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Dissuasion nucléaire européenne, voire allemande ?


Alexis

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il y a 14 minutes, Manuel77 a dit :

C'est relativement inhabituel, car généralement, la Bundeswehr n'aime pas mettre ce sujet au premier plan.
Thèses :
La liberté de l'Allemagne ne peut être garantie sans dissuasion nucléaire.
Un monde sans armes nucléaires n'est pas envisageable.

Eh bien c'est une position réaliste mais elle n'ouvre pas le débât sur la doctrine. C'est un bon choix (je n'ai pas regardé la vidéo) parce que c'est un débât qui doit être fait au niveau politique. 

Soit l'Allemagne va vers une autonomie et pourquoi pas soit on va vers une discussion avec la France le temps de la prise d'autonomie. Et tous cas on voir bien que la B-61 n'est plus une solution.

Soit on va vers une intégration européenne mais on en est loin.

Modifié par herciv
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il y a 3 minutes, Manuel77 a dit :

Cela vaut également et tout particulièrement pour les armes nucléaires. Sans leur effet dissuasif, l'Allemagne serait vulnérable au chantage. Si d'autres ne nous offraient pas cette protection, l'Allemagne devrait reconsidérer sa renonciation aux armes nucléaires. Les obligations en vertu du droit international ne s'y opposeraient pas. En effet, elles ont été contractées à la condition que d'autres nous protègent. Si cela venait à disparaître, l'Allemagne aurait le droit souverain de se protéger elle-même.

Ce qui est intéressant c'est qu'il ne prend meme pas le temps de douter de la dissuasion nucléaire, ni de proposer de doctrine qui pourrait etre propre à l'Allemagne.

C'est assez étriquée comme pensée malheureusement...

Vouloir "déverrouiller" l'interdit nucléaire en Allemagne, sans proposer un projet un minimum détaillé c'est un peu cavalier puisque l'auditeur peut facilement projeter un projet qui l’inquiète.

On déverrouille ce genre de sujet avec un projet super carré et rassurant ... pas avec une bouteille jetée à la mer.

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il y a 27 minutes, Manuel77 a dit :

Je comprends cela, mais le style politique allemand est plutôt axé sur les processus, il n'est pas habituel de présenter une solution toute faite et de la soumettre au vote.

Tout le monde doit donner son avis au préalable, le syndicat IG Metall, la Fédération allemande de football (DFB), l'Église évangélique allemande (EKD), etc. :smile:

C'est mal barré pour établir une doctrine militaire robuste ...

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il y a 55 minutes, Manuel77 a dit :

Cela vaut également et tout particulièrement pour les armes nucléaires. Sans leur effet dissuasif, l'Allemagne serait vulnérable au chantage. Si d'autres ne nous offraient pas cette protection, l'Allemagne devrait reconsidérer sa renonciation aux armes nucléaires. Les obligations en vertu du droit international ne s'y opposeraient pas. En effet, elles ont été contractées à la condition que d'autres nous protègent. Si cela venait à disparaître, l'Allemagne aurait le droit souverain de se protéger elle-même.

C'est une phrase qui amène plein de réflexions. Notamment que tout état à le droit souverain à une protection nucléaire. Je dis çà parce que çà rend illisible la position allemande par rapport à l'Iran. Mais ce n'est pas le plus important.

Sur le fond çà ne dit pas ce que "protection nucléaire " recouvre. Pour loi le plus important c'est le problème de la souveraineté que soulève l'ambassadeur. Il est important parce que jusqu'à maintenant l'Allemagne admettait des armes nucléaire américaine sur son sol sans avoir la clef pour déclencher par sa seule volonté le feu nucléaire. 

Quelle souveraineté veulent les allemands ? Une souveraineté partielle comme avec les US ? ET donc une concession du feu nucléaire à une fédération européenne ou à la France serait acceptable ou une souveraineté totale comme la France l'exerce actuellement ?

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il y a 18 minutes, herciv a dit :

C'est une phrase qui amène plein de réflexions. Notamment que tout état à le droit souverain à une protection nucléaire. Je dis çà parce que çà rend illisible la position allemande par rapport à l'Iran. Mais ce n'est pas le plus important.

Bah, je trouve ça plutôt cohérent avec la vente de centrifugeuse à l’Iran. :biggrin:

il y a 20 minutes, herciv a dit :

Quelle souveraineté veulent les allemands ? Une souveraineté partielle comme avec les US ? ET donc une concession du feu nucléaire à une fédération européenne ou à la France serait acceptable ou une souveraineté totale comme la France l'exerce actuellement ?

