sur beaucoup de plans et une mentalité tolérante, ces pays ont aussi un niveau de racisme très élevé, surtout à l'égard des populations extra-européennes, phénomène dont les migrants d'Europe du Sud, un peu trop "foncé" sont aussi victimes par assimilation. Pays de population initialement homogène, communautaire, peu nombreuse et peu "variée", les pays scandinave sont des entités démographiques plus "compactes" et réagissant donc de façon moins spontanément tolérante sur certains plans. Mais là, si le trip du malade en question est plus religieux que racial, c'est encore autre chose. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Je crois pas vraiment que ce soit au même niveau que jusqu'aux années 60-70: - des temps plus durs forgent des hommes plus durs, et le sentiment de danger pour la survie même de la communauté n'était vraiment pas au même niveau - des populations de kibboutzim en particulier, et l'éducation spartiate qui va avec, étaient infiniment plus pointues physiquement et surtout rôdées à la peine: c'est pas vraiment les populations actuelles, y compris rurales pour la faible proportion qu'il en reste, qui seront forgées dans ce moule là qui avait bien des défauts mais qui forgeait un autre genre d'hommes, comme toutes les campagnes "du temps jadis", particulièrement celles des zones frontières et des environnements difficiles non assistés par la technologie moderne et en plus une couche idéologique comme les premières générations de sabras avec leurs parents émigrés qui voulaient créer des "nouveaux juifs". Etablir les bigots en noir, aujourd'hui majoritaires dans l'encadrement de l'armée de terre, comme les remplaçants de ces générations, c'est abuser; ni côté physique ni côté mental ils ne sont dans la même dimension - qu'il reste des gens au point physiquement et mentalement (je parle du moral, du mordant, de la "dureté"), c'est certain; il y a toujours de tout dans une population qui se compte en millions. Mais la proportion n'est tout connement plus dans la même dimension, très loin de là, et les gens les plus volontaires sont pas forcément, dans le monde d'aujourd'hui, les plus motivés pour l'armée (même quand ils y passent, c'est pas dit qu'ils soient super motivés, ni super au point physiquement vu l'environnement d'un pays moderne) Il est nécessaire de pointer que dans la plupart des armées occidentales, l'entraînement de base sert souvent à mettre les recrues à peu près au niveau de ce qu'on souhaiterait les voir avoir AVANT d'entrer dans l'armée.... Et encore. -
Dur parfois de faire comprendre que ce qui a rendu le cuirassé obsolète n'est pas une technologie ou une capacité; les capacités des cuirassés, surtout gardées au goût du jour, auraient toujours trouvé une utilité, particulièrement dans l'appui feu. Mais c'est moins évident de montrer que le rapport coût-utilité est devenu drastiquement inadéquat à l'environnement tactique naval: trop de ressources concentrées en une plate-forme trop vulnérable pour un trop faible apport tactique dans la majorité des situations les plus probables. Encore le coup du chevalier, du hoplite, des unités d'achers/arbalêtriers, des galères géantes des Grecs, voire de l'hyper aviation d'aujourd'hui (thèse actuelle de Martin Van Creveld)....
