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Tancrède

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Tout ce qui a été posté par Tancrède

  1. Tancrède

    Emeutes en Angleterre

    Et où sont les armes non létales dont tout le monde parle depuis longtemps: canons à micro-ondes, canons soniques, canons à mousse qui se solidifie....
  2. Tancrède

    Emeutes en Angleterre

    Ils l'ont fait aussi après 1789 :lol:.... Pour la note en France, je crois que le dernier ministre à avoir ordonné/assumé de faire tirer sur la foule s'appelait.... François Mitterrand (faudra que je vérifie où et quand).
  3. Autre façon de formuler le sujet: qu'est-ce qui fait qu'un pays (ou une autre entité politique) est capable de peser sur un échiquier régional/international/mondial, bref, dans son environnement politique? Quels sont tous les ressorts et moyens d'action qui articulent ce qu'on appelle globalement la puissance d'un pays? Dans quelle mesure l'outil militaire, et même plutôt le type d'outil militaire est-il pertinent dans ce mix?
  4. Le serpent se mord la queue puisque ces mêmes acteurs financiers sont aussi ceux qui font tout pour que les décideurs politiques prennent les décisions qui les arrangent (lobbying, financement de campagnes électorales, pressions par mouvements de fonds ou menaces de le faire). Ce n'est pas un jeu compartimenté, surtout après 40 ans de ce mode de fonctionnement: les élites politiques actuelles sont beaucoup plus implantées dans ce mode de fonctionnement et cette mentalité, quand elles ne sont pas purement et simplement interpénétrées avec les "élites" du monde financier. Sinon, une question technique: on évoque les processus de sortie de l'euro, mais quid de l'alternative qui commence à être mentionnée plus haut, à savoir la constitution d'une dette européenne mutualisée qui se substituerait à l'essentiel des dettes nationales? En combien de temps, techniquement parlant, cela pourrait-il être mis en place et devenir la norme, l'organisme unique qui négocie les emprunts? Mais c'est étrange d'entendre des analystes financiers, ici et là, qui en sont à évoquer les risques géopolitiques de la situation actuelle: les scénariis de guerre sino-américaine sont-ils désormais si science-fictionnels que ça? Plus globalement, je m'étonne de ce que peu de gens essaient de conceptualiser ce qu'impliquerait sur l'économie mondiale et surtout son climat (sécurité des axes commerciaux, équilibres politiques régionaux....) un retrait partiel et un moindre interventionisme américains? On a oublié l'importance de ce qu'est un "système" international, la difficulté d'en mettre un en place, l'équilibre imperceptible qu'il permet et l'impact que cette certitude informulée a sur les perspectives économiques générales. On prend trop ces choses pour acquises par principe, au mieux, pour abstraites et dépassées, au pire.
  5. C'était mentionné nettement plus haut dans le fil: dès lors que l'infanterie est motorisée, la distinction perd son sens, effectivement. La capacité de "rupture" est à revoir quand même: - le combat "en ligne" ;), pour réemployer du vieux vocabulaire, n'aura pas lieu: les grandes concentrations de chars l'une contre l'autre? Ca n'aura pas lieu, et s'il fallait pouvoir aller titiller le Chinois, ce qui se ferait chez lui, il en faudrait une masse énorme, pas 1 ou 2 (ou même 3 ou 4) brigades blindées. - la "rupture" face à des concentrations blindées classiques est désormais bien plus le boulot de l'aviation de bombardement et des aviations légères/d'assaut, voire d'une combinaison avec de l'artillerie, que le fait du char. Mais avant toute chose, on constitue une armée face aux adversaires probables: facile d'avoir un modèle (et encore, relativement :-[) quand l'adversaire est unique et aux frontières, qu'il soit allemand ou soviétique, mais face à des situations diverses et protéiformes, faut prendre un axe et définir un panel des menaces les plus probables. Parce que vouloir constituer un "modèle universel", c'est risquer d'une part de n'avoir que des échantillons, et d'autre part de passer à côté des besoins et menaces réels qui évoluent. Dans les 2 cas, c'est se condamner à l'impuissance. Pour reprendre le général Desportes, il faut noter que le mot "char" ne doit pas être employé indifféremment en disant qu'on "a besoin de chars": un char d'appui pour l'infanterie et les conflits asymétriques, le combat urbain (ce pourquoi le char est revenu "à la mode" dans les années 2000 après la remise en cause des années 90), un tel char ne serait pas une "formule 1" comme les MBT calibrés pour le combat tournoyant en centre Europe. Il s'agirait d'un outil procurant de l'appui feu polyvalent et mobile (la chenille aidant) sous blindage lourd, avec un panel de capteurs important. Une telle machine coûterait très nettement moins cher parce qu'elle n'aurait pas besoin des capacités marginales hors de prix des MBT actuels (pas besoin d'aller à 70-100km/h en toutes circonstances, pas besoin d'allumer à 4km, pas besoin de pouvoir allumer du char adverse à 6 coups/minute alors que cible et tireur sont en mouvement rapide....), juste de procurer de l'appui feu mobile sous blindage, au rythme de l'infanterie et du champ de bataille probable.
  6. Juste des choses que j'entends ici et là et qui choquent même des avocats d'affaire (pas si facile que ça).
  7. Les émeutiers et pillards sont susceptibles de se faire charger par des CRS.... Les délinquants de la finance et abuseurs en tous genres n'ont pas leurs CRS et GM pour les calmer :lol:? Quelques pendaisons pour l'exemple pourraient avoir un effet certain sur les anticipations économiques des opérateurs financiers (si "honnêtes", "objectives" et désintéressées :-[ :P par ailleurs). Juste un nouveau facteur à prendre en compte dans l'équation, en même temps que les stratégies des banques et fonds avec lesquels les agences de notations sont en cheville.