Vu qu’il insiste sur le fait que la France et l’Allemagne sont des voisins (éternel) et que leur sécurité est indissociable, je crois qu’il acceptera de confier cette souveraineté à la France. Il précise que l’Allemagne sera contrainte d’avoir ses bombes si et seulement si les autres pays nucléaires refusent d’offrir leur protection. 

J’ai un peu de mal avec le terme offrir, mais vu le sujet, je ne suis pas sûr que d’autres soient plus adaptés. 

D’ailleurs il ne parle pas d’utiliser des armes nucléaires "allemandes" pour défendre ses intérêts en menaçant en voisin, il parle juste d’une "protection", j’ai l’impression qu’il limite quasiment les besoins vitaux de l’Allemagne (ceux qui nécessiterait une frappe nucléaire) à la protection du territoire allemands. 

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  • 2 weeks later...

La force de l'atome est au sommet des concepts de sanctuarisation d'un territoire contre toute envahissement militaire. 

Forcément elle attire terriblement n'importe quel état. 

Rien n'est plus stratégique que cette capacité apocalyptique.

La Russie a attaqué un pays voisin sans qu'un seul des occidentaux ne bronche. Et elle s'adosse sur les centaines d'ogives prêtes au lancement qui on fait leur office de neutralisation de la moindre réaction.

Son pouvoir géostratégique est sans commune mesure...

Modifié par Ronfly
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Le 22/08/2025 à 18:53, Ronfly a dit :

La force de l'atome est au sommet des concepts de sanctuarisation d'un territoire contre toute envahissement... elle attire terriblement n'importe quel état 

Et oui .. Mais sans indépendance techno comme l UK ?  

Et quid des autres pays européens non dotés et complètement dépendants en technologie afférentes ? 

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il y a 13 minutes, Bechar06 a dit :

Et oui .. Mais sans indépendance techno comme l UK ?  

Et quid des autres pays européens non dotés et complètement dépendants en technologie afférentes ? 

On est bien d'accord. Et ce serait 20 ans mini pour qu'ils commencent à aligner la moindre capacités autonome. 

Seule la Force de frappe, et pour un sacré moment, restera la seule capacités de dissuasion continentale sans dépendance et à l'allonge mondiale.

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Cependant la guerre conventionnelle directe par les puissants dotés semble revenir.. Cf par la Russie ou les Usa ou Israel:  Ukraine, Iran, Gaza, Venezuela ?  
 

Comme si la "moralité" d antant ( hors guerres en sous mains ) s atténuait chez les grands.
Comme si une "bonne" guerre était espérée par certains, face à la complexité des institutions mondiales modératrices, qui les embêtent 

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Il y a 21 heures, Bechar06 a dit :

Cependant la guerre conventionnelle directe par les puissants dotés semble revenir.. Cf par la Russie ou les Usa ou Israel:  Ukraine, Iran, Gaza, Venezuela ?  
 

Comme si la "moralité" d antant ( hors guerres en sous mains ) s atténuait chez les grands.
Comme si une "bonne" guerre était espérée par certains, face à la complexité des institutions mondiales modératrices, qui les embêtent 

Ou elle revient justement parce qu'elle peut s'appuyer sur la dissuasion.

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  • 4 months later...

Quelques folies dans cet article ...

 

Avons-nous besoin de la bombe ?

https://zeitung.faz.net/data/589/reader/reader.html?#!preferred/0/package/589/pub/802/page/1/content/104417https://zeitung.faz.net/data/589/reader/reader.html?#!preferred/0/package/589/pub/802/page/1/content/104417

Par Konrad Schuller

Les Allemands ne savent plus si l’Amérique les protégera en cas d’attaque russe. C’est pourquoi l’on débat désormais de l’idée de disposer de ses propres armes nucléaires.

 

Au matin du 19 décembre 1956, Konrad Adenauer se rendit inquiet à la réunion du cabinet, à la chancellerie de Bonn. Quelques semaines plus tôt, des chars soviétiques avaient écrasé un soulèvement en Hongrie, et les journaux venaient de rapporter à nouveau des exécutions. Et voilà maintenant ces informations en provenance de Washington : en Amérique, principal allié de la jeune République fédérale avec quatre divisions stationnées en Europe, des responsables politiques et militaires réfléchissaient à un « désengagement ». On parlait d’économies budgétaires, de « négociations de désarmement » avec les Soviétiques, de retrait de troupes et d’une « zone tampon européenne » au centre du continent. Autrement dit, là où se trouve l’Allemagne.

