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Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
Alexis a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui, et incidemment c'est un argument à l'appui de l'idée que Poutine et le reste de la direction russe pourraient le cas échéant escalader très haut, parce que l'enjeu pour la Russie est extrêmement élevé. Le fait est que la Russie jusqu'en 2021 était une puissance majeure, mais plus fragile qu'il n'y paraissait. La décision entièrement évitable de Poutine de tenter la conquête de l'Ukraine a fragilisé grandement l'ensemble. Raison de plus pour la considérer comme une faute gravissime, en plus évidemment d'être criminelle. On ne sait pas ce que Poutine pense lui-même de tout cela... peut-être s'imagine t il toujours comme un joueur génial, peut-être se gifle t il chaque matin pour sa stupidité ? Mais de toute façon cela n'y change rien - il est coincé, une défaite claire mettrait pratiquement tout en danger. Peut-être que la Russie aurait pu s'en sortir sans perte territoriale en reculant au mois d'avril, ou au mois d'août. Mais cette possibilité semble maintenant disparue. Les annexions en septembre, c'était aussi pour Poutine brûler ses vaisseaux, s'interdire tout retour en arrière. Il a peut-être espéré que brûler ses vaisseaux impressionnerait ses adversaires et aiderait à aller vers un cessez-le-feu lui laissant des gains substantiels, donc la possibilité de présenter le résultat aux Russes comme une victoire. Visiblement, ça ne marche pas. Morts de faim en grand nombre, franchement non je ne pense pas. En revanche, la mortalité a fait des bonds effroyables, le taux brut de mortalité plutôt qu'augmenter doucement de 11 pour 1000 en 1991 à 13 pour 1000 en 2012 - ce qui aurait été l'effet simple du vieillissement de la population a passé l'essentiel de la période intermédiaire à des 16 pour 1000, 14 pour 1000 voire 18 pour 1000 (voir le graphique dans le lien) C'était évidemment l'effet de la désorganisation générale des années 1990, appauvrissement des retraités qui mouraient jeunes, dégradation généralisée des services médicaux, augmentation de toutes les pathologies ainsi que de la violence... Si on fait la somme des différences entre les mortalités effectives et ce qu'aurait été une augmentation "ordinaire" de la mortalité, on arrive à environ 3 pour 1000 en moyenne de mortalité supplémentaire, ceci sur 20 ans. Rapporté à une population de 145 millions à peu près... on est à 8 millions + de surmortalité. ==>C'est-à-dire que "les années 1990" en Russie, plus le temps de sortir de l'ornière à partir de la décennie suivante, c'est huit millions de morts ! Et bien sûr, les autres anciens pays ex-soviétiques ont vécu des phénomènes analogues. L'Ukraine par exemple, sauf que la situation ne commence pas à s'améliorer avant 2009-2010, et reste la décennie suivante sur un plateau plus élevé qu'en Russie. Soit dit en passant, cela doit aider à comprendre pourquoi beaucoup de Russes continuent à soutenir Poutine. Il n'a pas tout fait tout seul naturellement, cependant c'est bien lui qui a été l'acteur principal de la "remise en ordre" de la Russie après la catastrophe et de la construction d'un système qui est autocratique et corrompu... mais où les statistiques vitales mortalité, espérance de vie et mortalité infantile sont bien orientées ! Bref, c'est sous sa direction que la Russie a mis fin à l'hécatombe. A partir de 2020, ça se dégrade franchement. La Russie a particulièrement mal réagi à l'épidémie de covid-19. Et en 2022, la guerre. Mais si un Russe veut prendre tout en compte, il n'oubliera probablement pas les 20 premières années. Et surtout, l'expérience récente étant constituée d'une part d'une période terrifiante dans les années 1990, d'autre part d'une remise en ordre progressive et finalement réussie sous l'égide d'un seul dirigeant... je trouve très compréhensible que beaucoup de Russes préfèrent faire le gros dos devant les défauts de Poutine plutôt que de chercher, ou d'espérer un changement. Et si c'était pire ? Et si le cauchemar recommençait ? Ca ne veut pas dire qu'ils ont raison, bien sûr ! Mais le raisonnement de ceux qui préfèrent une situation imparfaite à un risque de catastrophe. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Chef de file des non-alignés... Il n'y aurait que l'Inde comme candidate ? Une seule alternative, entre le "camp" américain et le "camp" chinois... Seule l'Inde la refuserait ? Je vais me résoudre moi à ce qu'il ne faut pas faire... mais quand même ! ... Faire parler un mort -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
Alexis a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
(Je continue le H.S.) Pas mal de points pertinents en effet, mais je vais quand même couper les cheveux en quatre Sauf erreur, ces volumes ont été révisés à la baisse depuis, soit 200 + 400 = 600 missiles de croisière. Il faut tenir compte aussi du JASSM, lequel est prévu à 3700 exemplaires, qui s'ajoutent aux Tomahawk. Soit de l'ordre de 8 000 au total pour les Etats-Unis. Rapporté aux budgets de défense, nous ne faisons pas si bonne figure. Là oui, entièrement d'accord. L'AASM est une vraie réussite. Non pas qu'il remplace exactement un missile de croisière, ce n'est pas son rôle, mais joint à un appareil comme le Rafale capable d'effectuer des raids en environnement contesté - ce que la Russie n'a pas encore démontré à ce jour - il représente une multiplication des capacités de frappe, hors de portée de la plupart des systèmes de DA. Environ 1 700 munitions ont été livrées (sur une cible initiale de 4 200...), une nouvelle commande a eu lieu depuis. C'est sans doute exagéré de dire qu'il est ridicule. Mais il faut tout de même rappeler : - Que les cibles ont été grandement réduites - alors que la première version avait déjà été définie après la fin de la guerre froide donc correspondait bien à une époque "beau temps sur la géopolitique mondiale" - Le RU d'ailleurs a acheté de son côté non 500 Scalp... mais 900. Ils ont moins réduits leurs cibles, on dirait L'argument "plus que la plupart des armées de la planète" n'est pas non plus très convaincant... la plupart des armées de la planète n'ont guère de capacité à intervenir à distance, ni d'alliés et d'intérêts