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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Amérique latine : l'armée en guerre contre les cartels de drogue
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Je suis curieux de voir comment la narcoculture mexicaine va prendre en Europe, vu qu'ils semblent avoir pris un pied ferme sur le marché du continent, via les deux portes d'entrée que sont l'Espagne et la Sicile. L'Espagne a beaucoup d'ingrédients en ce moment pour faire éclore une adaptation locale (situation économique -donc populations disponibles- haut niveau de commerce intérieur et international, proximité culturelle, grand marché culturel/média -donc avec une grande réactivité aux modes-, identités régionales et rapport à l'Etat central, substrat préexistant -avec aussi sa culture des bandits et marginaux).... Hélas.- 635 réponses
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Amérique latine : l'armée en guerre contre les cartels de drogue
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Bien que cette fibre soit effectivement développée au Mexique, la narcoculture (et les "narcocorrados" musicales qui en découlent) est née dans un contexte particulier, et même, initialement, dans une région particulière du pays, celle de Sinaloa (dont le Cartel éponyme, le plus grand du Mexique, émane). Tout a commencé dans les années 20-30, avec l'immigration chinoise: les nouveaux arrivés se sont établis comme partout ailleurs la diaspora chinoise, avec une sorte de "sous société" fonctionnant en circuit semi fermé, incluant des commerces financés par des organisations culturelles, mais aussi la culture et la consommation d'opium et de marijuana. A une époque où la région de Sinaloa était la plus déshéritée du Mexique, et encore plus quand la crise de 29 a frappé, et où la fibre militante de la religion catholique était très forte, la condamnation morale de ce commerce s'est juxtaposée avec la haine de la petite communauté immigrée dont certains pans prospéraient. Les Chinois ont été virés du pays, mais la paysannerie de Sinaloa a repris la culture de l'opium et de la marijuana, principalement par défaut d'autres opportunités, sur la base de "clans" familiaux qui ont développé les premières traditions d'une culture propre, indépendante et antagoniste au pouvoir central, farouchement ancrée sur la famille et le personnage fantasmé du chef de clan autonome et "seul face au dur destin", mais vivant de mieux en mieux (pour certains dans la réalité, mais pour tous dans l'imaginaire), surtout pendant et après la 2ème GM quand les USA sont devenus le marché majeur (les importations d'opium venant d'Europe -principal fournisseur à cette époque- étant fermées par la guerre) de producteurs mexicains initialement limités par une demande intérieure à faible pouvoir d'achat. Le premier boom arrive donc assez vite dans les années 40-50 et surfe sur la vague de l'affirmation économique américaine de la période, dont le corollaire est de créer une classe de narcos puissants au Mexique, qui sont, surtout dans le Sinaloa, des personnages forts et respectés (qui se la jouent "Dons" à l'ancienne: protection de sa communauté immédiate, traditionalistes....). Ces premières "superstars", surtout dans les régions déshéritées, peu aidées, voire activement réprimées par le pouvoir, développent à fond le thème de la marginalité et l'image des potentats locaux faisant leur propre "loi". Les années 50-60 voient le Mexique, avec donc des organisations locales déjà puissantes et à la tête de zones de production bien tenues et de réseaux commerciaux établis, devenir aussi la plaque tournante de la cocaïne sud-américaine dont ils maîtrisent vite les réseaux de transport, les dites organisations familiales, déjà bien agrandies par l'explosion du chiffre d'affaire du secteur, s'organiser en "cartels" (ceux de la première génération) qui vont véritablement devenir de grandes multinationales quand arrive leur deuxième boom: les débuts de la "war on drugs" dès la présidence de Nixon. Et là, ce sont les années 70 et 80 qui font changer ces organisations d'échelle dans leurs chiffres d'affaires et les ramifications de leurs organisations, de même que dans la proportion de population que leur activité implique directement ou indirectement. Et par extension, leur emprise sur des territoires donnés s'en trouve démultipliée, de