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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Non, il s'appelle RAND Paul: Ron, c'est son père, et il a pris sa retraite politique (quoiqu'il essaie encore de radoter à l'occasion, le vieux). Ils ont en grande partie le même discours (les chiens font pas des chats), ils délirent dans le même genre (le fils est encore pire et plus ridicule), avec juste quelques différences de style: - le papa était un tantinet raciste (tout en le niant), le fils essaie d'attirer le vote noir en leur souriant quand il leur crache à la gueule - le papa a les cheveux plats, le fils a une choucroute - le fils affecte l'accent traînant du Kentucky, le papa essayait de faire "éduqué" - le papa/pépé décrétait que l'étalon or était l'avenir de l'économie, le fils.... Est pas vraiment très clair ou cohérent sur l'économie, domaine qu'il maîtrise encore moins. Une belle persistance dans la famille: dans les deux cas, ils n'y pigent rien. Mais ce qui est sûr, c'est que le courant qu'il représente est à la fête dans le dossier syrien, sur un double front: l'insistance sur le contrôle parlementaire de la décision d'agir, et le fait de dire que les USA n'en ont rien à foutre du Moyen Orient, Israël compris, et doivent en décamper. -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Rand Paul & Co sont prêts à balancer n'importe quoi et à faire n'importe quoi pour faire de l'audimat et peser en interne du parti républicain dans son actuelle dérive vers l'extrême droite (toujours plus) d'un type ou d'un autre (évangélo-conservateurs ou libertaro-conservateurs, et évidemment les tea partiers): y'a qu'à compiler les énormités qu'il balance et qui, outre leur débilité souvent intrinsèque (rappelons que pour lui et ses compères, par exemple, le plafond de la dette est un débat -et un outil de négociation- et que fermer le gouvernement est une option et aussi un outil de négociation). Manier l'isolationnisme comme il le fait est juste un faux prétexte: il se rattache à un camp existant en délirant sur la façon de faire: ce n'est pas un isolationniste sérieux, et c'est d'autant plus hypocrite qu'il est un sénateur bien connu pour ramener un maximum de subventions (entre autres militaires) dans son Etat du Kentucky qui, sans elles, n'a virtuellement pas d'économie depuis plus de 20 ans (mais continue à voter "rouge"/républicain, ultra conservateur et à l'occasion "libertaire", comme quoi les contradictions ne heurtent personne). Les USA ont un budget juste suffisant pour maintenir leur "empire" (pour lequel est structurée leur économie, leur Etat....); s'ils veulent couper par morceaux, au-delà d'une réforme interne du Pentagone et de ses procédures d'achat et de dépenses (ce qui reste une Arlésienne), ils entrent de facto dans la renonciation à cet empire, ce qui revient à dire qu'ils peuvent maintenir les dépenses dans les mêmes eaux qu'actuellement, ou tronçonner pour avoir une armée "à domicile" (avec une capacité d'intervention ponctuelle importante), ce qui est d'ailleurs la vraie ligne fondamentale des isolationnistes. Et là on parle de 3% du PIB environs. C'est tout l'un ou tout l'autre, entre les deux, y'a pas d'option stratégique acceptable pour les camps politiques en présence. Et ce sont ces mêmes isolationnistes qui prennent du poil de la bête sur le dossier syrien: ne pas se mêler de ça, arrêter de financier Egypte et Israël, sortir tout ce qu'il y a dans le Golfe.... Là, les gus comme Rand Paul y vont plus mollo, vu qu'électoralement, décréter autre chose qu'un soutien massif à Israël est un suicide politique. Donc ils bricolent des pseudo programmes incohérents et gardent des grandes orientations pour un futur très très lointain, mais donnent surtout dans le registre des phrases fracassantes et n'importenawak lancées au coup par coup, sans souci de réalisme ou de continuité dans la logique. En ce moment, ça leur revient dans la gueule avec l'actualité syrienne qui force à l'occasion à dire des trucs que tout le monde entend (pas juste le public de tarés et attardés auquel ils s'adressent habituellement).... Et le résultat depuis quelques jours est une (autre) guerre civile quasi ouverte au sein du soap opera permanent qu'est devenu le parti républicain. Ca semble HS? Dites-vous que c'est de ce bordel qu'est censé émerger l'unité affichée de décision américaine pour une éventuelle action, et que ce sont ces choses qui pèseront pour l'essentiel dans la décision finale d'Obama qui doit avoir une résolution bipartisane. Héritage irakien oblige, le Congrès, par opportunisme (la campagne de 2014 a commencé, celle de 2016 dans les faits aussi) et mémoire institutionnelle, a exigé d'être au coeur du processus de décision, ce qui, vu la "popularité" du dossier syrien, enlève beaucoup de liberté d'action à Obama. -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
Les ricains ont annoncé officiellement hier que la "fenêtre" pour des frappes s'ouvrirait aujourd'hui et que des frappes pourraient durer jusqu'à 3 jours, appuyés par les Britanniques, comme l'a confirmé Cameron. La Ligue Arabe a par ailleurs reconnu officiellement l'authenticité des attaques chimiques par le régime syrien et l'a donc "fermement" condamné; quand on connaît la difficulté qu'a l'organisation à se mettre d'accord sur la couleur de la merde, c'est "quelque chose". La Turquie a renforcé sa position quand à la nécessité de l'éviction d'Assad et approuvé, au moins en principe, une action militaire. Voilà l'état des postures adoptées côté intervention, avec en tête d'affiche les USA, l'Australie, l'Angleterre et le président Normal , comme quartet activement en rapport pour discuter matos et qui paye fait quoi. Notons que pour l'instant, les frappes envisagées sont à coup de Tomahawks, soit encore des choses qui, dans les faits, resteront du registre du symbolique: l'évaluation donnée hier par des experts militaires américains sur plusieurs médias (mêmes chiffres, donc on suppose que ça vient du Pentagone, intentionnellement) était qu'il faudrait environs 2 mois d'activité importante de la Navy et de l'Air Force pour détruire les capacités de production et tir d'armes chimiques (donc les unités de missiles), les centres de commandement et "noeuds" C3I importants, l'aviation syrienne (navions, hélicos et installations et stocks majeurs) et les grandes concentrations de blindés. 2 mois, à mettre en balance avec les 3 jours pour l'instant officiellement envisagés. Le message est donc pour l'instant clair: "on n'en a pas après toi, ta peau et ton job, Bachar". Cependant, l'évolution de la situation sur la scène publique internationale (et américaine) a fait que la crédibilité américaine est en question, donc les frappes doivent être plus que seulement symboliques. La grande question est donc de savoir quel en est l'objectif: Obama devra en annoncer un pour pouvoir dire qu'il a été atteint, et ce avec un minimum de sérieux. Même si ses adversaires politiques sont divisés entre faucons (menés par McCain et Lindsay Graham) et isolationnistes (Ted Cruz et Rand Paul, les deux hurluberlus visibles et populaires chez les conservateurs), il y a de fait une question de crédibilité posée sur la scène américaine. Une ligne de principe semble se dessiner pour affirmer une crédibilité sur la question des armes chimiques, en excluant nommément des actions visant à un changement de régime; la question opérationnelle, si cela se confirme, devient de savoir combien de missiles, sur quelles cibles et avec quel timing et quelles limites, offrent un argument audible et crédible. -
Intervention occidentale en Syrie
Tancrède a répondu à un(e) sujet de pascal dans Politique etrangère / Relations internationales
La base navale russe de Tartous est symbolique: c'est un petit quai qui ne peut accueillir que des toutes petites unités (et en fait très peu de ces unités), n'a aucune capacité de soutien d'une vraie task force, et l'accès à cette base n'est pas garanti puisque les mêmes blocages restent pour la flotte russe (les Détroits turcs, la Baltique... ): ce n'est pas "l'accès aux mers chaudes" cher à la politique extérieure de la Russie. La Syrie en revanche est la tête de pont, ou plutôt la plate-forme de la Russie au Moyen Orient; son ticket d'entrée à la table de certaines négociations. Le problème présent pour l'occident est qu'il est forcé de trouver un moyen crédible d'agir en rétorsion de l'usage d'armes chimiques (c'est même assez important pour maintenir la barrière à l'usage de telles armes); la question de la guerre civile en Syrie est au second plan par rapport à ce seuil, mais de fait, de par les limites pratiques à ce qu'une action militaire et diplomatique/politique peut produire (en l'état des moyens et technologies disponibles, en l'état des tactiques politiques possibles dans ce cas), les deux questions sont dans une certaine mesure jointes. Là, le problème de la pure rétorsion est que personne ne veut remplacer le régime syrien parce qu'il n'y a absolument rien d'autre pour le remplacer, aussi détestable qu'il soit, aussi incompatible qu'il soit (en l'état) avec les axes politiques occidentaux désormais (à moins qu'il trouve le moyen en interne de se "réformer", au moins pour la forme): il n'y a aucune force politique organisée en face (enfin aucune qui soit à moins de mille années lumières d'être capable de présenter une alternative crédible et acceptable), aucune qui dispose de l'assise et des moyens de s'imposer, même régionalement et de "tenir" son carré de boue. Donc détruire le régime syrien est impossible de fait, et ce évidemment d'autant plus que d'autres, Russes et Chinois en tête, s'opposent catégoriquement à la chose et ont le coup de la Lybie en travers de la gorge. Comme leur principe fondamental de politique étrangère, outre l'intérêt national stricto censu, est la souveraineté des Etats/gouvernements sur leur territoire, et l'intangibilité des frontières, ça fait un package lourd. Et c'est précisément la posture qui a permis à Assad de reprendre la main: l'approvisionnement en munitions et soutiens divers n'a jamais cessé, et si on se focalise sur les munitions et le matériel militaire (plus des "conseillers" et cadres en grand nombre, voire des contingents de la part de l'Iran/du Hezbollah), on oublie aussi les apports de nourriture et de produits de première nécessité. Pour un pays dont une bonne part de la production économique a tout simplement cessé, de même que toute circulation de biens, c'est capital: avoir de la bouffe et autres commodités (eau potable ou moyens d'en avoir, produits médicaux/soutien médical....) à distribuer, c'est avoir: - les moyens d'assurer un minimum les prestations d'un Etat dans certaines zones - les moyens de promettre ces prestations à ceux qu'on peut encore rallier - les moyens d'attirer certains pans de population à soi - les moyens de durer: faire durer la population qu'on garde avec soi, les moyens d'assurer le maintien en opération de son armée (et de garder sa fidélité) - les moyens de la crédibilité: ce soutien matériel ET le soutien de pays comme la Russie, l'Iran ou la Chine garanti pour le futur proche veut dire qu'on est un camp crédible non seulement aujourd'hui, mais aussi demain.... Quelle valeur ça a quand on cherche du soutien dans une population aux abois? Par comparaison, les différents groupes insurgés n'ont qu'un soutien limité et qui ne peut arriver de façon aussi régulière et soutenue, ne peut être centralisé de la même façon (donc produire des résultats analogues au niveau matériel -rationalisation-, militaire et politique -crédibilité); on oublie entre autre qu'une armée marche sur son estomac, ce qui est d'autant plus crucial dans un pays qui crève la dalle. Avoir la capacité de soutenir les opérations militaires est aussi crucial que celle d'avoir les moyens techniques de l'opération militaire; garantir un minimum de soutien aux populations (familles des soldats en tête) donne une assise encore plus solide. Et ce que ces mouvements reçoivent en armements a toujours été insuffisant, surtout en terme de types d'équipements envoyés, pour changer la donne du conflit (personne ne veut trop les voir avec de l'AA ou de l'AC trop sophistiqué). Que peuvent produire des frappes ciblées? Ca dépend de la quantité, mais un bon déversement de missiles pas trop mal ajustés peut sérieusement handicaper la capacité opérationnelle du régime, surtout sa capacité de coordination et d'opérations "en grand", soit un avantage énorme des armées structurées sur des mouvements insurrectionnels, surtout à base avant tout locale. Le point n'est pas de changer la donne fondamentale du conflit dans un tel cas de figure, mais, au mieux, de casser la tendance actuelle de l'évolution du front, au pire de foutre les chocottes aux personnels cadres de l'armée et aux dirigeants sur leur propre survie. Tape des centres de décision et de C3I, certaines infrastructures essentielles, des réserves et dépôts, voire certaines capacités militaires offensives (aviation dans ses aérodromes, concentrations de lanceurs....) peut, au moins momentanément, rétablir un relatif équilibre/amoindrir le déséquilibre, et redonner un peu d'espace aux insurgés pour qu'ils respirent. Le régime syrien ne peut pas remplacer rapidement et dans des quantités significatives des capacités à haute valeur ajoutée (officiers généraux compétents dans une armée ultra politisée, aviation, capacités radars et C3I....), donc les taper peut constituer une bonne réponse: ça ne menace pas le régime, mais ça casse une bonne partie de sa capacité à l'emporter, ou en tout cas à l'emporter rapidement. Toute la question est: qu'est-ce qui est suffisant dans cette gamme d'actions? Combien de missiles, combien de cibles? Ca, le timing et la façon de "vendre" la chose. Mais une intervention au sol, qui y croit? Ce serait la seule façon de trouver une solution SI ET SEULEMENT SI il y avait un "camp insurgé" organisé, crédible et acceptable à soutenir, ce qui n'est pas le cas (dans aucune de ces 3 catégories), ou un qu'on puisse avoir un espoir crédible de bâtir ou d'aider à bâtir, ce qui est encore moins le cas. Faute de ça, une intervention au sol est inutile, à moins de vouloir établir un "protectorat de Syrie" (pas vraiment un bon souvenir) et de l'occuper durablement. Et pour ce faire, une telle intervention demanderait quoi? L'équivalent de 5% de la population occupée/protégée environs, reste le ratio demandé; qui voudrait et pourrait fournir une pareille force? Les Européens peuvent pas (et ne veulent certainement pas), et les ricains auraient du mal (et veulent pas non plus). Sinon, créer une "zone sanctuaire" limitée en taille? Même ça réclamerait du monde, beaucoup plus de monde que quiconque est prêt à envoyer. Pour observer le débat tel qu'il a lieu aux USA, je trouve qu'on reflète bien mal l'urgence ressentie par les ricains pour agir: la Russie est toujours "l'ennemi", et le ton de nombreux médias est donc qu'il ne faut pas se laisser marcher sur les pieds par Moscou. Et se faire "insulter" par un sous-potentat comme Assad est mal vécu, surtout chez les commentateurs et médias les plus populistes, tout comme l'arrivée d'armes chimiques sur le tapis énerve les "liberals" qui réclament aussi de taper. Les ricains sont très "généreux" avec l'emploi de la force, surtout des frappes, vu que politiquement, elles ne coûtent rien à un dirigeant, et que, à moins d'un engagement long au sol, l'action militaire ne "coûte" rien à la population (rien qui se ressente). -