  8. Tancrède

    Emeutes en Angleterre

    Il faudra leur dire que c'est plus possible depuis la dernière Defense Review: y'a plus de quoi assurer les rotations de telles projections opérationnelles (Lincolnshire-Londres, c'est déjà une OPEX vu les budgets) .... Il reste la Household Cavalry et ses 2 micro-escadrons, pour charger sabre au clair en dernier ressort :-[.... D'où tu sors ça? De la propagande du Parti? Dire ça, surtout cette année, c'est délirant, ils ont déjà dépassé les 40 000 "événements violents" de tous types avant la mi-août: émeutes de la faim, protestations violentes de paysans expropriés, manifestations brutales d'ouvriers exploités dans des conditions dont Zola n'aurait pas cauchemardé, émeutes de minorités ethniques, avec la nouveauté cette année que certains de ces types de mouvements ont trouvé le moyen de se coordonner. Le Tibet est complètement fermé au monde extérieur par ailleurs. La moitié de leur armée est faite pour s'occuper de la police intérieure, avec véhicules blindés et tout le toutim.... "Le respect de l'ordre est culturel" :lol:: combien de pays ont balancé ce genre de trucs pour se choper juste autant d'émeutes que les autres, le plus souvent pour le même type de raisons. Ce genre d'affirmations par ailleurs, c'est vraiment ne même pas connaître l'histoire de la Chine.
  9. Nettement plus qu'à un "grand soir" qui verra le "système de production-consommation" changer dans un sens moral et éthique, avec mise au pas des grandes concentrations capitalistiques; la configuration et l'organisation du monde actuel s'y prête nettement plus. Ca ne veut pas dire que TOUS les Etats seront faibles ou disparaîtront en tant que grands acteurs qui pèsent, juste que la "multipolarisation" du monde qui est souvent décrite ne sera pas seulement un rééquilibrage de la répartition de la puissance entre Etats: d'autres acteurs s'invitent dans le jeu. Cette "reféodalisation", qui va de pair aussi avec l'indivualisme, l'affaiblissement des structures et mentalités collectives surtout en occident, le phénomène urbain.... Est quand même un thème sur lequel beaucoup a déjà été écrit par des chercheurs en plus d'avoir été pressenti par Franck Herbert (l'auteur de Dune, et assez bon analyste), tout en étant un des grands mouvements "naturels" de l'Histoire, qui oscille du point de vue des grandes formes d'organisation humaine entre des cycles de centralisation et de décentralisation (la seule histoire de France, mais il en est de même pour le Japon, la Chine, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie....).
  10. Ou bien vers une ère (intermédiaire avant le "grand changement", ou durable) de reféodalisation du monde avec affaiblissement des Etats, prise d'importance des grands ensembles capitalistiques hors de tout contrôle, multiplication des entités non étatiques ou para-étatiques exerçant leur contrôle sur des régions entières, autonomie accrue des régions/"morceaux" des Etats existants....
  11. Il faudra cependant en passer par là, vu le niveau de capacités projetables au final, et le niveau -et c'est là qu'est un des os vu que c'est peu facilement mesurable- de synergie obtenu avec des unités-réservoirs (dont la cavalerie, principalement ancrée dans un "coeur de métier" qui n'a plus lieu d'être) composant des GTIA à la carte assemblés en dernière instance. Les conflits sont pour un moment encore expéditionnaires et principalement orientés contre des adversaires non étatiques, proto-étatiques ou des Etats faibles ou moyens, mais surtout en de multiples endroits au même instant, et rarement dans des schémas de guerre totale visant à anéantir un adversaire structuré classiquement en pays avec ses organisations et infrastructures stables, obéissant aux schémas de comportement des guerres mondiales. Il n'y a pas assez, et il n'y a pas assez d'efficacité des unités existantes encore fondamentalement calibrées (dans leur principe plus encore que dans leurs matos) pour affronter une armée d'invasion dans les années 80. Faire de l'interarme organique au plus petit échelon tactique pensant possible est une logique opérationnelle de toute façon, et l'idée est de le faire parce que si de telles unités sont la structure de base, c'est à partir d'elles qu'on réfléchira, qu'on recrutera, qu'on déterminera les besoins humains et matériels, qu'on pensera les interactions et tactiques, qu'on peaufinera des organisations et structurations.... Ce qui semble plus pertinent: les brigades sont interarmes mais ce sont des groupements en grande partie administratifs, eux-mêmes géographiquement éclatés et plus du tout faits pour l'opérationnel. Les Norvégiens, et dans une moindre mesure les Américains (qui peuvent cependant eux faire de l'interarme plus fréquemment par l'existence de grandes bases rassemblant de grandes unités entières, ce qui change la logique), ont commencé à franchir ce cap. Aucun ennemi dangereux n'a beaucoup de probabilités d'apparaître aux frontières avant trèèèès longtemps, et s'il est étatique, il entre dans la logique nucléaire, ce qui écarte un besoin d'adapter une armée de défense qui impliquerait surtout d'autres logiques (dont le retour à la conscription, à un format général "courtes pattes" calibré pour la défense territoriale....). Ben oui, mais le point du sujet est quand même de regarder le "modèle cavalier" et ses survivances, la logique d'arme et de chapelles telle qu'elle a été et se trouve actuellement, d'xaminer les changements possibles, d'en souhaiter.... Bref, de relativiser au regard de l'histoire. Sinon à quoi sert même d'en parler ;) :lol: et d'avoir un forum de discussion pour dire que "rien ne changera"? Pour mémoire comparative: la fin du XVIIIème siècle a vu une remise en cause générale de l'idée même d'armée, particulièrement en France, avec une mentalité courante de voir la paix et le développement commercial comme désormais éternel après "l'âge de raison". Les restrictions budgétaires étaient, et ce dès l'après Guerre de 7 ans", tout aussi drastiques, et c'est pourtant le moment d'une révolution militaire sans précédent depuis celle de Louvois qui a lieu, avec le changement de l'artillerie, la mise en permanence des unités AU COMPLET (l'effectif de paix est désormais fait pour être celui de guerre avec toutes les unités prêtes au combat, sauf les milices de défense), l'organisation d'EM permanents et d'unités de manoeuvre interarme (les divisions de De Broglie, plus un EM général), des formations spécialisées et générales d'officiers plus contraignantes et établies "en dur" dans des institutions fixes, des niveaux de capacité par unités établies selon des critères quantifiés (plus que simplement les mouvements, allures et conversion, mais aussi les cadences de tir....), une revue générale des règles et organisations, et évidemment de la tactique avec même la distinction d'un échelon qu'on qualifierait aujourd'hui "d'opératif". Pour les GTIA de 44-45, faut demander à Loki: je connais ça trop superficiellement.