Adenauer était alarmé. La République fédérale, transformée en zone tampon sur un continent militairement dénudé, aurait été une proie facile pour Moscou. Des doutes surgirent. Le président Dwight D. Eisenhower protégerait-il l’Europe en cas d’attaque, au besoin en brandissant la menace nucléaire ? Ou abandonnerait-il les alliés ? Sous les lustres du palais Schaumburg, sa résidence officielle, Adenauer présenta une analyse sombre : compter sur la protection de Washington serait « irréaliste », car l’emploi d’armes nucléaires nécessiterait des décisions unanimes de l’OTAN et un vote du Congrès américain. Il était donc « urgemment nécessaire que la République fédérale dispose elle-même d’armes nucléaires tactiques ».

Il en alla autrement. L’Amérique prit ses responsabilités au sérieux et déploya pendant des décennies son parapluie nucléaire au-dessus de l’Europe. L’Allemagne resta exempte d’armes nucléaires.

Soixante-huit ans plus tard, en février 2024, Donald Trump raconta lors d’un meeting de campagne comment il avait un jour rudoyé les Européens parce qu’ils ne dépensaient pas assez pour l’armée. « Vous n’avez pas payé ? Vous êtes en retard ? » – « Oui », lui aurait répondu l’un d’eux, « disons que ce serait le cas. » Et alors ? L’Amérique protégerait-elle l’Europe ? « Non, je ne vous protégerais pas », aurait répondu Trump. Bien au contraire. Il encouragerait les Russes à « faire tout ce qu’ils veulent, bon sang. You gotta pay. »

Depuis, beaucoup de choses se sont produites. Le vice-président de Trump, J. D. Vance, a remis en cause la communauté de valeurs entre l’Europe et l’Amérique, la nouvelle stratégie de sécurité américaine décrit l’UE comme une sorte d’adversaire, et le think tank britannique IISS écrit qu’il serait « imprudent » d’ignorer la possibilité que l’Amérique retire son parapluie protecteur de l’Europe. Philip H. Gordon, conseiller à la sécurité de l’ancienne vice-présidente américaine Kamala Harris, et Mara Karlin, ancienne secrétaire d’État au ministère américain de la Défense, ont récemment écrit que les partenaires des États-Unis devraient peut-être désormais construire « leurs propres forces nucléaires », car on ne pourrait plus compter sur l’Amérique.

Il existe déjà des forces nucléaires en Europe, en France et en Grande-Bretagne. Mais leurs arsenaux sont réduits et ne servent qu’à ce que l’on décrit en France comme les « intérêts vitaux » de la nation elle-même. Toutefois, à Paris aussi, on entend ce que dit Trump et on voit ce que fait Poutine, et l’on réfléchit donc à la manière dont la France pourrait contribuer à une « seconde assurance-vie » pour l’Europe. Britanniques et Français commencent à se concerter, et en juillet, dans la « déclaration de Northwood », ils ont constaté conjointement, à propos de la dissuasion nucléaire, qu’ils répondraient « promptement » à toute « menace extrême » pesant sur l’Europe. Une promesse de protection nucléaire vague.

La formulation est toutefois volontairement diffuse, et son poids est loin d’égaler ce que les Américains ont offert jusqu’ici. Leur crédibilité en tant que puissance protectrice reposait avant tout sur le fait que les États-Unis ne donnaient pas seulement des promesses à leurs alliés, mais aussi des gages : en Allemagne se trouvent des installations américaines irremplaçables comme la base aérienne de Ramstein ou l’hôpital de Landstuhl, le plus grand hôpital militaire américain en dehors des États-Unis. Surtout, des bombes atomiques américaines sont stockées en Allemagne et dans plusieurs autres pays de l’OTAN. Elles sont prêtes à être acheminées vers leur cible, dans le cadre d’un système à deux clés appelé « partage nucléaire », par des avions des pays hôtes.

Londres et Paris ne sont jusqu’à présent pas disposés à déposer de tels gages, ce qui leur fait défaut en crédibilité. Après tout, lorsque Hitler déclencha la Seconde Guerre mondiale, on avait déjà répondu par la négative à la question « Mourir pour Dantzig ? » et abandonné la Pologne alliée. --> "Hitler déclencha la WW2" ... par contre c'est bien Londres et Paris qui ont abandonné la Pologne. 

