-
Compteur de contenus
18 697 -
Inscription
-
Dernière visite
-
Jours gagnés
166
Tout ce qui a été posté par Tancrède
-
La plus grande erreur stratégique de Napoléon?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Pourquoi pas? Ces territoires ne lui étaient pas essentiels, loin de là, et ils étaient difficilement tenables en l'état de la géographie qui les aurait de toute façon tenus trop loin. Sans compter qu'ils étaient désormais "contaminés" par les décennies passées sous l'exemple et la tutelle nationaliste/patriotique et républicaine. Ce même problème était aussi la solution en soi, puisque leur possession de fait (et de droit, même temporaire) pendant plus d'une génération par la France entérinait le fait de leur attribution. Enfin, diplomatiquement, leur possession par l'Autriche post 1815 aurait été une source de problèmes géopolitiques.... Avant tout pour l'Autriche (notamment avec la France ET avec l'Angleterre, dans deux visions concurrentes), en l'état des choses. Ils avaient à ce stade plus d'utilité comme monnaie d'échange. On fait un procès défensif aisé à Napoléon pour son manque de "lieutenants compétents"; il avait toute la compétence qu'il pouvait souhaiter, mais là, son problème réside autant dans son mode de gouvernement et de commandement et sa façon de penser le pouvoir, que dans l'organisation de l'armée. Napoléon, comme beaucoup de chefs à tendance autocratique, n'aime pas les seconds trop talentueux, sauf quelques exceptions qui, comme Davout, ont prouvé qu'ils n'avaient pas d'ambition, ce qui est un phénomène rarissime (à part Davout et Lannes, y'en a pas beaucoup parmi les "grands" qui ne se voient pas comme calife en devenir, ou en tout cas plus haut placé et puissant qu'ils ne le sont). Plus encore, dans son commandement, stratégique, opératique et tactique, Napoléon est un "grand ordonnateur" qui veut tout prévoir et tout décider, avec une tendance au micromanagement; le fait est qu'il avait la capacité de faire beaucoup de micromanagement en plus de sa tâche de généralissime, en tout cas pendant une bonne partie de son règne -avant que la santé ne commence à marquer le coup- ce qui ne l'a pas aidé à se corriger. Résultat, c'est une bonne méthode pour empêcher les talents de l'échelon opératique indépendant, voire stratégique, d'émerger et de s'affirmer, voire de les dégoûter. S'ajoute à cette façon de faire son mode de commandement extrêmement didactique, qui encadre et étouffe, restreint et handicape: il ne lâche pas la bride, il met un joug. Le pire cas de figure pour ce mode de commandement est l'Espagne, avec la division du commandement opérationnel qui aboutit à faire jouer de facto les maréchaux les uns contre les autres, aidant beaucoup Wellington et s'ajoutant aux autres handicaps de l'occupation française en Espagne (mauvaises troupes, peu de soutien, impératif de contrôler le terrain face à un Wellington libre, hostilité de la population....). Dernier détail qui handicape la possibilité d'avoir d'autres chefs opératiques capables de s'occuper de fronts entiers: l'Etat Major n'a jamais fait de petits. Napoléon a voulu garder son grand EM comme un outil unique et pour lui tout seul. Cette capacité unique de "command and control", de "C4ISR", aurait du être dédoublée, allant de pair avec une école d'EM et des unités permanentes dédiées; des EM "plug and play" avec des chefs ayant été formés par Berthier. C'est un des meilleurs multiplicateurs de forces de la période. Enfin faut pas oublier non plus que passé un certain stade, l'ennemi a appris: la marge de supériorité qualitative française a été bien entamée, même quand l'Empire a pu souffler et faire remonter le niveau de la troupe (entre 1809 et 1812). Plus facile de critiquer les maréchaux devant tenir le front après la campagne de Russie que de proposer mieux, au moment où la chute qualitative des forces devient une constante (par attrition des cadres, des vétérans et des chevaux -en qualité et quantité, avec fort impact sur la mobilité tactique et opératique) que le régime n'a plus le temps ou l'espace de contrer. En plus de cette baisse, l'armée se trouve confrontée à des adversaires qui ont su, plus ou moins, se réorganiser, trouver des chefs (souvent déjà là avant, mais qui ont appris et ont acquis une autorité plus grande), et qui eux ont le nombre et la capacité d'attrition. Plus difficile de briller dans ces conditions. Mais sur le refus de compromis de Napoléon, les indices semblent plutôt pointer sur une incapacité à accepter des paix, des deals plus équilibrés: il ne comprend que la prééminence, l'hégémonie, le traité inégal. Il est fort possible que ce comportement procède exactement de la même raison que ce que j'évoque plus haut sur son mode de commandement: il est trop peu assuré de la solidité de son régime et de son règne, et sans doute aussi trop parano et de caractère trop autoritaire, pour envisager autre chose qu'un projet de domination, à l'intérieur (surtout vis-à-vis de ses subordonnés immédiats) comme à l'extérieur. -
.... Dit "les Imbibés"? Ses soldats vont dans tous les milieux liquides? 1er régiment AUTONOME de FS du Pays Basque, s'il te plaît.