  12. Ben, je crée souvent mes sujets "généralistes" précisément pour NE PAS sérier les questions et compartimenter les aspects de ce que je souhaite être une réflexion plus intégrée: on fait beaucoup d'autres discussions "spécialisées", et il me semble de bon ton d'aborder aussi des sujets sous un angle "fusionné", au risque potentiel, il est vrai, de certaines confusions, tout comme les discussions spécialisées comportent elles le risque précisément du syndrôme de la "chapelle" et de la pensée de chaque petite case par et pour elle-même. Justement, le point est d'évoquer que ce modèle s'est peut-être trop éloigné de la réalité opérationnelle. Tout modèle le devient à force de n'être pas confronté "n grand" à l'évolution des besoins, mais le degré d'éloignement peut aller trop loin, et surtout coûter trop cher au vu de la "rentabilité" tactique et stratégique de l'outil existant. Et ce degré d'éloignement peut créer une structure qui ne serait même pas apte à évoluer assez bien/assez rapidement si besoin était: les organisations humaines et leurs subdivisions, les cadres mentaux, ont des inerties lourdes et accumulent les conservatismes et les mécanismes de résistance au changement, surtout quand elles sont éloignées de l'Etat de nécessité/de confrontation brutale à la réalité. Mais même par rapport aux besoins actuels et à ce qui pourrait être tiré du budget tel qu'il est, l'outil semble offrir des capacités et une pertinence très réduites.
  13. C'est pas le fait en soi, c'est en parler comme au café du commerce avec des généralités faciles sur les "bonnes" valeurs et autres délires toujours commodes à balancer à la cantonnade: ça n'apporte rien au schmilblick. C'est pas le sujet, c'est du déclaratif général qui ne se rapporte pas à grand-chose sinon à une autre façon de dire "tout fout l'camp ma bonne dame", en référence à un passé qui n'a pas existé mais dont la vision sert juste à dire que "c'est la merde" actuellement. Et c'est surtout très partiel: des "populations travailleuses", tout le monde en a, et y'a pas ou peu d'exemples historiques de populations "flemmardes". Mais surtout, des régimes non populaires, mal acceptés, peu réactifs à leur opinion voire pas du tout en phase avec, n'exerçant de contrôle que par la force et quelques autres moyens (généralement un équilibre variable entre carotte, pour une proportion donné de population, et bâton, y'en a énormément, sinon bien plus que ce que tu décris et qui relève plus du fantasme. Des pays dont la puissance militaire, économique ou de toute autre forme leur a permis de peser alors que ces forces étaient sans rapport avec les réalités sociales, politiques ou économiques du pays, y'en a aussi beaucoup. D'abord et avant tout parce qu'aucun régime qui a existé n'a résulté d'un instant T mythologique de communion avec une population qui, prise en général, n'est qu'une abstraction qui n'existe pas ailleurs que dans les discours. Un pouvoir se constitue par rapport à des sous-pouvoirs, des organisations et regroupements humains par nature inégaux au moins en taille, et qui reflètent des rapports de force. Les trucs genre "le tout en haut" ne compte pas ou peu, ou n'est qu'une conséquence du "en bas", c'est très démago et très faux. Mais plus généralement, le sujet, et c'est pourquoi il faut le lire, traite de la puissance concrète, ce qui fait qu'un pays ou un autre type d'entité politique pèse à un instant T ou sur une période donnée, pas de généralités qui ne mènent à rien sinon à balancer des abstractions aussi lénifiantes que généralistes sur "ce que les gens et les pays doivent être" selon l'avis de tel ou tel. Désolé de le dire brutalement, mais franchement, là ce sont des interventions qui ne mènent pas à grand-chose. Et pour le décrochage sur la France de 1914, faudrait quand même pas la prendre en référence: ce sont des moments d'exceptions non durables dont il est peu souhaitable qu'ils se reproudisent. Faut quand même rappeler que la crispation idéologique de l'époque est un moment de tension et de poussée extrême qui font des pays de l'époque, et de la France en particulier, des nations agressives et haineuses (même si elles ne se perçoivent pas elles-mêmes comme telles), idéologiquement poussées en avant (ce qui ne peut être éternel: si la guerre n'avait pas eu lieu, ça n'aurait pas tenu beaucoup plus longtemps). Et pourtant cette poussée d'aggressivité brutale était mal articulée par une organisation militaire peu pertinente, des moyens limités, une économie nettement moins développée que celle de l'adversaire et une taille franchement 3 crans au-dessous qui rendait des alliés vitaux. Et pis j'aime pas être contredit quand j'ai un bon cheesecake dans la bouche! Ca donne un goût. Mais va falloir que je demande aux modos le pouvoir de faire la police sur la section histoire: je suis le maître de l'Histoire, muhahahahahahahahahaaaaa! Merde mes pilules!