-
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Pourquoi dirent "ils"? C'est pas vraiment les mêmes (bien que la longévité politique en Israël soit importante): y'a du changement générationnel et là, élus comme électeurs, Israël a des gens nés dans le confort (sinon matériel pour les plus vieux, au moins le "confort stratégique" d'un pays qui n'est plus en danger) et le complexe de supériorité à tout va, ce à quoi s'ajoutent les maux d'une société occidentale (mais pas que) moderne et urbanisée, à savoir l'individualisme et le matérialisme/consumérisme. Loki te dira que Tsahal n'a jamais été ce qu'elle a été :lol:.... Mais tu peux considérer que les 3 petites brigades (modèle ternaire, format anglais, dimensionnement des groupes sur l'emport des HIFV) qui forment toute l'infanterie d'active de Tsahal sont équipées comme il faut. Pour l'entraînement, ça.... Faudrait avoir la "matière 1ère" du temps jadis pour avoir quelque chose: même quand ils savaient pas faire, ils hésitaient pas à y aller à la one again. Pour citer Montclar (je crois): "donnez moi des gars prêts à se faire trucider, et je vous ferais de la bonne tactique" :-[ :lol:. C'est pas un +10 ou 15% d'entraînement en données comptables et un petit ajout de matos Hi Tech qui changeront cette donnée fondamentale. Ben le Hezbo est quand même plutôt bon sur l'échelle mondiale des groupes armés non gouvernementaux ou proto-gouvernementaux, surtout pour un mouvement opérant sur de si petits espaces: feus les Tamouls étaient au-dessus, les néo-Talebs sont au-dessus, mais à part ça? A noter que pour toute menace plus structurée, essentiellement un Etat, Israël a la bombinette, raison d'ailleurs pour laquelle l'armée de terre est délaissée depuis un bail, sauf pour les contrats d'armement de l'industrie nationale, et n'a plus d'adversaire étatique sans pour autant avoir subi une reconversion sur l'adversaire "du quotidien". -
Euh (et je parle aussi de ce que tu dis plus haut), la France de 1789 a entamé sa révolution industrielle avant l'Angleterre, a l'économie la plus dynamique du continent (et la première économie d'ailleurs, et ce depuis longtemps) et un secteur commercial qui taille des croupières à l'Angleterre, raison d'ailleurs pour laquelle Révolution ou pas, il y aurait eu un grand match retour entre les 2 parce que l'Angleterre voulait abaisser la France à tout prix. 1789 foutra tout ce développement par terre pour longtemps, occasionnant là le premier grand retard de la France (accru par les saignées des guerres et les dépenses permanentes de la période). Toute l'histoire du XVIIIème siècle français est celui d'une économie en plein boom (avec le boom démographique en avance d'un siècle sur les autres pays) et d'un Etat en plein marasme, incapable de se réformer, avec précisément l'affirmation d'une nouvelle élite, et surtout d'une "couche moyenne supérieure" très nombreuse et de "classes moyennes" urbaines aspirant à avoir un rôle dans la politique du pays. Une révolution, c'est toujours au final juste un changement de patron. Les grandes manufactures des Pays bas sont un héritage du Moyen Age, et on trouve d'ailleurs les mêmes en Italie: il s'agit des grandes industries textiles qui sont la cash machine du Moyen Age et le seront toujours plus.... En fait jusqu'à la Révolution Industrielle qui commencera avec elles. C'est le grand commerce qui fait le grand décollage des Pays Bas, et non, les autres pays autour de la France sous Louis XIV ne sont pas spécialement en avance. Les Pays Bas ont profité du fait d'être un petit pays homogène à une époque où les Etats sont embryonnaires, contestés, fragiles dans leurs frontières et sans trop de moyens. L'Angleterre, relativement petite et surtout insulaire, a eu des facteurs identiques et pourtant son développement a aussi tardé. Pourquoi? Parce qu'au début du règne de Louis XIV, toute l'Europe émerge à peine de la longue période des Guerres de Religion et de la profonde recomposition politique qu'elles ont entraîné, surtout leur dernière et terrible phase, la Guerre de Trente Ans, la plus grande saignée démographique depuis la Peste Noire du XIVème siècle (le continent y perd 1/4 de sa population, l'Allemagne à elle seule en perd presque la