-
La plus grande erreur stratégique de Napoléon?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Je n'ai au final, de toutes mes lectures, pas trouvé une telle opposition au contrôle direct ou à la possession de la rive gauche du Rhin par la France, même par l'Angleterre. Tous étaient tout à fait prêts à l'accepter, à des "prix" différents, évidemment, et cela n'a jamais été une vraie pierre d'achoppement de négociations, ou une cause de guerre, pendant la période napoléonienne. En 1814 et 1815, cette possession est retirée parce que la France n'a plus de quoi négocier, et c'aurait pu être bien pire, pour les mêmes raisons: quand on est le perdant, on perd des trucs que les autres veulent ou qu'ils veulent refiler à leurs potes. C'est du capital à redistribuer ou à s'attribuer. Et au traité de Vienne, la Rhénanie, la Sarre et les Pays-Bas ex-autrichiens, c'était autant pour punir et affaiblir la France que pour rétribuer les copains moins puissants (Prusse et Hollande) et en faire des tampons contre une résurgence française. Dans le cas d'une France non vaincue mais réellement disposée à négocier avec les continentaux au moins, ces territoires étaient tout à fait disponibles, et aucun pays n'aurait été en guerre pour s'opposer à ce fait. Les seuls qui auraient pu vouloir s'opposer à l'intégration à la France, ce sont en fait les habitants de ces territoires, ou en tout cas certains d'entre eux. -
La plus grande erreur stratégique de Napoléon?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Là tu nous fais un cas de "préférer avoir tort avec Sartre que raison avec Aron". D'abord, cette obsession sur la "traîtrise" de Talleyrand est une méconception historique: le cas Talleyrand est loin d'être si aisé à trancher, et l'idée d'en faire un "traître" aux intérêts du pays est même plutôt sans grand fondement réel: il est évidemment tout sauf blanc bleu et tout sauf un suiveur béat des régimes qui changent au cours de sa carrière, mais le placer comme quelqu'un qui a nuit aux intérêts français est une injustice flagrante. Si, pour reprendre ton exemple, on prend la France de 1815, faut se rappeler qu'elle aurait été bien plus petite, voire en partie démembrée, sans le Charles Maurice. Il était avant tout un absolu pragmatique: donne lui un territoire tenable dans le temps, et il est celui qui formulera la stratégie pour le garantir comme un fait durable, accepté par les autres.... Et celui qui ira vendre cet état de fait aux dits autres. Il a été infidèle aux régimes, mais pas à la France, selon son propre mot qui définit assez bien ses actions. Là tu nous présente des relations internationales comme Napoléon le faisait (et ce qui l'a fait foirer dans les grandes largeurs): en ne reconnaissant pas aux autres leurs intérêts légitimes même les plus basiques. Du coup, ils en deviennent "revanchards", "perfides" ou "hypocrites", ou "bellicistes", face à une France qui serait quoi? Pacifique, juste, et gentille, injustement pointée du doigt par tous les autres qui sont rien que des méchants et des jaloux? Vu d'ailleurs, la France mériterait aussi ce genre de qualificatifs. A la période révolutionnaire, le sujet des Pays Bas et d'Anvers n'était plus un sujet majeur pour les Britanniques, sauf pour la rhétorique et l'occasionnelle agitation de chiffon rouge devant les naseaux de quelques agités dans la rue londonienne pour qui l'antienne du "poignard dirigé vers le coeur de l'Angleterre" marchait encore. L'échec de la paix d'Amiens résulte d'une dialectique des craintes et ambitions des deux pays: Napoléon profite juste de l'accalmie pour commencer à tout régenter en Europe et à tout faire pour exclure les Britanniques du "concert des nations" (le disant publiquement), tout en s'offrant une invasion de la Suisse et du Nord de l'Italie qui inquiète grandement l'Europe en général et l'Angleterre en particulier, malgré leur apparente faible importance, entre autre parce qu'il s'agit de violations du traité de Lunéville dont l'encre est encore fraîche (et en lequel le Tsar avait mis beaucoup d'espoirs). Vu d'Europe, ces actions se posent là en matière de "perfidie" et du faible niveau de confiance à avoir en Napoléon. C'est aussi la période où Napoléon re-tourne les regards français vers les colonies (essentiellement de la récupération/remise en route, sous l'influence du lobby dirigé par.... Sa bourgeoise); en soi rien de terrible, mais combiné aux facteurs précédents et à "l'effet napoléon" qui, à cette période 1801-1803, est un facteur important en Europe (dans les perceptions stratégiques, militaires....), cela favorise les appétits et les craintes anglaises quand aux ambitions napoléoniennes. . Il s'agit là en général d'un climat d'hostilité ouverte et peu mesuré aux intérêts anglais, ce qui favorise le parti de la guerre à Londres (d'autant plus que la France de 1803 n'est pas encore prête à la guerre), et ce d'autant qu'il faut quand même garder à l'esprit que la paix d'Amiens n'est pas favorable à l'Angleterre (c'est tout ce qu'ils pouvaient se permettre à ce moment); dans un climat où toutes les parties veulent la paix, la règle de base aurait été de pas trop les rabaisser ou les menacer après, ce que Napoléon n'a pas compris parce qu'il ne voulait pas la paix. De son côté la France a aussi des griefs légitimes sur l'attitude anglaise, notamment l'impérialisme commercial qui tend à avoir peu de bornes, voire aucune quand les franges les plus agressives sont au pouvoir. Et l'interaction des griefs légitimes, des paranoïas et des ambitions des deux parties a rendu la paix intenable, alors qu'elle aurait pu l'être, ce qui était précisément le genre de relations qu'en bon diplomate, Talleyrand voulait amener et aurait pu faire durer. Parce que la diplomatie est un équilibrisme qu'on peut fausser, mais un équilibrisme quand même (et quand on a un équilibriste aussi bon, on le laisse faire). La paix d'Amiens a foiré en bonne partie parce que, au fond, Napoléon voulait mettre à bas l'Angleterre et s'en cachait peu, et en autre bonne partie, parce que d'une part les franges impérialistes/ultra-commerçantes à Londres ne voulaient pas freiner leurs appétits, et que la parano sur l'ambition napoléonienne, en partie justifiée, devint vite difficile à gérer. Ce qui explique l'énorme effort militaire britannique des années 1798 à 1805, inhabituel en ce qu'il porte beaucoup sur les défenses côtières, les milices et l'armée de terre (aussi en bonne partie, dans ce registre pour l'effort aux Indes et en Irlande). Ce qui compte est moins la nature des griefs, différents et intérêts divisant les parties en présence (c'est le business normal des nations), mais le degré auquel on les pousse, et précisément ce que Talleyrand essayait d'éviter, qu'il défende une France ayant la rive gauche du Rhin ou une ayant moins; c'est ce sur quoi repose l'idée d'équilibre, qui réclame un concert des nations (et un qui inclue l'Angleterre). Lui l'avait compris et savait comment faire marcher le bouzin, Napoléon non, qui n'avait pas la mentalité ou la maturité pour tolérer que quoique ce soit échappe à son contrôle (ce qui explique son incapacité à comprendre ce que les autres peuvent vouloir et ce sur quoi ils ne peuvent se permettre de céder). Et cette attitude napoléonienne rendait par essence l'Europe instable, sans pour autant que Napoléon puisse instaurer un système plus stable en échange, quoiqu'il projette sur le papier et quel que soit le "grand projet" dont il se persuadait dans sa tête qu'il pouvait imposer. Un grand projet qui aurait été de toute façon insupportable pour l'Angleterre (ce qui aurait moins compté s'il avait été en mesure d'imposer durablement son ordre sur le continent.... Ce qui était impossible). -