La F.A.S. a interrogé des spécialistes sur la manière de rendre crédibles les vagues promesses de Londres et de Paris, et elle a reçu plusieurs réponses.

Le président de la commission de la défense du Bundestag, Thomas Röwekamp (CDU), propose de procéder comme avec l’Amérique : « La nation partenaire nucléaire fournit les ogives, l’Allemagne les avions et les équipages. »

Gustav Gressel, de l’Académie de défense nationale des forces armées autrichiennes, varie cette idée en suggérant que des nations européennes pourraient adapter leurs avions afin qu’ils puissent emporter le missile de croisière nucléaire français ASMP. Le fait que cette arme soit effectivement stockée sur leur territoire devrait rester secret. La Russie serait alors confrontée à « un risque imprévisible si elle voulait attaquer l’Europe ».

Élie Tenenbaum, de l’institut d’analyse français IFRI, affirme enfin qu’on pourrait théoriquement procéder comme les Américains au Japon : là-bas aussi, il pourrait y avoir des armes nucléaires américaines, mais, contrairement au partage nucléaire en Europe, il n’y aurait pas de système à deux clés.

Des obstacles subsistent. Si les forces nucléaires françaises ou britanniques devaient également protéger l’Allemagne et d’autres alliés, elles devraient être beaucoup plus importantes, ce qui coûterait plus d’argent que Paris et Londres ne pourraient en payer.

Jürgen Hardt, porte-parole du groupe parlementaire CDU/CSU à la commission des affaires étrangères, déclare donc que l’Allemagne pourrait « proposer à la France et à la Grande-Bretagne de participer, avec d’autres, aux coûts de la recherche et du développement, mais aussi à la construction de nouveaux sous-marins nucléaires et de systèmes d’armes ». Il serait de toute façon judicieux d’acquérir ici des compétences technologiques. « En contrepartie, on pourrait obtenir l’assurance que ces armes protégeraient aussi les pays participants. »

Un autre problème est plus difficile à résoudre : comme en Amérique , des tendances d’extrême droite gagnent aussi du terrain en France et en Grande-Bretagne ( MAIS PAS EN ALLEMAGNE ???? ), et Marine Le Pen, figure de proue du Rassemblement national, refuse de donner des garanties à tout autre pays. Ceux qui comptent sur Londres ou Paris pourraient donc tomber de Charybde en Scylla.

 

C’est ici que certains mettent en jeu la « bombe allemande ». Eckhard Lübkemeier, ancien chef adjoint de la division Europe à la chancellerie, décrit cette possibilité dans un entretien avec la F.A.S. comme une position de dernier recours au cas où « aucun de nos partenaires ne serait prêt à donner une garantie de protection crédible ». Une telle perspective pourrait aider à convaincre Londres ou Paris de devenir finalement des partenaires. Un chancelier allemand pourrait alors dire au président français ou au Premier ministre britannique : « Si vous ne le voulez pas, nous devrons faire comme vous et nous protéger nous-mêmes par le nucléaire. Vous avez le choix : devenir la puissance protectrice nucléaire de l’Europe ou accepter l’émergence d’autres puissances nucléaires. » Cela pourrait alors être « difficilement ignoré même par un président français issu du parti de Le Pen ».

Tenenbaum, de l’IFRI, juge cette réflexion cohérente. Si l’Allemagne s’orientait de manière crédible vers la bombe, cela pourrait agir comme un « catalyseur » et « revitaliser » le débat sur un engagement français renforcé. Tenenbaum rappelle Adenauer : le parapluie protecteur américain avait été mis en place à l’époque surtout « parce que l’Allemagne réfléchissait sérieusement à sa propre arme. Pour dissiper cette intention, les Américains ont proposé le partage nucléaire. »

Le débat est lancé. Des spécialistes comme Rainer Moormann, qui a travaillé pendant des années au centre de recherche de Jülich, estiment qu’avec l’installation d’enrichissement nucléaire de Gronau, l’Allemagne dispose des connaissances techniques nécessaires pour construire sa propre ogive en trois à cinq ans.