  14. La guerre, c'est de la lâcheté organisée: l'OTAN attaquant la Libye, comme Khadaffi attaquant Benghazi, c'est quoi? Pas foutre de la morale pour ces choses: le "terrorisme", c'est la guerre et rien d'autre. Viser un chef adverse, y'a rien qui s'y oppose, et c'est même une logique fondamentale de la guerre, une cible de première importance sinon la première cible, pour peu qu'on puisse l'atteindre. Si on ne le fait pas, c'est soit réellement une connerie, soit que l'intérêt politique de garder le dit leader adverse en vie est de meilleur rendement stratégique que l'inverse, certainement pas une question de "ça ne se fait pas". Dans ton exemple des conquêtes coloniales, garder les élites locales en place était de bonne politique pour avoir un meilleur contrôle des zones envahies avec de faibles moyens, comme levier. Si d'autres circonstances avaient été présentes, liquider ces mêmes élites aurait pu être la meilleure politique, et personne ne se serait gêné pour le faire. L'équivalent de "se foutre sur la gueule" entre des Etats, c'est faire la guerre, et les limites ne viennent que d'intérêts politiques existant à un instant T, pas d'un cadre moral et juridique qui encadre les rapports sociaux entre individus. Les limites qui peuvent empêcher de tuer Khadaff: - d'abord et avant tout de ne pouvoir le localiser physiquement - le fait que d'autres pays, arabes surtout, peuvent s'y opposer plus ou moins fermement et éventuellement exercer des représailles si la chose était faite - le fait que sa mort puisse entraîner plus de bordel que le fait de le laisser en vie - un éventuel contrepoids à un CNT qui ne serait pas tout ce qu'il dit être Toutes raisons pour lesquelles il ne peut être ciblé en tant que tel, même s'il l'est en réalité (la vraie question étant le niveau d'intensité et de priorité dont son ciblage fait l'objet), et que sa mort, si elle doit survenir, sera sous les apparences d'un "dommage collatéral" dans une frappe ciblant officiellement un "centre de commandement" ou toute autre cible matérielle d'importance tactique ou stratégique. Mais en arrière-plan, la décision de le buter procède d'une analyse politique, d'une analyse coût-avantage très réfléchie, pas d'un quelconque "bourrinisme" américain.
  15. On peut arrêter les délires métaphysiques sans grand rapport avec le sujet siouplaît? Y'a un sujet à lire avant de poster, pas juste le titre. Le "haut" et le "bas" sont effectivement liés sans qu'il soit possible de dire lequel procède de l'autre en termes de résultats observables -sinon mesurables- pour ce qui concerne les facteurs de puissance. A noter que la "puissance" d'un pays peut aussi être surestimée plus ou moins largement en raison d'un résultat favorable dans une guerre (et un résultat doit souvent aussi beaucoup au hasard, surtout en cas d'adversaires relativement équilibrés). C'est la façon dont un pays se "maîtrise" en tant qu'organisme général qui est un des premiers facteurs de puissance, soit moins la direction "tout en haut" en elle-même que la hiérarchie sociale et administrative qui l'articule: maîtrise du territoire, contrôle de la population, optimisation du fonctionnement des institutions à tous niveaux et l'optimisation globale des interactions entre ces niveaux pour "produire" du résultat rapide et important. C'est principalement pour cette raison que les petits pays (population faible mais homogène selon un critère ou un autre, et/ou petite superficie) dans l'histoire européenne (et ailleurs), plus "maîtrisables" que les grands (sous-administrés, trop vastes et peuplés à l'échelle de leur époque, peu facilement gouvernables en raison d'entités politiques internes peu ou pas contrôlables), ont connu des ascensions rapides et ont pu avoir des rôles démesurés au regard de leur taille, au moins pendant un temps: Hollande, Suède, Savoie, Prusse (qui a pu elle passer dans la catégorie au-dessus après un moment), Portugal, Aragon (avant l'union avec la Castille), Venise, Gênes, Florence, Sicile, Normandie (elle aussi passée dans la catégorie au-dessus très tôt).... Tous ont pu jouer dans la cour des grands voire accéder au rang de grand durablement en s'étant "maîtrisé" eux-mêmes très vite. Ce à quoi il faut ajouter le facteur déterminant et irremplaçable d'un ou plusieurs dirigeants réellement géniaux et/ou capables de rassembler/tenir leurs propres pays d'une main suffisamment ferme et/ou habile pour avoir toute latitude pour agir à l'extérieur librement et avec tous les effets des énergies et organisations de leur pays mobilisées. Mais ce fait est rare: le "capital politique" (procuré par divers moyens) pour donner cette latitude d'action est rare, et un dirigeant ayant une action extérieure ambitieuse est souvent limité par une action difficile pour rassembler ou tenir derrière lui son pays.
  16. Je ne sais plus où je développais un truc dans le genre (un sujet historique sur les cadres), mais c'est un peu ça l'idée qui va avec: l'abaissement de l'échelon interarme d'autonomie, parfois jusqu'à la section interarme, mais généralement à la compagnie, requiert des bas officiers très expérimentés, rôdés et sûr d'eux, pas des lieutenants et capitaines "jeunots". Evidemment, le profil des officiers issus du rang permet de compenser cela mais pourquoi pas effectivement institutionaliser plus la chose et faire 3 corps distincts: - un corps de sous-offs pleins et entiers, avec une possibilité de carrière longue "à l'anglaise" - un corps de bas officiers issus du rang/des sous-offs, géré pleinement comme tel et poussé comme niveau des "techniciens de la tactique et de la pratique" - un corps d'officiers d'EM dédié aux commandements autonomes (niveau opératiques et stratégiques) à partir du bataillon interarme et qui commencerait au niveau de lieutenant colonel pour les postes de décision, avec une autre gamme de rangs en-dessous pour ceux qui garnissent les EM opérationnels et métropolitains, et un statut spécifique accompagnant leurs débuts de carrière au sein d'unités combattantes, mais pas comme officiers commandants: des sortes de "jeunes messieurs", "cadets" ou "aspirants" à la disposition des bas officiers chargés de leur formation sur le tas (en plus de l'académique), de leur acclimatation à la réalité tactique, pouvant occasionnellement (pas structurellement) les charger de missions autonomes et leur confier un détachement. C'est peu ou prou la façon dont s'organisait l'armée romaine; en plus des sous-offs, les centurions étaient un corps de bas officiers et officiers médians (couvrant les équivalents des rangs allant de lieutenant à colonel, avec des grades et distinctions supérieurs pour certains "happy fews" en fin de carrière qui entraient dans l'ordre équestre) experts de la tactique et de la pratique purement militaires, les officiers généraux, issus de la classe équestre et surtout sénatoriale, avaient les commandements d'armée, les postes d'EM et constituaient un réservoir d'officiers chargés ponctuellement de détachements au sein d'une légion ou d'une armée (une cohorte -ou plus- détachée temporairement gardait son centurion comme chef de l'unité et responsable de l'usage tactique/opérationnel, avec un légat au-dessus de lui pour l'usage opératif/stratégique).