lointains, ni d'ambition de pouvoir "entrer en premier" ! L'exemple que tu donnes est parlant : s'il s'agit de neutraliser une défense anti-aérienne adverse avec des missiles de croisière, on ne commence à être sérieux qu'à partir d'une centaine de missiles de croisière (Libye 2011, ~120 Tomahawks tirés par les Etats-Unis), et dans des cas plus difficiles, deux ou trois centaines. Comment le prévoir raisonnablement, avec un stock total de 600 ? Il faut aussi avoir en tête le délai de production, deux ans au minimum, peut-être trois. Les "munitions complexes", si on en arrive à court... difficile d'imaginer une solution ! ==>Les stocks actuels ne conviennent pas à une époque "grisaille sur la géopolitique mondiale" Merci ! -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui enfin il ne faut tout de même oublier que les Etats-Unis se sont déjà très vigoureusement opposés à l'Arabie saoudite à chaque fois qu'une question de droits de l'homme ou de crimes de guerre s'est posée. C'est un copain yéménite qui m'en parlait récemment. (Bon, soyons honnêtes, on n'a pas été meilleurs qu'eux sur ce sujet ) Mais sérieusement, qui pourrait réagir autrement face à un ahuri pareil -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Aucune idée. Il s'agit peut-être, espérons-le, d'un simple coup de semonce. Mais je ne suis pas dans la tête de Poutine, ni dans celle de Sourovikine qui commande maintenant tous les fronts et toutes les armes sur le théâtre ukrainien. Selon l'expert en énergie Stanislav Mitrakhovich, il faudrait continuer "plusieurs semaines" à ce rythme pour obtenir un véritable affaiblissement de la capacité de l'armée ukrainienne. Les attaques contre les infrastructures ne causeront de graves dommages à l'Ukraine et à sa capacité à se battre que si elles se poursuivent pendant plusieurs semaines, a déclaré à RIA Novosti Stanislav Mitrakhovich, expert de premier plan au Fonds national de sécurité énergétique et chercheur à l'Université financière du gouvernement russe. . "Apparemment, plusieurs centrales thermiques ont été endommagées. A en juger par l'actualité, cela a entraîné une coupure de courant pour certains consommateurs. Un arrêt temporaire . En principe, plus il y a de frappes sur l'infrastructure électrique, moins théoriquement sera la capacité du L'armée ukrainienne pour se battre, c'est-à-dire pour se déplacer, reconstituer les réserves, transporter du matériel, le réparer", a noté l'expert. "Ce coup sera grave pour le système d'alimentation électrique de l'Ukraine si le même coup se produit tous les jours pendant plusieurs semaines. Alors ce sera grave. S'il s'agit d'une seule action, alors cela crée un effet, mais les conséquences sont éliminées et réparées assez rapidement », a-t-il ajouté. Les Américains ont utilisé des frappes sur l'infrastructure électrique au cours d'opérations militaires contre la Serbie et l'Irak pendant plusieurs semaines, a rappelé la source. Il faut tenir compte aussi du fait que n'est pas les Etats-Unis qui veut. Pour faire ce genre de son et lumières, il faut des moyens étendus. On ne connait pas l'état des stocks de Kalibr et autres balistiques courte portée mais il n'en reste probablement pas des milliers ! Je me demande toutefois si la Russie n'aurait pas ces moyens, mais à condition seulement d'accepter de mettre à contribution sa soixantaine de Tu-22M3, avec bombes non guidées. Cela suppose cependant que la précision des tirs soit suffisante - si un appareil peut tirer ses 18 bombes de 500 kg dans un carré de 300 ou 400 mètres de côté, ça peut le faire, si le carré fait 2 ou 3 km de côté, non. C'est le facteur essentiel. Je ne sais pas ce qu'il en est. Ca suppose aussi que Moscou accepte la perte d'un certain nombre de ces appareils. Mais si la précision que j'ai citée est suffisante, et même si le taux de perte par mission est quatre fois le taux moyen de la RAF pendant la seconde guerre mondiale donc 10% par mission - ce qui serait énorme - accepter la perte du quart de leurs Tu-22M3 soit 15 appareils permettrait en échange de détruire 150 carrés de 300 à 400 mètres de côté, au choix du haut commandement russe en Ukraine (une bombe de 500 kg doit détruire à peu près un hectare). J'ai du mal à imaginer que cela puisse ne pas suffire à ce qu'il ne reste plus grand chose du système électrique ukrainien - avec conséquences graves pour la capacité de combat de l'armée... et évidemment gravissimes pour l'économie Ce qui est une bonne raison pour ne pas le faire naturellement ! Faire s'effondrer l'économie d'un pays est inhumain. Mais ce n'est visiblement pas le souci principal en Russie ces temps-ci. L'expert que j'ai cité plus haut est d'ailleurs très tranquille sur les conséquences humaines de ce qu'il propose - visiblement l'argument "les Etats-Unis l'ont fait donc on peut" lui suffit. Quant à Sourovikine, il n'a vraiment pas la réputation d'un tendre. (...) "Surovikin a fait une brillante carrière dans les échelons supérieurs de l'état-major général et du ministère de la défense après 2008, pendant la réforme militaire radicale qui exigeait d'être impitoyable", lit-on dans le rapport, qui ajoute que sa "volonté d'exécuter vigoureusement tous les ordres l'emportait sur toutes les questions potentielles concernant son curriculum vitae à carreaux." (...) Dans un rare commentaire public, Evgeny Prigozhin, fondateur du groupe mercenaire Wagner, qui a été fortement déployé en Syrie, a été cité comme qualifiant Sourovikine de "personne légendaire", par l'agence de presse Live24. "Surovikin est le commandant le plus compétent de l'armée russe", a-t-il ajouté. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
