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Tout ce qui a été posté par Tancrède
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Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
Les USA ne sont pas si gagnants que ça, même pas du tout, en cas de situation vraiment envenimée (j'entends envenimée avec actions-rétorsions économiques durables): leur reprise est poussive et en large part limitée à de l'apparence (peu de traductions dans l'économie "réelle"), et une Europe à la reprise encore plus faible qui serait frappée par un tronçonnage des échanges avec la Russie (surtout dans quelque chose d'aussi "capacitant" et déterminant que l'énergie) les impacterait trop douloureusement. En plus, faut pas fantasmer sur les "master plans" supposés d'une "grande stratégie" américaine poursuivie contre vents et marées en semi secrets à travers toutes les administrations successives dans la longue durée: le pays est polarisé comme jamais, le Congrès est incapable de prendre des décisions (et plus encore des décisions auxquelles il se tiendrait un tant soit peu longtemps), la classe politique se désintéresse en majorité de la politique étrangère (au-delà de quelques rodomontades publiques faciles de la part de quelques "clients habituels" comme McCain ou Graham), la population est remontée comme jamais contre l'action extérieure (au point que c'est devenu une question influant le suffrage), et pire encore, la même classe politique a graduellement perdu attrait et expertise pour la chose; il est loin le temps où restait en permanence un "noyau dur" de parlementaires experts et puissants assurant la continuité de la volonté politique dans ce domaine. Pour couronner le tout, il y a un président qui ne s'y intéresse guère et fait tout pour ne pas tremper le doigt dans les engrenages extérieurs au-delà du symbolique, ses seuls axes politiques "lourds" (cad, où il met du poids et des moyens dans la durée) étant du domaine du long terme: relations avec l'Afrique, recalibrage vers l'Asie, et dans une moindre mesure évolution de la "war on drugs" donc des modes de relations avec les voisins du sud. Je crois pas une seconde au "master plan" pour diviser et mieux régner sur une scène Euro-Russe divisée: pour ça, faut mettre des divisions en branle (militaires, économiques/financières....); certes, le secteur énergétique américain qui a de nouveau le vent en poupe à Washington (j'entends: par rapport aux autres groupes d'intérêt sur les questions qui engagent tant de moyens qu'elles forcent à choisir entre eux), peut peser en ce sens pour mieux proposer une structuration de l'exportation vers l'Europe, qui la rendrait plus dépendante des USA, qui leur assurerait des marchés de long terme et contraindraient la capacité européenne à négocier les prix, tout en mobilisant des fonds massifs pour la réorientation des infrastructures afin de rallier suffisamment de politiques des Etats "rouges" -où est l'extraction- et "bleus" -par où passe l'export. Aussi irréaliste que soit cette idée: il faudrait de longues années pour que les USA puissent amener le quart des quantités requises, et les prix limiteraient l'appro US comme solution de remplacement. Après tout, le propre des acteurs privés de grande taille est de toujours fauter en cherchant des marges trop grandes et en se comportant en étant persuadés qu'ils emporteront la mise; plus l'Etat concourt à cofinancer ce comportement, moins ils se privent, et au pire, les pertes sont socialisées (une guerre comme la guerre d'Irak le rappelle). Mais les dits lobbies ne pèsent pas autant qu'on le pense dans une scène comme Washington aujourd'hui: ressources plus limitées qu'avant (donc arbitrage plus dur des priorités), économie problématique, autres lobbies puissants qui pèsent lourd, polarisation de la scène politique et médiatique (et blocages multiples qui en découlent NOTAMMENT sur les infrastructures, une patate chaude en ce moment), ou encore acteurs politiques échappant à leur influence, y compris via leurs financements: l'actuel courant droito-libertarien, enfoncé dans la démagogie mais isolationniste, le renouveau du populisme dans le parti démocrate, les courants droito-religieux radicaux qui ne mangent que partiellement -et pour raisons idéologiques/symboliques sur quelques sujets seulement- dans ce râtelier.... Bref, ce qu'on résumerait comme "la volonté politique américaine" ne se prête pas à de la "grande stratégie" dans la nature de ce qu'il faudrait pour un cas ukrainien envisagé comme certains le font ici à l'aune d'un jeu de marionnettes visant à diviser l'Europe. Et quand je parle de l'amateurisme au Congrès (en plus de son blocage quasi total depuis des années), je ne mentionne pas ça en passant comme un fait anecdotique: c'est terrible en politique étrangère et dans d'autres domaines: ceux qui connaissent bien le fonctionnement du bouzin sont effarés par les problèmes du processus législatif, de la rédaction des lois.... Jusqu'à la terrible baisse capacitaire et qualitative des "staffers" des parlementaires. En tant qu'organisme d'analyse, de réflexion, de décision, de formulation de politique et de conduite d'actions dans la durée (ou même à court terme), le Congrès des USA est une entité bloquée ne produisant rien, et ce depuis quelques années maintenant (2010 en fait). Et le président, cible de la majorité à la Chambre, est volontairement handicapé dans son action, en plus de sa défiance à l'égard du domaine stratégique et de sa faible volonté de s'intéresser, donc de s'engager, sur le sujet ukrainien. S'il y a du "diviser pour régner" sur la scène euro russe en ce moment, c'est les Européens et les Russes qui se divisent tout seuls comme des grands pour que Murphy règne. Tout au plus je dirais que c'est Poutine qui a récemment mis nettement plus de lest dans cette stupide balance (jusqu'au point de la rupture totale d'équilibre bientôt?) en agissant relativement "irrationnellement", mais surtout en s'étant placé sur un axe où il ne peut que choisir la surenchère permanente, à moins que quelque chose de fondamental ne change dans l'équation actuelle. Isolation au pouvoir? Hubris? Problèmes de la structure du pouvoir actuel en Russie (pas vraiment un optimum de stabilité et de contrepoids)? Il est le plus grand fautif dans la présente situation parce qu'il est celui qui a le plus de moyens d'actions et celui qui a le plus agi, sauf à considérer que l'Ukraine n'est pas un pays indépendant et que la logique fondamentale préalable à toute formulation d'opinion est qu'elle doit être dans l'orbite russe, tout le reste découlant de cette position fondamentale, auquel cas pencher vers la Russie est plus compréhensible. Mais