même que leur effet sur les mentalités des dites régions, et leur image, de plus en plus implantée dans le paysage économique, social et mental des générations qui grandissent dans les régions les plus concernées, mais aussi, de plus en plus, dans tout le pays (un peu comme les bonnes bourgeoises et les gamins fantasmaient -de façon différente évidemment :-X - sur pirates et les bandits de grand chemin -du Gévaudan, du Dauphiné au XVIIIème siècle, de Corse, du Far West ou de Sicile au XIXème....). Avec les années 80 à 2000, tu constates un changement de génération et un échange plus internationalisé qui impactent largement les formes de la narcoculture: les nouveaux chefs narcos sont souvent les "fils de" (qui ont grandi dans le fric pour beaucoup d'entre eux), et la jeunesse qu'ils ont recruté et qui a survécu dans le "métier" est une jeunesse en partie américanisée, vu les échanges et la proximité avec les USA, mais aussi avec la diaspora latino dans les Etats du sud américain (soit un double apport: la culture US et les sous culture des migrants latinos, qui s'approprient autrement leur double héritage); le rap et son esthétique (bling et compagnie) ont beaucoup joué, de même que l'esthétique des films de gangsters US, par exemple, pour ne même pas parler de l'importance et de la variété de la permanente déferlante musicale et cinématographique américaine. Le substrat de la narco-culture a certainement, loin à l'origine, quelques traits venus du "logiciel" mexicain (en même temps, quelle culture n'a pas un truc pour le rebelle/bandit/marginal: si Robin des Bois, Barbe Noire et Spartacus marchent partout et toujours, c'est qu'il y a une raison.... Et de nombreux homologues), mais l'essentiel est beaucoup plus lié aux circonstances de sa naissance dans sa région d'origine. Dans les décennies récentes, cette narcoculture s'est en partie "dérégionalisée" (elle se mondialise, comme les autres, au final) et a aussi influencé l'extérieur (par exemple, Robert Rodriguez -le pote de Tarantino- au final, c'est son registre: le cycle Desperado, Une nuit en enfer et son adaptation en série.... Respirent le style de la narcoculture).- 635 réponses
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Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
J'ai du mal -et sans doute pas assez d'éléments pour- à modéliser un scénario partant de ce paramètre d'une intégration politique des Palestiniens dans le système israélien. Trop de choses pas quantifiables même à la louche, trop de paramètres, et pas assez d'éléments suffisamment maîtrisés (notamment dans les forces politiques et civiles organisées en Israël: l'ensemble des parties prenantes putatives est trop grand). J'ai cependant du mal à voir l'intégration politique des Palestiniens de Jérusalem, en tant qu'électeurs de niveau local uniquement, produire autre chose qu'une dissociation de ce petit ensemble par rapport aux autres Palestiniens, pour ne devenir qu'un acteur réduit dans le jeu local, sans grand appui derrière, soit de l'isolation (et si intégration comme citoyens israéliens, de la dilution). Le jeu politique, même au niveau municipal s'intègre dans un tout où bougent vraiment beaucoup de forces différentes dont beaucoup ne font pas partie de la municipalité concernée. Et vu la particularité de la situation israélo-palestinienne, je crains que cet aspect soit surmultiplié, et que les armes dont tu parles, dans un tel cas de figure, ne soient que théoriques. Un cas, en somme, de "la dictature, c'est ferme-ta-gueule, la démocratie, c'est cause-toujours". -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Et toi qu'ils sont prêts à payer ce prix pour encore longtemps, jusqu'à ce que ça marche? En théorie oui; en pratique, tu crois vraiment que ça aurait marché et que la compartimentalisation, ou un ostracisme déguisé dans des formes légales, ne se mettrait pas immédiatement en place en réaction, surtout dans un lieu pareil qui cristallise toutes les tensions? Sans compter évidemment l'arme du fric (public ou privé) pour acheter et tenir la propriété immobilière, aidé par des pressions politiques tout sauf impartiales. Quand il y a 2 groupes se percevant avant tout comme antagonistes, les formes légales deviennent juste des formalités à contourner, et quand ces 2 groupes sont en situation aussi inégales, le contournement se fait dans un seul sens. -