Alexis a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Ce n'est pas énorme en soi non... enfin sauf pour les pays qui ne fabriquent que des stocks ridicules de munitions, bien sûr, là c'est presque la moitié de leur stock ! Mais ça semble quand même avoir eu des résultats tout sauf négligeables ... -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Mais... @Wallaby n'est pas le seul Tiens, allonge-toi là, et détends-toi. Donc, nous parlions du traumatisme qu'a été pour toi la découverte en 1992 que le père Noël n'existe pas ... Je crois surtout qu'une fois lancée l'opération spéciale, Poutine n'avait pas d'autre choix qu'entre - d'une part une victoire (peut-être moindre que ses objectifs maximum, mais forcément une victoire), - d'autre part une retraite tellement humiliante, coûtant tellement cher (que faudrait-il que la Russie accepte pour se débarrasser des "sanctions", notamment américaines ? Voir l'expérience de l'Iran sur le sujet), menant si sûrement non seulement à la perte du pouvoir mais à l'écroulement du plus gros de ce qu'il a pu réussir en Russie depuis vingt ans... ... Qu'en fait ce choix n'en est pas un. Poutine n'a en réalité pas d'autre solution que de chercher une victoire. Et si ce n'est pas à un certain niveau d'effort et de risque, eh bien ce sera à un niveau supérieur, après avoir grimpé encore un barreau sur l'échelle d'escalade. Il est prisonnier de sa décision de lancer l'invasion. Le problème bien sûr, c'est qu'il n'est pas le seul à en être prisonnier -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Voici l'opinion d'un homme de l'art, je veux dire un psychiatre, sur la santé mentale du dirigeant russe. Bon, j'espère que le Monsieur il se trompe ... Je ne copie que quelques passages. Vladimir Poutine « entièrement soumis à sa mégalomanie » selon le psychiatre Daniel Zagury Pour le psychiatre habitué à être saisi de cas de paranoïa criminelle dans le cadre de la famille, du voisinage ou de l’entreprise, l’observation de l’évolution de Vladimir Poutine est à la fois familière et proprement extraordinaire : le champ en est la planète. (...) S’il était permis au début de l’invasion de l’Ukraine de s’interroger sur l’occurrence d’une paranoïa délirante, en récuser aujourd’hui la réalité clinique relèverait du déni. (...) Il s’agit ici d’autre chose : la décompensation d’une maladie mentale, sans doute longtemps cantonnée à la singularité d’une personnalité alors parfaitement capable d’apprécier les limites possibles de son action (...) Vladimir Poutine s’est lancé dans une fuite en avant qui ne pourra être interrompue que par l’action extérieure. Pour lui, ce qui se produit est proprement impensable, irreprésentable, inconcevable (...) Face à ce qui pourrait occasionner un constat douloureux, Vladimir Poutine répond à l’inverse par l’amplification jusqu’au grotesque de ses gesticulations haineuses. Là où d’autres, qui ne sont pas paranoïaques, tel son thuriféraire médiatique Vladimir Soloviev, se cognent au réel et se désolent en voyant s’éloigner le rêve d’une victoire militaire, Vladimir Poutine accélère et se moque de la déroute de l’Occident. Le réel n’a plus prise sur lui. Il est entièrement soumis à sa mégalomanie. (...) Tout vient conforter cet ensemble de convictions irrécusables en une boucle diabolique d’autorenforcement. Si l’on fait l’effort de s’identifier à ce système paranoïaque, il est concevable que cette course folle puisse mener à l’apocalypse. Après lui, le déluge de feu. Je précise que je ne crois pas vraiment à ce diagnostic à distance. Que Poutine soit radicalisé par rapport à il y a quelques années me semble évident - c'est pour cela que le terme de "décompensation" est intéressant, et troublant. Qu'il soit devenu incapable d'apprécier les limites de son action, que le réel n'ait plus de prise sur lui, je ne vois pas de raison de le penser. Les décisions d'escalade - mobilisation, annexions, maintenant campagne anti-infrastructures énergétiques - n'ont pas besoin de l'hypothèse d'une pathologie mentale pour être expliquées. Ce texte reste cependant intéressant. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
J'ai mis en gras le mot important Parce que je veux bien que l'on dise qu'il est "inacceptable", ou est-ce "inâcceptâble !" que Washington vende son GNL à 4 fois le prix qu'il fait payer à ses propres industriels. Mais quelle solution Lemaire propose-t-il au juste pour que ce soit vraiment inacceptable, c'est-à-dire quelque chose qu'on refuse ? Je n'ai entendu que son affirmation - le ton est ferme, hein, le corps droit et le regard assuré ! - qu'aller à l'encontre de la prospérité économique de l'Europe ne serait "pas dans l'intérêt américain". Sauf que... ce qui est dans l'intérêt américain, c'est la prospérité américaine : - Gagner beaucoup en vendant cher, c'est dans l'intérêt américain - Aider les industries locales à se développer en leur offrant de l'énergie bon marché subventionnée par des exportations à prix d'or, c'est dans l'intérêt américain - Aider les industries européennes à faire le bon choix c'est à dire s'installer aux Etats-Unis, c'est dans l'intérêt américain. Aussi, beggars are not choosers, les mendiants ne choisissent pas. Et non, je n'ai pas de solution à proposer. Sinon bien sûr électrification poussée aussi loin que possible de notre système énergétique, plus N centrales nucléaires (avec N grand) pour produire l'électricité en question, plus R&D en urgence sur le nucléaire de quatrième génération, le tout assurant à la fois notre indépendance stratégique et notre capacité à continuer à avoir une économie industrielle lorsque - on y vient - seront dépassés les pics des énergies fossiles, d'abord pétrole et plus tard gaz. Mais bien sûr, c'est un chantier sur 20 ans au moins, voire 30. A condition encore de le traiter comme l'urgence, l' "ardente obligation" qu'il est. En attendant, refuser du moins le ridicule et choisir le silence "splendeur des forts et refuge des faibles". La France, l'Europe en général manquent d'énergie. Nous sommes faibles. Nous n'avons pas assez de ressources chez nous, comme la Russie... ni une bonne quantité de ressources plus les moyens d'une thalassocratie pour nous assurer le reste, comme l'Amérique... ni quelques ressources plus un partenaire soumis au nord plus les moyens croissants d'une thalassocratie future, comme la Chine. Bien sûr, nous avons tous les leviers pour nous recréer une puissance et une indépendance ! De Gaulle l'avait déjà expliqué dans une remarquable intervention à Saint-Cyr en 1956, trop peu connue ! (...) Je sais bien, vous êtes les soldats d'une France, aujourd'hui, plongée dans une situation amère. Cela résulte de toute espèce de causes, les unes qu'on pourrait croire fortuites, qui sont les invasions et les révolutions, les erreurs des gouvernements, les fautes des commandements, et puis d'autres qui sont - il faut les voir