L'ONU ça sert à quoi ?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de cvs dans Politique etrangère / Relations internationales
Etablir un "état de droit" dans le monde, dont les règles sont pour l'essentiel respectées et les avertissements entendus et suivis, c'est pas la prétention d'un état des lieux, c'est l'objectif (au moins de tendre vers ça). Mais quand on y fait attention, c'est beaucoup plus respecté qu'on ne le pense: il y a un système international plus fonctionnel que jamais il n'y en a eu dans l'histoire. C'est juste qu'il ne s'agit pas d'un gouvernement mondial assimilant la planète à un Etat, avec un flic imposant une loi absolument commune. Ce que l'ONU offre avant tout, c'est une "table des négociations" permanente qui n'est pas métaphysique: c'est le "world business" permanent et en temps réel où tous les interlocuteurs peuvent se parler face à face, la version 2.0 de l'ancien système, encore en place, avec des ambassadeurs permanents de chaque pays dans tous les autres. Ca n'a l'air de rien pour qui ne s'intéresse pas trop à ces choses, mais quand on connaît le déroulement de l'histoire diplomatique et l'importance d'avoir un contact direct et humain (qui schunte littéralement un grand nombre d'intermédiaires, de procédures et de canaux qui sont autant de retards, de cause de malentendus, de RdV manqués, de fumbles sans nombres....), on se rend compte à quel point l'ONU, aussi dysfonctionnel et apparemment impotent qu'il soit (en tant qu'instance régulatrice de la planète) est plus qu'essentiel et irremplaçable sans perdre infiniment en efficacité, transparence (toutes proportions gardées) et fluidité (et relative netteté) des relations entre Etats. C'est de facto la seule instance qui soit une "scène publique" internationale. Il n'y a aucune autre alternative qui offre quelque chose d'équivalent, et le croire, c'est avoir le même genre d'illusions, à l'échelle 10, que ceux qui pensent que l'Europe aurait pu fonctionner comme un "gentlemen's agreement" de nations coopérant au coup par coup (ce qui revient pour l'essentiel à présupposer l'honnêteté et la bonne volonté des acteurs; autant dire qu'il ne se serait rien passé en Europe sinon quelques trucs symboliques qui ne contentent que ceux qui y croient). On se focalise sur ce qui ne marche pas (et dans le cas de l'ONU, dieu seul sait à quel point c'est sans fin), et pas sur le service "invisible" essentiel qu'elle rend par sa simple existence. Mais effectivement, si on part du postulat que le rôle de l'ONU est d'être le gendarme/pompier de la planète, imposant l'ordre en permanence, alors effectivement, on risque d'être déçu et de se dire que c'est du temps et de l'argent perdus. Mais l'ONU n'a ni pour vocation de garantir un tel état de fait, ni pour prétention d'en faire son leitmotiv. -
comportement de la bleusailles et des anciens au feu dans l'histoire militaire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Gibbs le Cajun dans Histoire militaire
L'expérience des individus et celle des groupes constitués (deux choses différentes: un "ancien" peut n'avoir pas la même "résistance" -mot illusoire car trop générique- quand il est changé d'unité) compte infiniment, mais aussi, et là je pointe les proportions de "meneurs"/"suiveurs"/"passifs", le rôle, ou plutôt la responsabilité: Goya le pointait dans son article, mais c'est important et ça rejoint le point que tu fais sur les attitudes qui peuvent varier d'une action à l'autre: ceux qui sont dans la catégorie "meneur" sont-ils "meneurs" de nature, ou n'est-ce pas plus simplement, la plupart du temps en tout cas, ceux à qui: - est confiée une responsabilité supplémentaire/particulière: encadrement (les sergents au combat seront rarement des suiveurs ou des passifs dans un GC), élément de pointe, chargé d'une arme ou d'une tâche particulière (désignateur laser, petit groupe de hallebardier dans une formation de piquiers, tireur de précision assistant un GC, grenadier VB dans l'offensive du Chemin des Dames version 2.0....), quand on a, même à l'échelle du petit groupe, un rôle précis et moins "générique" ("appuie les autres", "fais pas tapisserie"....), l'objectif précis est un motif conscient et inconscient de plus grande implication, un fil rouge qui aide à écarter la peur (qui permet d'avoir une "tunnel vision": on reste calé sur la tâche au milieu du bordel général), une responsabilité qu'on veut pas foirer devant les autres, peut-être une occasion (pour certains) de "briller" (dans leur tête, auprès d'un supérieur, auprès des potes et des moins potes -genre "dans ta face connard"-....). - vient un moment "d'inspiration": un copain en danger, l'aboutissement d'un processus psychologique qui amène une "prise de conscience" de sa place dans l'univers/l'armée/la section (alors qu'avant le gars traînait les pieds, se sentait impuissant....), voit un mouvement ennemi et une occasion de faire quelque chose.... On n'est ainsi jamais à l'abri de voir un "passif" devenir un foudre de guerre Le niveau de professionnalisme, l'expérience moyenne dans une troupe, sont des facteurs directs, certes, mais l'organisation, la répartition du travail, l'est de ce fait aussi: les unités et sous-unités "interarmes", à toutes les époques, m'ont toujours semblé plus solides et efficaces, du moins quand certaines conditions sont réunies. Je parle là des unités "essentielles", cad pas au-delà du niveau régimentaire, voire même bataillonnaire: quand il y a répartition des rôles et interdépendance, la solidité de chacun, comme la solidité de l'unité, semblent supérieurs, entre autres raisons parce que le sentiment de codépendance/solidarité est plus grand (la conscience que chacun dépend de l'autre) et que l'inconscient (là où se trouvent les peurs) constate plus facilement ce fait que dans des unités mono-type/mono-tâche, du type de l'infanterie de ligne façon automates de l'époque classique, où se diluent l'identité, la conscience d'être utile, l'estime de soi (et donc celle des voisins et cadres), l'impression de pouvoir agir/peser pour quelque chose.... Si on faisait une histoire longue des mouvements de panique sur le champ de bataille (en partie ce qu'a fait Ardant du Pic), on pourrait voir jusqu'à quel point cette corrélation marche. La 1ère cohorte d'une légion romaine, celle des vétérans, dont une bonne part de rempilés (donc ayant déjà terminé un service de 16, puis 20, puis 24 ans), était la plus "active", et paradoxalement celle ayant le plus petit taux d'encadrement: 5 centurions, 5 optios, 5 tesserarius et 5 signifer/porte enseignes (ce sont les 5 "groupes de commandement" de chaque centurie), plus les decanus de chaque contubernium (donc 80 dans cette centurie: 1 par groupe de 8h) pour 800 soldats (l'encadrement n'est pas compté, à part les decanus qui restent des hommes du rang), contre 6 "groupes de commandement" similaires pour 480h dans une cohorte normale (même les cohortes fragiles de la légion: celle des recrues, celles des djeunz....). Le niveau d'expérience explique la solidité de cette troupe, son suremploi (donc un usage supérieur de la "réserve de courage", sans panique notoire), mais aussi le fait que chacun trouve plus facilement sa place et ce qu'il a à faire, aidant en cela à n'être pas passif, à être moins suiveur (sauf, j'imagine, dans une bataille bien en ligne, quoique cette cohorte soit plus utilisée, soit comme réserve d'intervention, soit pour tenir seule un pan de front sans appui/remplacement derrière) et à plus être "meneur", tant au niveau des officiers (centurions et optios) que des soldats (surtout si l'unité est employée non en masse mais par centuries). L'importance de l'attribution d'une place en fonction de l'âge (et donc de l'expérience, vu que la conflictualité était régulière) dans les orbat antiques semble plus développé que chez nous: c'est encore plus visible dans les armées de "conscrits" telles que les troupes grecques/macédoniennes ou l'armée romaine pré-marienne. On organise les unités et sous-unités en fonction de ce facteur (et de la fortune qui définit le "système d'arme" auquel on appartient dans l'armée). L'armée romaine se débarrasse graduellement du critère de la fortune pour mettre l'accent sur un classement par âge et un par spécialité d'emploi, rendant les sous-unités plus dépendantes les unes des autres, ce qui est encore développé par l'importance pour eux de la rotation au combat (dans les rangs d'une centurie, entre les centuries d'une manipule puis d'une cohorte, et entre les cohortes) afin de maximiser le maintien d'une certaine fraîcheur des troupes (qui alternent repos et combat le plus de fois possible dans une bataille). -
Non, non, t'inquiètes pas, je n'accusais pas l'urbanisme d'être une science raciste ! Je pointais juste que cette tendance, qui d'ailleurs recoupe toutes les propensions possibles au regroupement et aux ségrégations de toutes sortes (raciales, religieuses, sociales, culturelles.... Et toutes formes d'identité, assumée ou non), ne peut constituer l'alpha et l'omega des explications, et surtout de la légitimité des postures et politiques qui s'opposent à de telles tendances.
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C'est effectivement à noter, mais si on en reste là, on en reste à l'argument de ceux qui trouvent que les régimes de ségrégation sont "plus sains", impliquent moins de violence et plus "d'harmonie".... Et qui avancent ce genre de trucs en toute bonne conscience. Parce que le "système" Jim Crowe contrebalançait cela par tout le reste: certes ils votaient dans des circonscriptions communes.... Mais les noirs étaient de facto empêchés de voter: avec la complicité des autorités locales et de certaines lois, toutes sortes de dispositifs de fait et de droit les incitaient à ne pas voter, limitaient leur accès aux urnes, voire à l'enregistrement sur les listes électorales, les empêchaient de se réunir, de constituer des organisations politiques, d'avancer des candidats et des programmes, de peser d'une quelconque façon.... Cela impliquait de la violence, de la contrainte, des menaces, des intimidations permanentes.... Sans compter que s'il y avait effectivement de la mixité géographique, ça n'empêchait pas non plus une importante ségrégation géographique quand même: tout le monde ne vivait pas dans des quartiers et des villes mixtes, et ce à une époque où la concentration dans les villes moyennes et grandes et leurs banlieues était moindre qu'aujourd'hui (surtout dans le sud, plus rural encore dans les années 60). Et c'est ce paysage électoral et social qui reconduisait les mêmes élus, souvent eux-mêmes fils d'élus dans de longues lignées politiques, avec une écrasante majorité de démocrates "old style" du sud, cad des ultra conservateurs anti "big power" et pro-ségrégation.... Jusqu'à ce que le parti démocrate opte d'abord pour le New Deal, puis pour les droits civiques, acte final du divorce qui autorisa le tournant majeur du parti républicain avec la "southern strategy" des années 60 qui propulsa Nixon au pouvoir avec un nouveau genre de majorité (encore à ses débuts). A partir de là, et disproportionnellement dans le sud, le redécoupage/tripatouillage des circonscriptions prit une échelle industrielle, en parallèle de la "déségrégation", consacrant des zones "blanches" et quelques circonscriptions "noires" emblématiques (qui amenèrent le premier batch un peu conséquent de représentants noirs dans les législatures) sur la carte électorale, et une autre forme de ségrégation. Mais il s'agit de fait d'une ghettoisation sur d'autres critères que l'ancienne ségrégation: moins directement visible, mais tout aussi présente, elle maintient, voire accroît, nombre de barrières à la participation de minorités à la vie politique et sociale du pays et aux opportunités économiques qu'il peut procurer (le cas de l'enseignement est édifiant), et, trop souvent, à la simple jouissance de droits parmi les plus élémentaires, comme le droit de vote.
