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Tout ce qui a été posté par Wallaby

  1. Le but c'est de pouvoir faire Ponce Pilate le jour où il apparaîtra clairement que la Russie a gagné cette guerre, et de pouvoir rejeter la responsabilité de la défaite sur les Européens. L'Ukraine est une patate chaude et il en fait cadeau aux Européens.
  2. https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2024-3-page-193?lang=fr (19 juin - 19 décembre 2024) Penser les qualifications des violences en Palestine et Israël depuis l’Afrique Apartheid, colonisation, occupation, guerre, génocide, futuricide. La question de la qualification des violences en Israël et en Palestine est au cœur de polémiques et de tensions extrêmement fortes, particulièrement exacerbées depuis le 7 octobre 2023. Certains des termes employés et des réalités qu’ils recouvrent, en particulier « apartheid », « colonisation » et « génocide », ont en effet une histoire particulièrement chargée en Afrique. Le continent [africain] a connu deux génocides internationalement reconnus comme tels, celui des Herero et des Nama en Namibie au début du xxe siècle (officiellement reconnu par le gouvernement allemand en 2021), et celui des Tutsi au Rwanda en 1994. Notre objectif est de questionner l’usage de ces différents termes dans les contextes israéliens et palestiniens, de revenir sur leur fondement politique et épistémologique, et sur les modalités de leur circulation internationale. Nous proposons pour cela une série de rencontres avec des universitaires travaillant en Israël, en Palestine et dans différents pays africains afin de réfléchir à ces enjeux de qualification [1]. La lutte anti-apartheid, portée par le Congrès national africain (ANC) mais aussi, notamment, par le Parti communiste sud-africain, a mobilisé des réseaux de plus en plus larges, et créé des liens avec de nombreux mouvements de libération à travers le monde, y compris l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). La cause a également été consacrée par le droit international, lorsque l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la « Convention internationale des Nations unies de 1973 sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid ». Quand bien même il n’y aurait pas d’équivalence, en quoi l’apartheid, tel qu’il a été institué et mis en pratique en Afrique du Sud, aide à penser ce qui se passe dans la région qui nous intéresse ? Et, si c’est le cas, qu’aide-t-il à penser plus particulièrement ? La situation des populations palestiniennes dans les territoires occupés ? Ou les différences de traitement entre différents types de citoyens et citoyennes en Israël ? Crée-t-il, au contraire, des angles morts ? En retour, le détour par Israël et la Palestine aide-t-il à mieux penser les spécificités de l’histoire de l’Afrique du Sud ou à repérer des similarités qui permettraient de mieux la caractériser ? Raphaël Botiveau : Une des lois emblématiques de cette époque est le Native Land Act de 1913, qui restreint la propriété foncière des populations noires autochtones à des réserves ne couvrant que 7 % du territoire de la nouvelle Union (une surface portée à 13 % en 1936). L’Union sud-africaine figurera à ce titre, en novembre 1947, parmi les 33 États membres de l’Assemblée générale des Nations unies (n’en comptant alors que 56, principalement européens) qui adopteront la résolution 181 prévoyant le partage de la Palestine en deux États, l’un juif, l’autre arabe. Il est ici intéressant de remarquer que c’est dans le contexte historique du colonialisme et de l’impérialisme britannique que se sont respectivement développés les nationalismes juif sioniste et afrikaner. Londres favorisa ainsi l’établissement de Juifs européens en Palestine avant de s’y opposer et de se heurter politiquement et militairement aux forces sionistes. En Afrique du Sud, c’est la violence extrême de la répression des Boers durant la guerre de 1899-1902 qui créa les conditions du développement du mouvement nationaliste afrikaner et du régime d’apartheid. Ainsi, outre la référence biblique qui fait des Juifs et des Afrikaners des peuples élus liés à Dieu par un pacte leur promettant une terre, sionistes et nationalistes boers se sont forgé un récit national assez proche, qui met en avant leur lutte héroïque contre l’Empire britannique avec comme effet induit de minimiser l’existence et la spoliation des indigènes de Palestine et d’Afrique du Sud. Il est également nécessaire de rappeler que, si le régime d’apartheid et l’État d’Israël développeront une coopération notamment militaire pour faire face à des ennemis communs durant la guerre froide (mouvements anticoloniaux, bloc soviétique…), leurs affinités idéologiques n’étaient pas évidentes au départ. Un certain nombre de dirigeants du Parti national, en Afrique du Sud, s’étaient ainsi rapprochés de l’Allemagne nazie par antisémitisme ou pour lutter contre les Britanniques dans les années 1930 et durant la Deuxième Guerre mondiale. Les premiers dirigeants d’Israël, quant à eux, étaient empreints d’idéologie socialiste et proches du bloc de l’Est, l’Union soviétique ayant voté pour la résolution 181 et fourni des armes aux organisations militaires sionistes. Le projet plus global des architectes de l’apartheid se fondait enfin sur la fiction idéologique – assise sur l’Ancien Testament – d’un agencement harmonieux du monde où chaque race occuperait la juste place qui lui revient : le « développement séparé » prévoyait l’accès à l’indépendance de bantoustans (« États des Bantous ») sur 13 % de l’Afrique du Sud, un sacrifice jugé nécessaire par le régime d’apartheid pour préserver la nation afrikaner et la domination blanche. De 1976 à 1981, quatre bantoustans (Transkei, Bophuthatswana, Venda et Ciskei) accédèrent ainsi à une autre forme d’indépendance coloniale qui, contrairement à celle de 1910, ne fut pas reconnue internationalement. L’objectif pour Pretoria était d’établir l’essentiel des Noirs du pays dans ces États sans souveraineté, administrés par des dirigeants fantoches et garantissant à l’économie sud-africaine une vaste réserve de main-d’œuvre. Sara Dezalay : La CIJ avait été saisie pour avis en 1950 afin de répondre à la question suivante : l’Afrique du Sud, détentrice d’un mandat sur ce territoire [de Sud-Ouest Africain, aujourd'hui Namibie] en vertu du Pacte de la Société des Nations, devait-elle transformer ce mandat en un système de territoire sous tutelle, tel que prévu par la Charte de l’ONU ? Dans son avis de 1950, la Cour entérinait le refus de l’Afrique du Sud d’opérer cette transformation, tout en spécifiant son obligation d’accepter un contrôle international, ce que refusa le gouvernement sud-africain, malgré de multiples résolutions de l’Assemblée générale et du Comité de décolonisation de l’ONU. En 1960, la Cour fut cette fois saisie par l’Éthiopie et le Liberia, dans le cadre d’une affaire contentieuse, pour juger de la légalité du maintien du mandat de l’Afrique du Sud sur le Sud-Ouest africain, ainsi que de l’ensemble de la politique d’apartheid aux termes du droit international. La Cour commença par se déclarer compétente sur le fond et rejeta finalement la requête en 1966 au prétexte que l’Éthiopie et le Liberia n’avaient pas d’intérêt à agir dans ce cas. Dès 1962, l’Assemblée générale avait adopté la résolution 1761, qui dénonçait la politique d’apartheid, appelait à un embargo sur la vente d’armes vers l’Afrique du Sud et portait création d’un Comité spécial sur l’apartheid. Le Comité fut boudé par la majorité des États du Nord – tout particulièrement le Royaume-Uni en tant que principal exportateur d’armes vers l’Afrique du Sud. Mais la résolution 1761, bien que non contraignante comme toutes les résolutions de l’Assemblée générale, fut mobilisée par l’Anti-Apartheid Movement. En 1970 – sous la présidence du Burundi et à la faveur de l’abstention du Royaume-Uni – le Conseil de sécurité adopta deux résolutions : la première qualifiait pour la première fois d’illégale l’occupation continue par l’Afrique du Sud du Sud-Ouest africain, tandis que la seconde sollicitait un avis consultatif de la CIJ sur les conséquences juridiques de la présence sud-africaine en Namibie. Adopté en 1971, l’avis consultatif de la CIJ entérina l’illégalité de l’occupation de la Namibie. Surtout, dans ce même avis consultatif, la CIJ se prononça également sur le terme d’« apartheid », qu’elle définit, au-delà du cadre des politiques de « développement séparé » pratiquées par l’Afrique du Sud, comme « [l]e fait d’établir et d’imposer […] des distinctions, exclusions, restrictions et limitations qui sont uniquement fondées sur la race, la couleur, l’ascendance ou l’origine nationale ou ethnique et qui constituent un déni des droits fondamentaux de la personne humaine [5] ». En 1973, le terme d’apartheid devint ainsi l’objet d’une convention adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies, au statut hybride, car elle contient un volet pénal – incluant la toute première définition conventionnelle de l’apartheid comme crime contre l’humanité – et un volet plus classique de protection des droits humains. Et si ce texte reste intimement lié au régime sud-africain, certains des 129 rapports soumis au Groupe des trois entre 1978 et 1993 (année du dernier examen) ont mentionné des cas d’apartheid au-delà de la situation en Afrique du Sud. Par exemple, la Biélorussie, Cuba, l’Irak, le Qatar, la Syrie et les Émirats arabes unis avaient souligné que les politiques et les pratiques d’Israël à l’encontre du peuple palestinien entraient dans le champ d’application de la Convention [6]. Il est tout à fait symbolique, à ce titre, que le gouvernement sud-africain ait décidé de signer la Convention en mai 2024 : cela dénote sans doute une volonté de la régénérer au-delà du cas de l’Afrique du Sud – sachant qu’hormis l’article 7 du Traité de Rome portant création de la Cour pénale internationale (CPI), qui liste et définit le crime d’apartheid en tant que crime contre l’humanité, l’apartheid, en tant que catégorie juridique, est défini uniquement dans la Convention [7]. L’avis consultatif du 20 juillet 2024, dans lequel la CIJ a qualifié d’« illicite » l’occupation israélienne et a rappelé le « droit à l’autodétermination » sans condition des Palestiniens, est certes non contraignant, mais il doit être lu à l’aune du rapport de force au sein de la Cour et du rapport de celle-ci aux États membres de l’ONU. La Cour n’utilise pas explicitement, dans cet avis, le terme d’apartheid. Elle évoque une politique de « discrimination systémique ». Selon certains commentateurs, cette « ambiguïté sur l’apartheid est probablement délibérée, afin de permettre au plus grand nombre de juges possible de se joindre à la majorité [8] ». La CIJ a été saisie pour un avis consultatif par l’Assemblée générale de l’ONU en 2022 sur la légalité de l’occupation de territoire palestiniens depuis 1967 : cela a donné lieu à l’avis consultatif rendu le 20 juillet 2024 évoqué précédemment. En substance, cet avis consultatif réitère l’avis rendu par la Cour en 2004, connu sous le nom « Le mur », dans lequel elle estimait que les politiques de colonisation d’Israël violaient l’interdiction, prévue par le droit humanitaire international, de transférer des populations civiles de la puissance occupante vers un territoire occupé. Mais, dans son avis de 2024, la Cour est allée plus loin : elle y souligne que les pratiques d’Israël équivalent à une annexion de vastes parties du Territoire palestinien occupé [9]. Raphaël Botiveau : Nelson Mandela et ses pairs prirent initialement pour modèle les actions militaires des organisations sionistes contre les Britanniques. Le lien entre les deux luttes se fit concrètement via des individus comme Arthur Goldreich, sud-africain juif qui, marqué par l’antisémitisme et la position pronazie de bien des Afrikaners, rejoignit la Palestine et s’engagea dans le Palmach, milice sioniste, avant de rentrer en Afrique du Sud et d’intégrer la branche armée de l’ANC au début des années 1960. Lorsqu’après sa libération en 1990 et alors qu’il poursuivait son « Freedom Tour » aux États-Unis, Nelson Mandela fut par exemple encouragé à renier son soutien à Yasser Arafat, considéré comme un terroriste par ses interlocuteurs étatsuniens, le futur président sud-africain n’eut de cesse de rappeler qu’Arafat était et demeurait un « camarade de lutte », aux côtés d’ailleurs de