en face - permanentes et essentielles ou qui l'ont été. Je veux parler de la diminution de notre nombre ou du moins du fait que pendant cent ans, il ne s'est pas accru alors qu'autour de nous, tous les autres s'accroissaient. Cette situation de la France résulte aussi de faits inéluctables comme, par exemple, l'absence de charbon ou de beaucoup de charbon, de pétrole, alors que le monde s'est fait avec le charbon et le pétrole. Et puis, la perpétuelle inconsistance de nos pouvoirs publics. Mais ces raisons-là, ces raisons permanentes, je ne parle pas des raisons fortuites : l'Histoire, maintenant, les a balayées jusqu'à ce que, peut-être, se présentent des occasions de n'en plus commettre de semblables, mais les raisons permanentes, essentielles, qui ont affaibli la France d'une manière absolue et relative, ces raisons-là, rien n'indique qu'elles doivent durer. Nous avons recommencé à nous multiplier. Nous sommes, nous, les Français, chaque jour, plus nombreux. C'est une chose qu'on n'avait pas vue depuis très longtemps mais qui existe, qui se maintient et qui, peu à peu, va changer tout chez nous : l'état d'esprit, l'esprit d'entreprise, l'obligation d'agir. Le pétrole et le charbon. Le charbon, nous n'en aurons pas plus que nous n'en avons. Le pétrole, on commence à en trouver quelque peu. Mais surtout, l'avenir de l'énergie est ailleurs, vous le savez bien. Et dans la matière atomique, nous n'avons absolument rien qui nous handicape par rapport à aucun peuple du monde. Il n'est que de vouloir, de prendre le problème corps à corps et de nous refaire une puissance par ce moyen-là. Quant à l'inconsistance des pouvoirs publics, je ne crois pas qu'elle durera toujours. Il me semble qu'elle est, chaque jour, plus nettement reconnue par tout le monde, sans exception, ce qui est la première condition pour que les choses s'améliorent. Je ne désespère aucunement, Saint-Cyriens, je vous le dis, de l'avenir de la France, bien qu'aucun homme, peut-être, n'ait eu à porter plus lourdement, plus durement tout ce qui lui a manqué, et dans des moments plus difficiles. Mais il y faudra du temps. Du temps, et beaucoup d'efforts. En attendant, il faut se taire. Supporter ce qui doit l'être. Et, surtout, agir. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Voici les déclarations du ministre de l'énergie ukrainien sur les bombardements d'aujourd'hui Le ministre de l'Énergie, Herman Halushchenko, a déclaré cela sur les ondes du téléthon national, rapporte un correspondant d'Ukrinform. "Il s'agit de la plus grande attaque contre le système énergétique ukrainien de toute la guerre. Le cynisme de cette attaque est que toute la chaîne d'approvisionnement a été touchée afin de compliquer la possibilité de se reconnecter et de fournir de l'électricité à partir d'autres sources", a déclaré le ministre. Il a souligné que la restauration des installations endommagées est déjà en cours et que, dans certaines zones, l'alimentation électrique a déjà été rétablie. Halushchenko a également exhorté les Ukrainiens à réduire leur consommation d'électricité pendant les heures de pointe. D'autre part, le ministre a officiellement annoncé que l'Ukraine cesse d'exporter de l'électricité à destination de l'Europe L'Ukraine cesse d'exporter de l'électricité en raison des attaques de missiles russes contre des installations énergétiques L'électricité ukrainienne, que nous avons exportée après synchronisation vers l'UE, ainsi que via des lignes séparées vers la Moldavie et la Pologne, a aidé l'Europe à remplacer le gaz russe et a soutenu la stabilité du système énergétique européen. Même après la fermeture de la centrale nucléaire de Zaporijia, sous occupation russe depuis plus de 7 mois, l'Ukraine a rempli ses obligations envers ses partenaires européens en matière d'exportation d'électricité. Mais les frappes de missiles d'aujourd'hui, qui ont touché les sous-stations de production thermique et électrique, obligent l'Ukraine à suspendre ses exportations d'électricité à partir du 11 octobre 2022, afin de stabiliser son propre système énergétique. "C'est l'exportation d'électricité de l'Ukraine qui a aidé l'Europe à réduire la consommation des ressources énergétiques russes. Et c'est pourquoi la Russie détruit notre système énergétique, tuant la possibilité même d'exporter de l'électricité depuis l'Ukraine", a déclaré le ministre de l'Énergie Herman Halushchenko. Ce qui n'est pas clair (encore) c'est si ces réductions de consommation aux heures de pointe, et suspension d'exportation d'électricité vers l'ouest, sont des mesures temporaires, ou si faire les réparations sera si complexe / long qu'à l'échelle de la guerre il faut les considérer comme permanentes. Une autre chose qui n'est pas claire, c'est si cette vague de frappes est unique, ou s'il s'agit de la simple ouverture d'une campagne visant à faire s'écrouler l'ensemble du réseau. Les propos de Poutine aujourd'hui pourraient faire espérer que cette vague est unique puisqu'il ne menace de la répéter qu'en cas de nouvelle attaque sur le territoire que la Russie considère sien Si les tentatives d'attentats terroristes sur notre territoire se poursuivent, les réponses de la Russie seront dures et leur ampleur correspondra au niveau des menaces posées par la Fédération de Russie. Personne ne devrait avoir de doute à ce sujet. Mais bien sûr il n'y a aucune garantie Macron n'a pas eu tort d'évoquer un « changement profond de la nature de cette guerre » Quant à Kadyrov, il déclare Maintenant, je suis 100% satisfait de l'opération militaire spéciale -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Encore une opinion dans ce sens d'une aggravation de la violence Alexandre Kots est correspondant militaire pour la Komsomolskaïa Pravda La frappe sur le pont de Crimée l'a montré, il est temps de combattre plus méchamment (...) Il y a plusieurs aspects à ce qui s'est passé. Tout d'abord, les Khokhlyaks, utilisant des tactiques terroristes typiques, ont frappé un symbole. Le pont de Crimée est le symbole que la péninsule est solidement attachée à la Mère Russie et que rien ne peut l'en détacher. Mais contrairement aux précédentes attaques contre la Crimée, celle-ci ne peut être qualifiée de scandaleuse. Et voici pourquoi. Parce que, deuxièmement, le pont