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Dans une certaine mesure si, puisque les recensements aux USA demandent l'appartenance ethnique sur base de déclaration personnelle: "mixed heritage" est une catégorie, et même ceux qui viennent d'une union mixte peuvent choisir leur "communauté" d'appartenance (tu peux être métis et te déclarer noir, ce qu'avait fait Barrack Obama). La plupart des gens ne se sont pas tant "installés" que ça: ils vivent là où ils ont grandi, donc héritent d'une situation. Et, surtout dans le cas de communautés ethniques dans des Etats à forte histoire de ségrégation, ils font rarement partie des plus favorisés: manque d'éducation et manque de moyens impliquent une mobilité faible, socialement et géographiquement (voyager, surtout pour déménager, c'est cher, surtout aux USA). Aucune loi ne contraint à cet ordonnancement, et il est certain qu'instinctivement, chacun peut avoir une tendance, parfois déterminante, à habiter près de gens qui lui ressemblent (c'est humain, c'est psychologique), à un titre ou un autre (milieu socio-économique, race/religion/ethnie d'origine, couleur de peau, opinions politiques....). Mais s'arrêter là dans les déterminants du lieu d'habitation est très limité: il existe beaucoup d'autres facteurs, qui sont souvent infiniment plus puissants, surtout dans certaines circonstances. La situation économique réelle du "dernier tiers" de la population américaine (et en fait aussi très souvent celle du "tiers du milieu") s'est constamment dégradée depuis 30 ans (pendant un temps partiellement compensée par la facilité extrême et abusive du crédit), et les perspectives d'emplois dans d'autres zones ne sont pas meilleures, surtout pour les peu qualifiés (ce qui limite encore plus la mobilité ou les possibilités de mobilité) n'incitant pas à "l'investissement" d'un déménagement, si tant est qu'il soit même financièrement accessible. Les communautés anciennement stigmatisées, particulièrement les noirs et latinos dans le sud, héritent de telles situations, dans des zones peu développées, économiquement souvent sinistrées (une bonne partie du "vieux sud" en général, n'est en plus pas particulièrement reluisante économiquement), de même qu'elles héritent d'autres facteurs négatifs: moindre accès à l'éducation, surtout supérieure (universités plus loin de ces foyers, persistance de comportements de ségrégation de fait, inflation démesurée des coûts de l'éducation supérieure ces 30 dernières années....) Les zones où les concentrations sont fortes sont donc en partie pour des raisons économiques "héritées". Mais on trouve aussi des raisons politiques et sociales, et l'actuel problème persistant des "ID laws" (surtout depuis le tronçonnage récent du Voting Rights Act par la Cour Suprême) ne fait que le rappeler: Ces communautés sont par exemple les seuls endroits où des minorités ont les moyens de se défendre (juridiquement, politiquement, socialement.... Parfois physiquement), surtout dans les Etats anciennement ségrégationniste où, dans bien des cas, la ségrégation subsiste en tout sinon en droit. De fait, le mélange s'est peu fait depuis les années 60; dans bien des cas, on peut même dire que la séparation s'est maintenue ou aggravée, entérinée par les comportements hérités, les façons de voir, les discriminations diverses et plus encore, dans la scène politique et la carte électorale. Le tripatouillage électoral (la définition des circonscriptions de vote), "jerrymandering" en anglais, est arrivé à un point inimaginable aux USA: au niveau des Etats et Comtés, le découpage des circonscriptions de vote (fédérales, mais surtout celles d'Etats) est tel qu'on considère que, au niveau des USA, moins de 20% des circonscriptions sont réellement concurrentielles, l'essentiel du reste étant des réélections quasiment garanties du parti en place. Le parti républicain a disproportionnellement mené cette charge, particulièrement dans le vieux sud, ce qui a démultiplié le poids (surtout dans le processus interne des primaires) des circonscriptions ultra conservatrices pleines de "bible nuts". C'est aussi pourquoi dans un grand nombre d'Etat, le parti démocrate représente de façon répétitive la majorité de la population, mais ne reçoit pas l'équivalent en sièges, très loin de là (sauf au Sénat qui est à la proportionnelle par Etats). De plus, les communautés ethniques, surtout noires, subissent de ce point de vue: - de plus grandes difficultés à aller voter: moins de bureaux de vote dans leurs circonscriptions, long temps d'attente, plus de trajet à faire, contrainte à des démarches que d'autres non pas, retour d'exigences illégales dans la pratique civique et le vote (réciter tel ou tel passage de la constitution.... Ce qui faisait partie des vexations et entraves existant avant les années 50-60, ce qu'on appelait les "Jim Crowe Laws") - faible représentation au niveau des Etats par la disproportion absolue, et accrue par le découpage électoral, de la direction politique locale. Budgets, commodités administratives, dispositions règlementaires.... Rien n'est fait pour aider ou favoriser certaines communautés (noirs, latinos, asiatiques, étudiants, bas revenus, populations tendant à voter démocrate....) Bref, "de droit" et "de fait" sont des choses très très différentes, surtout s'il y a une volonté politique à l'oeuvre pour faire en sorte qu'elles le restent. La ségrégation est encore une réalité aux USA, surtout dans certaines régions, à bien des égards.
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Je ne peux m'empêcher de regarder aussi un aspect de l'organisation des systèmes de gardes, et de systèmes d'armées (ceux deux réalités étant le plus souvent dépendantes l'une de l'autre): plus un pays a des institutions solide et/ou une certaine stabilité (au moins en tant qu'institution qui, quel que soit son dirigeant/gouvernement, tient en bonne partie par elle-même), et une menace extérieure relativement éloignée ou relativisée (par le temps que l'armée régulière peut le tenir en respect, les distances à parcourir avant de menacer quelque chose de vital....), moins les "gardes" comptent et plus ses rôles peut se répartir dans des institurions dédiées, aussi nombreuses que possible. Mais ces deux facteurs fondamentaux ne sont pas nécessairement corollaires, et là, la Russie ressemble par exemple à nombre d'autres régimes à travers l'Histoire, forcée d'avoir des gardes, des gardes "contre les autres gardes", des unités servant des objectifs différents (en grand nombre), de répartir le plus possible ses forces armées et de police dans un nombre important d'institutions ne répondant pas aux mêmes chaînes de commandement ou de loyauté.... Ce qui est révélateur d'un gouvernement/régime faible, dans un pays solide. Ce genre d'organisation résulte de la concurrence interne forte et sans trop de limites au sein de l'appareil d'Etat, mais aussi sur la scène politique/intérieure (grands boyards/féodaux en leur temps, soit les potentats régionaux/économiques/militaires semi autonomes, tout comme les "clans" de pouvoir actuels, contrôlant plus ou moins des pans du pays, de l'appareil d'Etat et/ou de l'économie). La parenté de la Russie avec l'Etat qui fut historiquement son "parrains", l'Empire Byzantin (plus exactement celui de l'après réforme des VIIIème-IXème siècles), est à cet égard très importante. L'organisation des armées et des gardes, de l'appareil d'Etat.... Sont très voisins. Pour information, l'Etat byzantin d'après le VIIIème siècle est toujours l'empire romain en titre, mais un empire qui s'est en grande partie "médiévalisé", féodalisé, et "désétatisé": il est beaucoup moins stable, ses frontières sont plus réduites et mouvantes, son appareil d'Etat est bien moindre, son contrôle sur le territoire relativisé (au profit de clans de pouvoir très puissants), et son armée s'est réduite. L'armée régulière/permanente n'est plus qu'une composante parmi d'autres, qui, si elle pèse d'un poids qualitatif décisif et d'un poids quantitatif encore important, n'est plus la donne absolue du jeu politique intérieur, et n'affiche plus une supériorité écrasante sur l'ennemi extérieur. Par comparaison avec les Etats européens contemporains, cependant, c'est le seul Etat médiéval qui (hors du bref épisode de Charlemagne qui a failli mettre en place une structure comparable, et l'Empire Romain Germanique à ses touts débuts othoniens) maintient cependant durablement un Etat central plus fort que n'importe lequel de ses féodaux, avec un impôt permanent, des ressources propres importantes et, en conséquence, une "armée centrale" à la puissance décisive (contre un soulèvement intérieur (mais pas contre trop à la fois). Le "moule" initial est néanmoins l'empire romain tardif (celui "reconstruit" par Aurélien, Dioclétien et Constantin entre les années 260 et 320): - une armée des frontières, dans chaque entité administrative/militaire essentielle (aguerries, mais opérant en petites unités/sous-unités) - un supplément de milices locales - des "armées d'intervention" au niveau de quelques grandes régions de l'empire (plus mobiles et professionnelles, aptes à opérer en unités d'échelon "opératif") - deux ou trois armées "palatines"/centrales d'intervention, constituant la réserve attribuable par l'empereur/les empereurs ou les grands décideurs militaires (3 grands titres de "maîtres") - un, puis deux (avec la séparation définitive du pouvoir romain en 2 "sous empires") groupes de "scholes" (et quelques unités ou groupes ayant une autre appellation), soit des unités d'élite formant l'équivalent d'une unité de manoeuvre (entre 3 et 4000h) et qui entourent l'empereur à tout moment (et qu'il gère directement), comme garde, réserve d'élite, unités hautement spécialisées, outil politique (menace de répression immédiate, concentrer des fils de l'élite dans certaines unités, missi dominicis, exécutants des basses besognes, FS....). L'entourage de l'empereur, surtout à partir des débuts de Constantin, voit une mise en concurrence du "maître des offices" et du problématique "préfet du prétoire", cad le patron des prétoriens qui, depuis Tibère, posent beaucoup de problèmes même à des empereurs forts. Le "maître des offices", véritable "homme de l'empereur" (les "offices" qu'ils dirigent sont en fait les bureaux du palais, soit l'administration personnelle de l'empereur, du coup différenciée de l'appareil d'Etat, trop grand pour être directement maîtrisé par le chef d'Etat) se voit de plus en plus confié des prérogatives militaires, tout comme la protection directe de l'empereur, qui échappe partiellement aux Prétoriens depuis l'origine (avec la création initiale des Germanes Corpores Custodi, les gardes du corps germains -en fait Bataves- remplacés par les Equites Singulares Augusti sous Trajan; dans les deux cas une troupe directement commandée et payée par l'empereur -en tant qu'individu- et sa proche famille). Mais il faut attendre la bataille du Pont Milvius et la réunification totale de l'empire entre 312 et 320 pour que le pouvoir des prétoriens (et leur existence) cesse. Sur leurs décombres, Constantin érige l'institution des Scholae Palatinae, ou Ecoles du Palais, le nom faisant référence aux arcades devant les galeries des palais impériaux, où se trouvaient les locaux de l'administration personnelle du souverain romain (et donc les casernements et écuries de la portion militaire de cette administration). Ce sont des unités de cavalerie d'élite, surtout de cavalerie lourde, faites de combattants très expérimentés et chacune est directement, et séparément (contrairement aux prétoriens, elles n'ont pas d'autre commandement unifié), sous patronage de l'empereur (lien personnel direct, recrutement, privilèges, paie, équivalence de grade avantageuse avec l'armée....), et chacune constitue aussi bien une unité qu'un corps en soi, à l'identité forte (ethnie ou région d'origine différente, pas de transition d'une unité à l'autre....) et entretenue comme telle, renvoyant à un recrutement et des chaînes de loyauté internes spécifiques (tribu étrangère, esprit de corps d'une unité issue de l'armée, clientélisme....). Parmi eux étaient sélectionnés les 40 "candidati" qui gardaient la personne physique de l'empereur en permanence: on parle là de la protection physique rapprochée au sens le plus étroit, et on constate d'ailleurs qu'à travers l'histoire, où que ce soit, on retombe toujours sur un chiffre comparable pour cette partie précise de la "protection", malgré des effectifs de "gardes" rapprochées très variables et souvent beaucoup plus importants. D'une manière ou d'une autre, cette petite sélection de gardes proches, formalisée ou non dans une unité spécifique, se retrouve toujours. Les Scholes sont à accompagner d'autres structures: - les agente in rebus (traités ailleurs dans la rubrique histoire) soit le service secret (inspections, correspondance, assassinats, envoyés spéciaux, diplomatie secrète, renseignement) proprement impérial (cad celui rattaché à la personne de l'empereur plus qu'à l'Etat) - les protectores domestici (domestikos en orient): c'est une unité réservée à l'aristocratie, surtout haute (classe sénatoriale, quoi qu'on manque d'informations exactes), qui sert de "garde" à l'empereur, de réserve de chargés de missions et d'aides de camp, et surtout d'école à officiers d'EM (et donc de stage pour les futurs officiers généraux). En tant qu'unité faite d'aristocrates, surtout de haut rang (mais pas que, sans doute), c'est aussi un moyen d'avoir les enfants des grandes familles sous la main au cas où leurs parents auraient trop d'idées. - les excubitors: unité de combattants qui maintint très longtemps son statut d'élite, ils ont été constitués très tôt (courant du Vème siècle) pour contrebalancer l'épuisement du système des scholae (certaines d'entre elles devenaient des unités de parade, et les autres devaient être envoyées loin pour répondre aux besoins militaires), mais surtout pour contrebalancer le poids d'autres grands personnages de l'Etat (et de leurs gardes et/ou d'unités sur lesquelles ils prenaient de l'ascendant), militaires et civils, ou d'élites. Car dans l'empire romain tardif, on a assisté à une "re"-croissance des grandes familles (élites tenant la terre), au point que les élites provinciales sont redevenues des potentats (comme avant l'empire), en plus des grands personnages de l'Etat (administration civile et militaire). Les excubitors sont une unité de plus (de cavaliers, ou d'hommes pouvant monter et combattre aussi à cheval) qui donne à l'empereur des hommes (autour de 300) recrutés, fidélisés et payés personnellement, qui lui redonnent de la marge de manoeuvre, en lui servant de protecteurs, d'envoyés spéciaux, de messagers et d'exécuteurs. Par ailleurs, avec l'expansion rapide des scholae (qui passent assez vite la barre des 3-4000h) qui en font plus une réserve militaire de haut niveau qu'une garde proprement dite ou un groupement "d'hommes de l'empereur" (où il peut connaître chaque homme ou chaque chef de petit groupe, ou en tout cas avoir