  17. Je crois plus prondément que faire joujou avec ce facteur comme une variable d'ajustement est dangereux parce que le fait de fonder une famille, fait auquel la propriété est lié par essence, en plus d'être un idéal de classe moyenne, est un besoin essentiel et irréductible, profondément enraciné dans l'être humain: c'est dans l'ADN, dans la biologie, à la base de toute culture (il faut se créer sa "tanière", être maître dans ce "chez soi" pour la création duquel on est basiquement programmés). Menacer ce fait est autant une menace contre la démographie qu'un facteur de mécontentement potentiellement grave (qui peut se traduire autant par de la grogne ou de la violence sociale que par l'émigration), car c'est un besoin qui n'est pas compressible. Tous les calculs sont faits par rapport à ce besoin: estimation du niveau de revenus recherché, "rayon d'action" autour du foyer (donc impact sur la mobilité géographique).... Moi aussi mais il ne faut pas sous-estimer les raisons d'être du jacobinisme en France (c'est pas une idéologie/une obsession du centre née de rien), pays qui s'est constitué par le centre et reste tenu par le centre: surtout aujourd'hui, où la "conscience nationale" est plutôt à un niveau très faible, il ne faut pas oublier que la décentralisation peut être aussi un synonyme de désunion nationale, ou à tout le moins d'ingouvernabilité, donc un facteur d'instabilité. Ben oui, mais c'est quoi l'alternative?
  18. Où l'on s'aperçoit qu'une politique d'aménagement du territoire est indispensable, et devrait s'assortir d'un certain niveau de contrainte au développement de plusieurs grands centres urbains (à 2 échelons: une "capitale" et ses pôles périphériques) au détriment d'une trop forte concentration, contrainte qui passe par le fait d'imposer, si besoin est des critères/quota d'implantation pour des grandes boîtes, en plus de la simple carotte d'investissements d'infrastructures et d'allègement fiscaux.
  19. Question en fait à Gally autant qu'à Debonneguerre: La propriété reste cependant un idéal "solide" dans les aspirations basiques de chacun, et un moteur de comportements en général, notamment parce qu'elle est associée au fait de fonder une famille, fait qui restera toujours la motivation la plus basique de l'être humain, la plus inamovible. Impacter cette possibilité n'est-il pas directement impacter une société, une démographie et donc les perspectives de développement en même temps que certains aspects d'une relative paix sociale? L'Allemagne est loin d'être un modèle dans ce domaine.
  20. Pas sur l'Afghanistan en particulier, mais sur le type d'adversaire le plus probable pour les décennies à venir. Combien y a t-il d'Etats organisés et développés avec qui une proba de conflit un tant soit peu significative existe, impliquant des masses blindées? Combien de ces Etats entrent dans la logique nucléaire (ils l'ont et on l'a) qui écarte les moyens classiques? Combien de ces Etats sont susceptibles d'être envahis, ce qui implique de pouvoir projeter de l'unité blindée en quantité suffisante et à grande distance (si c'est pour jouer les supplétifs ricais dans une telle configuration, autant renoncer)? Et enfin, une remarque fréquemment faite par le général Desportes: ce qui tue les concentrations chars aujourd'hui, c'est moins le char que l'hélico, l'avion, l'arme antichar et certaines formes d'artillerie. Le combat tournoyant massif, qui est la seule justification de grandes unités blindées, n'aura pas lieu, si tant est qu'un conflit entre pays disposant de ces capacités ait une probabilité élevée d'arriver (sans que le nuke soit de la partie). Ergo, des chars et des unités optimisés pour cette hypothèse sont des non-sens coûteux. Tel est le sens général de mes remarques sur l'esprit de chapelle des cavaliers et l'absurdité d'avoir plus que des escadrons autonomes et intégrés dans des unités interarmes. Evidemment, mais le principe interarme vaut mieux, que l'unité réservoir spécialisée dans son coin. Un GTIA bricolé en dernière minute pour faire du plug and play ne vaut que si les troufions et cadres sont super-pointus, éminemment sélectionnés, expérimentés et entraînés (et encore), et/ou si l'adversaire est un branquignole.