quand à voir des USA cherchant à affaiblir l'UE et/ou à séparer UE et Russie, c'est limite du complotisme, ou en tout cas de la négation de ce que sont les USA aujourd'hui en tant qu'entité pensante et agissante.... Et ça supposerait en plus qu'il y a un "rapprochement euro-russe" (ou une "stratégie européenne" aussi imaginaire qu'une armée de l'UE) au sens de la formation d'un axe solide (pas une entité géopolitique évidemment, mais une sorte de partenariat durable et organisé comme tel): beaucoup ici fantasment dessus, l'espèrent, extrapolent, ou vont jusqu'à penser qu'il était en cours de réalisation, mais ça n'a jamais été le cas. Une relative codépendance économique de fait ne crée rien du tout par son existence. Surtout en plus quand on parle de deux "entités" aussi différentes: une n'existe pas, l'autre est devenue de plus en plus idéologisée, parano et centralisée, avec un leader qui s'est progressivement isolé (faut arrêter de le voir comme un "maître joueur d'échecs" calculant tout, anticipant tout, sachant tout). Je vois personnellement beaucoup de merdages accumulés des deux côtés, des politiques à la petite semaine et des incohérences qu'on a tenté de faire tenir ensemble sur de trop longues durées (pour des raisons différentes de part et d'autres), et dont le prix s'affiche maintenant. Les USA aussi ont leur part dans ce merdier, c'est certain (faut pas oublier cependant qu'il y a en Europe plus atlantiste que "l'Atlante", surtout à l'est: les USA sont parfois obligés de suivre les zélotes ou d'assumer leurs merdages), de même que le mauvais emboîtement de suites d'événements imprévisibles. Mais une grande main invisible? -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est tout le problème: c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire: n'étant ni israélien ni impliqué d'aucune façon dans le conflit (et surtout pas dans une zone à risque), je ne suis pas moralement bien placé pour émettre cet avis pourtant par ailleurs assez évident (que j'ai juste exposé autrement, plus "largement" plus haut): répondre est par essence la pire des solutions, à long terme tout le monde veut bien l'admettre, mais à court terme (et donc sur le plan tactique/réponse à la crise) aussi. Répondre à un tir de mortier et répondre à ces agressions régulières du Hamas en général. On sait dans la cour d'école qu'il faut pas répondre aux attaques des petits chefs de bandes, pour éviter d'entrer dans le jeu qui leur donne de l'attention et de l'importance, et ce quand bien même on serait capable de leur rectifier le portrait, tout connement parce que ça mène à la lutte permanente (sauf si le problème est un gamin unique qu'on peut remettre à sa place relativement définitivement en ne laissant rien passer une bonne fois pour toute, ce qui n'est pas le cas de figure le plus fréquent). Israël est en sécurité quasiment absolue (en tant qu'Etat, en tant que population): aucun risque par un Etat voisin, et aucun mouvement terroriste/idéologique/de lutte armée n'a les moyens de faire autre chose que des piqûres de moustique, même si les dites piqûres représentent quand même à cette échelle des vies humaines. C'est là que mon avis n'a pas de légitimité puisque je ne suis pas impliqué et ne risque rien personnellement (ni aucune personne que je connaisse), mais c'est essentiellement ce qui a aussi été souligné par un certain nombre d'officiels israéliens dont une bonne partie venant des organismes de sécurité: ce que fait Israël est la pire réponse possible, et les actions de rétorsion devraient être bien plus limitées et discrètes (et oui, ça se fait en risquant du monde), et assorties d'une toute autre politique "environnementale" auprès de la population cible (Contre insurrection 101: séparer la population des insurgés). On parle bien là aussi pour l'efficacité obtenue à court terme, au sens technique/militaire. Aussi frustrant/terrifiant que ce soit, c'est pourtant la décision que tôt ou tard des dirigeants israéliens devront prendre pour qu'un processus de paix puisse commencer: accepter un certain seuil de pertes/insécurité pendant une durée donnée, par opposition aux déclarations actuelles sur l'exigence d'un arrêt total et complet de toute activité "terroriste" avant que quoi que ce soit soit discuté sérieusement (quand est-ce que ce genre de trucs a jamais marché?); c'est pas comme si le camp d'en face était très unifié, ni comme si les "calmes" avaients les moyens politiques/physiques d'avoir une vaste marge de contrôle sur l'ensemble démographique appelé "palestiniens". S'organiser, se structurer et se coordonner à grande échelle coûte cher au début, et encore plus cher dans la durée: les Palestiniens ont pas vraiment ça. C'est l'inconvénient d'être dans une position de force quasi absolue: si on veut le calme durable, y'a un moment où faut accepter d'encaisser sans rendre très fort. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Non, ça c'est parce que t'es crade: un mouflon (cf ton avatar.... Pas taper) devrait pas boire du café. Quoi d'autre? Une marmotte qui bouffe du chocolat? -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Certainement, mais ça pose quelques problèmes: - le coût de ces opérations punitives va croissant, en parallèle avec le coût de la "conteneurisation" du problème palestinien (barrière, dispositif de sécurité multispectre, Iron Dome....), et je parle pas que d'argent (ou même pour l'argent seulement, de dépense directe: ça coûte aussi en incertitude, impact sur l'investissement/planification économique privée et publique....). - l'impact de ce mode d'action n'est pas neutre sur la scène "intérieure" palestinienne: radicalisation d'une proportion croissante de la population (asymptotique à la courbe de désespoir si elle pouvait être tracée mathématiquement), renforcement du/des mouvements de lutte extrêmistes/armés, moindre espace de négociation (et perception de la possibilité d'un accord chez le péquin moyen), moindre capacité à s'imposer chez les modérés/pro-négociation.... Rien de neuf, mais le temps fait empirer le problème. En somme, plus ces actions de court terme arrivent, plus leur impact recouvre un terme court, et plus ça renvoie une vraie solution dans les limbres de l'hypothétique. C'est aller toujours un cran plus loin dans le "sacrifier demain à aujourd'hui". - focaliser sur Gaza en espérant séparer (politiquement, médiatiquement.... Bref, dans la "trame" du récit et des esprits) le problème de la Cisjordanie fait nier l'autre problème qui lui aussi va croissant: la confettisation de la Cisjordanie via la colonisation croissante et politiquement toujours plus problématique.... Ca aussi ça alimente la coupe du