un rapport aisé et direct à l'unité), les excubitors sont longtemps un petit groupe plus discret, moins flashy, confiés à un proche de l'empereur (le "comte des excubitors"). Et là encore, leur recrutement est spécifique, tapant dans le réservoir de certaines ethnies (notamment les montagnards isauriens, rudes fantassins légers) et dans les réseaux de clientèles et solidarités de ces groupes. Les scholae, candidati exceptés, sont donc plus, assez vite, des unités organisées chargées de défendre l'empereur contre des menaces organisées, de nature ou ampleur militaire: ce sont des unités de cavalerie de 500h environs (donc la taille des "alae" de cavalerie standard des Romains), représentant un potentiel militaire certain (et donc décisif, surtout en cas de situation tendue en interne de l'empire), vu leur qualité et l'emphase sur la cavalerie lourde, rare et chère. Unités de prestige à l'impact psychologique et politique, unité de défense de la capitale, du trône (et généralement de l'empereur aussi) et du palais (fournissant en plus l'élément de protection rapprochée de la personne impériale), elles sont donc aussi une réserve militaire d'emploi à très haute valeur ajoutée, le "gadget" que l'empereur romain du dominat (fin IIIème siècle jusqu'à la période byzantine), dont le rôle militaire s'est accru, peut allouer directement en tant que chef du plus haut EM. La partie "centrale" de l'armée que sont les troupes palatines (cavalerie, infanterie de ligne et infanterie auxilliaire), qui représente peut-être 40% de l'armée romaine tardive, constitue aussi une telle réserve, quoique son rôle soit plus strictement militaire: une ressource à haute valeur ajoutée dont l'emploi est décidé au niveau "impérial"; les palatins sont en fait un genre d'équivalent des unités de "garde" soviétiques. Le recrutement est crucial, tout comme les statuts et privilèges, les conditions de vie et la paie, les rapports directs avec l'empereur.... Une proportion énorme des Scholae sont des étrangers ou issus de provinces frontières, ou encore des pérégrins (non citoyens vivant dans l'empire) et des citoyens amenés dans la clientèle de l'empereur ou de ses proches. On favorise chez les étrangers ceux qui ne parlent pas romain ou grec (sauf leurs officiers supérieurs) pour éviter de les voir tremper dans l'intrigue locale, on favorise le recrutement de "pyramides sociales" d'obligés (un client de l'empereur, futur officier, ramène ses clients, futurs sous-offs, qui amènent les leur, futurs troufions, pour schématiser) et de solidarités locales.... Et on compartimente: chaque unité est "hermétiquement" tenue et son responsable (même si son grade théorique est bas) a pour supérieur direct l'empereur. Comme toute institution de ce type, avec le temps, le "système" mis en place et les unités particulières qui le composent dégénère: clientélisme, vénalité, népotisme, infiltration, corruption, longues assignations loin de la guerre, faiblesses politiques temporaires (pas assez de fric, besoin du soutien de puissants -donc on cède des places, des avantages-, gardes qui réclament et obtiennent des choses....), saignée brutale lors d'un conflit.... Les causes sont multiples et conjointes. Dans le cas romain/byzantin (les gardes côté occidental ayant été dégradées conjointement avec l'empire et la dilution de son autorité et de ses ressources), tout comme d'ailleurs dans le cas romain pendant la crise du IIIème siècle, le même genre d'entropie a évidemment eu lieu, si bien qu'on voit sans arrêt des unités nouvelles se créer au gré de l'histoire byzantine, et, 2 ou 3 fois dans les presque 700 ans d'histoire de l'empire byzantin après la chute de Rome, un "système" cohérent de gardes se recréer, qui accompagne (et permet) un pouvoir central plus stable et fort (et des périodes fastes pour l'empire). Infanterie et cavalerie, organisation en "scholes", puis en "thèmes" ou non, on voit se succéder les unités, dont certaines disparaissent, perdent leur efficacité ou deviennent des organisations non armées, au gré des évolutions et situations, pratiques et politiques. Un dernier élément, apparu dès la période romaine tardive, est révélateur: les bucellarii ("bucellarius" au singulier.... Ca veut juste dire "bouffeur de biscuit", le bucellum étant depuis les origines le "biscuit" de campagne romain, équivalent du pain version longue conservation). Ce sont des gardes privés, de grands personnages et de riches particuliers, dont l'émergence témoigne de la montée en puissance des grandes fortunes provinciales et centrales, et de la moindre autorité de l'Etat qui ne peut empêcher le développement de telles armées privées qui, du coup, rendent des services en suppléant localement des forces de défense et des milices, et forment un supplément de troupes "gratuites" pour l'Etat dans une campagne, puisque les grands personnages recevant des commandements en recrutent souvent. Certaines de ces troupes peuvent être très nombreuses. Leur développement, initialement à partir de troupes de "protection" des biens et familles de l'élite (quoique dès l'origine, ça représente des unités considérables, qui servent aux rivalités politiques/économiques, à faire le coup de main pour favoriser un asservissement de fait de la paysannerie....), ne fait que s'accroître sur la période byzantine, accompagnant les luttes politiques intérieures de plus en plus dures et compliquées (les intrigues "byzantines") de l'empire, suppléant aussi l'effort militaire (en fait surtout la protection des biens des grands) face aux multiples menaces pesant sur cette entité qui a toujours été pressée de toute part (beaucoup trop de frontières et d'adversaires, jamais assez de troupes pour tout affronter à la fois, ce qui est en fait toute l'histoire de l'empire romain après le IIIème siècle). Elles concourent donc, en les incarnant et favorisant, des faiblesses internes croissantes de l'empire romain d'orient: féodalisation de fait, concurrence accrue des pouvoirs locaux avec le pouvoir central sur-sollicité par une menace extérieure omnidirectionnelle constante (et dont les ressources ont structurellement baissé avec la désagrégation de l'occident en tant qu'entité économique, fournisseur et marché.... Même si l'empire d'orient reste le pays le plus développé de cette époque). Suite aux troubles des VIIème-VIIIème siècle dont l'empire émerge changé, c'est sur la base de ces "bucellarii" que se constitueront les armées provinciales (et en fait féodales: les "thèmes") suppléées de milices qui constitueront la majorité de la nouvelle armée byzantine (avec une armée centrale professionnelle importante). De fait, ces gardes, comme d'autres avant et après elles, ont constitué l'incarnation de l'éclatement du pouvoir (et de l'Etat), en étant des noyaux d'armées. Désolé pour le long post: j'ai ici voulu présenter des évolutions sur des périodes plus longues pour montrer comment s'inscrivent les unités de "gardes" dans l'histoire de leur Etat, et, par extension, quels desseins elles servent (et fonctions elles remplissent) au sein de "systèmes" qui en rassemblent de plusieurs sortes afin de refléter le fonctionnement d'un gouvernement et d'un Etat à un moment donné, en même temps qu'un équilibre politique entre les forces qui animent le pays. C'est pourquoi, encore une fois, je pointe le caractère crucial et révélateur de la sélection, du recrutement, de l'idéologisation ou de la fidélisation, de l'entretien, de l'emplacement/garnison.... De ces unités. Tous ces éléments (et d'autres) sont des indices et des éléments donnant un caractères unique à chaque unité, ce pourquoi elle existe, ce à quoi elle sert, quel vide elle comble, ce qu'elle enlève à tel adversaire pour le donner à l'employeur de l'unité....
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Pas sans changements importants sur plusieurs plans, qui tous se jouent dans le débat public, au niveau national et au niveau des Etats: - discussion sur les stratégies fondamentales de police (qui inclue aussi les "neigbourhood watch" et autres "milices" plus ou moins spontanées"): le débat entre "community policing", "intelligence led policing" et des façons plus dures de répression fait rage, surtout autour de dispositifs précis, comme le "stop and frisk", "stand your ground", les questions autour du port d'armes.... La montée du "vigilantism" (et des multiples accidents tragiques qui vont avec, de la loi du silence qui s'installe avec dans certaines communautés -qui permet parfois de l'ostracisme, du lynchage....-) s'inscrit aussi dans ces débats - discussion autour des campagnes électorales et des groupes et financements qui les favorisent, donc aussi de la place des médias: l'argument du "tough on crime" est devenu depuis longtemps un hochet politique facile sur lequel plusieurs générations de district attorneys, maires et sheriffs ont beaucoup trop compté, incitant structurellement à une politique du chiffre démagogique et facile qui a rendu les forces de police calibrées pour se défouler sur un grand nombre de petits délinquants non violents (et proportionnellement moins sur des délinquants plus sérieux et le "vrai" crime) qui, en revanche, vont prendre du galon en prison, en même temps que cette tache sur leur CV tend à les exclure de la société (inemployabilité....), toutes choses qui renforcent la violence dans les rues et incitent à toujours plus de démagogie, mais aussi à des postures publiques incitant à accroître le nombre d'uniformes (et d'armes), et plus encore le nombre d'unités et services "d'intervention" (genre SWATs et assimilés) qui, en tant que spécialistes, sont les principaux pourvoyeurs de cette tendance à la militarisation. En plus, agiter ces unités, se faire voir avec, les employer à tort et à travers, fait partie d'un arsenal de politicien ambitieux qui donne l'air, à peu de frais, de "prendre les choses au sérieux". Ca s'ajoute au corollaire "soft" de telles évolutions, à savoir les contrôles accrus et socialement aiguillés (race, quartier, CSP) qui eux aussi sont souvent démagogiquement instrumentalisés et multipliés (ça donne l'impression qu'on s'agite), qui concourent de l'aggravation de la situation en de nombreux endroits, des tensions sociales et des mauvais rapports avec une police qui, du coup, est d'autant plus incitée à être agressive et à se surarmer, à opérer en force... A noter le cas particulier des shériffs qui, en tant qu'élus, sont à la fois des flics et des politiques, donc incités à concourir disproportionnellement à cette logique, du moins dans certains Etats (particulièrement les Etats ou Comtés frontaliers, ceux avec une "gun culture" importante, des tensions raciales/communautaires, une situation économique difficile....); une caricature du genre est le tristement célèbre shériff Joe Arpaio en Arizona - discussion fondamentale autour de la "War on drugs" menée depuis plus de 30 ans et de ses conséquences: inefficace et ayant aggravé la sécurité intérieure et aux frontières, ce dispositif énorme a de multiples conséquences sur la société US. Incitation à la dépense "militarisée", aux troupes d'intervention, aux multiples "joint structures" avec des services de renseignement et des branches de l'armée (chaque structure, en interne, devenant une plate forme pour ambitieux voulant s'agiter pour faire le beau auprès de ses supérieurs), usages de troupes des armées ou de la Garde Nationale, violence avec les gangs mexicains, stratégie intégrée avec les armées (puisqu'il y a aussi une "politique extérieure" de cette "guerre": au Mexique, en Colombie....), développement des moyens propres des grandes agences (DEA, FBI, ATF, DHS: chacun veut son renseignement, ses troupes d'intervention, utiliser les ressources des Etats....), plus encore explosion du "complexe carcéro industriel" devenu un lobby énorme qui incite à "faire du chiffre" (faire croître sans cesse le "marché" en multipliant les populations de petits délinquants non violents en prison) et concourt activement du pourrissement de la situation (et des problèmes de finances publiques).... Bref, la War on Drugs est une des causes premières de la violence aux USA, de sa croissance, de son changement de nature, de son "implantation" dans certaines zones. Ce qu'a remarqué il y a 2 semaines le ministre de la justice Eric Holder en engageant un processus visant au démantèlement de ce dispositif, de cette politique (dans la mesure où l'exécutif peut agir seul, vu le blocage total du Congrès).
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Hé, calmons-nous =) ! J'ai rien contre les liens; mon message essayait juste d'éviter que les posts se résument à des liens, afin de faire en sorte qu'il y ait surtout des apports personnels (avec des réflexions et opinions dedans) pour inciter à la discussion, pas juste de la publication balancée comme ça et qui rend les topics chiants, où personne ne répond. Bref, surtout avec une armée rouge de 41 qui est de fait une armée "neuve", en complète recomposition, c'est une désignation qui initialement est donnée aux unités qui survivent, se comportent bien et/ou réussissent un truc terrible, ce qui engage un cycle vertueux du "succès qui appelle le succès", et d'accumulation d'expérience en tant que groupe organisé: on veut aller dedans (donc du coup l'unité peut choisir ses personnels), on veut encourager sa dynamique (on lui affecte les meilleurs matos en priorité, on a plus tendance à lui donner ce qu'elle réclame). Mais avec une telle proportion de l'orbat, ça fait quand même beaucoup. Mais c'est donc plus un statut d'élite militaire distinguée qu'autre chose, donc (sous réserve d'en savoir plus sur ce qu'elles deviennent dans la Guerre Froide). Pas plus de fiabilité politique ou de rôle interne, pas des unités sur lesquelles le régime "compte plus" au cas où, pas des unités dépendant du niveau politique pour être employée, pas de rôle spécifique en plus du rôle militaire (honneurs/parades, "lien armée nation"....). La "garde" soviétique, c'est donc plus un mix des forces de sécurité interne (dont beaucoup sont des forces paramilitaires, voire très militarisées de fait), et l'organisation plus éclatée (géographiquement et par service) des forces armées afin d'éviter qu'elles puissent facilement servir de levier politique (5 commandements de services, un grand nombre de commandements géographiques dans et hors d'URSS, institution des commissaires politiques, contrôle via le KGB....). Ca renvoie du coup à une compréhension du système de sécurité interne russe qui est pour moi peu compréhensible, tant à l'époque soviétique qu'aujourd'hui: entre le KGB et ses directorats (puis le FSB et le FSO aujourd'hui), les gardes frontières (rattachés au FSO aujourd'hui), le ministère de l'intérieur et son million d'hommes (police, unités d'intervention nombreuses, plus son "armée interne") et le service présidentiel de sécurité, j'ai vraiment du mal à comprendre comment ça marche, sinon que ça reflète une répartition interne concurrentielle et paranoïaque du pouvoir, un certain degré de "féodalité".