La plus grande erreur stratégique de Napoléon?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Il n'a pas oublié ce principe, à aucun moment..... Il ne l'a jamais appris. C'était sans doute son principal défaut comme stratège, permettant d'arguer qu'il n'en était pas vraiment un, ou qu'il était un mauvais stratège: le meilleur chef opératique, un des très grand capitaines de l'Histoire, tout ce qu'on veut, mais au sens de la "grande stratégie", il aurait du écouter Talleyrand. La principale erreur de Tilsitt, ou plutôt le principal défaut d'une coopération franco-russe à ce moment, c'est tout connement que la Russie ne peut pas durablement accepter le blocus continental, le débouché anglais pour ses productions étant vital à son économie peu développée, malgré toute l'anglophobie d'Alexandre Ier (contrairement à son paternel). Et le comportement de Napoléon avec ses "alliés" qu'il ne parvient pas à ne pas traiter en laquais n'aide pas. Mais c'est pas une expédition, jointe ou pas jointe, contre les Turcs qui auraient pu soulager l'économie russe de ce que le blocus lui impose, malgré tous ses trous. -
En tout cas les priorités sont choisies: le débat sur les armes n'a même pas (re) commencé après la tuerie, et celui sur les races a été avorté dans l'oeuf.... Parce que ce qui compte après le drame de Charleston, c'est le symbole: les médias américains sont monopolisés par la question du drapeau arboré par le capitole de l'Etat, qui est le drapeau sudiste, ou pour être exact, le pavillon de guerre de l'armée de Lee (rappelons que les armées sudistes n'avaient pas de commandement unifié, et fonctionnaient indépendamment), qui se trouve être le drapeau que nous connaissons tous généralement comme le drapeau sudiste (ce qui est faux), surtout depuis qu'il a été peint sur le toit d'une certaine voiture orange (qui pourtant portait le nom du dit général, et ne faisait donc pas la faute). Dans cette polémique devenue en 2 jours LA polémique nationale, les autres Etats du Sud se trouvent mis au pied du mur de façon plus ou moins pressante, vu que tous intègrent un symbole ou un autre du Sud sécessionniste comme emblème officiel (du drapeau de la Confédération à d'autres). La dynamique semble lancée, et les opinions se sont exprimées, mais l'Etat de Caroline du Sud (celui du massacre et le centre de la polémique actuelle), s'il semble se diriger vers l'abolition officielle du symbole (la gouverneure, très conservatrice et pro-drapeau jusqu'ici, a opéré un splendide et opportun revirement dans un discours qui a en fait mis la polémique sur la table.... En mettant le reste au placard), voit sa population divisée (un sondage d'il y a 2 jours montre 40% vs 49%), de même que son parlement qui a entamé aujourd'hui le débat pour voter ou non l'éradication du drapeau comme symbole officiel.... D'autres Etats entament, ou essaient d'entamer, un processus comparable, notamment la Georgie et la Virginie (qui va faire disparaître le symbole de ses plaques d'immatriculation), mais pas tous: un certain nombre n'ont pas vu émerger la masse critique suffisante de politiques pour mettre la question sur la table et forcer le débat. Les "pro-drapeau" nient que le dit symbole soit assimilable à la défense de l'esclavage et/ou de la ségrégation, arguant qu'il s'agit d'un héritage historique pour ceux dont les ancêtres ont combattu sous l'uniforme gris, et surtout de l'emblème de la lutte pour le droit des Etats contre le gouvernement fédéral. C'est en partie vrai, mais l'avoir comme symbole officiel est aussi considéré comme un franc rejet de la population noire de ces Etats.... Une façon comme une autre de leur dire qu'ils ne sont pas chez eux. Et cette signification du symbole est beaucoup plus puissante que l'autre, qui n'est aucunement inclusive. L'instrumentalisation et l'usage du dit drapeau n'est d'ailleurs pas une tradition: c'est un phénomène politique récent dans le vieux sud, datant de 1962 et de l'émergence de la "nouvelle droite" sur laquelle Nixon fondera sa "southern strategy", soit l'abandon historique du parti démocrate par la "dixiecratie" et une affirmation d'un conservatisme radical et exclusif s'opposant au mouvement des droits civiques et s'érigeant en rempart "de la race blanche". Sous différentes variations et gradations, on trouve là les mouvances de Barry Goldwater (conservatisme dur), Strom Thurmond (dixiecrat ségrégationniste), George Wallace (emblématique gouverneur de l'Alabama).... C'est ainsi en 1962 que ce drapeau a été sorti de la naphtaline et de l'oubli pour être brandi comme un symbole politique avant tout très connoté comme anti-droits civiques. Et la polémique actuelle revigore ces vieilles rancoeurs, si inscrites dans le fonctionnement des Etats du sud, pour les mettre dans un débat national. Dommage qu'il ne concerne que le domaine du symbolique (même pas tout: dans le sud, les principales rues et places des villes portent les grands noms de la Confédération et sont jonchées de statues et mémoriaux à "la cause") et passe le reste. Il s'inscrit cependant dans un contexte particulièrement chaud: le nombre de "hate group" (pas d'équivalent en français pour une définition légale stricte, mais le sens est clair) a connu une croissance constante depuis l'élection d'Obama, si bien qu'on en recense aujourd'hui 784 actifs d'une taille un peu significative aux USA, avec des effectifs eux aussi en hausse. Signe des temps, de la globalisation, de la mixité croissante de la population, de l'abondance médiatique (et du caractère moins rassembleur des médias qui reposent plus sur la segmentation de la population et la recherche du sensationnalisme et du clash) et des évolutions socio-économiques, mais pas que: le niveau de polarisation politique de la société américaine est arrivé à un point que tous les indicateurs pointent comme "jamais vu" (en tout cas pas dans le siècle passé), et le développement des franges les plus extrêmes accompagne le phénomène tout en ayant dans bien des cas ses logiques propres. Il y a bien sûr beaucoup de cibles et "vocations" différentes pour ces groupes: entre les nazis, les sectes religieuses extrêmes ou les branches radicales de religions majeures, les autonomistes/indépendantistes de tel ou tel coin ou les différentes aspirations à telle ou telle sorte de "pureté" de groupe (notamment les anti-immigration -entendez principalement "cassez du Mexicain"), y'a à boire et à manger. Mais si on regarde la carte (publiée sur le site du Southern Poverty Law Center, principal organisme s'attachant à ce phénomène), c'est dans le quart sud est du pays que sont concentrés plus de la moitié de ces groupes, avec une certaine homogénéité dans les causes "défendues" (un indice: les noirs et latinos sont rarement acceptés). Ce qui rappelle que la première menace terroriste aux USA ne vient pas de l'extérieur.