désespoir, du scepticisme sur la position israélienne (autant sur la volonté d'une quelconque solution que sur la capacité des politiques israéliens à un jour inverser la courbe) et donc de la radicalisation. La politique de court terme israélienne est en contradiction depuis un bail avec les hypothèses de long terme dans lesquelles la majorité espèrent, mais auxquelles je ne crois pas que beaucoup de monde croient réellement, ou pour lesquelles la même majorité soit prête à consentir le moindre sacrifice, encouragée en cela par une classe politique qui n'a rien pour susciter l'admiration ou la confiance. La "solution politique", la "solution à deux Etats", aussi inévitables qu'elle apparaisse dans le discours, n'est rien d'autre qu'un voeu pieux sans cesse renvoyé aux calendes grecques (c'est juste un gadget de com pour se donner un air de gens raisonnables, maintenant), et rendu toujours plus improbables par l'accumulation des actions de court terme: le temps n'est pas assez neutre pour qu'il en soit autrement. Ca n'est évidemment pas représentatif, mais les copains juifs auxquels je parle sur le sujet renvoient tous, de leur entourage, une désaffection et/ou une désillusion sur Israël, et plus encore (ce qui est plus nouveau) sur le sionisme (évidemment, ils ont chacun une vision/définition différente du terme: des travaillistes "à l'ancienne", des "identitaires"....). Première fois que je les vois mettre autant de distance sur le sujet. Je mets ça en parallèle avec l'évolution de la couverture du sujet aux USA (jusqu'ici, ça a plutôt toujours été à 95% et assez aveuglément et univoquement pro-israélien dans les grands médias), nettement plus nuancée depuis 2 semaines, et avec une étude que j'ai survolé récemment sur la jeunesse juive aux USA, qui serait franchement moins "identitaire" (et solidaire d'Israël) que les générations précédentes (avec notamment beaucoup plus d'hostilité à l'égard de la politique israélienne). Difficile de réellement tirer des conclusions de fonds sur le sujet, mais la tectonique des plaques composant les données importantes de la situation (dans le temps un peu plus long) connaît quelques évolutions. -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Je rejoins tout à fait Loki: tu prends le truc avec les mauvaises bases, essentiellement en pensant dès l'abord que parce "qu'Israël a le droit de se défendre" (c'est devenu une formule qu'on ne questionne même pas alors qu'elle ne veut rien dire dans la situation présente), ça veut dire qu'il y a une solution militaire, ce qui est faux aussi bien pour le court que pour le long terme (souligné entre autre par de multiples décideurs et experts issus du renseignement israélien, pendant ou après leur activité). C'est juste de la gesticulation de politique intérieure, pour se donner des airs de chefs fort et responsable, ne surtout pas déranger les différents électorats fidèles et répondre au sentiment d'urgence et de colère en ayant l'air de faire quelque chose "qui marche" (tuer du monde donne toujours cette impression). Le Hamas côté militaire, c'est quelques centaines ou quelques milliers de combattants qualifiés à très qualifiés et cadres, et 10 à 20 000 miliciens; des opérations comme Israël en mène en ce moment sont destinées à se reproduire tous les ans ou tous les 2 ans, en réponse (disproportionnée? C'est une question légitime. Tapant à côté du/des problèmes? C'est plutôt certain) à une menace se recomposant sans cesse, et que de telles actions ne feront qu'alimenter et renforcer. Combien de vrais combattants du Hamas ont été tués/capturés? Combien d'entre eux sont des qualifiés/cadres? Une proportion faible, surtout pour les seconds (c'est les plus nuls qui font la majorité des chiffres), et à un coût politique, médiatique et financier problématique, et ce de façon croissante. Ce à quoi il faut ajouter que le Hamas ou toute organisation de résistance/terrorisme/lutte est bien plus que juste un appareil militaire, mais un ensemble qui garantit la capacité à se réorganiser, se recomposer et se réarticuler de façon adéquate et dans le court terme, sans parler du fait d'avoir toute la capacité de sélectionner les recrues qui affluent en nombre après ce genre d'expéditions. Israël a le droit de se défendre, mais vu la qualité de la scène politique, elle le fait très mal; c'est pas du gabarit de "Al Qaida détruit le WTC, défendons nous en prenant l'Irak", mais c'est de la même famille. 95% de politique intérieure, de gesticulation et d'apparence, et de petits intérêts (pas ceux du pays). -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Un des autres fondamentaux facilement obérés en amont de toute réflexion et de toute argumentation un tant soit peu réaliste est la question démographique: ajoutée à ce possible "point de non retour" en Cisjordanie, on constate que l'ensemble des territoires contrôlés par Israël auront bientôt quasiment une parité de juifs et de non juifs. Quid d'une "solution à deux Etats" réalisée avec ce facteur ET une répartition géographique de facto mixée? La question d'une "confédération" ou d'un Etat non spécifiquement juif se posera que les parties prenantes le veuillent ou non. Dernier facteur, pas si mineur, qui devrait s'inscrire avant de s'enferrer dans les argumentations et rester à l'esprit de quiconque veut formuler une opinion sur la question: les Israéliens et pro-israéliens reprochent les fausses équivalences entre Hamas et Israël comme parties prenantes, ou entre les Palestiniens et Israël.... Mais en font quand ça les arrange, en présentant souvent le fait que le vague ensemble appelé "les Palestiniens" ou le truc un peu plus précis appelé "les organisations palestiniennes" devrait avoir les mêmes comportements, attitudes et actions que l'Etat formé (et riche) qu'est Israël.... En obérant de ce fait la réalité: constituer une organisation civique, une scène publique fonctionnant réellement, un Etat fonctionnel et une société civile fonctionnelle, ça coûte du fric, ça nécessite une énorme accumulation d'organisations diverses et variées, de structures, de moyens, d'infrastructures, choses qui doivent se faire sur des décennies d'investissement dans un calme relatif permettant une concorde minimale, une capacité à pouvoir un peu voir l'avenir (sans quoi aucun investissement en temps, en argent, en confiance dans un processus de construction d'organisations, d'infrastructures....). Un Etat ne se décrète pas juste comme ça. Et si les amorces d'infrastructures et d'organisations sont démolies à chaque intervention (cf l'autorité palestinienne dont la police voyait ses bâtiments et véhicules dézingués dès que ça prenait Israël).... -
Israël et voisinage.