Amérique latine : l'armée en guerre contre les cartels de drogue
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Il y a de ça: les cartels ont beaucoup favorisé la chose, via leur politique de communication, mais avec le temps s'est développée une "narco culture" facilement caricaturée. Le style général de cette musique et de cette esthétique a touché toutes les dernières générations qui ont grandi avec la toile de fond du Mexique tel qu'il fonctionne, si bien que le style lui-même a échappé depuis un bail aux "politiques" de propagande des narcos. C'est tout simplement maintenant un style très large via lequel la jeunesse s'exprime, décrivant la vie avec les narcos dans le paysage (et les narcos n'y sont pas les gentils la majorité du temps, loin de là). Quand un style marche, tout le monde se l'approprie et le met à sa sauce pour dire ses trucs et sortir ses colères, désirs et angoisses.- 635 réponses
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Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Un mélange d'idéologie radicale et de compromission politique cynique/amorale en interne du gouvernement; en gros, les tarés ont la parole, et les pseudo-adultes leur donnent ce qu'ils veulent pour garder leur coalition intacte et rester en place. Les tarés demandent toujours plus au fil du temps, et les pseudo adultes n'ont pas vraiment de vision à plus d'un ou deux ans, donc cèdent toujours un peu plus. Un tel système tient jusqu'à ce que la réalité (seuil de tolérance des Palestiniens comme collectif + espace disponible) rattrape le système et cause un..... Problème :-[ . Mentalité typique du politicien moyen (dans une grande organisation publique ou privée, y'a pas de différence): on peut toujours bouffer le capital disponible, surtout quand il est mal "représenté" dans l'imaginaire collectif (y'a "de la terre" à prendre, et il en reste toujours derrière; pas " l'espace est compté: y'a X kilomètres carrés soutenables et plus rien après"), et encore plus quand il est faiblement représenté politiquement (qui défendra l'espace palestinien dans le système politique israélien? Plus encore: qui peut le défendre avec des motifs bien immédiatement concrets, du genre qui fait du capital politique réel permettant coalitions, négociations....). -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Il fait penser à Guillaume II: l'abruti plein de lui-même, fantasmant un grand clash (où il ne paiera pas de sa personne) dont il refuse de réaliser le bordel et les emmerdes qu'il créerait. -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
Je suis vraiment pas expert pour l'analyse de vidéos, mais il me semble que l'explosion vient plutôt du dessous du véhicule et on la voit assez nettement se développer vers le haut, plutôt très verticalement: un tir de RPG - a priori en trajectoire horizontale- donne une explosion comme ça? -
Inde : politique intérieure et internationale
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
D'après ce que j'ai glané ici et là, cette "nouvelle" est plus une histoire médiatique qu'autre chose, et principalement du fait d'Al Qaida (avec ses éternels complices, les médias mal informés et sensationnalistes) dont l'image a souffert depuis l'arrivée d'ISIS (avec impact sur le recrutement paraîtrait-il, mais aussi sur les financements): aussi con que ça paraisse, ce sont au final 2 "marques" en lutte l'une contre l'autre sur un créneau de marché bien précis.... Et le nouvel entrant a marqué beaucoup de points en très peu de temps (appelons les Coca et Pepsi, Pizza Hut et Domino's -n'achetez pas de celui-là, c'est aussi une boîte de fondamentaliste religieux-, les Jets et les Sharks, Bloods et Crips....). Sinon, sur cette histoire de racisme violent contre les Africains en Inde.... D'où ça vient ce truc? C'est pas comme si il y avait une longue histoire pleine de coups de putes et de morts entre Indiens et Africains, ou une immigration massive d'Africains en Inde (plutôt l'inverse, dans ce domaine); pourquoi ce racisme particulier? Quelqu'un les a désigné comme boucs émissaires de quelque chose? Aurait dit que c'était leur tour de prendre? Ou c'est juste parce qu'ils n'ont aucun moyen de se défendre et qu'on aime toujours taper sur le plus faible qui doit bien être coupable de quelque chose? -
La sonde Rosetta arrive...
Tancrède a répondu à un(e) sujet de seb24 dans Engins spatiaux, Espace...