-
C'est quand même plus général que ça: le taux d'homicide est avant tout un symptôme (même si il devient aussi en partie une cause). Le niveau de paix civile (j'ai pas trouvé d'autre terme) correspond plus à la façon dont(ou le niveau auquel) l'état de droit est accepté et implémenté, culturellement, socialement et concrètement. Euh, ouais, c'est débattable. Le développement économique, le niveau d'investissement, y sont quand même nettement plus faibles et plus concentrés sur des zones et secteurs particuliers, laissant des friches plus vaste et plus problématiques.
-
C'est pourquoi je pointe des conditions comme le niveau de paix civile et de développement, mais aussi le niveau d'accès aux armes, leur réglementation, la proximité dans le temps d'une guerre civile -c'est en partie un phénomène générationnel- ou la proximité dans l'espace (frontière problématique..... C'est aussi un effet de "contagion"): faut comparer ce qui est comparable.
-
Et avoir des flingues de tous types en libre service plus ou moins sans condition est la première des occasions, le premier facilitateur/incitateur: "the blade itself leads to deeds of violence" (Platon). Ca donne une réalité à la possibilité d'agir qu'aucun autre facteur n'a. Après, les raisons pour lesquelles flinguer ne manquent pas et créent toutes leurs différentes espèces d'excités, qui souvent présentent les mêmes problèmes psychologiques/sociologiques de base: l'ado/jeune adulte mâle en colère ("à problèmes", voire foncièrement déséquilibré) sera toujours le premier sujet pour les explosions de violence extrêmes. D'autres facteurs (racisme, religion.....) s'empilent ensuite sur ce substrat pour fournir la cible, puis le moment déclencheur. Ce sont autant de facteurs ajoutant de l'huile sur le feu, mais les flingues ont ceci de particulier qu'ils rendent le drame "accessible" comme aucun autre (ils offrent une option aisée et rapide dans le crâne du futur tireur), et que leur létalité implique des proportions rapidement importantes. Plus encore quand les types d'armes accessibles deviennent réellement sérieux, quoiqu'il n'y ait pas besoin d'armes de guerre pour faire rapidement du bodycount dans une école, une église ou un centre commercial, ou même dans une rue fréquentée. Même si, au final, ces massacres spectaculaires ne représentent que moins d'1% des morts par armes à feu aux USA (ou 1% des homicides par armes à feu, je suis plus sûr), ils sont, par leur nature et leur fréquence (plus d'un par semaine, plus ou moins médiatisé, plus ou moins important) un phénomène assez propre aux USA, qu'on voit très peu ailleurs dans des pays à situations de paix civile et développement comparables, et certainement pas avec une fréquence approchant même de très loin ce qu'on voit chez les ricains. Comme dans tout problème important, ils sont la partie la plus visible de l'iceberg, et en cela une caricature révélatrice du problèmes des armes dans ce pays.
-
Ah! Tu peux pas dire "phallique", comme tout le monde :P ?
-
Sans aller jusqu'à parler d'une "culture de l'agressivité", un chiffre qui permet de voir le problème sous un autre angle: comment mesurer l'impact de la violence armée aux USA? Une statistique récente pointe qu'1 Américain sur 3 connaît une victime de coup de feu (morts et blessés, toutes causes confondues, suicides mis à part). On est autour de 32 000 tués par an, dont autour de 18 000 sont des suicides. Aucun chiffre sur les blessés. Mais ce "1 sur 3" est assez édifiant et il serait intéressant de se pencher sur son impact, dans un sens comme dans l'autre: sur l'agressivité évoquée (frustrations, colère, traumas), mais aussi, à l'inverse (ou en conjonction) sur la banalisation, voire l'acceptation (au moins pour un temps) du phénomène.
-
C'est une question que je me pose, après beaucoup de lectures et d'avis sur la chose: où en est la culture renseignement/reco/éclairage dans l'AdT? On voit quasiment toutes les armées occidentales rassembler les moyens rens/reco dans des structures dédiées, généralement de taille bataillonnaire (voire plus), et avoir des régiments/bataillons d'infanterie légère organiques à de grandes unités plus ou moins dédiés à ces rôles. En France, on voit au mieux des compagnies/escadrons disséminés, et plus souvent des structures plus petites encore (GCP/GCM, ex CEA....); est-ce un manque spécifique (lié à quoi?) ou compense t-on suffisamment par ailleurs ce saupoudrage par la formation continue, avec des savoirs-faire concentrés à un autre échelon (brigade rens notamment)? Un regroupement comme tu l'évoques reviendrait en fait quasiment à créer une arme spécifique (chose que certains ne veulent peut-être pas), de fait sinon de droit, la fonction ayant un caractère fort et vraiment spécifique.