moitié). Le développement économique est retardé par la désertification de vastes régions, les destructions et pillages à grande échelle, la pénurie monétaire, l'instabilité politique, la rupture de nombreux axes commerciaux très anciens, la remise en question des systèmes de crédits, mais aussi la terrible inflation due à la fois à la lourdeur des emprunts de guerre alors même que les rentrées fiscales se sont effondrées (population en chute, zones dévastées, conflits se poursuivant....), et que d'autre part la fin de l'arrivée de l'or espagnol du Nouveau Monde (épuisé assez rapidement en fait après avoir donné à l'Europe sans première grande crise inflationniste) est imparfaitement suppléée par l'apport des mines d'argent d'Amérique du Sud. C'est d'ailleurs ce qui amène Colbert à raisonner comme il le fait, en partant du principe que la quantité de métaux précieux en Europe varie peu, et que la reprise démographique va induire une concurrence accrue pour la possession de stocks. Mais à partir des années 1660, soit au lendemain de la paix entre France et Espagne (1658), l'économie repart sur les chapeaux de roue, mais dans une France pleine de problèmes: - la saignée démographique des guerres: guerre de Trente ans, guerre franco-espagnole, mais aussi les guerres civiles, principalement la Fronde et les grandes "émotions" populaires telles celle des Croquants, le tout sur fond de ravages permanents puisque les armées de l'époque sont aussi dangereuses pour leurs populations que pour celles des autres, et leur circulation est un champ de dévastation. La France a donc de vastes zones en friches, et une économie agraire qui si elle repart vite, dégage alors encore peu de surplus (productivité variable, mais surtout nettement moins de terres exploitées) qui sont nécessaires pour financer d'autres activités. Ca se fait, mais à plus petite échelle, et il faut donc du temps. - malgré cette saignée, la France est un géant pour l'époque: plus d'un mois pour la traverser du nord au sud, des densités de populations faibles, des routes rares, des régions vastes et peuplées avec à leur tête, pour la première fois, des "hommes du roi". jusqu'alors, une région pouvait être un quasi pays si le "Grand" à sa tête devenait emmerdant. Louis XIV a mis fin à cela. Cependant, le pays reste immense pour les standards de l'époque (ce serait presque la Chine d'alors :lol:), très divers (cultures, langues, tropismes, droit et coutumes judiciaires, taxation), et largement sous administré contrairement à ce qui est souvent dit. Il est plus facile à un timbre poste comme la Hollande de maîtriser son territoire et sa population, réduits, homogènes et très circonscrits, qu'à une France qui doit avant tout trouver les moyens de sa stabilité. L'Angleterre traîne le même problème pendant la plus grande part du XVIIème siècle, et ce malgré une taille et une population réduite, et une insularité qui la préserve de voisinages dérangeants.
-
Uniquement en statistiques globales et non rapportées à ce qui est nécessaire pour vivre et travailler dans un pays développé. Y'en a eu et y'en a encore, et y'a aussi la plus forte émigration d'Europe (développée) des très diplômés et entreprenants. Voter avec ses pieds, que ce soit à la manif ou à l'aéroport, c'est aussi voter. Tiens, tout d'un coup l'allocation des richesses n'est plus partie prenante à la compétitivité ou à une certaine façon de la voir? Etrange façon de compartimenter une question qui est forcément globale. Pour un pays ayant l'économie, un relatif consensus sur la question et la structure démographique allemande au jour d'aujourd'hui, peut-être, mais ça fait beaucoup de conditions qui ne sont réunies.... Qu'en Allemagne :P :lol:. Sauf le jour où ceux qui n'en bénéficient pas seront suffisamment nombreux et/ou à bout (les baby boomers retraités et encore au taf ne sont pas éternels) et que l'explosion correspondante de partis démagos voire carrément extrêmistes arrivera, la solution semblera nettement moins bonne. Mais tant qu'à faire, pourquoi pas aussi dégager cette connerie de gouvernement démocratique qui n'élit que des incapables corrompus et sans couilles au profit d'une gestion par "ceux qu'il faut"? Ca sera tout aussi bien