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Ca c'est assez exemplaire et révélateur du système: à part Goering et Himmler, je me demande qui d'autre avait une telle "capacité armée" en interne: Raeder, puis Dönitz par exemple? Canaris? Le fait est que oui, ça révèle un Etat fondé sur une compétition interne très rude, mais surtout sur un recours à la violence physique qui n'est jamais loin, faisant de cette compétition une "paix armée" vraiment fragile et qui ne prendrait pas grand chose pour craquer. La possession d'une "garde", pour être politiquement efficace, repose sur plusieurs facteurs ceci dit: - que la dite garde soit fidèle, ce qui suppose un recrutement spécifique, un esprit partisan à un degré ou un autre (rapport clientéliste à son "patron", affection, voire fanatisme), les moyens propres de la fidélisation (et là, faut pas se cacher qu'il faut du fric) - que l'unité soit efficace: sélection des personnels, entraînement, encadrement - que l'unité soit nombreuse Ces deux derniers facteurs sont assez relatifs: ils dépendent de la tâche à accomplir. Si le but est de "peser" virtuellement dans la sauce politique interne du sommet de l'Etat, on parle plus de gardes aptes à défendre physiquement le "patron" (garantir qu'il a les moyens de rester en vie aujourd'hui, demain et à un certain horizon si les choses s'envenimaient: ça en fait un cheval crédible sur lequel parier, pour ceux qui ont un soutien à apporter) et son "QG" (un immeuble, un pâté de maison, un quartier, une banlieue, une ville de province, voire -cf Goering et Himmler- une province). Bref, en cas de lutte interne allant jusqu'aux mains (et aux armes), le dit personnage pourrait faire chier, retarder les choses, forcer à ramener des unités de l'armée, combiner ses gars avec ceux d'autres "patrons", et profiter de ce temps pour trouver des alliés et soutiens.... Nombre et qualité ont donc leur importance, même si ça peut juste vouloir dire une capacité à la protection rapprochée (d'un QG et en mouvement), au combat de rue, au combat à "l'échelon" compagnie maximum.... L'important est d'avoir la bonne force au bon endroit et potentiellement au bon moment. De ce fait, les personnages disposant d'une forte autorité régionale devaient aussi être des potentats internes (moins visibles dans l'organigramme théorique du Reich), avec leurs propres "gardes" (tels Rosenberg et Heydrich, Von Neurath et Seyss-Inquart), tout comme ceux responsables de ministères impliquant beaucoup de main d'oeuvre et une forte dépendance des autres à leur activité (Ley, Todt....). Du coup, ça me fait me demander qui contrôlait la police en Allemagne (ou qui contrôlait la police dans quelles régions, quels quartiers.... Himmler avait-il un contrôle si absolu que ça?), qui contrôlait les diverses forces paramilitaires (autres que la SS) qui pouvaient exister (milices? gardes frontières ou équivalents? Jeunesse et service d'ordre du parti nazi?). Comment Hitler a t-il compensé l'émancipation progressive des SS (la "baronisation" d'Himmler) qui avaient pourtant à la base été créés pour contrer les SA (et l'ascension de Röhm)? Et comment gardait-il les moyens de décider face à ces "féodaux" puissants? Il devait bien garder des moyens contrôlés en propre, y compris des moyens armés, pour ce faire, non? Ce fonctionnement interne était profondément instable, et il est même loisible de se demander s'il aurait duré tellement plus longtemps s'il n'y avait pas eu la guerre.
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Il faudrait même essayer de traiter, s'il y en a qui connaissent bien le sujet, l'ensemble des forces dans cette "guerre civile" de longue haleine: il y a plusieurs "quasi Etats" et armées dans cette zone, jouant un jeu complexe entre eux et face à l'Etat birman (ou avec lui): - armée de Wa (pas de "Was", il me semble): estimée à 30 000 soldats réguliers (avec salaire mensuel) et 10 000 auxilliaires, avec abondance d'armes légères et d'appui d'infanterie (majoritairement fournies par la Chine) et missiles sol-air. Financement par le trafic de drogue (pavot/héroïne, métamphétamines) et d'armes. Production autonome d'armes légères et de munitions de petit calibre. - Armée Nationale de Libération du peuple Karen: force de la partie chrétienne du peuple Karen. Autour de 5000h, niveau d'entraînement assez important du à un certain niveau de soutien de volontaires étrangers depuis longtemps - Armée Démocratique et Bouddhiste Karen: scission de la précédente et désormais nettement plus importante (notamment par sa collaboration avec Rangoon/Yangon), un temps ralliée à l'Etat birman et assez récemment revenue vers la rebellion. Estimée autour de 10 000, quoiqu'une brigade (autour de 1500h) ait récemment fait défection pour constituer son propre mouvement, son propre territoire. - Armée de Shan du Sud (ou Armée de Shan: il y a une "armée nord", plus petite et en moins mauvais termes avec l'Etat birman): autour de 15 000h, avec un cadre beaucoup plus militaire que les autres mouvements (uniformes, entraînement initial très formalisé de 7 semaines, EM ) - Armée Indépendantiste du Kachin: à cheval sur la Birmanie, l'Inde et la Chine, cette troupe représenterait autour de 8000 soldats (des affirmations invérifiables iraient jusqu'à 10 000 réguliers et 10 000 réservistes) - Armée de l'Alliance Nationale Démocratique du Myanmar: longtemps autonome et en relative paix avec l'Etat birman, ils ont repris les hostilités récemment. Autour de 2000h. Ce sont les principales, auxquelles il faut ajouter nombre de forces plus petites, la plupart plus ou moins rattachées à l'une de ces "grandes" (armée Karenni, armée de l'Arakan, Armée de Chin....) et correspondant à des factions émancipées de ces mouvement, à des groupes armés de plus petites ethnies, à des phénomènes "territoriaux" (petits seigneurs de guerre) majoritairement liés à la première ressource de la zone qu'est la production et le trafic de drogues (et d'armes). Ces multiples groupes ajouteraient un effectif combattant inévaluable et changeant, mais qu'on pourrait placer dans la gamme des 15-20 000h. Ces armées sont toutes à la confluence de phénomènes ethniques, territoriaux, politiques/idéologiques et religieux auxquels s'ajoutent les problématiques du crime organisé, les productions et trafices de drogues et d'armes étant intrinsèquement liées à leur maintien (et à l'existence de certaines factions) et, du coup, à certaines de leurs politiques (quand on est dans le business, il faut pouvoir y rester). Certaines ont des structures de para Etat qui permettent de discuter du fait que la drogue est pour eux plus un moyen qu'une fin (difficile d'arbitrer ces choses), et pour d'autres c'est nettement moins le cas et la logique maffieuse semble avoir le pas. Mais à l'arrivée, autant du fait de la relative faiblesse de l'Etat birman et de la puissance du phénomène identitaire (aiguillé par une longue histoire d'autonomie et de répression dure) que de celui de la faible accessibilité des régions montagneuses, on parle là de véritables quasi Etats et armées.
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Donc il s'agissait plus, pour les Soviétique, d'une simple distinction d'unité, avec pour bonus de les placer plus en avant sur la liste des priorités d'équipement, voire un peu plus de dotation en général. Et après la guerre?
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Dans le fonctionnement du pouvoir soviétique, rien ne peut être aussi simple que de trouver des hommes "compétents et peu politisés" d'un côté, face à des hommes politisés (et moins compétents) de l'autre. Déjà, et c'est surtout vrai pour les officiers supérieurs, faire carrière vers le "vrai" haut, ça veut dire être politisé, et dans ce genre de structuration de pouvoir (très hiérarchisé et avec une culture hiérarchique/du chef, très compartimenté, avec un lourd fonctionnement informel clanique, dans un appareil d'Etat ultra bureaucratique et segmenté et complètement parano), ça veut dire "appartenir" à quelqu'un en haut de la chaîne alimentaire, donc de fait rejoindre un clan et un patronnage, et, à un degré ou à un autre, en acquérir les "amis" (très relatif) et les ennemis (moins relatif), en plus d'avoir ses propres rivalités avec d'autres (ceux dont on prend le poste sous le nez, sur les pieds de qui on marche....). Ajoutes-y, dans les unités, les Zampolits/politruks, et tu as un tableau. Pour la spécificité des personnels, j'ai pas d'idée: le service soviétique était de 3, puis de 2 ans, la proportion de professionnels était très faible au-delà des officiers de carrière (pas de corps de sous-offs) et les quelques sous-offs, à très bas niveau -chef de groupe maxi- étaient des conscrits avec un stage supplémentaire. Vu les effectifs des "Gardes", avoir un entraînement particulier aurait requis plus de temps sous les drapeaux pour une proportion réellement énorme de la jeunesse, pas juste pour des "happy few", et c'était de même trop pour qu'il y ait eu un nombre significatif d'unités professionnelles. Donc je vois pas. A moins que, dans la répartition de la "battle readiness", les unités de Gardes aient été la même chose que les unités dites de "catégorie A", c'est-à-dire celles d'active, avec tout leur monde sous les drapeaux, les conscrits dégagés et en réserve étant alors assignés aux unités "B" et "C" (ce qui suppose de ne pas rester attaché à la même unité pour une éventuelle mobilisation: on fait son service dans les unités A et ensuite on est assigné à une B jusqu'à un certain âge, et à une C après). Le problème est que le nombre d'unités de "Garde" dans l'orbat soviétique des années 80 est tel qu'il doit peser 40% de l'effectif, voire plus.... Et que les réserves soviétiques, il me semble, fonctionnaient différemment: j'ai pas le truc en tête, mais il semble que les unités d'active variaient, et qu'une fois leur période d'active passée, elles étaient placées en "semi sommeil" à divers degrés de battle readiness, leurs personnels étant renvoyés à la vie civile (avec de périodes de rappel variant selon la classe d'âge). Je vois pas, dans un tel système et avec une telle proportion d'unités de "garde", il était possible d'en faire des unités nettement plus "méchantes", à moins que l'appellation n'ait été que de tradition, ou qu'on y aiguille ceux jugés les meilleurs des conscrits, que les meilleurs officiers (selon un classement donné dont je ne connais pas les critères) y aient été affectés, et évidemment que ce soient les unités qui recevaient les meilleurs équipements (selon un ordre donné parce que vu leur nombre, il devait y avoir un ordre de priorité, les équipements nouveaux ne pouvant arriver assez vite pour autant d'unités), voire un taux d'équipement plus important. Mais d'une manière ou d'une autre, si leur nom était vraiment un statut différencié et en faisait une élite, ça veut dire qu'il y avait triage des conscrits pour y mettre ceux jugés "meilleurs" (à quel titre), parce qu'ils ne pouvaient pas passer plus de temps que les autres (pas en aussi grand nombre) sous les drapeaux. Entre l'infanterie, les blindés et les paras, plus des unités d'artillerie (et les "gardes" des autres armes: marine, infanterie de marine, aviation, missiles), l'URSS des années 80 avait largement plus de 100 divisions de "Garde" (sur un total compris entre 210 et 300 divisions). J'aimerais aussi savoir (ce serait indicatif) comment fonctionnaient les spetsnaz (voire aussi les gardes frontières, assez militarisés) qui reposaient aussi surtout sur la conscription et représentaient un effectif considérable (plus de 20 "brigades" -dont certaines avec le statut de "garde"- et un grand nombre de "compagnies" indépendantes). Pour un tel niveau de spécialisation, un service long devait être nécessaire.