-
FRANCE : 5° puissance économique?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de SPARTAN dans Economie et défense
Qui plus est, des royaumes plus grands avaient existé avant: c'est leur éclatement qui a créé cette atomisation initiale, somme toute brève, plus prononcée à certains endroits qu'à d'autres; mais ce fait souligne que la structuration de l'espace scandinave était déjà très prononcée, très loin d'un délire libertaire, et l'espace déjà très parcouru par des relations commerciales, politiques, sociales et culturelles très ordonnées et organisées (et qui dit organisation dit structures). Qui plus est un historien de la période moderne, absolument pas du Haut Moyen Age; la littérature en la matière est abondante, et les progrès récents sont très inspirants et ont dégommé bien des certitudes héritées du XIXème siècle et qui forment encore l'essentiel des fantasmes sur les vikings qu'on retrouve partout dans la fiction et, hélas, dans trop de parutions historiques. Y'avait pas un topic historique sur les vikings? -
FRANCE : 5° puissance économique?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de SPARTAN dans Economie et défense
Bien sûr que si: la Somalie d'il y a encore quelques années. Certes, y'avait quelques groupes s'essayant à exercer une autorité, mais on était pas loin du paradis de la liberté ??? . Pour le Moyen Age féodal, c'est en fait plus une histoire de concurrence permanente et peu/pas régulée d'autorités diverses (rarement très puissantes) de type et aspiration étatique (ou proto-étatique si on veut finasser) dont les aires de contrôle (physique, morales/culturelles, sociales et juridique) se chevauchaient et se trouvaient remises en question quasi en permanence. L'Eglise en était une, les grands potentats féodaux d'autres, la couronne encore une autre qui avait une autorité théorique plus grande mais était concrètement un potentat féodal de plus (avec quelques options: un grand avec sauce spéciale en somme). Les vikings évoqués plus haut sont une multitude de sociétés semi-concurrentes, extrêmement structurées dans leur espace, mais dont la carte des zones d'autorité "régaliennes" est un patchwork mouvant essentiellement parce que les vikings auxquels on pense comme généralité sont en fait le cas particulier des VIème-IXème siècles, où la Scandinavie est un espace en recomposition après l'effondrement des premiers royaumes d'importance du coin (on soupçonne, malgré la faiblesse du matériel documentaire, que la chute de l'empire romain -et du commerce qui allait avec à travers toute la structuration de l'espace germanique d'avant les grandes invasions/migrations- y a joué un grand rôle). Dès avant la fin du 1er siècle de la "période viking", on voit se re-profiler des entités étatiques plus ou moins solides, et elles se structurent vite, favorisées par l'instrumentalisation des raids en occident (et à l'est) qui rapporte du fric, de l'autorité, des réseaux et fidélités, fait émerger des personnalités et clans.... Bref, accélère la concentration du pouvoir (par alliances et éliminations) dans très peu de mains, par un procédé au final.... Très capitaliste (débouchant sur des monopoles locaux). Au Danemark, il est même notable de voir qu'un Etat pré-formé existait dès le début de la période sur une majorité du territoire, favorisé par la géographie, là où une Norvège bien plus découpée et moins peuplée ne pouvait qu'exister en entités séparées (entre une vingtaine et une trentaine de royaumes réunissant un certain nombre de communautés) qui ne seront réunies que quand des chefs suffisamment puissants émergeront. Mais tous les ingrédients étaient là avant le premier raid sur Lindisfarne côté lois, autorités, aires de contrôle.... C'est juste que le "capital politique" et étatique était dilué dans un grand nombre de petites entités toutes en-dessous de la masse critique pour s'imposer aux autres dans un espace donné. Mais croire que la société viking était "auto-régulée" ou sans autorité légale, c'est du délire: c'est juste l'échelle des sociétés qui était petite, et l'isolement (plus ou moins important) des dites communautés dans une géographie généralement hostile, peu fertile, qui ralentissait tout processus de concentration durable dans des ensembles plus grand. Ces entités avaient des institutions, y compris militaires, avec des guerriers professionnels permanents (dans l'emploi permanent du potentat local, lui servant de "garde" et de capital politique), et un système milicien pour la défense locale. Les raids en terres étrangères étaient eux plus assimilables à de l'entreprise privée (pas une obligation milicienne généralement), mais favorisées par les besoins matériels et la culture/pression sociale. Et sur une grande partie de la période viking, en fait à partir de la fin du IXème siècle jusqu'au bout, ce sont bien des Etats (peut-être pas super finement développés et bureaucratisés) qui mènent la danse et les expéditions (qui ne sont plus les petits trucs artisanaux à quelques bateaux des débuts, ou des réunions saisonnières entre les semis et la moisson), avec des effectifs de guerriers permanents soldés très importants. Une autre façon de voir cette structuration réside dans ce qu'on appelle "le thing", et qu'on caricature abusivement: le Thing n'est qu'un nom générique pour une assemblée, et une société viking n'en a pas un, mais beaucoup, extrêmement hiérarchisés, et elle ne rassemble "tous les hommes libres" qu'à la toute base, l'équivalent d'un conseil municipal ou de quartier (initialement fondé sur l'équivalent de l'équipage d'un langskip/longship, soit autour de 100h, l'unité militaire de référence rappelant par exemple la base administrative historique des sociétés romaine ou grecque, venue du même principe). Au-delà, parce que les communautés sont plus vastes que ça, il y a d'autres Things et le système devient de représentation indirecte, comme partout ailleurs: les Things de base envoient un représentant à celui de l'échelon au-dessus (en général, la propriété est le critère dominant, mais les alliances et compromis politiques jouent aussi), et ainsi de suite, déterminant ainsi une hiérarchie sociale et politique et une structure des entités politiques. Mais à l'arrivée, quand on en est au Thing qui élit quelque chose comme un roi, on est très loin de "l'assemblée des hommes libres" ou même de notables locaux: c'est une réunion de potentats de grande importance. -