Fidel Castro ou du Colonel Khadafi. À l’instar de l’Intifada palestinienne, qui débuta en décembre 1987 dans le camp de Jabaliyeh, tout partit en Afrique du Sud, durant cette décennie, des townships du triangle du Vaal en septembre 1984. [Un] dernier point amène cependant à nuancer le rapprochement entre les deux situations. En Afrique du Sud, l’essentiel des victimes de cette période – jusqu’à 20 000 morts recensés – fut le résultat d’une quasi-guerre civile entre organisations noires, encouragée et entretenue par le régime d’apartheid. En Palestine et bien que la création du Hamas, en 1987, fût encouragée par Israël pour diviser le mouvement national palestinien, la concurrence entre organisations palestiniennes rivales resta beaucoup plus limitée. J’avais souvent été frappé, dans plusieurs pays arabes, chez des personnes exprimant leur soutien à la cause palestinienne, par une certaine distance vis-à-vis de la situation vécue dans les territoires occupés. En Afrique du Sud, j’ai a contrario été étonné de rencontrer des personnes qui semblaient, comme par expérience, savoir de quoi elles parlaient en évoquant ce que vivaient les Palestiniens. Sbeih Sbeih : En ce qui concerne la lutte menée par les Palestiniens, la catégorie apartheid a été progressivement appropriée à partir des années 1989-1990. Au début, cet usage s’est limité aux réseaux plaidant pour la non-violence, comme c’était le cas du prêtre Naïm Ateek (de l’Église épiscopalienne) qui a fondé le Centre de théologie de la libération Sabeel à Jérusalem et à Nazareth en 1989-1990. Il était en relation directe avec l’archevêque anglican Desmond Tutu. Mais c’est au début des années 2000, avec le déclenchement de la deuxième Intifada, la construction du Mur d’annexion et de séparation, et surtout après la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance de Durban en 2001, que son usage s’impose d’une manière plus évidente. Cette manière de cadrer les choses a permis de visibiliser la cause auprès de l’Occident, tout en invisibilisant des éléments fondamentaux de la situation politique historique et contemporaine. Elle a participé – sur la base, en passant, d’une représentation erronée de ce qu’a été la lutte de l’ANC – de la décrédibilisation de la lutte armée, et du passage à une lutte dans le cadre de ce que je nomme « la Palestine des bailleurs de fonds [13] ». Cette transformation a eu des effets sur la sélection sociale des militants, dont on attend qu’ils parlent l’anglais, maîtrisent le droit, etc., ce en quoi on peut parler d’une évolution à la fois élitiste et professionnelle. Avec ce cadrage, les revendications ne sont plus nationalistes, mais formatées à partir de ce qui est acceptable juridiquement et paraît faire sens pour l’international. On n’est plus dans un face-à-face avec l’occupant (action directe populaire) : on passe par le droit international (action indirecte portée par des « professionnels »), et on passe de l’arabe à l’anglais, ce qui invisibilise une partie de la réalité de ce face-à-face et décrédibilise les autres formes de lutte et profils de militants. L’objectif consiste désormais à convaincre que les Palestiniens « méritent » un État et à convaincre la « communauté internationale » de la justesse de la cause. Cela va de pair avec un décalage entre ce qui est revendiqué et la réalité vécue des Palestiniens. Par exemple, on parle d’une revendication d’indépendance politique et économique alors que, dans les faits, la colonisation s’accélère et la dépendance économique est redoublée, non seulement vis-à-vis d’Israël, mais aussi des bailleurs de fonds. Cette évolution – dans laquelle s’inscrit cette importation singulière de la notion d’apartheid – n’est pas consensuelle parmi les Palestiniens. Tal Dor : L’utilisation de la catégorie d’apartheid permet de comprendre les injustices que le monde occidental et eurocentré ne veut pas comprendre. Ceci étant dit, cela nous enferme également dans des représentations. L’effet majeur est que ce cadrage permet de ne pas mettre en question le sionisme politique, et donc la Nakba (terme qui désigne les déplacements forcés, et l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens après l’occupation coloniale de leur terre en 1948), dans une grille d’analyse du colonialisme du peuplement. En outre, à mon sens, la catégorie, comme elle est souvent employée en France aujourd’hui par exemple, amène à appeler à une solution qui pourrait elle-même être comprise comme un apartheid dans un sens littéral de « séparation » : celle des deux États. Bien avant la création de l’État d’Israël et alors que le mouvement d’installation de Juifs en Palestine s’accélérait pendant les premières décennies du xxe siècle, des leaders palestiniens ont appelé à un État démocratique [14]. En comprenant le caractère colonial du projet euro-sioniste de créer un État juif en Palestine, la population palestinienne et leur leadership reconnaissaient la présence juive en Palestine et son lien à la terre, tout en refusant la séparation entre Juifs, musulmans et chrétiens palestiniens. L’occultation du colonialisme de peuplement, en tant qu’aspect central du sionisme, joue un rôle central, pas seulement dans la formation de la conscience et dans l’être du sujet sioniste (comme Juif israélien), mais aussi dans la conscience collective et individuelle occidentale. Le sionisme et donc l’État d’Israël sont perçus comme un projet démocratique de construction d’une nation par une société multiculturelle de migrants. L’utilisation du terme « apartheid », reconnu comme violent et injuste dans le cadre sud-africain, dévoile les profondes injustices du régime israélien mais il ne décolonise pas le savoir sur la Palestine. Car cela nous enferme dans l’idée que ce n’est qu’un problème de régime et que la solution (euro-atlantique) de deux États va amener à la fin de cette violence. Dès 2004, le sociologue palestinien Raef Zreik avait ainsi montré les limites du terme « apartheid », et notamment le fait que le cadre territorial qu’il induisait était celui de l’occupation de 1967, plutôt que celui de 1948, ce qui supposait d’oublier les réfugiés, soit plus du tiers de la population palestinienne [15]. Le mot [d'« apartheid »] est alors entré d’abord dans le vocabulaire des militants israéliens de la gauche radicale [16] qui militaient aux côtés des Palestiniens contre sa construction. Plus tard, l’organisation israélienne B’Tselem, les ONG internationales Human Rights Watch et Amnesty International ont institutionnalisé, d’une certaine manière, le terme avec leurs rapports internationalement reconnus (2021 et 2022) [17]. Ce qui a d’abord été considéré comme une appellation controversée, même inaudible, s’est aujourd’hui largement répandu dans la société israélienne. On peut faire le parallèle avec l’histoire de la Nakba. Des historiens palestiniens (et arabes) ont parlé de la catastrophe et du nettoyage ethnique depuis la création de l’État d’Israël. Or c’est seulement lorsque des historiens israéliens – ce qu’on appelle « les nouveaux historiens » – ont dévoilé les archives militaires israéliennes à partir des années 1980 et ont travaillé sur cette question qu’elle a été entendue et reconnue (partiellement). Raphaël Botiveau : Ceci étant dit, il me semble que le paradigme colonial reste plus approprié que la notion d’apartheid pour saisir la situation palestinienne. En Afrique du Sud même, d’ailleurs, durant la lutte contre l’apartheid, le mouvement de libération porté par l’ANC théorisait d’abord la situation sud-africaine comme un « colonialisme d’un type spécial » (colonialism of a special type), l’apartheid ne représentant qu’un ultime avatar. La plainte portée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice en décembre 2023, qui vise à faire condamner Israël pour génocide, est ici d’une grande portée politique. Et le gouvernement israélien, qui fait peu de cas du droit international en général et de la CIJ en particulier (quand bien même Israël est l’un des rares États créés en vertu d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies), a cette fois bien perçu le danger. Il y a d’abord le poids symbolique de l’action sud-africaine en justice. Si c’était l’Égypte ou un autre régime militaire voisin d’Israël qui portait l’affaire, il ne s’agirait que d’un nouveau coup d’épée dans l’eau. Or l’Afrique du Sud est dotée du « crédit » qui lui donne la légitimité morale et politique nécessaire pour soutenir une telle accusation. Les dirigeants sud-africains d’aujourd’hui sont les héritiers de ceux d’hier. Ses détracteurs diront que le Président Ramaphosa incarne la faillite de l’ANC, les inégalités persistantes, le massacre de Marikana (qui avait vu, en août 2012, la police sud-africaine assassiner 34 grévistes dans les mines de platine) ; il n’en reste pas moins qu’il était négociateur en chef de l’ANC au début des années 1990 et que la position qu’il incarne aujourd’hui sur la Palestine est conforme à celle que portait hier son mentor Nelson Mandela. De plus, si l’action sud-africaine tend à porter un nouveau coup diplomatique à Israël, elle porte aussi atteinte à sa légitimité en tant qu’État prétendument plus moral que les autres du fait de l’héritage de la Shoah qu’il revendique : Israël redevient un État justiciable comme les autres. Mais si l’on pense à nouveau à la question déjà mentionnée du « droit à l’autodétermination », le gouvernement sud-africain porte aussi un coup à l’idéologie et au projet politique sioniste dans certains de leurs fondements. Car si la solution à deux États continue d’être officiellement privilégiée comme horizon par les États-Unis, l’Union européenne et l’Afrique du Sud, le modèle de résolution d’un conflit colonial dont l’exemple sud-africain est porteur est d’abord celui de la mise en œuvre, sur un territoire donné, parmi des populations descendantes de colons et de colonisés étroitement imbriquées, d’une autodétermination matérialisée par le principe du « One man, one vote », du refus de la bantoustanisation et de la construction d’une identité nationale commune. Les réactions violentes que provoquent aujourd’hui les défenseurs de la solution à un seul État – Rima Hassan en France par exemple – sont peut-être à la hauteur du danger que perçoivent désormais les dirigeants israéliens et leurs soutiens, pour qui la solution à un seul État représenterait la fin du sionisme. Un tel danger est incarné par l’Afrique du Sud post-1994 et sa mobilisation en faveur du droit à l’autodétermination des Palestiniens. Tal Dor : Le terme de colonisation – et plus précisément, de colonisation de peuplement – renvoie à une réalité bien présente. Des militants anti-apartheid ont pu parler d’une Afrique du Sud unie à la fin de l’apartheid, en clamant « on est tous sud-africains ». Ce n’est pas le cas en Palestine et dans l’État d’Israël, où continue de se poser la question du colonialisme de peuplement, qui est au cœur de la situation. Sbeih Sbeih : On peut rappeler que ce moment charnière commun à l’Afrique du Sud et à Israël, 1948, correspond à une période importante de la décolonisation britannique (l’Inde est devenue indépendante en 1947, et la Birmanie et Ceylan en 1948) : ce sont tous des territoires qui ont à voir avec l’impérialisme britannique et sa décolonisation. Tal Dor : Le terme Nakba est un outil de vérité et de résistance épistémique fondamental. Les travaux de Walid Khalidi nous montrent qu’entre décembre 1947 et janvier 1949, 400 villages palestiniens ont été totalement vidés de leurs habitants et la plupart de la population arabe a été expulsée de onze villes [19]. Pendant cette période, des forces paramilitaires sionistes (comme le Palmah), puis l’armée israélienne ont mené des opérations armées contre une population non armée dans sa majorité. En 1949, plus de 80 % des terres (16,6 millions de dounams) détenues par l’État d’Israël appartenaient aux 750 000 Palestiniens devenus réfugiés. Peu de Juif·ves israélien·nes tâchaient de comprendre ce qui s’était passé pour la population palestinienne qui habitait, travaillait et était propriétaire de la terre. De plus, le savoir officiel israélien nie la Nakba et interdit sa commémoration. En 2011, l’amendement 40 à la loi de base budgétaire, connu sous le nom de « loi Nakba », a ainsi été adopté par le parlement israélien. Il autorise le ministre des Finances à retirer les fonds publics de toute institution ou organisme qui commémore « le jour