J'ai entendu sur un journal US que le blocage des harpons serait du.... Aux sceaux de cire de leurs tubes :-[ . Quelqu'un a quelque chose là-dessus? Ca semble étrange comme raison; intox? Trollage? -
France USA , quels sont nos réelles relations ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Politique etrangère / Relations internationales
Les deux: les USA sont une puissance poursuivant des intérêts de puissance ET l'une des rares puissances ayant en partie un agenda dépassant le strict cadre de ces intérêts, le tout avec une marge de capacité permettant d'obtenir des résultats réels. Est-ce suffisant si l'on a un peu d'idéalisme? Certainement pas. Jamais. Est-ce souvent une pilule amère quand on examine la réalité? Mille fois oui et pire. Mais c'est comme la démocratie: la pire des solutions à l'exception des autres disponibles. Le monde n'a jamais tourné rond. Y'a que la planète qui fait ça. En même temps, t'as mis une majuscule à "monde"; si tu parles du journal, lui non plus n'a jamais tourné rond.... -
Amérique latine : l'armée en guerre contre les cartels de drogue
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui et non: c'est tout sauf nouveau et toujours la même chose.... Jusqu'à ce que ça ne le soit plus. Evolution lente et/ou goutte d'eau qui fait déborder le vase, y'a une limite à tout. L'Italie n'est toujours pas nette à bien des égards sur le point de la collusion entre crime organisé et gouvernement, mais par rapport aux années 70-80 (et avant), le mieux est indéniable sur bien des aspects.- 635 réponses
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France USA , quels sont nos réelles relations ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est la devise des Habsbourgs d'Autriche, ça; elle n'arrive en fait qu'assez tard dans l'histoire de leur maison. La devise de Charles Quint, choisie par lui-même et à une époque où le futur empire ultramarin d'Espagne n'est encore qu'embryonnaire (et ne rapporte pas un kopeck) est une formule au final issue de la mentalité chevaleresque, même si elle évoque peut-être l'appétit du personnage: "plus ultra" (plus oultre). -
France USA , quels sont nos réelles relations ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Politique etrangère / Relations internationales
Qu'est-ce qui m'a trahi? -
France USA , quels sont nos réelles relations ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Politique etrangère / Relations internationales
J'suis pas Mme Irma ! Il y a des forces à l'oeuvre dans un système politique, souvent antagonistes, et qui sait comment leur affrontement se déroulera à l'avenir? Le comportement des grandes entreprises (et d'autres acteurs) dans le système politique US (et dans les démocraties en général) est à la croisée des chemins entre celui des grands féodaux du temps jadis (ou des grandes familles romaines, ou celui de mille autres types de potentats "intérieurs") et celui de gamins irresponsables essayant de grapiller toute ce qu'ils peuvent quitte à cramer la maison. A l'inverse, un système politique relativement ouvert et participatif, avec un accès à l'information relativement libre et une scène publique plurielle garde une réactivité potentielle forte, et tant que l'Etat reste une entité puissante (ce qui peut aussi comporter en soi le risque d'autres dérives), l'inversion du balancier reste possible. Si tu veux des certitudes, je t'aiguille vers la susmentionnée Mme Irma :-X . -
France USA , quels sont nos réelles relations ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Politique etrangère / Relations internationales
Ils "colonisent" d'une autre façon: pouvoir, influence, parts de marché (maintenues/accrues entre autres en usant de cette puissance: pour favoriser traités et législations plus conformes à leurs intérêts, pour imposer plus d'ouverture à leurs trucs en échange de leur protection ou de leur aide, ou de leur oreille attentive), degré de contrôle entre autres via les partenariats et organisations qu'ils créent, les normes qu'ils imposent/favorisent.... C'est ce que fait la puissance: faut pas se leurrer, vu que partout où on peut, on fait la même chose, ou en tout cas on essaie (et les autres aussi). C'est juste qu'eux sont plus grands et en meilleure position, avec un "capital accumulé" sur des décennies. Et autre truc sur lequel faut pas se leurrer: y'a de bonnes raisons pour qu'il en soit ainsi. On est au final bien content sur beaucoup de plans qu'ils aient cette position: elle n'est pas gratuite, et ils en paient le prix extérieurement (investissement militaire, diplomatique, de renseignement, d'aide