de Crimée, ces jours-ci, c'est surtout de la logistique militaire, qui approvisionne notre groupement en direction de Kherson. En outre, la branche routière et, dans une plus large mesure, la branche ferroviaire, qui semble avoir été hors service pendant un certain temps également. Dans le contexte de la situation près de Kherson, cela peut être considéré comme la touche finale avant la prise d'assaut du centre régional. Troisièmement, Kiev fait preuve de la cohérence enviable que beaucoup (moi y compris) appellent de leurs vœux depuis des mois. A savoir pousser l'Ukraine dans le 18ème siècle, sans réflexion inutile sur les conséquences pour la population civile. Ponts, barrages, centrales thermiques, gares de traction et autres infrastructures critiques. Kiev l'arrache méthodiquement et sans turpitude morale. Nous trouvons toujours une excuse chevaleresque. Il ne devrait pas y en avoir en principe si nous voulons gagner. Le voulons-nous ? La réponse, bien sûr, ne doit pas être émotionnellement spontanée. Mais il ne doit pas non plus s'agir d'une action ponctuelle. Luttons déjà plus méchamment, vraiment, sans excuses sur l'impossibilité de faire sauter le pont sur lequel arrivent les armements de l'Occident. Rien n'est impossible, les Ukrainiens nous le montrent. Le mot khokhol se trouve bien dans le texte plus haut. Il est le pendant de moskal en Ukraine pour parler des Russes. C'est à peu près le niveau d'hostilité de boche pour parler des Allemands pendant la première guerre mondiale. Pas glorieux, évidemment, mais je pense que nous serons d'accord pour dire que Hitler a fait pire En revanche, le projet d'écraser la volonté d'indépendance d'une population par la persécution, qui apparaît dans certains discours dans les médias russes, et a probablement déjà reçu des débuts d'application sur le terrain, est bien quelque chose que Staline aurait pu faire. L'échelle n'est pas la même évidemment... mais il est prudent de rajouter "pour l'instant" -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Ou bien les parents de @Ciders lui ont avoué la vérité, à l'occasion de son passage en grande section ? -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est vrai, il y a encore ce scénario. Je ne l'ai pas cité parce que je ne vois vraiment pas les Etats-Unis ni les autres pays de l'OTAN s'y résoudre. Zelenski peut être critiqué pour certaines fautes de communication (comme appeler à des bombardements "préventifs" de l'OTAN en Russie ) Mais il faut reconnaître d'une part qu'il a su galvaniser ses concitoyens, d'autre part qu'il est sous très forte pression qui est une circonstance atténuante quand il dit des sottises, enfin qu'il a montré un vrai courage physique en refusant d'être évacué le 25 février. Et quand il refuse de négocier vu les préalables qu'y met la Russie, il ne s'exprime peut-être pas efficacement, mais que peut-il faire d'autre sur le fond ? Les dirigeants occidentaux qui refusent de bouger ou d'imaginer ou de créer des ouvertures - quitte à ce que ça ne marche pas, mais au moins auraient-ils essayé - n'ont pas ces circonstances atténuantes. Macron a tenté des choses à un moment, les Italiens ont imaginé des propositions il y a quelques mois, tous se sont pris pour leur peine des volées de bois vert et d'accusation en esprit munichois... mais les autres, où sont-ils ? Je verrais trois grands domaines : 1. Sécurité et équilibre européen - limitations de l'extension de l'OTAN et des déploiements militaires de pays de l'OTAN, retrait de certaines installations provocatrices (missiles américains en Pologne et Roumanie), limitations de la part de la Russie, statut neutre pour l'Ukraine 2. Sécurité et indépendance de l'Ukraine - résolution des conflits territoriaux au Donbass, autres provinces "annexées" et jusqu'à la Crimée par des moyens démocratiques et non-violents, aide à l'Ukraine pour que sa neutralité armée soit aussi convaincante que celle de la Finlande 3. Intégration économique de la Russie à l'Europe - avenir des mesures de guerre économique réciproques, c'est-à-dire leur suppression et signature de traités commerciaux ambitieux Naturellement, ces trois domaines ne seraient pas équilibrés chacun de leur côté... mais seulement pris comme un tout. C'est bien sûr tout à fait possible sur le principe. Mais il faudrait la volonté de s'y atteler. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
La différence, c'est que nous parlons ici de la télévision (publique ou oligarchique) russe. Je n'ai rien vu de tel sur les chaîne de TV françaises, qu'elles soient publiques ou oligarchiques. Et de fort loin, Dieu merci ! Pas les nouveaux Nazis, les nouveaux Staliniens. Ce n'est pas pour faire une distinction artificielle ni couper les cheveux en quatre. Il me semble que lorsqu'on dit "nazi" pour parler d'un comportement ou de projets extrêmement inhumains, on exprime son sentiment de scandale (certes bien compréhensible !) mais on risque de ne pas analyser. L'idéologie sous-jacente ici n'est pas une supériorité raciale qui donnerait le droit d'exterminer des gens prétendument inférieurs, comme l'était le nazisme. Il s'agit d'une volonté d'imposer un système politique à une population, y compris s'il faut pour cela la "rééduquer", c'est-à-dire la persécuter jusqu'à ce qu'elle se soumette, au nom de son propre bien. Ce projet n'est pas comparable, même à beaucoup plus petite échelle, à la Shoah. Il est tout à fait comparable, et potentiellement à plus grande échelle, à ce que fait la Chine aux Ouïghours du Xinjiang. Ce qui est très inquiétant, c'est que : 1. La TV russe n'est certes pas au pouvoir, mais elle a parfois eu une longueur d'avance sur les décisions du gouvernement russe. Ca fait peut-être deux ans par exemple que la propagande télévisuelle a viré dans le sens d'un déni du droit de l'Ukraine à exister indépendamment... en avance de phase donc sur le déclenchement de l'invasion en février 2. Or les discours se ramènent maintenant soit à une combinaison de "On récupère les territoires qu'on veut, on y rééduquera les gens, et peu importe quelle violence sera nécessaire pour les autres", soit à "On récupérera toute l'Ukraine et on y rééduquera les gens". Le premier est probablement plus réaliste que le second mais... pas nécessairement moins violent 