puisque ça marche si bien pour la politique monétaire qui est un tantinet majeure dans la détermination du destin d'une communauté nationale (jusqu'au jour où c'est un dogmatique, un corrompu, un mou, ou quelqu'un qui n'a pas de majorité au sein des instances décisionnaires qui est nommé.... Bref, le problème qui s'est posé et se pose aussi à tout régime politique, à ceci près que là les contrôles manquent). Concurrence dans des conditions déterminées par et pour l'Allemagne, c'est marrant comme ce fait semble échapper aux prêcheurs de vertus qui sont jamais loin des clichés sur les "peuples flemmards" et les "peuples vertueux". Quand à déterminer si les Allemands font tellement mieux que les autres, faut regarder quels sont les critères de résultats; j'ai la faiblesse de penser que servir sa population présente (et celle du proche futur) est le premier critère de jugement de la question. S'il s'agit de ratios assurant le long terme, je rappelle comme le disait Keynes qu'à long terme, tout le monde est mort, ce qui fait que le sacrifice permanent du présent revient à promettre comme certains régimes nauséabonds que tous les sacrifices sont bons pour les "lendemains qui chantent". Il ne m'a pas semblé avoir évoqué les France, mais pointé les conditions outrageusement favorables à l'allemagne (à ses productions, à sa démographie, à sa structure économique....) au sein de l'UE et de la zone euro, et surtout les faux semblants de beaucoup de critères selon lesquels ce pays est jugé, loins de pas mal de réalités. Je ne joue pas particulièrement les cassandres, je constate juste que nombre de facteurs, sous prétexte qu'ils sont peu/pas/mal mesurables en termes de ratios (pression sur les populations, niveau de vie réel, mécontentement, propension à changer de vote voire à aller cogner, déséspérance et anxiété, comportement démographique induit, degré de fatalisme et ses limites....), sont tout connement écartés de l'équation générale souvent au point d'être considérés comme annexes. Peut-être que si les Grecs deviennent salement violents à l'égard de leurs gouvernants, ça changera un peu, mais il y a fort à parier que dans un tel cas, les commentaires seront plutôt de l'ordre du "ça peut pas arriver ici; les Grecs sont des sauvages et des attardés flemmards et irresponsables qui veulent pas admettre qu'ils l'ont mérité".... Rien de nouveau sous le soleil, et l'histoire se répète encore et encore.
-
Attention, le point est qu'au sein de la brigade, les capacités civilo-militaires, entre autres, soient tout aussi présentes (au moins à un certain échelon: au-delà, les unités-réservoirs spécialisées sont là pour ça). Le "pion" décrit ici est juste, pour l'EM brigade, le "pion" élémentaire pour la partie combat/action de police/présence. Je ne cite que ça, mais une partie de ton développement après est aussi "visée" ;). Attention à la nuance que je fais: je plaide pas pour de petits trucs, mais pour plus d'unités "intelligentes/pensantes": mon "pion de manoeuvre" tournant autour de 300-400h n'est qu'une façon de répartir un même nombre global d'hommes: entre ta vision et la mienne, la question n'est pas "à partir de combien le "bataillon" (pour garder cette appellation quelle que soit la réalité couverte) est suffisamment "fort" dans l'absolu, mais "comment allouer un même nombre total de pax"? Là, je plaide pour un "bataillon" qui est une compagnie avec la capacité d'autonomie, de décision, de capteurs et de multiplicateurs de force d'un niveau qui se retrouve plutôt aujourd'hui au niveau du bataillon interarme. Ce "bataillon" aurait 3 éléments de manoeuvre (des sections "pleines" avec chacune leurs appuis et soutiens, qui sont en fait de vraies petites compagnies en terme de taille selon les critères actuels), 1 en réserve/intervention, plus une "réservoir" d'équipes de remplacement (autant pour l'attrition que pour les indisponibilités, soit le volant pour compléter les effectifs). A l'arrivée, entre nos 2 trucs: - mon corps de bataille aurait plus de pions pensants avec chacun leurs multiplicateurs de force que le tien, et serait donc potentiellement mieux et plus articulé - chacun de tes pions pourrait couvrir une zone plus grande (question: de combien? La