Tancrède a répondu à un(e) sujet de loki dans Politique etrangère / Relations internationales
Je vais sans doute regretter de poster sur ces topics polémiques, mais bon.... Quelques questions: - quid, dans le soutien à cette opération, de la montée assez récente en Israël (constatée dans de mutiples articles), d'un niveau de "racisme ordinaire" (inconscient pourrait-on aussi dire) sans précédent dans le pays (dont les actions de groupes de djeunz témoignent, en étant la partie émergée de l'iceberg), et en conséquence plus générale, d'un niveau de radicalisme plus important de l'opinion (en lien avec la prise d'importance démographique et institutionnelle croissante des religieux et des migrants récents issus de l'est européen)? - quelle place dans le débat israélien au fait que Gaza est de facto une prison à ciel ouvert depuis près de 2 décennies? Quand j'entends des commentateurs israéliens sur les médias US (ils sont en campagne médiatique, donc c'est assez normal), leur angle est de dire que tout allait tranquillement et que les israéliens s'occupaient de leurs affaires dans un monde en paix, quand soudain le méchant Hamas est venu tout foutre par terre: un petit peu foutage de gueule de présenter la crise actuelle comme sortant de nulle part et ne pas admettre dans les bases de leur raisonnement que la population de Gaza en est à des niveaux de désespoir (et donc pour une proportion importante, de rage -une des réactions logiques à une telle situation) terrifiants. - quelle place dans le débat israélien au fait de lier aussi la situation à la situation de Cisjordanie et à la colonisation rampante d'un des 2 timbres postes qui servent de territoire aux Palestiniens? Nier que les deux sont liés (et le sentiment d'impuissance et de processus de paix inéquitable qui vont avec) est aussi un tantinet dérangeant, et là aussi, dans les médias US, la ligne éditoriale des représentants israéliens est de nier. Plus largement et pour recentrer sur l'action, la question n'est pas pour moi de dire qu'Israël a le droit de "se défendre", mais simplement de se demander, en amont du raisonnement et avant de s'épancher dans les logorrhées d'arguments qui vont en aval des positions initiales qui sont prises, si Israël se défend réellement bien contre cette situation. Y'a quand même une floppée d'anciens (et actuels) hauts cadres et décideurs des services de sécurité israéliens (services de renseignement, police, armée) qui répètent depuis des années que cette politique israélienne n'est efficace ni à moyen, ni à long terme, et même pas terriblement à court terme, et s'apparente en fait plus à un comportement de politiciens se donnant des airs de chefs forts (pour surfer sur les vagues d'indignation et de peur en temps d'agression) pour pas un rond (en capital politique) et renvoyant tout début de solution au futur proche (kicking the can down the road en anglais), et ce à un coût croissant en argent, en risque/insécurité et en vies humaines (surtout palestiniennes). Le tout reposant sur l'idée que ces gesticulations militaires sont des solutions. Israël, il semble, continue de refuser de faire des choix: - soit ils cherchent une solution politique qui impliquera à un moment donné des risques humains sur des israéliens auxquels il ne faudra pas répondre (et l'Iron Dome a quand même sacrément réduit le coût potentiel de ce risque), ce qui implique de faire un demi tour radical en Cisjordanie, d'investir dans une économie et une infrastructure palestiniennes, et d'accepter un coût politique en s'opposant à une partie de la population juive - soit ils cherchent une solution militaire/sécuritaire à Gaza (prélude ou non à un "nation building" préparé avec sérieux) qui implique d'y aller ET D'Y RESTER. Les raids punitifs, aussi violents et techniquement efficients soient-ils, n'offrent aucune solution et aucune efficacité même de court terme (à moins de considérer qu'obtenir un calme relatif pour 1 an ou 2 à ce coût est de l'efficacité), et certainement pas l'élimination des mouvances terroristes/radicales/violentes en général, ou même du Hamas en particulier (plusieurs dizaines de milliers de miliciens, plusieurs centaines -peut-être milliers- de cadres/combattants qualifiés: combien ont été tués depuis 2 semaines? Pour combien de civils? Pour combien de futures recrues motivées?). Si on veut pacifier, faut y aller et y rester longtemps. - soit ils se lancent dans l'extermination totale Ces raids punitifs périodiques ne sont pas, pour moi (et apparemment pour la majorité du renseignement israélien), autre chose que des politiciens renvoyant le problème à demain, et je suis effaré qu'il y ait encore des gens qui croient que c'est une défense efficace, ou qu'il y a le moindre espoir "d'en finir" avec le Hamas ou toute opposition armée. Ce qui est d'autant plus tragique que cette certitude est à la base du raisonnement. Quand on se convainc de ça avant toute chose (que c'est une réponse appropriée et/ou efficace), toute analyse, tout argument qui suit, est pollué. Le seul réel problème est une élite politique israélienne qui refuse de payer le moindre capital politique ou de prendre le moindre risque politique. Mais fondamentalement, sur l'aspect militaire, on retombe dans l'analyse d'une guerre contre insurrectionnelle et des illusions de croire qu'il y a une solution militaire, et surtout une rapide. Je conçois que la peur et la colère du moment incitent à se rallier à ce genre d'illusions (comme celle d'une guerre courte et victorieuse), mais à force, on se dit que quelqu'un sur la scène publique israélienne, puisse commencer à rassembler de l'audience autour du fait que ces opérations militaires sont totalement inefficaces et ne font qu'accroître le problème. -
Faut pas se faire d'illusions sur le comportement et le socle de connaissances de l'électeur moyen: tout le monde connaît la phrase de Churchill sur la démocratie, mais il en a une autre.... "Comment vous dégoûter de la démocratie? Passez 5 minutes avec l'électeur moyen". Pour les comparaisons de connaissances, les Chinois ont adopté ce genre de critères: pour se placer dans les classements mondiaux, ils n'utilisent que les statistiques de Shangaï où ne peuvent être comptabilisés que les étudiants issus de l'élite (les gamins d'ouvriers et employés sont priés d'être enregistrés en grande banlieue ou dans les bleds d'origine des parents.... Pour pas polluer les statistiques). Ca marche mieux comme ça: ça revient à compter que H4. Pour le MIT, je serais pas trop extatique sur leur score en culture générale ou en ouverture d'esprit: un peu comme l'X (qui a encore Finkelkraut comme prof de philo: le cours le plus vide de l'école).... Les écoles de matheux, c'est pas trop bluffant de ce côté, avec même souvent une certaine fierté de ne rien connaître en histoire, géo.... Par rapport aux matières "importantes".