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Il manque quelques détails mentionnés plus haut (j'entends plus par là après le "moment" initial de la 2ème GM qui les a vues désignées ainsi après des réussites précises et/ou un cursus exemplaire, plus pour certains systèmes d'armes à "valeur stratégique"): - recrutement, spécificité des personnels? Sont-ils plus que des soldats "normaux"? Genre sélectionnés dans le Parti, ou dans certains cercles du Parti? Les meilleurs des conscrits? Les meilleurs cadres? Y'a t-il de plus fortes proportions de cadres, un meilleur taux d'équipement (plus de puissance de feu....)? - savoir si ces unités sont contrôlées par des chaînes hiérarchiques spécifiques: il semble évidemment qu'elles soient "distribuées" par des niveaux plus élevés de commandement (normal pour la réserve d'emploi et des ressources choisies), mais savoir comment s'opère leur contrôle est intéressant, surtout pour un régime paranoïaque comme l'URSS: cela peut être aussi bien un dispositif organisationnel particulier (ne bougent pas sans ordre direct du ministre de la défense, ou carrément du secrétaire général du Parti) que quelque chose de plus informel (une chaîne hiérarchique plus ou moins normale, mais dont les hommes clés sont sélectionnés sur critères politiques: appartenance à tel ou tel "clan"....). Enfin, le rôle et la sélection des Zampolits qui y sont affectés devrait être très révélateur. Quand on voit l'organisations des forces militaires russes (outre la répartition des moyens armés mentionnée plus haut), on note cette répartition paranoïaque de la puissance qui prend le pas sur l'organisation militaire "typique": commandement des missiles et commandement des troupes aéroportées en plus des commandements traditionnels des 3 "grandes" armes. Ca sent l'équilibrage volontaire des "forces" (venu de tout en haut). Si on y ajoute, autre facteur que je ne connais pas, les lieux de garnison de telle ou telle force ou unité (surtout dans la région centrale et autour des grandes villes), on a une carte politique du pays que même le risque de conflit en centre europe ne domine pas. Dans ce tableau, beaucoup d'unités se trouvent politisées, qu'elles soient dans l'armée ou non. Quelqu'un connaît-il ce genre de détails? Ou, plus encore, comment était organisée la protection (plus stricto censu) des grands personnages de l'URSS? Je comprends mal l'histoire de ce qui est aujourd'hui le FSO ou Service de Protection Fédéral (qui a beaucoup bougé dans l'ancien organigramme du KGB, puis s'est autonomisé), son fonctionnement, la justification de son importance, et ses "rapports" au SBP (service de protection présidentielle, qui ne lui est que théoriquement rattaché) qui vient du même "lignage" mais a été séparé. Et pourquoi le Régiment du Kremlin (l'unité en charge du Kremlin et des hautes personnalités) ressort du FSO et non du SBP. Là aussi, l'organisation de ces services TRES proches du pouvoir semble refléter les rapports internes de pouvoir sous Poutine. Mais il est amusant de constater que dans ce tableau, les unités réellement appelées "gardes" (ou en tout cas la plupart d'entre elles) sont les moins impliquées dans le pouvoir parmi toutes les unités du "haut du panier", ce qui ramène dans leur cas précis leur appellation à un pur statut militaire les distinguant comme la crème des unités régulières de l'armée. Pour comparaison, la France et les puissances comparables n'ont plus réellement de "premiers tiers" comparable des forces: l'armée professionnelle (au moins en théorie), qui plus est réduite, opère peu ce genre de distinctions, et l'homogénéisation semble la donne. Peut-être la BM et la BP, mais c'est plus un statut informel qu'autre chose. Les FS sont une ressource spécialisée, soit un phénomène à part, et qu'on ne peut réellement appeler "élite de l'armée" précisément par un rôle différent et une taille de toute façon très réduite. La Garde Républicaine n'a plus grand chose de militaire et sert, elle, de garde des centres de pouvoir et d'unité de "décorum" (plus quelques devoirs anecdotiques) et, pour certains sous groupes (escadron moto), d'escorte (de prestige surtout). La protection des grands personnages de l'Etat eux-mêmes est, elle, confiée à d'autres personnels (GSPR/SPHP surtout, plus GIGN et RAID, et des adjonctions ponctuelles d'autres services). Quand à l'action discrète, ce sont les services de renseignement et de sécurité. Tout au plus pourrait on voir un reflet des équilibres de pouvoir internes dans les individus qu'on place à la tête de certains services ou sous services, aux structures plus ou moins temporaires qu'on crée (voir le rôle de Bajolet sous Sarkozy), et à cette nébuleuse informelle des "officines", souvent rattachées de fait aux partis politiques ou à certains individus dans ces partis (hein, m'sieur Pasqua), utilisant des ressources issues des services secrets (des anciens, des actifs détachés....) pour des tâches pas toutes reluisantes. C'était d'ailleurs plus vrai jusqu'aux années 80, sans doute le reflet d'une génération de politiques qui avaient connu la guerre et pour qui le recours éventuel à la violence était moins un tabou que pour ceux nés après (on oublie que la scène politique française a été assez violente, même si plus "en coulisses" jusque ces années là). Un exemple amusant et farfelu, mais aussi, évidemment, tragique: la garde des "amazones" de Khadaffi. Joujou médiatique, reflet de la folie du personnage, mais aussi élément de "bling" d'un chef de tribu revu et corrigé à la sauce moghol du rap, il s'agissait d'une "unité" de femmes dont très peu (à peine une poignée) avaient un réel entraînement (il paraît que des éléments d'uniformes permettait de reconnaître celles-là) et dont les fonctions étaient autres que la protection: certaines étaient tortionnaires ou exécutaient des prisonniers (en fait surtout sous la contrainte), la plupart servait de faire valoir et de souffres douleurs (viols et sévices en tous genres leur étaient infligés). Le "noyau" de femmes entraînées avait surtout pour fonction (outre le fait d'être des femmes "disponibles") d'être fanatisées et de toute confiance, pour servir les caprices du dictateur (notamment comme bourreaux) et s'interposer entre lui et des balles (donc la plupart étaient des "boucliers humains" sans autre qualification militaire). Il a déjà été vu, dans l'histoire, des potentats paranoïaques n'avoir plus confiance que dans des femmes ou des étrangers, craignant l'ambition des hommes tous vus comme des rivaux potentiels, même les plus improbables. Les patronnes de cette garde ont donc, chez Khadaffi, compté parmi ses plus proches et beaucoup participé à la gestion de son entourage au coeur du pouvoir. De ce fait, au sein de ses palais et de leurs environs, elle (ou en tout cas certaines) servaient comme ses "yeux et ses oreilles" parce qu'il avait confiance. Ce n'est pas entièrement absurde, vu l'extrême machisme des normes sociales arabes et la place de la femme dans la société, surtout en termes de métiers: aucune probabilité d'en voir une convoiter le pouvoir (parce que personne ne la suivrait), on se méfie moins.... La "vraie" protection (sauf peut être dans sa chambre où elles étaient le "dernier rempart") était fournie par des gardes du corps (hommes) en costard et très armés, nettement plus discrets à la caméra. Mais avoir une telle "garde", outre les motifs lubriques et la folie affichée (et la réelle) servait d'autres buts: potentat de culture arabe qui affiche sa "réussite" au nombre de nanas, élément de faste et de décorum (plus services spécifiques de cérémonies), volonté de choquer en armant des femmes et en leur donnant un rôle (va avec sa propagande "socialiste"/"fémininiste"), humilier certaines personnes devant qui il fait passer ces femmes (ou qu'il fait torturer par elles), au nom desquelles il fait des esclandres diplomatiques.... Là encore, loin d'être simplement dans le décor, l'unité sert des buts précis, dont beaucoup ont une réelle signification et utilité politique (même si ça valait sans doute pas l'investissement), en tout cas pour l'ex taré en chef de Lybie. Elles servaient aussi à faire le ménage et mille et une petites tâches que le dictateur parano n'aurait confié à personne d'autre. Et éventuellement "assister" les soldats (exécution de prisonniers, boucliers humains, repos du soldat....), notamment dans les combats de la guerre civile. Enfin, une des utilités de ces femmes, surtout la grande majorité de "non entraînées" était de servir de "récompense" et "d'expérience commune" pour lier les proches de Khadaffi: apparemment, rien de tel que le viol, individuel ou collectif, pour souder l'équipe des potes à kada (ses fils, ses hommes de confiance). Ajoutez ça à la façon dont elles étaient traitées, du recrutement de force à l'isolement permanent en passant par les sévices et la fanatisation (au moins pour certaines), et le tableau est complet: recrutement particulier, formation spécifique (ou pas de formation), ajustement "comportemental", mise à part.... La version caricaturale et extrême de comment on érige une unité de "garde" en en faisant quelque chose à part. Quand je vous dit que pour comprendre comment un Etat, un pouvoir, fonctionne, il suffit de regarder ces unités de garde, d'élite....
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.... Et au général adverse, ça peut vouloir dire: "l'ennemi engage une ressource rare et chère, donc soit cet endroit est important pour lui, pour X ou Y raison, soit il a plus que ça à lancer et il est aux abois"; et évidemment, on peut se servir de ça précisément pour forcer l'adversaire à penser ainsi, donc se servir du statut et de la réputation de telles unités pour masquer ses intentions (cela dépend de la situation, de la relative abondance de telles troupes -comme les Immortels de Dariius, toujours 10 000h, mais avec du volant derrière pour MAINTENIR l'effectif à 10 000h même en cours de bataille). Mais la "Garde" soviétique à laquelle tu fais référence est, comme les autres, un modèle particulier: il y a beaucoup d'unités de "Gardes" dans les forces armées (qui sont peu à "garder" le Kremlin, le politburo....) qui reflètent un statut spécial (je connais pas vraiment les critères): étaient-elles d'une valeur réellement supérieure? Etaient-elles mieux équipées ou prioritaires dans les arrivées d'équipement? Sélectionnaient-elles des recrues plus capables et/ou plus fiables (politiquement: membres du Parti....)? Les distinguer ainsi servait-il un but politique, un but militaire (unités de pointe/solides, "écoles à cadres"....), les deux? Surtout qu'il faut les envisager avec le reste de l'appareil de sécurité du Pouvoir (je distingue le Pouvoir en URSS en tant que sommet du système de gouvernement, du reste de l'appareil de sécurité servant au contrôle de population); répartition des services secrets et de leurs "troupes" et unités particulières, répartition d'unités armées/militaires/paramilitaires selon les ministères, les zones géographiques et les postes dans la pyramide du pouvoir (qui reflètent l'équilibre de la puissance au sein du régime).... Vu que le ministère de l'intérieur se retrouve de fait avec une "para armée" (troupes d'intervention très nombreuses, police conséquente, gardes frontières....) et qu'une foultitude d'unités existent, répartis entre divers pôles du pouvoir, qui toutes, de droit ou de fait, sont des "gardes" de chacun de ces pôles, on a bien ici un système d'unités de "protection" qui reflète l'organisation de fait du pouvoir, derrières des appellations spécifiques, anodines ou non. Surtout si on regarde les unités et services présents à Moscou, où tout se passe ou peut se passer. De fait, cela reflète un régime qui, derrière une apparente solidité monolithique, est en fait un jeu "féodal" au sommet, entre potentats prêts à s'égorger de façon feutrée ou pas du tout feutrée (et le dernier soubresaut en serait la tentative de coup d'Etat contre Gorbatchev). Pareil pour l'Etat nazi: Himmler et Goering se constituent des Etats dans l'Etat, avec des armées propres. Une Luftwaffe qui se constitue une énorme infanterie et des unités d'élite, une SS qui devient une para armée pompant les ressources de la vraie armée.... Avec un Hitler, théoriquement "arbitre" de ses féodaux, qui, lui, s'est constitué différents niveaux de garde rapprochée (dans sa chancellerie et son entourage immédiat, dans Berlin, dans l'Armée) parce qu'il y a là aussi un pouvoir qui, derrière des équilibres variables, n'est jamais si loin de la lutte armée intérieure (déjà passé une fois avec la constitution des SS face aux SA d'un Röhm très emmerdant). EDIT: après un check rapide, il semble que les unités soviétiques de "Gardes" aient été surtout un statut militaire d'élite, d'abord accordé à des unités s'étant spécialement distinguées contre l'Allemagne, puis à certaines spécifiques, représentant une ressource ou une capacité plus rare et chère, comme les régiments de Katiusha. Cela indique dont plus la désignation d'unités purement militaires qu'on distingue et place comme un "deuxième échelon" de ressource rare, différencié des unités standard. J'ai pas d'info sur ce qui a pu leur arriver ensuite en terme de traitement spécial (statut/privilèges matériels, meilleur matériel ou priorité d'allocation de nouveaux matos, recrutement spécial des officiers et/ou troupiers....), mais leur très grand nombre dans l'Armée Rouge semble désigner, donc, plus un caractère de "premier tiers" des forces terrestres, soit des unités "fer de lance" ou de réserve d'emploi, allouées par un niveau de commandement supérieur à ce que l'échelon de l'unité pourrait suggérer (une division de Garde, par exemple, étant allouée par un chef de front à un général d'armée ou de corps pour une opération particulière). Donc pas tellement des unités de "Gardes" au sens le plus strict, même si l'appellation est dans la continuation de l'histoire russe. A noter que quelques unités dans ces Gardes ont pu régulièrement fournir des effectifs pour la protection du Kremlin, spécialement la 2ème division dite des Gardes Tamans qui a une histoire de proximité avec le pouvoir. Mais ce ne sont pas eux qui fournissent la protection des dirigeants en général ou du chef de l'Etat en particulier, contrairement aux unités de Garde sous l'Empire Russe.
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C'est pas clair? Je résume comme je peux l'ensemble des fonctions, théoriques et effectives, qu'on pu remplir les différentes unités qu'on met très globalement sous le nom de "gardes". Le terme "garde nationale" est un thème différent, étant donné que cela recouvre généralement des forces de milice ("garde" est donc dans leur cas, le plus souvent, juste l'emploi d'un même mot pour des choses différentes) chargées de constituer la force armée d'un pays, ou une force de réserve; il n'est donc pas concerné par le sujet à moins que les statuts d'une garde nationale particulière lui assignent un rôle précis, de protection du régime/du pouvoir/du dirigeant (Garde Nationale française de 1789, Garde Nationale saoudienne....). Les "gardes" concernées ici sont l'ensemble des unités et services, qu'elles aient ou non le mot "garde" dans leur désignation, qui à travers l'histoire ont été les unités proches du pouvoir. Et le point de l'approche par fonction est que, au-delà du simple examen rapide qui nous ferait penser qu'il s'agit toujours d'un rassemblement de gardes du corps chargés de la protection de dirigeants, ces unités reflètent une réalité extrêmement diverses, qui va de simples soldats décoratifs jusqu'à des polices politiques, de différents degrés de protection (rapprochée, périmètre large, protection de l'image....) d'une ou de plusieurs composantes du pouvoir jusqu'à des unités de pointe des forces armées, en passant par beaucoup d'autres rôles différents. Et à chaque fois, une "garde" a ainsi un mix unique de fonctions qui est le reflet de la nature du pouvoir qu'elle défend et sert, de la nature de l'Etat et du régime qu'il dirige. Ainsi, la Maison militaire du Roi, au-delà des noms d'unités qui la composent, n'a pas beaucoup de points communs avec la Garde napoléonienne: recrutement, traitement, fidélité/loyauté (sur quoi elles reposent, comment elles évoluent), "idéologie", organisation, fonctionnement interne, motivation, répartition des rôles, fonctions/métiers (les deux institutions n'ont pas tant de métiers en commun que ça), rapports aux composantes du pouvoir, rôle par rapport à l'armée, "articulation" des composantes et équilibres internes (chaque unité dans ces gardes sert des buts différents dans son rapport au pouvoir, certaines sont créées pour faire contrepoids à d'autres et limiter des risques).... Parce qu'elles reflètent deux Etats différents, deux types de régimes différents. Et l'ensemble de ce qui compose les "gardes" des empereurs romains, de même que leur évolution à travers les époques (d'Auguste à la prise de Constantinople par les Croisés en 1204, il y a plusieurs phases et plusieurs "systèmes" de Gardes) a encore moins à voir avec ces deux organisations: ces différents systèmes de Gardes pour les Romains reflètent les équilibres de pouvoir interne (entre le préfet du Prêtoire, le Sénat et les familles sénatoriales, l'Empereur, l'élite militaire après le IIIIème siècle, et le Maître des Offices par exemple) et la structure de l'Etat romain (le Principiat passe par plusieurs phases, le Dominat aussi, puis Byzance devient encore une autre histoire, avec 3 ou 4 grandes phases propres, du dominat à un Etat plus "médiéval" en passant par le césaro papisme). On ne se fait pas obéir de la même façon, l'Etat fonctionne différemment, le pouvoir se répartit autrement.... Et l'organisation du système de "gardes" répond et s'adapte à ces évolutions qu'elle reflète généralement (pourquoi, par exemple, à un moment donné, les empereurs byzantins se sont mis à reposer sur l'arrivée de gardes nordiques et ont entretenu le système qui coûtait des sommes hallucinantes au regard du budget militaire? La simple survie et la vanité entrent très peu dans le cadre de ces raisons). On peut aussi trouver des exemples où des dirigeants font tout pour que de telles unités soient incompétentes, mais nombreuses et recrutent dans des viviers très particuliers (haute noblesse): cela dit quoi sur un Etat qui fait ça? Que le pouvoir est fragile, et le dirigeant forcé d'avoir la noblesse sous contrôle direct par des otages permanents (avec des apparences de faveurs socialement avantageuses). Généralement, cela voudra aussi dire qu'à côté de telles unités, on trouvera des unités de professionnels, issus de viviers plus fiables (tribus/groupes particuliers, noblesse favorable et concurrente de l'autre, élite choisie.... Et généralement sous contrôle direct du dirigeant qui a un rapport personnel avec eux: clientélisme, vraie fidélité, promotion sociale offerte, accès au pouvoir....), autant pour se charger d'un panel donné de fonctions (en plus de la simple protection) que pour surveiller ces aristocrates "gardes". Le point est que ces unités et systèmes très divers qu'on résume très génériquement sous le nom de "gardes" (ou des appellations spécifiques) sont des outils, ou plutôt des panels d'outils, et chacune est très différente des autres, comme chaque régime et pays est très différent des autres: le recrutement, la formation, l'idéologie, la motivation, les métiers et fonctions, les statuts.... Sont très différents dans chaque cas, et ne doivent rien au hasard. Quand je parle de différence, je me fous éperdument des appellations, des uniformes, des apparences (quoique parfois l'apparence soit un message particulier, ou un reflet de quelque chose: employer des eunuques, autoriser les cheveux longs dans une société où ils doivent être courts parce que cela reflète un statut.... Cela peut jouer et avoir de fait un rôle politique)....