À l’étranger aussi, la bombe allemande fait l’objet de discussions animées. Moritz Graefrath et Mark Raymond, de l’université de l’Oklahoma, écrivent dans la revue spécialisée Foreign Affairs qu’une « force nucléaire indépendante » ne protégerait pas seulement l’Allemagne en cas de « retrait américain soudain », mais contribuerait aussi à créer une « Europe autonome ».

Maximilian Terhalle, de la London School of Economics, déclare à la F.A.S. que, s’il n’y avait plus de parapluie nucléaire pour l’Allemagne, « la possibilité d’une dissuasion nucléaire propre ne devrait pas être exclue ».

Marc Trachtenberg, de l’université de Californie, écrit que si Trump dénonçait la promesse de protection américaine, il n’y aurait plus moyen « d’ignorer plus longtemps cette question ».

On parle aussi des inconvénients : l’Allemagne s’est engagée, par le Traité de non-prolifération et le Traité deux-plus-quatre, à rester exempte d’armes nucléaires. C’est important pour un pays qui mise sur les règles – même si des experts comme Lübkemeier estiment que dans des situations « fondamentalement » modifiées, c’est-à-dire sans protection américaine et face à une Russie agressive à l’est, le droit international des traités permettrait de revenir sur d’anciens engagements.

D’autres risques subsistent. Si l’Allemagne aspirait à la bombe, d’autres pays pourraient suivre et déclencher une course aux armements nucléaires. Poutine pourrait envisager, dans les années nécessaires à la construction de la bombe, d’attaquer le territoire de l’OTAN avant qu’il ne soit trop tard pour lui. Enfin, les isolationnistes autour de Trump pourraient dire que si les États-Unis n’étaient plus nécessaires, ils pourraient tout aussi bien retirer leurs troupes d’Allemagne.

Certains estiment qu’Amérique restera de toute façon, malgré Trump. Le lieutenant-général Heinrich Brauß, jusqu’en 2018 secrétaire général adjoint de l’OTAN pour la politique de défense et la planification, déclare à la F.A.S. que, d’après tout ce qu’il entend, les Américains restent « inchangés dans leur engagement envers l’OTAN ». Le Congrès, avec des voix issues du parti de Trump, a approuvé pour 2026 un budget de défense nettement plus élevé que celui demandé par le président et a en outre fixé à au moins 76 000 le nombre de soldats américains devant rester en Europe. Des réflexions sur une « bombe allemande » ne seraient donc « pas appropriées pour l’instant ». Il serait bien plus important de renforcer la Bundeswehr sur le plan conventionnel, car si les Européens assumaient leur « juste part des charges communes », les Américains continueraient aussi à « garantir notre sécurité ».

Le chancelier et les principaux responsables de la politique de sécurité de son parti s’expriment de manière similaire. Friedrich Merz a déclaré à la F.A.Z. en octobre que, « pour le moment », il ne pensait pas à une bombe allemande. Hardt estime qu’elle ne sera « pas nécessaire », et Röwekamp l’exclut « définitivement ».

C’est aussi l’état d’esprit de la population. Les sondages montrent que la majorité ne veut pas d’une Allemagne nucléaire. Mais ils montrent aussi que l’incertitude liée à Trump et la menace que représente Poutine ont fait fondre cette majorité. En 2020 encore, donc avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, cinq pour cent des personnes interrogées par Forsa étaient favorables à une « bombe allemande ». En mars 2025, ils étaient déjà six fois plus nombreux.

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il y a 27 minutes, Titus K a dit :

Quelques folies dans cet article ...

 

Avons-nous besoin de la bombe ?

https://zeitung.faz.net/data/589/reader/reader.html?#!preferred/0/package/589/pub/802/page/1/content/104417https://zeitung.faz.net/data/589/reader/reader.html?#!preferred/0/package/589/pub/802/page/1/content/104417

Par Konrad Schuller

Les Allemands ne savent plus si l’Amérique les protégera en cas d’attaque russe. C’est pourquoi l’on débat désormais de l’idée de disposer de ses propres armes nucléaires.

 

Au matin du 19 décembre 1956, Konrad Adenauer se rendit inquiet à la réunion du cabinet, à la chancellerie de Bonn. Quelques semaines plus tôt, des chars soviétiques avaient écrasé un soulèvement en Hongrie, et les journaux venaient de rapporter à nouveau des exécutions. Et voilà maintenant ces informations en provenance de Washington : en Amérique, principal allié de la jeune République fédérale avec quatre divisions stationnées en Europe, des responsables politiques et militaires réfléchissaient à un « désengagement ». On parlait d’économies budgétaires, de « négociations de désarmement » avec les Soviétiques, de retrait de troupes et d’une « zone tampon européenne » au centre du continent. Autrement dit, là où se trouve l’Allemagne.