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Ce sont des Etats souverains: une partie de leur souveraineté est déléguée à l'échelon fédéral (et depuis la petite anicroche de 1861-1865, c'est un peu plus que "délégué"; voir la querelle juridique encore vivace sur le 10ème amendement), mais ils ont un réel tryptique exécutif/législatif/judiciaire avec bien des attributions d'un Etat. Ils ont tous une police d'Etat, et surtout une force armée appelée "Garde Nationale" (ce sont en fait les fameuses milices pour lesquelles le terrible 2nd Amendement a été promulgué) qui ne peut être fédéralisée que temporairement et qu'à certaines conditions, et 34 d'entre eux ont même en plus des "State Defence Forces" qui ne sont pas fédéralisables. Et sur le plan légal, les USA n'ont pas de langue officielle, ce qui explique notamment la place qu'a prise de facto l'espagnol dans la vie publique américaine. Boh, on peut la comprendre: Las Vegas, c'est pour ainsi dire une banlieue lointaine de LA: tout droit en voiture pour la soirée ou le WE, c'est la "grande aventure" ou la "super idée originale" des arpenteurs de sentiers battus qui se prennent pour des aventuriers: un peu comme la jeunesse ouest parisienne qui va prendre le petit dej à Deauville en sortant de boîte en croyant se lancer dans l'inconnu....
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Où sont passés les personnes présentes, membres inscrits en bas de forum
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Remarques et idées
.... C'est souvent frustrant, cette rubrique: que l'on ne partage pas mes centres d'intérêt et mes marottes, je le comprends tout à fait (enfin, je fais semblant de le comprendre et méprise la terre entière en silence ), mais j'avoue que je serais plus motivé pour m'y remettre si ça renvoyait la balle, ou si ça posait des questions.... Vous croyez que j'ai acquis un peu de bagage sur certains sujets en me posant des questions intelligentes sur les dits sujets? Que nenni! Les questions ou remarques les plus cons et basiques sont les plus productives, surtout si elles ne se contentent pas de demander une réponse trop encadrée mais ouvrent une piste plus large ou changent l'angle de vue sur un point qu'on croit comprendre ou maîtriser. Ca fait un moment que je suis sur l'armée romaine, en particulier (maintenant, j'ai même une correspondance avec un historien anglais spécialisé O0 ), et je peux dire que c'est en me posant les questions les plus terre à terre dessus que j'ai le plus appris, un peu comme les amateurs de reconstitution historique qui, en testant la practicité/faisabilité bête et méchante du warfare romain ont (et avec à la base beaucoup d'ignorance), ces 30 dernières années, bousillé la grande majorité des certitudes des historiens sur le sujet et les ont forcé (ou plutôt forcé une nouvelle génération d'historiens) à sérieusement revoir la copie de ce qu'on croit savoir. Et regarder les mécanismes de base de fonctionnement d'unités et d'armements militaires pour "remonter" vers la compréhension générale d'une armée, d'une politique et d'une culture militaire, c'est un peu le coeur de métier de ce forum, non? Et pour faire ça, faut des neurones, de la curiosité, bien plus que des connaissances.... Mais bon, évidemment, faut être la tête dans le guidon sur un sujet..... Et sur certains, je me sens très seeeeuuuuul :'( . Alors forcément, au bout d'un moment, je poste moins.... Ca fait combien de temps que je ponds des pavés dans cette rubrique histoire? Namého! Y'a le Khan qui veut porter plainte? Quésujet? "Abandon de domicile"? C'est un délit? Je contreporteplainte pour manque d'amour dans le dit domicile, na et prout! -
Où sont passés les personnes présentes, membres inscrits en bas de forum
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Philippe Top-Force dans Remarques et idées
Arrête de me tenter avec tes sextoys, cochonne! Je regarde encore régulièrement le forum, je suis juste en phase de désaccoutumance, après une longue période de frustration sur certains débats: le topic "Ukraine" a créé chez moi un énorme ras le bol peu après qu'il soit devenu "Ukraine II". J'ai juste lâché l'état d'esprit qui fait écrire et couvrir des pages et des pages d'échanges stériles et de montées insensibles (mais perceptibles à l'usage et/ou avec du recul) vers la guerre de position; y'a t-il sur le topic en question (et d'autres aussi chobouillants) l'équivalent d'une seule page de réel échange susceptible de faire accepter un argument contraire? J'en doute. J'ai juste perdu le truc qui faisait s'accrocher à ces empoignades (et découvert qu'il y avait un vaste monde où passer le temps gagné... Si, si, il existe.... Quelque part). C'est pas totalement passé: les dernières évolutions du topic "Israël" m'ont fait passer près de l'apoplexie et/ou de l'intervention massive et musclée (sans parler d'autres topics que je n'ouvre même pas.... Par peur). -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