FRANCE : 5° puissance économique?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de SPARTAN dans Economie et défense
Plus que la pub, il faut souligner l'intégralité de l'effort marketing/com: le plus cher dedans est l'ensemble des mesures qui permettent d'entretenir un réseau de vente (passant entre autres, dans les petites choses, par les vacances et "séminaires" tous frais payés aux médecins, leur démarchage pour faire du placement de produits et de l'incitation à prescrire....). Ne pas oublier non plus un point commun à la R&D des grands groupes pharma: autour de la moitié de ce budget se focalise sur les antidépresseurs et assimilés, et une bonne partie du reste sur un tas de produits sans réelle utilité (mais que le marketing va tout faire pour "rendre utile" chez les prescripteurs), voire inventant des syndromes et problèmes là où il n'y en a pas (en tout cas pas ayant une source médicale). Sans compter le racket opéré auprès des labos et structures de recherche universitaires, sommées de vendre leurs productions, souvent plutôt à vil prix, avec la complicité des autorités de tutelle (souvent pressurées par le chantage à l'emploi): une forme très particulière de sous-traitance de certaines briques de recherche, et une forme encore plus particulière de "veille concurrentielle". -
La plus grande erreur stratégique de Napoléon?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Formulons-le autrement: le potentiel de croissance de la France était très inférieur à celui de l'Angleterre à cette époque: ressources, capacités maritimes, niveau de mise en valeur du territoire métropolitain (et de territoires outre mer), capacités financières, perspectives de stabilité politique intérieure, débouchés commerciaux, démographie (même si on la mesure peu alors).... La France était loin derrière, aussi bien en 1815 (et après la récupération) que, dans une moindre mesure, en 1789; trop d'historiens abusent de la santé du commerce français à cette époque et de quelques innovations industrielles pour décréter que le pays allait écraser économiquement l'Angleterre, ce qui est plus qu'absurde. Et trop sous estiment la contrainte de la nature continentale du pays vs l'insularité britiche, et plus encore, de son système financier fragile et peu développé, qui avait pris un siècle de retard sur celui de l'Angleterre. Ce n'est pas une grille d'analyse pertinente en ce qu'elle n'apporte rien du tout à une vision moins connotée des relations internationales de cette époque, ne facilite aucune compréhension supplémentaire, ne fait surgir aucun phénomène ou fait mal compris en regardant autrement: c'est une coquetterie pour qui aime regarder cette chose plus que souvent fallacieuse qu'est l'histoire du "temps long" (regarder en termes de siècles, de grandes périodes) sous prétexte que tout historien a envie d'être Thucydide, Hegel ou Braudel et de découvrir de grandes "méta vérités" cachées. Il y a mille et une analyses biaisées en ce sens pour chaque approche intéressante, et malheureusement, cette vision de l'histoire issue du XIXème siècle infecte encore trop souvent nos manuels scolaires et nos logiciels profonds de regard sur l'Histoire. Le fil d'ariane de la politique continentale britannique de la moitié du XVIIIème siècle jusqu'aux alentours de la fin du XIXème (avec encore quelques hoquets ultérieurs), c'est l'équilibre continental, pas particulièrement la possession des Pays Bas Espagnols/Autrichiens (pas la Hollande, qui n'a jamais été dans les visées françaises, et pas en bons termes particuliers avec l'Angleterre avant le XIXème siècle -étant plusieurs fois en guerre contre elle, et victime de son impérialisme commercial croissant). Et encore même cette vision est à sérieusement relativiser (ne pas le faire handicape la compréhension de ce qui se passe réellement) si on regarde réellement la période, parce qu'elle fait supposer des continuités, notamment dans la gouvernance du pays, qui ne sont pas là, empêche de voir les tournants politiques et économiques qui auraient pu, parfois du, être pris, et ne l'ont pas été en bien des occasions par le simple fait du hasard et des circonstances alors que tout faisait pencher dans cette direction (et la théorie du jusqu'au boutisme d'une posture ne tient en fait plus la route, sauf si on veut absolument se convaincre que ce qui est arrivé était inéluctable, ce qui est une des pires paire d'oeillères possibles). -
La plus grande erreur stratégique de Napoléon?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Jojo67 dans Histoire militaire
Bien sûr que si, des troupes belges y étaient; d'abord dans les troupes du prince d'Orange, soient 17 000 Belges et Hollandais, et ensuite dans l'armée française, où les Belges n'étaient pas un petit contingent (mais pas en unités nationales/régionales pour l'essentiel). Et le rôle du contingent belgo-hollandais n'est pas à mésestimer, vu que l'intervention de la brigade Detmers face à la dernière attaque de la (Moyenne) Garde fut déterminante. Ce n'est pas un livre d'histoire: c'est un délire esthétique qui se préoccupe bien peu de réalité historique, d'une analyse des faits, d'objectivité ou de recul. Juste le délire ultra partial d'un fanboy. Du point de vue de l'histoire militaire en particulier, il a encore moins d'intérêt. Et faut pas trop délirer sur la lutte franco-britannique pour la "domination du monde". La prééminence sur le continent vs l'équilibre continental auto-neutralisant peut-être, mais pas la "domination du monde"; la France d'alors n'en avait pas les moyens de par sa nature continentale, le manque de développement industriel, un système financier immature/en retard et, en 1815 en particulier, l'épuisement. Cet angle de la "seconde guerre de cent ans" n'est qu'un gadget de quelques historiens qui aiment voir la chose ainsi: personne ne connaît l'appellation et elle n'a aucune pertinence comme outil d'analyse. Tant qu'à faire, et plus justement, il s'agirait de la 3ème guerre de Cent Ans, la première étant celle achevée par Saint Louis à Taillebourg en 1242 et marquant la fin de "l'Empire Plantagenêt" (en fait essentiellement actée avec les 2 grandes batailles de 1214). -
FRANCE : 5° puissance économique?