de l’indépendance d’Israël ou le jour où l’État a été établi comme jour de deuil », ou qui nie l’existence d’Israël en tant qu’« État juif et démocratique [22] ». Dans les espaces éducatifs formels et informels, les enfants juifs israéliens apprennent que la terre était vide et à ne connaître ni les faits historiques, ni les objectifs sionistes derrière la destruction. En 2002, lors d’un entretien à la radio française Radio Orient, à une époque où le mot Nakba était méconnu en hébreu et dans la société israélienne, l’historien Ilan Pappé, qui donnait déjà des cours sur la question à l’université de Haïfa dans l’État d’Israël – cours à cause desquels il a dû quitter son poste et le pays –, a dit : « À mon avis, nombreux sont les Israéliens qui commettraient une nouvelle Nakba sans aucune hésitation. » Dix ans plus tard, en décembre 2022, le militant et journaliste Meron Rappaport a écrit que le gouvernement élu un mois plus tôt, dont des membres défendent explicitement une « Suprématie juive », pouvait être « un gouvernement de Nakba ». Alors que, jusqu’à début octobre 2023, la majorité des Israéliens niaient la Nakba et que seule la minorité d’extrême droite la revendiquait, le mot s’est davantage répandu dans la sphère publique après le 7 octobre, notamment sous la forme d’un appel à une « deuxième Nakba » ou encore à une « Nakba de Gaza » lancé par des figures politiques et publiques, comme par exemple le ministre de l’Agriculture Avi Dichter en novembre 2023. Jusqu’en 2001, le terme n’était quasiment pas utilisé en hébreu [23], même par les militants antisionistes. Certains l’ont découvert très tardivement, ce qui a pu produire des vrais chocs personnels, avec l’impression qu’on leur avait menti, ou en tout cas qu’on avait occulté une part fondamentale de la vérité. Ces militants sont, comme toute la société israélienne, pris dans une socialisation qui a supprimé certains éléments de la mémoire et de l’histoire nationales [24]. L’expression actuelle d’« on-going Nakba », déjà utilisé par Joseph Massad en 2008 [25] et plus récemment par l’avocat palestinien Rabea Eghbariah [26], est cependant intéressante : elle nous permet de comprendre la guerre génocidaire actuellement menée à Gaza dans le contexte de ce que l’historien Rashid Khalidi nomme « The Hundred Years’ War on Palestine [27] ». Sbeih Sbeih : De manière plus générale, l’idée de supériorité raciale est à l’origine de toute justification du colonialisme mis en œuvre en Palestine depuis un siècle. Maxime Rodinson l’explique bien quand il démontre comment le mouvement sioniste voulait à tout prix inscrire son projet dans l’esprit colonial-impérialiste européen de l’époque selon lequel on a le droit de conquérir tout territoire en dehors de l’Europe [28]. Dans le cas palestinien, la religion (à travers les notions de « peuple élu » et de « terre promise ») a été instrumentalisée pour alimenter l’idée de cette supériorité de race/nation, ce qui a permis de justifier d’abord la colonisation de peuplement et de remplacement, puisqu’il s’agit d’une terre habitée et non pas « sans peuple », comme c’est souvent présenté par une formule des premiers sionistes : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre. » Pour en revenir à la question de l’apartheid qui nous occupe aujourd’hui, l’institutionnalisation de la séparation par des lois et l’instauration d’une géographie coloniale classent les Palestiniens en fonction de cette supériorité. Les ruptures géographiques imposées entre Palestiniens, entre ceux qui vivent en Palestine occupée en 1948, ou encore entre ceux qui vivent en Cisjordanie (zone A, B, C…) ou encore à Gaza (le plus grand camp de réfugiés dans le monde dès les années 1950, puis la prison à ciel ouvert sous siège depuis 2005-2006, et finalement le génocide actuel), sont institutionnalisées par plusieurs méthodes de catégorisation : carte d’identité et plaques d’immatriculation de couleurs différentes…, mais aussi des lois militaires, y compris pour les Codes de la route, sans oublier le statut des réfugiés qui varie en fonction du lieu de résidence. Tout cela évoque en effet l’apartheid et son fondement éminemment racial. On ne doit pas oublier que les réalités désignées sous ce terme d’apartheid ne concernent qu’une partie des Palestiniens – à l’exclusion des réfugiés – alors que la colonisation les concerne tous. Pourquoi parler d’« apartheid » en Palestine ou en Israël alors que le terme de « colonisation » fonctionne pour qualifier une situation plus globale ? L’apartheid permet de penser la situation des Palestiniens qui ont pu rester en Israël après 1948, ou celle de ceux qui résident dans les territoires occupés après 1967. Alors que la colonisation permet de penser à la fois la situation de ces derniers, comme colonisés (non pas comme une minorité opprimée dans un « État des droits », mais comme des indigènes colonisés), mais aussi celle des Palestiniens qui ont été chassés de chez eux par la violence ou contraints de fuir après la création de l’État d’Israël, dont il faut rappeler qu’ils étaient alors la majorité. C’est uniquement après la Nakba en 1948, c’est-à-dire l’exode forcé et le déracinement d’environ 750 000 Palestiniens, la destruction d’environ 500 villages et l’expropriation de leur propriété, que la situation a été modifiée sur le terrain [31]. C’est dans ce sens que l’on parle d’un peuple de réfugiés [32], dont la cause principale est de retourner dans leurs villages et villes d’origine dont ils avaient été chassés. En bref, c’est la condition de colonisé qui unit tous les Palestiniens quel que soit leur lieu de résidence. Et c’est un groupe issu de ce mouvement de colonisation, un « groupe étranger », se considérant comme supérieur et doté d’une force militaire, technologique et économique, et souvent soutenu par les puissances internationales, qui domine et exploite par la force ce groupe indigène. Ce sont les éléments qu’évoque Balandier pour définir une « situation coloniale ». Autrement dit, afin de se prémunir contre le « sens commun savant » et les catégories d’analyse et de perception qui en découlent, il est indispensable de se référer à l’ordre colonial instauré en Palestine depuis un siècle pour pouvoir, d’abord, décrire et saisir la réalité palestinienne et, ensuite, repérer les mécanismes de domination qui découlent de cet ordre – tels que l’apartheid, le génocide, l’annexion, etc. – et permettent à ce dernier de se reproduire et de se consolider. En résumé, il ne faut pas séparer les conséquences de l’ordre structurel qui les a fait surgir et réduire l’analyse uniquement à elles, c’est-à-dire à une situation d’apartheid, tout en la considérant comme la racine de la réalité et du problème palestiniens. Cela revient à faire de l’ombre au colonialisme de peuplement et de remplacement, et à décontextualiser, voire à neutraliser, l’effet structurel de l’ordre colonial qui est à l’origine de la réalité sociale et politique de tous les Palestiniens.
  3. https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2024-3-page-145?lang=fr Dans le contexte post-crise du début des années 2010 en Côte d’Ivoire, l’idée que le soutien international à la mise en œuvre de la politique foncière participe de la reconstruction de la paix et de la réconciliation semble faire consensus parmi les acteurs de l’action publique. En milieu rural, il est généralement admis que le foncier, identifié comme un facteur majeur de tension depuis les années 1980, a exacerbé les violences du conflit. En réponse, l’administration foncière ivoirienne reçoit le soutien de bailleurs internationaux pour concevoir des programmes post-conflit visant à apaiser les tensions socio-foncières par le biais de la délivrance de documents attestant des droits fonciers des populations rurales. Une décennie plus tard, la formalisation des droits fonciers ruraux demeure un sujet prégnant en Côte d’Ivoire, mais tout lien qu’elle a pu avoir avec les programmes post-conflit du milieu des années 2010 est quasiment nié, tant au sein de l’administration foncière que chez les bailleurs de ces programmes ruraux. Comment expliquer cette transition d’une rhétorique à une autre, diamétralement opposée ? Cet article interroge la performativité des discours dans le cadrage des politiques publiques et, au-delà, la manière dont la conduite routinière de l’action publique interagit avec l’idée d’exception portée par la conjoncture de sortie de conflit. Il questionne plus largement les relations entre cadrages discursifs des politiques de développement et mise en application de ces dernières…
  4. https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2024-3-page-125?lang=fr Depuis plus de vingt ans, l’espace public urbain dans le cœur historique de laville de Kinshasa fait l’objet d’une occupation massive par des marchés de rue, qui obstruent complètement l’accès à tout véhicule au plus grand marché de la ville. Le contrôle par les pouvoirs publics locaux de la rente tirée de la taxation de ces marchés de rue, qui pourtant occupent illégalement la chaussée et en détournent l’usage, est à l’origine d’un interminable conflit. Il apparaît ainsi que la rivalité qui oppose les pouvoirs publics locaux – l’Hôtel de ville et l’administration du Grand marché d’une part et les bourgmestres des communes concernées d’autre part – trouve son origine dans un processus de décentralisation administrative et politique inachevé. En effet, malgré les nombreuses nuisances provoquées par l’engorgement du centre-ville par ces marchés de rue – principalement des problèmes d’assainissement et d’insécurité –, les pouvoirs publics locaux, privés de ressources budgétaires suffisantes, encouragent leur développement car leur taxation constitue une source conséquente de revenus. Dès lors, ils entrent en concurrence pour la captation de cette rente et s’affrontent régulièrement par l’intermédiaire de leurs collecteurs de taxes et de leurs placiers, qui tentent de contrôler le maximum possible d’espaces urbains et de vendeurs de rue. Ainsi, le contrôle et la régulation de l’accès à l’espace urbain dans ce secteur de la ville deviennent un enjeu majeur de sa gouvernance. L’objectif de cette contribution est d’examiner les ressorts de l’informalité politique à l’œuvre dans la gouvernance urbaine, qui permettent d’expliquer le développement continu des marchés de rue au centre de la ville de Kinshasa…
  5. https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2024-3-page-171?lang=fr « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à La Mecque et les révolutionnaires à Alger », déclarait en 1968 Amílcar Cabral, chef du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), figure centrale des luttes anticoloniales et théoricien de la révolution africaine. Cette phrase emblématique témoigne de l’exaltation des idéaux anti-impérialistes qui convergent alors vers la capitale algérienne, devenue un modèle de révolution dès 1962. Terre d’accueil pour les militants tiers-mondistes et panafricains, Alger, se positionne au carrefour des circulations révolutionnaires dans les années 1960. Elle accueille de nombreux indépendantistes de tous les continents, démontrant une hospitalité profonde, connectée aux autres pôles d’un Sud en cours de décolonisation. Si l’historiographie de l’Algérie contemporaine s’est longtemps concentrée sur un face-à-face colonial, des travaux plus récents ont procédé à un décloisonnement. En particulier, des études anglophones ont montré un intérêt croissant pour la dimension transnationale de la révolution algérienne, tant dans le domaine de l’histoire que de l’histoire de l’art et des sciences politiques. Bien que des ouvrages français aient été publiés, l’historiographie francophone reste jusqu’à présent plus limitée sur ces thèmes. La question transnationale en Algérie s’insère dans un schéma plus large de circulations des révolutions africaines qui ont permis de produire « une grammaire mondiale de la contestation localement enrichie, traduite ou interprétée, voire réinventée selon des paramètres nationaux…