Obama vient d'annoncer la posture des USA et une première liste de sanctions concrètes (encore assez modérées, mais pas seulement symboliques): l'affaire ukrainienne est devenue un sujet de raisonnable importance dans le débat US (n'exagérons rien, les mouvements pré électoraux pour les mid terms de l'automne, la légalisation de la marijuana, le mariage gay, l'avion malais disparu et les frasques de Miley Cyrus sont quand même des sujets plus sérieux), si bien que se positionner dessus est devenu un objet politique notable, avec conséquences sur la cote de popularité. Les excités ultra conservateurs de toutes tendances se sont particulièrement excités dessus la semaine dernière au CPAC (la réunion annuelle du mouvement conservateur, devenue depuis un certain nombre d'années un festival de tarés et d'outrances que personne ne prend au sérieux), puis les gens sérieux ont repris la main depuis, si bien que le débat commence à avoir quelque chose de réaliste aux USA, même si le vote du package d'aide à l'Ukraine a été l'occasion d'un beau cafouillage politique (les conservateurs essayant de lier une réforme d'Obamacare au vote de cette aide, dénoncés par les quelques républicains modérés qui restent et ceux qui ont pris une position active sur le sujet -McCain et Graham notamment). L'impact économique sur l'Europe, et surtout sur la Russie, est particulièrement discuté aux USA, résultat de la reprise en main du débat par les adultes et sans doute d'une volonté de faire du spin raisonnable loin d'une rhétorique guerrière dans laquelle seuls les Foxnewseux (surtout en campagne anti-Obama: tout pour dire qu'il est "faible" et a tort sur tout) se complaisent, vu que l'opinion américaine est franchement isolationniste (l'isolationnisme est au plus haut niveau dans les sondages depuis 45!). Sinon, anecdote amusante: le PDG de Gazprom (ancien PM) aurait vendu toutes ses actions de la société juste avant l'opération sur la Crimée.... J'adore! -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
La Crimée va plutôt être une patate chaude politique pour les mois, voire les années, à venir: une sorte de non entité dont le statut ne sera pas reconnu par grand monde et qui constituera un non dit diplomatique dans les bons jours, et un barrage préalable à toute négo entre la Russie et une partie occidentale dans les mauvais. Une zone grise de plus. C'est le problème de changements de ce type: la légitimité est nécessaire parce que les autres doivent aussi reconnaître et accepter que c'est arrivé, sans quoi celui qui opère le changement aura des problèmes de divers types pour opérer à l'avenir: l'inconvénient de vivre dans un monde avec d'autres acteurs, et qui vit en interactions permanentes, innombrables et rapides (on n'est plus au XIXème siècle, ou dans les semi vases clos des zones d'influence à l'ancienne, ce que Moscou semble avoir du mal à comprendre pleinement). Poutine, là, semble opérer en improvisant beaucoup, et sème ses problèmes futurs. Et la Russie va devoir sérieusement raquer si elle veut garder le bouzin: 800 millions de dollars alloués annuellement par l'Ukraine pour la Crimée, dans un premier temps, et surtout d'importants investissements pour soutenir la presqu'île, vu que l'essentiel de son eau et de son électricité, par exemple, viennent d'Ukraine, et que les axes logistiques/commerciaux qui irriguent son économie passent par l'Ukraine (pas énorme somme toute, mais j'imagine que c'est significatif pour les Criméens). Pour éviter les problèmes, les Russes vont devoir faire un pont à l'est de la Crimée, des raccords pour l'eau et l'électricité (avec j'imagine un surcroît de production à l'autre bout -encore des coûts).... Le problème sera dans ce domaine que tout ça prend du temps à faire, et que dans l'intervalle, la réalisation concrète de ce changement politique passe par une foultitude de détails très coûteux et, surtout, posant d'énormes complications politiques qu'aucune des partis prenantes n'est encline à faciliter pour l'autre, et qui toutes peuvent dégénérer vu le climat ambiant. Des mois peuvent s'écouler, pendant lesquels les Criméens ont besoin d'eau et d'électricité tous les jours, d'avoir une activité économique.... Va falloir que tonton Poutine raque et s'arrange tant bien que mal avec les Ukrainiens pendant ce temps.... A moins que le moindre merdage dans cette implémentation ne vienne ajouter aux problèmes généraux en créant mini crise sur mini crise, dont chacune peut soudain dégénérer en quelque chose de plus grand et de très différent (malentendu, négo foirée, mauvaise volonté, envie de s'en servir comme prétexte....). Beaucoup de choses, dont pas mal de très simples, basiques et concrètes, vont devenir des patates chaudes potentielles, avec une part de hasard qui n'augure rien de bon. -
Une certitude objective: les pruneaux, ça fait toujours chier..... Je m'esssscuze! Pô pu résister. Z'ai honte. Ou pas. Autre certitude objective: c'est "appui feu", pas "appuie feu". Passé ce stade, on entre -vu de mon niveau d'expertise- dans beaucoup d'incertitude. Je constate cependant la variété des opinions (d'experts j'entends) sur le sujet, tout et son contraire étant vanté ou descendu même en comparant des situations/scénaris proches, voire identiques, ce qui soulève pour moi la question intéressante (toujours pour moi) de savoir (comme tu le demandes aussi) quelle part de préférences/opinions personnelles (voire une part de ce qu'on pourrait qualifier d'irrationnel), de conservatisme pur et dur (on garde et on améliore ce qu'on a toujours fait, et on a un biais inconscient sur toute déviation) entre en jeu dans le processus de décision qui préside au choix d'équipement et de doctrine en la matière. J'ai vu par exemple quelques échos de la "révolution" (vu au niveau micro tactique) dans l'appui au sein du corps des Marines, que constitue le remplacement des mitrailleuses M249 par des M27 dans les groupes de combat, renvoyant à un choix net de la précision par rapport à la saturation. J'ose à peine imaginer le ramdam qui a du précéder ce choix dans les instances du Corps, les guéguerres horizontales (services, bureaux....) et verticales (hiérarchie), les contestations.... Quand à savoir l'impact que ça aura sur la performance des unités selon les scénaris de combat envisagés....