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En farfouillant sur la rubrique Histoire, je me suis rendu compte qu'aucun sujet n'existait (en tout cas sous ce nom) sur ce thème sexy et accrocheur, qui tend à attirer disproportionnellement l'attention quand on étudie l'armée d'un endroit et d'une époque. On a pu traiter certaines gardes ici et là, voire partiellement le thème quand il se mêlait à un autre sujet, mais pas lui à proprement parler. De façon plus complète, le thème serait "Gardes et Unités d'Elite", voire "Gardes, Unités d'Elite et Unités de Prestige"..... Mais ce serait incomplet, outre le fait d'être des titres trop longs. Mentionner ceci a cependant pour effet de soulever un angle d'attaque important d'un tel sujet: même les Gardes (mot que j'emploie ici au sens large) sont des unités plus ou moins limitées en quantité (pas toujours), elles représentent toujours une somme de fonctions extrêmement variées, aussi bien militaires que politiques, voire civiles et "culturelles" (notamment les aspects de prestige et communication). Quel genre de fonctions? Inventaire non exhaustif: - assurer la protection des dirigeants (pas que le souverain ou l'exécutif: cela peut inclure des personnages importants, d'autres branches du pouvoir....), du pouvoir en général, et/ou des institutions, voire, moins directement matériellement, du processus de décision - assurer la protection personnelle du/des dirigeants, en tant qu'individus particuliers (et leurs familles): cet aspect a pu être très présent dans nombre de structures de pouvoir où existe une différenciation entre le personnage qu'est le souverain, indifféremment de l'individu qui occupe le trône. Des unités de gardes pouvaient donc participer à, voire initier, des rebellions et exécuter un souverain (jugé mauvais ou pas assez accommodant) tout en restant fidèles (au moins selon eux) au trône/siège du pouvoir/pays (samouraïs, janissaires, prétoriens, colonels, Varègues.... L'histoire ne manque pas d'exemples). - assurer la protection de la capitale, du palais/centre de décision, du centre de commandement (quand le souverain est mobile, que ce soit par nature ou simplement en campagne militaire). - cette tâche peut se trouver étendue à un rôle de police du centre de pouvoir: le "palais", son quartier, voire la ville capitale. Y assurer la sécurité est autant une tâche de protection directe du pouvoir (contrôle de l'espace) que de protection indirect: une ville calme, où règne l'ordre (et un meilleur climat d'affaires) et dont la protection est assurée, est généralement plus prospère et jalouse de ses conditions d'existence (surtout dans le monde antique ou médiéval) et moins encline à se soulever - constituer des unités d'élite: les Gardes peuvent souvent être des unités top niveau, surtout dans des armées où la professionalisation n'est pas énorme, ou la battle readiness pas gigantesque, ou des unités particulièrement travaillées, des unités "de pointe" pour certains rôles (et/ou ayant une plus grande polyvalence). Plus largement, les Gardes peuvent pousser ce trait jusqu'à être des "armées d'élite", des "armées en miniature" au coeur de l'armée (la Garde Napoléonienne....) - constituer des unités de formation (d'officiers, de cadres, d'unités professionnelles); c'est encore plus vrai dans les armées ayant cru vite (et donc avec un niveau moyen d'expérience assez bas, les "bons" y étant dilués) ou dont le modèle repose sur une large démobilisation en temps de paix, dans les armées d'époques sans transmission de savoirs centralisée dans des écoles, et/ou pour servir de stage pratique après des enseignements théoriques.... Ces unités sont donc là une "réserve" des savoirs et savoirs-faires, la mémoire de l'armée, des écoles à officiers et à sergent, mais aussi des "écoles à unités" pour les savoirs-faires au-delà de certains échelons (unités de manoeuvre plus encore que les unités élémentaires). Les corps de cadets y sont parfois rattachés, par exemple. - constituer des unités spéciales ou spécialisées, concentrer les savoirs à haute valeur ajoutée, des métiers particuliers, une capacité d'action particulière (genre des actions rapides et complexes, et/ou des actions poussées très tôt dans la guerre, quand le reste d'une armée monte encore en puissance). L'artillerie en France à partir de Charles VII en est un exemple: savoir faire cher et capacité unique, qu'aucun souverain ne peut laisser échapper à son contrôle, l'artillerie est ce qui donne, enfin, aux rois, l'ascendant sur leurs féaux. On peut se permettre d'avoir une infanterie de milices provinciale et une professionnelle très petite, mais une cavalerie de qualité en grandes unités et une artillerie efficace sont des moyens de plus longue haleine à obtenir, et cruciaux à avoir sous la main à tout instant; des capacités "dimensionnantes", tout comme d'ailleurs un noyau d'infanterie pro le devient dès Louis XI, et un grand EM le devient sous Napoléon. - constituer des unités de police politique, de renseignement et coups de mains: de telles unités sont autant des moyens d'action politique internes qu'un vivier pour sélectionner des personnels et groupes destinés à des emplois de confiance (plusieurs degrés de confiance, de confidentialité....). Plus on grimpe dans la confiance du souverain, plus on est "dans le secret", et plus on est employé à des actions discrètes, plus on reçoit des charges importantes: messages confidentiels, rôle d'observateur, de négociateur, d'envoyé spécial.... Mais aussi évidemment beaucoup de tâches parfois sordides: assassinats, compromissions, "nettoyage" de choses et d'événements, menaces, chantage, corruption.... - reflet de l'organisation du pouvoir: s'il a plusieurs centres, chacun a généralement ses unités d'élites et de protection, au besoin pour les voir s'affronter (Urbains vs Prétoriens, gardes de seigneurs dans le monde germanique/scandinave et celtique -avec des modes de liens et de serments- ou de patriciens dans le monde romain, ou encore autour des khans mongols et daïmyos japonais, des grands féodaux français -dont le roi-....). L'architecture et les équilibres de pouvoirs sont généralement extrêmement compréhensibles quand on regarde ces unités à la loupe. - sélection d'élites ou de serviteurs dévoués: moyen de promotion sociale pour des gens venus "d'en bas", ces unités peuvent ainsi servir à recruter autre chose que des combattants. Passé un temps dans des fonctions de gardes/soldats, on peut aiguiller ceux qu'on sélectionne, moyennant un éventuel investissement dans leur formation, vers d'autres fonctions. Des souverains gérant de grandes nations avaient peu de moyens de sélectionner directement des personnels, qui sinon venaient de cursus en place (donc d'organisations qu'ils ne contrôlent que partiellement), du choix d'autres personnes.... Là, c'est un vivier qu'ils peuvent contrôler directement. Sous les Mérovingiens, l'Ecole du Palais n'est pas que le lointain ancêtre de l'ENA (en mieux), c'est aussi un passage obligé pour les suivants du roi qui sont aussi fréquemment des gardes, ou d'anciens gardes. Les Janissaires avaient aussi de tels moyens de reconversion. - promotion militaire: c'est un chemin de progression de carrière, et un moyen parmi d'autres d'offrir aux soldats quelques échelons de plus à grimper (et une meilleure paie éventuellement), voire parfois une fin de carrière "plus au calme" (certaines sous-unités ou unités, quoique efficaces, n'impliquant pas les mêmes demandes que des campagnes militaires), ce qui s'inscrit dans le panel des incitations au recrutement et à la fidélisation des personnels dans les armées, en même temps qu'il peut s'agir d'un moyen de sélection des meilleurs (et de récompense des méritants/fidèles). C'est encore plus vrai dans des sociétés de classe, surtout de classes rigides (ancien régime....) avec peu de perméabilité, où ceux issus de classes sociales inférieures peuvent néanmoins, au sein du métier militaire, avoir une ascension sociale et financière (on "déplaffonne" plus ou moins la troupe où la progression peut sinon être vite limitée: quelques échelons du rang et de sous-officiers, c'est pas forcément le Pérou). - constituer un regroupement de séditieux: généralement des enfants de l'élite (ancienne pratique des otages dans les sociétés tribales et aristocratiques) qui y sont maintenus pour être "fidélisés" au souverain, tenus en laisse, tenus en joue (pour dissuader leurs parents), mis à bon usage, placés sur des cursus de prestige (fidéliser une partie de l'élite par un accès préférentiel et de meilleures perspectives).... Mais aussi on peut aussi y voir des groupes humains turbulents, voire des prisonniers - avoir des unités de prestige: élément de "soft power", de communication, de telles unités sont autant des conservatoires de tradition que des "messages" adressés à qui regarde (surtout les rivaux intérieurs et extérieurs), par divers biais (efficacité, réputation, apparence, certains "artifices" comme l'impact psychologique de la musique et de troupes disciplinées, un cri de guerre particulier.... Mais aussi le fait de les faire défiler régulièrement dans certains endroits). Plus "aimable", et conjugué à un rôle policier bien pratiqué, de telles unités peuvent aussi servir à l'aide lors de catastrophes, à l'animation de quartiers/villes (souvent vu: musique, spectacles....), à l'encadrement de la jeunesse, à divers rôles sociaux (juges de paix, garantie des transactions, protection de l'épargne de citoyens....). Les possibilités sont multiples, surtout si une part de recrutement populaire (ou de diverses classes de la population) les rend plus "représentatives", permet un "lien Garde-Nation" (trop poussé pour les Gardes Françaises en 1789), et offre des opportunités d'ascension sociale. Pour l'aspect prestige, des Gardes peuvent aussi être des vitrines des savoirs-faires et de la variété d'une armée (la Garde napoléonienne en était, mais nombre d'autres aussi: on a tous les types d'unités, toutes les traditions.... Bref, ça fait des couleurs d'uniformes pour les défilés). Dans les Etats les plus développés et stables aujourd'hui, toutes ces fonctions sont le plus souvent éclatées dans de multiples unités et services, militaires et civils, voire des concessions à des entreprises privées (ou des individus). Selon le lieu, l'époque, le type de gouvernement/d'Etat.... De nombreuses unités de gardes ont pu concentrer diverses combinaisons de ces différentes fonctions (rarement toutes, sinon jamais). Par exemple les USA: - le USSS protège le président (le personnage et l'individu et sa famille.... Mais en dernier recours, il protège le personnage et avec lui la continuité de l'Etat et de l'Exécutif; même si c'est improbable, le USSS pourrait ainsi accorder la priorité au président sur sa famille, et au vice président sur un président pris en otage), la Maison Blanche et le dollar (et quelques événements et lieux spécifiques). Ils agissent en conjonction avec les moyens de transport du président (la flotte aérienne dépendant de l'US Air Force, le parc d'hélicos présidentiels des Marines) qui eux-mêmes bénéficient de disposition de protection de leurs branches des forces US - le 3rd Infantry Regiment (3 bataillons, non rattaché à une grande unité de manoeuvre, en lignage du Ist infantry regiment, première unité levée par le National Congress en 1776) et le United States Marine Band sont les unités cérémoniales et de prestige de la Maison Blanche et du Gouvernement. Le 3rd IF est de plus une unité fournissant un apport de protection au District of Columbia et une unité d'infanterie envoyant des groupements tourner lors des OPEX - le White House Military Office est l'organisme interarmée rattaché à la maison blanche qui fournit les effectifs et expertises militaires nécessaires au service de la présidence: communications sécurisées et stratégiques, transport, garde ^des sites présidentiels (les marines qu'on voit en faction), services d'intendance, santé.... - la US Capitol Police protège le Congrès et ses membres, comme il y avait avant une White House Police Force (intégrée ensuite au USSS) - les services secrets (nombreux aux USA) sont le bras armé "discret" de la politique extérieure US et de la sécurité de ses communications, avec d'autres agences fédérales (FBI et DSS notamment) - les forces armées ont leurs propres unités d'élite et centres de conservation et développement des savoirs-faires armés - nombre de services publics (locaux, d'Etat et fédéraux) et autres, associations diverses, mais aussi des unités spécifiques des armées, reprennent la majorité des tâches "soft" jadis parfois concentrés dans nombre d'unités de garde. Ce dernier point est surtout mentionné pour montrer qu'à certaines époques, des unités de Garde étaient à peu près tout, ou une bonne partie, de de dont disposait un dirigeant (individus ou organismes) en terme d'appareil d'Etat, lui confiant de ce fait nombre de tâches et fonctions en plus d'un "métier de base" auquel on s'arrête souvent, tâches et fonctions censées rappeler l'existence du pouvoir, assurer certains services, communiquer, avantager certains individus ou groupes (pour les fidéliser) et en contraindre d'autres.... Que sont pour vous les Gardes? Pour moi il s'agit d'un concentré de l'histoire de nombreux Etats et du pouvoir en général. L'approche par fonction vous semble t-elle pertinente pour refléter le phénomène ou en voyez vous d'autres (m'étant enfoncé dedans, je ne vois plus d'autre angle d'analyse pour l'instant)? Je l'ai employée pour éviter des listes interminables d'exemples (et un lien wikipedia ou autre, et pof ça y