proportionnalité serait-elle vérifiée ou non?) - mon corps de bataille coûterait plus cher que le tien: plus de "modules" C4ISR parce que plus d'EM, plus d'officiers et de sous-offs, plus de moyens d'appuis et autres matos dimensionnants Dur de chiffrer cela, et c'est en partie pas mesurable, mais l'idée est qu'il faut maximiser le nombre d'unités "pensantes" et autonomes précisément à cause de l'imbrication dans ces milieux cloisonnés. Pour garder ton allusion, la question à Surobi serait d'y allouer 2 de mes "bataillons" au lieu d'un des tiens ;). Mais il est dur d'évaluer jusqu'où maximiser au plus bas échelons possible un degré d'autonomie d'unité de manoeuvre et les moyens, EM, capteurs et multiplicateurs de force aujourd'hui alloués à des échelons plus élevés, jusqu'à quel point donc cette logique peut produire nettement plus d'efficacité. J'entends encore la question de l'effectif, mais je parle vraiment d'un effectif global équivalent plus articulé: évidemment que le nombre compte, et c'est même l'un des points de toute cette "vision", mais ce que je propose est de maximiser l'aspect "petite armée autonome" au plus bas échelon possible. Un de mes bataillons alignerait sans doute en proportion moins de pax qu'un des tiens. 2 de mes bataillons, pour un effectif équivalent à 1 des tiens, aussi; mais ils auraient plus de puissance de feu (appui plus nombreux en proportion), plus de capacités de s'organiser, de capter et de "se penser"....Et le but, dans ton "exemple" afghan face à un seigneur de guerre, est d'en envoyer 2 là où tu en enverrais un des tiens. La logique RMA du toujours moins de monde et plus de hardware est arrivée à des conclusions inadaptées, mais pas toutes fausses loin de là, et ce sont bien les appuis et l'autonomie des petites unités qui ont sauvé les unités de la coalition quand les talebs sont revenus vers 2006: en terrible infériorité numérique, c'est la puissance de feu disponible rapidement pour les tout petits échelons qui a permis de vaincre au moins tactiquement (sur le plan opératif et stratégique, c'est plutôt une série de foirades). Donc rendre organique cette capacité pour les plus petits échelons, c'est un peu mon but. La question est néanmoins de savoir si c'est too much pour ces compagnies renforcées/interarmes/autonomes ou pas. Si cet échelon peut produire proportionnellement plus d'efficacité qu'un bataillon à ta sauce. Mais au global, je parle bien d'un effectif total de forces au sol du même acabit que le tien, pas d'un prétexte à la réduction du format général sous prétexte de montée en puissance et efficacité du dit petit échelon.
-
Primo, tu poses une alternative un peu arrangeante pour ta préférence: la "population, qui vit un peu moins bien" a perdu 30% de son niveau de vie en 20 ans et une partie de ce qui lui reste pour avoir un certain standard est apporté par les générations plus âgées pour ceux qui le peuvent, au sein des familles, avec en plus des disparités géographiques caricaturalement importantes. A quel rythme se poursuivra la descente, vu le déclin démographique radical? Parce que la "stabilité" est une globalité: stabilité de la monnaie ne veut pas dire stabilité sociale: pour l'instant, Merkel vend le mythe de "l'Allemand vertueux contre les méchants parasites club med", mais ça n'aura qu'un temps. L'Allemand ne mangera pas de la vertu ad vitam, surtout les étudiants et jeunes actifs qui en bouffent plein la paillasse en ce moment. C'est fou comme a été vendu comme louable ce concept, en insistant sur le mot "indépendant" qui sonne bien, mais qui est aussi une façon de dire "antidémocratique", "ans contrôle", "responsable devant Dieu seul".... Excusez du peu: en attendant, ça plombe plusieurs économies, et il va falloir casquer. C'est pas parce que le coût a été différé qu'il n'est pas réel. Après, la parano allemande sur l'inflation, mais couplée aux autres défauts dont ils portent une grande part de responsabilité, cette parano risque ironiquement de créer les conditions nécessaires, et avant tout sociales, à l'émergence de mouvements populistes et démagos dangereux, phénomène précisément à l'origine de la dite parano allemande.... Les serpents ont décidément une sale tendance à se bouffer la queue.