3. L'armée russe est clairement moins forte qu'on ne le pensait, l'Ukraine a réussi sa mobilisation et les Etats-Unis (plus des pays de l'OTAN) l'aident efficacement mais... la première option reste probablement dans les capacités de la Russie (pas forcément la deuxième) : - Prendre le contrôle des 4 territoires revendiqués au mieux par la force conventionnelle (en réussissant la transformation des mobilisés en unités militaires fonctionnelles, comme l'Ukraine l'a réussi de son côté au printemps / été, et en repartant à l'assaut début 2023), au pire avec une artillerie nucléaire (MacArthur proposait de gagner la guerre de Corée avec 50 bombes A contre les forces chinoises alors dénuées d'armes nucléaires, Truman a refusé et l'a viré, Poutine pourrait faire un autre choix) - Décourager le reste de l'Ukraine au mieux par une victoire conventionnelle en 2023/ 24 qui découragerait les Ukrainiens (scénario plus haut, incertain), sinon par un effondrement de leurs infrastructures donc leur économie (si les Tu-22M et bombes et missiles de croisière russes y suffisent, l'hypothèse est discutée), au pire en écrasant leur armée sur le terrain par artillerie nucléaire Ce "programme" est à l'évidence inhumain. Mais tout se passe comme si l'appareil médiatico-militaro-propagandistico-gouvernemental russe le préparait. Qu'il s'agisse d'une décision froide et consciente, ou de la simple et classique "montée aux extrêmes" - et de toute façon le résultat est le même Et non, je n'ai pas de solution à proposer. Plus exactement, je peux trouver des solutions pour que les pays occidentaux ne soient pas englobés dans le maelström de violences, pour que cette guerre qui a déjà tué des dizaines et des dizaines de milliers de personnes et pourrait en tuer facilement des centaines de milliers si les vaticinations télévisuelles russes sont réalisées, ne vienne pas à en tuer des (dizaines / centaines de) millions. Il suffit pour cela de ne pas passer à l'offensive militaire si la Russie gagne la guerre en Ukraine, même si elle a utilisé pour cela des armes nucléaires, pourvu que les tirs aient été exclusivement sur territoire ukrainien plutôt que sur territoire d'un pays de l'OTAN. Mais je ne vois pas de solution satisfaisante pour l'Ukraine Je ne vois pas comment les Ukrainiens pourraient négocier. Ils pourraient choisir de céder oui, cependant ils risqueraient pire que ce que la France a été contrainte d'accepter en 1871 : non seulement l'occupation de plusieurs provinces, mais le risque que l'agresseur revienne à la charge dans quelques années. Y seront-ils forcés à un moment parce que les alternatives seront pires, c'est possible. Mais pour l'instant leur moral semble en acier trempé. La seule solution satisfaisante, c'est que les Russes empêchent Poutine de continuer. Mais ils n'ont vraiment pas l'air de s'y préparer ... -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
Alexis a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
"Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs" En d'autres termes "Ne sois pas une mauviette, fuis !" La logique kadyrovienne vaut le détour Le pont de Kerch est une infrastructure importante pour la logistique de l'invasion russe. Le principe "A la guerre comme à la guerre" s'applique. Reste à voir si la LEM va s'appliquer aussi... C'est à dire si à un moment donné la voie ferrée, tel pilier ou telle poutre va soudainement décider que tout ça c'est très bien, mais en fait non, merci, vous ferez sans moi -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : géopolitique et économie
Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Effectivement, si la Russie à un certain moment passe au nucléaire en Ukraine (j'ai déjà dit ailleurs que je ne vois pas de vrai risque pour l'instant, seulement si la situation militaire de l'invasion russe devient désespérée dont c'est un "si") il paraît difficile d'imaginer que ce soit dans les quatre provinces qu'elle a décrété "russes pour toujours". Ce serait donc dans un autre endroit. L'Ukraine compte nettement plus que quatre provinces. J'ai bien remarqué que ce sont les généraux à la retraite (Petraeus par exemple) qui décrivent précisément une campagne militaire américaine en Ukraine et en Mer Noire qu'ils imaginent en réponse à des tirs nucléaires russes sur l'Ukraine. Et ce ne sont pas les généraux à la retraite qui décident. Je pensais : - au commentaire de Jake Sullivan sur les "conséquences catastrophiques" pour la Russie dans ce cas. Ambigu oui, mais pas tant que ça - au commentaire du président Biden parlant des conséquences dans ce cas "Je ne pense pas qu'il existe une telle chose que la capacité de facilement (utiliser) une arme nucléaire tactique et ne pas se retrouver avec Armageddon" L'Ukraine n'a pas la capacité de déclencher "Armageddon", c'est-à-dire un massacre nucléaire réciproque entre Etats-Unis et Russie. Seuls Washington et Moscou ont cette capacité. Il est donc assez facile de voir que ce commentaire de Biden est logiquement équivalent à un avertissement à Poutine "Si vous tirez au nucléaire sur l'Ukraine, je réagirai de telle façon que nous en finirons par une guerre nucléaire entre Etats-Unis et Russie" Cette menace est-elle crédible, ou pas tant que ça ? On en pense ce qu'on veut. Mais le président des Etats-Unis l'a bien lancée, sans aucune ambiguïté. Pas un simple "expert" ou autre "général à la retraite" Ca se discute. Dans le scénario d'une tentative russe d'obtenir une victoire nucléaire sur l'Ukraine, il y a deux options : - Ne pas réagir militairement, c'est-à-dire laisser arriver cette victoire russe, ce qui signifie que le TNP sera à la poubelle, beaucoup de pays risquant de construire des armes nucléaires de peur de subir une guerre de conquête et une mutilation de leur territoire comme celle que l'Ukraine aurait subie - Réagir militairement, c'est-à-dire annuler cette victoire russe, alors même que Moscou aurait montré qu'il était prêt à une escalade nucléaire pour l'assurer, donc poursuivre l'escalade et risquer que Moscou continue lui aussi, possiblement jusqu'à et y compris des tirs nucléaires sur le territoire américain ou celui d'autres pays de l'OTAN - ce qui d'ailleurs assurerait aussi que le TNP aille à la poubelle En somme dans les deux cas le TNP ne serait