  6. https://shs.cairn.info/journal-politique-africaine-2024-3-page-21?lang=en Le 16 novembre 1936, dans le journal nationaliste Ny Rariny (Justice), Jules Ranaivo, fervent militant anticolonial malgache, publia une critique cinglante de l'indigénat, le redoutable code juridique qui sous-tendait la domination coloniale française. Ranaivo critiquait la domination coloniale « fondée sur l'exploitation effrénée du sol » et le travail intensif et forcé des sujets malgaches. Le statut juridique subordonné des Malgaches inscrit dans l'indigénat, soulignait Ranaivo, reposait sur la distinction raciale entre les Malgaches, qu'il décrivait comme des tompontany, et les Indiens (Karana) et les Chinois (Sinoa). Alors que les institutions coloniales refusaient aux tompontany la jouissance de « leurs droits naturels » à la mobilité et à la protection contre la prédation de l'État, les Karana et les Sinoa ne faisaient l'objet que de peu de restrictions légales quant à leur droit d'entrer et de faire des affaires à Madagascar. À l'instar des agitateurs anticolonialistes de tout l'empire français, Ranaivo a mis à nu les contradictions entre la domination coloniale et les valeurs républicaines françaises, dans l'espoir de canaliser la fureur croissante des lecteurs nationalistes de Ny Rariny. Ce qui frappe toutefois dans le récit de Ranaivo, c'est son utilisation du terme tompontany pour désigner les habitants malgaches, plutôt que « Malgache » ou « l'ensemble de la communauté malgache » utilisés ailleurs dans Ny Rariny. Pour comprendre l'intérêt d'utiliser tompontany de cette manière, il faut savoir ce que ce terme signifiait pour ses lecteurs et comment il était lié à des revendications plus larges d'appartenance, d'autorité et de citoyenneté. https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2024-3-page-5?lang=fr En mars 2009, Andry Rajoelina, le maire d’Antananarivo et leader de l’opposition à Madagascar, s’empare du pouvoir, alors détenu par le président Marc Ravalomanana. Depuis plusieurs mois, les relations entre le président et son rival se sont en effet tendues. Au plus fort de la crise, les partisans de Rajoelina marchent sur le Palais présidentiel, exigeant la démission de Ravalomanana. Aux ordres de ce dernier, l’armée tire dans la foule. Une trentaine de manifestants sont tués et bien d’autres blessés. Cependant, après une mutinerie, l’armée se retourne contre le gouvernement en place. Au cours des manifestations civiles ultérieures, l’opposition prend le contrôle du Palais présidentiel et de la Banque centrale. Andry Rajoelina devient alors président de la Haute Autorité de la transition, un statut ratifié par la Cour suprême de Madagascar. De nombreuses raisons expliquent la chute du gouvernement de Marc Ravalomanana. L’une d’entre elles est un scandale qui trouve son origine dans un article du Financial Times : il rapportait que le Président Ravalomanana avait accepté la vente de 1,3 million d’hectares de terres agricoles à la société coréenne Daewoo Logistics. En réponse, Rajoelina mobilisa l’argument patriotique de la « terre ancestrale (tanindrazana) pour attiser la colère de la population, amplifier le mouvement de contestation et justifier sa prise de pouvoir. À Madagascar, les ancêtres sont sacrés ; les descendants dépendent de leurs aïeux pour leur bien-être et leur réussite… https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2024-3-page-41?lang=fr Il est un lieu commun anthropologique qui remonte au moins à l’historien Fustel de Coulanges selon lequel les sépultures et le culte des morts représentent, depuis les plus anciennes civilisations, un moyen pour des groupes humains de s’établir dans un lieu et de se l’approprier. Madagascar semble être un cas exemplaire de ce principe. Dans un classique de l’anthropologie de Madagascar, Maurice Bloch a en effet montré l’importance des morts et de leurs tombeaux dans les revendications des droits sur la terre et dans la définition des identités collectives des habitants de l’île, en particulier des Merina des Hauts Plateaux. Enterrer les morts dans la terre que leurs descendants cultivent est une manière pour ces derniers d’en revendiquer la propriété inaliénable en tant que « terre des ancêtres » (tanindrazaña), les ancêtres (razaña) désignant à Madagascar tout ascendant décédé. Parallèlement à cela, cultiver cette terre, prendre soin des ancêtres enterrés à travers les cérémonies commémoratives et le respect des interdits qu’ils ont institués est une façon pour les descendants de s’assurer la bénédiction de leurs ancêtres, nécessaire à la prospérité individuelle et collective. Mais c’est aussi une manière d’affirmer leur appartenance au groupe de descendance.Comme l’introduction à ce numéro le rappelle, ce lien entre la terre, les ancêtres et les identités collectives a été maintes fois souligné dans les ethnographies sur les différentes sociétés qui composent Madagascar. Il m’a également été confirmé par plusieurs personnes rencontrées dans les villages ruraux du nord-ouest de l’île où j’ai mené mes enquêtes de terrain pendant 22 mois entre 2015 et 2022. Pour certaines d’entre elles, ce lien pouvait aller jusqu’à prendre la forme d’une contrainte douloureuse… https://shs.cairn.info/journal-politique-africaine-2024-3-page-83?lang=en En juin 2022, les mines de Mantalimaro étaient en plein essor. Quelques mois plus tôt, le site, situé dans la commune rurale de Betsiaka, à l'extrême nord de Madagascar (voir figures 1 et 2), était actif mais peu animé, avec quelques centaines de mineurs travaillant sur des concessions produisant de petites quantités d'or. La situation a toutefois commencé à changer avec l'arrivée d'un sponsor bien financé, dont l'équipement a permis à des équipes de mineurs artisanaux de commencer à extraire de l'or à des profondeurs plus importantes. Ils ont rapidement découvert de grands gisements, et la nouvelle de l'explosion de la production s'est répandue. Des milliers de travailleurs venus de près ou de loin ont afflué vers les sites d'extraction, provoquant de nouvelles ruées vers l'or. En une seule journée de juin, les ouvriers travaillant sur deux concessions adjacentes ont extrait 67 kilogrammes d'or du sol. Mantalimaro était devenu le nouveau centre de gravité de la région. La ruée était lancée. Les récits universitaires, politiques et populaires existants sur les booms et les crises des ressources ont tendance à interpréter des cas comme la ruée vers Mantalimaro à travers un prisme économiquement déterministe. Le prix de l'or est élevé et les ruraux malgaches sont pauvres, donc lorsqu'un gisement est découvert, un afflux massif de mineurs s'ensuit. Mais les mineurs eux-mêmes racontent une histoire plus complexe. Prenons l'exemple de Laurent, un homme de 30 ans avec qui j'ai discuté à Mantalimaro. Laurent est arrivé à Betsiaka en 2016, lorsqu'il a suivi son frère aîné, Antoine, dans la région. Après avoir travaillé sur plusieurs sites au cours des années suivantes, il est parti pour s'occuper de l'entreprise familiale, puis s'est lancé dans la pêche... https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2024-3-page-109?lang=fr Solofo Randrianja est professeur d’histoire à l’université de Toamasina (Madagascar). Ses recherches portent principalement sur l’histoire politique du pays au xxe et au xxie siècle. Il est l’auteur et le coordinateur de nombreux ouvrages. Il a notamment écrit Société et luttes anticoloniales à Madagascar de 1896 à 1946 (Karthala, 2001) et coécrit Madagascar: A Short History (Hurst, 2009) avec l’historien Stephen Ellis. Il a aussi dirigé Madagascar, le coup d’État de mars ٢٠٠٩ (Karthala, 2012). Ses travaux récents explorent les modes vernaculaires de la gouvernance et de la démocratie, et les interactions entre les normes locales et les systèmes juridiques occidentaux. Dans le cadre d’une réflexion sur les dynamiques d’ancrage et d’appartenance, il est interrogé par les coordinatrices du dossier, Jennifer Cole et Dominique Somda, sur les tensions, contemporaines et sur un plan historique plus large, entre citoyenneté et nationalité malgache. En partant d’une polémique récente portant sur la double nationalité du président Andry Rajoelina, Solofo Randrianja articule dans cet entretien deux références socio-spatiales particulièrement importantes dans la vie politique malgache : d’une part le « petit » tanindrazana comme « terroir » ancestral et lieu d’exercice d’une citoyenneté active, et de l’autre le Tanindrazana, la terre des ancêtres commune à tous les Malgaches, qui coïncide avec la nation entendue comme « communauté imaginée » [Cf Benedict Anderson https://en.wikipedia.org/wiki/Imagined_Communities ]. À travers la notion de mobilité sociale et la remobilisation de capitaux sociaux plus ou moins « ancrés » dans un terroir et dans une filiation, Solofo Randrianja insiste sur les dimensions sociales de l’ancrage, un ancrage que le dossier définit comme les pratiques sociales, culturelles et matérielles à travers lesquelles les individus et les groupes s’attachent à des lieux…
  7. https://shs.cairn.info/revue-politique-africaine-2024-3-page-61?lang=fr Cet article prend pour point de départ l’observation de la migration comorienne à Mayotte, île française de l’archipel des Comores qui, en 2022, compte 300 000 habitants, dont la moitié sont des étrangers – en majorité comoriens – eux-mêmes pour moitié en situation irrégulière. On peut faire remonter l’essor de cette migration aux années 1980 et la considérer comme l’épisode le plus récent d’une histoire des mobilités comoriennes dans l’océan Indien qui s’inscrit dans la longue durée. Si la circulation des personnes, des biens et des idées entre les îles de l’archipel, la côte swahili et Madagascar s’est développée sur des siècles, à partir de la fin du xixe siècle, la migration comorienne s’est particulièrement orientée vers la Grande île et son marché de l’emploi colonial, avec le recrutement de travailleurs manuels d’une part et de fonctionnaires coloniaux de l’autre. Cette migration a été brutalement interrompue, non pas lors de l’indépendance de Madagascar en 1960, mais avec le massacre de Comoriens dans la ville de Majunga en 1976, qui fut suivi d’un rapatriement massif des rescapés. Le blocage de cette voie migratoire est intervenu au moment de l’indépendance des Comores en 1975, alors que Mayotte restait française. Les habitants de Ngazidja (ou Grande Comore) ainsi que l’élite urbaine de l’île d’Anjouan ont alors développé leurs réseaux migratoires vers la France métropolitaine, tandis que les ruraux anjouanais se sont réorientés vers l’île de Mayotte toute proche, devenue département français en 2011… https://fr.wikipedia.org/wiki/Rutaka Le Rutaka ou Kafa la Mjangaya (en comorien) est un massacre de Comoriens perpétré dans la ville de Mahajanga à Madagascar en décembre 1976 qui aurait fait plus de 500 morts et a entraîné le départ en exil de plus de 15 000 ressortissants comoriens[1]. La communauté comorienne représente près du tiers de la population de la ville (15 000 à 17 000 membres). La plupart sont nés à Madagascar et un certain nombre d'entre eux ont encore la nationalité française, car trois des quatre îles de l'archipel des Comores (Grande Comore, Anjouan et Mohéli) viennent tout juste d'accéder à l'indépendance (seule Mayotte est restée française). Les hommes occupent généralement des emplois nécessitant une certaine qualification et ont, de ce fait, un statut social supérieur à celui des Betsirebaka.
  8. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/09/24/en-guinee-le-referendum-sur-la-nouvelle-constitution-recueille-pres-de-90-de-oui_6642692_3212.html Le référendum sur la nouvelle Constitution recueille près de 90 % de oui Dénoncé comme une « mascarade électorale » par l’opposition, le résultat du scrutin ouvre la voie au chef de la junte au pouvoir, Mamadi Doumbouya, pour une future élection présidentielle. Cette Constitution remplace la Charte de la transition, établie par la junte après le coup d’Etat et qui interdisait notamment à ses membres de se présenter aux élections. Or, cette interdiction ne figure plus dans la nouvelle Constitution, ouvrant la voie à une candidature de Mamadi Doumbouya, chef de l’Etat et chef des armées. Depuis qu’il a renversé le président civil élu, Alpha Condé, en 2021, le chef de la junte Mamadi Doumbouya, 40 ans, dirige le pays d’une main de fer. La junte a multiplié les restrictions des libertés. Une chape de plomb s’est abattue en Guinée sur les voix dissidentes depuis l’arrivée des militaires au pouvoir. Plusieurs partis politiques et médias ont été suspendus, les manifestations – interdites depuis 2022 – sont réprimées, et de nombreux dirigeants de l’opposition ont été arrêtés, condamnés ou poussés à l’exil. Les disparitions forcées et enlèvements se sont multipliés.