  21. Tancrède

    Guerres d'Italie

    Pas mal comme analogie: les affrontements tendent souvent à être de moins en moins sanglants, entre compagnies de mercenaires qui respectent certains codes, avec des objectifs limités et des paix de compromis, entre négociateurs politiques qui jouent avec un grand sens de l'anticipation, savent ce qu'ils veulent (pas la destruction mais le contrôle) et négocient "en temps réel", produisant au final des campagnes peu dévastatrices par rapport à ce qu'elles pourraient être, le tout chapeauté par certains gardes-fous qui limitent les déprédations dans la mesure du possible, ce qui renvoie aux batailles ritualisées entre Cités grecques, par opposition aux Guerres du Péloponèse, véritable conflit qui consacre la fin du "système" (qui ne fonctionne plus), guerre de rupture totale et donc guerre totale sans plus aucun frein et avec volonté absolument jusqu'au boutiste. Exactement ce que seront les Guerres d'Italie avec France et Espagne dans la danse: aucun frein, aucune règle, et au final un cataclysme qui dure et d'une certaine manière achève une certaine Italie. Il y a alors plusieurs "banques de l'Europe": - la papauté, à ne jamais oublier, notamment par les communautés juives exilées d'Espagne et accueuillies par Alexandre VI (en plus des communautés préexistantes en Avignon) - Florence et ses cités dépendantes en Toscane: s'il devait y avoir une entité à qualifier de ZE bank of Europe, c'est elle qui aurait le titre. Les Médicis sont alors la plus grande somme de capitaux qui soit - Venise, qui reste quand même quelques crans devant Gênes - Gênes évidemment aussi - Milan et ses environs, véritable turbo économique et financier - les Flandres et les Pays Bas, avec par extension l'axe rhénan constitué par les Valois-Bourgogne et dont l'héritage va à l'Espagne (la dynastie financière des Fugger sera le pilier de Charles Quint) - le nord de l'Allemagne et ce qui reste des grandes cités hanséatiques - la région de Lyon et l'axe rhodanien Même si les activités financières ont acquis une certaine autonomie (le métier de l'argent en vastes quantités et en partie dématérialisé), il reste fondé sur la proximité d'un commerce ET des productions qui vont avec. Gênes et Venise sont les 2 dernières très grandes entités ayant constitué une concentration de capitaux via la spécialisation dans le transport et l'échange (avec surtout pour Venise quelques productions spécifiques aussi), mais la machine à cash qui fonde encore à ce moment les puissances financières -il y en a plusieurs, mais celle-là les dépasse de très loin-, c'est le textile, et la puissance financière se trouve avant tout là où se trouvent les grandes productions de textiles bruts et fins, les manufactures de filage et les élevages de qualité. Le Nord de l'Italie et les Flandres sont alors sans réel équivalent. La "culture de l'innovation" tenait avant tout au fait qu'il y ait des mécènes éclairés, et plus encore une concentration de savoirs dans un grand nombre d'universités. la multiplicité de petites entités devenant chacune des foyers de développement parce qu'elles étaient en concurrence aussi bien que parce qu'il s'agissait de zones plus "libres" et réduites, à système politique moins hiérarchisé et consensuel a aidé à faire aller plus vite dans ce sens, évidemment, mais n'est pas la cause de l'innovation comme principe. C'est pas tant la culture de l'innovation que la rapidité du phénomène que cette multiplicité, cette concurrence (guerrière y compris), a permis, mais la proximité géographique et culturelle (accélérant les interactions, de même que le phénomène urbain: pensez que l'Italie pré-Peste Noire est urbanisée à 20% là où le reste de l'Europe l'est à moins de 7% en moyenne) et la relative intégration de l'espace italien (réseaux commerciaux, isolement des autres zones de conflit, "circuit politique fermé) ont de fait aussi joué et permis le XIIIème siècle quatrocento qui en est le prologement en partie guerrier restructurant l'espace italien une première fois. Et il faut surtout se rendre compte que "l'esprit communal" avait déjà été mortellement atteint au moment où Français et Espagnols arrivent: la concentration politique avait aussi eu lieu au sein de chaque entité. Florence par exemple était devenue le turf incontesté des Médicis là où un siècle auparavant il s'agissait d'une oligarchie de grandes familles, et encore un siècle avant d'une république où richesse et pouvoir politique, même si quand même concentrés dans les mains de quelques entités conséquentes (les "grandes compagnies", en fait tenues par des familles se réunissant dans des chambres de commerce et de corps de métier qui étaient les vraies instances de pouvoir), étaient plus réparties, et se trouvaient relativement contrebalancées par les institutions communales sur lesquelles la population avait nettement plus de poids. Signe militaire de cette évolution interne, les milices communales, qui avaient chassé les Allemands du nord de l'Italie au XIIème siècle et avaient conservé toute leur efficacité au XIIIème, se délitaient largement, les entités italiennes entrant dans le cercle vicieux des soldats de métier à louer que condamnait gravement Machiavel. Il est frappant de constater qu'elles entament cette dégénérescence, témoin d'un détachement/déssaisissement de la population, au moment où les communes de Flandres renforcent, elles, cet aspect et cet "esprit". Mais cette évolution est la conséquence de la concentration du pouvoir et de son accaparement par une élite financière de plus en plus réduite et puissante, l'émergence de grandes familles qui deviennent réellement aristocratiques voire adoptent toutes les formes de ce statut et du mode d'exercice du pouvoir (Visconti puis Sforza à Milan surtout). Pour les amateurs de parallèles, il est assez intéressant de noter que l'Europe actuelle renvoie directement à l'exemple italien à la charnière des XVème-XVIème siècles: L'italie n'est perçue comme Italie que comme une réalité géographique et culturelle, aucun dirigeant ne veut réellement d'union ni même n'en parle, et c'est de la papauté qu'émerge réellement l'idée d'une volonté d'unification sans frontières prédéfinies. La papauté est en fait un mode d'autorité réellement comparable à celui de Bruxelles, sans réel contrôle mais exerçant une influence, disposant d'une capacité d'appui recherchée par tous et tous cherchant à influer sur elle. C'est d'elle qu'aurait pu partir un mouvement d'union qui a avorté pour des raisons aussi bien externes qu'internes. Et dans ces raisons internes vient l'ambition et le conservatisme des régimes existants, les rivalités inconciliables, l'équilibre relatif de ces entités et les incompatibilités d'intérêts. Sur ce fond interviennent des acteurs extérieurs offrant un tel différentiel de puissance dans l'absolu, et parfois plus encore des changements si rapides avec déséquilibres localisés dans le temps et l'espace (quand vous avez une armée énorme devant chez vous, vous vous écrasez; c'est pas la même chose que quand cette armée est à 400 bornes), que l'attitude adoptée a été celle des nations celtes face à Rome, et des Etats européens face aux USA: on préfère la tutelle d'un géant assez lointain à celle du voisin, ou même à l'entente avec le voisin. Evidemment, ce qui ne pouvait être prévu, c'est l'effet néfaste et de long terme non seulement des guerres d'Italie mais aussi et surtout de la tutelle espagnole sur nombre d'Etats italiens, tutelle qui a grandement réduit la prospérité et le développement (les structures d'un pouvoir monarchique impliquant des changements impactant les causes de l'ascension italienne, ce à quoi s'ajoutent les impositions de guerre des grandes monarchies).