plus respecté, les différences sont dans le deuxième cas que Etats-Unis et/ou autres pays de l'OTAN risqueraient des bombardements nucléaires sur leurs territoires, et en même temps l'Ukraine aurait une chance de gagner la guerre (enfin ce serait les survivants ukrainiens contre les survivants russes, on peut imaginer que les premiers l'emportent) alors que dans le premier cas elle aurait perdu Ce serait le choix du gouvernement américain. Pas d'offense certes, mais les critiques de Macron ont bien été remarquées Bien sûr que non. Washington et Moscou n'ont aucun besoin de Paris pour s'atomiser l'une l'autre. Les arsenaux russe et américain sont amplement suffisants pour cela. Je ne suis pas sûr que j'utiliserais le terme de "fête" pour décrire un massacre nucléaire réciproque. Mais il exact que Macron n'a pas l'air très enthousiaste à y participer. Et il est exact que je pense qu'il a raison. Elles ne sont pas un référendum sur l'Ukraine ni sur la troisième guerre mondiale, nous sommes d'accord. Mais Trump tente de les transformer ainsi, ou du moins d'en faire en partie ce genre de référendum. Et lorsque Biden lance une menace d'échange nucléaire américano-russe au cas où Poutine s'attaquerait à l'Ukraine aussi avec des armes nucléaires, il est possible que certains Américains en soient troublés, et il est possible que Biden aide Trump à transformer ces élections en référendum "Troisième guerre mondiale pour l'Ukraine Oui / Non ?" -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
Alexis a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Tout à fait. Un corollaire de cette situation est qu'après la fin de cette guerre - ou dans une autre version après qu'elle soit rentrée dans un mode "conflit semi-gelé mal éteint" avec violences périodiques mais sans grandes opérations offensives - la Russie pendant pas mal d'années devra contrainte et forcée faire reposer sa défense encore plus sur la dissuasion nucléaire. En résumé, leur "seuil nucléaire" sera beaucoup plus bas qu'auparavant. Parce que Moscou sera beaucoup plus faible en guerre conventionnelle qu'il ne l'était début 2022. Et c'est encore sans parler de la situation où ils l'auraient franchi dans le cadre de cette guerre. Un point à garder à l'esprit. Ce n'est pas de la précision métrique... ECP en dizaines de mètres je dirais. L'auteur est Eliot A Cohen. Il peut toujours être utile de lire des analystes, mais ne pas oublier qui est cette personne Je le lirais personnellement avec le même genre de circonspection qu'un Karaganov ou un Loukianov - analystes russes nationalistes tendance "dure". Parce qu'il s'agit du même genre de profil. -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
En fait l'enjeu n'est pas la personne de Trump, qu'il est très - trop - facile de ridiculiser. L'enjeu - ou pas, ça dépend du vote des Américains début novembre - c'est la possibilité non pas tellement pour lui d'utiliser le sujet ukrainien de la troisième guerre mondiale pour se refaire, mais pour les Américains d'utiliser ce personnage pour passer un message au sujet de leur acceptation d'une troisième guerre mondiale pour l'Ukraine. -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Ça pourrait être important. Ou pas. Donald Trump : "Nous devons exiger la négociation immédiate d'une fin pacifique à la guerre en Ukraine ou nous nous retrouverons dans une troisième guerre mondiale. Et il ne restera rien de notre planète - tout cela parce que des gens stupides n'ont pas eu la moindre idée... Ils ne comprennent pas le pouvoir du nucléaire" La poursuite de la guerre de reconquête de l'Ukraine, avec le soutien déterminant des États-Unis, ou la négociation (forcée pour les Ukrainiens) d'une fin pacifique qui ne pourrait être que de compromis ? Cela va devenir un enjeu des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Quel que soit le résultat, le président restera le même. La politique d'ensemble ne sera pas bouleversée. Mais si les Républicains, en particulier les pro-Trump, font un beau score... cela pourrait infléchir la politique du gouvernement Biden. A tout le moins pousser à une certaine modération. Noter aussi que les discours dans les médias d'anciens responsables américains comme quoi si la Russie tire au nucléaire en Ukraine l'Amérique passera à l'attaque contre les forces russes en seront pour le moins remis en question. En effet, si les Américains refusent la guerre à la Russie pour le compte de l'Ukraine... leur Congrès approuverait-il vraiment qu'on la commence en leur nom ? Trump vient de se faire le champion du slogan "Pas de troisième guerre mondiale pour l'Ukraine !" Il a donné à ses concitoyens qui refusent cette possibilité un moyen de s'exprimer. A voir les résultats début novembre. -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
En essayant d'être précis, il me semble qu'on peut dire que à la fois Poutine et Zelenski sont prêts aux négociations. ... Mais avec des conditions préalables incompatibles entre elles Poutine le 30 septembre Nous appelons le régime de Kyiv à cesser immédiatement le feu, toutes les hostilités, la guerre qu'il a déclenchée en 2014, et à retourner à la table des négociations. Nous sommes prêts pour cela, cela a été dit plus d'une fois. Mais nous ne discuterons pas du choix des habitants de Donetsk, Lougansk, Zaporozhye et Kherson, il a été fait, la Russie ne le trahira pas. Sa condition préalable, c'est qu'on ne discute pas du statut des quatre provinces qu'il a fait déclarer russes "pour toujours". On peut discuter du reste. C'est le fameux "Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable" Zelenski le 4 octobre Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a signé un décret pour mettre en œuvre la décision du Conseil national de sécurité et de défense (CNDS), qui exclut toute négociation avec le président russe Vladimir Poutine, a rapporté mardi le service de presse de Zelensky. Le document, publié sur le site Internet de M. Zelensky, indique que le CNDS ukrainien juge "impossible" la tenue de pourparlers avec M. Poutine. Sa condition préalable, c'est qu'on ne discute pas avec le dirigeant russe actuel. En contradiction avec l'adage "On choisit ses amis, pas ses ennemis" Je ne sais pas où tout cela va. Mais ce qui semble sûr c'est que ça va