  9. https://www.lemonde.fr/international/live/2025/09/24/en-direct-guerre-en-ukraine-emmanuel-macron-salue-les-declarations-de-donald-trump-qui-estime-que-l-ukraine-peut-reconquerir-l-ensemble-de-son-territoire_6642198_3210.html Emmanuel Macron salue les déclarations de Donald Trump qui estime que l’Ukraine « peut reconquérir l’ensemble » de son territoire https://www.handelsblatt.com/politik/international/ukraine-krieg-trump-vollzieht-kehrtwende-und-nennt-russland-papiertiger/100157607.html Trump effectue un demi-tour et qualifie la Russie de « tigre de papier »
  10. L'un de ces deux évêques serait Mgr Galstanyan : https://en.wikipedia.org/wiki/Bagrat_Galstanyan Archevêque Bagrat Galstanyan (en arménien : Բագրատ արքեպիսկոպոս Գալստանյան ; né le 20 mai 1971) est un prélat arménien de l'Église apostolique arménienne qui occupe actuellement le poste d'évêque du diocèse de Tavush. [1] Il a également été primat du diocèse arménien du Canada, basé à Montréal, de mai 2003 à mai 2013.[2] En tant qu'évêque d'une région frontalière touchée par la cession de villages à l'Azerbaïdjan, il a mené des protestations contre le gouvernement arménien en 2024. Depuis juin 2025, il est détenu pour avoir prétendument planifié un putsch. https://en.wikipedia.org/wiki/2025_Armenian_coup_attempt_allegations À la suite d'une tentative du gouvernement arménien de Nikol Pashinyan visant à destituer le chef de l'Église apostolique arménienne, Garegin II, et de nouvelles réactions de l'opposition, le 25 juin 2025, le Service national de sécurité (NSS) a annoncé avoir arrêté l'archevêque Bagrat Galstanyan, qui avait mené les manifestations arméniennes de 2024, ainsi que 14 autres figures de l'opposition. Quelques jours plus tard, l'archevêque Mikael Adjapahyan a également été arrêté.
  11. On pourrait comparer aussi avec les corridors qui reliaient Berlin Ouest à l'Allemagne de l'Ouest.
  12. https://carnegieendowment.org/russia-eurasia/politika/2025/09/azerbaijan-armenia-trump-deal?lang=en (11 septembre 2025) Un autre changement concernera la révision du mandat de la mission d'observation européenne le long de la frontière arménienne [ https://en.wikipedia.org/wiki/European_Union_Mission_in_Armenia]. Les observateurs pourront rester en Arménie, mais loin de la frontière, afin de ne pas provoquer Bakou. À Washington, les deux gouvernements ont conjointement appelé à la dissolution du Groupe de Minsk de l'OSCE. Bien que ce groupe soit inactif depuis longtemps, les désaccords qui l'entourent ont rendu impossible le déblocage du budget de l'OSCE, qui doit être approuvé à l'unanimité. La dissolution du Groupe de Minsk permettrait de rétablir la capacité de fonctionnement de l'OSCE, notamment en Ukraine. Bakou insiste pour qu'il n'y ait aucun contact direct entre les Arméniens et les Azerbaïdjanais, tandis qu'Erevan exige le contrôle souverain du [corridor de Zangezur], y compris les droits de transit et les contrôles frontaliers par des intermédiaires. En cas d'accident, par exemple, les médecins et la police arméniens seraient inévitablement impliqués. Il n'est tout simplement pas possible de les remplacer par des Américains à tous les niveaux. Du côté arménien, cette zone est à l'abandon : la route est étroite et en mauvais état, et les voies ferrées ont été démantelées dans les années 1990. Pour que cette zone soit pleinement fonctionnelle, d'importants travaux de construction seraient nécessaires, voire la construction de tunnels. Yerevan avait précédemment envisagé des prêts concessionnels garantis par l'UE, Bruxelles finançant d'autres projets similaires dans ses régions méridionales. Mais Washington ne souhaite pas coordonner ses efforts avec les Européens. Si la Turquie ne prend pas l'initiative de dégeler ses relations avec l'Arménie, la vision d'une « paix par le transit » restera incomplète : l'Azerbaïdjan obtiendrait une route vers le Nakhitchevan et la Turquie, tandis que l'Arménie pourrait se retrouver avec des frontières fermées, une seule route courte supervisée par les États-Unis et des revenus de transit minimes. Il faudrait prévoir des incitations supplémentaires pour l'Arménie, que [seule] la Turquie est en mesure d'offrir.
  13. https://www.foreignaffairs.com/armenia/unlikely-road-peace-armenia-and-azerbaijan (22 septembre 2025) De manière cruciale, les deux parties ne souhaitaient pas que la Russie, puissance hégémonique traditionnelle dans la région, serve de garante à un accord, ce qui rendait l'offre de Trump d'accueillir un sommet de paix particulièrement attrayante. L'Arménie a accordé les droits de développement de ce corridor de transport de 27 miles traversant son territoire à une entreprise américaine, tout en conservant le contrôle souverain du passage, qui sera baptisé « Route Trump pour la paix et la prospérité internationales ». L'Azerbaïdjan bénéficiera quant à lui d'un « accès sans entrave » vers et depuis le Nakhitchevan. Il convient de noter que le plan TRIPP (Trump Route for International Peace and Prosperity) remplace un accord conclu en 2020 entre Aliyev, Pashinyan et Poutine qui aurait accordé à la Russie le contrôle de la route. Pour différentes raisons, tant le gouvernement azerbaïdjanais à Bakou que son homologue arménien à Erevan souhaitent se libérer de l'emprise de Moscou. Mais l'accord de paix conclu à la Maison Blanche en août reste fragile. Il ne portera ses fruits que si les États-Unis mettent en œuvre le TRIPP et contribuent à la réouverture d'autres routes fermées par le conflit. Pour ce faire, ils doivent collaborer avec l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Turquie afin de financer et de construire d'autres liaisons dans une chaîne de transport est-ouest traversant les trois pays, ce qui ferait de la route Trump une autoroute internationale et non plus un simple projet local. Les États-Unis devront également travailler en étroite collaboration avec l'Union européenne, qui investit beaucoup plus que Washington dans le Caucase du Sud, tant sur le plan politique que financier. Le soutien européen sera crucial pour faire aboutir un accord de paix entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Moscou, bien sûr, souhaiterait voir échouer le rapprochement entre Bakou et Erevan négocié par les États-Unis. [Entre la Russie et l'Azerbaïdjan] les problèmes ont commencé en décembre [2024], lorsqu'un missile antiaérien russe a abattu par erreur un avion de ligne azerbaïdjanais, tuant 38 civils. Lorsque Poutine n'a pas présenté d'excuses, Aliyev a émis une réprimande inhabituellement directe, affirmant que Moscou avait tenté d'« étouffer » l'affaire. Puis, cet été, Poutine a chargé Sergueï Kirienko, un partisan de la ligne dure du Kremlin qui a mené la politique d'intégration des régions occupées de l'Ukraine à la Russie, des relations avec les pays du Caucase du Sud. Dans ce qui semblait être une provocation délibérée, la police de la ville russe d'Ekaterinbourg a arrêté en juin des Azerbaïdjanais locaux et les a accusés de crimes commis il y a vingt ans. Deux Azerbaïdjanais ont trouvé la mort. Aliyev a réagi avec fureur, annulant les visites officielles et les événements culturels russes et menant une campagne médiatique accusant la Russie de néo-impérialisme. Tout cela montre que le dirigeant azerbaïdjanais est désormais déterminé à exclure Moscou de tout nouvel accord régional. De plus en plus sceptique quant à la crédibilité de Moscou en tant qu'allié, Pashinyan a suspendu la participation de l'Arménie à l'Organisation du traité de sécurité collective, un bloc sécuritaire dirigé par la Russie, en 2024. Il s'est plutôt tourné vers les États-Unis et l'Europe pour obtenir leur soutien. En janvier, peu avant l'entrée en fonction de Trump, le gouvernement arménien a signé un accord de partenariat stratégique avec l'administration Biden, promettant des liens politiques et commerciaux plus étroits, et le parlement arménien a adopté en mars une loi appelant le gouvernement à entamer les démarches pour adhérer à l'UE. En juin, Pashinyan a annoncé qu'un complot visant à renverser son gouvernement avait été déjoué. Les autorités arméniennes n'ont pas directement accusé Moscou, mais un important homme d'affaires arménien russe basé à Erevan, Samvel Karapetyan, a été arrêté. Dans un rebondissement encore plus sensationnel, deux évêques arméniens ayant des liens avec la Russie ont été placés en détention. Le gouvernement a rendu publiques les preuves du complot, notamment une cache d'armes qui avait été découverte. La volonté de Pashinyan de s'opposer à l'Église arménienne, traditionnellement proche de Moscou, montre à quel point il est prêt à aller loin pour mettre fin à la dépendance historique de l'Arménie vis-à-vis de la Russie. Pour Aliyev, un dirigeant qui renforce son contrôle interne et ferme les organisations internationales, l'offre de Trump d'un « partenariat stratégique » avec les États-Unis – une offre que l'administration Biden a toujours subordonnée à l'amélioration par Bakou de son bilan en matière de droits humains, qui ne cesse de se détériorer – est un cadeau. Lors de la réunion d'août, la Maison Blanche n'a pas exigé de Bakou qu'elle libère les prisonniers politiques azerbaïdjanais ou les détenus arméniens. En effet, la veille de la réunion avec Pashinyan, le géant pétrolier américain ExxonMobil a signé un accord bilatéral avec la société énergétique publique azerbaïdjanaise SOCAR. Le texte ne fait aucune mention du droit des centaines de milliers de civils déplacés des deux côtés à rentrer chez eux. Il n'y a aucun processus de responsabilisation pour les crimes de guerre commis au cours de décennies de combats. Tout en parlant de paix au niveau des élites, l'Azerbaïdjan maintient également en prison un jeune militant pour la paix azerbaïdjanais, Bahruz Samadov, accusé de « trahison » pour avoir eu des contacts avec des militants de la société civile arménienne. Le traité pourrait encore échouer, car Aliyev a déclaré qu'il ne le signerait et ne le ratifierait pas tant que l'Arménie n'aurait pas modifié sa constitution afin de supprimer toute référence indirecte à son union avec le Haut-Karabakh. La modification de la constitution nécessiterait un référendum que Pashinyan tentera probablement de faire passer avant ou après les prochaines élections législatives arméniennes, prévues en juin 2026. Cela donne aux opposants nationalistes et pro-russes de Pashinyan une double cible pour mobiliser les électeurs : un Premier ministre qui brigue un nouveau mandat et un accord de paix qu'ils veulent saboter. Le pacte sur un corridor reliant l'Azerbaïdjan et son enclave du Nakhitchevan est également fragile. Bakou et Erevan doivent encore s'entendre sur des détails essentiels, tels que l'emplacement de la nouvelle route et les mesures de sécurité nécessaires à sa mise en place. On ne sait pas encore exactement comment l'accord permettra à la circulation azerbaïdjanaise de traverser le territoire arménien « sans entrave » tout en respectant la souveraineté arménienne. Téhéran souhaite conserver son statut actuel de pays de transit entre les deux parties de l'Azerbaïdjan et s'est toujours opposé à tout nouvel accord qui permettrait le stationnement de forces de sécurité occidentales le long de la route menant au Nakhitchevan ou qui donnerait trop de contrôle à ses deux voisins turcophones hostiles, l'Azerbaïdjan et la Turquie. Jusqu'à présent, les menaces de l'Iran sont restées sans effet, mais cela pourrait changer si ses camions et ses trains étaient exclus d'une route gérée par les États-Unis. Le Kremlin pourrait également tenter de faire échouer les accords conclus à Washington. La Russie accorde toujours une importance stratégique à cette portion de territoire, dont elle s'était vu promettre le contrôle après la guerre de 2020. Moscou pensait pouvoir y stationner des troupes frontalières russes, gagner en influence sur l'Arménie et l'Azerbaïdjan, et obtenir ainsi la pièce manquante de son corridor international de transport nord-sud, un projet routier, ferroviaire et maritime de longue date visant à relier la Russie au golfe Persique. Jusqu'à présent, la réaction du Kremlin aux accords a été plutôt froide et dédaigneuse, plutôt qu'ouvertement conflictuelle. Le fait que les responsables américains aient à peine consulté leurs homologues turcs au sujet du TRIPP a été très mal perçu à Ankara. Cela est regrettable, car Ankara détient la carte maîtresse pour promouvoir la paix dans la région : elle a le pouvoir de normaliser les relations et d'ouvrir sa frontière terrestre avec l'Arménie, fermée depuis 1993, ce qui libérerait l'Arménie d'un carcan géographique. Le 12 septembre, la Turquie a envoyé son envoyé à Erevan et a annoncé de nouvelles mesures de confiance, mais par égard pour son proche allié, l'Azerbaïdjan, elle a tergiversé avant de déclarer une avancée décisive. Pendant ce temps, les relations entre les États-Unis et la Turquie restent tendues. Une nouvelle ligne diplomatique entre Washington et Ankara est nécessaire pour rassurer la partie turque sur le fait qu'elle bénéficiera de la stratégie de Trump et des plans américains pour la région. Depuis des décennies, des avancées « historiques » sont annoncées régulièrement dans le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, mais les deux pays retombent toujours dans le conflit. L'accord Trump pourrait connaître le même sort. D'une part, toute une génération d'Arméniens et d'Azerbaïdjanais a grandi dans le contexte de ce conflit. Les responsables politiques des deux pays ont instrumentalisé l'hostilité pour gagner en légitimité, en exacerbant de manière sélective les griefs à l'égard de l'autre partie. En même temps, l'époque où les États-Unis avaient un programme plus ambitieux pour cette région, comme lorsque le président américain George W. Bush s'est rendu à Tbilissi et a qualifié la Géorgie de « phare de la liberté » modèle, est révolue. Trump a apprécié les paroles flatteuses d'Aliyev et de Pashinyan à la Maison Blanche et leur enthousiasme déclaré à l'idée de le nommer conjointement pour le prix Nobel de la paix, mais il n'a manifestement pas accordé beaucoup d'attention au Caucase du Sud. En effet, peu après la réunion à la Maison Blanche, il n'a pas réussi à prononcer les noms des deux pays entre lesquels il avait joué le rôle de médiateur, les appelant « Albanie » et « Aberbaijan ».