Adenauer était alarmé. La République fédérale, transformée en zone tampon sur un continent militairement dénudé, aurait été une proie facile pour Moscou. Des doutes surgirent. Le président Dwight D. Eisenhower protégerait-il l’Europe en cas d’attaque, au besoin en brandissant la menace nucléaire ? Ou abandonnerait-il les alliés ? Sous les lustres du palais Schaumburg, sa résidence officielle, Adenauer présenta une analyse sombre : compter sur la protection de Washington serait « irréaliste », car l’emploi d’armes nucléaires nécessiterait des décisions unanimes de l’OTAN et un vote du Congrès américain. Il était donc « urgemment nécessaire que la République fédérale dispose elle-même d’armes nucléaires tactiques ».

Il en alla autrement. L’Amérique prit ses responsabilités au sérieux et déploya pendant des décennies son parapluie nucléaire au-dessus de l’Europe. L’Allemagne resta exempte d’armes nucléaires.

Soixante-huit ans plus tard, en février 2024, Donald Trump raconta lors d’un meeting de campagne comment il avait un jour rudoyé les Européens parce qu’ils ne dépensaient pas assez pour l’armée. « Vous n’avez pas payé ? Vous êtes en retard ? » – « Oui », lui aurait répondu l’un d’eux, « disons que ce serait le cas. » Et alors ? L’Amérique protégerait-elle l’Europe ? « Non, je ne vous protégerais pas », aurait répondu Trump. Bien au contraire. Il encouragerait les Russes à « faire tout ce qu’ils veulent, bon sang. You gotta pay. »

Depuis, beaucoup de choses se sont produites. Le vice-président de Trump, J. D. Vance, a remis en cause la communauté de valeurs entre l’Europe et l’Amérique, la nouvelle stratégie de sécurité américaine décrit l’UE comme une sorte d’adversaire, et le think tank britannique IISS écrit qu’il serait « imprudent » d’ignorer la possibilité que l’Amérique retire son parapluie protecteur de l’Europe. Philip H. Gordon, conseiller à la sécurité de l’ancienne vice-présidente américaine Kamala Harris, et Mara Karlin, ancienne secrétaire d’État au ministère américain de la Défense, ont récemment écrit que les partenaires des États-Unis devraient peut-être désormais construire « leurs propres forces nucléaires », car on ne pourrait plus compter sur l’Amérique.

Il existe déjà des forces nucléaires en Europe, en France et en Grande-Bretagne. Mais leurs arsenaux sont réduits et ne servent qu’à ce que l’on décrit en France comme les « intérêts vitaux » de la nation elle-même. Toutefois, à Paris aussi, on entend ce que dit Trump et on voit ce que fait Poutine, et l’on réfléchit donc à la manière dont la France pourrait contribuer à une « seconde assurance-vie » pour l’Europe. Britanniques et Français commencent à se concerter, et en juillet, dans la « déclaration de Northwood », ils ont constaté conjointement, à propos de la dissuasion nucléaire, qu’ils répondraient « promptement » à toute « menace extrême » pesant sur l’Europe. Une promesse de protection nucléaire vague.

La formulation est toutefois volontairement diffuse, et son poids est loin d’égaler ce que les Américains ont offert jusqu’ici. Leur crédibilité en tant que puissance protectrice reposait avant tout sur le fait que les États-Unis ne donnaient pas seulement des promesses à leurs alliés, mais aussi des gages : en Allemagne se trouvent des installations américaines irremplaçables comme la base aérienne de Ramstein ou l’hôpital de Landstuhl, le plus grand hôpital militaire américain en dehors des États-Unis. Surtout, des bombes atomiques américaines sont stockées en Allemagne et dans plusieurs autres pays de l’OTAN. Elles sont prêtes à être acheminées vers leur cible, dans le cadre d’un système à deux clés appelé « partage nucléaire », par des avions des pays hôtes.

Londres et Paris ne sont jusqu’à présent pas disposés à déposer de tels gages, ce qui leur fait défaut en crédibilité. Après tout, lorsque Hitler déclencha la Seconde Guerre mondiale, on avait déjà répondu par la négative à la question « Mourir pour Dantzig ? » et abandonné la Pologne alliée. --> "Hitler déclencha la WW2" ... par contre c'est bien Londres et Paris qui ont abandonné la Pologne. 