bilatérale.... Enorme) et intérieurement (ce qui est dépensé pour cette position a un coût: tout ne revient pas sous une autre forme, et cela a créé des déformations dans le système politique, entre autres en créant des "monstres" que sont les grandes entités capitalistiques US, qui bouffent leur système politique). Côté France, ou Angleterre, je crois pas que le regret de la puissance, ou la jalousie, aient tant de poids que ça dans la "psyché nationale" ou la mentalité des décideurs: il y a certes un facteur d'adaptation toujours un peu à la traîne face à la rapidité des évolutions de rapports de puissance (c'est essentiellement générationnel), mais la seule chose qui énerve, c'est tout simplement de se faire parfois dicter sa conduite par le plus puissant. Je connais personne qui apprécie, et partout où un pays se fait forcer la main, tu trouveras des gens, voire des courants d'opinion ou carrément des mouvements politiques, qui seront enragés par le fait. Et parallèlement, d'autres qui seront plus reconnaissants envers les "bons aspects" de l'action du plus puissant (dans certaines limites), ou au moins conscients que pointer du doigt n'est pas totalement honnête. Certains en revanche peuvent aller jusqu'à l'idolâtrie du plus puissant, ou un ralliement; allié à une certaine "haine de soi"; chose qu'on voit pas mal dans les élites atlantistes en France, ou en Angleterre: se voir en "brillant second", en "51ème Etat US".... Le PS est ainsi bien plus atlantiste que l'UMP (il a longtemps récolté plus de fonds américains.... Et le ferait encore), plus partagé (historiquement, suffit de suivre les sources de fric ne venant pas de France: un peu US, pas mal Afrique et Golfe, plus récemment Russie), tout comme le FN, par exemple, a un tropisme russe et arabe (pas mal de fric venait de là, particulièrement sous JMLP) et totalement anti US. Mais faut pas confondre le "malaise" qu'on peut ressentir personnellement, avec un "malaise" du pays. Oui, la France a une tradition messianique et a été habituée à peser plus lourd et à gueuler plus fort, et chez les générations plus anciennes, ça peut encore jouer (et être renforcé par la tendance des vieux à toujours trouver que tout fout le camp depuis que le monde est monde) jusqu'à être un motif de vote ou d'activisme (les seules voies par lesquelles ça devient un facteur influant sur la politique), mais je ne surestimerais pas ce facteur de nos jours. -
France USA , quels sont nos réelles relations ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Politique etrangère / Relations internationales
Pourquoi voudrais-tu qu'il y ait un malentendu? Les nations (et autres entités plus ou moins apparentées) ont avant tout des intérêts et ne jouent que pour leur pomme. Ce n'est évidemment pas une logique absolue, étant donné qu'il peut y avoir au sein du processus de décision et de posture d'un pays (le gouvernement, et ce qui l'influence: dans une démocratie, ça inclue un tas d'acteurs différents, dont des mouvements d'opinion organisés, la presse....), des sympathies, des tropismes, des liens particuliers, des impératifs moraux et; plus généralement, des perceptions diverses de ce qu'est l'intérêt du dit pays (et donc un "pragmatisme" qu'il n'est pas si évident de cerner). Les Ricains de 1776 ont joué pour leur pomme, mais ils étaient des Anglais émancipés, héritant culturellement de liens de toutes sortes (y compris des liens familiaux de nombre de leurs habitants avec des parents en Angleterre) avec l'ex-mère patrie, d'une coopération obligatoire (surtout commerciale: leurs circuits économiques étaient organisés avec l'Angleterre avant tout, et ce fait structurait leur économie plus que tout autre, surtout les secteurs à fort cash), et d'un moule culturel avant tout originaire d'Angleterre, incluant entre autres nombre de préjugés.... Y compris la francophobie (mais aussi, à une moindre échelle, un certain niveau de francophilie). La France a créé un capital de sympathie plus grand dans l'opinion US avec la guerre, incluant par extension un courant politique (une vision du monde dont le pragmatisme inclue plus d'équilibre entre les tropismes anglais et français et une méfiance également plus équilibrée), mais c'est tout (et c'est déjà énorme, surtout si on sait capitaliser là-dessus: c'est de l'influence, une oreille favorable -comme les ambassadeurs français le verront pendant la Révolution avant de trop en faire). Mais il n'y a pas de malaise spécifique lié au fait que les motivations françaises en 1776-1783 n'étaient pas pures et parfaites; pas plus que sur le fait que les motivations américaines en 1917 ou 1941 étaient uniquement faites d'idéalisme. Il faut juste reconnaître qu'il y a un préjugé culturel francophobe inhérent au logiciel américain, par héritage culturel, qui s'est transmis d'une façon ou d'une autre, tout comme il y a un préjugé francophile qui n'a pas été assez bien travaillé (faute à la France), et qui donc tend à être plusieurs crans au dessous. Mais les nations n'ont pas d'amis.... -