  22. Tancrède

    Guerres d'Italie

    Bon, devant la non participation générale, je vais commencer. Longtemps, j'ai eu du mal à piger ces guerres d'une grande complexité qui n'est en fait qu'apparence: comme pour tout sujet, il faut trouver l'angle d'approche, par lui se donner une structure fondamentale très simple pour l'analyse et la compréhension, et de là toutes les complexités et circonvolutions ne sont plus que des conséquences plus faciles à mémoriser, voire à déduire. Bref, faut se faire une grille de lecture sous peine de se perdre dans les détails pris un par un et ne mémoriser que peu, ne comprendre rien et se dégoûter beaucoup. Or donc, au final, les guerres d'Italie, c'est une immense opération de simplification de la carte de la péninsule, et en langage économique, ce sont des opérations successives de concentration et de restructuration. Le vocable économique est de mise pour cette époque où les entrepreneurs et grands patrons sont des leaders politiques, propriétaires de patrimoines plus que fonciers (incluant productions, droits et charges législatifs souverains, droit de battre monnaie, droit de faire la guerre.... Ce qui est le propre des entités souveraines) qui sont des Etats ou domaines vassaliques sans grand contrôle d'une autorité supérieure, et/ou des entités commerciales et financières ayant accaparé la fonction politique par leur poids économique. Les Guerres Lombardes ont en fait simplifié énormément la carte de l'Italie, jusqu'alors un agrégat de quelques entités significatives (Naples et Sicile, Florence, Venise, Milan et Etats pontificaux pour l'essentiel au début du XVème siècle) et de nombreuses entités de taille variable, allant du microbien au significatif-mais-pas-assez-pour-peser-tout-seul (Mantoue, Ferrare, Sienne, Modène, Pise, Urbino....): cités-Etats, communes plus ou moins libres, domaines féodaux dont le suzerain ne peut contrôler ses vassaux (ce fut longtemps le cas des Etats pontificaux, dont les vassaux qui géraient les domaines étaient souvent de vrais barons-brigands n'aspirant qu'à leur autonomie de fait et à s'aggrandir), il y a alors de tout. Mais ces guerres ont aussi, même si elles les ont aggrandi, affaibli gravement les entités étatiques italiennes qui y ont perdu des fortunes, perdu des opportunités ailleurs (ce serait en fait l'amorce de l'affaiblissement relatif puis du déclin vénitien), sacrifié des marchés voire des pans de leur économie (les villes comme Sienne ne s'en remettront jamais vraiment: même si la prospérité reste, le niveau de puissance financière et commerciale a clairement rétrogradé). De cette guerre qui se conclue à la paix de Lodi en 1454 découle une nouvelle Italie, réduite à un nombre plus limité de pôles de puissance et surtout à un jeux délicat d'équilibre entre eux, gage d'une nouvelle stabilité que les interventions française et espagnole foutront en l'air en ajoutant des inconnues dans l'équation, mais aussi aux divisons internes nées de ce jeu qui ne trouvait pas d'issue parce qu'une entité suffisamment puissante pour rassembler une bonne partie du tout n'avait pas émergé. Les Etats Pontificaux avaient commencé à devenir cet élément rassembleur sous le pontificat d'Alexandre VI Borgia (le sardanapale Borgia décrié par la culture populaire), poursuivi par celui de son ennemi, le pape très batailleur Jules II (ex cardinal della Rovere, qui a en fait ouvert l'Italie à Charles VIII). L'Italie qui émerge de la paix de Lodi et qui sera le cadre de l'affrontement franco espagnol est ainsi faite: - des Etats pontificaux, repris en main par une série de papes plus forts: il s'agit de domaines considérables coupant l'Italie en 2 mais dont la vraie puissance est avant tout celle du pape - du royaume de Naples: pris aux Aragonais et dans les mains d'une branche cadette des Angevins, ce royaume est le plus grand d'Italie et s'accroche à son indépendance tout en étant l'objet des convoitises et revendications de la France (par le leg du roi René) et de l'Espagne (par l'héritage aragonais) - la Sicile: un peu hors du jeu, ce royaume est néanmoins dans les mains aragonaises - Florence et la République de Sienne: la seconde est de fait sous contrôle de la première - le duché de Milan: passé des Viscontis aux Sforzas (qui étaient initialement des mercenaires au service des Viscontis), il s'agit d'un vaste domaine extrêmement riche et disposant de troupes conséquentes - Venise: par son domaine terrestre, favorisé aux dépends de l'empire commercial maritime, Venise est devenue un Etat focalisé sur la péninsule qui y a perdu beaucoup de ressources dans les guerres lombardes. Mais elle reste un Etat conséquent, qui pèse lourd et dispose encore de vastes moyens - Modène et Ferrare, Mantoue et Lucques ne sont plus que de petites entités, mais ensemble, elles ont la particularité géographique de former un cordon séparant le centre nord de l'Italie (Etats pontificaux, Sienne et Florence) du nord (Venise et Milan essentiellement) et d'être donc de ce fait sur le trajet de toute armée visant cette zone.