  14. https://nationalinterest.org/feature/beijings-robot-army-isnt-science-fiction-its-already-here (18 septembre 2025) La Chine détient les deux tiers des brevets mondiaux en robotique. Son entreprise phare dans ce domaine commercialise des robots humanoïdes à un dixième du prix et dix fois plus en volume que les alternatives américaines. Les banques et les groupes d'études de marché prévoient que le marché de ces machines et des services associés atteindra 7 000 milliards de dollars d'ici 2050, et envisagent un monde peuplé de centaines de millions de robots humanoïdes. Le 14e plan quinquennal de la Chine fait de la « robotique et la fabrication intelligente » l'un des piliers de son innovation industrielle, l'objectif étant de devenir un pôle mondial d'innovation d'ici 2025 et un leader mondial d'ici 2035. Pékin est en bonne voie pour atteindre cet objectif : entre 2013 et 2022, les universités chinoises ont ajouté plus de 7 500 nouvelles filières d'ingénierie, dont près d'une centaine consacrées spécifiquement à la robotique. La production universitaire chinoise dépasse déjà les contributions américaines lors des grandes conférences sur la robotique et la vision par ordinateur. De plus, les institutions chinoises détiennent plus de 190 000 brevets liés à la robotique, soit les deux tiers du total mondial. Le pays abrite déjà plus de la moitié des meilleures entreprises de robotique humanoïde. Fondée en 2016, Unitree, championne chinoise de la robotique, vend désormais son robot humanoïde G1 au prix de 16 000 dollars, soit environ un dixième du coût des systèmes occidentaux comparables. Ses quadrupèdes, ou « chiens robots », sont encore plus compétitifs en termes de rapport qualité-prix. Pour être clair, il ne s'agit pas de contrefaçons chinoises de mauvaise qualité de produits occidentaux. Ce sont des robots qui fonctionnent bien, à des prix qui font passer les alternatives occidentales pour des produits de luxe que nul client ne peut se permettre d'acheter à grande échelle. C'est pourquoi la Chine a expédié 10 fois plus de robots que Boston Dynamics à des clients dans 100 pays l'année dernière. Nous avons déjà vu ce film. Au cours du XXIe siècle, la Chine a utilisé quelques outils – un soutien massif de l'État, une réduction incessante des coûts et un envahissement des marchés mondiaux avant que ses concurrents ne puissent réagir – pour écraser ses concurrents occidentaux dans toute une série de secteurs : télécommunications 5G, cellules solaires, batteries, drones et véhicules électriques, entre autres. À chaque fois, nous nous sommes dit que la prochaine technologie serait différente. À chaque fois, nous nous sommes trompés. Il est essentiel de noter que la robotique n'est pas simplement un autre marché de consommation à perdre. Les plateformes produites en série par Unitree pourraient inonder les marchés mondiaux, capturant des flux de données critiques qui servent de moteur au progrès dans le domaine de l'apprentissage automatique et de l'autonomie. Pour l'Armée populaire de libération, cet accès se traduit directement par un potentiel militaire dans des domaines tels que la guerre urbaine, la collecte de renseignements et les systèmes de combat autonomes. Il est à noter que des dizaines de chiens robots Unitree ont déjà été déployés en Ukraine [ https://armourersbench.com/2024/08/16/who-let-the-dogs-out-robot-dogs-in-ukraine/? ] [et ce, par l'Ukraine, pas par la Russie]. [recommandations] Tout d'abord, les États-Unis devraient immédiatement restreindre les activités d'Unitree sur le sol américain. Deuxièmement, faciliter la construction de robots aux États-Unis. Cela impliquera nécessairement d'importer en peu de temps un grand nombre de composants essentiels pour la robotique et les équipements de fabrication, notamment des actionneurs de haute précision provenant du Japon et de Corée du Sud. Les négociations commerciales en cours avec Tokyo et Séoul pourraient offrir une occasion de conclure des engagements d'achat avantageux ou d'obtenir des exemptions tarifaires pour certains équipements spécifiques qui contribueront à la relance de l'industrie manufacturière américaine. Troisièmement, accélérer les investissements privés dans l'industrie robotique américaine. Quatrièmement, élargir les possibilités pour les talents mondiaux en robotique de s'implanter aux États-Unis. La législation actuelle en matière d'immigration rend difficile pour les entrepreneurs étrangers de créer des entreprises de robotique aux États-Unis. Enfin, créer des « zones de fabrication avancée » assorties de véritables incitations. Les entreprises américaines spécialisées dans la robotique réclament une stratégie nationale en matière de robotique, comprenant notamment la création d'un bureau centralisé au sein du gouvernement, afin de promouvoir ce secteur. Dans le cadre de cette initiative, le secrétaire au Commerce Lutnick pourrait désigner des zones de fabrication avancée bénéficiant d'une procédure accélérée d'octroi des permis fédéraux, d'une protection en matière de responsabilité civile pour les essais de systèmes autonomes et d'un congé fiscal de 10 ans pour la production robotique.
  15. https://www.lefigaro.fr/international/demarche-historique-rupture-avec-washington-dilemme-de-l-allemagne-la-reconnaissance-de-la-palestine-par-macron-vue-par-la-presse-internationale-20250923 Le New York Times souligne qu’en reconnaissant l’État de Palestine, «la France et d’autres alliés des États-Unis viennent d’officialiser une rupture avec Washington qui se profilait depuis des années». Le quotidien new-yorkais met l’accent sur l’isolement croissant d’Israël et des États-Unis sur cette question, quatre des cinq membres permanents du Conseil de sécurité reconnaissant désormais la Palestine. Même son de cloche du côté du Washington Post qui révèle l’ampleur des efforts américains pour faire échouer l’initiative française. À commencer par «le secrétaire d’État Marco Rubio qui a voulu tuer dans l’œuf l’initiative en envoyant en juin et ce mois-ci des télégrammes aux ambassades et consulats américains à travers le monde pour les dissuader de participer aux réunions organisées par la France et en dénonçant publiquement cette initiative comme un “cadeau fait au Hamas”». Malgré ces pressions, le Washington Post reconnaît qu’Emmanuel Macron a réussi son pari : réunir «un large rassemblement de dirigeants mondiaux et de hauts diplomates», incluant «les présidents du Brésil, de Turquie, d’Afrique du Sud et d’Indonésie» ainsi que «les premiers ministres d’Australie, du Canada, d’Espagne, de Belgique et d’Irlande ; les rois de Jordanie et de Monaco ; le secrétaire général de l’ONU ; et de nombreux autres dignitaires». Le journal cite également le sénateur démocrate Chris Van Hollen qui s’agace de la position américaine : «Les États-Unis sont complètement isolés, ce qui sape véritablement notre influence dans le monde.»
  16. Il faudrait voir avec les différentes restrictions qui ont été posées sur les partis politiques. Le bureaux du parti des régions ont été incendiés, et les députés du parti des régions généralement n'ont pas pu se représenter et être réélus. Je ne sais pas s'il y a des exceptions. Il faudrait voir avec les différents droits de l'homme qui accompagnent la démocratie, car cette dernière ne saurait se réduire à des élections. Benoît Paré a évoqué le droit à une justice équitable et la liberté d'expression. Il faudrait voir les droits linguistiques des russophones, etc... Et l'idéologie est restée. Maïdan qui a utilisé le meurtre et le mensonge comme moyen d'arriver à ses fins, a été appelé "Révolution de la Dignité" ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_de_la_Dignité ). C'est orwellien comme slogan, complétant la série"la guerre c'est la paix, la liberté c'est l'esclavage, l'ignorance c'est la force".
  17. https://www.nytimes.com/2025/09/14/world/europe/russia-ukraine-drone-attacks-production.html (14 septembre 2025) Les attaques de drones russes ont commencé à s'intensifier en septembre dernier, premier mois de la guerre où Moscou a envoyé plus de 1 000 drones en Ukraine, selon un ensemble de données créé par le New York Times à partir des chiffres fournis par l'armée de l'air ukrainienne. Cette année, les chiffres ont explosé. Selon les données du Times, la Russie a jusqu'à présent envoyé plus de 34 000 drones d'attaque et leurres en Ukraine en 2025, soit près de neuf fois plus que pendant la même période l'année dernière. Parmi les drones déployés par Moscou cette année, l'Ukraine a déclaré en avoir abattu 88 % en les tirant ou en les brouillant électroniquement. Ce chiffre est en baisse par rapport aux près de 93 % rapportés par Kiev en 2024. Au cours d'une nuit du premier week-end de ce mois, la Russie a envoyé un nombre record de 810 drones d'attaque et leurres en Ukraine. Kiev a affirmé en avoir abattu environ 92 %, mais cela signifie tout de même que 63 ont réussi à passer. L'Ukraine a déclaré que 54 avaient atteint des cibles dans 33 endroits différents. Ces données n'ont pas pu être vérifiées de manière indépendante. Les analystes estiment que la Russie est désormais capable de produire environ 30 000 drones d'attaque par an, inspirés du modèle iranien. Certains pensent que le pays pourrait doubler cette production d'ici 2026. Les drones ont également progressé sur le plan technologique, avec de meilleurs systèmes de guidage, une résistance améliorée au brouillage et de nouveaux types d'ogives. La Russie a également modifié ses tactiques. Moscou envoie les drones d'attaque en essaims ou en vagues, et les dirige selon des trajectoires confuses afin de détourner l'attention des cibles réelles. Elle envoie également de nombreux leurres, fabriqués à partir de mousse peinte et de contreplaqué, qui contiennent parfois de petites ogives et sont impossibles à distinguer des drones réels dans le ciel. Elle contourne également les champs ouverts où opèrent les équipes de défense aérienne ukrainiennes, survolant plutôt les rivières et les forêts. Une fois que les drones pénètrent dans les villes, ils sont plus difficiles à abattre en raison des immeubles de grande hauteur et des risques pour les civils. Alors que la Russie commençait à produire davantage de drones d'attaque et à utiliser davantage de leurres, l'Ukraine s'est empressée de mettre au point de nouvelles méthodes pour les abattre. Des unités de défense aérienne ont abattu des drones et des leurres. Des équipes mobiles de soldats à bord de camionnettes abattent les drones, souvent à l'aide de mitrailleuses lourdes. L'Ukraine a également trouvé le moyen de brouiller électroniquement les drones. Les systèmes high-tech coûteux fournis par l'Occident protègent principalement les grandes villes et les infrastructures clés et sont principalement destinés à intercepter les missiles entrants. Konrad Muzyka, analyste militaire chez Rochan Consulting en Pologne, a déclaré qu'il était difficile de tirer des conclusions sur la base des chiffres officiels ukrainiens. Il a ajouté que la situation concernant la défense de l'Ukraine contre les drones pourrait être pire que ce que laisse entendre l'armée de l'air ukrainienne. « Je pense qu'ils abattent moins de drones qu'ils ne le déclarent », a-t-il déclaré. Alors que la Russie a commencé à faire voler ses drones à plus haute altitude, l'Ukraine a réagi en utilisant des drones intercepteurs bon marché, équipés de radars. Mais leur utilisation reste limitée, selon M. Kofman, analyste à la Fondation Carnegie. « S'ils parviennent à développer cette technologie à plus grande échelle, ils pourront probablement résoudre le problème de saturation à terme », a-t-il déclaré. « C'est une question de production et de déploiement à grande échelle. » Sur le front, M. Kofman a déclaré que la Russie avait comblé son retard sur l'Ukraine en matière de drones, ce qui est inquiétant pour Kiev, qui a longtemps compté sur sa supériorité dans la guerre des drones pour compenser ses réserves limitées en personnel et en armement. La Russie a été la première à utiliser à grande échelle des drones qui évitent le brouillage en se connectant à des contrôleurs à l'aide de câbles à fibre optique de plusieurs kilomètres de long. Elle a également mis en place Rubicon, une unité d'élite spécialisée dans les drones, et vise à créer une branche militaire à part entière appelée « Forces de drones ». M. Kofman a déclaré que l'avantage de l'Ukraine « s'était réduit ces derniers mois, la Russie ayant déployé ses propres formations d'élite spécialisées dans les drones et amélioré l'organisation de leur déploiement ».