Amérique latine : l'armée en guerre contre les cartels de drogue
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
L'histoire des étudiants disparus s'envenime encore après que des membres d'un gang aient confessé avoir tué les 43 étudiants en question et brûlé leurs corps avant de balancer les os dans un cours d'eau.... Le tout, apparemment, plus ou moins à la demande d'un important leader local (et de sa femme) que leurs protestations dérangeaient. La population locale, étudiants et parents, s'est apparemment largement mobilisée et a cherché le fritage dans la cité d'Acapulco, fermant son aéroport dans un mouvement de foule que les polices municipale, d'Etat et fédérale envoyées sur place n'ont pas pu juguler. L'indignation a atteint un niveau impressionnant, débouchant sur ce qui pourrait devenir une crise politique grave: la collusion des élites politiques avec les gangs mafieux, le mépris des élites mexicaines pour la population, le peu de considération pour la règle de droit et les principes démocratiques de base semblent tous incarnés dans cette histoire.- 635 réponses
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Il y a déjà un bataillon mixte mais à majorité féminine ("Caracal"; automatiquement qualifié "d'élite", sans doute à fins de publicité étant donné les quelques récits qui ont pu sortir sur une réalité moins bandante); je soupçonne qu'au-delà des discours édifiant, la réalité de la cohabitation mixte au quotidien dans des unités rassemblées dans la durée (et pas théoriquement avec quelques rappels par an au mieux) doit inciter à séparer un minimum. Les femmes forment une très petite proportion, quand on en vient aux unités de combat (ou en tout cas d'emploi effectif) employables: la réalité doit être moins enthousiasmante pour cette minorité particulière, et poser une autre gamme de problèmes dont le commandement doit vouloir se passer, surtout avec des conscrits.
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Amérique latine : l'armée en guerre contre les cartels de drogue
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Surtout si ces personnels reçoivent les mêmes conditions de vie et de travail, ainsi que les mêmes revenus, que ce qui s'est vu dans d'autres forces (civiles et militaires) de l'Etat mexicain tel qu'il est et fonctionne actuellement (qui sait, un nouveau cartel émergera peut-être bientôt des rangs de cette gendarmerie?): surtout que dès le début, cette gendarmerie peut avoir été voulue comme une nouvelle "baronnie" bureaucratique, politique et/ou territoriale à distribuer ou partager entre "gens du monde", comme une nouvelle façon de siphonner des fonds ou un biais pour contourner une administration existante (et "appartenant" plus à d'autres factions politiques) et imposer le contrôle du PRI sur ses domaines d'actions (territoire, secteur d'action). C'est toujours l'histoire d'un Etat essayant de garder ou de récupérer le contrôle de son domaine que de créer de nouvelles organisations remplaçant les anciennes (corrompues, contrôlées par d'autres, limitées ou inefficaces) ou se surimposant à elles (avec un temps de cohabitation qui peut être.... Intéressant), mais c'est aussi celle des factions internes à l'Etat que d'employer ce moyen pour accroître leur base de pouvoir.... Pas forcément (voire pas souvent du tout) pour l'intérêt général. L'appareil de sécurité mexicain semble quand même très compliqué et vaste, ce qui semble plus souligner une sur redondance des agences et organisations liée aux factions du pays qu'à une stratégie nationale de sécurité qui soit pertinente, et le fait que cela se traduise par l'inflation des organisations renvoie plus à une incapacité des dites factions de régler leurs comptes en amont de ce genre de recours (dans l'arène politique).... Quand les blocages politiques se traduisent par une répartition de l'appareil de sécurité entre factions (chacun grapille son turf et en fait un outil de pouvoir), et la création de nouveaux organismes, ça sent pas bon.- 635 réponses