continuer à y aller Sauf... Sauf négociation directe "derrière le rideau" entre Poutine et Biden, similaire à la négociation secrète entre Kennedy et Khrouchtchev en 1962, et avec le même objectif, éviter le risque d'un affrontement direct éventuellement nucléaire entre les deux pays. Mais la question ne se pose pas nécessairement maintenant, parce que la question de passer ou non le seuil nucléaire ne se pose pas encore pour la Russie - je la vois mal arriver avant l'année prochaine, et peut-être jamais. Et si on vient là, et si une négociation secrète entre Etats-Unis et Russie dénoue la situation, on ne l'apprendra probablement qu'au moment où elle sera finalisée. -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Ceci ... N'a en apparence aucun rapport avec la guerre russo-ukrainienne ni l'opposition russo-occidentale. Mais en fait si. Le discours de Poutine le 30 septembre, désigné comme délirant, et qui l'est vraiment, a néanmoins une ligne directrice : reprocher à l'Occident tout ce qu'on peut y trouver de mauvais dans l'Histoire... et dans le présent. Grossir démesurément le trait, taire tout le positif (qui est énorme), taire tout ce en quoi la Russie est proche de l'Occident y compris de ce qui y est mauvais y compris dans le présent. Et faire de tout cela un levier pour tenter de convaincre le reste du Monde (> 80% de la population mondiale) de s'opposer à l'Occident et du moins de modérer la mauvaise image qu'ils pourraient avoir d'une guerre d'agression de type impérialiste comme celle de Moscou en Ukraine. Et il ne s'agit là que d'une radicalisation et hystérisation d'un discours et d'une propagande déjà anciennes. Aucune illusion, ni dans un sens ni dans l'autre : certes une bonne partie de la population mondiale verra le trucage. Mais une autre partie risque de tomber dans le panneau. Bref, l'idéologie anti-européenne délirante promue par Poutine et quelques autres aura un certain succès. Comment combattre une telle stratégie ? A l'évidence, on peut rappeler la réalité de l'Histoire européenne, et le bien énorme qui en est sorti. On peut aussi pointer l'hypocrisie incroyable consistant à présenter la Russie comme une puissance anticolonialiste ou comme une société moralement exemplaire dans un sens conservateur (voir divorces, avortements, violence, corruption, inégalités...) Mais il serait utile aussi de réfréner nos tendances disons les plus controversées, ou qui s'éloignent du reste du monde d'une mauvaise manière. Poutine a dépeint faussement Europe et Amérique comme des enfers de perversion, des tyrannies asservissant les populations en échange de la satisfaction de désirs débridés, à la manière du Meilleur des Mondes de Huxley, ou des pièges du Prince de ce monde. Attention à ne pas en arriver à ressembler à cette caricature intéressée. L'envoi en prison des réalisateurs de ce film, et son interdiction, ne sont pas seulement des questions de salubrité publique. C'est nécessaire aussi si l'on tient à ce que l'idéologie tiers-mondiste / conservatrice de Poutine (en papier carton pour les deux termes évidemment, la Russie d'aujourd'hui n'est ni tiers-mondiste ni conservatrice !) ne fasse pas trop d'émules, ni n'éloigne de nous trop de peuples de la planète. -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Un général ne gagne pas une guerre à lui tout seul, c'est l'évidence. Et une nation en armes soutenue par armes, renseignement et conseillers des Etats-Unis et d'autres pays de l'OTAN c'est autre chose que des troupes djihadistes légèrement armées, oui. Il reste intéressant de connaître le "profil" de ce nouveau commandant. -
Guerre Russie-Ukraine 2022+ : Opérations militaires
Alexis a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Sourovikine est un ancien des guerres de Tchétchénie et de Syrie. Il a pris le commandement du corps expéditionnaire russe en Syrie en 2017 et est reconnu avoir réussi à imposer un tournant dans la guerre. De mars à décembre 2017 - Commandant du groupe de forces des forces armées russes en Syrie. En septembre 2017, sous la direction de Surovikin, un groupe a été créé pour libérer un peloton de police militaire entouré de forces supérieures de terroristes de 29 militaires russes. En conséquence, tous les militaires encerclés ont été retirés de l'encerclement sans perte, et les terroristes ont subi de lourdes pertes. Sous le commandement de Surovikin, un tournant important dans la lutte contre les terroristes a été atteint et plus de 95% du territoire de la Syrie a été libéré .. Selon des experts militaires, c'est Surovikin qui a réussi à renverser le cours de la guerre en Syrie et à organiser la défaite des formations militaires terroristes .Voici un article de 2017 sur les décorations reçues par Surovikin et d'autres suite à service en Syrie. Le président Poutine y avait donné une forte maxime « Ne faites prisonnier personne ! » Le général a dirigé le groupe russe en Syrie de mars à décembre 2017, plus que les autres commandants. Sa mission militaire a été prolongée à plusieurs reprises à la demande personnelle du président syrien Bashar al-Assad. On pense que c'est sous le commandement de Surovikin qu'un tournant dans la lutte contre les terroristes a été atteint. Selon des collègues, le général Surovikin est un commandant dur et doté de principes. Les subordonnés entre eux l'appellent "sévère". Il est l'un des chefs de guerre les plus belliqueux. De l'efficacité, des résultats reconnus par les alliés (Assad), de la dureté. Tout pour plaire à Vladimir Vladimirovitch. -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Skw dans Politique etrangère / Relations internationales
Note qu'en France on a des noms beaucoup moins kikounou. Le secrétaire général de l'Elysée est un certain Alexis Colère -
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Alexis a répondu à un(e) sujet de Alexis dans Politique etrangère / Relations internationales
Je ne sais pas si les troupes ukrainiennes à force d'offensives réussies pourraient finir par parvenir jusqu'à l'isthme de Crimée, l'entrée de la péninsule par le Nord. Peut-être, peut-être pas. Mais j'imagine mal qu'elles puissent passer cet isthme sans que la marmotte mette le chocolat dans le papier alu... euh pardon que les neutrons fissionnent les noyaux de plutonium