est: sans intérêt) et sans réelle discussion. Le point est que derrière ce mot générique, il y a mille et une fonction , et plus exactement mille et une "formules" (mêlant certaines de ces fonctions) correspondant chacune à une culture et un moment, donc à une structure de pouvoir et d'Etat particulière (regardez même dans l'exemple américain comment se répartissent les appartenances des unités et services, afin d'obtenir un "équilibre", lié à la hantise démocratique contre la concentration de pouvoirs "policiers"/militaires). Que disent de différents Etats actuels l'organisation de ces fonctions et leur répartition en unités de gardes et d'élites et d'autres services? L'immense panel des fonctions m'amuse beaucoup, oscillant entre concurrence acharnée au sein d'un Etat ("guerre de services", rivalités individuelles, luttes entre féodaux/autres pouvoirs et exécutif, intrigues de palais....), confusion des genres, participation à l'organisation militaire voire au modèle d'armée (dont certaines de ces unités ont pu constituer le coeur, ou à certains moments la mémoire) Le fait est aussi que la plupart des régimes et Etats ont eu plusieurs unités de ce type, avec chacune des affectations particulières et/ou des rôles qui se chevauchaient, parfois seulement pour qu'elles se fassent concurrence et ne menacent pas le pouvoir (ou moins); comment voyez-vous le "fonctionnement" de telles unités dans les Etats passés et actuels que vous connaissez? Personnellement, je maîtrise plutôt bien le phénomène pour les diverses époques de la Rome antique (et de Byzance), un peu pour la Perse antique et la Macédoine, plutôt bien pour l'histoire de France (surtout du Moyen Age à la Révolution) et, d'une manière plus générale, certains fonctionnements dans des sociétés tribales/aristocratiques. Un peu d'histoire russe aussi (jusqu'au XIXème). L'empilement de ce type d'unités, ou de sous-unités au sein d'elles, est une tendance régulièrement constatée dans un Etat, quel qu'il soit: quand une unité "en place" commence à devenir une unité de parade, ou qu'elle tend à être gangrenée d'une façon ou d'une autre (corruption, népotisme, participation aux intrigues politiques, infiltrations, négligence, immobilisme -comme les mamelouks ou les janissaires-....), voire s'érige en arbitre du pouvoir ou en acteur parmi d'autres des jeux de pouvoirs, on en crée d'autres (parce qu'on ne peut pas toujours les faire disparaître), on leur enlève des prérogatives ou des rôles de fait pour les donner à d'autres, nouvelles ou anciennes, ou on les remplace (parfois dans un bain de sang). Ainsi, au fil du temps, s'allonge la liste de ces unités: gardes, unités et services "spéciaux" ou à statut spécial/privilégié, directement rattachés au coeur du pouvoir. Des rivalités se créent (parfois intentionnellement), le fonctionnement est compliqué et cette inflation est accrue par d'autres tendances comme un souverain ambitieux/vaniteux, un besoin accru (temps de guerre ou tensions graves, Etat en croissance, donc requérant plus de capacités, y compris dans l'entourage du pouvoir) ou des besoins d'un nouveau type (communications sécurisées et cryptologie, nouveaux moyens de transport, nouvelles armes -tels les mousquetaires). Quelques exemples de "remplacement"/licenciement? - quand Auguste forme les Prétoriens (protection du "1er citoyen, général en chef et grand pontife", pas encore César/Auguste), sans évidemment anticiper le comportement de l'institution, il connaît la musique du pouvoir, et forme parallèlement les Cohortes Urbaines (protection de Rome, du Sénat et des Institutions), qui ne parviendront jamais cependant à concurrencer leur pendant. Et il forme la Garde Batave (des étrangers, de tribus clientes de sa famille) pour sa protection personnelle et celle de sa famille. Pas con le gars.... Mais il a pas prévu de protection contre sa famille (à part sa femme peut-être, qu'était pas une commode). - Septime Sévère rapplique devant Rome avec ses 3 légions du Danube: les turbulents Prétoriens sont convoqués, désarmés, dispersés et envoyés dans des légions de frontières.... Et un contingent choisi des 3 légions forme les nouvelles cohortes prétoriennes. - années 1580: devant l'infiltration omniprésente de la sainte ligue et du clan Guise, Henri III fait lever par son "mignon" d'Epernon une petite unité qui s'ajoute à la Maison du Roi (déjà bien fournie), les "45", cadets gascons de confiance qui préserveront sa vie, particulièrement dans les moments difficiles de la terrible année 1588, où il leur donnera l'ordre désespéré d'aller, pendant les Etats Généraux (moment où il ne contrôle quasiment plus rien, pas même son étage au château de Blois), assassiner le Duc et le Cardinal de Guise - Constantin vainc son concurrent Maxence sur le Pont Milvius et y trucide les Prétoriens, qui étaient en face. Il ne reforme pas l'unité et constitue le noyau d'une nouvelle Garde - Louis XIII forme une amicale secrète sous la régence de sa mère (et de ses 2 "conseillers", Leonora Galigaï et son mari Concino Concini), pour prendre le pouvoir au sein du Louvre, en 1617; non que ses propres gardes le menaçaient, mais ils obéissaient à la régente (et leurs officiers à qui payait) et n'auraient pas bougé sur un simple commandement public. C'est donc au sein des officiers de sa garde et des personnes de son entourage que Louis XIII a pu réunir une poignée d'hommes de confiance pour organiser un "coup" contre Concino Concini, prendre le Louvre et foutre sa mère au placard. - Pierre le Grand, jeune tsar sans pouvoir et isolé dans une ville réservée aux étrangers en Russie, passe sa jeunesse à réunir de jeunes Russes (la plupart roturiers) et des étrangers (dont des experts militaires) qui sont réunis et entraînés dans deux unités formées "à l'européenne", vues par sa tante (régnante) comme des amusements de gamin.... Ces deux unités, Preobrajenski et Semionovski, s'avèrent sérieuses quand il fait sa révolution de Palais et vire sa tante en détruisant la garde des Streltsy (une institution turbulente, corrompue et militairement dépassée), elle-même formée en son temps par Ivan le Terrible pour trucider les Druzhina (garde) des Boyards (grands féodaux) qui menaçaient sans cesse le tsar. - 1789: les Gardes Françaises rallient les émeutiers et affrontent (enfin massacrent) les Gardes Suisses - en 1826, le corps des Janissaires est dissout dans le sang Que représente notre Garde Républicaine aujourd'hui, dans ce lignage méta historique? Comment la compareriez-vous à d'autres "Gardes" d'autres pays actuels? Des démocraties certes, mais aussi d'autres Etats. Certains ici sauraient-ils par exemple décrire le fonctionnement du pouvoir nazi, selon cet angle particulier de lecture de l'histoire? Plus encore, quelqu'un saurait-il, dans le même registre, comment fonctionnait le pouvoir soviétique et comment ça se traduisait dans l'organisation des gardes et unités d'élite (à qui elles rendaient des comptes, comment elles se développaient et se faisaient compétition)? Enfin un dernier aspect fondamental du sujet: comment étaient recrutées ces gardes et unités d'élite? Comment sélectionner? A quels viviers puiser? Comment s'assurer de leur fidélité ou les garder en respect? Comment garder durablement ces unités (les individus à un moment donné, mais aussi les unités elles-mêmes dans la longue durée) fidèles/calmes? Comment obtenir de l'efficacité? Là encore, il a existé (et existe) mille et une formules, la plupart imparfaites, voire certaines carrément mauvaises. Et il s'est parfois avéré difficile de changer de formule, ce qui signifiait généralement que le souverain était au moins en partie à la merci de sa Garde et élites militaires (Rome et Byzance ont connu cela, de même que les souverains mérovingiens, les tsars russes, les sultans turcs, ou encore tant de régimes, démocratiques ou non, y compris récemment -le Mali, après tout, il s'est passé quoi l'an dernier?). Qu'on amène ses ennemis près de soi pour les employer à se protéger et les encadrer, qu'on recrute de force des enfants esclaves/soldats (janissaires....) ou qu'on impose des types de recrues et d'éducation particuliers (amazones du Dahomey, aristocratie fanatisée ou zélotes religieux -cf les Ilkhans), qu'on prenne les meilleurs soldats de l'armée (à tour de rôle ou à demeure) ou qu'on recrute des gens "moyens" représentatifs de la population (cf certaines Gardes Nationales, dont la française de 1789, certaines milices....), qu'on fasse venir des étrangers (loin des intrigues de locaux, voire ne parlant pas la langue) ou qu'on profite d'une culture de serments prise au sérieux, qu'on compte sur un Etat développé aux institutions solides pour se contenter de volontaires "normaux" ou sur une culture "d'honneur" (qui pourtant n'a jamais fonctionné dès que le pouvoir est en question), sur des serments personnels et/ou une idéologie, sur du clientélisme ou des relations de familles/d'amitié, voire sur des castes (un statut héréditaire de garde, une ethnie particulière comme en Arabie Saoudite).... Y'a l'embarras du choix: mais là aussi, recrutement et formation reflètent l'Etat du pouvoir, sa façon de fonctionner, sa nature, sa structure, sa popularité, sa solidité.... Quels sont les exemples les plus et les moins efficaces selon vous, les plus démentiels? Note: par pitié, si on pouvait éviter d'aligner les liens divers ou encarts vidéos qui sont souvent l'essentiel des posts (et auxquels personne ne répond parce que c'est pas vraiment des contributions et pas vraiment "participatif"), ce serait bien. Des contributions personnelles sont plus intéressantes et permettent de parler. Un peu de chaleur humaine avec l'acier et la poudre, que diable .
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Guerres & Histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Davout dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Non, d'où justement ma remarque que ce thème n'avait peut-être pas vraiment sa place dans le magazine dont le coeur de métier est le domaine militaire à travers l'histoire. Si un article est dépourvu de cet aspect, y'a comme un problème: une bataille a eu un impact important, mais on ne parle ni de la bataille ni des armées en présence. Ca n'enlève rien à l'intérêt de l'événement ou de l'article.... Juste à son intérêt dans CETTE revue. La place est comptée dans ces pages. -
Guerres & Histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Davout dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
J'ai pas dit que l'article n'avait pas de valeur historique.... Juste que par rapport au thème du journal (domaine militaire, histoire du "warfare"), ça semble un peu gâcher de la place. Ca n'est évidemment que mon opinion de lecteur/consommateur avec des goûts et préférences particuliers. -
Guerres & Histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Davout dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Assez d'accord: l'article est assez creux, malgré la bonne volonté de l'auteur. Rien sur le "warfare" (qui est censé être un tantiner le coeur de métier du mag) des deux parties en présence, beaucoup de contexte (qui est censé avoir une proportion moindre dans les articles) et l'article n'a en fait pour vertu que de nous dire que cette bataille a eu lieu.... Ce qui aurait pu être fait dans les pages de micro articles du début du magazine. -
Films de guerre, en vrac
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rob1 dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Ben non, tiens: j'ai pas trop de mal avec les Australiens (ou les Irlandais), quoiqu'évidemment, l'occasionnel Bogan bien beurré reste un animal qu'on ne comprend pas. Plus de mal avec les accents "chav" et autres semi patois populo de la zone de Londres (beuaarh, l'accent de l'est londonien): c'est un peu la version anglophone (enfin, je présuppose que c'est de l'anglais) de ch'tis sous amphétamines. Ceci dit, t'es mauvaise langue: Sean Bean est très compréhensible, même quand il lâche son vrai Yorkshireman intérieur (et ça dépote); c'est irritant ou comique, mais on comprend, je trouve. Ceci dit, d'ailleurs et en plein dans le sujet: Sean Bean sera à l'affiche d'un film de guerre bientôt: The Fourth Reich. Avec des surhommes nazis, des scientifiques fous commandités par Hitler pour changer le cours de la guerre, des zombies teutons, la totale quoi! Avouez quand même: avec la mode actuelle des zombies, il manquait quand même la combo zombie ET nazi (et savant fou bien sûr). Alors si en plus ils se font traiter de "tosser" ou "wanker" (avec l'accent bien sûr) par Sean Bean, que demander de plus?!!!!! -
Films de guerre, en vrac
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rob1 dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Ewan McGregor doit être trop bien éduqué: même son accent écossais reste très clair. Il a une trop bonne diction :lol: . Johnny Lee Miller aussi, et même Kelly McDonald (que j'adore) qui a un putain d'accent au naturel. En fait, ils sont tous très compréhensibles dans ce film, sauf Robert Carlyle, qui, lui, force vraiment le trait. Soit t'es détendu et focalisé sur le film, et tu peux comprendre, soit c'est de l'hébreu (prononcé par un Ecossais). A noter que dans les films de guerres "ethniquement marqués", ils forcent aussi souvent le trait des accents et façons de parler: aux USA, y'a toujours au moins un gars à moitié incompréhensible dans l'unité filmée. Mais dans les films de guerre anglais, ou centrés sur des Anglais, c'est l'inverse: y'en a un de compréhensible, et les autres ont une diction à chier et/ou un accent à couper à la tronçonneuse. "We'he Bri'ish ain'we?".