Tancrède a répondu à un(e) sujet de SPARTAN dans Economie et défense
Je savais que Lagarde était une socialo-maoiste! Quelque chose dans le regard.... Ou est-ce dans le tailleur? -
Oui, il me semble qu'il y a vraiment un problème de fond dans la mentalité qui adresse les problèmes: les structures et solutions en place découlent d'une mauvaise approche (comme toujours, la première faute est au niveau de la stratégie ). Une des raisons pour lesquelles je ne pense pas que multiplier les spots de pub à effets spéciaux, ou les outils de com en tous genres, améliorera beaucoup la situation du recrutement. En l'état de l'approche, c'est en grande partie du gaspillage, vu ce que coûte une campagne de com (et les espaces publicitaires orchestrés dans un bon plan médias en particulier). Peut-être que les 4 ans aussi, c'est un problème: le système des contrats US de 8 ans (ventilés différemment selon les individus: une partie dans l'active, une dans la réserve) me semble plus intelligent. Ceci dit, entièrement d'accord sur les plus diplômés: en général, ceux qui ont été plus longtemps dans une structure (qui offre la plupart du temps un cadre de vie "généraliste" ou des incitations à en avoir, plus une socialisation elle aussi incitative) sont en meilleure forme. Que l'armée se comporte ainsi, et elle renforce l'inégalité (donc la différenciation) des situations. C'est un peu con, surtout quand l'inverse ne coûterait pas des masses et offrirait des opportunités de "militariser" par paliers plus progressifs une jeunesse qui n'est pas forcément si mentalement disponible à la transition du civil vers le militaire (dans ses réalités de tous les jours); là encore, une façon de limiter le "taux de dégoût", les abandons en cours de route qui pourraient être évités avec une autre approche. Il y aura toujours des incompatibles avec la réalité militaire, mais je doute fortement que tous ceux qui partent -ou même la majorité- en soient: moins on est manichéen dans son approche ("tu es apte/compatible, ou tu l'es pas"), mieux on filtre et plus on garde. Bien sûr, quand le jour reviendra où des masses hurlantes et innombrables, faites des meilleurs exclusivement, se présenteront aux bureaux de recrutement, il sera temps de revenir au "tu fais l'affaire ou tu dégages", avec sans doute aussi l'option d'en tuer un maximum à l'entraînement , juste par nostalgie ??? , en se disant que ça fait du bon écrémage et que ça motive et endurcit les autres. Mais en attendant....
-
Peut-être, mais mon point était de souligner qu'elle n'en a pas suffisamment qui se présentent à ses portes: elle n'a pas les moyens de faire la fine bouche. Si elle veut des recrues au niveau, qu'elle mette ceux qui se présentent (et qui peuvent l'être, évidemment) au niveau. C'est ça que j'entends quand je dis que l'armée devrait se rendre compte qu'elle n'est pas le consommateur dans l'histoire; l'état du "marché" semble plutôt la mettre de l'autre côté de la barrière. Au final, ça fait quoi d'avoir un cursus additionnel (quelques mois de plus) dans le cours du processus de recrutement pour une proportion X des recrues, qui les mettrait en forme et permettrait de retenir un plus grand nombre de ceux qui ont l'envie? Une sorte de "sas" en somme. Ca coûte des clopinettes, et ça permet de garder une plus grande portion des vocations potentielles (qu'elles soient embryonnaires ou un peu plus) pour les cultiver. Parce qu'en l'état des choses, c'est plutôt l'armée qui doit envoyer un "signal fort" envers ses bassins de recrutement, plutôt que l'inverse, si elle veut faire grimper ses chiffres et son niveau de ce côté. Considérer que la population est là pour lui fournir des recrues en quantité et qualité suffisantes (qui doivent être bien contentes qu'on les laisse entrer), soit l'essence de la position de fond actuelle sur laquelle repose le recrutement, c'est un bon moyen pour ne pas avoir ce qu'on veut. S'il n'y a pas assez de recrues au niveau, hé ben on les met au niveau. S'ils ont l'envie et pas la forme, on les met en forme; s'ils ont l'envie et pas assez le goût ou l'habitude de l'effort physique, on les y met. Plus on met de sas dans un cursus linéaire où à aucun moment l'armée ne lâche ou ne perd de vue celui qui a fait le geste de se présenter initialement, plus elle en gardera, et ce au prix de quelques efforts pas très compliqués pour mettre à niveau un volant plus ou moins importants de personnes ne présentant par ailleurs pas de problèmes. Se comporter en consommateur final qui part du principe qu'il ne peut avoir qu'une seule sorte de matière première n'est pas une grande garantie de réussite.... Et je suis pas sûr que ce soit un signe d'intelligence de la part d'une institution à qui le marché n'est pas très favorable de façon structurelle (vu les taux d'inactivité, surtout chez les jeunes, il devrait y avoir une masse de gens aux portes, et largement de quoi écrémer; c'est pas le cas).