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Une vision courante, et qui correspondrait à l'image qui transparaît dans les médias (notamment par ses gaffes, le creux de ses positions....), est que Penia serait juste une figure de proue pour le PRI dont les caciques tiendraient réellement les rênes du pays, avec notamment comme méthode contre la criminalité le fait de simplement payer des cartels pour calmer leur jeu, soit du gain immédiat et visible, mais de courte durée, à moins d'entrer dans un cycle permanent de "tributs" payés en inflation constante, une méthode récurrente dans l'histoire du parti. Vraie ou fausse (ou entre les deux), cette position semble avoir beaucoup de poids au Mexique, et sur le point sécuritaire, j'ai beaucoup de doutes sur le fait que l'arrestation d'un boss de cartel fasse en soi chuter la violence (surtout durablement) de 10 ou 20%: - d'abord et avant tout parce que dans l'état où est le Mexique, la quantification de la chose semble un exercice imaginaire - ensuite parce qu'aucune condition fondamentale n'a été changée pour que la violence soit enrayée: le Mexique est toujours la plaque tournante de tous les trafics à destination des USA (il suffit de regarder les composants du scandale récent de l'arrivée massive d'enfants latino-américains sur le Rio Grande: les détails de la traversée du Mexique sont édifiants), sa structure et son fonctionnement économique et social le rendent toujours (voire plus) aussi enclin à produire l'écosystème qui fait proliférer les cartels, leurs activités et leur emprise.... Bref, un individu arrêté, et même quelques arrestations "massives" épurant quelques gangs ne sont que de petites ornières, à moins que quelque chose de plus radical soit mis en oeuvre à l'échelle du pays (ce que l'orientation actuelle des ressources publiques et le niveau de lutte contre la concentration de richesses n'indiquent pas vraiment). Sinon, c'est que de la cosmétique. Pour le pétrole (et le secteur aurifère), c'est juste un outil pour faire du cash pour l'Etat, pour maintenir ce qui fonctionne (bien ou pas), "redistribuer" aux copains et pouvoir gouverner (donc en achetant les loyautés), faire de la politique extérieure et éviter d'avoir à poser un minimum de question fiscale sur les grandes concentrations de fric du pays. Libéraliser la prospection, c'est juste une autre façon de dire que le gâteau (l'un des bijoux de famille de l'Etat) a été ouvert pour d'autres appétits, de force forcée vu que le Mexique, comme les autres producteurs anciens, est confronté à une hyperinflation des coûts d'exploration et d'exploitation, que la compagnie nationale ne pouvait plus suivre (coûts fixes élevés, et rapacité du proprio). Bref, il y a plus l'impression d'une grande opération de com qu'autre chose.- 635 réponses
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Hé, mais j'ai pas dit le contraire! Juste qu'il faut éviter, et c'est sans doute ce qui est à l'origine de cette vision à laquelle tu réponds, de regarder trop généralement (on est toujours tous facilement abusés par les chiffres genre PIB/tête, qui ne veulent rien dire).- 635 réponses
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Amérique latine : l'armée en guerre contre les cartels de drogue
Tancrède a répondu à un(e) sujet de alexandreVBCI dans Politique etrangère / Relations internationales
Le développement mexicain est en partie un trompe l'oeil qu'il faut éviter de regarder en embrassant le pays comme un tout: il est extrêmement contrasté régionalement (et même à un niveau plus réduit que les grandes régions) et socialement, avec une concentration extrême des richesses et une instrumentalisation de la main d'oeuvre du pays qui reste essentiellement exploitée avec un très faible niveau d'accumulation capitalistique (et de très faibles possibilités d'en voir une) en dehors d'une proportion réduite de la population, et peu de possibilités d'ascension sociale (le progrès dans la formation de la main d'oeuvre reste aussi très concentré sur une partie réduite). C'est au final ce qui arrive quand on a une économie essentiellement tournée vers l'exportation, sans grandes perspectives de voir la consommation intérieure prendre une part du relai au-delà d'un niveau assez bas, chose probable pour l'avenir visible étant donné le niveau de corruption, de contrôle du gouvernement par une oligarchie très concentrée et très puissante, et l'état de bordel intérieur qui entretient un certain niveau de féodalité. Les parrains mafieux, malgré leurs "oeuvres sociales" et leur politique de propagande qui inclue un peu de "redistribution", ciblent les zones pour ces actions (au final, c'est peu de monde dans leur zone de contrôle) et se cantonnent à certains types de dons (du petit cash pour