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Guerres & Histoire
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Davout dans Livres, magazines, multimédia, liens et documentation
Ben non justement, parce que "en excluant sa faisabilité logistique et militaire" et "les allemands sont il est vrai trop optimistes sur les délais et sous estime la résilience des armées modernes" sont deux points fondamentaux qui font que ce n'est PAS un bon plan opérationnel, sans compter qu'il est aussi délirant sur la résilience des Etats modernes (du moins les développés et solides), aux communications rapides et aux populations unifiées sur certaines causes, pouvant mobiliser toutes leurs ressources. Sans compter, dans le chapitre faisabilité, le fait que c'est un plan qui ne tient aucun compte de la réalité du terrain, raisonnant abstraitement, sur une carte virtuelle et tablant quand même grandement sur le fait que, du premier contact jusqu'à son aboutissement, tout se passera comme anticipé: il n'y a pas de plans contingents, de solutions de repli si le "plan" A connaît un hic (pas de plan B ou C du tout en fait), donc pas de place pour la moindre marge d'erreur ou la moindre déviation par rapport au plan initial (celui qui ne résiste généralement pas aux 5 première secondes du choc/de la réalité). Et là, en plus, par rapport à 40, on parle d'un contexte où les armées marchent à pied, donc où les distances sont bien plus grandes, où la dégradation de puissance survient rapidement avec l'éloignement, et où les besoins logistiques sont absolument énormes par rapport aux capacités d'acheminement dans des dépôts de matos ferroviaires, mais surtout quasi insurmontables ensuite. Le surgissement d'un front fixe et organisé n'est pas arrivé par hasard, tout comme l'épuisement rapide des grandes offensives allemandes de 1918: le champ de bataille n'est plus à l'échelle d'unités à pied. Encore moins le front. Même à l'été 14, quelle est la distance sur laquelle les armées allemandes auraient pu frapper avec la puissance nécessaire dans des délais rapides? En 1870, avec infiniment moins de monde et surtout infiniment moins de besoins matériels par unités, l'épuisement et la surextension ont été vite manifestes (comme en 1866 en Autriche), ce qui, couplé au rythme des opérations (plus aligné sur la vitesse d'unités à pied que sur la cadence du chemin de fer), laissait de la marge aux alliés pour se ressaisir, ne pas se laisser enfermer, garder une portion de territoire utile suffisamment grande pour rendre le KO quasi impossible, sinon totalement impossible. Les Allemands, et c'est le point que Bihan souligne (peut-être avec trop d'emphase et de répétitions, et pas assez de clarté là où il faut à mon goût), raisonnent sur la moitié nord de la France comme s'il s'agissait d'un champ de bataille (juste plus grand), sans prendre en compte tous les paramètres à accroître ou relativiser, cette "transposition" (du champ de bataille "à l'ancienne" à un front) étant en grande partie artificielle et un exercice de l'esprit, et donc le KO en un coup complètement délirant. Le plan Schlieffen était irréaliste et ne laissait aucune alternative; c'est ce que Bihan pointe. Et le fait d'avoir mal apprécié (surtout à ce point) les réalités tactiques, opérationnelles, logistiques.... Pointe justement la faillite de la planification. -
La sélection naturelle à l'oeuvre.... Ah, non: pas mal de ces gens n'y croient pas. Mais ça n'empêche rien.
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Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
Pour la photo. C'est dans un défilé spécifiquement nazi-like? Parce que j'ai une photo de Netanhyaou faisant exactement le même geste à la tribune de l'ONU: une photo prise au bon/mauvais moment peut faire dire n'importe quoi. Les personnes publiques lèvent souvent le bras pour saluer, et l'enthousiasme peut le faire lever un peu droit et un peu haut sans que ce soit connoté. Tous les gens levant les deux bras doivent-ils être considérés gaullistes et appelant à l'indépendance du Québec? -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
Oui et non, ça dépend de la posture américaine: la sanction la plus efficace à court et moyen terme semble pour l'instant d'empêcher ou de beaucoup restreindre l'accès des citoyens russes au monde occidental, notamment à Londres où se trouvent une bonne partie des magots des oligarques, et de restreindre l'accès au système bancaire international, dont, pour beaucoup d'oligarques russes, les accès sont principalement en Europe, Londres en tête (l'évasion fiscale massive et les sorties de capitaux sont les sports préférés des dits oligarques). Vu la polarisation de l'économie russe qui dépend de fait d'un nombre réduit de potentats, c'est le genre de mesure qui risque de travailler contre Poutine dans la durée, au-delà des cocoricos du moment, qui ne coûtent rien à personne. -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
Question opinion: la meilleure réponse de l'occident n'est-elle pas, dans l'état actuel des choses, de ne rien faire de très spectaculaire dans l'immédiat, mais au contraire de faire pourir la situation vis à vis de la Russie? J'entends par là qu'il n'y a pas réellement d'option militaire à moins de masser l'OTAN sur les frontières russes et ukrainiennes, ou carrément d'occuper l'ouest de l'Ukraine, ce que personne ne veut faire, et qui n'aurait pas réellement d'issue satisfaisante pour qui que ce soit. L'option "para-militaire" onusienne est impossible, vue la garantie de blocage au CS.... Restent les sanctions, de jure ou de facto, l'effort occidental, surtout européen, étant d'en accepter le coût, le point étant de les faire durer, genre de traiter la Russie en semi-pariah pendant une période de temps non déterminée, de manière à lui faire sentir quelques inconvénients bien concrets (comme la chute de sa bourse): restrictions commerciales et/ou absence de réalisation ou de prévisibilité sur de quelconques négociations commerciales dans un avenir (non déterminé), restrictions sur la circulation des personnes... Y'a du grain à moudre. -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
90 milliards de budget avec un effort très volontariste de redressement (encore loin du compte, mais engagé) contre 2 milliards de budget dont on sait pas combien arrivent où il faut, dans un Etat en plein bordel, surtout dans le haut de la pyramide.... 'Nuff said. -
L'aura de l'Allemagne militaire (WWII) aujourd'hui
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Kiriyama dans Histoire militaire