  23. Sujet terrible en ce que j'aurais pu en faire un what if géant (la potentielle unification de l'Italie au XVème siècle, un fait qui a failli arriver) ou un parallèle en terme d'évolution de civilisation, la situation de l'Italie aux XIVème-XVème-XVI siècles étant un parallèle troublant avec l'évolution de l'Europe actuelle (placez les guerres Guelfes-Guibelins du Moyen Age comme l'époque des nationalismes et guerres mondiales, et les guerres d'Italie du XVIème siècle et le partage/la colonisation qui en découla comme l'avenir qui pourrait guetter l'Europe) avec sa semi-colonisation, son détachement progressif de la chose militaire/stratégique (tout en gardant des capacités d'innovation et des petites armées performantes), donc en quelque sorte de sa "responsabilité" d'Etat ou de groupe d'Etats, sa "papauté" bruxelloise, ses intrigues de cour et luttes internes en club d'abord fermé (avec donc une certaine "conscience" qu'il y a du linge sale, mais à laver en "famille") puis de plus en plus "ouvert" (atlantisme principalement, mais il est d'autres tropismes, dont celui de l'ingérence de la Chine), ainsi que l'évolution socio-économique qui tend à "reféodaliser" la société avec surtout des élites de plus en plus auto-reproduites et constituant un club moins ouvert qu'il ne l'a été. Il y a en fait 2 périodes qui peuvent être appelées "guerres d'Italie": la seconde est la plus connue, il s'agit de celle du XVIème siècle qui a vu, de 1494 aux années 1540, la péninsule déchirée par des conflits internes sur lesquels se sont greffés les ambitions franco-espagnoles. La première, c'est celle du XVème siècle, essentiellement italo-italienne; c'est l'apogée d'une certaine Italie, alors la zone la plus riche d'Europe (elle le sera encore longtemps, mais comparativement moins, et avec un contraste nord-sud qui apparaît réellement à ce moment, le royaume de Naples et la Sicile déclinant assez fortement par rapport à ce qu'ils avaient pu être au Moyen Age), centre de toutes les innovations industrielles, scientifiques, artistiques et militaires, territoire des grands condottiere révolutionnant l'art militaire, des unités permanentes de mercenaires surqualifiés et de milices urbaines souvent très compétentes.... Il y a en fait 2 périodes de guerre: la Guerre de Ferrare dans les années 1480, et surtout, avant cela, les guerres entre la Lombardie et la Vénétie, et l'ensemble des affrontements, combinaisons politiques, intrigues et jeux d'alliances qu'elles impliquent et qui occupent toute la péninsule. C'est le temps de l'espionnage professionnel, des assassinats, des grandes familles, d'un krigspiel permanent et rapidement changeant que la série récente "les Borgias" m'a incité à redécouvrir: il s'agit d'un modèle de tout ce que la stratégie, l'art opérationnel et la tactique peuvent impliquer, un vrai modèle du genre concentré sur une période assez courte et dans un espace restreint. Qu'en savez-vous, qu'en pensez-vous?
  24. C'est en fait à se demander si, acculés à choisir entre la peste et le choléra, la classe politique pourrait ne pas être tentée par les solutions extrêmes (ayant de toute façon des conséquences dégueulasses pour l'économie), dévaluation, défaut de paiement/banqueroute partielle ou totale.... Et ce pour des raisons de politique intérieure avant toute chose. Même si dans l'absolu des choses, c'est une connerie, c'est une connerie de moyen et long terme, et face à des besoins de court terme, surtout politiques, qui dit qu'une classe politique peut ne pas choisir avant tout cela? N'oubliez pas l'une des 2 grandes malédictions dans la culture chinoise: "puissiez-vous vivre en des temps intéressants" :-[.... Ne pas oublier non plus qu'une des dépenses actuellement remise en cause aux USA, largement par mécompréhension, est le coût de leur "empire", principalement incarné par leur présence militaire partout dans le monde: à supposer qu'il y ait un retrait massif des structures permanentes ou de la majeure partie d'entre elles, il est loisible de se demander si les conséquences ne seraient pas pires encore que celle d'un défaut de paiement ou d'une dévaluation massive.
  25. C'est étrange de voir cela arriver: politiquement (entendez politique intérieure US), les ricains, malgré les discours des plus jusqu'au boutistes, ne peuvent énormément baisser leurs dépenses et donner dans l'austérité trop brutale, surtout dans le contexte de brutalisation de la vie politique qui rend le moindre compromis difficile à l'extrême, caricatural, objet de polémiques majeures, et le consensus rarissime. Si la Chine veut jouer cette corde là de la pression, se sent en mesure de le faire (pratique commune des "coups de sonde" dans leur politique étrangère, ou réelle poussée?), c'est qu'un certain état de tension entre les 2 est possibles, et ce alors même que la situation politique interne de la Chine est elle-même précaire même si la presse en parle peu: soulèvements sur toute la périphérie chinoise (les mouvements de paysans expropriés, d'ouvriers exploités/en quasi esclavage, de personnes sans travail, de protestataires contre la corruption extrême et de minorités ethniques ont trouvé le moyen de joindre pas mal de leurs actions), problème de l'augmentation assez brutale des salaires de pas mal de tranches de population sur le marché du travail, problème des moyens de survie des premières générations d'enfants uniques qui n'ont pas de retraite.... La Chine va devoir canaliser beaucoup de mécontentements alors même que le cash n'est pas si dispo que ça même pour elle. Pensez que les événements violents de tous types (protestations, manifs qui dégénèrent, émeutes....) ont plus que doublé en 10 ans, dépassant aujourd'hui les 40 000 par an (cette année apparemment, le chiffre de 40 000 était atteint avant août). Pour les fanas de what-ifs, et même si on se dit que les dirigeants ne sont pas tarés et trouvent toujours au final un deal pour calmer le jeu suite à des escalades rhétoriques suivies de diverses manoeuvres d'intimidation (économiques, diplomatiques, politiques, voire militaires), il est toujours possible de voire quelque chose merder; après tout, à l'été 14, aucun dirigeant européen ne souhaitait la guerre et aucune chancellerie n'avait vu l'escalade suivant l'assassinat de François Ferdinand comme susceptible d'y aboutir.
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