La F.A.S. a interrogé des spécialistes sur la manière de rendre crédibles les vagues promesses de Londres et de Paris, et elle a reçu plusieurs réponses.

Le président de la commission de la défense du Bundestag, Thomas Röwekamp (CDU), propose de procéder comme avec l’Amérique : « La nation partenaire nucléaire fournit les ogives, l’Allemagne les avions et les équipages. »

Gustav Gressel, de l’Académie de défense nationale des forces armées autrichiennes, varie cette idée en suggérant que des nations européennes pourraient adapter leurs avions afin qu’ils puissent emporter le missile de croisière nucléaire français ASMP. Le fait que cette arme soit effectivement stockée sur leur territoire devrait rester secret. La Russie serait alors confrontée à « un risque imprévisible si elle voulait attaquer l’Europe ».

Élie Tenenbaum, de l’institut d’analyse français IFRI, affirme enfin qu’on pourrait théoriquement procéder comme les Américains au Japon : là-bas aussi, il pourrait y avoir des armes nucléaires américaines, mais, contrairement au partage nucléaire en Europe, il n’y aurait pas de système à deux clés.

Des obstacles subsistent. Si les forces nucléaires françaises ou britanniques devaient également protéger l’Allemagne et d’autres alliés, elles devraient être beaucoup plus importantes, ce qui coûterait plus d’argent que Paris et Londres ne pourraient en payer.

Jürgen Hardt, porte-parole du groupe parlementaire CDU/CSU à la commission des affaires étrangères, déclare donc que l’Allemagne pourrait « proposer à la France et à la Grande-Bretagne de participer, avec d’autres, aux coûts de la recherche et du développement, mais aussi à la construction de nouveaux sous-marins nucléaires et de systèmes d’armes ». Il serait de toute façon judicieux d’acquérir ici des compétences technologiques. « En contrepartie, on pourrait obtenir l’assurance que ces armes protégeraient aussi les pays participants. »

Un autre problème est plus difficile à résoudre : comme en Amérique , des tendances d’extrême droite gagnent aussi du terrain en France et en Grande-Bretagne ( MAIS PAS EN ALLEMAGNE ???? ), et Marine Le Pen, figure de proue du Rassemblement national, refuse de donner des garanties à tout autre pays. Ceux qui comptent sur Londres ou Paris pourraient donc tomber de Charybde en Scylla.

 

C’est ici que certains mettent en jeu la « bombe allemande ». Eckhard Lübkemeier, ancien chef adjoint de la division Europe à la chancellerie, décrit cette possibilité dans un entretien avec la F.A.S. comme une position de dernier recours au cas où « aucun de nos partenaires ne serait prêt à donner une garantie de protection crédible ». Une telle perspective pourrait aider à convaincre Londres ou Paris de devenir finalement des partenaires. Un chancelier allemand pourrait alors dire au président français ou au Premier ministre britannique : « Si vous ne le voulez pas, nous devrons faire comme vous et nous protéger nous-mêmes par le nucléaire. Vous avez le choix : devenir la puissance protectrice nucléaire de l’Europe ou accepter l’émergence d’autres puissances nucléaires. » Cela pourrait alors être « difficilement ignoré même par un président français issu du parti de Le Pen ».

Tenenbaum, de l’IFRI, juge cette réflexion cohérente. Si l’Allemagne s’orientait de manière crédible vers la bombe, cela pourrait agir comme un « catalyseur » et « revitaliser » le débat sur un engagement français renforcé. Tenenbaum rappelle Adenauer : le parapluie protecteur américain avait été mis en place à l’époque surtout « parce que l’Allemagne réfléchissait sérieusement à sa propre arme. Pour dissiper cette intention, les Américains ont proposé le partage nucléaire. »

Le débat est lancé. Des spécialistes comme Rainer Moormann, qui a travaillé pendant des années au centre de recherche de Jülich, estiment qu’avec l’installation d’enrichissement nucléaire de Gronau, l’Allemagne dispose des connaissances techniques nécessaires pour construire sa propre ogive en trois à cinq ans.

À l’étranger aussi, la bombe allemande fait l’objet de discussions animées. Moritz Graefrath et Mark Raymond, de l’université de l’Oklahoma, écrivent dans la revue spécialisée Foreign Affairs qu’une « force nucléaire indépendante » ne protégerait pas seulement l’Allemagne en cas de « retrait américain soudain », mais contribuerait aussi à créer une « Europe autonome ».