-
C'est pas parce qu'ils ont su faire un effort sur un plan qu'il faut leur donner un blanc seing sur le handicap qu'ils ont foutu aux autres et qui fait une bonne partie de leur présente bonne situation, par ailleurs aussi grandement aidée par le passe-droit énorme dont ils ont bénéficié pendant toutes les années 90 pour gérer la réunification. D'autant plus que leur "modèle" présent fait le sacrifice de leurs générations d'actifs de moins de 50 ans et d'étudiants, de moins en moins nombreuses et politiquement très minoritaires, au profit des vieux et des 3 grands secteurs d'exportation qui ne pèsent pas énormément en terme de part de la population active. Une économie de pays en développement, mais avec le coût de vie d'une économie mature, et c'est un cercle vicieux puisque plus ça s'aiguille en ce sens, plus les générations âgées veulent de fric pour pouvir entretenir leurs enfants voire petits-enfants. La "vertu budgétaire" est devenue possible avant tout parce qu'elle était politiquement rentable en favorisant des vieux qui eux pèsent doublement lourd (plus nombreux, et plus impliqués/groupés en politique), pas par un effort de volonté et de rigueur morale. Pays en déclin démographique accéléré et choix de la rente des vieux, un modèle économique?
-
La Garde nationale le 14 juillet 1790
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Suchet dans Histoire militaire
Au début, il s'agissait de milices composées des habitants des villes et bourgs importants ayant un certain niveau de biens, tout comme d'ailleurs les 1ers bataillons de volontaires pour les armées, ceux de 1790 au début 1792 étaient des gens issus de ces "couches moyennes et moyennes supérieures", ou à tout le moins des gens dits "de bonnes vie et moeurs". Mais le mécanisme s'est grippé très vite, et en fait surtout à Paris où existaient ces mouvements de quartiers et d'associations portés sur l'action violente de rue, à mi-chemin entre l'agit-prop professionnelle et l'idéologie politique bas de gamme et revancharde/haineuse, le règlement de compte personnel (de quartier souvent), l'ambition (ces "petits chefs" dont certains ont fait des fortunes) et le purement crapuleux. Ces groupements étaient une clientèle politique pour certains, un tremplin de carrière pour d'autres, en même temps qu'une pression peu canalisée mais constante sur la politique et sur les politiques eux-mêmes. Leur accorder des places et/ou des grades dans la Garde Nationale, entre autres, relevait du clientélisme et de moyens de "caser" certaines de ces personnes (il y en avait d'autres) en les inscrivant dans un cadre légal et parfois rémunérateur qui d'autre part, outre leur donner prestige et légitimité, les associait d'une certaine façon à tel ou tel personnage politique qui avait obtenu cette inscription. Faut pas oublier que les Sans Culottes, loin de l'imagerie révolutionnaire, étaient à la base des professionnels de l'émeute vite devenus une voyoucratie de quartier à part entière, subventionnés par l'Etat ou plutôt les politiques qui s'en servaient abusivement. Quand la majorité d'entre eux ont été envoyés aux armées vers 1792-1793, d'une part la dite armée s'en est plaint tant ils n'étaient bons à rien, querelleurs, indisciplinés et parasites, mais aussi ce sont eux qui se sont signalés par des horreurs sans nom en Vendée (pour la guerre aux frontière, sérieuse, personne n'en voulait). Ainsi, les bataillons de volontaires, dont pas mal faits de "Gardes Nationaux", étaient en fait une masse qui n'a servi qu'à la répression interne, d'autant plus sanglante et abominable qu'ils étaient faits d'éléments ineptes et incapables, mais aussi idéologues ou simplement crapuleux. Les généraux tout comme les populations regrettaient les Gardes Nationaux et Volontaires de 1790-1792 qui étaient disciplinés, se sont vite adaptés à leur tâche et n'ont pas posé le moindre