-
Alimentation et faim dans le monde
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Wallaby dans Politique etrangère / Relations internationales
Faudrait voir la chose aussi sous l'angle du problème de l'eau: dans les zones concernées (notamment l'Asie du Sud et du Sud Est), l'état des réserves (quantité et pollution) est pas folichon, et faire pousser de la forêt dans une savane, ça sonne.... Mouillé.- 263 réponses
-
- agriculture
- alimentation
-
(et 2 en plus)
Étiqueté avec :
-
Peut-être ne pas aborder le problème ainsi, comme si l'armée était en position d'être le consommateur et non le vendeur; l'état actuel des choses fait que c'est plutôt largement l'inverse. Mon point était de demander si, dans la masse de ceux qui ne sont pas acceptés aux test d'entrée, il n'y a pas une proportion élevé de gens qui pourraient convenir s'ils avaient juste un peu (ou plus qu'un peu) plus de physique, ce qui est une chose qui ne demande que du travail et un peu de temps, et fondamentalement, ne coûte pas vraiment cher. Du coup, si la dite proportion est significative, ne pas renvoyer ces personnes chez elles à ce stade devient de la politique de vente assez basique: on ne laisse pas filer le client, il est beaucoup trop rare, même s'il n'est pas immédiatement ce qu'on espère. Si tout ce qu'il faut pour en faire la recrue qu'on veut, c'est une phase de transition de X temps pour le mettre à niveau, pourquoi s'en priver? Le tout étant qu'une fois qu'il s'est présenté au recrutement, ON NE LE LAISSE PAS PARTIR s'il répond aux autres critères voulus (santé physique et mentale, QI....). S'il faut dans le même temps le remettre à niveau sur des points comme le niveau scolaire (dans une mesure ou une autre), c'est pareil: si les seuls obstacles sont basiques, autant pas se priver. Quand il y aura 20 candidats, dont 10 bons, pour un poste, on pourra revenir à la sélection façon fine gueule flemmarde et attendre que les candidats se documentent par eux-mêmes sur les possibilités de préparation pré-recrutement et se bougent pour les trouver, prendre sur leur temps.... Quand c'est pas le cas, il faudrait plus aller voir comment les réalités du marketing fonctionnent, notamment sur la façon dont on perd facilement des clients: un type qui a été au recrutement et s'est fait dire qu'il était inapte, pas au niveau.... Faut pas compter dessus pour que beaucoup retentent la chose. Ca, c'est de la perte significative, à un moment où les forces ont moins les moyens de se comporter ainsi. Au lieu de favoriser l'envie de s'enrôler, ça tue les motivations là où les cultiver (faire passer une motivation naissante, ou épidermique, à un stade de vocation, pour illustrer) ne reviendrait pas forcément très cher. Plus largement, avoir une politique de corps de cadets significative (soit une politique encore plus en amont) comme en Angleterre (plus de 100 000 jeunes) serait pas du luxe, pour créer un plus vaste pool de motivations potentielles et de sympathie pour l'armée. Si rien de ce genre n'est fait, je crois que l'Armée perd tout droit à se plaindre de la qualité et de l'effectif des recrues: elle ne fait rien, ou pas grand-chose, pour avoir plus et mieux.
-
Pour l'armée comme pour les Fus ou les CPA, n'y aurait-il pas intérêt à avoir une phase supplémentaire de préparation surtout physique pour les recrues ayant les aptitudes mentales/psychologiques requises, et une bonne santé, afin de les mettre au niveau requis pour l'entrée? Le processus de sélection tel que vous le décrivez me semble, outre ses problèmes et aléas, évoquer des forces qui font une fine bouche dont ils n'ont pas les moyens étant donné l'état du niveau des candidatures en quantité, si bien que je me demande s'il ne faudrait pas trouver un moyen plus efficace d'intégrer une plus large portion de ceux qui ont la volonté, la cervelle et la santé, mais manquent juste du niveau physique. Ca semble con de se plaindre des recrues qu'on a (et d'en intégrer apparemment quand même un certain nombre qui ne correspondent pas à ce qu'on veut), ce qui revient à pisser contre le vent: l'état de forme physique dans une société développée est généralement pas terrible, et le niveau de volontariat est ce qu'il est dans un pays sans menace directe: autant pas écarter les bonnes volontés, qui sont une ressource rare.
-
Histoire militaire des Etats-Unis
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Est-ce si facile de porter un jugement (je pose ouvertement la question; je n'ai vraiment pas assez de matériel et de synthèse personnelle sur le sujet) sur les événements quand la somme de données est si énorme et qu'il est difficile d'établir simplement ce que tel chef savait ou ne savait pas au moment M, ce qu'il pouvait raisonnablement percevoir de la situation, l'ensemble des scénaris d'évolution possibles qu'il pouvait déterminer (suivant les options prises), les impératifs qui lui étaient imposés (le coup d'arrêt à Patton notamment: son pur choix propre? Volonté d'Ike? Pressions britanniques? Quel est le déterminant principal?).... La taille des forces armées qu'il supervise ne rend pas le jugement si aisé, et la nature du travail en coalition multinationale (essentiellement binationale) non plus, si bien que le processus de décision en semble d'autant compliqué, exonérant Bradley de certaines choses. Je dis ça, parce que les éléments que j'ai semblent quand même plaider en faveur de Bradley comme un bon juge de caractère (pour la sélection des officiers généraux) dans ses propres commandements comme dans son rôle d'observateur pour Ike, comme un type que Patton, pas tendre dans ses opinions (même pour ses amis et confrères de caste; qu'on a vu revenir sur ses opinions sans hésitation face à l'examen d'une performance de terrain, notamment contre le susnommé Fredendall), trouvait admirable. L'automne 44, qui plus est, le voient contraint dans ses options par le choix d'Ike en faveur de Market Garden, qui réorientent la masse des ressources en faveur de Montgomery et laissent Bradley avec un front très large (malgré l'importance de ses effectifs) et pas une énorme liberté de manoeuvre. Il y a certes beaucoup à redire sur la très mauvaise série d'opérations menées par Hodges (et choisie par Bradley) pour conquérir les barrages de la Roer, mais est-ce suffisant pour un jugement général? Même les meilleurs ont commis des conneries, plus ou moins imputable à leurs choix. Surtout, pointer les "occasions manquées" semble plus donner dans la facilité du regard a posteriori que dans l'analyse des possibles fondée sur les circonstances des choix effectués. Et ce encore plus quand on parle d'un niveau de commandement aussi "abstrait" (d'une certaine façon) que l'échelon auquel se trouvait Bradley à ce moment: on parle quand même pas d'un commandement de division, mais d'un truc vraiment vaste, avec toute la machinerie logistique, combattante, interarmée et bureaucratique d'un front à l'américaine en 1944 (sans technologies de communications très rapides ou moyens d'observation développés, avec une foultitude de filtres entre l'opérationnel et l'EM, des procédures innombrables....). -
Histoire militaire des Etats-Unis
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Rochambeau dans Histoire militaire
Tu classes Bradley dans les mauvais/catastrophiques?