  18. Le mandat Ianoukovitch sera vu par les historiens du futur comme le point culminant du rayonnement de l'Ukraine : expansion territoriale maximale - frontières de 1991, Crimée incluse, avec un statut autonome. Équilibre entre les pressions occidentales qui réclament plus de démocratie, de transparence, de jeu vers une intégration européenne avec les règles du jeu correspondantes, et les pressions russes qui réclament diverses choses sur les plans politique, économique, militaire. Équilibre entre les forces nationalistes d'Ukraine Occidentale - Galicie principalement - et les populations russophiles/russophones notamment de Crimée. Organisation de l'euro 2012. Avec un soutien allemand pour entraîner et équiper la police, les "méchants Berkut" montrés du doigt par erreur et par propagande durant Maïdan alors que ce n'est pas eux qui ont tiré, mais eux qui ont été les victimes, de tireurs embusqués sur les toits contrôlés par les pro-Maïdan.
  19. L'Ukraine fait peur à Moscou pour toutes sortes de raisons, mais sûrement pas parce qu'elle est démocrate. L'Ukraine post-Maïdan est fondée sur... Maïdan qui est un coup d'État ayant arraché le pouvoir à un président démocratiquement élu. Sur le recul démocratique en Ukraine, lire ou écouter par exemple Benoît Paré : 17 mai 2025 16:31 Euh par exemple, on savait que d'après la loi ukrainienne euh les gens n'étaient pas censés rester en détention provisoire plus de 6 mois euh avant jugement. Or le gouvernement ukrainien enfreignait cette règle en permanence, essentiellement contre les gens accusés de séparatisme. Par contre les gens qui étaient accusés par exemple à Odessa du fameux massacre d'Odessa du 2 mai 2014... Je connais au moins un gars, Serhiy Khodiyak, il était accusé de meurtre mais du côté ukrainien, il a jamais fait de détention provisoire, et il a même jamais été jugé. Son procès a commencé euh et parce que il y avait des gros bras nationalistes qui sont arrivés dans la salle et qui l'ont enlevé manu militari de la salle d'après ce que me disaient mes collègues. Je sais pas si c'est à ça, mais c'est mes collègues d'Odessa qui me racontaient la scène. Après ils ont jamais recommencé le procès et le type marchait dans la rue, il participait à toutes les manifestations pro-ukrainiennes à Odessa. jusqu'au 20 février 2022, j'ai vu ce ce Serhiy Khodiyak dans la rue en train de participer à une manifestation, le 20 février, pour protester en avance contre la future invasion russe. 31 août 2025 17:32 C'est un documentaire qui s'appelle Revealing Ukraine en anglais. Et ce documentaire a même été primé à un festival du film de mémoire en Italie, en Sicile même. Et j'avais vu à l'époque quand je travaillais à l'OSCE une information là-dessus comme quoi ce film venait d'être primé. Et ensuite, une chaîne de télévision ukrainienne, une chaîne nationale qui s'appelait Ukraina 112 au mois de juillet 2019, a voulu diffuser ce film en Ukraine à une audience nationale. Et à ce moment-là ils ont reçu des menaces publiques de la part du procureur général de l'Ukraine qui a menacé tous les gens qui seraient impliqués dans la diffusion du film sur la chaîne en question de poursuites pour haute trahison. Les menaces étaient très explicites sur Facebook. Les journalistes ont décidé de de pas se laisser intimider et de diffuser le documentaire. Sauf qu'il y avait aussi les groupes extrémistes habituels, Pravy Sector, Dimitri Yarosh et cetera qui les menaçaient. C'est pas eux de de peine de prison mais d'en répondre de leur vie, si vous voulez, s'il diffusaient le documentaire. Et le fait est que le lendemain, il y a une roquette qui a été envoyée en plein jour dans la façade de l'immeuble de la chaîne. Bien entendu, on n'a jamais trouvé les coupables. Et là, c'était un clair avertissement aux journalistes qu'ils jouaient vraiment leur vie là-dessus. Et donc à ce moment-là, ils ont acté le fait qu'ils n'étaient pas aptes à lutter contre ces forces qui s'opposaient à eux, que le gouvernement de toute façon les protégerait pas parce que le gouvernement menaçait au contraire de les poursuivre. 19:17 Donc ils ont rédigé un communiqué que je me souviens très bien avoir lu le jour même, pareil dans la dépêche de presse et le communiqué appelait à l'aide en quelque sorte les ambassades occidentales en disant l'Occident prétend défendre la liberté d'expression. Manifestement, la liberté d'expression est menacée en Ukraine, voyez par vous-même. Euh donc, on demandait l'aide des ambassades occidentales. Sauf que à l'époque, moi je guettais chaque matin les dépêches de presse et des réactions quelconque de la part d'une quelconque autorité occidentale et je n'avais rien trouvé, aucune réaction si ce n'est un communiqué d'une branche de l'OSCE qui travaille sur la liberté des médias justement, qui était présidée à ce moment-là par Harlem Désir qui est bien connu en France, l'ancien patron de SOS racisme, à qui on avait donné ce siège de haut représentant pour la liberté des médias au niveau de l'OSCE et donc il a fait un communiqué pour condamner les violences mais quand on relit le communiqué, il ne parle pas des menaces de poursuites contre les journalistes. Or si on est pour la liberté d'expression, ça pose aussi question, ces poursuites contre les journalistes, des poursuites officielles, des menaces de poursuites. 20:24 Et donc ça a été complètement passé sous silence. Et là on pouvait se rendre compte qu'il y avait quand même un un sérieux problème de liberté d'expression en Ukraine à ce moment-là. On parle de 2019.
  20. On a déjà eu Sarah Palin qui était déjà montée assez haut sur les marches du trône. Faut vivre avec son temps!
  21. https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/09/18/la-chine-interdit-a-ses-entreprises-d-acheter-des-puces-a-l-americain-nvidia_6641695_3234.html La Chine interdit à ses entreprises d’acheter des puces à l’américain Nvidia Le régulateur chinois de la cybersécurité (SAMR) a ordonné aux grandes entreprises technologiques de ne pas acheter l’une des nouvelles puces de Nvidia, baptisée RTX Pro 6000D, conçue pour les applications industrielles d’intelligence artificielle et aux performances limitées, pour ne pas tomber sous le coup des embargos américains à l’export. Cette nouvelle interdiction, révélée mercredi 17 septembre par le Financial Times, intervient alors que le SAMR a affirmé lundi que Nvidia avait « violé la loi anti-monopole » chinoise, une accusation démentie par le groupe le lendemain. Elle intervient également quelques semaines seulement après que les géants chinois de la tech ont également reçu l’ordre de cesser de commander un autre modèle de puces Nvidia, les H20.
  22. En novembre 2024, Wolfgang Münchau (auteur de Kaput, the end of the German Miracle : voir dans le fil Allemagne), partageait son espoir prudent de la réussite de Trump à faire la paix en Ukraine : https://forum.air-defense.net/topic/26674-guerre-russie-ukraine-2022-g%C3%A9opolitique-et-%C3%A9conomie/page/1087/#comment-1763208 Il réagit maintenant aux conséquences de l'échec de cette politique, exposant son peu d'enthousiasme pour la saisie des actifs russes : https://unherd.com/2025/09/europes-reckless-warmongering/ (22 septembre 2025) « Max Weber, que nous connaissons comme un réaliste austère et mélancolique, a écrit sur « cette grande et merveilleuse guerre » [de 1914, contre, entre autres, la Russie] et sur combien il était merveilleux d'être encore en vie pour la vivre, mais aussi combien il était amer que son âge l'empêche d'aller au front. » (Golo Mann) À aucun moment Weber ni beaucoup d'autres Allemands partisans de la guerre à l'époque ne semblent avoir envisagé la possibilité que la guerre ne se déroule pas comme ils l'avaient prévu. Je vois l'Europe dans une situation similaire aujourd'hui. Comme Weber, de nombreux intellectuels et politiciens de notre époque sont enthousiastes à l'idée d'entrer en guerre contre la Russie. L'un des plus grands partisans de l'intervention militaire occidentale est l'historien Timothy Snyder, anciennement à Yale, aujourd'hui à l'université de Toronto. Il a déclaré en 2023 : « Les Russes doivent être vaincus, tout comme les Allemands ont été vaincus. » [Les Allemands en question ont été vaincus principalement par l'URSS, avec quelques armes et fournitures occidentales, mais de là à comparer l'Ukraine à l'URSS et Zelensky à Staline... comment dire ? Et comme le dit Bernard Lavarini, « la comparaison ne tient pas, car à l’époque, Hitler n’avait pas l’arme nucléaire ».] Les politiciens européens aussi sont de plus en plus enthousiastes à l'idée de combattre les Russes. L'un d'entre eux est Alexander Stubb, le président finlandais. Je l'ai connu à Bruxelles, où il était alors un humble député européen, incarnation même du calme et de l'intellectualité nord-européenne. Il a déclaré la semaine dernière que les garanties de sécurité pour l'Ukraine impliquaient nécessairement que les garants soient prêts à combattre les Russes. Je ne minimise pas la menace sécuritaire que représente Vladimir Poutine. L'intrusion d'avions de chasse russes dans l'espace aérien estonien constitue sans aucun doute un acte d'agression inacceptable. L'OTAN a tout à fait le droit de les abattre et devrait clairement faire savoir que c'est ce qui se passera la prochaine fois. Mais défendre son alliance est différent de mener une guerre par procuration en Ukraine, un pays qui ne fait pas partie de l'OTAN. La guerre froide a été une période de relative stabilité, non seulement en raison de la politique d'équilibrage des puissances, mais aussi parce que les hommes politiques qui avaient connu les horreurs de la Seconde Guerre mondiale voulaient garantir la paix. La plupart des membres de cette génération ne sont plus parmi nous. À l'instar de Weber, les élites européennes d'aujourd'hui ont manqué l'occasion de mener une guerre glorieuse. La différence est qu'elles préfèrent laisser d'autres se battre à leur place. La probabilité d'une escalade vers une guerre ouverte est suffisamment élevée pour être prise au sérieux. Outre une appétence générale pour la guerre, le plus grand risque aujourd'hui est que, comme les Allemands en 1914, nous jugions mal l'ennemi. Poutine a lui aussi mal évalué la réaction occidentale à son invasion de l'Ukraine et la résilience de l'armée ukrainienne. Mais les erreurs de jugement occidentales sont plus persistantes. La plus grande de toutes était que l'économie russe était faible et finirait par céder sous la pression occidentale. Cette erreur d'appréciation comporte plusieurs niveaux. Elle a commencé par un mensonge statistique, à savoir que la Russie n'était en réalité qu'une petite économie. Si l'on mesure la taille de l'économie russe à l'aune de sa production annuelle en dollars américains, cela aurait effectivement été le cas. Au début de la guerre, l'économie russe était à peu près équivalente à celle de l'Espagne si on la mesurait en dollars américains. Mais ce n'est pas une bonne façon d'évaluer la capacité d'un pays en temps de guerre. Ce qui importe, c'est le pouvoir d'achat de sa monnaie, c'est-à-dire le nombre de chars qu'elle permet d'acheter. La réponse est qu'elle permet d'acheter beaucoup plus de chars que la nôtre. [Comme le disait récemment un article de Foreign Affairs à propos de la politique étrangère américaine au Proche-Orient, une bonne partie de notre politique étrangère fonctionne hors-sol dans un "univers parallèle"] Sur la base de la [parité de pouvoir d'achat], les dix pays qui forment une alliance avec