problème. Donc les Gardes Nationaux de 1790 à la fête de la Fédération, c'est comme beaucoup de choses avec cette fête: une vitrine illusoire et peu représentative de la Révolution, un bref moment où l'on pouvait déjà voir, notamment dans la fédération parisienne, beaucoup d'éléments et groupes un peu douteux, souvent issus des mouvements en fait peu spontanés de l'été 1789 où s'étaient vues les premières horreurs et des déchaînements de violence aveugle. Pour la même raison que le blanc était à l'origine la couleur de l'uniforme de la majorité des troupes françaises: c'est moins cher, et équiper une armée de plus de 150 000 fantassins ainsi, ça douille un peu. Si la rue parisienne était un champ de bataille, oui, c'était une des armées de la Révolution ou en tout cas d'une partie d'entre elles, de même que les mouvements de Sans Culottes et quelques autres trucs. Mais elle a même peu servi en tant que Garde Nationale, et plus comme lieu de division (il fallait contrôler une portion pour avoir du poids). Quand à servir aux armées "réelles", elle a juste servi au moment de la levée en masse pour envoyer des mecs dûment recensés sur ses registres :lol: (et dont souvent il fallait se débarrasser d'ailleurs). Au final, elle prolongeait au début les milices provinciales et Gardes Côtes sur l'organisation desquelles elle s'est en fait bâtie (registres, dépôts, cadres, organisation, infrastructures, organisation territoriale), mais la perte de nombre de ces cadres et/ou de leur rôle social, la politique et la forme qu'a prise la Révolution, ont dégagé cette amorce limitée en fait à 1790-1792 (début 1792 en fait) et dénaturé le principe même de la chose via un changement radical de composition de la "troupe". La conscription universelle obligatoire a par ailleurs vite achevé de dégager tout intérêt à l'institution, en drainant directement les recrues initialement ciblées aux armées dont le rôle devenait de fait celui théoriquement assigné à la base à la Garde Nationale. -
Et le problème est que cette notion de "fort" a été biaisée par la gestion de l'euro qui fut aussi un choix de politique économique en faveur de l'Allemagne et au détriment d'autres économies. L'euro est trop élevé pour les économies aujourd'hui dites "club med", mais aussi sous-évalué pour une Allemagne qui peut engranger des excédents commerciaux que le mark ne lui autoriserait pas dans les mêmes proportions, loin s'en faut. Et là il faudrait prendre des leçons de vertu d'un pays en rente de situation?
-
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Pour connaître un peu le business, je te dirais comment le jeu du sondage unique fonctionne (à différencier de vraies enquêtes qui sont d'un tout autre acabit et d'un tout autre investissement que ces multiples "sondages BVA-Paris Match révèle que 78,3% des hommes simulent au pieu" :lol:): mais qu'il y ait en France (et non en francophonie apparemment) un désir plus grand qu'ailleurs de fonction publique (75% mon cul), c'est certain, seulement en réponse à un sondage one shot c'est, outre le facteur "mensonge et/ou je sais pas quoi répondre/je réponds sur le moment", avant tout un cri pour la sécurité face à un environnement national morose côté perspectives et ascenseur social, une désillusion pour pas mal de catégories (surtout les étudiants dans des filières sans débouchés), et aussi, il faut le dire, une part de spécificité culturelle qui tient à une autre vision de l'équilibre entre taf et vie personnelle/épanouissement. Comme un cadre anglais me l'avait dit en caricaturant à peine quand on bossait ensemble "you French work to live, we live to work", et de préciser que la crise de la quarantaine était quelque chose de bien plus grave chez les Rosbifs que chez les Français ou Italiens selon ce qu'il avait vu (fait vérifié plusieurs fois depuis auprès d'autre personne). C'est aussi un des trucs qui font que si les Français sont les plus pessimistes d'Europe pour le destin de la collectivité, ils sont les plus optimistes pour leur situation individuelle :lol:.... Pour vivre heureux vivons cachés (ou planqués puisqu'il est question de fonction publique ;)). -