Loki, tu ne parles que des milieux d'hyper connaisseurs se penchant sur les détails et l'analyse exhaustive de la réalité (t'es pas un marketeur toi; faut savoir vendre!): on parle plus de "l'aura", qui est une politique d'image globale touchant des pans de population entiers, voire, à de multiples degrés (des anciens combattants, soldats et fanas militarias au péquin lambda n'ayant rien à foutre de l'histoire militaire -il est nombreux, si, si), des populations entières (qui matent des films, qui doivent se coltiner des bouquins d'histoire, de pognent un seul bouquin sur la 2ème GM dans leur vie pour les plus volontaires).... Faut sortir de la bulle AD.net et assimilés ;) :P ..... Je sais, c'est dur. Le travail conjoint à cet effort est l'anticommunisme, évidemment à la mode après 45, et pour 3-4 générations de soldats de carrière et, par extension, des dizaines de classes d'appelés dans tout le monde occidental. Comme agent multiplicateur, on fait difficilement mieux. Le "lobbying" (j'utilise le terme au sens TRES large pour englober l'ensemble des actions, tendances, faits accumulés sans "pensée" centralisée.... Ayant "vendu" une vision de l'armée allemande) militaire allemand a été à cet égard sans grande contrepartie de même ampleur dans le monde occidental, s'inscrivant en plus sur le substrat "germanique" préexistant (et particulièrement puissant dans le monde anglo saxon aux XIXème-XXème siècles). Quand on voit des généraux ricains baver devant les stands de matos allemand en pleine dissonnance cognitive comme si rien d'autre n'était comparable, on en a un effet secondaire, tout comme ce genre d'anecdote rejoint les stéréotypes sur l'Allemand et l'Allemagne et fonctionne à plein régime avec eux. Résultat, encore aujourd'hui, beaucoup de monde grandit avec cette idée implantée très tôt que Allemand = super soldat fort et "supérieur", et (un peu moins de monde mais pas mal quand même) que Allemand de 40 = hyper soldat qui combat à 1 contre 10 et ne cède rien avant d'être écrasé sous le nombre. Hors du monde occidental, ces a prioris de divers degrés de prégnance (aujourd'hui, ils ont quand même pris un sérieux bémol) sont nettement moins puissants, voire inexistants. Y'a qu'à voir la "sphère" spécialisée aux USA: dans les reconstitutions historiques (Dieu sait pourquoi, les ricains adorent jouer à ça plus que n'importe qui d'autres), dès que tu sors de la guerre de sécession (c'est leur truc.... Enfin, au sud), les unités et matos allemands figurent quasiment au même niveau de popularité que les unités et matos américains (tu trouveras certainement pas d'unités anglaises, russes ou françaises.... Ou japonaises). Et aucun de ces "experts" autoproclamés pour remettre en question le fait que les Allemands (et par extension les ricains qui ont gagné) sont les cadors. C'est ça un bon marketing: imposer une image qui devient un lieu commun (la définition du génie selon Flaubert). -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
Les sondages, faut pas se contenter de quelques chiffres hors contextes balancés par les médias, qui en plus rajoutent une couche sur leurs propres interprétations, rarement très "professionnelles". Quand tu te rapproches de l'origine, tu as une autre réalité, qui généralement tape très juste (les résultats d'élection, sauf quand ça se joue dans la marge d'erreur de 2-3%, ont même un palmarès assez impeccable, si on regarde où il faut). Il faut aussi savoir ce qu'on peut réellement en attendre et sur quoi. Avec ces précautions et habitudes en tête, les sondages et surtout les enquêtes de longue haleine sont des outils pertinents et utiles. Faut juste pas choper les quelques trucs semés au 20h. Et en analyse sociale/sociétale, c'est incontournable et plus qu'utile. -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
C'était le sens dans lequel ça semblait aller en tendance lourde depuis des années, selon les sondages et enquêtes, et le "trend" semblait vraiment très net.... Mais c'était avant Maidan: même pendant les manifs, au moins jusqu'en décembre, ça se maintenait. Depuis, ça peut avoir changé (les événements radicaux peuvent avoir cet effet), mais à mon avis, 'doit y' avoir eu quelques interruptions dans l'activité sondagière depuis 2 mois.... Ou en tout cas dans sa fiabilité. -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
Ca y est: la première position américaine a trouvé son ton: Samantha Power, ambassadrice des USA à l'ONU, est sortie de la réunion du Conseil de Sécurité et a sorti son discours qui sera sans doute l'axe narratif principal (l'angle d'attaque médiatique, quoi).... Essentiellement, on peut le résumer à "toi-même, nananananèreuh". Elle a simplement renvoyé aux Russes leur attachement au principe d'intangibilité des frontières et au caractère absolu et sans nuance de la souveraineté nationale, rappelant l'absence de nuances dans leurs harangues habituelles dans ce registre, et soulignant qu'ils feraient bien d'écouter leurs propres conseils. Evidemment, y'a rien d'original dans l'absolu: ce qui est indicatif est le choix d'entrer d'emblée dans ce niveau d'argumentation, et de le faire sans trop mettre de forme. Aaaaah, le langage diplomatique et la nécessité qu'il y aurait à mettre des sous-titres... Dans la même langue. Sinon, le chiffre qui manque dans le tableau très synthétique des forces des 2 pays (qui comptent dans les 2 cas des nuées de matos hors d'âge et souvent hors d'usage): les budgets militaires.... Dans le coin nord, on a M. Poutine, 90 milliards de dollars (de budget) à la balance (moins corruption), et dans le coin sud, on a M. X (on est pas trop sûrs), 2 milliards de dollars (moins corruption) à la balance. Qui veut faire des paris? Evidemment, le facteur pondérant est que c'est qu'un seul district militaire russe (plus aide et moyens "centraux") versus tout ce qu'a l'Ukraine.... Mais bon.... -
Ukraine II
Tancrède a répondu à un(e) sujet de Akhilleus dans Politique etrangère / Relations internationales
C'est pourquoi les hydrocarbures sont plus utiles à cet égard que la monnaie, dans ce cas précis: les excédents commerciaux russes ne tiennent qu'à eux et rien d'autre (sauf si tu veux renchérir leurs importations -qui sont nombreuses et chères-, mais là ce sont des mesures pures de rétorsion commerciale, qui sont une montée trop rapide en niveau de sanction), autant en profiter vu que les prix ne sont pas très élevés en ce moment et que ça dure, et risque de durer, tant que l'économie mondiale sera dans cet état (et vu l'exode financier depuis les émergents, ça peut durer encore un peu). Mais les politiques énergétiques européennes sont pas si loin, déjà, d'avoir les structures décrites, et la conscience du besoin et de l'effort à fournir qui sera de toute façon pire si on n'accroît pas l'investissement au plus tôt (vu que les prix des hydrocarbures réaugmenteront un jour ou l'autre, ça c'est une certitude): on minimise l'effort réalisé en France (et ce n'est à raison que dans le domaine des économies d'énergie), mais au-delà, d'autres pays font des efforts plus significatifs, et il faut pas autant qu'on le pense pour commencer à impacter réellement un contrat gazier, de telle façon que ça irrite le vendeur. De même pour le côté structurel de telles politiques: il y a une tendance lourde en ce sens. La question est celle de son intensité d'une année sur l'autre. Mais si tu veux VRAIMENT avoir de quoi faire chier les Russes à court terme.... Tu commences à jouer cyniquement sur la dette ukrainienne qui est en grande majorité due aux banques russes. Là, y'a de quoi faire mal, et vraiment PLEIN de moyens (techniques) de retarder, de faire douter, de contourner.... Et de rendre une mauvaise situation pire encore. Dernier point: faut pas oublier un élément sur l'Ukraine: certes une moitié est pro-russe, mais on est dans les dernières générations d'actifs (et plutôt les vieux actifs) qui ont un tropisme vers Moscou; même à l'est et au sud, en-dessous de 40-50, les proportions de pro-antis sont plus du tout les mêmes. Poutine le sait aussi, et CE moment est sans doute le dernier où il pourra tenter quelque chose en Ukraine qui ne soit pas exactement une invasion pure et dure.