Maximilian Terhalle, de la London School of Economics, déclare à la F.A.S. que, s’il n’y avait plus de parapluie nucléaire pour l’Allemagne, « la possibilité d’une dissuasion nucléaire propre ne devrait pas être exclue ».

Marc Trachtenberg, de l’université de Californie, écrit que si Trump dénonçait la promesse de protection américaine, il n’y aurait plus moyen « d’ignorer plus longtemps cette question ».

On parle aussi des inconvénients : l’Allemagne s’est engagée, par le Traité de non-prolifération et le Traité deux-plus-quatre, à rester exempte d’armes nucléaires. C’est important pour un pays qui mise sur les règles – même si des experts comme Lübkemeier estiment que dans des situations « fondamentalement » modifiées, c’est-à-dire sans protection américaine et face à une Russie agressive à l’est, le droit international des traités permettrait de revenir sur d’anciens engagements.

D’autres risques subsistent. Si l’Allemagne aspirait à la bombe, d’autres pays pourraient suivre et déclencher une course aux armements nucléaires. Poutine pourrait envisager, dans les années nécessaires à la construction de la bombe, d’attaquer le territoire de l’OTAN avant qu’il ne soit trop tard pour lui. Enfin, les isolationnistes autour de Trump pourraient dire que si les États-Unis n’étaient plus nécessaires, ils pourraient tout aussi bien retirer leurs troupes d’Allemagne.

Certains estiment qu’Amérique restera de toute façon, malgré Trump. Le lieutenant-général Heinrich Brauß, jusqu’en 2018 secrétaire général adjoint de l’OTAN pour la politique de défense et la planification, déclare à la F.A.S. que, d’après tout ce qu’il entend, les Américains restent « inchangés dans leur engagement envers l’OTAN ». Le Congrès, avec des voix issues du parti de Trump, a approuvé pour 2026 un budget de défense nettement plus élevé que celui demandé par le président et a en outre fixé à au moins 76 000 le nombre de soldats américains devant rester en Europe. Des réflexions sur une « bombe allemande » ne seraient donc « pas appropriées pour l’instant ». Il serait bien plus important de renforcer la Bundeswehr sur le plan conventionnel, car si les Européens assumaient leur « juste part des charges communes », les Américains continueraient aussi à « garantir notre sécurité ».

Le chancelier et les principaux responsables de la politique de sécurité de son parti s’expriment de manière similaire. Friedrich Merz a déclaré à la F.A.Z. en octobre que, « pour le moment », il ne pensait pas à une bombe allemande. Hardt estime qu’elle ne sera « pas nécessaire », et Röwekamp l’exclut « définitivement ».

C’est aussi l’état d’esprit de la population. Les sondages montrent que la majorité ne veut pas d’une Allemagne nucléaire. Mais ils montrent aussi que l’incertitude liée à Trump et la menace que représente Poutine ont fait fondre cette majorité. En 2020 encore, donc avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, cinq pour cent des personnes interrogées par Forsa étaient favorables à une « bombe allemande ». En mars 2025, ils étaient déjà six fois plus nombreux.

Merci.

Article à lire. C'est éclairant. "Eye-opening" comme disent les anglais.

Ces gens sont effectivement complètement frapadingues et ont une vision du monde et de notre pays absolument insensée.

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Il y a 6 heures, Patrick a dit :

Ces gens sont effectivement complètement frapadingues et ont une vision du monde et de notre pays absolument insensée.

De plus en plus. Des fois que la Trompe enlève le PR allemand ..

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il y a une heure, Ciders a dit :

La Federation of American Scientists, ce me semble.

https://fas.org/

Quel rapport avec les Américains? :blink: Ça n'a aucun sens dans le contexte de l'article, et c'est écrit F.A.S, avec des points.

C'est juste une mauvaise traduction du nom du journal, Frankfurter Allgemeine Zeitung, F.A.Z., devenu "F.A.S".

 

il y a 59 minutes, mudrets a dit :

De plus en plus. Des fois que la Trompe enlève le PR allemand ..

Merz n'est pas un trafiquant de drogue présumé et l'Allemagne n'a pas de pétrole, c'est ok. :laugh: En plus Merz n'a pas condamné l'enlèvement de maduro, contrairement aux espagnols.

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