Mais la question est "mieux proportionné à quoi"? Dans des guerres, conflits et situations d'imbrication plus ou moins totale avec les populations ET l'ennemi, quel est l'échelon pertinent? Le but dans ce que je vois est d'avoir des capacités d'EM même partielles et des capacités interarmes à fort effet multiplicateur au plus bas échelon possible. J'avoue patiner pour évaluer ce "bataillon" de 400h qui est en fait basiquement une Cie d'infanterie avec un EM autonome et des moyens d'appui et soutien aussi fournis que possible (log, mat, intendance, rens, reco, appui jusqu'au Mo80, sniping lourd et ATGM moyenne portée, génie assaut, petits éléments spécialistes d'encadrement style anti-émeutes et commandos). Mais cette unité là serait la composante essentielle purement "combat/police/action", sans réelle capacité "civilo-militaire" (autre que fournir de la main-d'oeuvre aux spécialistes), centrée autour de 3 "sections" (+ 1 de renfort) pouvant être renforcées par tous les éléments d'appui et constituant de fait 3 éléments de manoeuvre de l'échelle d'une petite compagnie "interarme", éléments ayant chacun une vraie capacité complète dont on perçoit aujourd'hui le besoin aux plus bas échelons. La tendance du temps de paix est de "rationaliser" en raréfiant les capacités "chères" qui remontent de ce fait les échelons souvent jusqu'à l'absurde, si bien que de simples commandos, snipers, moyens de reco de portée moyenne voire courte.... Sont du ressort d'un général de brigade ou d'un colonel là où ils devraient être entre les mains d'un capitaine. Grouper les unités et couples, c'est ce à quoi je pensais en donnant un "régiment" par brigade, régiment comportant 4 bataillons de ce type plus 1 "faux bataillon" réservoir d'équipes pour les remplacements ou renforts, soient 2000h de ces unités par brigade, elle-même devant pouvoir se diviser en 2 "demi-brigades" autonomes. Et effectivement, pourquoi pas 2 bataillons de réservistes en plus dans ce régiment? Et pas mal, le truc de subdiviser en couples "grands espaces"/urbain-cloisonné.
-
[Belgique]
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Politique etrangère / Relations internationales
Les latins ne se plaignaient pas plus que d'autres et entreprenaient tout autant avant les années 70. Pour référence, l'Etat providence est né en terre allemande, nordique et anglo-saxonne, et l'administration britannique tout comme l'américaine étaient infiniment plus obèses et inefficaces que la française jusqu'aux années 80; c'est d'ailleurs les sommets qu'elles ont atteint dans ces matières qui ont permis la réaction reaganienne aussi violente dans l'autre sens que ces structures étaient immobilistes et contre-productives. Faut vraiment pas oublier la gabegie qu'étaient les services publics US avant Reagan (par contraste, depuis, ils ressemblent à rien et l'outsourcing au privé coûte autant :lol:), avec leur manie de tout surpayer, de tout diviser en petites cases elles-mêmes subdivisées en autant de spécialités qu'il y a de gouttes d'eau dans l'océan à inspecter, reflet d'une époque où les US tout puissants pouvaient tout se payer et ne s'en privaient pas. -
Alors je propose pour commencer de définir arbitrairement une brigade ou une division et les appuis qu'elle peut recevoir des unités réservoirs selon le niveau et la nature du conflit. Après, on peut critiquer le modèle, voire à partir de quand (quel niveau/type d'hostilité) il peut être vulnérable là où une armée "classique" ne l'est pas, ce qu'il peut faire qu'elle ne peut pas (si ce dernier aspect est nettement supérieur au premier, le modèle a sa pertinence).