la Chine et la Russie, les pays dits « BRICS », sont plus importants que les États-Unis, l'Europe occidentale et le Japon réunis. Nous vivons dans un monde véritablement bipolaire. Les États-Unis et la Chine sont les leaders de chaque camp. Nous ne sommes plus aux commandes, même si nous pensons l'être. Avec le temps, l'autre camp deviendra plus important, car il connaît une croissance plus rapide que le nôtre. Depuis le début de la guerre, la croissance de la Russie a dépassé celles de toutes les économies du G7. L'économiste britannique John Maynard Keynes n'aurait pas été surpris, car ce qui s'est produit est un effet classique de l'économie de guerre keynésienne. Le Royaume-Uni a connu cet effet pendant la Seconde Guerre mondiale. Poutine a réorganisé la Russie en une économie de guerre. J'insiste sur ces faits économiques, car ce sont eux qui détermineront la réalité sur le terrain en Ukraine à l'avenir. C'est l'argent qui permet d'acheter des armes. Cet argent destiné à l'Ukraine s'est tari. Les États-Unis ont accordé jusqu'à présent une aide bilatérale totale de 115 milliards d'euros à l'Ukraine, ce qui éclipse les 21,3 milliards d'euros de l'Allemagne et les 7,56 milliards d'euros de la France. Sans les États-Unis, il est absolument impossible que les Européens puissent financer eux-mêmes la guerre. Pour cela, ils doivent emprunter de l'argent. Ou bien ils pourraient puiser dans les 210 milliards d'euros d'actifs russes gelés qui se trouvent en Europe. Dans des circonstances normales, ce serait folie furieuse pour l'UE de prendre de tels risques, mais si elle souhaite continuer à soutenir l'Ukraine, c'est le seul moyen financier dont elle dispose. Maintenant que la Commission européenne a présenté une proposition visant à débloquer ces fonds, il y a de fortes chances que cela arrive. L'erreur de jugement réside dans l'idée que les 200 milliards d'euros nous permettront de tenir jusqu'à la fin du mandat de Donald Trump, qui sera remplacé par un démocrate qui se fera un plaisir de reprendre la majeure partie du financement. Friedrich Merz, le chancelier allemand, a récemment déclaré que la guerre prendrait fin lorsque la Russie serait économiquement épuisée. Telle est la stratégie occidentale. Mais nos sanctions n'ont pas réussi à paralyser l'économie russe. Rappelez-vous la définition de la folie donnée par Einstein : faire toujours la même chose et s'attendre à un résultat différent. L'UE a jusqu'à présent adopté 18 séries de sanctions contre la Russie. Une 19e est en cours de préparation. Mais la Russie a quelque chose que l'Ukraine n'a pas. La Chine est un meilleur allié pour la Russie que les États-Unis ne le sont pour l'Ukraine. Les néoconservateurs occidentaux continuent de sous-estimer la profondeur de l'alliance sino-russe, qui est le résultat de la politique étrangère inepte menée par les États-Unis au cours des dix dernières années. En imposant des sanctions et des droits de douane aux deux pays, les États-Unis ont fini par créer une alliance stratégique entre eux. Les États-Unis, quant à eux, sont beaucoup plus détachés de l'Ukraine sous Trump que sous Biden. L'idée erronée qui sous-tend les sanctions occidentales est que la Russie et la Chine dépendent des technologies occidentales telles que les puces semi-conductrices. À la grande surprise de l'administration Biden, la Chine a réussi à fabriquer elle-même des puces haute performance. La semaine dernière, la Chine a renversé la situation en interdisant l'importation des puces Nvidia. Les 200 milliards d'euros d'actifs gelés que nous pourrions débloquer sous forme de prêts à l'Ukraine peuvent également être facilement égalés par l'autre partie. La Chine pourrait accorder un prêt à la Russie, garanti par des actifs occidentaux en Chine ou par les recettes provenant d'une indemnisation légale à laquelle la Russie pourrait avoir droit à l'avenir. C'est une erreur persistante de penser que l'Occident, qui représente la plus petite partie de notre monde duopolistique, va évincer la plus grande. Les erreurs de jugement de cette ampleur sont celles qui transforment les guerres régionales en guerres mondiales. Notre armée d'intellectuels occidentaux bellicistes et adeptes de Twitter sont les héritiers de Max Weber. Ils ne me laissent aucun doute quant à l'existence d'un soutien important en faveur d'une guerre glorieuse, tout comme il y a plus de 100 ans.
  23. Est-ce qu'elle ne pourrait pas, comme un papillon sort de sa chrysalide, se transformer de veuve éplorée en femme politique à l'instar de Cory Aquino ? Soyons fou, prendre la succession de Trump à la présidence des États-Unis ?
  24. https://cepa.org/article/a-baltic-maginot-line-wont-stop-russia/ (22 septembre 2025) Une ligne Maginot balte n'arrêtera pas la Russie Les États baltes souhaitent construire la « ligne de défense balte » afin de repousser une attaque russe. Annoncé en janvier 2024. L'Estonie prévoit de construire 600 bunkers le long de sa frontière de 300 km (186 miles) avec la Russie. La Lettonie installe des dents de dragon. La Lituanie a annoncé le mois dernier un plan visant à construire un système de défense frontalier à plusieurs niveaux s'étendant jusqu'à 50 km de la frontière. La première couche, d'une profondeur de 5 km, serait située directement à la frontière et comprendrait un large fossé antichar, soutenu par des dents de dragon, puis des champs de mines, des points d'appui et des tranchées, suivis d'une deuxième ligne de tranchées. La deuxième couche comprendrait des tranchées ainsi que des ponts câblés pour être détruits, tandis que la troisième couche serait parsemée d'arbres prêts à être abattus pour servir d'obstacles, ainsi que d'autres tranchées et ponts câblés. Ce n'est pas que la ligne de défense balte soit une version 2.0 de la ligne Maginot. Mais les fortifications acquièrent une vie propre, en devenant des symboles de prestige qui compromettent leurs avantages tactiques. Après la guerre des Six Jours en 1967, Israël a construit la ligne Bar-Lev, une chaîne de postes fortifiés le long du canal de Suez. Lorsque l'Égypte a lancé une attaque surprise à travers le canal en octobre 1973, les fortifications peu garnies en personnel ont à peine entravé la traversée égyptienne, les défenseurs ont été isolés et éliminés, et les réserves blindées israéliennes, en infériorité numérique, ont été décimées alors qu'elles contre-attaquaient dans une tentative de secours vouée à l'échec. Tout cela signifie que la ligne de défense balte sera utile pour des missions limitées : ralentir une offensive russe, repousser des raids russes mineurs et exercer une légère dissuasion contre l'agression russe. Mais l'épine dorsale de la défense sera constituée par les réserves — vraisemblablement soutenues par la puissance aérienne — qui bloqueront les fers de lance russes et finiront par les expulser du sol balte. La question est de savoir si l'OTAN est prête à mettre en œuvre ce plan. Les armées des États baltes sont petites : l'Estonie compte moins de 8 000 militaires en service actif, soutenus par 230 000 réservistes légèrement armés, plus adaptés à la défense qu'à la contre-attaque. L'essentiel de la force de contre-attaque devra provenir des grandes puissances de l'OTAN telles que les États-Unis, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. En dernière analyse, la question sera de savoir combien de temps il faudra à l'OTAN pour mobiliser une armée entièrement équipée et suffisamment approvisionnée pour venir en aide aux États baltes, surtout si les États-Unis, isolationnistes, ne se joignent pas à la coalition. À ce stade, on peut se demander si une armée purement européenne pourrait être constituée à temps et avec une force suffisante. Une possibilité encore plus sombre est que l'Europe manque d'armes et de personnel, et que le soutien de l'opinion publique à une guerre contre la Russie soit incertain. Si tel est le cas, il y aura une tentation économique et psychologique de s'appuyer sur la ligne de défense [Maginot] balte pour dissuader ou arrêter une attaque russe.
  25. https://cepa.org/article/a-baltic-maginot-line-wont-stop-russia/ (22 septembre 2025) Une ligne Maginot balte n'arrêtera pas la Russie Les États baltes souhaitent construire la « ligne de défense balte » afin de repousser une attaque russe. Annoncé en janvier 2024. L'Estonie prévoit de construire 600 bunkers le long de sa frontière de 300 km (186 miles) avec la Russie. La Lettonie installe des dents de dragon. La Lituanie a annoncé le mois dernier un plan visant à construire un système de défense frontalier à plusieurs niveaux s'étendant jusqu'à 50 km de la frontière. La première couche, d'une profondeur de 5 km, serait située directement à la frontière et comprendrait un large fossé antichar, soutenu par des dents de dragon, puis des champs de mines, des points d'appui et des tranchées, suivis d'une deuxième ligne de tranchées. La deuxième couche comprendrait des tranchées ainsi que des ponts câblés pour être détruits, tandis que la troisième couche serait parsemée d'arbres prêts à être abattus pour servir d'obstacles, ainsi que d'autres tranchées et ponts câblés. Ce n'est pas que la ligne de défense balte soit une version 2.0 de la ligne Maginot. Mais les fortifications acquièrent une vie propre, en devenant des symboles de prestige qui compromettent leurs avantages tactiques. Après la guerre des Six Jours en 1967, Israël a construit la ligne Bar-Lev, une chaîne de postes fortifiés le long du canal de Suez. Lorsque l'Égypte a lancé une attaque surprise à travers le canal en octobre 1973, les fortifications peu garnies en personnel ont à peine entravé la traversée égyptienne, les défenseurs ont été isolés et éliminés, et les réserves blindées israéliennes, en infériorité numérique, ont été décimées alors qu'elles contre-attaquaient dans une tentative de secours vouée à l'échec. Tout cela signifie que la ligne de défense balte sera utile pour des missions limitées : ralentir une offensive russe, repousser des raids russes mineurs et exercer une légère dissuasion contre l'agression russe. Mais l'épine dorsale de la défense sera constituée par les réserves — vraisemblablement soutenues par la puissance aérienne — qui bloqueront les fers de lance russes et finiront par les expulser du sol balte. La question est de savoir si l'OTAN est prête à mettre en œuvre ce plan. Les armées des États baltes sont petites : l'Estonie compte moins de 8 000 militaires en service actif, soutenus par 230 000 réservistes légèrement armés, plus adaptés à la défense qu'à la contre-attaque. L'essentiel de la force de contre-attaque devra provenir des grandes puissances de l'OTAN telles que les États-Unis, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. En dernière analyse, la question sera de savoir combien de temps il faudra à l'OTAN pour mobiliser une armée entièrement équipée et suffisamment approvisionnée pour venir en aide aux États baltes, surtout si les États-Unis, isolationnistes, ne se joignent pas à la coalition. À ce stade, on peut se demander si une armée purement européenne pourrait être constituée à temps et avec une force suffisante. Une possibilité encore plus sombre est que l'Europe manque d'armes et de personnel, et que le soutien de l'opinion publique à une guerre contre la Russie soit incertain. Si tel est le cas, il y aura une tentation économique et psychologique de s'appuyer sur la ligne de défense [Maginot] balte pour dissuader ou arrêter une attaque russe.
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