survivre, de l'audiovisuel, un peu d'eau courante ici et là, quelques écoles primaires....), avec au global un effet très limité en termes réels (mais fort en termes d'impact psychologique). Comme le dit Chronos, les activités qui rapportent et impactent le PIB et le taux de croissance se font en fait sans effet lourd sur la population et le territoire: des enclaves de tourisme, des zones de gisement.... Un schéma que l'on devrait bien connaître en Europe de l'ouest, étant donné que c'est celui qu'on voyait dans les colonies: quelques zones privilégiées, des axes de communication allant des zones d'extractions aux ports d'exportation, et une très faible logique de développement et de connexion du territoire. Au final, le Mexique est "colonisé de l'intérieur" par son oligarchie, avec en prime quelques zones "réappropriées" par les potentats locaux que sont les barons des grands cartels (qui eux, souvent, vivent physiquement au Texas -en tout cas leurs familles). Pour la mesure d'Etat de droit, ou en tout cas d'Etat imposant l'ordre, il faut de même regarder plus au niveau local, zone par zone: pour qu'une activité économique tienne la distance, ça reste une nécessité, mais à chaque type d'économie et à chaque région correspond le "niveau" d'autorité voulu, avec en conséquence: - un fort plafonnement sur le potentiel maximum en l'état de "l'ordre établi" à un endroit - une partie de la population comme "variable d'ajustement": une proportion importante est remplaçable à volonté dans un certain nombre de secteurs à faible qualification (essentiellement, ils peuvent crever: y'a du remplacement.... La loi de l'offre et de la demande dans toute sa splendeur: les fanas du tout marché apprécieront). Avec l'un des plus forts taux d'inégalités de la planète, toujours plus d'actions vers le "libre échangisme total", et peu d'efforts faits pour inverser la courbe (le Mexique est très en dessous de la moyenne dans ce registre), le modèle actuel a de l'avenir.- 635 réponses
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Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Je suis en train de la finir: très bien écrite et pensée, extrêmement bien mise en scène et découpée, le seul point noir (qui s'oublie vite, ou non.... Selon les préférences en termes de récit qu'on aime) résidant dans le fait d'essayer de faire cracher une histoire très riche en rebondissement à un substrat (l'histoire du projet) qui ne peut accoucher de trop de retournements mélodramatiques (on peut pas faire trop de caricature d'espions partout, trop de luttes internes.... Si on veut garder un récit crédible et cohérent). Mais moi, je m'enfile le truc en mode binge watching sans problèmes. Bons personnages (les scientifiques "alpha males" aux egos surdimensionnés, aux travers humains, et les autres, pas en reste), bonnes interactions, pas de méchants ou gentils (la minute où on croit q'un perso est le "gentil" et qu'on s'attache..... Est une erreur), l'oppression lointaine mais présente du contexte de la guerre, son effet sur les ambitions, les opinions.... Très bon. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Sur ce dernier point, je te trouve étonnamment naïf (ou optimiste, c'est selon): la terre de Palestine n'est pas vraiment un grand truc, pas spécifiquement fertile, et pas capable sur la longue durée de soutenir une population énorme, surtout dans le contexte climatologique actuel (mais aussi humain, économique, social.... Rien que le mode de consommation actuel est un risque majeur en soi) et vu les réserves d'eau de la région. Ajoutons que la cohabitation de deux populations pouvant avoir une forte propension à s'identifier l'une par rapport à l'autre, sur un territoire si contigu, n'encourage pas à croire à beaucoup d'avenir pour la chose, fait qui est aggravé par: - l'éclatement probable d'un éventuel territoire palestinien, qui en fait plus de facto un système de "réserves indiennes", ou d'entité structurellement dépendante et vulnérable, qu'un Etat (ce qui renvoie à un déséquilibre grave dans la position israélienne la plus modérée, qui semble cependant ne pas vouloir comprendre qu'une cohabitation où l'un des partenaires a l'autre totalement à sa merci..... N'est pas vraiment une cohabitation, et que ce fait même pose problème à l'une des partis prenantes) - la faiblesse des distances, voire souvent l'imbrication, est en soi un problème: comme un couple vivant dans un petit espace a plus de probabilités et d'occasions de se déchirer à force de se marcher sur les pieds (l'humain reste un animal, donc territorial, et a besoin d'un espace "de sécurité").